Volume 2 — APPENDICE DI DOCUMENTI (continued 3)
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Il en est tout autrement des Etats gouvernés comme la France. [Cela est changée.] Il est aisé d'y entrer, en gagnant quelque Grand du Roiaume, parce qu'il se trouve toujours des mécontens et des broüillons. Ceux-la, dis-je, pour les raisons aléguées, te peuvent bien fraier le chemins à cet Etat, et t'en faciliter la conquête, mais tu trouves mille dificultés à le conserver (Ivi). [Je tiens la France ayse à conquerir et pas difficile à conserver, n'en depaise a gran politique.]
Il ne te sufit pas d'exterminer la race du Prince, parce que les Grans qui restent se font chefs de parti; [Ce seroit un grandt ouvrage.] et faute de les pouvoir contenter ou exterminer tous, tu perds cet Etat à la première occasion (Ivi). [L'un et l'austre sont impraticables.]
Pour les Etats gouvernés comme la France, il est impossible de les posseder si paisiblement. Têmoin les fréquentes revoltes des Espagnes, des Gaules et de la Gréce contre les Romains, qui venoient toutes de ce qu il y avoit quantités des Principautés dans ces Etats (Ivi). [Qui voudroit establir sa demeure en France apres l'avoir conquis, en viendroit aisement à bout.]
Tout cela bien considéré, l'on ne s'étonnera point de la facilité qu'eut Aléxandre à conserver l'Asie (Ivi). [On fai icy tort a nostre Alexandre.]
Si l'Etat conquis est acoutumé à la liberté et à ses loix, il y a trois moiens de la conserver. Le premier est de le ruiner. Le second, d'y aler demeurer. Le troisième, de lui laisser ses propres loix, à condition de paier un tribut (Chap. V). [Tout ces maximes ne sont pas infalibles.]
Le meilleur moien de conserver celles[816] qu'on a conquises est de les ruiner, etc. (Ivi). [C'est le pire et le plus cruel.]
Quand ce sont des Villes ou des Provinces acoutumées à vivre sous un Prince, et qu'il ne reste plus personne de son sang, comme d'un coté elles sont faites à obéir, et que de l'autre la maison de l'ancien Prince est éteinte, elles ne s'acordent pas entre elles à en faire un autre (Ivi). [Les nations acoutusmes à la monarchie ne peuve s'accommoder d'austre forme de gouvernement.]
Les Républiques ont plus de vie..., et le souvenir de l'ancienne liberté n'y sauroit mourir (Ivi). [Tout meurt en ce monde.]
Comme l'on ne peut pas tenir entiérement la même route, ni même ariver toujours à la perfection de ceux, que l'on imite, l'homme prudent doit toujours suivre les traces des plus excellents personages, afin que s'il ne les égale pas, ses actions aient du moins quelque ressemblance aux leurs, [La lesson est tres bonne.] faisant comme les bons tireurs, qui trouvant que le but est trop éloigné, et connoissant la vraie portée de leur arc, visent beaucoup plus haut, que n'est le but,... pour pouvoir frapper au but en le mirant ainsi. [Belle comparaison.] Je dis donc que le principautés nouvelles, et qui ont un nouveau Prince, sont plus ou moins dificiles à conserver, selon que ce Prince est plus ou moins habile. Or comme de particulier d'être devenu Prince, c'est une marque de valeur ou de bonheur, il semble, que l'un ou l'autre aide à surmonter beaucoup de dificultés (Chap. VI). [C'est en quoi consiste tout. — Pas tousiour. — C'est quelque fois le plus grandes malheurs.]
Celui qui s'est le moins fié à la fortune, s'est toujours maintenu plus longtems, [Il faut ny se fier ni desperer de la fortune.] et cela est encore plus facile a celui, qui, faute d'avoir d'autres Etats, est contraint d'aler demeurer dans sa nouvelle Principauté (Ivi). [Ce n'est pas un gran malheur qu'une telle contrainte.]
Et bien qu'il ne faille rien dire de Moïse, qui n'a fait qu'exécuter les choses que Dieu lui avait ordonnées, si est-ce qu'il merite d'être admiré, [Il merite sen doute l'admiration.] pour céte seule grace, qui le rendoit digne de parler avec Dieu. Mais pour Cirus et les autres, qui ont aquis ou fondé des Roiaumes, tout en est admirable. Et si l'on considére leurs actions, et leurs institutions particuliéres, elles se trouveront peu diférentes de celles de Moïse, qui avoit eu un si grand précepteur. [Tout est de Dieu, de quelque point qu'il vienne.] Et à bien examiner leur vie, il se verra que la fortune ne leur avoit fourni que l'ocasion, qui leur donna lieu d'ètablir la forme de Gouvernement qu'ils jugérent à propos. Et faute d'ocasion leur valeur eût été sans fruit, et faute de valeur l'occasion se fut perdüe (Ivi). [Que cecy est dit divinement.]
Il n'y a point d'entreprise plus dificile, plus douteuse, ni plus dangereuse, que celle de vouloir introduire de nouvelles loix. [Cela est vrai.] Parce que l'auteur a pour ennemis tous ceux, qui se trouvent bien des anciennes, et pour tiédes défenseurs ceux même à qui les nouvelles tourneraient à profit. [Que tout ceci est bien dit.] Et céte tiédeur vient en partie de la peur qu'ils ont de leurs adversaires,... en partie de l'incredulité des hommes qui n'ont jamais bonne opinion des nouveaux établissemens, qu'après en avoir fait une longue expérience (Ivi). [Il on quelque raison.]
Il est besoin.... de voir, si ces législateurs se soutiennent d'eux mémes, où s'ils dépendent d'autrui, c'est-à-dire, si pour conduire leur entreprise, il faut qu'ils prient, et en ce cas ils échoüent toujours; ou s'il peuvent se faire obéir par force, et pour lors ils ne manquent presque jamais de réüssir. De là vient, que tous le Princes que j'ai nommés, ont vaincu aiant les armes à la main, et ont péri étant désarmés (Ivi). [Ha que cela est bien dit. — La force est l'unique segret de faire tout reusir. — S'est l'unique segret.]
Il est aisé de leur persuader[817] une chose, mais il est dificile de les entretenir dans céte persuasion. Il faut donc métre si bon ordre, que lors qu'ils ne croient plus, on leur puisse faire croire par force. [On ne peut faire croire les gens par force, mais on peut les forcer d'en faire le semblent, et c'est asse.] Moïse, Cirus, Tesée et Romulus, n'eussent jamais pû faire observer longtems leurs loix, s'ils eussent été désarmés (Ivi). [C'est là le gran miracle de la religion christienne.]
Quiconque lira la Bible de sens rassis, dit Machiavel.... verra que Moïse, pour rendre ses loix inviolables, fut forcé de faire mourir une infinité d'hommes qui par envie s'oposaient à ses desseins (Ivi, in nota). [C'estoit un malheur.]
Moise.... dit ces paroles: Et occidat unusquisque fratrem et amicum et proximum suum (Nella stessa nota). [Que terrible commandement.]
Ces sortes de gens rencontrent d'abord de grans obstacles, et même de grans dangers sur leur route, et il leur faut un grand courage pour les surmonter. [Tout cela est infalible.] Mais aussi, quand ils l'ont fait, et qu'ils commencent d'être en vénération par la mort de leurs envieux, ils deviennent puissans, hureux et respectés (Chap. VI). [Il faut savoir thrionfer de l'envie sen faire mourir les envieux. Ce seroit leur faire trop d'honeur.]
A ces grans éxemples, j'en veux ajouter un moindre.... C'est celui d'Hiéron, qui de particulier devint Prince de Siracuse, sans en devoir autre chose à la Fortune que l'occasion (Ivi). [Cet lui devoir beaucoup.]
Les écrivains, qui ont parlé de lui,[818] disent que, dans sa fortune privée, il ne lui manquoit rien pour regner qu'un Roiaume (Ivi). [Cet un gran et beau defaux.]
Il quita ses anciens amis, et en fit de nouveaux, [Ce de quoi ie ne le louerai pas.] et aprés qu'il se fut fait des amis et des soldats entiérement dévoués à lui, il lui fut aisé de batir sur ces fondemens. Si bien qu'il eut beaucoup de peine à aquérir, mais peu à conserver (Ivi). [Il est bien fait de faire des nouveaux amis sen faire tort aux anciens. — C'est la dificulté.]
Comme ceux qui de particuliers deviennent Princes seulement par bonheur, ont peu de peine à le devenir, ils en ont beaucoup à se maintenir.... Or ces Princes sont ceux à qui un Etat est donné, [On peut pour la gloire donner les Estats, mais on les donne guere pour sa seureté, et cest y pourvoir que de le donner.] ou pour de l'argent ou en pure grace, tels qu'étoient ceux que fit Darius pour sa sûreté et pour sa gloire, en divers endroits de la Gréce et de l'Hellespont; et ces Empereurs, qui de particuliers parvenoient à l'Empire par la faveur des soldats corrompus. [Ils n'estoit pas touiour corrompus.] Ceux-cy ne se maintiennent que par la volonté et la fortune de ceux qui les ont agrandis. [Cela n'est pas seur.] Or ce sont deux choses très-sujètes à changement (Chap. VII).
Si ce n'est pas un homme de grand esprit, comment saura-t-il commander, aiant toujours vécu dans une fortune privée (Ivi). [Il est san doutte asse difficile.]
Il en est des Etats, qui naissent tout à coup, comme de toutes les autres choses, qui naissent et qui croissent subitament. Ils ne peuvent avoir de si fortes racines.... que la première adversité ne les ruine, [Tout cela est vrai.] si ceux, qui sont devenus subitement Princes, de la maniére que j'ai dit, ne sont assés habiles, pour trouver d'abord les moiens de conserver ce que la fortune leur a mis entre les mains (Ivi). [Il vaut mieux dire asse heureux. On est touiour habile pourveu qu'on soit heureux.]
Je veux raporter deux éxemples.... L'un est de François Sforce, qui d'homme privé devint Duc de Milan par sa grande habiléte, et conserva sans peine, ce qui lui en avoit tant couté à aquerir. [Habilité et la fortune doivent est[re] d'accort ou on ne fait rien qui vallie.] L'autre est de César Borgia,... qui aquit un Etat par la fortune de son Pére, et le perdit aussi tôt que son Pére fut mort, quoiqu'il eût fait tout ce qu'un homme habile et prudent devoit faire pour s'enraciner dans un Etat, qu'il tenoit de la fortune d'autrui. [Cet exemple prouve ce qui a esté dit icy desus.] Car celui, qui n'a pas jeté les fondemens, avant que d'être Prince, y peut supléer par une grande adresse, aprés l'être devenu (Ivi). [Sans la fortune on ne fait rien qui vallie.]
Il jugea[819] si bien des intentions de la France, qu'il résolut de ne plus dépendre de la Fortune, ni des armes d'autrui (Ivi). [Ce l'unique parti que doit prendre tout homme qui a de l'esprit et du coeur.]
Mais aprés qu'il eut rétabli ses afaires, bien loin de se fier, ni à eux, ni aux autres étrangers, à la discrétion de qui il ne vouloit plus être, il mit tout son esprit à les tromper (Ivi). [Le parti qu'il prist estoit scelerat. Il y a des voyes plus nobles et plus seures pour venir à bout de se passer d'autrui.]
Nec unquam satis fida potentia ubi nimia est, dit Tacite (Ivi, in nota). [Nunquam fida nisi nimia.]
Il[820] s'avisa un matin de faire pourfendre Remiro, et de faire exposer sur la place de Cesene les piéces de son corps,... [Action indigne.] pour montrer au peuple que les cruautés commises ne venoient point de lui, mais du naturel violent de son ministre. Ce qui en éfet surprit, et contenta tout ensemble les esprits (Chap. VII). [Meschante maxime, de contenter le peuple par le sacrifice des ministres.]
C'est l'ordinaire des Princes de sacrifier tôt ou tard les instruments de leur cruauté (Ivi, in nota). [Mechante maxime.]
Comme il avoit à craindre, qu'un nouveau Pape ne voulût lui ôter ce qu'Alexandre lui avoit donné, il tâcha d'y obvier par quatre moiens: 1. En exterminant toute la race des Seigneurs, qu'il avoit dépouillés...; 4. En se rendant si grand Seigneur avant que le Pape mourût, qu'il pût de lui même résister à un premier assaut (Chap. VII). [Le dernier estoit le plus seur.]
Il y a du danger à laisser la vie à ceux que l'on a dépouillés. Periculum ex misericordia... (Ivi, in nota). [Cette hydre ne s'esteint iamais.]
Et si cela eût réussi, comme il fût arivé sans doute l'année même qu'Alexandre mourut, il devenoit si puissant et si acrédité, qu'il eût pû se soutenir lui même, sans dépendre nullement d'autrui (Chap. VII). [C'est l'unique segret; quant il ne suffit pas, rien ne suffit.]
Or il étoit si brave et si habile à connoitre, quand il faloit gagner ou ruiner les hommes; [Grandes qualités.] et les fondemens qu'il avoit jetés en si peu des tems étoient si bons, que, s'il eût été en santé ou qu'il n'eût pas eu deux puissantes armées à dos, il eût surmonter toutes les dificultés (Ivi). [Je n'en doute pas.]
Bien que les Baglioni, les Vitelli et les Ursins fussent venus à Rome, ils n'y purent rien faire contre lui, tout moribond qu'il étoit. Et s'il ne pût pas faire élire le Pape celui qu'il vouloit, du moins il fit exclure ceux qu'il ne vouloit pas (Ivi). [C'estoit bien assé pour un moribond.]
Tout cela bien considéré, je ne sai que reprendre dans le conduite du Duc (Ivi). [Sa mechanceté et sa cruautè: tout le reste estoit admirable.]
Aiant un grand courage et de grans desseins, il ne se pouroit pas gouverner autrement. Car ses projets n'ont échoüé que par sa maladie et par la briéveté du Pontificat d'Aléxandre. [Il n'y a poin de grandeur ny de fortune qui merite d'estre achetè aux prix des crimes, et on n'est jamais ny grands ny heureux a ce prix. — Les méchants jouisse rarement de leur mechancete.] C'est pourquoi le nouveau Prince, qui veut s'assurer de ses ennemis, se faire des amis, vaincre par la force ou par la ruse, étre aimé et craint des peuples, respectè et obéi des soldats, se défaire de ceux qui peuvent ou qui doivent lui nuire, introduire de nouveaux usages, étre grave et sevére, magnanime et libéral, détruire une milice infidéle et en faire une à sa mode, entretenir l'amitié et l'estime des Princes...; [Tout cela se tait mieux par la vertu que par le crime.] celui là, dis-je, ne sauroit trouver dex éxemples plus récens que les actions du Valentinois. Tout ce qu'on lui peut reprocher est les mauvais choix qu'il fit en la personne de Jules II. [Machiavelli se trompe.] Car s'il ne pouvoit pas faire un Pape à sa mode, il étoit maitre de l'exclusion de tous ceux qu'il ne vouloit point. Or il ne devoit jamais consentir à l'éxaltation des Cardinaux, qu'il avoit ofensés, ou qui, devenant Papes, avoient lieu de le craindre (Ivi). [C'est sur tout dans l'election des Papes que Dieu se moque de la prudence humaine.]
Tant se trompent ceux, qui croient que les bienfaits nouveaux font oublier aux Grans les anciennes ofenses (Ivi, in nota). [Maxime veritable.]
Les bienfaits ne pénétrent jamais si avant que les injures, parce que la reconnaissance se fait à nos dépens, et la vangeance aux dépense des ceux que nous haïsson. [Conter sur la reconoissance des hommes cest conter sur un fon perdu.] Tanto proclivius est injuriae quam beneficio vicem exolvere, quia gratia oneri, ultio in quaestu habetur (Ivi). [Sentiment de ames basses.]
Agatoclés, sicilien,... fut scélérat dans tous les divers Etats de sa fortune, mais toujours homme de coeur et d'esprit (Chap. VIII). [On est rarement scelerat avec de l'esprit et du coeur.]
Véritablement, on ne peut pas dire, que ce soit vertu de tuer ses citoiens, de trahir ses amis, d'être sans foi, sans religion, sans humanité, moiens qui peuvent bien faire aquérir un Empire mais non une vraie gloire. [Cela est bien dit et tres veritable.] Mais si je considére l'intrépidité d'Agatoclés dans les dangers, et sa costance invincible dans les adversités, je ne vois pas qu'il doive être estimé inférieur à pas un de plus grans capitaines, quoique d'ailleurs il ne mérite pas de tenir rang parmi les grans hommes, vû ses cruautés horribles et mille autres crimes. [Tout est très bien dit.] On ne peut pas donc atribuer à la fortune, ni à la vertu des choses, qu'il a faites sans l'une et sans l'autre (Ivi). [Au contraire tout ces crimes n'enpecherent pas quil n'eust et de vertu et de la fortune. On ne fait rien sen eux.]
Il fit un féstin solennel[821] où il invita Fogliani et tous les premiers de la ville, puis à la fin du repas,... il ouvrit à dessin un entretien sérieux.... Et quand il vit son oncle et les autres conviés entrer en raisonnement, il se leva en sursaut.... [Mechante et indigne action.] et entra avec eux dans une chambre, où étoient cachés des soldats, qui les égorgèrent tous (Ivi).
Il eût eté aussi dificile de le détroner,[822] qu'Agatoclés, si au bout d'un an il ne se fut pas laissè tromper par le Valentinois, qui le prit avec les Ursins à Sinigaille, où il fut étranglé avec Oliverotto son maitre de guerre et de scélératesse (Ivi). [Quel horrer. — Dieu punit le mechant par le mechant.]
Je crois, que cela vient du bon ou mauvais usage, que l'on fait de la cruauté. [Cela n'est pas mal dit.] On la peut apeller bien emploiée, s'il est jamais permis de dire, qu'un mal est un bien, quand elle ne se fait qu'une fois, et encore par nécessité de se métre en sûreté; et qu'elle tourne enfin au bien des sujets. Elle est mal exercée, quand on l'augmente dans la suite du tems, au lieu de la faire entiérement cesser (Ivi). [Il y a sen doutte des maux qui ne se gerisse que par le sang et par le feu. En la politique comme dans la chirurgie les pitoiables chirugin ne guerisse pas les playes, il tuent les malades.]
L'usurpateur d'un Etat doit faire toutes ses cruautés à la fois, pour n'avoir pas à les recommencer tous les jours et pouvoir s'assurer et gagner les esprits par des bienfaits. [Tout ce qui se fait par timidité est mal fait.] Le Prince, qui fait autrement, par timidité, ou par mauvais conseil, est forcé de tenir toujours le couteau en main (Ivi).
Ainsi, le mal se doit faire tout à la fois, afin que ceux à qui on le fait, n'aient pas le temps de le savourer. [Il se trompe.] Au contraire, les bienfaits se doivent faire peu à peu, afin qu'on les savoure mieux. Enfin le Prince doit vivre de telle sort avec ses sujets, que nul accident, bon ou mauvais, ne le puisse faire varier. [Il faut se faire craindre et aimer, cet le seul segret.] Car quand la nécessité te presse, tu n'est plus à tems de te vanger, et le bien que tu fais, ne te sert de rien, parceque l'on ne t'en sait point de gré, persuadé que l'on est que tu y es forcé (Ivi). [Punir et recompenser bien, mais punir avec regret, et recompenser avec ioye. — On peut se venger touiour.]
Comme fit Auguste, qui posito Triumviri nomine, militem donis, populum annona, cunctos dulcedine otii pellexit.... et quae Triumviratu gesserat, abolevit (Ivi, in nota). [Les hommes oublie rarement les offence, mais ils oublie aysement les bienfaits.]
Lorsqu'un citoien devient Prince de sa patrie.... par la faveur des ses concitoiens, (ce qui se peut appeller principauté civile) pour y parvenir, il ne lui faut ni un mérite, ni un bonheur extraordinaire, mais seulement une finesse heureuse (Chap. IX). [Il se trompe.]
Au dire de Tacite, l'avarice et l'insolence sont les vices ordinaires des Grans. Avaritiam et arrogantiam praecipua validiorum vitia (Ivi, in nota). [L'arogance est plus tost les vices des malheureux, quant il on du coeur, les grans coeur ye son iamais insolens dans la bonne fortune.]
La Principauté est introduite par le peuple ou par les Grans (Chap. IX). [Souvent par tout les deux.]
On ne peut pas honnêtement, ni sans faire tort à autrui, contenter les Grans, mais bien le peuple, qui est plus reasonable que les Grans (Ivi). [On ne contente iamais les hommes. — C'est de quoi on peut doutter.]
Tôt au tard il faut toujours gagner l'afection du peuple, sans la quelle on ne sauroit être en sûreté (Ivi, in nota). [Il a raison.]
Le Prince ne se sauroit jamais assurer d'un peuple ennemi, aiant a faire à trop de têtes, au-lieu qu'y aiant peu de Grans il est facil d'en venir ci bout. [Il n ya pas d'austre segret que d'estre le plus fort et le plus alert.] Tout le pis qu'un Prince puisse atendre d'un peuple ennemi, est d'en être abandonné. Mais il n'a pas seulement cela à craindre des Grans, les aiant pour ennemis, mais encore qu'ils ne viennent fondre sur lui, dautant qu'aiant plus de pénétration d'esprit, ils anticipent toujours, pour se métre en sûreté, et cherchent à gagner l'afection de celui, qu'ils espérent qui vaincra. [Il ne raisonne pas trop mal.] Enfin, c'est une nécessité, que le Prince vive toujours avec le même peuple, mais non pas avec le mêmes Grans, lesquels il peut acréditer ou décréditer, conserver ou détruire, quand il lui plait (Chap. IX).
Ceux, qui s'atachent entiérement à la fortune du Prince, doivent être honorés et aimés, pourvu qu'il ne soient point gens de rapine. [Document tres utile.] Ceux qui ne s'obligent pas au Prince, le font manque de courage ou par finesse. [Le bon conseil n'est jamais timide.] Si c'est par crainte, c'est alors que tu te dois servir d'eux, et sur tout de ceux, qui sont de bon conseil, parceque tu t'en fais honneur dans la prospérité, et que tu n'as rien à craindre d'eux dans l'adversité. [Cela n'est pas mal dit.] Mais si c'est par ménagement, et par ambition, c'est signe, qu'ils pensent plus à eux qu'a toi (Ivi). [Quelque sot en douteroit.]
Un Valerius Flaccus Festus qui parloit en faveur de Vitellius, dans ses letres, et donnoit à Vespasien des avis secrets de ce qui se passoit, pour se faire un mérite auprès de l'un et de l'autre, et avoir toujours pour ami celui qui resteroit Empereur, devint justement suspect à tous les deux (Ivi, in nota). [Cette infame conduite se pratique plus que iamais. Mais elle a tousiour le mesme succes.]
Comme les hommes, quand ils reçoivent du bien de celui, de qui ils n'atendoient que du mal, en deviennent plus obligés à leur bienfaiteur, le Prince devient plus agréable au peuple que s'il tenoit de lui sa Principauté (Chap. IX). [Il faut estre generalement bien faisant a tout le monde et ne faire du mal que par une nécessité indispensable.]
Un Prince a besoin de l'amitié du peuple, faute de quoi il n'a point de ressource dans l'adversité (Ivi). [Mechante resource.]
Et que l'on ne m'objecte point le commun proverbe, qui dit, que de faire fond sur le peuple, c'est bâtir sur la boüe (Ivi). [Bien dit.]
L'afection du peuple, se perd aussi aisément qu'elle se gagne (Ivi, in nota). [Sentence d'or.]
Lors que c'est un Prince, qui sait commander, et qui ne manque point de coeur dans l'adversité, ni de ce qu'il faut pour entretenir l'esprit du peuple, il ne se trouvera jamais mal d'avoir fait fond sur son afection. [Grandes paroles et un beau raisonnement.] D'ordinaire, les Principautés civiles périclitent, quand il s'agit d'établir une domination absolüe. [Cela est sujet à con[di]tion, et n'est iamais vrai si non quant on est le plus fort et que l'on veillie l'estre.] Car ses Princes commandent par eux-mêmes, ou par des Magistrats. Si c'est par autrui, le danger est plus grand, dautant qu'ils dépendent de la volonté des citoiens (Chap. IX). [Il raison asse bien.]
L'afection du peuple, ajoute-t-il (Machiavel) se perd aussi aisement qu'elle se gagne (Ivi, in nota). [Sentence d'or.]
Et alors le Prince n'est plus à tems de se rendre maitre absolu, parcequ'il ne sait à qui se fier (Chap. IX). [Il faut ne se fier a soi mesme.]
Alors un chacun court, un chacun promet, un chacun veut mourir pour lui parce que la mort est éloignée (Ivi). [Belle parole.]
L'experience est d'autant-plus dangereuse, qu'on ne la peut faire qu'une fois. [Bonne maxime.] Ainsi, un Prince sage doit faire en sorte, que ses sujets aient besoin de lui en tout tems moiennant quoi il lui seront toujours fidèles (Ivi). [En ce monde on ne peut se passer les uns des autres. Il faut rarement se fie a personne, mais il faut souvent faire semblent de s'y fier.]
Il est bon d'éxaminer la qualité du Prince, c'est à dire, s'il a un si grand état, qu'il puisse de lui même se soutenir dans le besoin, ou bien, s'il ne sauroit se passer de I'assistence d'autrui (Chap. X). [Malheur a ceux qui on besoin d'autrui.]
Ceux-là peuvent se soutenir d'eux mêmes, qui ont assés d'hommes ou d'argent, pour métre une bonne armée sus pié, et donner bataille à qui que ce soit qui les vienne assaillir. [Il n'y a pas d'austre segret que celui là.] Au contraire ceux-là ont toujours besoin d'autrui, qui sont contraints de se tenir enfermés dans leurs villes, faute de pouvoir paroitre en campagne (Ivi). [Quan cela, on est perdu.]
Le villes d'Alemagne.... n'obéissent qu'à leur mode à l'Empereur, qu'elles ne craignent point, ni pas-un autre voisin puissant (Ivi). [Cela est fort changé.]
Comme elles ont toutes de fortes murailles, de grans fossés,... un chacun voit, que les siéges de ces villes seroit long et pénible (Ivi). [Elle son venales.]
Les choses du monde sont si sujétes au changement, qu'il est presque impossible de tenir, un an durant, le siége devant une place (Ivi). [Quelle place durera tant, si elle est attaqué comme il faut, sen estre secourue.]
C'est la coutume des hommes d'aimer autant pour le bien qu'ils font, que pour celui qu'ils reçoivent (Ivi). [Il n'a pas tort.]
Agricola renouvelloit tous les ans les garnisons et les munitions des places, afin qu'elles pussent soutenir un long siége (Ivi, in nota). [Il y a du pour et du contre.]
Il ne me reste plus à parler, que des Principautés Eclésiastiques, qui sont dificiles à aquerir, mais faciles à conserver, parcequ'elles sont apuiées sur de vieilles coutumes des religion, qui sont toutes si puissantes, que de quelque maniére qu'on se gouverne, l'on s'y maintient toujours. [Plus tan.] Il ri y a que ces Princes, qui ont un Etat, et qui ne le défendent point; qui ont des sujets, et qui ne les gouvernent point. [Tout les prince d'aujourdhui son ecclesiastiques a ce propos.] Il n'y a qu'eux, qui ne sons point depoüillés de leurs Etats, quoiqu'ils les laissent sans défense, et qui ont des sujets, qui n'ont ni la pensée, ni le pourvoir de s'aliéner d'eux. [Toutte l'Italie est dans cet estat, et un grande partie de l'Europe.] Ce sont donc là les seules Principautés assurées et hureuses. [Peut on [e]stre plus malheureux que le son le peuples de l'Estat ecclésiastique sous Inn. XI.] Mais comme elles sont régies et soutenües par des causes supérieures, où l'esprit humain ne sauroit ateindre, ce seroit présomption et témérité à moi d'en discourir. [Il a raison.] Néammoins, si quelqu'un me demande, d'où vient que l'Eglise est devenüe si puissante dans le temporel, qu'un roi de France en tremble aujourdhui, et qu'elle l'a pu chasser de l'Italie, et ruiner les Venitiens; [Ce temps est passé.] au lieu qu'avant le Pontificat d'Aléxandre, [On le feroit enco[re] il suffiroit de vouloir. — Alexandre VI estoit un gran Pape quoy que l'on dise.] non seulement le Potentats d'Italie, mais même les moindres barons et seigneurs Italiens la craignoient peu à l'egard du Temporel; il ne me paroit pas inutile de le remémorer.... Avant que Charles, Roi de France passât en Italie, céte province étoit sous l'empire du Pape, des Venitiens, du Roi de Naples, du Duc de Milan et des Florentins. Ces Potentats avoient deux principaux soucis, l'un d'empêcher, que les armes étrangères n'entrassent en Italie, l'autre, que pas-un d'eux ne s'agrandit davantage (Chap. XI). [A presen on ne craint plus ni le temporel ny le spirituel. — Trop de maistres. — Ce soins estoit bien fondé. — Celà ne se pouvoit à la longe.]
Pour humilier le Pape, l'on se servoit des barons Romains, qui étant partagés en deux factions, les Ursins et les Colonnes, [A present on ne se sert que de lui mesme.] avoient toujours les armes à la main, pour vanger leurs queréles, jusque sous les yeux du Pape, ce qui enervoit le Pontificat (Ivi). [Si Machiavel estoit vivant, que diroit il a present.]
Une dixaine d'années, que vivoit un Pape, sufisoit à peine, pour abaisser l'une des factions.... [Il raisonne bien.] Cela faisoit que les forces temporelles du Pape étoient méprisées en Italie. Il vint enfin un Alexandre VI, qui montra mieux que tous ses prédécesseurs ce qu'un Pape est capable de faire avec de l'argent ed des armes. Témoin tout ce que j'ai dit qu'il fit par le moien du Duc de Valentinois, et des François (Ivi). [On peut doutter s'il ont jamais ésté plus méprisés qu'a present. — Que ne peut faire un Pape, qui [a] du savoir faire avec de l'argent et des armes. — Il fist san doutte des grandes choses avec des instruments et moiens detestables.]
Jules, successeur d'Alexandre, trouvant.... un chemin ouvert aux moiens de tesauriser (de quoi nul Pape ne s'étoit encore avisé avant Aléxandre)..., [Je n'en croi rien.] non seulement il suivit ces traces, mais enchérissant même per dessus, il se mit en tête d'aquérir Bologne, de ruiner le Vénitiens, et de chasser les François de l'Italie. [Brave Pape.] Ce qui lui réüssit avec d'autant plus de gloire, qu'il fit tout cela, pour agrandir l'Eglise, et non pour avancer les siens. [Cet la le vray devoir des Papes.] Il laissa les Ursins et les Colonnes au même état qu'il les trouva, et bien qu'il y eût quelque sujet d'altération entre eux, néanmoins deux choses les retinret dans le devoir, l'une la grandeur de l'Eglise qui les abaissoit, l'autre de n'avoir point de Cardinaux de leur maison (Ivi). [C'est le segret.]
Ainsi, Léon X a trouvé le Pontificat à un très-haut degré de puissance: et il y a lieu d'espérer, que comme Aléxandre et Jules l'ont agrandi par les armes, il le rendra encore plus grand, et plus vénérable par sa bonté, et par mille autres bonnes qualités, dont il est doüé (Ivi). [C'est les segrets.]