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Les Syrtes (1883-1884)

SENSUALITÉ

Reading edition

N’écoute plus l’archet plaintif qui se lamente Comme un ramier mourant au fond des boulingrins : Ne tente plus l’essor des rêves pérégrins Traînant des ailes d’or dans l’argile infamante. Viens par ici : voici les féeriques décors. Dans du Sèvres les mets exquis dont tu te sèvres, Les coupes de Samos pour y tremper tes lèvres, Et les divans profonds pour reposer ton corps. Viens par ici : voici l’ardente érubescence Des cheveux roux piqués de fleurs et de béryls, Les étangs des yeux pers, et les roses avrils Des croupes, et les lis des seins frottés d’essence. Viens humer le fumet — et mordre à pleines dents A la banalité suave de la vie, Et dormir le sommeil de la bête assouvie, Dédaigneux des splendeurs des songes transcendants.

I

Assez d’abstinences moroses : De Schiraz effeuillons les roses Au bord du lac sacré, Et que pour moi l’amour ruisselle De sa lèvre d’alme pucelle, Plus doux qu’un vin sucré.

II

Assez de chrysolithe terne : Que l’on me montre la caverne Des kohinors-soleils, Et des saphirs plus bleus que l’onde, Et des clairs rubis de Golconde Au sang des Dieux pareils.

III

Assez d’existence servile : Que l’on m’emporte dans la Ville Où je serai le Khan, Infaillible comme un prophète Et dont la justice parfaite Prodigue le carcan.

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