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Mémoires du maréchal Marmont, duc de Raguse (5/9)

LIVRE SEIZIÈME (continued 3)

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Le lendemain, 30, je me mis en marche pour Altenbourg. L'armée ennemie l'avait évacuée pendant la nuit, et nous y trouvâmes une arrière-garde qui se retira à notre approche. Dans le trajet de Falkenheim à Altenbourg, nous pûmes juger par nous-mêmes du désordre de la veille chez l'ennemi. Plusieurs pièces de canon et plus de cent voitures étaient éparses çà et là. Partout nous voyions des indices de confusion. Il ne se passait pas un moment sans que des parcs entiers ne sautassent à notre approche. Je résolus de profiter d'une occasion si favorable pour faire tout le mal possible à l'ennemi, et de le poursuivre l'épée dans les reins jusqu'à Toeplitz.

Je pouvais sans crainte agir ainsi; j'étais informé que le septième corps, commandé par le général Vandamme, soutenu par toute la garde, marchait sur Toeplitz, tandis que le quatorzième corps, placé en échelons, se trouvait entre le premier corps et moi, pour nous soutenir. Vers midi, je rencontrai l'ennemi sur le plateau de Zinnwald, amphithéâtre ressemblant assez à celui de Fralkenheim. On ne peut y arriver que par des défilés fort étroits. La division du général Compans tenait la tête de la colonne. Trouvant des forces considérables au débouché, il lui fut impossible de gagner assez de terrain pour se former. Je donnai l'ordre au général Lagrange de se porter avec sa division par un autre défilé à droite, beaucoup plus étroit que le premier, mais qui prenait en flanc la position de l'ennemi. Ce mouvement eut un plein succès. Cette division, ayant marché avec vigueur, en même temps que celle du général Compans, l'ennemi, culbuté sur tous les points, fut poursuivi sans relâche et jeté dans les chemins étroits et épouvantables qui conduisent de Zinnwald à Eichwald. Nous prîmes, dans cette seule journée, plus de quatre cents voitures d'artillerie et d'équipages.

Nous poursuivîmes l'ennemi à peu de distance du village d'Eichwald, où nous trouvâmes des troupes nouvelles toutes formées. La nuit nous arrêta. L'avant-garde bivaqua près du débouché d'Eichwald, le corps d'armée sur le plateau de Zinmvald, et je préparai tout pour déboucher le lendemain à la pointe du jour sur Toeplitz, où je supposais voir arriver Vandamme de son côté. Mais ce qui s'était passé chez lui avait bien changé l'état des choses. À mon retour au camp, je trouvai un officier d'état-major du maréchal Gouvion Saint-Cyr qui m'apprit la catastrophe. Le corps d'armée avait été détruit et pris presque en entier par l'ennemi. Le matin même, le maréchal avait marché à son secours, mais n'avait pu arriver à temps pour le sauver.

Cet événement a eu des résultats si importants et si graves, qu'il convient d'en rechercher et d'en approfondir les causes.

Napoléon était dans l'usage de recommander avec exagération à ses généraux de marcher en avant. S'il ne doutait pas de leur courage, il est certain qu'il se méfiait de leur résolution. Avec un homme ardent comme le général Vandamme, il eût été plus convenable de lui tenir le langage de la prudence. Toutefois, dans la circonstance, il était de son devoir de marcher tête baissée. Napoléon lui avait dit et fait écrire: «Je vous suis avec toute ma garde; marchez sans crainte.» Enfin il savait que le bâton de maréchal devait être la récompense d'un succès brillant, et il était impatient de l'obtenir. Mais Napoléon, après avoir mis en route sa garde, était resté à Dresde, incertain sur ce qu'il ferait. Ayant reçu la nouvelle de l'échec éprouvé par le maréchal Oudinot devant Berlin, et des revers du maréchal Macdonald sur la Katzbach, il résolut de rester, de rappeler sa garde, et il eut le tort incroyable de ne pas faire prévenir Vandamme. On a dit qu'il s'était mis en route, et que, se trouvant tout à coup indisposé, il avait rétrogradé. Ce fait est inexact, et le général Gersdorff, général saxon, m'a déclaré formellement que, n'ayant pas quitté un moment le palais pendant les journées du 28 et du 29, il avait la certitude absolue que Napoléon n'était pas sorti de Dresde ces jours-là. La garde seule s'était mise en mouvement, et il la rappela, ainsi que je viens de le dire. Vandamme se trouva donc seul et sans appui dans la plaine de Culm. Vainqueur le 29, il fut accablé le 30 par les forces immenses qui se jetèrent sur lui.

Une circonstance inopinée survint qui aggrava sa position, et la rendit désespérée. Le corps de Kleist, qui s'était retiré de Glasshüth devant Saint-Cyr, arriva à Ebersdorff le 29. De ce point il ne put entrer en Bohême. Une communication mauvaise, praticable cependant aux voitures, et meilleure que celle de Zinnwald, aboutit de ce point à Culm. Mais, dans ce moment, Vandamme étant à la tête du débouché, Kleist ne pouvait pas raisonnablement s'y présenter. Le 30, au matin, il crut Vandamme assez avancé pour avoir entièrement découvert la grande route, et, ne le supposant plus sur ce point, il se décida à faire un mouvement par le plateau et à se porter d'Ebersdorf sur Nollendorf, espérant ainsi échapper à l'armée française, arriver à la plaine, éviter Vandamme, et rejoindre, par un détour, le gros de son armée. Une preuve incontestable de la vérité de cette opinion, c'est que ses meilleures troupes étaient à l'arrière-garde pour résister soit à Saint-Cyr, soit à ce qui pouvait venir de Peterswald. Les mauvaises troupes et les parcs étaient en tête de colonne. Au moment où Vandamme, accablé par le nombre, se disposait à la retraite, le corps de Kleist arriva sur la route. La cavalerie de Vandamme, s'élançant en colonnes, pour ouvrir le chemin, échappa en partie. Cette cavalerie, rencontrant seulement d'abord des landwehrs et des parcs, elle sabra tout, et prit cette nombreuse artillerie, qui n'eut pas même le temps de se mettre en batterie. Mais les troupes à la queue de la colonne, s'étant ravisées, prirent position, et parvinrent à fermer le passage.

Si la garde eût suivi, Kleist, pris entre Saint-Cyr et la garde, mettait bas les armes, et Vandamme eût battu, le 30, les divers corps qui l'ont attaqué. Mais, bien plus, si la garde eût joint Vandamme le 29, pendant qu'il était victorieux, il aurait pu se porter en avant et se trouver ainsi au milieu de toutes les forces ennemies qui étaient sans organisation et dans une entière confusion, par suite des difficultés de la retraite. Toute l'artillerie marchait isolément. Les troupes descendaient par détachement, en suivant tous les sentiers praticables. Il n'y avait pas, le 29, trente mille hommes à mettre régulièrement en bataille dans la plaine. C'était un de ces coups de fortune, comme il on arrive en un siècle de guerre. Tout le matériel aurait été pris, et tout se serait dispersé. Des reproches réciproques auraient servi à tout dissoudre, à tout désorganiser. La fortune en a ordonné autrement; mais le seul coupable, et le véritable auteur de la catastrophe, c'est Napoléon.

Il convient maintenant d'examiner quelle influence a eue le maréchal Saint-Cyr sur cet événement. Il pouvait en diminuer la gravité, et il n'est pas exempt de reproches. Il suivait Kleist, et arriva à Ebersdof. C'est de la hauteur, en avant de ce poste, qu'il vit l'événement du 30. S'il est arrivé le 20, il est coupable de n'avoir pas descendu le plateau et de ne s'être pas joint à Vandamme; s'il n'est arrivé que le 30 au matin, il ne pouvait pas déboucher; mais alors il est coupable d'avoir perdu de vue Kleist. En le suivant l'épée dans les reins il l'arrêtait, et la route de Peterswald restait libre au général Vandamme, et peut-être même l'enchaînement des circonstances aurait pu, Vandamme battu et se retirant, entraîner la perte de Kleist.

On a eu tort d'accuser Vandamme d'avoir montré, dans cette circonstance, trop de témérité. Il s'était arrêté dans une bonne et excellente position en avant de Culm, position inexpugnable pour peu qu'il existe quelque proportion entre le nombre des combattants. J'ai depuis étudié ces lieux sur place, et j'ai acquis la conviction que Vandamme aurait pu s'y défendre un contre deux, et certainement il l'aurait fait; mais il y a des limites au possible. Je pense, au contraire, qu'on pourrait lui reprocher de la lenteur et peu d'ensemble dans sa marche. Ses troupes n'étaient pas réunies le 29; et, quoique maître de Culm le 29, avant midi, il ne put pas déboucher pour culbuter et mettre en déroute le corps russe, très-inférieur en force, isolé dans une position ouverte, sans appui et sans moyen pour résister. Mais aussi comment se précipiter au milieu de cent quatre-vingt mille hommes qui, s'ils n'étaient pas là, se trouvaient cependant à portée dans un bassin vaste et découvert, sans avoir derrière soi les forces nécessaires comme point d'appui? Et pourtant il y avait un tel désordre dans l'armée alliée en ce moment, que le corps de Vandamme seul pouvait, en l'accroissant encore, amener des résultats incalculables.

C'est l'esprit de justice dont je fais profession, et ma conviction profonde, qui me décident à prendre la défense de Vandamme, car ce général ne m'a jamais inspiré aucun intérêt. J'ajouterai à ce qui précède une dernière réflexion sur la conduite de Napoléon, réflexion qui la rend encore moins concevable.

L'armée ennemie se retirait sur diverses colonnes, et devait naturellement se rassembler dans la plaine de Toeplitz. Le 30 août, elle devait, d'après tous les calculs, s'y trouver réunie, et, le jour suivant, les divers corps de l'armée française, après avoir descendu du plateau de Saxe, se trouvaient en présence. Une fois nos corps réunis, qui devait commander, qui devait donner la direction, l'impulsion et l'ensemble? Personne, puisque Napoléon était le 30 à Dresde, et n'avait pris aucune disposition pour suppléer, le 31, à sa présence en Bohême. Ainsi, dans le cas de succès constants dans la poursuite, il se mettait, par sa propre volonté, dans des conditions qui en rendaient les effets plus que douteux. L'on ne peut dire qu'il avait suspendu la poursuite, car aucun ordre semblable n'arriva aux autres corps, et Vandamme en a reçu de contraires.

Instruit de ce qui s'était passé, je ne pouvais plus penser à descendre de la montagne. Garder ma position et attendre des ordres était tout ce qui me restait à faire. Je restai donc sur la défensive pendant la journée du 31. L'ennemi attaqua mon avant-garde, mais il fut repoussé constamment. Il avait perdu beaucoup de monde dans cette poursuite et les divers combats dont je viens de rendre compte. Nous lui avions pris trente pièces de canon, sept à huit cents voitures d'artillerie ou d'équipages, et il avait eu en tués, blessés et prisonniers, de neuf à dix mille hommes hors de combat.

Le 31, au soir, je reçus l'ordre de prendre position à Altenbourg. Je m'y rendis, et me mis en mesure de m'y défendre. Le 1er septembre, l'Empereur me prescrivit de me rapprocher de Dresde et de déboucher sur la rive droite de l'Elbe s'il était nécessaire. Dès ce moment commença une série de mouvements sans aucun résultat, qui semblaient destinés, comme par exprès, à produire la destruction des troupes. Le quatorzième corps avait fait un mouvement pareil au mien. Le deuxième corps et sa cavalerie s'étaient également rapprochés de l'Elbe. Le 3, je marchai encore dans la direction de Dresde, et pris position au village de Recknitz. Le 4, je passai l'Elbe et allai camper à Bischofswerda, et le lendemain à Bautzen.

CORRESPONDANCE ET DOCUMENTS RELATIFS AU LIVRE DIX-SEPTIÈME

LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.

«Liegnitz, le 29 mai 1813, deux heures après midi.

«L'Empereur ordonne, monsieur le maréchal, qu'avec le sixième corps d'armée et le corps de cavalerie du général Latour-Maubourg vous vous portiez de Jauer en avant de Eisendorf, route de Neumarck. Le prince de la Moskowa, avec les cinquième et septième corps, se porte sur Neumarck, et le quartier général impérial y sera probablement ce soir avec la garde. Le troisième corps d'armée reste en avant de Liegnitz. Le duc de Tarente, avec son corps d'armée, et le général Bertrand, avec le quatrième corps, resteront à Jauer. Sa Majesté marche sur Breslau.

«Le prince vice-connétable, major général,

«Alexandre.»

LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.

«Dresde, le 10 juin 1813.

«Je crois devoir vous faire connaître, monsieur le maréchal, quel sera l'emplacement des quartiers généraux des différents corps de l'armée au 12 juin, époque à laquelle ces quartiers généraux deviendront fixes.

«Le deuxième corps d'armée, maréchal duc de Bellune, à Guadenberg; «Le troisième, prince de la Moskowa, à Liegnitz; «Le quatrième, général comte Bertrand, à Sprottau; «Le cinquième, général Lauriston, à Goldsberg. «Le septième, général Régnier, à Görlitz; «Le onzième, maréchal duc de Tarente, à Löwenberg; «Le douzième, maréchal duc de Reggio, à Lukau; «Le premier corps de réserve de cavalerie, général Latour-Maubourg, à Sagan; «Le deuxième, général Sébastiani, à Freystadt; «Deuxième division, jeune garde, maréchal duc de Trévise, à Hermolsdorf, près Glogau; «Première division, à Gross-Kramche; «Deuxième, à Ober-Schonfeld; «Troisième, à Eichberg; «Polonais, huitième corps, à Zittau.

«Le prince vice-connétable, major général,

«Alexandre.»

LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.

«Dresde, le 11 juin 1813.

«Je vous préviens, monsieur le maréchal, que je donne l'ordre au duc de Bellune de garder la frontière le long de l'Oder, depuis Crossen jusqu'à la hauteur de Müllrose.

«Le duc de Reggio surveillera la ligne de démarcation depuis Müllrose jusqu'à Insterburg.

«Le gouverneur de Wittenberg placera des postes depuis Insterburg, en passant par Bruck, et suivant la frontière de la Confédération du Rhin, jusqu'auprès de Barby.

«Le gouverneur de Magdebourg couvrira son enceinte sur la rive droite, et tout le long de l'Elbe sur la rive gauche, depuis Barby jusqu'à la trente-deuxième division militaire, où commencera la surveillance du prince d'Eckmühl.

«Le duc de Trévise, le prince de la Moskowa, le général Lauriston, le duc de Tarente surveilleront la ligne dans leur arrondissement respectif; depuis les postes du duc de Tarente, la ligne sera fournie, le long de la Bohême, par le prince Poniatowski, qui arrive à Zittau. Enfin, monsieur le maréchal, fournissez de votre côté des postes jusqu'à l'Elbe, le long de la Bohême, en vous concertant à cet égard avec le prince Poniatowski.

«L'intention de l'Empereur est que tous les jours vous envoyiez le rapport de ce qui se passe à vos postes et des mouvements qui pourraient se faire devant eux. Il faut aussi avoir soin d'empêcher les chevaux, les vivres, les meubles, les troupeaux, et enfin tout ce qui pourrait nous servir, de sortir de la ligne de démarcation.

«Le résultat de ces dispositions sera d'être bien instruit de tout ce qui se passe; mais il suffira pour cela, monsieur le maréchal, de postes légers, ainsi que pour arrêter le passage des troupeaux et de tout ce qui est utile à l'armée.

«Le prince vice-connétable, major général,

«Alexandre.»

LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.

«Dresde, le 13 juin 1813.

«Je vous adresse, monsieur le maréchal, ampliation de l'ordre du jour relatif à l'arrestation et la mise en jugement des soldats qu'on suppose s'être mutilés eux-mêmes d'un doigt ou de la main dans l'espoir de se faire réformer. Depuis plusieurs années, cette espèce d'épidémie s'est introduite dans l'armée: il est temps d'y apporter une attention sévère et de remédier promptement à ce genre de délit.

«L'Empereur ordonne, pour cet effet, qu'il soit choisi deux hommes de chaque corps d'armée sur ceux prévenus de s'être blessés eux-mêmes. Ils seront arrêtés; le grand prévôt instruira la procédure. Il sera facile de les convaincre. Aussitôt la procédure instruite, ils seront envoyés au maréchal ou au général commandant, qui les fera fusiller devant tout le corps assemblé, en faisant connaître la nature de leurs délits, mais sans rien imprimer là-dessus.

«Vous ferez ramasser tous les hommes blessés à la main et ordonnerez qu'ils soient gardés comme des coupables par la gendarmerie. S'ils ont été trouvés maraudant, la peine de mort leur sera infligée. Vous aurez soin de donner le mot aux officiers d'état-major et aux chirurgiens, de n'y comprendre ni sous-officiers ni vieux soldats, mais seulement ceux qui, par leur âge et la nature de leurs blessures, pourraient être soupçonnés de s'être blessés eux-mêmes. À leur arrivée à leur régiment, un jury, composé du colonel, de deux capitaines et de deux chirurgiens du régiment, les examinera et fera une enquête pour constater la cause de leurs blessures. Ces hommes feront toutes les corvées et seront comme les domestiques du régiment. Ils seront guéris par les soins des chirurgiens des corps, et, après la correction convenable, ils rentreront dans le régiment.

«Vous sentirez, monsieur le maréchal, l'importance de tenir l'ordre du jour et les présentes dispositions secrètes; mais vous devez réunir les colonels des régiments et leur parler fermement pour qu'ils exaltent l'indignation des soldats contre les lâches qui se mutilent eux-mêmes.

«Enfin l'intention de l'Empereur est que toutes blessures à la main provenant d'un coup de fusil ou de pistolet ou d'un coup de sabre ne soient jamais un motif de réforme.

«Le prince vice-connétable, major général,

«Alexandre.»

ORDRE DU JOUR.

«Dresde, le 11 juin 1813.

1.

«Tous les blessés qui existent à Dresde et dans les hôpitaux des autres villes en deçà du Rhin, et qui sont blessés aux doigts ou à la main, seront sur-le-champ dirigés sur leurs corps respectifs.

2.

«L'état nominatif de tous les hommes blessés aux doigts ou à la main, qui sont à Dresde, sera dressé dans la journée d'aujourd'hui et demain.

3.

«Il sera formé autant de colonnes, composées de gendarmes et de flanqueurs de la garde, qu'il y a de corps d'armée. Chacune de ces colonnes sera commandée par un officier d'état-major, et un chirurgien principal y sera attaché. Elles ramasseront tous ces hommes, dont il sera formé un contrôle, indiquant leurs noms, compagnies, bataillons et régiments.

4.

«Les blessés ainsi ramassés seront conduits à la maison de la Douane retranchée, sur la route de Bautzen, où ils seront campés. Dès que cent hommes appartenant à un même corps d'armée seront réunis, ils seront mis en marche pour ce corps d'armée, sous une escorte suffisante. Ils seront accompagnés de leur contrôle nominatif et d'un chirurgien pour les panser.

5.

«À leur arrivée aux corps, ils seront distribués dans leurs régiments, où ils seront traités par les chirurgiens-majors, et sous la surveillance spéciale des officiers. Ils seront chargés de faire toutes les corvées de la compagnie et du régiment.

6.

«Tout soldat blessé aux doigts ou à la main, qui sera conduit à son corps de la manière dont il vient d'être dit, qui s'écarterait en route de son escorte, soit pour marauder, soit pour déserter, ou qui déserterait après son arrivée au régiment, sera puni de mort.

7.

«Un jury, formé du chirurgien en chef de l'armée et de quatre chirurgiens principaux, sera réuni à la susdite maison de la Douane, pour visiter les blessés qui y seront amenés. Il fera choix de deux hommes par chaque corps d'armée, de ceux qui, par la nature de leurs blessures, paraîtront le plus évidemment avoir été blessés par eux-mêmes, lesquels seront sur-le-champ arrêtés et conduits devant le grand prévôt de l'armée, pour y être examinés et interrogés.

8.

«Tout soldat qui serait convaincu de s'être blessé volontairement pour se soustraire au service sera condamné à mort.

9.

«Le présent ordre du jour sera tenu secret, et sera adressé seulement aux maréchaux et généraux commandant des corps d'armée; mais, au moment du départ des hommes blessés aux doigts ou à la main, reconduits à leur corps, il leur sera donné connaissance, par l'officier d'état-major commandant la colonne, de la disposition qui condamne à mort ceux qui déserteraient ou marauderaient pendant la route.

10.

«Le major général de notre grande armée est chargé de l'exécution du présent ordre.

«Signé: Napoléon.

«Pour ampliation:

«Le prince vice-connétable, major général,

«Alexandre.»

LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.

«Dresde, le 24 juin 1813.

«Monsieur le maréchal, je vous envoie la copie d'une lettre que j'ai écrite hier à M. le général Barclay de Tolly pour lui faire connaître les ordres donnés par l'Empereur à l'égard des partisans.

«Le prince vice-connétable, major général,

«Alexandre.»

«P.-S. Cela vous servira pour le langage que vous avez à tenir.

AU GÉNÉRAL BARCLAY DE TOLLY.

«Dresde, le 23 juin 1813.

«Monsieur le général, je m'empresse de porter à votre connaissance la conduite du major de Lützow et les événements auxquels elle a donné lieu. Ce major, chef d'un corps de partisans, a été prévenu, le 7, de l'armistice. La copie lui a été portée par un officier d'état-major. Il en a eu connaissance par la traduction en allemand que le duc de Weimar en a fait faire, et qu'il a fait imprimer, placarder et répandre à profusion.

«Le major de Lützow a fait dire à l'officier d'état-major qui lui portait la copie de l'armistice qu'il ne reconnaissait pas l'armistice. On lui a fait observer que, le 12, il devait avoir repassé l'Elbe, et qu'en conséquence il n'y avait pas de temps à perdre: il fit déclarer qu'il était corps franc.

«Depuis le 7 jusqu'au 18, M. le major de Lützow a continué les hostilités: il a arrêté les malles de Bavière et de Dresde; il a levé des contributions, comme dix-huit procès-verbaux le constatent. Il a arrêté les individus tant civils que militaires rencontrés sur la route; il a continué à enrôler les jeunes gens du pays et les étudiants des universités; il a attaqué des détachements, pris des courriers venant d'Augsbourg et d'Italie, et enfin des soldats marchant isolément.

«L'Empereur et Roi mon maître n'est arrivé à Dresde que le 10, et, le 14, voyant que les hostilités sur ses derrières continuaient, Sa Majesté a ordonné aux détachements de cavalerie en marche pour rejoindre l'armée de s'arrêter et de se pelotonner pour courir sur les partisans, attendu que, le 12, ils devaient, aux termes de l'armistice, en avoir exécuté les dispositions.

«D'autres corps, se disant partisans, répondaient qu'ils ne pouvaient reconnaître l'armistice, donnant pour motifs, les uns qu'ils dépendaient de l'armée suédoise, les autres qu'ils étaient à la solde de l'Angleterre, et enfin d'autres corps indépendants et insurrectionnels.

«Sa Majesté l'Empereur et Roi a donc cru nécessaire de prescrire l'ordre du jour dont je vous envoie copie. J'avais donné un ordre à peu près semblable dès le 16. Cependant, j'ai l'honneur de proposer à Votre Excellence d'échanger ceux des partisans qui sont actuellement en notre pouvoir ou qui seront arrêtés contre ceux de nos gens qui ont été faits prisonniers par vos troupes depuis le 4 juin.

«Nous avons aussi à nous plaindre de la non-exécution de l'article 4 de l'armistice, qui porte, entre autres choses: que, depuis l'embouchure de la Katzbach, la ligne de démarcation suivra le cours de l'Oder jusqu'à la frontière de Saxe, longera la frontière de Saxe, etc.; dès lors Crossen s'y trouve compris. Cependant les Prussiens, contre toutes raisons, veulent occuper Crossen, quoique le droit soit de notre côté et que cela ne dût pas être discuté: j'en prends pour juge Votre Excellence elle-même.

«Mais, voulant cependant éviter toute discussion, l'Empereur et Roi propose que ce pays soit considéré comme neutre, de manière qu'il ne soit occupé ni par l'armée combinée ni par les armées françaises et alliées.

«Les troupes légères de Votre Excellence parcourent le pays jusqu'aux portes de Liegnitz. Je la prie de vouloir bien donner des ordres à cet égard.

«Le prince vice-connétable, major général,

«Signé: Alexandre.»

ORDRE DU JOUR.

«Dresde, le 24 juin 1813.

«Les parlementaires qui se présenteront ne pourront dépasser nos lignes, c'est-à-dire qu'ils seront reçus aux avant-postes où ils remettront leurs dépêches. Ils seront maîtres d'attendre les réponses. Dans le cas où un parlementaire devrait être amené au quartier général, l'ordre en sera donné par le major général. En conséquence, sous aucun prétexte que ce soit, les parlementaires ne pourront pénétrer au delà de nos lignes, c'est-à-dire de nos avant-postes, sans un ordre formel.

«Le prince vice-connétable, major général,

«Signé: Alexandre.

NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.

«Dresde, le 19 juillet 1813.

«Mon cousin, je désirerais que Buntzlau, qui offre une position centrale, contint deux manutentions, chacune de huit à dix fours. Je désirerais que la ville pût être fortifiée, de manière qu'en quinze à vingt jours de travail deux bataillons pussent y protéger un hôpital, les deux manutentions et des magasins. Les deux grands moyens défensifs de ce genre sont les eaux et les bois. Vous devez avoir des bois près de Buntzlau. Vous avez des moyens de transport, puisque vous avez tous les chevaux de trait de votre corps d'armée. Vous avez des sapeurs, des pionniers. Les canonniers de la marine sont surtout propres à ces travaux. Quant aux eaux, il faut étudier si l'on peut remplir les fossés de la ville. Si on le peut, faites-y travailler vingt-quatre heures après la réception du présent ordre. Vous sentez de quel intérêt il serait de pouvoir placer à Buntzlau, sous la garde de deux bataillons et de vingt pièces de canon, un hôpital de deux mille malades ou convalescents, quelques millions de rations de biscuits, de farines et de riz, et beaucoup d'embarras d'artillerie.--Autant que je puis m'en souvenir, Buntzlau a des fossés et une muraille. Ce serait donc ces fossés qu'il s'agirait de bien établir, ces murailles et tourelles qu'il faudrait organiser pour l'artillerie, en les garnissant de gabions et de saucissons, les fossés qu'il faudrait remplir d'eau, et enfin quelques lunettes qu'il faudrait tracer et élever.--Il n'y a pas de moment à perdre; vous entendez la matière. Vous pouvez y mettre six mille ouvriers, en faisant fournir deux mille travailleurs par votre corps d'armée et en réunissant deux à trois mille paysans.

«Napoléon»

LE MARÉCHAL MARMONT À NAPOLÉON.

22 juillet 1813

«Sire, j'ai reçu la lettre que Votre Majesté m'a fait l'honneur de m'écrire le 19 juillet pour me donner ses ordres relatifs à Buntzlau. Cette ville étant placée au bas d'un long amphithéâtre, les localités sont peu favorables à la fortification. Cependant il m'a paru, après avoir étudié son enceinte avec soin, qu'il était possible de remplir les intentions de Votre Majesté, et je viens d'arrêter les travaux à exécuter.

«Ils commenceront demain et seront poussés avec une grande activité. J'aurai l'honneur d'adresser demain à Votre Majesté un plan de Buntzlau, avec un rapport détaillé sur les ordres que j'ai donnés.

«L'artillerie et le génie du sixième corps fournissent quinze cents outils. Des réquisitions ont été faites au pays; mais, comme il est probable que je n'obtiendrai pas tout ce que j'ai demandé, il serait désirable que le grand parc du génie nous donnât un secours de deux mille outils.

«Comme les travaux de la récolte vont rendre les bras extrêmement rares, il serait utile que les cercles de Lövenberg et de Goldsberg fournissent chacun mille ouvriers pour les travaux de Buntzlau.»

«J'ai l'honneur d'adresser à Votre Majesté le plan de Buntzlau. Cette place a une double enceinte. L'enceinte intérieure, étant contiguë aux maisons, n'offrant ni espace, ni terre à porter pour les remblais, n'est pas susceptible d'être mise en état de recevoir du canon. Cependant c'est un dernier obstacle qu'on peut présenter à l'ennemi, et dont on peut tirer parti en arrangeant quelques tours pour y placer de l'infanterie. L'enceinte basse offre partout les moyens de faire un parapet et des batteries. Les tours de cette enceinte sont en général trop petites pour être armées de canon. Cependant, au moyen des dispositions ordonnées et dont je vais rendre compte, il y aura quatre pièces de canon placées en A au-dessus de la porte de Breslau; un pareil nombre au-dessus de la porte AV, même à Goirenberg (G), quatre également sur la porte de Dresde (O), deux en P, deux en U, une autre en T, enfin quatre, dont l'ouvrage projeté en Z.

«Excepté en F, G, H, K, la place a partout une bonne contrescarpe, revêtue de plus ou moins d'élévation, mais habituellement de quinze à seize pieds. En avant de la porte G, il n'y a pas de fossé.

«J'ai ordonné d'élever une contrescarpe en F et d'en construire une en G, de manière à élever assez les eaux pour qu'elles puissent se répandre jusqu'en D au moyen du batardeau qui sera placé en G. Ce batardeau sera couvert par la maison I, qui sera entourée d'un fossé et d'un parapet en terre. Le fossé H et K sera également rempli d'eau au moyen des remblais qui seront faits en K autour du lac, afin de pouvoir élever les eaux et les forcer d'inonder ce fossé K et les étendre dans le fossé R jusqu'au delà de U; là, élevant la contrescarpe qui environne les eaux en K de cinq pieds et creusant le fossé en R de quatre pieds, il y aura dans tout ce développement de la place un obstacle d'eau très-difficile à franchir.

«La portion du fossé depuis S jusqu'en D n'est pas susceptible d'être inondée; mais là le fossé est très-profond, la contrescarpe très-élevée, et cette portion de fossé sera fraisée et palissadée avec beaucoup de soin, et sera d'ailleurs couverte par l'ouvrage projeté en Z, qui prendra aussi des revers sur la porte de Dresde, et, à cet effet, on va démolir toute la portion du faubourg en BB.

«Il existe deux tours assez bien construites à chacune des deux portes: l'une, à la porte de Breslau A, et l'autre à la porte de Dresde O. Elles sont liées entre elles et liées également au mur d'enceinte intérieure. On va construire devant ces tours deux massifs en glacis, élevés de huit pieds, de manière à couvrir le pied de ces tours du feu de l'ennemi, faisant aboutir le chemin pour entrer dans la ville en suivant la contrescarpe, afin d'empêcher la porte d'être vue de l'extérieur. On va faire un plancher qui réunisse ces tours avec l'enceinte intérieure, et ce plancher sera placé à sept pieds, c'est-à-dire au-dessous du niveau du masque, et on établira sur ce plancher un parapet en gabion de douze pieds d'épaisseur, qui garantira des pièces de campagne. La place de Löyenberg sera arrangée d'une manière analogue, excepté que cette entrée, où sera le batardeau, sera supprimée. Enfin on formera en P et U et en X des parapets en terre qui donneront les moyens d'armer ces points avec de l'artillerie, et en général, comme la muraille d'enceinte extérieure est assez mauvaise, on relèvera les contrescarpes de manière à la masquer de la vue de la campagne, et les tours seront disposées à être occupées par de l'infanterie, dont l'action n'aura pour objet que la défense du fossé. Les seuls points qui doivent avoir action sur l'extérieur devant être ceux qui sont armés de canon et les tours de l'enceinte intérieure, qui seront disposées pour recevoir de l'infanterie.

«Je pense qu'une fois ces travaux exécutés la ville de Buntzlau, défendue par mille hommes, non-seulement sera à l'abri d'un coup de main, mais exigera du gros canon et quelques travaux de siége, et je ne pense pas qu'il faille, pour que ces travaux soient terminés, plus que la durée de l'armistice.

«Une partie de la manutention avait été placée dans le faubourg; elle va être transportée dans la ville et augmentée.»

LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.

«Dresde, le 24 juillet 1813.

«L'intention de l'Empereur, monsieur le maréchal, est que toute l'armée tire à la cible de la manière suivante: chaque compagnie tirera deux coups à la cible, et les quatre meilleurs tireurs de chaque salve, c'est-à-dire huit par compagnie, auront une gratification de 2 francs; les huit meilleurs tireurs de chaque compagnie se réuniront pour tirer à la cible par bataillon, ce qui fera quarante-huit tireurs par bataillon: les huit meilleurs tireurs auront chacun un prix de 4 francs. Les huit meilleurs tireurs de chaque bataillon se réuniront pour tirer à la cible par division, ce qui, en supposant les divisions l'une dans l'autre à douze bataillons, fera quatre-vingt-seize tireurs par division: les huit meilleurs tireurs auront chacun un prix de 6 franc. Les huit tireurs qui auront eu le prix de chaque division seront réunis pour tirer à la cible, ce qui, à raison de trois divisions par corps d'armée, fera les vingt-quatre tireurs, et les huit meilleurs tireurs du corps d'armée auront chacun un prix de 12 francs.

«Les 27-28 juillet, chaque compagnie tirera à la cible. Les 28-29, les huit meilleurs tireurs de chaque compagnie tireront à la cible du bataillon. Les 29-30, les huit meilleurs tireurs de chaque bataillon tireront à la cible de la division, et, le 1er août, les huit meilleurs tireurs de chaque division tireront à la cible du corps d'armée.

«La dépense de cet exercice, qui aura lieu dans tous les corps d'armée, ne sera que de deux cartouches par homme; et, quant aux prix, la dépense peut être évaluée de la manière suivante:

«1° Prix de 2 francs, cible des compagnies.

«Huit prix de 2 francs coûteront 16 francs par compagnie, ce qui fera pour un bataillon, à raison de six compagnies (16 x 6), 96 francs; pour une division, à raison de douze bataillons (96 x 12), 1,152 francs; et pour un corps d'armée, à raison de trois divisions, 3,456 francs.

«2° Prix de 4 francs, cible des bataillons.

«Huit prix de 4 francs coûteront 32 francs par bataillon; ce qui fera pour une division, à raison de douze bataillons (32 x 12), 384 francs; et pour un corps d'armée, à raison de trois divisions (384 x 3), 1,152 francs.

«3° Prix de 6 francs, cible des divisions.

«Huit prix de 6 francs coûteront 48 francs par division: ce qui fera par corps d'armée, à raison de trois divisions (48 x 3), 144 francs.

«4° Prix de 12 francs, cible par corps d'armée.

«Huit prix de 12 francs coûteront par corps d'armée 96 francs; ainsi la dépense des prix sera, par corps d'armée, en supposant les proportions indiquées ci-dessus:

«Pour la cible des compagnies. 3,456 francs. «Pour la cible des bataillons. 1,152 «Pour la cible des divisions. 144 «Pour la cible du corps d'armée. 96 ----- «Total. 4,848 francs.

«Les militaires qui obtiendront les prix du corps d'armée à 12 francs auront nécessairement obtenu celui de la division, celui du bataillon et celui de la compagnie, ce qui leur fera un prix total de 24 francs.

«Donnez vos ordres, monsieur le maréchal, pour l'exécution de ces dispositions dans votre corps d'armée: prescrivez tout ce qui sera nécessaire pour faire de ces exercices autant de petites fêtes. La musique devra accompagner ceux qui auront remporté les prix. Le but de l'Empereur est: 1° d'apprendre aux troupes à tirer; 2° de répandre la gaieté dans les camps. Faites donc tout ce qui vous sera possible pour obtenir ces deux résultats.

«Le prince, vice-connétable, major général,

«Alexandre.»

NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.

«Dresde, le 10 août 1813.

«Mon cousin, je vous prie de me faire connaître où en est l'armement de Buntzlau et la manutention. Je suppose que les magasins sont intacts. Il serait bien nécessaire d'y faire rentrer une vingtaine de milliers de foin et de paille.

«Napoléon.»

NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.

«Dresde, le 12 août 1813.

«Mon cousin, l'Autriche nous a déclaré la guerre; l'armistice est dénoncé; les hostilités recommenceront le 17. Voici le pian d'opérations qu'il est possible que j'adopte, mais auquel je me déciderai définitivement avant minuit;--concentrer toute mon armée sur Görlitz et Bautzen, et dans le camp de Koenigstein et à Dresde.--Si des fortifications ont été faites à Liegnitz et à Buntzlau, les détruire.--Envoyer le duc de Reggio avec les douzième, quatrième et septième corps sur Merlin, dans le temps que le général Girard débouchera avec dix mille hommes par Magdebourg, et le prince d'Eckmühl avec quarante mille hommes par Hambourg.--Indépendamment de ces cent dix mille hommes qui marcheront sur Berlin, et de là sur Stettin, j'aurai sur la ligne, savoir: les deuxième, troisième, cinquième, sixième, onzième, quatorzième et premier corps de cavalerie; le deuxième, le quatrième, le cinquième et la garde: cela fera près de trois cent mille hommes.--Avec ces trois cent mille hommes, je prendrai une position entre Görlitz et Bautzen, de manière à ne pas pouvoir être coupé de l'Elbe, à me tenir maître du cours du fleuve et à m'approvisionner par Dresde, à voir ce que veulent faire les Autrichiens et les Russes, et à profiter des circonstances.--Je préférerais rester à Liegnitz, mais de Liegnitz à Dresde il y a quarante-huit lieues, c'est-à-dire huit marches, et en longeant toujours la Bohême, et il n'y en aurait que trente-six de Buntzlau et vingt-quatre de Görlitz. Si je prenais une position intermédiaire entre Görlitz et Bautzen, il n'y en aurait que dix-huit.--Ce pays se trouverait alors plein de troupes, et nous serions, pour ainsi dire, entassés: nous n'aurions pas de peine à vivre un mois. Pendant ce temps-là ma gauche entrerait à Berlin, éparpillerait tout ce qui se trouve là; et, si les Autrichiens et les Russes livraient bataille, nous les écraserions. Si nous perdions la bataille, nous serions plus près de l'Elbe; enfin nous serions plus en mesure de profiter de leurs sottises.--Je ne vois guère qu'on puisse hésiter sur Liegnitz. Il n'en est pas de même de Buntzlau. Je ne me dissimule pas que cette position a l'avantage de me tenir dans le cas d'empêcher l'ennemi de passer entre l'Oder et moi; au lieu qu'entre Bautzen et Görlitz, l'ennemi, passant par Buntzlau, peut se porter sur Görlitz.--Le quartier général de l'armée autrichienne se réunit à Hirschberg. Il paraît que les Autrichiens veulent opérer par Zittau.--Faites-moi connaître ce que vous pensez de tout cela. Je suppose que tout doit finir par une grande bataille, et je pense qu'il est plus avantageux de la livrer près de Bautzen, à deux ou trois marches de l'Elbe, jusqu'à cinq ou six marches; mes communications sont moins exposées; je pourrai me nourrir plus facilement, d'autant plus que, pendant ce temps, ma gauche occupera Berlin et balaiera tout le bas Elbe, opération qui n'est point hasardeuse, puisque mes troupes ont Magdebourg et Wittenherg, à tout événement, pour retraite. J'éprouve bien quelques regrets d'abandonner Liegnitz; mais, en l'occupant, il serait difficile de réunir toutes mes troupes; il faudrait les diviser en deux armées, et ce serait une fâcheuse position que celle qui nous ferait longer la Bohême sur un espace de trente lieues, d'où l'ennemi pourrait déboucher partout et se trouverait dans une position naturelle.--Il me semble que la campagne actuelle ne peut nous conduire à aucun bon résultat, sans qu'au préalable il y ait une grande bataille.--Il n'est pas besoin de dire que, tout en s'échelonnant, il sera indispensable de menacer de prendre l'offensive, en se contentant d'avoir sur l'ennemi le pays de neutralité et une ou deux lieues en avant.--L'Autriche ayant une armée contre la Bavière et une contre l'Italie, je ne suppose pas qu'elle puisse avoir contre moi plus de cent mille hommes sous les armes. Je suis plus loin de croire que les Prussiens et les Russes réunis puissent en avoir deux cent mille, en ne comptant pas ce qu'ils ont à Berlin et dans cette direction. Toutefois il me semble que, pour avoir une affaire décisive et brillante, il y a plus de chances favorables à se tenir dans une position plus resserrée et à voir venir l'ennemi. Je compte porter, le 14, mon quartier général à Bautzen. Évacuez à force vos malades.--Envoyez un aide de camp au duc de Tarente afin d'être prévenu de ce que l'ennemi fait sur son extrême droite.

«Napoléon.»

NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.

«Dresde, le 13 août 1813, soir.

«Mon cousin, voici le parti que j'ai pris. Si vous avez quelques observations à me faire, je vous prie de me les faire librement.--Le duc de Reggio, avec les septième, quatrième et douzième corps et le troisième corps de cavalerie, marchera sur Berlin dans le temps que le général Girard, avec douze mille hommes, débouchera par Magdebourg, et que le prince d'Eckmühl, avec vingt-cinq mille Français et quinze mille Danois, débouchera par Hambourg. Il est actuellement à trois lieues en avant de Hambourg, qui est devenu une place de première force; cent pièces de canon y sont sur les remparts, et les maisons qui gênaient la défense sont abattues, les fossés pleins d'eau. Le général Hoyendorp y commande une garnison de dix mille hommes.--J'ai donné ordre au duc de Reggio de se porter sur Berlin, en même temps que le prince d'Eckmühl culbutera ce qu'il a devant lui, si l'ennemi lui est inférieur, et du moins le poussera vivement quand il effectuera sa retraite. J'ai donc cent vingt mille hommes qui marchent dans différentes directions sur Berlin.--De ce côté-ci, Dresde est fortifié, et dans une position telle, qu'il peut se défendre huit jours, même les faubourgs. Je le fais couvrir par le quatorzième corps, que commande le maréchal Saint-Cyr; il a son quartier général à Pirna; il occupe les ponts de Koenigstein qui, protégés par la forteresse, sont dans une position inexpugnable. Ces ponts ont un beau débouché sur Bautzen. La même division, qui fournit des bataillons à Koenigstein, occupe Neustadt avec la cavalerie. Deux divisions campent dans une très-belle position à Gieshubel, à cheval sur les deux routes de Prague à Dresde. Le général Pajol, avec une division de cavalerie, est sur la route de Leipzig à Carlsbad, éclairant les débouchés jusqu'à Hof.--Le général Durosnel est dans Dresde, avec huit bataillons et cent pièces de canon sur les remparts et dans les redoutes.--Le premier corps du général Vandamme et le cinquième corps de cavalerie seront à Bautzen.--Je porte mon quartier général à Görlitz.--J'y serai le 16.--J'y réunirai les cinq divisions d'infanterie et les trois divisions de cavalerie, et l'artillerie de la garde ainsi que le deuxième corps y seront placés entre Görlitz et Zittau, et entre le deuxième corps et la Bohême sera l'avant-garde formée par le huitième corps (Polonais).--Vous êtes à Buntzlau;--le duc de Tarente à Löwenberg:--le général Lauriston à Gruneberg;--le prince de la Moskowa dans une position intermédiaire, entre Haynau et Liegnitz, avec le deuxième corps de cavalerie.--Cependant l'armée autrichienne, si elle prend l'offensive, ne peut la prendre que de trois manières: 1° en débouchant avec la grande armée, que j'estime forte de cent mille hommes, par Peterswald, sur Dresde. Elle rencontrera les fortes positions qu'occupe le maréchal Saint-Cyr, qui, poussé par des forces aussi considérables, se retirerait dans le camp retranché de Dresde. En un jour et demi le premier corps arriverait à Dresde, et dès lors soixante mille hommes se trouveraient dans le camp retranché à Dresde. J'aurais été prévenu, et en quatre jours de marche je pourrais m'y porter moi-même, de Görlitz, avec la garde et le deuxième corps.--D'ailleurs Dresde, comme je viens de le dire, abandonné à lui-même, quand même il ne serait pas secouru du maréchal Saint-Cyr, est dans le cas de se défendre huit jours.--Le deuxième débouché par où les Autrichiens pourraient prendre l'offensive, c'est celui de Zittau; ils y rencontreront le prince Poniatowski, la garde, qui se réunira sur Görlitz, et le deuxième corps; et, avant qu'ils puissent arriver, j'aurai réuni plus de cent cinquante mille hommes; en même temps qu'ils feront ce mouvement, les Russes pourraient se porter sur Liegnitz et Löwenberg: alors le sixième, le troisième, le onzième, le cinquième corps d'armée et le deuxième corps de cavalerie se réuniraient sur Buntzlau, ce qui ferait une armée de plus de cent trente mille hommes, et, en un jour et demi, j'y enverrais de Görlitz ce que je jugerais superflu à opposer aux Autrichiens.--Le troisième mouvement des Autrichiens serait de passer par Josephstadt, et de se réunir à l'armée russe et prussienne, de manière à déboucher tous ensemble. Alors toute l'armée se réunira sur Buntzlau.--Dans ce cas, il faut choisir la position de bataille à Buntzlau, en avant ou en arrière.--Je vous ai déjà mandé de vous occuper de ce travail important.

«Napoléon.»

NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.

«Dresde, le 13 août 1813.

«Mon cousin, je désire connaître si, en avant ou en arrière de Buntzlau, il y aurait une belle position où un corps de deux cent mille hommes pût être placé favorablement pour arrêter un ennemi qui déboucherait en force des frontières de Bohême et Silésie, et où on pourrait lui livrer bataille. Faites-moi connaître aussi s'il existe une bonne route de Buntzlau à Hoyerswerda.

«Napoléon.»

LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.

«Dresde, le 13 août 1813.

«Monsieur le maréchal, l'Empereur me charge de vous faire connaître que la position de l'armée est la suivante:

«Le quartier général de Sa Majesté sera demain, 14, à Bautzen, et, le 16, à Görlitz.

«Le corps du prince Poniatowski va prendre des positions entre Zittau et Görlitz, où son corps d'armée pourra être réuni pour former l'avant-garde de l'armée, éclairer la marche de l'ennemi, la retarder et donner le temps à l'armée de se réunir à Görlitz. Il éclairera aussi la route de Löban.

«Le quatrième corps, le septième corps et le douzième, avec le troisième corps de cavalerie, seront à Lukau.

«Le général Dombrowski est en avant de Wittenberg, ayant sous ses ordres six bataillons, dont le 4e régiment polonais fait partie, et deux régiments de cavalerie.

«Le général Girard est, avec dix mille hommes, en avant de Magdebourg.

«Le prince d'Eckmühl est, avec le corps auxiliaire danois, à trois lieues en avant de Hambourg, sur la rive droite.

«M. le maréchal Saint-Cyr a son quartier général à Pirna, avec son corps à cheval sur l'Elbe, ayant une division sur Hohenstein ou Neustadt, et trois divisions sur la position de Gieshubel, barrant les deux routes de la Bohême à Dresde, et ayant un corps d'observation sur la route de Leipzig à Carlsbad.

«La ville de Dresde est à l'abri d'un coup de main. Elle a une garnison et cent pièces en batterie, et elle est en état d'attendre l'armée cinq ou six jours.

«Le cinquième corps de cavalerie et le premier corps, commandé par le général Vandamme, arriveront le 18 à Bautzen.

«Le quartier général, avec les cinq divisions de la garde, les trois divisions de cavalerie, son artillerie, et le deuxième corps, avec le premier corps de cavalerie, seront le 17 à Görlitz.

«Le sixième corps est à Buntzlau; le cinquième à Goldsberg; le troisième à Liegnitz, et le onzième à Löwemberg. Ainsi, en trois jours, trois cent cinquante mille hommes peuvent être réunis sur Buntzlau ou sur Görlitz.

«L'armée autrichienne ne peut déboucher sur la rive droite que par Zittau ou par Josephstadt. Si elle venait par Zittau, elle rencontrerait le corps du prince Poniatowski comme avant-garde. Si les Autrichiens débouchaient par Josephstadt, leurs mouvements se confondraient avec ceux des Russes et des Prussiens; et, dès lors, soit qu'ils se portent sur Löwemberg, soit qu'ils se portent sur Liegnitz, tous les corps pourront se réunir sur Buntzlau.

«Ces renseignements, monsieur le maréchal, sont pour vous seul.

«Le prince vice-connétable, major général,

«Alexandre.»

LE MARÉCHAL MARMONT À NAPOLÉON.

«Buntzlau, 15 août 1813.

«Sire, j'ai reçu les lettres que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire en date des 12 et 13, et je m'empresse d'y répondre. Conformément à vos ordres, je le ferai en toute liberté.

«J'établis en principe, et je suis d'accord avec vous, qu'une grande bataille est indispensable au début de la campagne. Sans un premier succès, qui nous donnera de l'ascendant sur l'ennemi, nous n'aurons qu'une marche incertaine. Or elle doit être livrée sous vos auspices, sous votre commandement immédiat, quel que soit le côté par lequel se présente l'ennemi; et, pour qu'il en soit ainsi, l'armée, quoique très-nombreuse, doit être réunie le plus possible.

«D'après cela, Sire, Votre Majesté comprendra que, dans mon opinion et dans aucun cas, nous ne devrions nous étendre jusqu'à Liegnitz. Vos réflexions sur les inconvénients d'une position où l'on prêterait le flanc à l'ennemi, et défilant continuellement près de la frontière de Bohême pendant huit marches, sont trop fondées pour qu'il puisse jamais être question de s'éloigner ainsi de l'Elbe. J'en dirai autant pour Buntzlau; Görlitz même ne devrait être occupé que par une avant-garde. Je voudrais que toute l'armée fût établie sur la Sprée et sur l'Elbe, et attendît que l'ennemi s'approchât assez pour qu'on pût l'accabler; et cette grande proximité des troupes entre elles vous donnerait le moyen d'être présent partout à la fois dans les moments importants, chose que je regarde comme la garantie de nos succès. Je comprends votre impatience de vous emparer de Berlin, et je la partage; cependant le moyen d'y arriver sûrement n'est pas, je pense, de se hâter à se mettre en marche dans cette direction. Le sort de la campagne n'est pas de ce côté, et le destin de Berlin doit être la conséquence de ce qui se passera ailleurs. Si vous persistez à prendre cette offensive tout d'abord, vous vous privez d'une partie de vos forces, tandis que la présence d'un seul corps d'armée en avant de Torgau et quelques mouvements de Magdebourg et de Hambourg suffiraient pour neutraliser l'armée prussienne qui couvre Berlin. Après une grande bataille gagnée sur l'Elbe ou sur la Sprée, vous pouvez sans danger faire tels mouvements excentriques que vous voudrez, et le succès de la marche sur Berlin sera incontestable.

«Mais, si le temps d'attente auquel je vous propose de vous soumettre vous paraît trop pénible, alors j'aimerais mieux une offensive directe prise contre la Bohême. Les troupes qui sont en Silésie se réuniraient sur la Neisse pour couvrir le mouvement qui se ferait par Peterswald, se rapprocheraient de l'Elbe si l'ennemi marchait à elles pour les combattre, et finiraient par suivre le mouvement général, ou bien entreraient directement en Bohême par le débouché de Zittau. Une bataille gagnée en Bohême aurait d'immenses conséquences, vous donnerait de grands résultats et la possession d'un pays qui vous assurerait de grandes ressources et peut-être amènerait la séparation de l'Autriche; alors la Prusse serait à votre merci.

«Je n'ai pas vu les travaux de Dresde; mais, d'après ce qui m'en a été dit, je crains que Votre Majesté ne se fasse illusion sur leur force réelle et leurs moyens de résistance absolue, et c'est un point capital dans vos combinaisons. Dans le choix de différents partis à prendre, j'aimerais mieux attendre l'approche de l'ennemi pour lui livrer bataille, et, après l'avoir écrasé, combiner une offensive suivant les circonstances; et remarquez bien que, suivant cette hypothèse, les mouvements de l'armée ennemie ne peuvent pas être combinés avec autant de précision que ceux de l'armée française, parce que celle-ci est placée au centre, dans un pays ouvert, tandis que les différentes parties de l'autre occupent un arc de cercle d'un grand développement, et sont séparées par des montagnes.

«Enfin, je le répète, Sire, par la division de ses forces, par la création de trois armées distinctes et séparées par de grandes distances, Votre Majesté renonce encore aux avantages que sa présence sur le champ de bataille lui assure, et je crains bien que, le jour où elle aura remporté une victoire et cru gagner une bataille décisive, elle n'apprenne qu'elle en a perdu deux.»

LE MARÉCHAL MARMONT À NAPOLÉON.

«16 août 1813, matin.

«Sire, j'ai reçu cette nuit la lettre que Votre Majesté m'a fait l'honneur de m'écrire le 13 au soir. J'ai eu l'honneur de répondre hier matin à la lettre que Votre Majesté m'avait écrite le 12.

«Puisque vous daignez, Sire, provoquer mes réflexions, j'oserai vous dire que je regrette que vous ayez renoncé à la première idée que vous aviez eue de vous concentrer en attendant les mouvements de l'ennemi pour profiter de ses fautes pour le combattre; mais j'ajoute bien vite, Sire, que, puisque Votre Majesté a arrêté son opération sur Berlin avant d'avoir battu les Russes et les Autrichiens, il était indispensable de prendre les dispositions que vous avez arrêtées pour protéger les corps d'armée qui s'y rendent: il me semble cependant que les troisième et cinquième corps sont un peu loin, surtout depuis qu'il paraît certain que les forces principales de l'ennemi se rapprochent de l'Elbe. Votre Majesté est sans doute bien mieux informée que je ne puis l'être des mouvements de l'ennemi: mais il ne me paraît pas douteux, d'après les nouvelles répandues dans le pays, que la plus grande partie de l'armée russe est entrée en Bohême pour se réunir aux Autrichiens et traverser en ce moment ce royaume. Le duc de Tarente me donne des nouvelles qui cadrent parfaitement avec celles que j'ai reçues des habitants. D'un autre coté, il paraît que le prince de la Moskowa croit avoir peu de monde devant lui, ce qui est d'accord, et Votre Majesté trouvera sans doute que le mouvement des alliés est assez dans le génie du système qu'ils ont adopté depuis cette guerre, et qu'ils ont exécuté la veille de la bataille de Lutzen, en marchant sur Pégau lorsqu'une partie de l'armée marchait sur Leipzig.

«Enfin, Sire, je crains que, par la division que vous adoptez, le jour où vous aurez cru avoir gagné une bataille décisive, vous n'appreniez que vous en avez perdu deux.

«Les travaux de Buntzlau peuvent être considérés comme finis. D'après les divers ordres de Votre Majesté, j'y fais mettre la dernière main. C'est un poste que j'aimerais mieux défendre que beaucoup de places qui passent pour des forteresses, et qu'un homme de coeur et de jugement doit défendre au moins dix jours; et, si, comme tout l'annonce, Votre Majesté veut en faire usage, il est urgent d'y envoyer dix-huit ou vingt bouches à feu; il n'en est pas encore arrivé une seule. Toutefois je fais tout préparer pour détruire en douze heures les fortifications de Buntzlau.

«Depuis hier, tous mes malades sont évacués, et j'ai même fait évacuer des malades du cinquième corps qui m'avaient été laissés ici, je ne sais par quelle circonstance. J'ai de plus des transports préparés pour les malades que je pourrais avoir d'ici à quatre ou cinq jours. Ainsi Votre Majesté peut considérer le sixième corps comme parfaitement mobile.

«J'ai passé toute la matinée à reconnaître de nouveau tout le pays pour remplir les intentions de Votre Majesté; mais je n'ai encore rien trouvé qui me satisfît. Je monte à cheval pour continuer mes recherches; si elles me donnent les résultats que je désire. Votre Majesté en sera informée cette nuit.

«Je n'ai plus rien à ajouter, Sire que d'affirmer à Votre Majesté que le sixième corps est animé du meilleur esprit, et que j'ai l'espoir qu'elle en sera aussi contente quand elle le verra que lorsqu'il combattra pour elle. Quels que soient ses sentiments, ils sont peu de chose en comparaison du dévouement pour votre personne, de l'amour pour votre gloire, et du zèle pour votre service, qui animent le plus ancien de vos serviteurs.

«Le maréchal duc de Raguse.»

LE MARÉCHAL MACDONALD AU MARÉCHAL MARMONT.

«Löwenberg, le 18 août 1813, minuit.

«L'ennemi n'a point renouvelé son attaque sur Lahn, ainsi que nous en étions menacés. Il a disparu au contraire ce matin, pour se réunir aux quarante mille hommes que l'on m'annonçait devoir déboucher sur la grande communication d'Hirschberg à Greiffenberg. Cette armée a pris une direction plus à droite et est venue se développer derrière Zobten, et sur la route de Goldsberg à Löwenberg. Son avant-garde a forcé le passage de Siebeneichen et a attaqué le cinquième corps sur tout son front, sur les deux rives du Bober. Le général Lauriston l'a repoussé par sa droite au delà de ce fleuve, tandis qu'il a rappelé sa gauche qui était tournée par Ludwigsdorf.

«L'armée alliée n'est séparée de nous que par le Bober; les feux font voir un immense développement sur plusieurs lignes. De jour on avait estimé sa force de soixante à quatre-vingt mille hommes, elle doit être plus considérable; on en jugera mieux demain.

«Les communications sont interceptées entre le prince de la Moskowa et moi, comme elles l'ont été toute cette journée, entre les cinquième et onzième corps.

«Les circonstances actuelles ne permettant plus un aussi grand développement sur la gauche du Bober et du Kemnitz, le général Lauriston prendra demain position en arrière de Löwenberg, à cheval sur la route de Lauban, sa gauche appuyée au Bober, à la hauteur de Braunau; sa droite à la route de Greiffenberg; Löwenberg sera gardé comme avant-poste, couvert par un cordon, sur le Bober; on maintiendra cette position, la journée de demain, s'il est possible, pour avoir le temps de recevoir les ordres de l'Empereur pour la concentration des forces.

«Le onzième corps évacuera Lahn cette nuit et gardera demain le débouché d'Hirschberg sur la gauche du Kemnitz, et ses positions de Liebenthal, Greiffenberg et Friedberg. La position suivante pour les deux corps sera la Queiss, Marklena et Lauban, et Greiffenberg.

«C'est avec peine que je vous fais part qu'un parti de Cosaques a enlevé plusieurs de mes gens et mon portefeuille, qui renfermait ma correspondance et le chiffre de l'armée.

«Le maréchal duc de Tarente,

«Macdonald.»

LE MARÉCHAL MACDONALD AU MARÉCHAL MARMONT.

«Löwenberg, le 18 août 1813.

«Je reçois votre lettre de ce matin, je n'ai point eu d'attaque hier, seulement l'ennemi est venu de Lahn et Mertzdorf reconnaître les positions; on lui a tué quelques hommes et pris cinq à six; il n'y a point eu de canon de tiré.

«Je n'étais pas prévenu du mouvement du cinquième corps, qui vient d'arriver; le prince de la Moskowa et le général Lauriston me l'ont annoncé ce matin; je me suis dès lors déterminé à prendre de suite l'offensive avec le onzième corps pour rejeter l'ennemi de l'autre côté du Bober. Les Cosaques sont entrés hier à Greiffenberg; j'espère par mon opération couper tout ce qui s'est avancé sur cette ville et Liebenthal.

«Une division du cinquième corps et sa cavalerie prend position à Braunau et Ludwigsdorf pour se lier avec le prince de la Moskowa, et couvrir les routes de Haynau et Buntzlau, les deux autres divisions en avant et en arrière de Löwenberg.

«Lauriston, qui a été tâté hier soir, n'a pas été suivi ce matin. Le prince de la Moskowa me mande que le corps ennemi a filé sur Jauer; peut-être vient-il par Schonau et Hirschberg pour se rattacher à la Bohême.

«Je ne crois pas avoir des forces considérables devant moi; mon attaque d'aujourd'hui m'éclaircira.

«M. Murphy, qui vient d'être promu au grade d'adjudant-commandant, chef d'état-major de votre vingtième division, vous remettra cette lettre; c'est un bon officier, dont vous serez content, et que je vous recommande.

«Le maréchal duc de Tarente,

«Macdonald.»

NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.

«Görlitz, le 20 août 1813, trois heures après midi.

«Mon cousin, j'arrive à Görlitz. Il est deux heures, je serai à cinq heures du soir à Lauban. Mettez des postes de cavalerie entre Lauban et la position où vous êtes, afin d'avoir plusieurs fois de vos nouvelles dans la nuit.--La grande affaire, dans ce moment, c'est de se réunir et de marcher à l'ennemi.--Si vous quittez Buntzlau, laissez-y une bonne garnison.--Comme vous restez en correspondance avec le duc de Tarente, vous devez connaître la position qu'il occupe.

«Napoléon.»

LE GÉNÉRAL LAURISTON AU MARÉCHAL MARMONT.

«Lauyenfurwerth, près de Löwenberg, le 20 août 1813, onze heures du soir.

«Je suis chargé de vous faire connaître que Sa Majesté est arrivée ce soir à cinq heures à Lauban. Le mouvement que je devais faire en arrière est suspendu. Je resterai ici, si vous restez à Ottendorf. La lettre du prince de la Moskowa fait connaître que vous devez vous retirer; je suppose que, lorsqu'il aura connu l'arrivée de Sa Majesté à Lauban, sa détermination changera. Il est donc important que vous lui fassiez connaître promptement cette arrivée. Les forces de l'ennemi ont passé de ma droite à ma gauche, et, je le pense, sur le prince de la Moskowa.

«Le comte de Lauriston.»

LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.

«Lauban, le 21 août 1813, cinq heures du matin.

«Monsieur le duc de Raguse, vous trouverez ci-joint l'ordre de la journée d'aujourd'hui: conformez-vous-y; donnez les ordres d'exécution et de détail avec la prudence et avec les modifications que peut exiger la position de l'ennemi.

«Le prince vice-connétable, major général,

«Alexandre.»

ORDRE POUR LE 21 AOÛT.

«Lauban, le 21 août 1813, deux heures et demie du matin.

«L'Empereur ordonne les dispositions suivantes:

«Le duc de Tarente, avec le cinquième corps d'armée, ayant le onzième corps sur sa droite, sera prêt à déboucher aujourd'hui à midi pour passer le Bober et attaquer l'ennemi.

«Le duc de Raguse sera en position le plus tôt possible, à une lieue et demie ou deux lieues de Löwenberg sur la gauche.

«Le prince de la Moskowa débouchera aujourd'hui par, ou près Buntzlau, avant dix heures du matin, avec tout son corps réuni, culbutera tout ce qu'il a devant lui et se portera sur Alt-Gersdorf, en faisant poursuivre l'ennemi.

«Le duc de Trévise partira à quatre heures du matin pour se porter sur Löwenberg.

«Le général Latour-Maubourg partira à cinq heures du matin pour se porter sur Löwenberg.

«Le général Ornano partira avec sa division de la garde à cheval, à six heures du matin, pour se porter sur Löwenberg; il se tiendra toujours sur la droite de la route.

«Le général Walther partira à sept heures du matin pour Löwenberg.

«La division de la vieille garde à pied partira à cinq heures du matin pour Löwenberg.

«L'Empereur sera, de sa personne, à Löwenberg à neuf heures du matin.

«Le prince, vice-connétable, major général,

«Alexandre.»

LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.

«Löwenberg, le 22 août 1813, une heure et demie.

«J'ai reçu vos deux lettres. Voici où nous en sommes:

«Le duc de Tarente, avec les cinquième et onzième corps et la division de cavalerie du général Chastel, poursuit l'ennemi dans la direction de Goldsberg et Schonau.

«Le prince de la Moskowa poursuit également l'ennemi sur Haynau.

«Les renseignements que nous avons tirés des prisonniers et recueillis dans le pays portent à croire que l'armée ennemie, en Silésie, est composée de trois corps:

«Celui du général Langeron, composé de cinq divisions, ce qui forme à peu près trente mille hommes;

«Le corps de Sacken, composé de trois divisions, ou environ seize mille hommes;--enfin un corps prussien, commandé par les généraux Blücher et York, de vingt-cinq à trente mille hommes.

«L'Empereur ne suppose donc pas que l'ennemi ait plus de quatre-vingt mille hommes en Silésie.

«Le troisième corps, aux ordres du prince de la Moskowa, est fort d'environ trente-cinq mille hommes; le cinquième et le onzième, de cinquante mille. Avec la cavalerie, l'artillerie, etc., cela forme un corps de près de cent mille hommes, force qui paraît suffisante contre l'armée ennemie qui est en Silésie.

«L'Empereur laisse donc reposer aujourd'hui sa garde et votre corps d'armée, pour pouvoir, s'il y a lieu, les porter sur un autre point.

«L'intention de Sa Majesté est que vous fassiez faire de suite assez de ponts sur le Bober pour pouvoir repasser promptement et sans aucun embarras cette rivière si l'Empereur voulait vous reporter sur une autre direction. Soyez donc prêt à vous mettre en marche sur telle direction qu'on pourrait vous donner. Si vous avez des renseignements de l'ennemi, faites-les-moi connaître.

«Le prince vice-connétable, major général,

«Alexandre.»

LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.

«Löwenberg, le 23 août 1813, quatre heures et demie du matin.

L'Empereur ordonne, monsieur le duc, que vous partiez ce matin pour vous rendre, avec votre corps, près de Lauban; vous devrez passer la rivière, afin de pouvoir, demain de bonne heure, partir pour Görlitz, s'il y a lieu. L'intention de Sa Majesté est que vous envoyiez un aide de camp à Görlitz, où sera ce soir le quartier général, pour faire connaître l'heure à laquelle vous arriverez.

«Toute la garde part à quatre heures du matin, et se trouvera sur le chemin de Löwenberg à Lauban; la route sera donc encombrée. Sa Majesté juge qu'il est nécessaire que vous preniez une autre route. L'intention de l'Empereur est aussi que vous retiriez la garnison que vous auriez à Buntzlau.

«Le prince vice-connétable, major général,

«Alexandre.»

LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.

«Görlitz, le 24 août 1813, trois heures et demie du matin.

«Monsieur le duc de Raguse, je vous envoie le duplicata de l'ordre que je vous ai adressé hier par M. de Sternberg, officier de votre état-major. Sa Majesté pense donc que vous êtes au delà de Lauban. Je vous avais dit de m'envoyer hier soir à Görlitz un autre de vos aides de camp pour prendre des ordres; cet officier n'a pas paru.

«L'Empereur, monsieur le maréchal, vous ordonne de continuer votre mouvement, de la position que vous occupez, pour en prendre une ce soir entre Görlitz et Bautzen. Ayez bien soin de me faire connaître où vous coucherez. L'Empereur sera à Bautzen.

«Le prince vice-connétable, major général,

«Alexandre.»

LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.

«Görlitz, le 24 août 1813, dix heures du matin.

«Monsieur le maréchal duc de Raguse, l'Empereur me charge de vous faire connaître qu'il faut qu'aujourd'hui vous arriviez à Reichenbach; que, demain 25, vous dépassiez Bautzen et alliez à Bischofswerda, afin que, le 26, vous puissiez vous porter sur le point de l'Elbe où votre corps d'armée devra passer.

«Le quartier général impérial sera cette nuit à Stolpen.

«Le prince vice-connétable, major général,

«Alexandre.»

LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.

«Stolpen, le 25 août 1813.

«Monsieur le duc, je vous préviens que nous passons demain l'Elbe à Pirna; il est donc nécessaire que vous approchiez demain sur Stolpen pour prendre part à l'affaire et que vous puissiez vous placer de bonne heure dans la position que vous occuperez après-demain 27. Comme nous nous portons sur la ligne d'opération de l'ennemi, on doit s'attendre qu'il fera tous les efforts imaginables pour se dégager.

«Le prince vice-connétable, major général,

«Alexandre.»

LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.

«Dresde, le 27 août 1813, huit heures du soir.

«Monsieur le duc de Raguse, l'Empereur vous ordonne de réunir dans la nuit toutes vos divisions et toute votre artillerie, et de vous appuyer au prince de la Moskowa et au maréchal Saint-Cyr. L'ennemi n'est point en retraite, et il faut s'attendre à une grande bataille pour demain. À cinq heures du matin, l'Empereur sera à la redoute n° 4 sur la route de Plauen.

«Le prince vice-connétable, major général,

«Alexandre.»

«P. S. L'intention de l'Empereur est que, pour la journée de demain, chaque commandant de corps ait un quartier général fixe; il laisserait, s'il le quittait, quelqu'un pour recevoir les ordres de Sa Majesté et dire où il est.»

LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.

«Dresde, le 28 août 1813, neuf heures du soir.

«Monsieur le maréchal duc de Raguse, j'ai reçu votre lettre de quatre heures et demie; je l'ai mise sous les yeux de l'Empereur. Sa Majesté n'a pour le moment aucune autre instruction à vous donner que de suivre le mouvement de l'ennemi et lui faire le plus de mal possible.

«Le prince vice-connétable, major général,

«Alexandre.»

LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.

«Dresde, le 29 août 1813, cinq heures et demie du matin.

«Monsieur le maréchal duc de Raguse, j'ai reçu votre rapport d'hier onze heures du soir, et je l'ai mis sous les yeux de l'Empereur. Sa Majesté ordonne que vous suiviez vivement l'ennemi sur Dippoldiswald et dans toutes les directions qu'il aurait prises.

«Sa Majesté le roi de Naples se porte sur Frauenstein, afin de tomber sur les flancs et les derrières de l'ennemi, et le maréchal Saint-Cyr a l'ordre de suivre l'ennemi sur Maxen et sur toutes les directions qu'il aurait prises.

«Le prince vice-connétable, major général,

«Alexandre.»

LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.

«Dresde, le 30 août 1813.

«Monsieur le maréchal duc de Raguse, l'Empereur me charge de vous prévenir que le point difficile pour l'ennemi est Zinnwald, où l'opinion de tous les gens du pays est que son artillerie et ses bagages ne pourront passer qu'avec une peine extrême; que c'est donc sur ce point qu'il faut se réunir et attaquer; que l'ennemi, tourné par le général Vandamme, qui marche sur Toeplitz, se trouvera très-embarrassé, et sera probablement obligé de laisser la plus grande partie de son matériel.

«Le prince vice-connétable, major général,

«Alexandre.»

LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.

«Dresde, le 31 août 1813, deux heures du matin.

«Monsieur le maréchal duc de Raguse, l'Empereur m'ordonne de vous prévenir qu'il est de la plus grande urgence que vous vous rapprochiez de Dresde, avec votre corps d'armée, par la route directe, de manière à en être aujourd'hui le plus près possible. Le général Vandamme, avec son corps d'armée, a été cerné, enlevé au delà des montagnes, s'étant laissé surprendre dans des gorges, de sorte que de ce corps il n'est revenu que très-peu d'hommes, et l'ennemi s'est déjà montré entre Pirna et Peterswald; il est donc convenable, dans cet état de choses, que vous vous rapprochiez de Dresde; votre mouvement doit se faire avec beaucoup d'ordre et être autant que possible dissimulé à l'ennemi. Faites-moi connaître les positions qu'occuperont ce soir vos troupes.

«Le prince vice-connétable, major général,

«Alexandre.»

LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.

«Dresde, le 31 août 1813, cinq heures et demie du matin.

«Monsieur le duc de Raguse, je vous ai écrit il y a deux heures, pour vous dire de vous rapprocher de Dresde; depuis ce moment l'Empereur a reçu des nouvelles du maréchal Saint-Cyr, qui est à Liebenau et à Laenstein, point sur lequel s'est ralliée une partie du premier corps; je vous envoie la copie de l'ordre que j'ai expédié au maréchal Saint-Cyr. Conformez-vous à ce qui vous regarde pour occuper les positions sur la droite de ce maréchal. Prévenez le duc de Bellune qu'il doit lui-même prendre position sur votre droite.

«Le prince vice-connétable, major général.

«Alexandre.»

LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL SAINT-CYR.

«Dresde, le 31 août 1813, cinq heures et demie du matin.

«Monsieur le maréchal Saint-Cyr, j'ai mis votre lettre sous les yeux de l'Empereur. L'intention de Sa Majesté est que vous preniez la position la plus avantageuse pour couvrir la route de Peterswald à Dresde. Le maréchal duc de Trévise restera en position en avant de Pirna. Le duc de Raguse occupera les positions sur votre droite et le duc de Bellune en occupera une sur la droite du duc de Raguse, jusqu'à ce que l'on ait vu la tournure que prendront les choses. Aussitôt que vous serez établi, il faudra faire tracer des redoutes pour assurer votre position. Envoyez tout ce qui vous arrive du premier corps sur Pirna, pour y être réorganisé. Vous regarderez comme non avenue la lettre que je vous ai écrite il y a deux heures.

«Le prince vice-connétable, major général,

«Alexandre.»

LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.

«Dresde, le 1er septembre 1813.

«Monsieur le maréchal duc de Raguse, l'intention de l'Empereur n'est pas de pénétrer en Bohême: cette opération n'est pas encore dans la ligne de sa position militaire. L'intention de Sa Majesté est que le maréchal Saint-Cyr et le duc de Bellune soient en première ligne pour observer les frontières; l'un ayant son quartier général à Pirna, l'autre l'ayant à Freyberg: que vous, monsieur le duc, le maréchal duc de Trévise et le corps du général Latour-Maubourg, soyez groupés autour de Dresde, pour former une réserve, disposée de manière à pouvoir marcher partout où les circonstances l'exigeraient. En conséquence des dispositions générales ci-dessus, l'Empereur ordonne que vous vous portiez avec votre corps d'armée sur Dippoldiswald, laissant des colonnes en arrière pour masquer votre mouvement: il sera nécessaire que vous vous concertiez avec le maréchal Gouvion Saint-Cyr et avec le duc de Bellune, auxquels j'ai prescrit les dispositions suivantes:

«Au maréchal Saint-Cyr: de placer son quartier général à Pirna et de prendre position, la gauche à l'Elbe, couvrant les deux routes de Peterswald et de Dohna et observant le défilé d'Altenbourg;

«Au duc de Bellune: de placer successivement son quartier général dans la direction de Freyberg, en échelonnant son corps de manière à pouvoir se porter sur Dresde ou sur des colonnes ennemies qui déboucheraient par Marienberg, Sayda, ou tout autre point de cette ligne. Faites-moi connaître quand vous occuperez la position définitive qui vous est assignée.

«Le prince vice-connétable, major général,

«Alexandre.»

LE MARÉCHAL MARMONT À NAPOLÉON.

«2 septembre 1813.

«Sire, je reçois la lettre que Votre Majesté m'a fait l'honneur de m'écrire. Je n'exécute pas l'ordre qu'elle contient, parce que les circonstances sont de nature à en rendre l'exécution impossible, et que, faute apparemment de m'être bien expliqué, Votre Majesté ignore le véritable état des choses.

«D'abord, hier soir, les ordres de Votre Majesté m'ont trouvé près de Falkenheim. La plus grande partie de mon artillerie et de mes munitions est déjà à Dippoldiswald, et toute la journée ne suffirait pas pour la faire revenir devant l'ennemi.

«Ensuite, comme j'avais eu l'ordre précédemment de prendre position à la droite du maréchal Saint-Cyr, pour défendre les débouchés de la Bohême, la première opération que j'ai faite dans cet objet, pour soutenir la position que j'avais prise à Altenbourg, a été de faire des abatis sur toutes les communications directes, pendant l'espace de plusieurs centaines de toises. Toute la journée ne suffirait pas pour les détruire, et cependant la chose est indispensable pour pouvoir déboucher.

«Quant à l'ennemi, Sire, il n'a pas immédiatement l'attitude offensive, et il n'y a pas eu ... de la grande chaîne une quantité assez considérable de troupes pour espérer quelques résultats en cherchant à les combattre.

«Je vais récapituler rapidement ce qui s'est passé depuis cinq jours, afin que Votre Majesté puisse juger elle même la situation de l'ennemi.

«Je l'ai poussé dans sa retraite de toutes mes forces et je l'ai combattu près de Dippoldiswald, à Falkenheim et à Altenbourg. Il a été culbuté partout et nous lui avons pris ou forcé à détruire environ quatre cents voitures, la plus grande partie d'artillerie. Le jour du combat de Zinnwald, j'ai porté une avant-garde à une lieue en avant, c'est-à-dire à deux lieues de Toeplitz. De Zinnwald on voit Toeplitz et le plus épouvantable défilé que j'aie jamais vu. Le soir de ce combat j'ai appris l'événement arrivé au général Vandamme, et, cet événement changeant tout à fait ma position, j'ai dû m'arrêter, et j'ai passé le jour suivant sur le plateau de Zinnwald, ayant toujours mon avant-garde dans la même position. Cette avant-garde fut attaquée avant-hier par l'ennemi; elle le battit, lui tua beaucoup de monde et conserva sa position. L'ennemi revenant à son entreprise, il était facile de voir, à l'immense quantité de feux qui se voyaient dans la plaine de Toeplitz, qu'il y avait une grande armée au débouché. Par d'autres rapports je suis aussi informé que des retranchements et une nombreuse artillerie ferment ce passage.

«Ayant en l'ordre de m'appuyer sur le maréchal Saint-Cyr, je me suis replié hier de Zinnwald sur Altenbourg où j'ai pris position.

«Toute la journée d'hier a été employée à faire des abatis et à établir un bon système défensif. Ayant reçu l'ordre de mouvement sur Dippoldiswald, je me suis mis en mesure de l'exécuter, et mon artillerie est partie hier au soir. Sa marche a été pressée ce matin par la lettre que Votre Majesté m'a écrite hier à cinq heures du soir, par laquelle elle m'ordonne de me mettre en mesure de passer le pont de Dresde le 3, de manière que mon corps d'armée se trouve de Falkenheim à Dippoldiswald, cinq heures après le départ des dernières troupes de Zinnwald.

«L'ennemi a présenté d'abord quelque monde, ensuite environ quatre mille hommes, sans canons ni cavalerie. Ces troupes, je les ai vues, elles étaient près de moi, parce qu'un défilé, des bois et des marais nous séparaient; mes postes ne pouvant pas être placés plus avant, parce qu'ils auraient été bientôt enlevés. Des paysans m'ont rendu compte (mais je ne les ai pas vus) que six mille hommes, Russes et Prussiens et du canon, étaient arrivés sur les hauteurs de Furstenau. Enfin les seuls indices que j'aie sur les changements de projets de l'ennemi sont que l'armée, qui était en pleine retraite sur Thiresmstadt, est revenue sur Toeplitz et s'est placée au pied de la montagne, et enfin que les paysans qui arrivent de Toeplitz, où ils avaient accompagné les Russes, pour leur servir de guides, disent que l'ennemi veut retourner devant Dresde. Et je conclus de tout cela, Sire, que, si le projet existe, le moment de l'exécution n'est pas encore arrivé.

«Mes dernières troupes ont quitté Altenbourg à sept heures du matin. L'ennemi ne montre aucune intention de nous suivre. On n'a vu que deux escadrons.

«D'après tous ces motifs, Sire, et l'impossibilité où je suis d'exécuter vos ordres aujourd'hui, je continue mon mouvement sur Dippoldiswald.»

NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.

«Dresde, le 2 septembre 1813.

«Mon cousin, j'ai reçu votre lettre. J'envoie mon aide de camp, le général Flahaut, pour connaître l'état des choses de votre côté.--Votre correspondance est trop laconique. Faites attaquer aujourd'hui l'avant-garde ennemie, et sachez ce que vous avez devant vous et quels sont définitivement les projets de l'ennemi. S'il a moins de trente mille hommes, vous le culbuterez au delà des montagnes.--J'attends l'issue de cette journée pour faire des opérations de l'autre coté; tout cela est donc très-urgent.

«Napoléon.»

LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.

«Dresde, le 3 septembre 1813, quatre heures et demie du matin.

«L'Empereur, monsieur le duc de Raguse, me prescrit d'envoyer un officier auprès de vous pour vous faire connaître que son intention est que vous séjourniez aujourd'hui, 3 septembre, à Dippoldiswald, afin d'y réunir votre corps, puisqu'il paraît que vous avez beaucoup de traineurs. Si l'ennemi envoie à vous, Sa Majesté vous ordonne de former une forte avant-garde pour le repousser et le culbuter.

«Le prince vice-connétable, major général,

«Alexandre.»

LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.

«Dresde, le 3 septembre 1813.

«L'Empereur, monsieur le maréchal duc de Raguse, me charge de vous écrire que, s'il n'y a pas d'inconvénient, il serait convenable que vous vous approchassiez aujourd'hui de Dresde, afin de passer les ponts pendant la nuit; que nous aurons une bataille à Bautzen demain au soir, ou au plus tard le 5 au matin; que le corps du duc de Tarente est tout à fait en désarroi.

«Donnez-moi de vos nouvelles.

«Le prince vice-connétable, major général,

«Alexandre.»

NAPOLÉON AU MARÉCHAL MARMONT.

«Dresde, le 3 septembre 1813, onze heures.

«Mon cousin, le major général vous a fait connaître qu'il faut vous approcher de Dresde et coucher sur la rive droite, afin de partir demain à la pointe du jour.--Nous aurons probablement bataille demain en avant de Bautzen, ou au plus tard le 5.--Dans l'un et l'autre cas, il faut que vous y soyez comme réserve pour prendre part à l'affaire.--Prévenez le duc de Bellune, qui est à Freyberg, et le maréchal Saint-Cyr, que vous disparaissez de dessus la ligne.

«Napoléon.»

LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.

«Au bivac, à une lieue de Reichenbach, le 5 septembre 1813, midi.

«Monsieur le duc de Raguse, l'intention de l'Empereur est que vous ne dépassiez pas la ville de Bautzen et que vous preniez position de l'autre côté, où vous attendrez des ordres.

«Le prince vice-connétable, major général,

«Alexandre.»

LE MAJOR GÉNÉRAL AU MARÉCHAL MARMONT.

«Bautzen, le 6 septembre 1813, neuf heures du matin.

«Monsieur le duc de Raguse, l'Empereur ordonne que vous portiez, aujourd'hui 6, votre quartier général à Hoyerswerda. Vous échelonnerez votre corps entre Bautzen et Hoyerswerda. Vous prendrez sous vos ordres la brigade de cavalerie légère du général de Piré.

«Le cinquième corps de cavalerie, commandé par le général Lhéritier, qui est à Grossenhayn, et qui est fort d'environ deux mille cinq cents chevaux, se joindra à vous et sera également sous vos ordres, ce qui vous fera quatre mille chevaux.

«Le général Normann a deux bataillons de votre corps et six cents chevaux qui se sont reposés à Hoyerswerda; donnez lui l'ordre de pousser sur-le-champ à une marche sur le chemin de Lukau, afin d'éclairer ce qui se trouve à Sonnewald et à Kalau.

«L'intention de l'Empereur, monsieur le duc, est que vous manoeuvriez pour battre et détruire un corps de sept à huit mille hommes d'infanterie prussienne qu'on dit se trouver à Sonnewald. Il est nécessaire que vous mainteniez toujours vos communications avec Bautzen pour recevoir des nouvelles, puisque toutes les opérations sont subordonnées à ce que l'ennemi ferait sur Dresde.

«Votre ligne d'opérations doit être d'Hoyerswerda sur Dresde.

«Le prince vice-connétable, major général,

«Alexandre.»

LIVRE DIX-HUITIÈME

1813

Sommaire.--Opérations sur la route de Berlin.--Combat de Grossbeeren (23 août).--Retrait d'Oudinot sur Wittenberg.--Le maréchal Ney remplace le maréchal Oudinot.--Opérations en Silésie sous les ordres du duc de Tarente.--Combat de la Katzbach.--Belle défense de la division Puthod.--L'Empereur se porte au secours de l'armée de Silésie.--Retour de l'Empereur à Dresde.--Revers du maréchal Ney en Prusse.--Retraite de l'armée de Silésie sur Dresde.--Entretien du duc de Raguse avec l'Empereur.--Opération des diverses armées pendant le mois de septembre.--Manoeuvres du sixième corps pour couvrir Leipzig.--L'ennemi prend l'offensive (2 octobre).--Napoléon forcé de déplacer le théâtre de la guerre.--Conversation de l'Empereur avec Marmont.--Manoeuvres autour de Leipzig.--Erreur de Napoléon.--Mouvement rétrograde du sixième corps.--Bataille de Leipzig.--Journée du 17 octobre.--Marmont blessé.--Pertes du sixième corps.--Journée du 18 octobre.--Défection de la cavalerie wurtembergeoise et de l'armée saxonne.--Le sixième corps chargé de défendre Leipzig.--Évacuation de la ville.--Destruction prématurée du pont sur l'Elster.--Retraite sur Weissenfels. Les fricotteurs.--Combat de Hanau, 30 octobre.--Entrée à Mayence, 2 novembre 1813.

Il faut maintenant rendre un compte succinct de ce qui s'était passé en Silésie et dans la direction de Berlin. On se rappelle la passion qui animait l'Empereur contre la Prusse, et son désir de se venger d'elle sans retard. Il avait donné l'ordre au duc de Reggio, dont l'armée était composée des quatrième, septième et douzième corps, et du troisième de cavalerie, de marcher sur Berlin, aussitôt après l'ouverture de la campagne. Mais cette tâche était au-dessus de la portée du chef qu'il avait choisi. Oudinot, homme excellent et brave soldat, était peu propre au commandement en chef d'une armée nombreuse. Il ne possédait pas la force d'esprit nécessaire pour conduire une opération combinée, dont la durée doit embrasser plusieurs jours.

À l'expiration de l'armistice, Oudinot réunit son armée à Dahme, et s'avança sur Baruth. Le 19, il prit position entre Baruth et Lackenwald, et y séjourna le 20. Toutes les troupes alliées en présence étaient éparpillées et cantonnées jusqu'à Berlin et Postdam. Une seule brigade de quatre bataillons, commandée par le général de Thümeu, les couvrait contre l'armée française. Le 21, Oudinot continua son mouvement; le quatrième corps opérant à droite, se dirigeant sur Sperenberg et Saalow; le septième, au centre, par le bois de Kummersdorf, sur Ludersdorf et Gatzdorf, vers Christinendorf, et le douzième, à gauche, par Goltow, à Scharfenbrück sur Trebbin.

Les Prussiens se retirèrent sur le défilé de Thyrow, après un double combat qui mit le septième corps en possession du village de Nunsdorf, et le quatrième de celui de Mellen. Dans la nuit du 21 au 22, l'armée française était placée de la manière suivante: le quatrième corps à Dergiscow; le septième, à Nunsdorf et Christinendorf, et le douzième, à Trebbin.

En avant de cette position, les marais à traverser offrent trois passages: 1° celui de Juhnsdorf; 2° celui de Wittstock; 3° celui de Thyrow.

Le 22, le septième corps attaqua Wittstock, et s'en empara. Le quatrième s'approcha de Juhnsdorf et l'occupa après la retraite de l'ennemi. Le douzième corps resta en réserve. Le 23, le quatrième corps débouche et marche sur Blankenfeld; mais, après une faible attaque, il se replie sur Juhnsdorf. Au même moment, et pendant que le quatrième corps se replie, le septième se porte en avant, débouche des bois, et occupe Grossheeren. Les Prussiens, concentrés en arrière de ce village, et en échelons jusqu'à Heimersdorf, n'hésitèrent pas à profiler de l'occasion que leur offrait le mouvement isolé, et en pointe, de ce corps. Ils étaient devenus libres de leur mouvement sur leur gauche par la retraite du quatrième corps, et sur leur droite par le retard de l'arrivée du douzième. En conséquence, ils accablèrent le septième corps, qui avait été jeté ainsi, seul et imprudemment, loin de ses appuis. Ils le forcèrent à une retraite précipitée. Heureusement la tête du douzième corps arriva enfin au secours du septième. Elle le protégea dans sa retraite et contribua à le sauver d'un imminent péril. Le soir, toute l'armée française se trouva ainsi reportée en arrière des défilés, et couverte par les marais qu'elle avait franchis pour attaquer.

Dès ce moment, le duc de Reggio mit son armée en retraite, se rapprochant de l'Elbe par des mouvements successifs. Il vint prendre position à peu de distance, en avant de Wittenberg, où il arriva le 4 septembre. Le combat de Grossbeeren n'avait coûté à l'armée française qu'une perte de treize pièces de canon, et quinze cents prisonniers saxons, c'est-à-dire peu de chose pour une armée de plus de quatre-vingt mille hommes. C'était s'avouer, à bon marché, incapable de tenir la campagne.

L'armée ennemie, composée en très-grande majorité de Prussiens, était commandée par les généraux Bulow, Fauentzien, Woronzoff et Czernicheff, sous les ordres du prince royal de Suède. Sa force pouvait s'élever à cent mille hommes. Elle était remplie de cet enthousiasme national qui, pendant cette guerre, caractérisa d'une manière particulière les troupes prussiennes. L'armée française était inférieure de dix mille hommes. Composée en partie de Saxons et d'Italiens, elle était loin de posséder le même esprit. Cependant, si, au début de la campagne, Oudinot eût agi avec plus de vigueur et de célérité, il eût surpris l'ennemi dispersé pour vivre. Il aurait pu le battre en détail et arriver à Berlin; mais l'incertitude et l'incorrection des mouvements présidèrent aux premières opérations.

Napoléon, mécontent d'un semblable résultat, confia cette armée à un autre chef, qui eut l'ordre d'attaquer l'ennemi sans retard. Le maréchal Ney, chargé de remplacer le maréchal Oudinot, exécuta cet ordre de marcher en avant; mais il le fit d'une manière inconsidérée. Un homme raisonnable ne peut trouver l'explication satisfaisante des mouvements qu'il ordonna. Oudinot avait péché par un peu de timidité et d'incertitude; mais au moins il avait agi avec calcul et prudence; son armée était encore intacte quand il la quitta. En peu de jours, il en fut tout autrement sous son nouveau chef.

Pendant ces événements, la grande armée ennemie, battue devant Dresde, s'était retirée en Bohême, après avoir échappé, par le succès inopiné de Culm, à une destruction qui semblait devoir être certaine; mais, en même temps, l'armée de Silésie, dont il me reste à parler, éprouvait un de ces grands revers dont la série ne devait plus être interrompue pendant le reste de la campagne.

Napoléon, en quittant la Silésie, et en partant le 24 pour Dresde, avait laissé le commandement de l'armée française au maréchal duc de Tarente. Cette armée, diminuée du sixième corps que Napoléon emmenait avec lui, restait composée des troisième, cinquième et onzième corps d'armée, et du deuxième corps de cavalerie. Elle s'élevait à quatre-vingt mille hommes environ. Réunis autour de Goldsberg, les troisième et cinquième corps étaient en avant de cette ville; le onzième, et la cavalerie du général Sébastiani, en arrière.

Le général Blücher se décida à reprendre sur-le-champ l'offensive, et, dès le 25, il mit ses colonnes en mouvement. Le corps de Langeron fut dirigé sur Goldsberg pour observer l'armée française; celui de York resta à Jauer, et celui du général Sacken marcha sur Malitsch, dans la direction de Liegnitz. De son côté, le duc de Tarente, résolu d'attaquer l'ennemi qu'il supposait toujours réuni à Jauer, mit en marche ses corps d'armée de la manière suivante: le cinquième corps eut l'ordre de se porter en avant par Hennersdorf, à l'exception de la division Puthod, qui reçut celui de marcher sur Schönau, et de là sur Jauer. Le troisième corps dut passer la Katzbach, près de Liegnitz, et suivre la grande route par Neudorf et Malitsch. Le onzième corps eut pour instruction de passer au gué de Schmogwitz et de remonter la rive droite de la Wüthende-Neisse par Brechelshof. Enfin la cavalerie de Sébastiani reçut l'ordre de passer par Kroitsch et Nieder-Crayn, en suivant la rive gauche de la Wüthende-Neisse.

Tous ces mouvements eurent lieu le 26. Or, ce jour-là même, l'armée de Blücher continuait son mouvement offensif. Sacken et York devaient passer la Katzbach au-dessus de Liegnitz, et attaquer ainsi la gauche de l'armée française en la tournant. Une pluie épouvantable, qui tombait depuis plusieurs jours, avait grossi les rivières et les ruisseaux, et en avait fait déborder plusieurs. Enfin le temps était obscur et les mouvements incertains. Le onzième corps, après avoir passé la Katzbach, se trouva inopinément en face des corps de Sacken, marchant dans la direction de Eichholtz, et de York, occupant les hauteurs de Bellwitzhof. Le corps de Langeron était attaqué, de son côté, par le cinquième corps, qui débouchait de Goldsberg. En ce moment, le troisième corps, ayant reçu ses ordres de mouvement trop tard, se trouvait en arrière. Voulant réparer le temps perdu, il se dirigea sur le gué de Kroitsch pour y passer la rivière; mais sa marche se trouva contrariée par le mouvement de la cavalerie, dont la direction croisait la sienne, et il y eut un grand encombrement et une grande lenteur dans le mouvement, causé par cette rencontre au village de Kroitsch. La gauche du onzième corps, se trouvant ainsi sans appui, l'ennemi se hâta de la tourner par une nombreuse cavalerie. Elle fut ainsi vivement pressée, tandis que la division Horn, la division du prince de Mecklembourg du corps de York, et la division de Hunneberg, en face de Schlaupe, observaient l'autre rive de la Wüthende-Neisse. La gauche du onzième corps ne put être que faiblement soutenue par la cavalerie, qui, d'abord arrêtée, ainsi que je l'ai dit, par la rencontre du troisième corps, et ensuite par le défilé de Nieder-Crayn, où tout se trouvait pêle-mêle, arrivait seulement par détachement et ne pouvait agir que par des efforts partiels et impuissants. À la nuit, le onzième corps fut obligé de céder à la fois de tous les côtés. Une seule division du troisième corps avait pu entrer en ligne. Il se trouva ainsi que le duc de Tarente n'avait opposé que trente-deux mille combattants à l'ennemi, qui lui en avait présenté plus de cinquante mille. Une division du troisième corps, débouchant par Nieder-Crayn, voulut arrêter la poursuite; mais elle fut culbutée par les Prussiens, qui s'emparèrent du défilé, prirent le parc d'artillerie du onzième corps et tous ses bagages.

Le duc de Tarente, n'ayant d'autre retraite que sur la Katzbach, et le gué de Schmogwitz, fit rétrograder les deux divisions du troisième corps qui n'avaient pu entrer en ligne. Elles passèrent ce gué et gravirent les hauteurs au pied desquelles coule la Katzbach, pendant que le onzième corps, acculé à la rivière, soutenait un combat inégal.

Pendant la nuit, tout le reste de l'armée repassa la Katzbach. La gauche se rallia à Liegnitz et se retira sur Buntzlau. Le cinquième corps, attaqué le 27 devant Goldsberg par le corps de Langeron, fut forcé à la retraite. Dépourvu de cavalerie pour protéger son mouvement, il perdit dix-huit pièces de canon. Il arriva le soir à la hauteur de Löwenberg. Le 28, il repassa le Bober à Buntzlau avec les troisième et onzième corps. Les pluies avaient tellement enflé cette rivière, que ce point était le seul où il fût possible de la franchir.

Dans les dispositions offensives faites par le duc de Tarente, la division Puthod, du cinquième corps, avait été dirigée, comme nous l'avons vu, sur Schönau, d'où elle devait marcher sur Jauer pour se réunir à l'armée. Elle se trouvait à Molkau pendant la bataille de la Katzbach. Quelque diligence qu'elle fit, elle ne put arriver à temps pour se réunir à son corps d'armée à Goldsberg, et, celui-ci forcé à la retraite, elle se trouva abandonnée. Le général Puthod se retira sur Hirschberg; mais, le pont étant rompu, et le Bober trop fort pour qu'on pût le rétablir, il descendit la rivière et arriva à Löwenberg le 29. Il y fit des efforts inutiles pour rétablir le pont. Suivi par le corps de Langeron, et ne pouvant se rendre à Buntzlau, où il avait été prévenu par le général Radrewicz et la cavalerie du général Koeff, le général Puthod se trouva enveloppé de toutes parts. Il prit la résolution généreuse de combattre jusqu'à extinction. Il s'établit sur les hauteurs de Plagwitz, en avant de Löwenberg, et attendit l'ennemi de pied ferme. Attaqué par deux divisions d'infanterie et une de cavalerie, il succomba, après avoir fait une défense opiniâtre. Cette courte campagne de cinq jours coûta à l'armée française dix mille hommes tués ou blessés et quinze mille prisonniers.

Il est difficile de concevoir une opération plus mal conçue et plus mal conduite. La division des forces et leur éparpillement eurent lieu sans motif raisonnable. La marche en avant fut exécutée sans prudence et sans connaître les dispositions de l'ennemi. Cette offensive, prise sur un si grand front, et particulièrement à gauche, au lieu de l'appuyer à la droite, par où était la communication la plus courte et la plus directe avec Dresde, seul point de retraite de l'armée, est une de ces fautes qui paraissent incontestables. Le retard apporté dans les ordres donnés au troisième corps, et le croisement des colonnes, résultat d'une fausse direction, expliquent suffisamment la catastrophe.

Ce revers, avec l'événement funeste de Culm, décidèrent du sort de la campagne. Le maréchal Macdonald, homme de courage, dont le caractère droit et honorable mérite l'estime et l'affection de tous ceux qui le connaissent, n'aurait jamais dû être chargé d'un semblable commandement; sa capacité, fort médiocre, le rend peu propre à un grand commandement. Le temps s'écoule avec lui en vaines paroles. Il a cette activité malheureuse de certains hommes qui se laissent absorber dans les circonstances les plus importantes par les détails les plus minutieux. À l'armée, il écrit lui-même les lettres relatives au service. Cette seule circonstance le fait connaître. Aussi aucune disposition ne fut-elle prise à temps et à propos. La confusion régna partout, et l'armée, diminuée d'un tiers, perdit en outre la confiance qui, jusque-là, l'avait animée.

D'un autre côté, il est étrange que, dans son offensive, Blücher ne se soit pas appuyé aux montagnes de Bohême, et n'ait pas agi particulièrement par sa gauche. S'il eût manoeuvré de manière à arriver, après un succès, avant l'armée française à Löwenberg, il était maître de la communication la plus courte avec Dresde, et il pouvait rendre sa retraite plus difficile et plus périlleuse.

L'Empereur partit de Dresde, le 3 septembre, avec sa garde et mon corps d'armée. S'il eût employé les quatre jours qui venaient de s'écouler à compléter ses succès dans la poursuite de la grande armée, il eût été le maître des événements. Il eût pu réparer sans peine les malheurs arrivés en Silésie. Toute compensation faite, il lui restait encore de grands avantages; mais le malheur de Vandamme et le désastre de Silésie firent une masse de maux trop grande pour pouvoir rétablir l'équilibre, surtout après le parti pris par les ennemis d'éviter dorénavant de combattre Napoléon en personne, et de se contenter de le harceler, de le fatiguer, et d'user ses troupes par des marches, jusqu'au moment où la diminution de ses forces mettrait entre les deux armées une telle disproportion, qu'il n'y aurait plus aucune incertitude dans le succès et le résultat de la lutte.

Le 4, Napoléon, après avoir dépassé Bautzen, rencontra le duc de Tarente se disposant à évacuer les positions de Hohenkirchen, et à repasser la Sprée. Il l'arrêta, lui ordonna de se reporter en avant. L'avant-garde ennemie fut culbutée et se dirigea en arrière de Lauban.

Le 5, l'Empereur porta la majeure partie de ses forces sur Reichenbach. L'ennemi se replia sur Görlitz, et se plaça derrière la Neisse à Lauban. Autant par suite du système dont j'ai rendu compte plus haut qu'à cause de l'arrivée prochaine de l'armée de Benningsen, puissant renfort, on devait s'attendre à voir Blücher se retirer plus loin si l'Empereur passait la Neisse. En conséquence, toute offensive de ce côté devant être sans résultat, et pouvant même avoir des conséquences funestes à cause du mouvement de la grande armée alliée sur Dresde, Napoléon quitta l'armée de Silésie le 8. Il la laissa en position à Hohenkirchen, après lui avoir donné pour renfort le huitième corps. Ce secours réparait en partie ses pertes, et la portait à une force d'environ soixante-dix mille hommes. Le duc de Tarente, au lieu de faire des démonstrations pour en imposer à l'ennemi, se tint tranquille, et annonça ainsi à Blücher le départ de Napoléon. Dès lors le général prussien se disposa à reprendre l'offensive.

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