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Les Syrtes (1883-1884)

LA CARMENCITA

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Pauvre enfant, tes prunelles vierges, Malgré leur feu diamanté, Dans mon cœur, temple dévasté, Ne rallumeraient pas les cierges. Pauvre enfant, les sons de ta voix — Telles les harpes séraphiques — De mes souvenirs maléfiques Ne couvriraient pas les abois. Pauvre enfant, de tes lèvres vaines, La miraculeuse liqueur N’adoucirait pas la rancœur Qui tarit la vie en mes veines. Pareil au climat meurtrier Déserté de toute colombe, Et pareil à la triste tombe, Où l’on ne vient jamais prier, — O la trop tard — au cours du fleuve Inéluctable, je m’en vais, Ayant au gré des vents mauvais Effeuillé ma couronne neuve.

I

Dans la basilique où les pâles cierges Font briller les ors du grand ostensoir, Sur les feuillets des missels à fermoir Courent les doigts fins des pudiques vierges. Elle t’attendait, la vierge aux yeux bleus, Mais tu n’as pas su lire dans ses yeux — Dans la basilique, aux clartés des cierges.

II

Dans la chambre rose où les lilas blancs Mêlaient leurs parfums aux tiédeurs des bûches, Cette présidente en peignoir à ruches, Quand elle jouait avec ses perruches, Sangdieu ! qu’elle avait des regards troublants ! Tu n’as pas cueilli les beaux lilas blancs, Tu n’as pas cherché les secrets troublants Du peignoir à traîne avecques des ruches, Dans la chambre rose où les lilas blancs Mêlaient leurs parfums aux tiédeurs des bûches.

Oisillon bleu couleur-du-temps, Tes chants, tes chants : Dorlotent doucement les cœurs Meurtris par les destins moqueurs. Oisillon bleu couleur-du-temps, Tes chants, tes chants : Donnent de nouvelles vigueurs Aux corps minés par les langueurs. Oisillon bleu couleur-du-temps, Tes chants, tes chants : Font revivre les Espoirs morts Et terrassent les vieux Remords, Oisillon bleu couleur-du-temps, Je t’ai cherché longtemps, longtemps, Par mont, par val et par ravin En vain, en vain !

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