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Pensées, maximes et fragments

II L’AMOUR, LES FEMMES ET LE MARIAGE (continued 2)

J. (Jean) Bourdeau translation

Il est inutile de disputer sur la polygamie, puisqu’en fait elle existe partout et qu’il ne s’agit que de l’organiser. Où trouve-t-on de véritables monogames ? Tous, du moins pendant un temps, et la plupart presque toujours, nous vivons dans la polygamie. Si tout homme a besoin de plusieurs femmes, il est tout à fait juste qu’il soit libre, et même qu’il soit obligé de se charger de plusieurs femmes ; celles-ci seront par là même ramenées à leur vrai rôle, qui est celui d’un être subordonné, et l’on verra disparaître de ce monde la dame, ce monstrum de la civilisation européenne et de la bêtise germano-chrétienne, avec ses ridicules prétentions au respect et à l’honneur ; plus de dames, mais aussi plus de ces malheureuses femmes, qui remplissent maintenant l’Europe ! —

… Il est évident que la femme par nature est destinée à obéir. Et la preuve en est que celle qui est placée dans cet état d’indépendance absolue contraire à sa nature s’attache aussitôt à n’importe quel homme par qui elle se laisse diriger et dominer, parce qu’elle a besoin d’un maître. Est-elle jeune, elle prend un amant ; est-elle vieille, un confesseur.

Le mariage est un piège que la nature nous tend. — (M. 355.)

Parmi les philosophes et les poètes, ceux qui sont mariés deviennent par cela seul suspects de chercher leur propre avantage, et non l’avantage de la science et de l’art. — (M. 357.)

L’honneur des femmes, de même que l’honneur des hommes, est un « esprit de corps »[39] bien entendu. Le premier est de beaucoup le plus important des deux ; parce que dans la vie des femmes les rapports sexuels sont la grande affaire. — L’honneur pour une jeune fille consiste dans la confiance qu’inspire son innocence, et pour une femme dans sa fidélité à son mari. Les femmes attendent des hommes et exigent d’eux tout ce qui leur est nécessaire et tout ce qu’elles désirent. L’homme au fond n’exige de la femme qu’une seule chose. Les femmes doivent donc s’arranger de telle manière que les hommes ne puissent obtenir d’elles cette chose unique qu’en échange du soin qu’ils s’engagent à prendre d’elles et des enfants futurs : de cet arrangement dépend le bonheur de toutes les femmes. Pour l’obtenir, il est indispensable qu’elles se soutiennent et fassent preuve d’esprit de corps. Aussi marchent-elles comme une seule femme et en rangs serrés vis-à-vis de l’armée des hommes, qui, grâce à la prédominance physique et intellectuelle, possèdent tous les biens terrestres ; voilà l’ennemi commun qu’il s’agit de vaincre et de conquérir, afin d’arriver par cette victoire à posséder les biens de la terre. La première maxime de l’honneur féminin a donc été qu’il faut refuser impitoyablement à l’homme tout commerce illégitime, afin de le contraindre au mariage comme à une sorte de capitulation ; seul moyen de pourvoir toute la gent féminine. Pour atteindre ce résultat, la maxime précédente doit être rigoureusement respectée ; aussi toutes les femmes avec un véritable esprit de corps veillent-elles à son exécution. Une jeune fille qui a failli s’est rendue coupable de trahison envers tout son sexe, car si cette action se généralisait, l’intérêt commun serait compromis ; on la chasse de la communauté, on la couvre de honte ; elle se trouve ainsi avoir perdu son honneur. Toute femme doit la fuir comme une pestiférée. Un même sort attend la femme adultère parce qu’elle a manqué à l’un des termes de la capitulation consentie par le mari. Son exemple serait de nature à détourner les hommes de signer un pareil traité, et le salut de toutes les femmes en dépend. Outre cet honneur particulier à son sexe, la femme adultère perd en outre l’honneur civil, parce que son action est une tromperie, un manque grossier à la foi jurée. L’on peut dire avec quelque indulgence « une jeune fille abusée » on ne dit pas « une femme abusée. » Le séducteur peut bien par le mariage rendre l’honneur à la première, il ne peut pas le rendre à la seconde, même après le divorce. — A voir clairement les choses, on reconnaît donc qu’un esprit de corps utile, indispensable, mais bien calculé et fondé sur l’intérêt, est le principe de l’honneur des femmes : on ne peut nier son importance extrême dans la destinée de la femme, mais on ne saurait lui attribuer une valeur absolue, au delà de la vie et des fins de la vie, et méritant qu’on lui sacrifie l’existence même…

Ce qui prouverait d’une manière générale que l’honneur des femmes n’a pas une origine vraiment conforme à la nature, c’est le nombre des victimes sanglantes qui lui sont offertes, infanticides, suicides des mères. Si une jeune fille qui prend un amant, commet une véritable trahison envers son sexe, n’oublions pas que le pacte féminin avait été accepté tacitement sans engagement formel de sa part. Et comme dans la plupart des cas elle est la première victime, sa folie est infiniment plus grande que sa dépravation. — (P. I. 388.)

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