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FRAGMENT II
Chassez de vos autels, juges vains et frivoles, Ces héros conquérants, meurtrières idoles; Tous ces grands noms, enfants des crimes, des malheurs, De massacres fumants, teints de sang et de pleurs. 65 Venez tomber aux pieds de plus nobles images: Voyez ces hommes saints, ces sublimes courages, Héros dont les vertus, les travaux bienfaisants, Ont éclairé la terre et mérité l'encens; Qui, dépouillés d'eux-mêmes et vivant pour leurs frères, 70 Les ont soumis au frein des règles salutaires, Au joug de leur bonheur; les ont faits citoyens; En leur donnant des lois leur ont donné des biens, Des forces, des parents, la liberté, la vie; Enfin qui d'un pays ont fait une patrie. 75 Et que de fois pourtant leurs frères envieux Ont d'affronts insensés, de mépris odieux, Accueilli les bienfaits de ces illustres guides, Comme dans leurs maisons ces animaux stupides Dont la dent méfiante ose outrager la main 80 Qui se tendait vers eux pour apaiser leur faim! Mais n'importe; un grand homme au milieu des supplices Goûte de la vertu les augustes délices. Il le sait: les humains sont injustes, ingrats. Que leurs yeux un moment ne le connaissent pas; 85 Qu'un jour entre eux et lui s'élève avec murmure D'insectes ennemis une nuée obscure; N'importe, il les instruit, il les aime pour eux. Même ingrats, il est doux d'avoir fait des heureux. Il sait que leur vertu, leur bonté, leur prudence, 90 Doit être son ouvrage et non sa récompense, Et que leur repentir, pleurant sur son tombeau, De ses soins, de sa vie, est un prix assez beau, An loin dans l'avenir sa grande âme contemple Les sages opprimés que soutient son exemple; 95 Des méchants dans soi-même il brave la noirceur: C'est là qu'il sait les fuir; son asile est son coeur. De ce faîte serein, son Olympe sublime, Il voit, juge, connaît. Un démon magnanime Agite ses pensers, vit dans son coeur brûlant, 100 Travaille son sommeil actif et vigilant, Arrache au long repos sa nuit laborieuse, Allume avant le jour sa lampe studieuse, Lui montre un peuple entier, par ses nobles bienfaits, Indompté dans la guerre, opulent dans la paix, 105 Son beau nom remplissant leur coeur et leur histoire, Les siècles prosternés au pied de sa mémoire. Par ses sueurs bientôt l'édifice s'accroît. En vain l'esprit du peuple est rampant, est étroit, En vain le seul présent les frappe et les entraîne, 110 En vain leur raison faible et leur vue incertaine 110 Ne peut de ses regards suivre les profondeurs, De sa raison céleste atteindre les hauteurs; Il appelle les dieux à son conseil suprême. Ses décrets, confiés à la voix des dieux même, 115 Entraînent sans convaincre, et le monde ébloui Pense adorer les dieux en n'adorant que lui. Il fait honneur aux dieux de son divin ouvrage. C'est alors qu'il a vu tantôt à son passage Un buisson enflammé recéler l'Éternel; 120 C'est alors qu'il rapporte, en un jour solennel, De la montagne ardente et du sein du tonnerre, La voix de Dieu lui-même écrite sur la pierre; Ou c'est alors qu'au fond de ses augustes bois Une nymphe l'appelle et lui trace des lois, 125 Et qu'un oiseau divin, messager de miracles, A son oreille vient lui dicter des oracles. Tout agit pour lui seul, et la tempête et l'air, Et le cri des forêts, et la foudre et l'éclair; Tout. Il prend à témoin le monde et la nature. 130 Mensonge grand et saint! glorieuse imposture, Quand au peuple trompé ce piège généreux Lui rend sacré le joug qui doit le rendre heureux!
(Troisième chant.)
FRAGMENT III
Du temps et du besoin l'inévitable empire Dut avoir aux humains enseigné l'art d'écrire. 135 D'autres arts l'ont poli; mais aux arts, le premier, Lui seul des vrais succès put ouvrir le sentier, Sur la feuille d'Égypte ou sur la peau ductile, Même un jour sur le dos d'un albâtre docile, Au fond des eaux formé des dépouilles du lin, 140 Une main éloquente, avec cet art divin, Tient, fait voir l'invisible et rapide pensée, L'abstraite intelligence et palpable et tracée; Peint des sons à nos yeux, et transmet à la fois Une voix aux couleurs, des couleurs à la voix. 145 Quand des premiers traités la fraternelle chaîne Commença d'approcher, d'unir la race humaine, La terre et de hauts monts, des fleuves, des forêts, Des contrats attestés garants sûrs et muets, Furent le livre auguste et les lettres sacrées 150 Qui faisaient lire aux yeux les promesses jurées. Dans la suite peut-être ils voulurent sur soi L'un de l'autre emporter la parole et la foi; Ils surent donc, broyant de liquides matières, L'un sur l'autre imprimer leurs images grossières, 155 Ou celle du témoin, homme, plante ou rocher, Qui vit jurer leur bouche et leurs mains se toucher. De là dans l'Orient ces colonnes savantes, Rois, prêtres, animaux peints en scènes vivantes, De la religion ténébreux monuments, 160 Pour les sages futurs laborieux tourments, 160 Archives de l'État, où les mains politiques Traçaient en longs tableaux les annales publiques. De là, dans un amas d'emblèmes captieux, Pour le peuple ignorant monstre religieux, 165 Des membres ennemis vont composer ensemble Un seul tout, étonné du noeud qui les rassemble: Un corps de femme au front d'un aigle enfant des airs Joint l'écaille et les flancs d'un habitant des mers. Cet art simple et grossier nous a suffi peut-être 1700 Tant que tous nos discours n'ont su voir ni connaître Que les objets présents dans la nature épars, Et que tout notre esprit était dans nos regards. Mais on vit, quand vers l'homme on apprit à descendre, Quand il fallut fixer, nommer, écrire, entendre, 175 Du coeur, des passions les plus secrets détours, Les espaces du temps ou plus longs ou plus courts, Quel cercle étroit bornait cette antique écriture. Plus on y mit de soins, plus incertaine, obscure, Du sens confus et vague elle épaissit la nuit. 180 Quelque peuple à la fin, par le travail instruit, Compte combien de mots l'héréditaire usage A transmis jusqu'à lui pour former un langage. Pour chacun de ces mots un signe est inventé, Et la main qui l'entend des lèvres répété 185 Se souvient d'en tracer cette image fidèle; Et sitôt qu'une idée inconnue et nouvelle Grossit d'un mot nouveau ces mots déjà nombreux, Un nouveau signe accourt s'enrôler avec eux. C'est alors, sur des pas si faciles à suivre, 190 Que l'esprit des humains est assuré de vivre. C'est alors que le fer à la pierre, aux métaux, Livre, en dépôt sacré pour les âges nouveaux, Nos âmes et nos moeurs fidèlement gardées; Et l'oeil sait reconnaître une forme aux idées. 195 Dès lors des grands aïeux les travaux, les vertus Ne sont point pour leurs fils des exemples perdus. Le passé du présent est l'arbitre et le père, Le conduit par la main, l'encourage, l'éclaire. Les aïeux, les enfants, les arrière-neveux, 200 Tous sont du même temps, ils ont les mêmes voeux, La patrie, au milieu des embûches, des traîtres, Remonte en sa mémoire, a recours aux ancêtres, Cherche ce qu'ils feraient en un danger pareil, Et des siècles vieillis assemble le conseil.
(Troisième chant.)
III
L'AMÉRIQUE
FRAGEMENT I
Il faut mettre ceci dans la bouche du poète (qui n'est pas moi):
Le poète divin, tout esprit, tout pensée, Ne sent point dans un corps son âme embarrassée; Il va percer le ciel aux murailles d'azur; De la terre, des mers, le labyrinthe obscur. 5 Ses vars ont revêtu, prompts et légers Protées, Les formes tour à tour à ses yeux présentées. Les torrents, dans ses vers, du droit sommet des monts Tonnent précipités en des gouffres profonds. Là, des flancs sulfureux d'une ardente montagne, 10 Ses vers cherchent les cieux et brûlent les campagnes; Et là, dans la mêlée aux reflux meurtriers, Leur clameur sanguinaire échauffe les guerriers, Puis, d'une aile glacée assemblant les nuages, Ils volent, troublent l'onde et soufflent les naufrages, 15 Et répètent au loin et les longs sifflements, Et la tempête sombre aux noirs mugissements, Et le feu des éclairs et les cris du tonnerre. Puis, d'un oeil doux et pur souriant à la terre, Ils la couvrent de fleurs; ils rassérènent l'air. 20 Le calme suit leurs pas et s'étend sur la mer.
FRAGMENT II
Le poète Alonzo d'Ercilla, à la fin d'un repas nocturne en plein air, prié de chanter, chantera un morceau, astronomique.
'Salut, ô belle nuit, étincelante et sombre, Consacrée au repos. O silence de l'ombre, Qui n'entends que la voix de mes vers, et les cris De la rive aréneuse où se brise Téthys. 25 Muse, muse nocturne, apporte-moi ma lyre. Lance-toi dans l'espace; et, pour franchir les airs, Prends les ailes des vents, les ailes des éclairs, Les bonds de la comète aux longs cheveux de flamme. 30 Mes vers impatients, élancés de mon âme, Veulent parler aux dieux, et volent où reluit L'enthousiasme errant, fils de la belle nuit. Accours, grande nature, ô mère du génie; Accours, reine du monde, éternelle Uranie. 35 Soit que tes pas divins sur l'astre du Lion Ou sur les triples feux du superbe Orion Marchent, ou soit qu'au loin, fugitive, emportée, Tu suives les détours de la voie argentée, Soleils amoncelés dans le céleste azur, 40 Où le peuple a cru voir les traces d'un lait pur, Descends; non, porte-moi sur ta route brûlante, Que je m'élève au ciel comme une flamme ardente. Déjà ce corps pesant se détache de moi. Adieu, tombeau de chair, je ne suis plus à toi. 45 Terre, fuis sous mes pas. L'éther où le ciel nage M'aspire. Je parcours l'océan sans rivage. Plus de nuit. Je n'ai plus d'un globe opaque et dur Entre le jour et moi l'impénétrable mur. Plus de nuit, et mon oeil et se perd et se mêle 50 Dans les torrents profonds de lumière éternelle. Me voici sur les feux que le langage humain Nomme Cassiopée et l'Ourse et le Dauphin. Maintenant la Couronne autour de moi s'embrase. Ici l'Aigle et le Cygne et la Lyre et Pégase. 55 Et voici que plus loin le Serpent tortueux Noue autour de mes pas ses anneaux lumineux. Féconde immensité, les esprits magnanimes Aiment à se plonger dans tes vivants abîmes, Abîmes de clartés, où, libre de ses fers, 60 L'homme siège au conseil qui créa l'univers; Où l'âme, remontant à sa grande origine, Sent qu'elle est une part de l'essence divine...'
IV
L'ART D'AIMER
FRAGMENT I
Ah! tremble que ton âme à la sienne livrée Ne s'en puisse arracher sans être déchirée. Même au sein du bonheur, toujours dans ton esprit Garde ce qu'autrefois les sages ont écrit: 5 'Une femme est toujours inconstante et futile, Et qui pense fixer leur caprice mobile, Il pense, avec sa main, retenir l'aquilon, Ou graver sur les flots un durable sillon.'
FRAGMENT II
Que sert des tours d'airain tout l'appareil horrible? 10 Que servit à Juno cet Argus si terrible, Ce front, de jalousie armé de toutes parts, Où veillaient à la fois cent farouches regards? Mais quoi que l'on oppose et d'adresse et de force, Quand nul don, nul appât, nulle mielleuse amorce 15 Ne pourraient au dragon ravir l'or de ses bois, Et du Triple Cerbère assoupir les abois; On t'aime, garde-toi d'abandonner la place. Il faut oser. L'amour favorise l'audace. Si l'envie à te nuire aiguise tous ses soins, 20 Toi, pour te rendre heureux, tenterais-tu donc moins? Il faut savoir contre eux tourner leurs propres armes; Attacher leurs soupçons à de fausses alarmes; Semer toi-même un bruit d'attaque, de danger; Leur montrer sur ta route un flambeau mensonger. 25 Et tandis que par toi leur prudence égarée Rit, s'applaudit de voir ton attente frustrée, Aveugles, auprès d'eux ils laissent échapper Tes pas, qu'ils défiaient de les pouvoir tromper. Tel, car ainsi que toi c'est l'amour qui le guide, 30 Un fleuve, à pas secrets, des campagnes d'Élide, Seul, au milieu des mers, se fraye un sentier sûr, Parmi les flots salés garde un flot doux et pur, Invisible, d'Enna va chercher le rivage, Et l'amer Téthys ignore son passage.
FRAGMENT III
35 Aux bords où l'on voit naître et l'Euphrate et le jour, Plus d'obstacle et de crainte environne l'amour. Aussi................................................. ...................................................... ... Sans se pouvoir parler même des yeux, 40 On se parle, on se voit. Leur coeur ingénieux Donne à tout une voix entendue et muette. Tout de leurs doux pensers est le doux interprète. Désirs, crainte, serments, caresse, injure, pleurs, Leurs dons savent tout dire; ils s'écrivent des fleurs. 45 Par la tulipe ardente une flamme est jurée;5 L'amarante immortelle atteste sa durée; L'oeillet gronde une belle; un lis vient l'apaiser. L'iris est un soupir; la rose est un baiser. C'est ainsi chaque jour qu'une sultane heureuse 50 Lit en bouquet la lettre odorante, amoureuse. Elle pare son sein de soupirs et de voeux; Et des billets d'amour embaument ses cheveux.
V
LA RÉPUBLIQUE DES LETTRES
Fragment
Il n'est que d'être roi pour être heureux au monde. Bénis soient tes décrets, ô sagesse profonde! Qui me voulus heureux, et, prodigue envers moi, M'as fait dans mon asile et mon maître et mon roi. 5 Mon Louvre est sous le toit, sur ma tête il s'abaisse; De ses premiers regards l'orient le caresse. Lits, sièges, table y sont portant de toutes parts Livres, dessins, crayons, confusément épars. Là, je dors, chante, lis, pleure, étudie et pense. 10 Là, dans un calme pur, je médite en silence Ce qu'un jour je veux être; et, seul à m'applaudir, Je sème la moisson que je veux recueillir. Là, je reviens toujours, et toujours les mains pleines, Amasser le butin de mes courses lointaines: 15 Soit qu'en un livre antique à loisir engagé, Dans ses doctes feuillets j'aie au loin voyagé; Soit plutôt que, passant et vallons et rivières, J'aie au loin parcouru les terres étrangères. D'un vaste champ de fleurs je tire un peu de miel. 20 Tout m'enrichit et tout m'appelle; et, chaque ciel M'offrant quelque dépouille utile et précieuse, Je remplis lentement ma ruche industrieuse.
POÉSIES DIVERSES
I
HYMNE A LA JUSTICE
A LA FRANCE
France! ô belle contrée, ô terre généreuse, Que les dieux complaisants formaient pour être heureuse, Tu ne sens point du nord les glaçantes horreurs, Le midi de ses feux t'épargne les fureurs. 5 Tes arbres innocents n'ont point d'ombres mortelles; Ni des poisons épars dans tes herbes nouvelles Ne trompent une main crédule; ni tes bois Des tigres frémissants ne redoutent la voix; Ni les vastes serpents ne traînent sur tes plantes 10 En longs cercles hideux leurs écailles sonnantes. Les chênes, les sapins et les ormes épais En utiles rameaux ombragent tes sommets, Et de Beaune et d'Aï les rives fortunées, Et la riche Aquitaine, et les hauts Pyrénées, 15 Sous leurs bruyants pressoirs font couler en ruisseaux Des vins délicieux mûris sur leurs coteaux. La Provence odorante et de Zéphire aimée Respire sur les mers une haleine embaumée, Au bord des flots couvrant, délicieux trésor, 20 L'orange et le citron de leur tunique d'or, Et plus loin, au penchant des collines pierreuses, Forme la grasse olive aux liqueurs savoureuses, Et ces réseaux légers, diaphanes habits, Où la fraîche grenade enferme ses rubis. 25 Sur tes rochers touffus la chèvre se hérisse, Tes prés enflent de lait la féconde génisse, Et tu vois tes brebis, sur le jeune gazon, Épaissir le tissu de leur blanche toison. Dans les fertiles champs voisins de la Touraine, 30 Dans ceux où l'Océan boit l'urne de la Seine, S'élèvent pour le frein des coursiers belliqueux. Ajoutez cet amas de fleuves tortueux: L'indomptable Garonne aux vagues insensées, Le Rhône impétueux, fils des Alpes glacées, 35 La Seine au flot royal, la Loire dans son sein Incertaine, et la Saône, et mille autres enfin Qui, nourrissant partout, sur tes nobles rivages, Fleurs, moissons et vergers, et bois et pâturages, Rampent au pied des murs d'opulentes cités 40 Sous les arches de pierre à grand bruit emportés. Dirai-je ces travaux, source de l'abondance, Ces ports où des deux mers l'active bienfaisance Amène les tributs du rivage lointain Que visite Phoebus le soir ou le matin? 45 Dirai-je ces canaux, ces montagnes percées, De bassins en bassins ces ondes amassées Pour joindre au pied des monts l'une et l'autre Téthys, Et ces vastes chemins en tous lieux départis, Où l'étranger, à l'aise achevant son voyage, 50 Pense au nom des Trudaine et bénit leur ouvrage? Ton peuple industrieux est né pour les combats. Le glaive, le mousquet n'accablent point ses bras. Il s'élance aux assauts, et son fer intrépide Chassa l'impie Anglais, usurpateur avide. 55 Le ciel les fit humains, hospitaliers et bons, Amis des doux plaisirs, des festins, des chansons; Mais, faibles, opprimés, la tristesse inquiète Glace ces chants joyeux sur leur bouche muette, Pour les jeux, pour la danse appesantit leurs pas, 60 Renverse devant eux les tables des repas, Flétrit de longs soucis, empreinte douloureuse, Et leur front et leur âme. O France! trop heureuse Si tu voyais tes biens, si tu profitais mieux Des dons que tu reçus de la bonté des cieux! 65 Vois le superbe Anglais, l'Anglais dont le courage Ne s'est sentais qu'aux lois d'un sénat libre et sage, Qui t'épie, et, dans l'Inde éclipsant ta splendeur, Sur tes fautes sans nombre élève sa grandeur. Il triomphe, il t'insulte. Oh! combien tes collines 70 Tressailliraient de voir réparer tes ruines, Et pour la liberté donneraient sans regrets Et leur vin, et leur huile, et leurs belles forêts! J'ai vu dans tes hameaux la plaintive misère, La mendicité blême et la douleur amère. 75 Je t'ai vu dans tes biens, indigent laboureur, D'un fisc avare et dur maudissant la rigueur, Versant aux pieds des grands des larmes inutiles, Tout trempé de sueurs pour toi-même infertiles, Découragé de vivre, et plein d'un juste effroi 80 De mettre au jour des fils malheureux comme toi. Tu vois sous les soldats les villes gémissantes; Corvée, impôts rongeurs, tributs, taxes pesantes, Le sel, fils de la terre, ou même l'eau des mers, Sources d'oppression et de fléaux divers; 85 Mille brigands, couverts du nom sacré du prince, S'unir à déchirer une triste province, Et courir à l'envi, de son sang altérés, Se partager entre eux ses membres déchirés! O sainte Égalité! dissipe nos ténèbres, 90 Renverse les verrous, les bastilles funèbres. Le riche indifférent, dans un char promené, De ces gouffres secrets partout environné, Rit avec les bourreaux, s'il n'est bourreau lui-même, Près de ces noirs réduits de la misère extrême, 95 D'une maîtresse impure achète les transports, Chante sur des tombeaux, et boit parmi des morts. Malesherbes, Turgot, ô vous en qui la France Vit luire, hélas! en vain, sa dernière espérance; Ministres dont le coeur a connu la pitié, 100 Ministres dont le nom ne s'est point oublié, Ah! si de telles mains, justement souveraines, Toujours de cet empire avaient tenu les rênes! L'équité clairvoyante aurait régné sur nous; Le faible aurait osé respirer près de vous; 105 L'oppresseur, évitant d'armer d'injustes plaintes, Sinon quelque pudeur, aurait ou quelques craintes; Le délateur impie, opprimé par la faim, Serait mort dans l'opprobre, et tant d'hommes enfin, A l'insu de nos lois, à l'insu, du vulgaire, 110 Foudroyés sons les coups d'un pouvoir arbitraire, De cris non entendus, de funèbres sanglots, Ne feraient point gémir les voûtes des cachots. Non, je ne veux plus vivre en ce séjour servile! J'irai, j'irai bien loin me chercher un asile, 115 Un asile à ma vie en son paisible cours, Une tombe à ma cendre à la fin de mes jours, Où d'un grand au coeur dur l'opulence homicide Du sang d'un peuple entier ne sera point avide, Et ne me dira point, avec un rire affreux, 120 Qu'ils se plaignent sans cesse et qu'ils sont trop heureux; Où, loin des ravisseurs, la main cultivatrice Recueille les dons d'une terre propice; Où mon coeur, respirant sous un ciel étranger, Ne verra plus des maux qu'il ne peut soulager; 125 Où mes yeux, éloignés des publiques misères, Ne verront plus partout les larmes de mes frères, Et la pâle indigence à la mourante voix, Et les crimes puissants qui font trembler les lois. Toi donc, Équité sainte, ô toi, vierge adorée, 130 De nos tristes climats pour longtemps ignorée, Daigne du haut des cieux goûter le libre encens D'une lyre au coeur chaste, aux transports innocents, Qui ne saura jamais, par des voeux mercenaires, Flatter, à prix d'argent, des faveurs arbitraires, 135 Mais qui rendra toujours, par amour et par choix, Un noble et pur hommage aux appuis de tes lois. De voeux pour les humains tous ses chants retentissent: La vérité l'enflamme, et ses cordes frémissent Quand l'air qui l'environne auprès d'elle a porté 140 Le doux nom des vertus et de la liberté.
II
...Terre, terre chérie Que la liberté sainte appelle sa patrie; Père du grand sénat, ô sénat de Romans, Qui de la liberté jetas les fondements; 5 Romans, berceau des lois, vous, Grenoble et Valence, Vienne; toutes enfin! monts sacrés d'où la France Vit naître le soleil avec la liberté! Un jour le voyageur par le Rhône emporté, Arrêtant l'aviron dans la main de son guide, 10 En silence, debout sur sa barque rapide, Fixant vers l'Orient un oeil religieux, Contemplera longtemps ces sommets glorieux; Car son vieux père, ému de transports magnanimes, Lui dira: 'Vois, mon fils, vois ces augustes cimes.'
Au bord du Rhône, le 7 juillet 1790.
III
LE RAT DE VILLE ET LE RAT DES CHAMPS
Un jour le rat des champs, ami du rat de ville, Invita son ami dans son rustique asile. Il était économe et soigneux de son bien; Mais l'hospitalité, leur antique lien, 5 Fit les frais de ce jour comme d'un jour de fête. Tout fut prêt: lard, raisin, et fromage, et noisette. Il cherchait par le luxe et la variété A vaincre les dégoûts d'un hôte rebuté, Qui, parcourant de l'oeil sa table officieuse, 10 Jetait sur tout à peine une dent dédaigneuse. Et lui, d'orge et de blé faisant tout son repas, Laissait au citadin les mets plus délicats. 'Ami, dit celui-ci, veux-tu dans la misère Vivre au dos escarpé de ce mont solitaire, 15 Ou préférer le monde à tes tristes forêts? Viens; crois-moi, suis mes pas; la ville est ici près: Festins, fêtes, plaisirs y sont en abondance, L'heure s'écoule, ami; tout fuit, la mort s'avance: Les grands ni les petits n'échappent à ses lois; 20 Jouis, et te souviens qu'on ne vit qu'une fois.' Le villageois écoute, accepte la partie: On se lève, et d'aller. Tous deux de compagnie, Nocturnes voyageurs, dans des sentiers obscurs Se glissent vers la ville et rampent sous les murs. 25 La nuit quittait les cieux quand notre couple avide Arrive en un palais opulent et splendide, Et voit fumer encor dans des plats de vermeil Des restes d'un souper le brillant appareil. L'un s'écrie, et, riant de sa frayeur naïve, 30 L'autre sur le duvet fait placer son convive, S'empresse de servir, ordonner, disposer, Va, vient, fait les honneurs, le priant d'excuser. Le campagnard bénit sa nouvelle fortune; Sa vie en ses déserts était âpre, importune: 35 La tristesse, l'ennui, le travail et la faim. Ici l'on y peut vivre; et de rire. Et soudain Des valets à grand bruit interrompent la fête; On court, on vole, on fuit; nul coin, nulle retraite. Les dogues réveillés les glacent par leur voix; 40 Toute la maison tremble au bruit de leurs abois. Alors le campagnard, honteux de son délire: 'Soyez heureux, dit-il; adieu, je me retire, Et je vais dans mon trou rejoindre en sûreté Le sommeil, un peu d'orge et la tranquillité.'
(Trad. d'Horace.)
IV
LA FRIVOLITÉ
Mère du vain caprice et du léger prestige, La fantaisie ailée autour d'elle voltige, Nymphe au corps ondoyant, né de lumière et d'air, Qui, mieux que l'onde agile ou le rapide éclair, 5 Ou la glace inquiète au soleil présentée, S'allume en un instant, purpurine, argentée, Ou s'enflamme de rose, ou pétille d'azur. Un vol la précipite, inégal et peu sûr. La déesse jamais ne connut d'autre guide. 10 Les Rêves transparents, troupe vaine et fluide, D'un vol étincelant caressent ses lambris. Auprès d'elle à toute heure elle occupe les Ris. L'un pétrit les baisers des bouches embaumées; L'autre, le jeune éclat des lèvres enflammées; 15 L'autre, inutile et seul, au bout d'un chalumeau En globe aérien souffle une goutte d'eau. La reine, en cette cour qu'anime la folie, Va, vient, chante, se tait, regarde, écoute, oublie, Et, dans mille cristaux qui portent son palais, 20 Rit de voir mille fois étinceler ses traits.
V
LE POÈTE
... Pour lui L'ombre du cabinet en délices abonde. S'il fuit les graves riens, noble ennui du beau monde, 5 Ou si, chez la beauté qui l'admit en secret, Las de parler, enfin il demeure muet, Il regagne à grands pas son asile et l'étude: Il y trouve la paix, la douce solitude, Ses livres, et sa plume au bec noir et malin, 10 Et la sage folie, et le rire à l'oeil fin.
ODES
I
A VERSAILLES
O Versaille, ô bois, ô portiques, Marbres vivants, berceaux antiques, Par les dieux et les rois Élysée embelli, A ton aspect, dans ma pensée, 5 Comme sur l'herbe aride une fraîche rosée, Coule un peu de calme et d'oubli. Paris me semble un autre empire, Dès que chez toi je vois sourire Mes pénates secrets couronnés de rameaux, 10 D'où souvent les monts et les plaines Vont dirigeant mes pas aux campagnes prochaines, Sous de triples cintres d'ormeaux. Les chars, les royales merveilles, Des gardes les nocturnes veilles, 15 Tout a fui; des grandeurs tu n'es plus le séjour: Mais le sommeil, la solitude, Dieux jadis inconnus, et les arts, et l'étude, Composent aujourd'hui ta cour. Ah! malheureux! à ma jeunesse 20 Une oisive et morne paresse Ne laisse plus goûter les studieux loisirs. Mon âme, d'ennui consumée, S'endort dans les langueurs. Louange et renommée N'inquiètent plus mes désirs. 25 L'abandon, l'obscurité, l'ombre, Une paix taciturne et sombre, Voilà tous mes souhaits: cache mes tristes jours, Et nourris, s'il faut que je vive, De mon pâle flambeau la clarté fugitive 30 Aux douces chimères d'amours. L'âme n'est point encor flétrie, La vie encor n'est point tarie, Quand un regard nous trouble et le coeur et la voix Qui cherche les pas d'une belle, 35 Qui peut ou s'égayer ou gémir auprès d'elle, De ses jours peut porter le poids. J'aime; je vis. Heureux rivage! Tu conserves sa noble image, Son nom, qu'à tes forêts j'ose apprendre le soir, 40 Quand, l'âme doucement émue, J'y reviens méditer l'instant où je l'ai vue, Et l'instant où je dois la voir. Pour elle seule encore abonde Cette source, jadis féconde, 45 Qui coulait de ma bouche en sons harmonieux. Sur mes lèvres tes bosquets sombres Forment pour elle encor ces poétiques nombres, Langage d'amour et des dieux. Ah! témoin des succès du crime, 50 Si l'homme juste et magnanime Pouvait ouvrir son coeur à la félicité, Versailles, tes routes fleuries, Ton silence, fertile en belles rêveries, N'auraient que joie et volupté. 55 Mais souvent tes vallons tranquilles, Tes sommets verts, tes frais asiles, Tout à coup à mes yeux s'enveloppent de deuil. J'y vois errer l'ombre livide D'un peuple d'innocents qu'un tribunal perfide 60 Précipite dans le cercueil.
II
A MARIE-ANNE-CHARLOTTE CORDAY
Quoi! tandis que partout, ou sincères ou feintes, Des lâches, des pervers, les larmes et les plaintes Consacrent leur Marat parmi les immortels, Et que, prêtre orgueilleux de cette idole vile, 5 Des fanges du Parnasse un impudent reptile Vomit un hymne infâme au pied de ses autels. La vérité se tait! dans sa bouche glacée, Des liens de la peur sa langue embarrassée Dérobe un juste hommage aux exploits glorieux! 10 Vivre est-il donc si doux? De quel prix est la vie, Quand, sous un joug honteux, la pensée asservie, Tremblante, au fond du coeur, se cache à tous les yeux? Non, non, je ne veux point t'honorer en silence, Toi qui crus par ta mort ressusciter la France 15 Et dévouas tes jours à punir des forfaits. Le glaive arma ton bras, fille grande et sublime, Pour faire honte aux dieux, pour réparer leur crime, Quand d'un homme à ce monstre ils donnèrent les traits. Le noir serpent, sorti de sa caverne impure, 20 A donc vu rompre enfin sous ta main ferme et sûre Le venimeux tissu de ses jours abhorrés! Aux entrailles du tigre, à ses dents homicides, Tu vins redemander et les membres livides Et le sang des humains qu'il avait dévorés! 25 Son oeil mourant t'a vue, en ta superbe joie, Féliciter ton bras et contempler ta proie. Ton regard lui disait: 'Va, tyran furieux, Va, cours frayer la route aux tyrans tes complices. Te baigner dans le sang fut tes seules délices, 30 Baigne-toi dans le tien et reconnais des dieux.' La Grèce, ô fille illustre! admirant ton courage, Épuiserait Paros pour placer ton image Auprès d'Harmodius, auprès de son ami; Et des choeurs sur ta tombe, en une sainte ivresse, 35 Chanteraient Némésis, la tardive déesse, Qui frappe le méchant sur son trône endormi. Mais la France à la hache abandonne ta tête. C'est au monstre égorgé qu'on prépare une fête Parmi ses compagnons, tous dignes de son sort. 40 Oh! quel noble dédain fit sourire ta bouche, Quand un brigand, vengeur de ce brigand farouche, Crut te faire pâlir aux menaces de mort! C'est lui qui dut pâlir, et tes juges sinistres, Et notre affreux sénat et ses affreux ministres, 45 Quand, à leur tribunal, sans crainte et sans appui, Ta douceur, ton langage et simple et magnanime Leur apprit qu'en effet, tout puissant qu'est le crime, Qui renonce à la vie est plus puissant que lui. Longtemps, sous les dehors d'une allégresse aimable, 50 Dans ses détours profonds ton âme impénétrable Avait tenu cachés les destins du pervers. Ainsi, dans le secret amassant la tempête, Rit un beau ciel d'azur, qui cependant s'apprête A foudroyer les monts et soulever les mers. 55 Belle, jeune, brillante, aux bourreaux amenée, Tu semblais t'avancer sur le char d'hyménée; Ton front resta paisible et ton regard serein. Calme sur l'échafaud, tu méprisas la rage D'un peuple abject, servile, et fécond en outrage, 60 Et qui se croit alors et libre et souverain. La vertu seule est libre. Honneur de notre histoire, Notre immortel opprobre y vit avec ta gloire; Seule, tu fus un homme, et vengeas les humains! Et nous, eunuques vils, troupeau lâche et sans âme, 65 Nous savons répéter quelques plaintes de femme; Mais le fer pèserait à nos débiles mains. Non, tu ne pensais pas qu'aux mânes de la France Un seul traître immolé suffît à sa vengeance, Ou tirât du chaos ses débris dispersés. 70 Tu voulais, enflammant les courages timides, Réveiller les poignards sur tous ces parricides, De rapine, de sang, d'infamie engraissés. Un scélérat de moins rampe dans cette fange. La Vertu t'applaudit; de sa mâle louange 75 Entends, belle héroïne, entends l'auguste voix. O Vertu, le poignard, seul espoir de la terre, Est ton arme sacrée, alors que le tonnerre Laisse régner le crime et te vend à ses lois.
III
LA JEUNE CAPTIVE
'L'épi naissant mûrit de la faux respecté; Sans crainte du pressoir, le pampre tout l'été Boit les doux présents de l'aurore; Et moi, comme lui belle, et jeune comme lui, 5 Quoi que l'heure présente ait de trouble et d'ennui, Je ne veux point mourir encore. 'Qu'un stoïque aux yeux secs vole embrasser la mort, Moi je pleure et j'espère; au noir souffle du nord Je plie et relève ma tête. 10 S'il est des jours amers, il en est de si doux! Hélas! quel miel jamais n'a laissé de dégoûts? Quelle mer n'a point de tempête? 'L'illusion féconde habite dans mon sein. D'une prison sur moi les murs pèsent en vain, 15 J'ai les ailes de l'espérance; Échappée aux réseaux de l'oiseleur cruel, Plus vive, plus heureuse, aux campagnes du ciel Philomèle chante et s'élance. 'Est-ce à moi de mourir? Tranquille je m'endors, 20 Et tranquille je veille, et ma veille aux remords Ni mon sommeil ne sont en proie. Ma bienvenue au jour me rit dans tous les yeux; Sur des fronts abattus mon aspect dans ces lieux Ranime presque de la joie. 25 'Mon beau voyage encore est si loin de sa fin! Je pars, et des ormeaux qui bordent le chemin J'ai passé les premiers à peine. Au banquet de la vie à peine commencé, Un instant seulement mes lèvres ont pressé 30 La coupe en mes mains encor pleine. 'Je ne suis qu'au printemps, je veux voir la moisson; Et comme le soleil, de saison en saison, Je veux achever mon année. Brillante sur ma tige et l'honneur du jardin, 35 Je n'ai vu luire encor que les feux du matin: Je veux achever ma journée. 'O mort! tu peux attendre; éloigne, éloigne-toi; Va consoler les coeurs que la honte, l'effroi, Le pâle désespoir dévore. 40 Pour moi Palès encore a des asiles verts, Les Amours des baisers, les Muses des concerts; Je ne veux point mourir encore!' Ainsi, triste et captif, ma lyre toutefois S'éveillait, écoutant ces plaintes, cette voix, 45 Ces voeux d'une jeune captive; Et secouant le faix de mes jours languissants, Aux douces lois des vers je pliai les accents De sa bouche aimable et naïve. Ces chants, de ma prison témoins harmonieux, 50 Feront à quelque amant des loisirs studieux Chercher quelle fut cette belle: La grâce décorait son front et ses discours, Et, comme elle, craindront de voir finir leurs jours Ceux qui les passeront près d'elle.
Saint-Lazare.
ÏAMBES
I
HYMNE SUR L'ENTRÉE TRIOMPHALE DES SUISSES RÉVOLTÉS ET AMNISTIÉS DU RÉGIMENT DE CHATEAUVIEUX
Salut, divin triomphe! entre dans nos murailles; Rends-nous ces guerriers illustrés Par le sang de Désille et par les funérailles De tant de Français massacrés. 5 Jamais rien de si grand n'embellit ton entrée; Ni quand l'ombre de Mirabeau S'achemina jadis vers la voûte sacrée Où la gloire donne un tombeau; Ni quand Voltaire mort et sa cendre bannie 10 Rentrèrent aux murs de Paris, Vainqueurs du fanatisme et de la calomnie Prosternés devant ses écrits. Un seul jour peut atteindre à tant de renommée, Et ce beau jour luira bientôt: 15 C'est quand tu conduiras Jourdan à notre armée, Et Lafayette à l'échafaud. Quelle rage à Coblentz! quel deuil pour tous ces princes, Qui, partout diffamant nos lois, Excitent contre nous et contre nos provinces 20 Et les esclaves et les rois! Ils voulaient nous voir tous à la folie en proie. Que leur front doit être abattu! Tandis que parmi nous quel orgueil, quelle joie Pour les amis de la vertu, 25 Pour vous tous, ô mortels, qui rougissez encore Et qui savez baisser les yeux, De voir des échevins que la Râpée honore Asseoir sur un char radieux Ces héros que jadis sur les bancs des galères 30 Assit un arrêt outrageant, Et qui n'out égorgé que très peu de nos frères Et volé que très peu d'argent! Eh bien, que tardez-vous, harmonieux Orphées? Si sur la tombe des Persans 35 Jadis Pindare, Eschyle, ont dressé des trophées, Il faut de plus nobles accents. Quarante meurtriers, chéris de Robespierre, Vont s'élever sur nos autels. Beaux-arts, qui faites vivre et la toile et la pierre, 40 Hâtez-vous, rendez immortels Le grand Collot d'Herbois, ses clients helvétiques, Ce front que donne à des héros La vertu, la taverne et le secours des piques. Peuplez le ciel d'astres nouveaux, 45 O vous, enfants d'Eudoxe et d'Hipparque et d'Euclide, C'est par vous que les blonds cheveux Qui tombèrent du front d'une reine timide Sont tressés en célestes feux; Par vous l'heureux vaisseau des premiers Argonautes 50 Flotte encor dans l'azur des airs. Faites gémir Atlas sous de plus nobles hôtes, Comme eux dominateurs des mers. Que la nuit de leurs noms embellisse ses voiles, Et que le nocher aux abois 55 Invoque en leur galère, ornement des étoiles,5 Les Suisses de Collot d'Herbois.
(Journal de Paris, 15 avril 1792.)
II
Quand au mouton bêlant la sombre boucherie Ouvre ses cavernes de mort, Pâtres, chiens et moutons, toute la bergerie Ne s'informe plus de son sort. 5 Les enfants qui suivaient ses ébats dans la plaine, Les vierges aux belles couleurs Qui le baisaient en foule, et sur sa blanche laine Entrelaçaient rubans et fleurs, Sans plus penser à lui, le mangent s'il est tendre. 10 Dans cet abîme enseveli J'ai le même destin. Je m'y devais attendre. Accoutumons-nous à l'oubli. Oubliés comme moi dans cet affreux repaire, Mille autres moutons, comme moi, 15 Pendus aux crocs sanglants du charnier populaire, Seront servis au peuple-roi. Que pouvaient mes amis? Oui, de leur main chérie Un mot à travers ces barreaux Eût versé quelque baume en mon âme flétrie; 20 De l'or peut-être à mes bourreaux... Mais tout est précipice. Ils ont eu droit de vivre. Vivez, amis; vivez contents. En dépit de [——] soyez lents à me suivre. Peut-être en de plus heureux temps 25 J'ai moi-même, à l'aspect des pleurs de l'infortune, Détourné mes regards distraits; A mon tour, aujourd'hui; mon malheur importune: Vivez, amis, vivez en paix.
Saint-Lazare.
III
Comme un dernier rayon, comme un dernier zéphyre Animent la fin d'un beau jour, Au pied de l'échafaud j'essaye encor ma lyre. Peut-être est-ce bientôt mon tour; 5 Peut-être avant que l'heure en cercle promenée Ait posé sur l'émail brillant, Dans les soixante pas où sa route est bornée, Son pied sonore et vigilant, Le sommeil du tombeau pressera ma paupière. 10 Avant que de ses deux moitiés Ce vers que je commence ait atteint la dernière, Peut-être en ces murs effrayés Le messager de mort, noir recruteur des ombres, Escorté d'infâmes soldats, 15 Ébranlant de mon nom ces longs corridors sombres, Où seul, dans la foule à grands pas J'erre, aiguisant ces dards persécuteurs du crime, Du juste trop faibles soutiens, Sur mes lèvres soudain va suspendre la rime; 20 Et chargeant mes bras de liens, Me traîner, amassant en foule à mon passage Mes tristes compagnons reclus, Qui me connaissaient tous avant l'affreux message, Mais qui ne me connaissent plus. 25 Eh bien! j'ai trop vécu. Quelle franchise auguste, De mâle constance et d'honneur Quels exemples sacrés doux à l'âme du juste, Pour lui quelle ombre de bonheur, Quelle Thémis terrible aux têtes criminelles, 30 Quels pleurs d'une noble pitié, Des antiques bienfaits quels souvenirs fidèles, Quels beaux échanges d'amitié, Font digne de regrets l'habitacle des hommes? La peur blême et louche est leur Dieu, 35 La bassesse, la honte. Ah! lâches que nous sommes! Tous, oui, tous. Adieu, terre, adieu. Vienne, vienne la mort! que la mort me délivre!... Ainsi donc, mon coeur abattu Cède au poids de ses maux!—Non, non, puisse-je vivre! 40 Ma vie importe à la vertu. Car l'honnête homme enfin, victime de l'outrage, Dans les cachots, près du cercueil, Relève plus altiers son front et son langage, Brillant d'un généreux orgueil. 45 S'il est écrit aux cieux que jamais une épée N'étincellera dans mes mains, Dans l'encre et l'amertume une autre arme trempée Peut encor servir les humains. Justice, vérité, si ma main, si ma bouche, 50 Si mes pensers les plus secrets Ne froncèrent jamais votre sourcil farouche, Et si les infâmes progrès, Si la risée atroce, ou plus atroce injure, L'encens de hideux scélérats, 55 Ont pénétré vos coeurs d'une large blessure, Sauvez-moi. Conservez un bras Qui lance votre foudre, un amant qui vous venge. Mourir sans vider mon carquois! Sans percer, sans fouler, sans pétrir dans leur fange 60 Ces bourreaux barbouilleurs de lois! Ces vers cadavéreux de la France asservie, Égorgée! ô mon cher trésor, O ma plume, fiel, bile, horreur, dieux de ma vie! Par vous seuls je respire encor: 65 Comme la poix brûlante agitée en ses veines Ressuscite un flambeau mourant. Je souffre; mais je vis. Par vous, loin de mes peines, D'espérance un vaste torrent Me transporte. Sans vous, comme un poison livide, 70 L'invisible dent du chagrin, Mes amis opprimés, du menteur homicide Les succès, le sceptre d'airain, Des bons proscrits par lui la mort ou la ruine, L'opprobre de subir sa loi, 75 Tout eût tari ma vie, ou contre ma poitrine Dirigé mon poignard. Mais quoi! Nul ne resterait donc pour attendrir l'histoire Sur tant de justes massacrés! Pour consoler leurs fils, leurs veuves, leur mémoire! 80 Pour que des brigands abhorrés Frémissent aux portraits noirs de leur ressemblance! Pour descendre jusqu'aux enfers Nouer le triple fouet, le fouet de la vengeance Déjà levé sur ces pervers! 85 Pour cracher sur leurs noms, pour chanter leur supplice! Allons, étouffe tes clameurs; Souffre, ô coeur gros de haine, affamé de justice. Toi, vertu, pleure si je meurs.
Saint-Lazare.
FIN
NOTES 50
BUCOLIQUES.
I. L'AVEUGLE.
L. 1.Iliad, i. 37: 'Hear, thou god that bear'st the silver bow, O Smintheus.'—CHAPMAN.
L. 3. cet aveugle, meaning 'himself,' is a Greek, and also Latin, idiom. Seneca, writing of himself, uses the phrase in hoc sene, which Montaigne (Ess. II. XXXV. translates en ce vieillard, followed by his own translator, Cotton, with: 'in this old fellow.' Corneille, Polyeucte, V. iii: 'C'en est assez: Félix, reprenez ce courroux Et sur cet insolent (i.e. me) vengez vos dieux et vous.'
L. 4. C'est ainsi qu'achevait l'aveugle... Et près des bois marchait. The inversion is quite usual, but what is less so is the absence of a subject before marchait. Here is, however, another instance of the same construction from Racine, Idylle de la Paix: 'Déjà marchait devant les étendards Bellone, les cheveux épars et se flattait d'éterniser les guerres'...
L. 6. S'asseyait. A very happy enjambement. The rhythm also stops as if for very weariness.
L. 18. à la prière. Is this a Latinism, a translation of the Latin ad preces, or an extension of the use of à=pour so common in French? See note to p. 3, l. 88.
L. 26. pures, i.e. sans mélange, 'unmixed, unalloyed.'
Ll. 27, 28. Cf. in the Odyssey (viii. 64): Demodocus, 'the blind singer, to whom, in recompense of his lost sight, the Muses had given an inward discernment, a soul and a voice to excite the hearts of men and gods to delight.'—Lamb, Advent. of Ulys., vii.
Ll. 31, 32. Menander in Stobaeus, Florilegium, xcvi.
Ll. 33-38. Od. vii. 208.
L. 39. Thamyris. The story is told in the Iliad (ii. 594): 'the muses.... Because he proudly durst affirm he could more sweetly sing than that Pierian race of Jove.... Bereft his eyesight, and his song that did the ear enchant, and of his skill to touch his harp disfurnished his hand.'—CHAPMAN.
L. 45. puisse... changer ta destinée, for puisse ta destinée changer. The same construction may be seen in: 'Puisse périr comme eux quiconque leur ressemble.'—Racine, Athalie, IV. ii.
Ll. 46, 47. ce que... tient la peau. For the inversion of the subject in relative clauses see Meyer-Lübke, iii. § 751, and A. Darmesteter-Sudre, Syntaxe, § 492.
L. 48. Ils versent... The verb verser, 'to cause a liquid to flow out of a vessel,' is extended to solids, e.g. 'verser du blé dans un sac' (LITTRÉ).
Ll. 49, 50. les olives huileuses,... et les figues mielleuses. 'The honied fig and unctuous olive smooth.'—Cowper, Od. vii. 139.
L. 56. venus de Jupiter. In the sense in which Nausicaa, Od. vi. 207, says: 'From Jove come all strangers, and the needy of a home.'—CHAPMAN.
Ll. 57-67. Od. vi. 154.
L. 62. ce palmier de Latone. In Lamb's Adventures of Ulysses, the hero says to Nausicaa: 'Lately at Delos (where I touched) I saw a young palm which grew beside Apollo's temple; it exceeded all the trees which ever I beheld for straightness and beauty: I can compare you only to that.' Under this palm-tree Latona gave birth to Apollo and Diana. See also Solomon's Song, vii. 7: 'This thy stature is like to a palm-tree.'
L. 69. aura vu... The future is here used in order to express an hypothesis, as in this: 'Comment se fait-il qu'il ne soit pas encore arrivé?—Il aura oublié.' See Ayer, Gram. comp. de la langue française, § 203. For another similar use of the future see p. 25, l. 95.
Ll. 73-5. Od. i. 169-73. But Telemachus addresses Athene in more naïve words, saying: 'I do not think thou couldst come to this island on foot.'
l. 74. Comment, et d'où viens-tu? Boldly elliptical for 'comment es-tu venu ici et d'où viens-tu?' l'onde maritime. A rare use of the adj. maritime. La Fontaine has an instance of it: Ce maritime empire, VIII, ix; cf. 'la vague marine,' p. 29, l. 16.
Ll. 81, 82. Mais pauvre... Ils m'ont... jeté: a bold ellipsis as in 'Je t'aimais inconstant, qu'aurais-je fait fidèle!'—RACINE.
L. 88. âme ouverte à sentir. There are numerous instances in Chénier of the use of à in the sense of pour, a somewhat archaic feature which, no doubt, was one of the grounds on which his early critics based their reproach of incorrectness. But this is really racy French. The employment of à = pour may be traced throughout French literature: thirteenth century, 'Les dismes furent establies et donées anciennement a sainte église soustenir'; fourteenth century, 'Amis leur sont nécessaires a leurs bonnes actions acomplir'; sixteenth century, 'Il le somma de partir à parlementer'; seventeenth century, 'La couronne n'a rien à me rendre content,' Molière, D. Garc. V. vi; 'A lui rendre service elle m'ouvre la voie,' Corneille, Sertorius, II. v.; eighteenth century, 'A faire d'un tel gentilhomme un Achille au pied léger, l'adresse de Chiron même eût eu de la peine à suffire,' J.-J. Rousseau, Émile, ii.; nineteenth century, 'Que cette place est bonne à le bien poignarder,' V. Hugo, Cromwell, V. iii; 'Il en faudrait un monde à faire un grain de sable,' Lamartine, Jocelyn, quatrième époque (see the Jocelyn of this series, p. 75, l. 308). It is not strange that this should have been thought incorrect, when we see the French Academy, in their judgement on the Cid, and Voltaire, in his notes to Corneille, make the same mistake. See Haase, § 124, 2°, and F. Godefroy, Lexique comparé de la Langue de Corneille. For a similar instance see p. 6, l. 183.
L. 93. mobiles. The epithet will be more easily understood if we think of its contrary, 'inert'.
L. 98. j'étais misérable... Misérable is here used in the sense 'to be pitied,' a sense frequent in the seventeenth century. j'étais, the imperfect of the indicative for the conditional past, as in 'Hercule, ce dit-il, tu devois bien purger La terre de cette hydre,' La Fontaine, Fables, VIII. v, or in 'Sans vous, j'étais noyé.'
L. 100. N'eussiez. The more usual French construction would be, with repetition of the subject, 'vous n'eussiez.' armé... les pierres et les cris. A favourite phrase with Chénier (see p. 112, l. 105, and in Le Jeu de Paume, 'La tyrannie... arme... ses cent yeux...'). Racine, Les Frères Ennemis, I. iii, speaks of 'armer et le fer et la faim' against someone. An old translation of the Bible has 'J'armerai contre eux les dents des bêtes farouches,' Deut. xxxii. 24. Thus in the Odyssey, when the 'mastiffs' fly at Ulysses, the herdsman runs up, and 'his cry (with frequent stones flung at the dogs) repell'd this way and that their eager course they held.'—Chapman, Odyss. xiv. ll. 49-51.
L. 110. Ma bouche ne s'est point ouverte à leur répondre. See note to p. 3, l. 88.
L. 119. place is, of course, a subjunctive. The omission of que before subjunctives expressing a wish was the rule in Old French. The practice was still prevalent in seventeenth-century French. It is exceptional now, as in: Fasse le ciel! Puissiez-vous réussir! Vive la France!
Ll. 119-121. Un siège... sous la colonne. Cf. Odyss. (Chapman's transl., viii. p. 365): 'His place was given him in a chair all graced With silver studs, and 'gainst a pillar placed;... The herald on a pin above his head His soundful harp hung.'
L. 123. Ingénieux, here, seems to be used, not in its French sense of 'clever, having an aptitude for invention,' which would be but a poor compliment paid to the great Homer, but with its Latin meaning of 'gifted with genius.'
L. 135. vaillant. I take it to mean, not 'courageous,' but 'vigorous in body, robust, able-bodied,' a sense not recorded in Littré, though well known in everyday French, the sense of English valiant in 'the sturdy and valiant beggars' of the statute-book.
L. 140. douleurs, rheumatic pains.
Ll. 149-156. E. Faguet, in his Chénier, observes how like a picture this is composed. In the foreground the blind man sitting under a tree, with the shepherds and wayfarers pressing around him, while the background displays the deserted flocks and roads, and the intervening space is crowded with the attentive nymphs and sylvans enticed out of their abodes.
Ll. 149, 150. Virgil, Ecl. vi. 28 'tum rigidas motare cacumina quercus (videres).'
L. 157. Car en de longs détours... A long line. Its twelve syllables certainly take more time in the delivery than any other twelve. Hence the better adapted the line is to convey the poet's meaning.
L. 158. Il enchaînait. The meaning is that he gave a connected account of....
L. 162. Les amours immortelles for les amours des immortels. Virgil, Georg. iv. 347.
L. 164. Iliad, i. 528: 'He said; and his black eyebrows bent;... great heaven shook.'—CHAPMAN.
L. 166. The war of the Titans.
L. 167. The Trojan war is here entered upon.
L. 168. Cf, Homer, Iliad, iii. 13; xiii. 336; Virgil, Aeneid, ix, 63, 64.
L. 170. Iliad, ii, 455: 'And as a fire upon a huge wood, on the heights of hills; that far off hurls his light; so the divine brass shined on these.'—CHAPMAN.
L. 172. Iliad, xix. 405, Xanthus, one of Achilles' horses ('twas Juno's will to make vocal the palate of the one,' to use Chapman's words), answers his master's charge to acquit himself well with a prediction that 'not far hence the fatal minutes are Of his grave ruin.'
L. 177. mortels aux épouses... This must be an instance of those 'régimes inusités donnés aux adjectifs' which Raynouard censured in 1819. This is once more à in the sense of pour. 'Rechercher un trépas si mortel à ma gloire,' Corneille, Cid, I. ii. But compare the (perhaps) more modern construction: 'Cette mode durera peu; elle est mortelle pour les dents.'—Madame de Sévigné, 4 avril 1671 (in LITTRÉ).
L. 179. Laetas segetes. Virgil, Georg. i. I.
L. 182. Homer. Iliad, xviii. 491; Hesiodus, The Shield of Hercules, 274.
L. 183. à soulever les mers. à=pour. See note to p. 3, l. 88.
Ll. 185, 186. Il. xviii. 35-70.
L. 189. Ulysses' descent to Hades, Od. xi.
L. 190. les champs d'asphodèle. Od. xi, 539.
Ll. 191-194. Od. xi. 36. Aeneid, vi. 305. l. 192, and Dryden's translation of the corresponding line of Virgil may be compared: 'And youths entombed before their father's eyes.'
Ll. 197-200. Od. viii. 274. Ovid, Metam. iv. 175. Inconnus, here, for invisibles. The stricture of the first critic of A. Chénier, Népomucène Lemercier, that the poet 'dénature le sens des mots,' if generally unjust, may apply to this instance.
L. 201. il revêtait d'une pierre soudaine is very happily said for il revêtait soudainement de pierre.
L. 202. Il. xxiv. 602.
L. 203. Accents de douleurs would, in prose, be accents de douleur, without the s, which is here put that, as douleurs rhymes with pleurs, the eye may be satisfied.
L. 204. Od. xix. 518; Virgil, Ecl. vi. 78.
L. 208. Od. iv. 220.
L. 209. Od. x. 304.
Ll. 210-212. Od. ix. 94. See Tennyson's Lotos Eaters.
L. 211. à ce philtre charmés, an instance of à denoting a relation of cause—'Qui demeure surprise à l'éclat de ces lieux,' Molière, Psyché, III. i. 988. See Haase, § 123.
L. 212 Od. ix. 54.
L. 214. Od. xxi. 295; Il. i. 266, ii. 742; Ovid, Met. xii. 210. Chénier follows Ovid.
L. 217. enfants de la nue. The Centaurs were descended from Ixion and Nephele, the cloud.
L. 221. mon affront, i.e. the affront offered me. This is a frequent use. Thus Racine makes Athalie say: 'que je ne cherche point à venger mes injures,' i.e. the wrongs suffered by me.
L. 224. Ovid, Met. xii. 247.
L. 226. Aen. x. 730; Od. xviii. 99.
Ll. 241-252. E. Faguet in his Chénier quotes this passage as an instance of energetic precision. 'The problem, he writes, is to depict this: A centaur (bear in mind that a centaur is a creature half-beast, half-man, with the body of a horse, the bust and head of a man, four feet, two arms, all this you must bear in mind), a centaur, with his two fore-feet, is trying to bear down a man, while, with his right arm, armed with a club, he seeks to brain another man. A third man leaps on to the back of the centaur, whence, pulling back his enemy's head with one hand, he thrusts a burning brand down his throat. The problem is to put all this in clear, precise, energetic, picturesque lines, and in few lines too. Chénier has succeeded in putting it in twelve times twelve syllables, with the result that, as it is, it stands in sharp outline as in a piece of sculpture.'
L. 246. D'un érable noueux, a club of maple. Dryden, Aen. '[Hercules] tossed about his head his knotted oak.'
L. 250. chevelure horrible, in the Latin sense of 'horrid, bristling.'
Ll. 254-256. Et le bois porte au loin des hurlements... l'ongle frappant.... Of course, what the wood conveys far away are such sounds as the trample of hoofs, the cries of the wounded warriors, the crash of the broken vessels, &c.
L. 255. l'ongle, Lat. ungula, stands for le sabot. Cf. Aen. viii. 596 'quatit ungula campum.'
Ll. 260, 261. Admiraient... abonder les paroles. This use of admirer followed by a pure infinitive, though, so far as we know, unprecedented, has nothing shocking in it and tends to make the line more concise. The construction is on the analogy of that which is customary with such verbs as voir, entendre, and 'admiraient abonder' is here said for 'voyaient avec admiration abonder.' Everything here is striking in the matter of language. Admirer is somewhat archaic and means 'to wonder.' 'Abonder de sa bouche' is anything but a hackneyed phrase. The etymological meaning of abonder, Lat. abundare, to overflow, was surely in the mind of Chénier when he wrote this. Such novelties as these make his style exquisite. Some pains should be taken to make something pass into English of the felicitous phrasing. Shall we presume to submit this suggestion; 'they admired the divine words, how they flowed from his lips'?
L. 262. Comme en hiver la neige... Il. iii. 221, 'And words that flew about our ears, like drifts of winter's snow.'—CHAPMAN.
Ll. 263-265. Cf. Homer, Hymn to Apollo, 514.
L. 268. Convive du nectar (table-companion of the gods—Horace's 'Conviva Deorom,' Od. i. 28—at their nectar) is a novel collocation of words, and, though of difficult analysis, grammatically speaking, is perfectly satisfactory as being easily understood, 'Partaker of nectar' would be an easy English rendering.
L. 269. prospère renders the laetus of Virgil, Aen. i. 732. The English equivalent might be 'blest.' Chénier liked the word, as appears from his Commentary on Malherbe.
L. 270. Homère. The name of the blind bard, which, ever since the first lines of the poem, has been a mystery for no reader, has been kept for the last word of the poem.
II. LE MENDIANT.
In this piece, illustrative of the rites of hospitality in ancient Greece, Chénier has drawn much of his inspiration from the arrival of Ulysses in Phaeacia; as it is described in the sixth book of the Odyssey. The reader will also notice, from the gaps in the text and unfinished lines, that the poem had not reached the stage of completion. Chénier, who himself published none but two of his poems, was prevented by death from giving the finishing touch to this and many other pieces.
L. 8. Od. 127, 137; Aen. iii. 590.
L. 15. Aspect, in the sense of 'apparition, ghost,' is a Latinism. Yet it is quite an allowable concretisation of the word, as in French and English 'apparition, vision,' in English 'sight' and in English 'aspect' itself, which we find used with the meaning of 'a thing seen' in the N.E.D.
L. 21. Od. vi. 150.
Ll. 23, 24. les voeux des... humains Ouvrent des immortels les bienfaisantes mains. If the maid is a goddess indeed, the beggar entertains some hopes of her mercy, for, says he, 'oftentimes have the prayers of the unfortunate opened the bountiful hands of the immortals—obtained of those hands that they should "open their bounty" (Henry VIII, iii. 2. 184) to them.'
Ll. 25, 26. quelque front... qui te nomme, one of those incoherent metaphors which our (in this respect) delicate taste demurs at, but which the old writers—Shakespeare being among the greatest sinners—indulged in freely.
These two lines display imperfect rimes, the o in couronne being short, whilst the o in trône is long.
L. 34. Tremblante. The 'rejet' helps the meaning. The reader's voice, arrested by the unavoidable pause at the end of the preceding line, is forced into imitating the hesitation that he is told was discernible in the maid's utterance. But perhaps this is more perceptible to a Frenchman used to more rigidity in the rimed versification of his great classics than to an Englishman with the freedom of blank verse in his ear.
L. 35. quand la nuit descend, the present for the future. See Haase, § 67, Remark I; Ayer, p. 466.
L. 42. il pleure aux pleurs... This is neatly said. Notice the use of the preposition à expressing a relation of cause, as in 'A l'orgueil de ce traître, De mes ressentiments je n'ai pas été maître' (Molière, Tartufe, v. 3. 1709). See Haase, § 123. Cf. p. 7, l. 211.
Ll. 51, 52. au devoir... Rangent... Ranger à = soumettre à, réduire à.
L. 54. ses mains sur ce visage. This was one of the rites observed by suppliants. See Euripides, Hecuba, 344.
L. 55. Indulgente. Becq de Fouquières remarks that the adjective is used in its Latin sense of complaisant. This is the English meaning: 'disposed to gratify by compliance with desire or humour,' whilst the French meaning is restricted to that of being 'ready to overlook or forgive faults or failings.'
L. 58. sur l'autre bord. Across the bridge.
L. 62. n'insulte à sa misère. Insulter à, still in use by the side of transitive insulter, is the equivalent of obsolete English 'insult over, on, at.'
L. 66. mon élève, not my 'pupil,' but my 'foster-child.' A farmer or a nurseryman speaking of the cattle he breeds or the plants he raises will say mes élèves. But the term is here exceptionally applied to a human being.
L. 74. Le toit s'égaye et rit. This line, criticized by Ponsard (Études antiques) as non-Homeric, is a translation of Catullus, lxiv. 285 'queis permulsa domus iocundo risit odore.' In fact, the attribution of feelings to inanimate things is as old as poetry itself. Countless instances in all languages might be adduced. For this use of laugh in English see N.E.D., s.v. laugh 1 c., and notice that Pope, in translating the Odyssey, has made Homer say, 'In the dazzling goblet laughs the wine,' iii. 601.
L. 75. au loin circule, i.e. forms a long circle.
L. 77. animées, appearing alive, of course, like the 'animated marble' of Pope, Temple of Fame, 73.
Ll. 77, 78. Od. vii. 100, 'Youths forged of gold, at every table there, Stood holding flaming torches.'—CHAPMAN. Cf. Lucretius, ii. 24.
L. 84. lits teints. Aen. i. 708, which Dryden translates 'The painted couches.'
L. 86. Est admise: exceptionally, for women, as a rule, did not sit at the same table with the men.
L. 89. Et déjà vins, &c. The ellipsis of the verb imparts greater vivacity to the narrative. The unexpected interruption is therefore made more abrupt.
L. 93. s'assied parmi la cendre. Od., vii. 153: '[Ulysses] went to the hearth, and in the ashes sat,' CHAPMAN; 'as the custom was in those days when any would make a petition to the throne,' adds Lamb by way of commentary, Adventures of Ulysses, vi.
L. 94. Od. vii, 144, 145. '...His view With silence and with admiration strook The court quite through.'—CHAPMAN.
Ll. 97-100. Hesiod, Theog. 84. De l'Olympe envoyé, ibid. 97.
L. 98. Semblent d'un roi. Elliptical for semblent être d'un roi. Être de itself is elliptical for de être celui, ceux. The French idiom has its English equivalent in 'My kingdom is not of this world.'
L. 100. Od. xiv. 205; Hesiod, Theog. 97.
L. 102. la main hospitalière, with the definite article, not 'ta main...,' as has sometimes been printed, nor, as the more current phrase runs, 'une main.' The beggar is then made to use, as it were, a technical phrase, to name a well-known rite. In the same way we say 'the kiss of peace,' 'the stirrup-cup.'
L. 104. Od. xvii 347: 'Bashful behaviour fits no needy man.'—CHAPMAN.
L. 110. Theognis, 649.
Ll. 111, 112. This seems to owe something to an extract from Menander in the Florilegium of Stobaeus, xcvi, which, together with a line of Theognis, quoted under the same heading, has partly inspired the following lines of Chénier, ll. 113, 114.
L. 115. plus que l'enfer, more than the gates of hell, is the phrase, Il. ix. 312; Od. xiv. 156.
L. 116. Le public ennemi, i.e. l'ennemi public. The inversion is awkward, as the collocation of the words is precisely that which would express 'the hostile public.'
Ll. 122-4. Od. xvii. 485.
L. 123. traînés, of course, goes with haillons.
L. 125. Il. l. 22.
L. 127. et que puissent. The more modern phrase would be puissent tes voeux. Malherbe: 'que puisses-tu, grand soleil de nos jours, Faire sans fin le même cours.' See Haase, 73 B.
Ll. 127, 128. Od. xvii. 354.
L. 134. For these details see Od. iv. 290.
L. 139. nourrit un long amour: a very happy phrase, recalling La Fontaine's 'quittez le long espoir et les vastes pensées,' Fables, XL viii. In Shakespeare's 'A long farewell to all my greatness.' Henry VIII, iii. 2. 351, we have a similar use of 'long'. Such epithets stand in lieu of a whole phrase.
L. 143. Od. vii. 174, 175: 'And there was spread A table, which the butler set with bread,'—CHAPMAN.
L. 144. Sieds-toi. Se seoir, for instances of which we must go to the seventeenth century, its uses being confined to the present of the indicative, the imperative, and the infinitive, is an archaism. Such archaisms, like que puissent above, give more solemnity to the tone, make the scene recede, as it were, into the past.
L. 150. l'éponge. Od. i. 111: 'Some... With porous sponges cleansing tables.'—CHAPMAN.
L. 151. S'approche, i.e. 'is brought by the servants.' The stranger does not sit at the common table, but, as when Ulysses is entertained by Alcinous, a table is spread for him.
L. 152. le disque: discus, platter for meat, whence O.E. 'disc,' E. 'dish,' and German Tisch, a table. d'airain; cf. Il. xi. 630: 'a brass fruit-dish.'—CHAPMAN.
L. 153. l'amphore vineuse. An epithet of nature. Chénier, it will be noticed, used them freely, as the ancients did.
L. 155. leur lendemain... A thought akin to that in Homer, Od. xv. 400: 'Betwixt his sorrows every humane joys.'—CHAPMAN.
Ll. 156-159. Od. vii. 178: '... command That instantly your heralds fill in wine, That to the god that doth in lightnings shine We may do sacrifice: for he is there Where these his reverend suppliants appear.'—CHAPMAN.
L. 158. Pour boire. An unexpected passage from indirect to direct speech, as in Homer, Il. xv. 348. The abrupt break in construction is more telling in French than in English, where it is a more common device.
L. 160. For this rite see Od. iii. 45.
L. 163, 164. Od. vii. 192.
L. 169. De sourire et de plainte would be de sourires et de plaintes in prose. But the two s's of the plural would prevent the two e's from being elided and so give two syllables more.
L. 170. tes nobles toits. The plural for the singular, that the form of the word, riming with abois, may satisfy the eye. A Latinism besides.
Ll. 174-179. Od. xiv. 462. I cannot refrain from giving here Chapman's quaint equivalent for ce que... il eût mieux valu taire: 'strong wine,' he makes Ulysses say, 'moves the wise to... prefer a speech to that were better in.'
L. 184. See Od. viii. 136.
L. 185. n'ai point passé l'âge 'où l'on est robuste' is understood.
L. 186. La force et le travail, que je n'ai point perdus, a hendyadis for 'la force de travailler.'
Ll. 188 ff. In the same way Ulysses (Od. xv. 317) declares to Eumaeus that he is ready to do all kind of menial work to earn a livelihood.
L. 194. diriger, train.
L. 195. Et le cep et la treille. The low vine-plant, such as is seen in the vine-growing parts of France, and the espalier or trellis vine.
L. 196. la faux recourbée. One of those descriptive epithets so frequent in primitive poetry.
Ll. 199-201. Hesiod, Op. et Dies, 307, 303-5.
L. 201. à rien faire. Some purists censure the use of rien without ne on the ground that rien of itself means quelque chose (Lat. rem), as in: 'Pourquoi consentez-vous à rien prendre de lui?'—Molière, Tartufe, V. vii; but the abuse, if it is really to be considered as one, is authorized by the best writers, Molière, Racine, &c. In answers rien is used by itself with the sense of 'nothing.' Add to this the phrases pour rien, réduire à rien, venir à rien, un homme de rien, rien que cela, si peu que rien, moins que rien, where rien actually means 'nothing'. Also the substantive: un rien, des riens. Also un vaurien (='un homme qui ne vaut rien'). The objection to rien in the present sentence would be just if the omission of the negation ne entailed the least ambiguity, but such is not the case.
L. 202. Od. xix. 253 and 322.
L. 203. élever sa langue for élever la voix is decidedly indefensible. But Chénier carefully avoids obvious alliances of words. See note to p. 64, l. 4.
L. 205. Sans craindre qu'un affront ne trouble. The second negative ne had better have been left out. The strict rule is to omit it after sans. Yet several instances of sans que... ne and even sans que... ne... point occur in the seventeenth century, namely in Mme de Sévigné. See Haase, § 103 B.
L. 206. L'indigent se méfie. Menander in Stobaeus, Florilegium, xcvi. Od. vii. 307.
L. 209. A reminiscence of Horace, Od. ii. 9. The same thought occurs again at p. 66, l. 4.
L. 210. Propertius, ii. 28. 31; Theocritus, Idyll. iv. 4.
L. 211. Et tel pleure. Cf. 'Tel qui rit vendredi, dimanche pleurera.'—Racine, Plaideurs, i. I. Observe the fitness of those two forms of the same proverb to their several contexts. The vendredi and dimanche, humorous precisions, would never do here.
L. 212. en tes discours préside—not 'à tes discours.' Chénier means, not 'wisdom presides over thy discourses,' but 'wisdom rules, bears sway, prevails, is paramount in thy discourses,' Cf. Od. xix. 352; xx. 37.
Ll. 228-231. Aen. i. 628.
Ll. 229, 230. n'a point à l'indigence fait..., 'has not caused indigence to envy the destiny of the wealthy Lycus,' The object of faire, which is at the same time the subject of the infinitive envier, is in the dative. See Littré, Dict., s. v. 'Faire,' Remarques 1-5; also Haase, 390.
L. 235. et te souviens. This peculiar form of the imperative is used only when another imperative goes before. Whereas in the ordinary form, souviens-toi, the stressed form of the pronoun is used (as is the rule when the pronoun is the object of an imperative or a prepositional object: écris-moi, nous avons songé à lui), in this construction the pronoun preceding the verb follows the rule of all pronouns placed before verbs and is in the unstressed form.
Ll. 250, 251. Hesiod, Op. et Dies, 285.
L. 260. qu'avait tissus l'Euphrate. Tissu is the past participle of the obsolete verb tistre, now replaced by tisser.
L. 264. Seul maintenant—a sort of ablative absolute.
L. 275. Et sans que nul mortel. Nul, though of itself a negative, occurs after sans: 'Sans nuls égards pour les petits.'—La Bruyère, xiv. True it is that La Bruyère might have said, with Malherbe and La Fontaine, 'sans point d'égards...,' which nobody would think of using at the present day. 'Sans qu'aucun mortel'—aucun=aliquis unus, and so is no negative—would have been more logical, but harsh.
L. 282. By the device of concluding the long period with these three sad syllables, the pathos of the statement is heightened.
L. 284. a tombé. Tomber, generally used with the auxiliary être, also admits of the auxiliary avoir. Littré, Dict., s.v. 'Tomber,' 61°.
L. 287. je ne revois. The present used instead of the future tense imparts more emphasis to the asseveration. See Ayer, p. 466.
L. 289. vapeurs, fumes.
L. 291. Od. xiv. 42.
L. 308. au même précipice. In Old French ou (=en le) got confused with au (=à le), whence a constant substitution of au for ou in the masculine, and, by extension, of à la for en la in the feminine. See Meyer-Lübke, § 417, and Haase, § 120, and cf. p. 33, l. 4.
L. 317. je revoi. The Old French spelling (voi from video) has been retained in versification for rhyming purposes.
L. 323. J'ai honte à ma fortune, instead of: 'J'ai honte de ma fortune'; as Molière writes: 'J'aurais honte à la prendre.'—Le Dépit amoureux, I. ii.
L. 331. So Nausicaa does to Ulysses (Od. viii. 461).
III. LA LIBERTÉ.
L. 1. qui t'agite? Qui here is a neuter and means 'what.' See Darmesteter, § 416.
L. 8. parmi l'herbe. Delicately archaic. Thus Corneille has 'parmi l'air,' Mel. IV. vi. and La Fontaine 'Parmi la plaine,' Fables, XI. i. 4. See Haase, § 131 A.
Ll. 12, 13. Notice the fine effect of imitative harmony in these lines. They are as rough as the landscape they describe. Much of their harshness is due to the predominance of the sound of r.
Ll. 36, 37. Euripides, Hec. 332.
L. 38. rien à soi. Soi, which is now more especially used when the subject of the sentence is on, was formerly indiscriminately used with lui put for lui-même. See note to p. 29, VII, l. 10.
L. 49. Aen. iv. 487.
L. 54. les maux qu'on me fait. The plural of mal is not common with the verb faire. There is an instance of it in Régnier: 'sa barbe... où certains animaux... luy faisoient mille maux,' Satire x, 171-4.
L. 66. De qui les blés. This use of de qui, when the antecedent is an inanimate thing, was condemned by Vaugelas, whose rule has prevailed. Yet there is a tendency with many modern writers to return to the older practice.
L. 72. The horn of plenty, or cornucopia, or Amalthaea's horn.
L. 73. Sans doute que. How are we to account for this que? The phrase is the result of an ellipsis, and stands for 'il est sans doute que.'
L. 75. Je n'y vois. Y refers to la terre, l. 55.
L. 80. Elle est pour moi marâtre. Marâtre is an adjective here=inexorable.
L. 87. Je m'occupe à leurs jeux. For a distinction between s'occuper à and s'occuper de see Littré, Dict., s.v. 'occuper,' Remarque. The meaning here is: I occupy my mind in seeing them play.
L. 88. sur la rosée et sur l'herbe brillante, a hendiadys for sur l'herbe brillante de rosée.
L. 93. Deux fois... promenés. An ablative absolute. Promener, of course, is not the proper word for 'driving' a flock, but an expression of angry contempt for the tedious and, as it were, unprofitable work.
L. 101. injure, in the singular, for the sake of the metre.
L. 107. Du chaume. Calpurnius, Aegl. viii. 66.
L. 117. la mienne. This syntactical incorrectness—for la mienne cannot mean ma vierge—is in fact an elegance. The shepherd is full of the idea of his love, and most naturally says la mienne, meaning ma bien-aimée. This neglect of strict logic is most natural.
Ll. 151, 152. Some writers have printed si j'étais plus sage..., as if the sentence were unfinished, and explain that 'I should not take them' is understood. But the thought rather seems to be expressed elliptically: Were I wiser, these gifts forebode no good to me (and I should listen to these misgivings).
L. 156. j'aurai pu. The future expressing what is likely to have taken place. See Ayer, § 203.
IV. LE MALADE.
M. Dezeimeris (Leçons nouvelles et remarques sur le texte de divers auteurs, Bordeaux, 1879) has shown how much this poem owed to a Greek versified romance by Theodoras Prodromus, entitled The Adventures of Rhodanthe and Dosicles. To this very indifferent and cold production he has traced both the scheme and most characteristic details of Chénier's Malade. We have deemed it unadvisable to crowd our notes with the numerous passages of the Byzantine writer which have inspired our poet.
Ll. 1-3. This invocation, a litany in form, may have been suggested by the Orphic hymn to Apollo.
L. 6. qui meurt abandonnée, i.e. qui meurt si elle est abandonnée.
L. 7. Qui n'a pas dû rester..., 'who surely has not been spared by death that she might see her own son die.'
Ll. 8, 9. Assoupis, assoupis... Frequent repetitions occur throughout this piece, all with a most natural and pathetic effect. M. Dezeimeris that Chénier took the hint from Prodromus, in whose poem, however, the repetitions, for the most part irrelevant, are mere mannerism.
L. 15. un jeune taureau blanc. 'Iuvencum candentem,' Aen. ix. 627.
L. 22. Aen. x. 557.
Ll. 24, 25. Il. i. 362. Thetis says to Achilles; 'Why weeps my son? what grieves thee? Speak, conceal not what hath laid such hard hand on thee, let both know.'—CHAPMAN.
L. 34. See tapes in A. Rich's Dict. of Roman and Greek Antiq.
L. 36. ô douleurs! The s is required by the rhyme rather than by the sense.
L. 43. Euripides, Hipp. 135.
L. 44. Sans connaître Cérès. 'Non Cereris placuere dapes, non pocula Bacchi' is Gaulmin's paraphrase of Prodromus (Paris, 1625). For a similar use of 'Ceres,' see Ovid, Met. iii. 437. Milton has: 'A field Of Ceres ripe for harvest waving bends' (Paradise Lost, iv. 980, 981); and Byron: 'Beneath his ears of Ceres groan the roads' (Don Juan, XII. ix).
L. 46. ta vieille inconsolable mère, not ton inconsolable vieille mère, which would be the more usual, but less forcible, order.
L. 48. T'asseyait sur son sein. Sein (bosom) here stands for giron (lap). This is the Latin phrase in sinu. The English Bible reads (Luke xvi. 23): 'He (the rich man) seeth Abraham... and Lazarus in his bosom,' whereas Langland, more explicit and accurate, says, 'Ich sauh hym [Lazarus] sitte... in Abraham's lappe' (P. Pl., C. ix, 283).
L. 53. presse de ta lèvre. She says this holding out the cup to him, so that there is no need for her to express the word 'cup,' which is therefore understood. Yet it appears that Chénier did not mean ll. 53, 54 to stand thus, as they are struck out in the MS. (Dezeimeris, p. 69).
Ll. 59, 60. sur leur jeune sein... leur robe. He says leur, as if everybody ought to understand him, because his own thought is full of them—those dancing fair ones mentioned in the following line. This, as well as the preceding 'presse' and 'la mienne' higher up, is of those true touches that carry us into the atmosphere of life.
L. 65. Reminiscences of Virgil, Ecl. v. 58; Georg. ii. 151.
L. 70. cette vierge dansante. The first editor had altered this into 'cette vierge charmante,' either because the epithet recurs at ll. 61, 89, or because he objected to this declension, or rather adjectival use, of the past participle. For this syntactical feature see Darmesteter et Hatzfeld, Le seizième siècle en France, §210; Haase, §91. See also note to p. 62, l. 19.
L. 71. Pallas (Od. i. 58) represents Ulysses as longing to see 'His country's smoke leap from her chimney tops.'—CHAPMAN.
L. 74. enchante ta vieillesse. An easy correction would be enchantent, which would not spoil the metre, but, as a rule, Chénier makes the verb agree with the last subject. See Ayer, §217.
Ll. 76, 77. Tibullus, i. 3. 8.
L. 80. Viendras-tu point...? The omission of ne in direct interrogation, very frequent in the seventeenth century, is still to be met with in modern poetry, e.g.: 'Viendras-tu pas voir mes ondines?'—V. Hugo, Ballades, 4. (Haase, §101 A.)
L. 84. Racine, Phèdre, I. iii: 'Ariane, ma soeur, de quel amour blessée...'
L. 93. Virgil, Ecl. vi. 21 'Aegle naiadum pulcherrima...'
L. 95. ne sera-ce point. A future of doubt.
L. 103. Ovid, Met. i. 481.
L. 105. garde que jamais elle soit... Ne was generally omitted in the seventeenth century after expressions of fear and after garde, gardez, prenez garde (Haase, §104 B).
L. 109. va la trouver. Cf. the first scene of the third act of Racine's Phèdre. The entire poem is to some extent the counterpart of Racine's play.
L. 126. d'âge chancelante. Cf. Aen. iv. 641.
L. 132. L'insensé. In the sense, Becq de Fouquières remarks, not of demens, but of amens, as in Ovid, Am. iii II. 25.
V. HYLAS.
The subject of the poem is taken from Theocritus, Id. xiii., and Virgil, Ecl. vi.
L. 1. Le navire éloquent. Argo, which Malherbe calls 'le navire qui parlait,' Lebrun 'la nef à voix humaine,' and Chénier himself in a fragment (XLIX., p. 118 of the first volume of the edition published in 1874 by G. de Chénier), 'le vaisseau parleur.'
L. 2. Colchos. This Colchos has never had any existence except in the imagination of French poets. It is, in fact, the accusative of Colchi, the Colchians, or inhabitants of Colchis, mistaken for the name of a town.
Ll. 12-14. Et leur onde... un... zéphire, un murmure... 'l'avertit. The verb is in the singular, agreeing with the last subject, as is the constant practice with Chénier. Cf. note to p. 25, l. 74.
L. 14. et soupire. The first editor has corrected this into et l'attire. But the nymph first attracts the attention of the boy and then sighs out her desire (as again on l. 19).
L. 15. jette des fleurs. Jeter is said of plants and trees (E. shoot), whence rejeton (E. shoot).
L. 20. il l'admire couler. See note to p. 8, l, 260.
L. 26. Sur leur sein, dans leurs bras, assis... Elliptical: 'he sitting on their knees,' For this sense of sein see note to p. 24, l. 48.
L. 29. Leurs mains vont caressant. Aller with the gerund of a verb was a periphrase much in vogue in the sixteenth and seventeenth centuries, and meaning nothing more than the verb itself. It is now of rare use, except in poetry (Haase, §70 A). Palsgrave says that 'que je vous yraye devisant' amounts to 'que vous deviseroye,' Littré, however, in his dictionary (s. v. 'aller,' 21), says that it expresses continuity.
L. 30. étamine. This is, Sainte-Beuve observes, the prima lanugine malas of the Latins. Cf. 'Flaventem prima lanngine malas... 'Clytium,' Aen. x. 324, 'downy-cheeked Clytius'; or 'Clytius in his beardless bloom,' as Dryden, not very accurately, renders it. For étamine see note to p. 50, l. 38.
Ll. 38, 39. Virgil, Ecl. vi. 43.
Ll. 46-52. The syntax of this sentence would incur the blame of a strict grammarian. He would first observe that in the wording, 'pour te paraître belle, l'eau pure...,' it is pure water that is represented as wanting to appear at its best, and that, in order to avoid this absurdity, the author should have written 'pour te paraître belle, elle (the idyll a...)—in short, the construction that reappears in the following clause, 'elle a pressé ses flancs....' Next he might perhaps object to 'Et des fleurs sur son sein ... et sa flûte à la main,' a clause in which he would miss the verb. But say 'elle met des fleurs sur son sein, etc., et elle prend sa flûte à la main,' and notice the loss in vivacity. As the young person bustles, so does the sentence.
L. 51. les pipeaux de Segrais. Segrais (1624-1701) wrote idylls praised by Boileau. He also had a hand in the composition of the two novels of Mme de la Fayette, Zaïde and La Princesse de Clèves, and gave a metrical translation of the Aeneid, now forgotten.
L. 52. connus... aux nymphes. Both connu à and connu de are said, though the latter is more common at the present day.
VI. LA JEUNE TARENTINE.
This touching elegy, Becq de Fouquières observes, was suggested to Chénier by the following funereal epigram of Xenocritus of Rhodes in the Greek Anthology: 'Thy locks are still dripping, unfortunate maid, O Lysidice, poor shipwrecked creature, dead in the salt flood. As the waves leapt wild, thou, dismayed by the violence of the sea, fellst out of the ship; and now on a tombstone are read thy name and that of Cyme, the place of thy birth, but thy remains have been washed to some chill shore; a bitter grief to thy father Aristomachus, who, accompanying thee to the house of thy husband, brought him neither a bride nor a corpse.'
L. 2. Oiseaux chers à Thétis. 'Dilectae Thetidi alcyones,' Virgil, Georg. i. 399.
L. 3. Elle a vécu. A euphemism, adopted from the Latin, for elle est morte, used in elevated style. Thus Corneille: 'Non, non; avant ce coup Sabine aura vécu.'—Horace, II. vi.
L. 4. Camarine, a town in Sicily.
L. 5. l'hymen, the hymeneal song.
L. 8. Dans le cèdre: an accurate detail. Cf. Euripides, Alc. 160.
L. 11. invoquant les étoiles. A reminiscence, happily adapted, of Virgil, Aen. vi. 338: 'Palinurus... who, while he steering viewed the stars,... Fell headlong down.'—DRYDEN.
L. 13. étonnée. Étonner, whence E. astun, stun, astony, astonish, astound, from L. extonare class. L. attonare, to strike with a thunderbolt, originally 'to strike senseless, powerless.' It is here nearer this sense than weakened sense of 'to surprise'.
L. 21. dans ce monument. We here find that we are reading a 'funerary epigram' or epitaph.
L. 22. cap du Zéphyr. Cape Zephyrium at the southern end of Brutium.
L. 25. traînant un long deuil. Chénier thus renews, with advantage to the meaning, the current phrase: 'mener (=carry on) un deuil,' to make dole, mourn. This use of mener (cf. L. ducere in same sense) may be paralleled in English by the archaic 'lead great joy' (Caxton, Sonnes of Aymon, xx. 446), 'lead sorrow,' Partenay, 3785 (N.E.D., s. v. lead, 11 and 12 b).
VII. SUR UN GROUPE DE JUPITER ET D'EUROPE.
This piece, Becq de Fouquières remarks, is imitated from an idyll of Moschus (ii. 95 ff.).
L. 3. Anacreon, xxxv.
Ll. 5-7, Ovid, Met. ii. 874.
L. 7. les pleurs dans les yeux. The current phrase is les larmes aux yeux.
Ll. 9, 10. Ovid, Fast. v. 611.
L. 10. sous soi. In The Public School Elementary French Grammar by Brachet we read (par. 96): 'In modern French, soi is only used when the subject is on, tout le monde, chacun, etc., or after an impersonal verb.' But this is contradicted by the practice of the best authors. See Littré, Dict., s. v. 'Soi,' Remarque; Haase, §13. Cf. note to p. 19, l. 38.
L. 20. le flatte. This sense of F. flatter was adopted in English, but has long been obsolete. Under the date 1599 there is a curious instance of this use in the N. E. D.: 'Trout is a fish that loveth to be flattered and clawed in the water.'
L. 22. Ovid. Met. ii. 868.
VIII. PASIPHAÉ.
Ll. 3-12. Virgil, Ecl. vi. 41 ff.
L. 4. Four lines are missing here, which, being omitted in most editions, had escaped us. We here give them:
Certe, aux antres d'Amnise, assez votre Lucine Donnait de beaux neveux aux mères de Gortyne; Certes, vous élevez, aux gymnases crétois, D'autres jeunes troupeaux plus dignes de ton choix.
L. 6. son antique pâture. Antique here means 'former' as in: 'Dieu de Sion, rappelle, Rappelle en sa faveur tes antiques bontés,'—Racine, Athalie, III. vii. The same use of antique occurs in Chénier's prose.
Ll. 11. Si peut-être... Virgil's 'Si qua forte ferant oculis sese obvia nostris Errabunda bovis vestigia' (Ecl. vi. 57)—i.e., that we may see whether scattered traces will not meet our eyes.
Ll. 13-22. Ovid, De Arte Am. i. 313 ff.
L. 15. superbe amant. Virgil's 'superbos amantes,' Georg. iii. 217, 218.
L. 21. à la flamme lustrale. By the lustral or purificatory flame.
IX. PANNYCHIS.
This idyll is imitated from Gessner's Clymene and Damon (or Daphne and Micon in some editions): 'Tell me, love, what wilt thou do with this little altar?... Dost thou not remember that in the days of our childhood it was our favourite resort? Then were we no taller than this young columbine. About the altar will I plant myrtle and rose bushes. If Pan protect them, their branches will soon overarch the altar and form a small temple of verdure.... Dost thou see these bushes? they still grow in the shape of an arbour, though untrimmed now; they were our bower. We built the vault as high as we could reach.... Had I not planted a little garden before the bower? Had we not hedged it in with rush? A sheep might have browsed off the hedge in a moment, it was so large.... Thou wast lucky to find a small mutilated image of Cupid. As a fond mother, thou wouldst lavish care and caresses on him; a nutshell was his cradle, where, lulled by thy songs, he would lie on rose leaves.' A cicada is also mentioned, which gets hurt in flying away. Then Damon: 'Thus passed the days of our childhood, when in our games thou wast my wife and I was thy husband.'
L. 5. As in Ovid, Met. xiii. 841, the giant Polyphemus compares himself to Jupiter, so here the child compares himself to his young goat.
Ll. 19-24. A translation of the fourteenth epigram of Anytus, p. 200, vol. i. [of the Anthology]. See also the twenty-ninth of Argentarius, vol. ii, p. 273. (Note of A. Chénier.) Anytus of Tegea lived 300 years before the Christian era.
L. 20. verte cigale. The cicada is brown. Chénier is here thinking of the large green grasshopper (Locusta viridissima).
L. 21. les honneurs. The honours of this tomb, that is, this tomb and its adjuncts destined to honour thy memory.
X. DRYAS.
André Chénier had purposed to write sea-bucolics or idylls, which his notes, in which he indicates the genre of his poems by Greek abbreviations, designate as [Greek: Bouk. enal.] (that is, [Greek: Boukolika enalia]), [Greek: Eid. enal.] (i.e. [Greek: Eidullia enalia]). Dryas is one of them. It appeared for the first time in G. de Chénier's edition, 1874.
L. 4. aux mains. See note to p. 16, l. 308.
L. 6. tout se jette. Tout, i.e. tout le monde, as in 'Femmes, moines, vieillards, tout était descendu.'—La Fontaine, Fables, VIII. ix. 4. The verb agrees with tout, which sums up the enumeration. Ayer, §217, 3 b.
L. 8. Il remplit et couronne. Not of course in the sense in which Milton writes: 'Eve... their flowing cups With pleasant liquors crown'd' (Paradise Lost, v. 444). This sense is unknown in French. But see Rich, Dict. of Roman and Greek Antiq., s.v. 'coronatus.'
L. 19. dieux humides, water-gods. Thus Boileau: 'Il [le Rhin] voit fuir à grands pas ses naïades craintives Qui toutes accourant vers leur humide roi...'—Ep. iv. This invocation is taken from Propertius, III. vii. 57.
L. 23. les ondes avares. The greedy waves.
Ll. 29. et ses efforts nombreux... The sentence has been left unfinished.
L. 36. Virgil, Aen. iv. 304.
XI. BACCHUS.
This piece is imitated from Ovid, Met. iv. II ff. It also contains reminiscences of Ovid, De Arte Am. i. 541; Catullus, lxiv. 225.
L. 1. Thyonée Thyoneus, i.e. son of Thyone, another name of Semele.
L. 2. Dionysius, Evan, Iacchus, Lenaeus, names of Bacchus. The origin of the first three is obscure, while Lenaeus is from [Greek: lêmos], a wine-press.
L. 9. étoilé. The fur of the lynx is spotted.
L. 11. aux axes de tes chars. Lat. axis (Fr. axe) is properly Fr. essieu (from Lat. axiculus), Eng. axle which has also been sometimes replaced by axis. (The O. E. word was ax (æx), related to Lat. axis.) But here axe is used, as in Latin, for roue, i.e. 'wheel.' See also note p. 65, XI, l. 2.
L. 17. Et le rauque tambour. Et does duty for ainsi que.
L. 18. Les hautbois tortueux—'tibia curva' Tibul, ii. I. 86.—les doubles crotales:, crotals, or crotala, are a sort of castanets. They are called doubles because they consisted of two little brass plates, or rods.
XII. LE CHÈNE DE CÉRÈS.
This short fragment is taken from Ovid, Met. viii. 743.
L. 3. porte un immense ombrage. I am under the impression that this happy use of porter has been suggested to Chénier by the term used in painting of ombre portée, defined by Littré (s.v. porté), 'ombre qu'un corps projette sur une surface.' Chénier frequented painters, and himself painted.
L. 5. bandeaux, fillets. See vittae in Rich, Dict. of Roman and Greek Antiq.
XIII. HERCULE.
Ll. 2-4. Imprudent in being too credulous, Dejanira became the innocent cause of Hercules' death; for, fearing his infidelity, she sent her husband a robe or shirt that the Centaur Nessas had given her, and which he had said would preserve her husband's love to her. No sooner had Hercules put on the garment his wife gave him than he suffered terrible agony, under which he ordered a funeral pile to be kindled, and placed himself in its flames, thus falling a victim to the Centaur, Nessus, whom he had slain. Hercules killed Nessus because, carrying Dejanira over a river, he attempted to run away with her.
Ll. 5, 6. ta cime... amoncelle. Literally, 'thy top heaps up,' for 'thy top is heaped up with.'
L. 9. du vieux lion, the Nemean lion.
XIV. ÉRICHTHON.
L. 2. Érichthon. Erichtonius, fourth king of Athens, son of Vulcan and the Earth, was a cripple, invented chariots, and, after his death, became the constellation of Auriga, or the Waggoner.
L. 5. axe, for char. See note to p. 65, XI, l. 2. For this line and the following see Virgil, Georg. iii. 113 ff.
Ll. 11-14. Virgil, Georg. iii. 191, 192.
L. 14. Agiter... leurs pas. Hurry (cf. agitato, in music=hurried) their pace, in opposition to mesurer, 'compose, moderate.'
XV. NÉÈRE.
L. 1.... Mais... This beginning shows that the piece is only a fragment. For this comparison see Ovid, Heroid. vii. 1, 2.
L. 7. Sébéthus. The river Sebetus runs through Campania. It is often mentioned by Sannazaro in his elegies, from which Chénier has borrowed the idea.
Ll. 9, 10. moi, celle qui te plus, moi, celle qui t'aimai. In this instance the agreement of the verbs with moi is condemned by modern grammarians. It would occur in the older language, and Bossuet himself has said, speaking of God, 'Je suis celui qui suis' (Lat. sum qui sum, Eng. 'I am that am,' Wyclif, Ex. iii. 14). See Littré, s.v. 'celui,' Rem. 4.
L. 16. A reminiscence of Catullus, lxiv. 117 ff.
L. 19. l'astre pur des deux frères d'Hélène. It is the 'fratres Helenae, lucida sidera' of Horace (Od. i. 3), namely Castor and Pollux. The constellation was said to be propitious to seafarers.
L. 21. Pæstum. A town in Lucania famous for its roses. See Virgil, Georg. iv. 118, 119.
L. 29. du sein de la mer. Il. i. 359-361. Thetis 'instantly appeared up from the grey sea like a cloud.'—CHAPMAN.
L. 30. comme un songe. In the Odyssey (xi. 207) the soul of Ulysses' mother vanishes (like a dream). Also Aen. vi. 702.
XVII.
L. 1. Song of Solomon, i. 6.
Ll. 7-10. Song of Solomon, i. 7.
XVIII.
L. 8. le mol et doux coton. Cf., in N.E.D., Cotton. 'Down or soft hair growing on the body.' Obs. rare [so F. coton=poil, 1615, Crooke, Body of man, 65: 'Pubes doeth more properly signifie the Downe or cotton when it ariseth about those parts.'
L. 11. Ovid, Heroid. xv. 93-95.
L. 22. ce jeune Troyen, Ganymede.
L. 23. Adonis, whose mother, Myrrha, had before his birth been turned into a tree that distilled myrrh.
XIX.
Ll. 1-8. Shakespeare, I Henry IV. iii. l. 214-222. That Chénier was sensible to the magic of this passage argues that, in spite of prejudices, he would recognize beauty wherever he found it.
L. 11. Car le... Becq de Fouquières conjectures that the poet would have written 'car le bel Endymion...,' or rather 'car le dieu d'amour...,' but was prevented by the metre.
L. 13. The song at the beginning of the fourth act of Measure for Measure gave Chénier the idea of these lines.
XX.
Ll. 11-20. An imitation of Bion, Idyll iv.
L. 15. et sa voix... Et here introduces a consequence, as in: 'Plus je vous envisage, Et moins je me remets, monsieur, votre visage,' Racine, Plaideurs, II, iv; or in 'give him an inch, and he take an ell.' Cf. p. 63, IX, l. 1.
XXII
L. 20. tu fais mes amours. Faire here is synonymous with être as in 'faire l'admiration de tous.'
L. 28. Te bêler mes amours. For another instance of this transitive use of bêler see p. 46, XXXIII, l. 10.
L. 32, Plutôt que te laisser. After que following a comparative, modern visage prefers de before the infinitive. See Haase, § 88.
XXIII. LE SATYRE ET LA FLÛTE.
L. 1. Toi, de Mopsus ami! Ironical. 'That thou never wast!' This beginning shows that these lines were meant as part of an eclogue: the subject to be two shepherds disputing the prize of singing. Mopsus is an excellent singer and poet mentioned in Virgil, Ecl. v. Berecynthus is a mountain in Phrygia on which the mysteries of Cybele were celebrated.
L. 3. Hyagnis. According to Apuleius, Flor. iii, Hyagnis was the father and teacher of Marsyas, the flute-player.
L. 4. énervé, emasculate. 'Semiviro Cybeles cum grege iunxit iter,' Martial, iii. 91.
L. 7. dans ce bui. Bui is spelt thus in order to rhyme for the eye with lui. 'Buis' for 'flute'; a metonymy.
L. 15. des chiens même. In poetry the adjective même often remains uninflected. 'Les immortels eux-même en sont persécutés,' Malherbe, i. 279, 26, Éd. des Grands Écrivains. 'Un éclat qui le rend respectable aux dieux même,' Racine, Esther, II. vii. 678, same edition. Haase, § 53, C.
XXIV.
This fragment is taken from the twenty-third idyll of Gessner.
L. 1. errante à travers. This inflected present participle is an archaism. See Haase, § 91. See also note to p. 25, l. 70, as well as p. 24, l. 61; p. 56, l. 8; p. 62, l. 19.