CHAPITRE XX. Conseil.
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J'y songe… Il m'est échappé deux ou trois mots dans le chapitre précédent.—S'ils alloient causer quelque méprise!—Si mes charmantes lectrices alloient s'imaginer que je suis marié!—Jenny, ma chère Jenny!… Il ne faudroit que cette expression pour le leur faire croire!—Elle est si tendre! Et puis, ces indices de connoissances conjugales, répandues çà et là, pourroient encore fortifier cette idée.—De grâce, madame, soyez aussi équitable envers vous qu'envers moi, et suspendez votre jugement jusqu'à ce que vous ayiez des preuves plus claires que celles-ci contre moi.—N'allez pas soupçonner cependant que je sois assez vain, assez peu raisonnable, pour vouloir vous faire penser que ma Jenny, ma chère Jenny soit ma maîtresse.—Non,—ce seroit tomber dans un autre extrême.—Ce seroit donner à mon caractère un air de licence, qui… et en vérité, il n'y a aucun droit, aucune prétention… C'est l'affiche de tant d'autres!—La seule chose que je veuille vous dire à ce sujet, c'est que cette expression cache un secret impénétrable à l'esprit le plus subtil.—L'Œdipe le plus versé dans l'art de deviner des énigmes, et de combiner les logogryphes, y blanchiroit.—Mais il viendra un moment où ce mystère se développera.—Lisez seulement, madame, quelques volumes de ma vie, et vous serez initiée.—Il est possible que ma chère Jenny soit ma fille.—Considérez!… Je suis né en 1718.—On peut aussi supposer que ma Jenny est mon amie?… Mon amie?… Assurément, madame: qu'y a-t-il donc en cela de si extraordinaire? L'amitié la plus tendre ne peut-elle pas régner entre les personnes des deux sexes, sans?… Ah! fi! M. Shandy.—Mais attendez donc, madame.—Vous pensez ce que je ne veux point dire.—Lisez, lisez ce que disent sur ce point les meilleurs romans françois.—Vous serez surprise d'y voir avec quelle variété d'expressions décentes ce sentiment divin est exprimé. Prenez-y garde! Le cas est intéressant.