Les cent histoires de troye.
Reading edition
PHILIPPE PIGOUCHET
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L’epistre de Othea deesse de prudence envoyee a l’esperit chevalereux Hector de troye/ avec cent hystoires. Nouvellement imprimee a Paris.
[Note du transcripteur : La table qui suit ne figure pas dans l’original.]
TABLE
Prologue
1. Othéa
2. Attrempance
3. Hercule
4. Minos
5. Persée
6. Jupiter
7. Vénus
8. Saturne
9. Apollon
10. Phœbé
11. Mars
12. Mercure
13. Minerve
14. Pallas
15. Penthésilée
16. Narcisse
17. Athamas
18. Aglauros
19. Ulysse
20. Latone
21. Bacchus
22. Pygmalion
23. Diane
24. Cérès
25. Isis
26. Midas
27. Hercule
28. Cadmus
29. Io
30. Mercure
31. Pyrrhus
32. Cassandre
33. Neptune
34. Atropos
35. Bellérophon
36. Memnon
37. Laomédon
38. Pyrame
39. Esculape
40. Achille
41. Busierres
42. Léandre
43. Hélène
44. Aurore
45. Pasiphaé
46. Adraste
47. Cupidon
48. Coronis
49. Junon
50. Amphiaraos
51. Saturne
52. La corneille
53. Ganymède
54. Jason
55. La Gorgone
56. Vulcain
57. Thomyris
58. Médée
59. Acis et Galatée
60. Pélée
61. Laomédon
62. Sémélé
63. Diane
64. Arachné
65. Adonis
66. Troye
67. Orphée
68. Pâris
69. Actéon
70. Eurydice
71. Achille
72. Atalante
73. Pâris
74. Fortune
75. Pâris
76. Céphale
77. Hélénos
78. Morphée
79. Alcyone
80. Troïlus
81. Calchas
82. Hermaphrodite
83. Ulysse
84. Briséis
85. Patrocle
86. Echo
87. Daphné
88. Andromaque
89. Ninus
90. Hector
91. Hector
92. Polyboete
93. Polyxène
94. Ajax
95. Anténor
96. Le cheval de Troie
97. Ilion
98. Circé
99. Ino
100. Auguste
Treshaulte fleur par le monde louee. A tous plaisant/ & de dieu advouee De lis souef odorant delectable Puissant valeur hault pris sur tous notable Louenge a dieu avant oeuvre soit mise Et puis a vous noble fleur qui transmise Fustes du ciel pour anoblir le monde Seigneurie tresdroituriere et monde D’estoc troyen ancienne noblesse Pillier de foy que nul erreur ne blesse Que hault renom nul lieu ne va celant A vous aussi noble prince excellent D’orleans duc Loys de grant renom Filz de charles roy quint d’iceluy nom Qui fors le roy ne congnoissons greigneur Mon tresloué et redoubté seigneur D’humble vouloir moy povre creature Femme ignorant de petite estature Fille jadis philozophe et docteur Qui conseillier et humble serviteur Vostre pere/ que dieu face sa grace Et jadis vint de boulongne la grasse Dont il fut né par le sien mandement Maistre thomas de pizan/ autrement De boulongne fut dit et surnommé Qui solennel clerc estoit renommé En desirant faire se je sçavoye Chose plaisant qui vous mist en voye D’aucun plaisir ce me seroit grant gloire Pour ce emprins ay d’indigne memoire Presentement ceste oeuvre a rimoyer Mon redoubté/ pour le vous envoyer Le premier jour que l’an se renouvelle Car moult en est la matiere nouvelle Combien que soit de rude entendement Pourpensee/ car je n’ay nul sentement En sens fondé/ n’en ce cas ne ressemble Mon bon pere/ fors ainsi comme on emble Espis de blé en glennant en moissons Parmy les champs/ et coste les buissons Ou miettes cheans de haultes tables Qu’on recueult quant les mets sont notables Aultre chose n’en ay je recueilli De son grant sens dont il a assez cueilly Si ne vueillez mespriser mon ouvrage Mon redoubté seigneur humain & sage Pour le despoir de ignorant personne Car petite clochette grant voix sonne Qui bien souvent les plussaiges reveille Et le labeur d’estude leur conseille Pource prince treslouable & benigne Moy nommee chrestienne femme indigne De sens acquis pour si faicte euvre emprendre A rimoyer et dire me vueil prendre Une epistre qui a hector de troie Fut envoiee sicomme l’histore l’ottroie Se tel ne fut bien peut estre semblable Ou ens a maint vers bel et notable Bel a ouyr/ et meilleur a entendre Doresenavant au commencer vueil tendre. Or me doint dieu a sa louenge faire Tous faitz et ditz & chose qui puist plaire A vous mon redoubté/ pour qui l’emprens Et humblement supplie se je mesprens La franchise de vostre grant noblesse Qu’elle me pardoint se trop grant hardiesse D’escripre a vous personne si tresdigne Entreprens moy en sagesse non digne.

Texte.
Cy commence l’epistre que othea la deesse envoya a Hector de troye quant il estoit en l’aage de quinze ans.
Othea deesse de prudence Qui adresse les bons cueurs en vaillance A toy hector noble prince puissant Qui en armes es adez flourissant Filz de mars le dieu de bataille Qui les faitz d’armes/ livre & taille Et de minerve la deesse Puissant/ qui d’armes est maistresse Successeurs des nobles troyens Hoir de troye et des cytoyens Salutacion devant mise Avec vraye amour sans faintise. Et com je soye desirant Ton grant preu que je voys querant Et qu’augmentee & preservee Soit/ et en tout temps observee Ta vaillance et haulte proesse Adez en ta prime jeunesse Par mon epistre amonnester Te vueil/ et dire & ennorter Les choses qui sont necessaires A haulte vaillance et contraires A l’opposite de prouesse Affin que ton bon cueur s’adresse A acquerir par bonne escolle Le cheval qui par l’air s’en volle C’est pesagus le renommé Qui de tous vaillans est aymé Pour ce que ta condicion Sçay par droicte inclinacion. Aux faictz chevalereux abille Plus que non aultres cinq cens mille Et comme deesse je sçay Par science non par essay Les choses qui sont a avenir Me doibt il de toy souvenir Car je sçay qu’a tousjours seras Le plus preux des preux & auras Sur tous les aultres renommee Mais que de toy je soye aymee Aymee/ et pour quoy ne seroye Je suy celle qui tous arroye Ceulx qui m’ayment et tiennent chiere Je leur lis leçon en chaiere Qui les fait monter jusque au cieulx Si te prie que soyes de ceulx Et que tu me vueilles bien croire Or met donc bien en ta memoire Les ditz que je te vueil escripre Et se tu m’os compter ou dire Chose qui soit a avenir Et je te dis que souvenir T’en doibt com s’ilz fussent passees Saches qu’ilz sont en mes pensees En esperit de prophecie Or enten et ne te soucye Car riens ne diray qui n’avienne S’avenu n’est/ or t’en souviengne.
i. Glose.
Othea selon grec peult estre prins pour sagesse de femme. Et comme les anciens non ayans encore lumiere de foy adorassent plusieurs dieux. Soubz laquelle loy soient passees les plus haultes seigneuries qui au monde ayent esté comme le royaulme d’assirie/ de perse/ les gregoys/ les troyens/ Alixandre/ les rommains et maintz aultres. Et mesmement tous les plus grans philozophes. Comme dieu n’eust encore ouverte la porte de sa misericorde. A present nous chrestiens par la grace de dieu enluminez de vraie foy pouons ramener a moralité les opinions des anciens. Et sur ce maintes allegories pevent estre faictes. Et comme iceulx eussent acoustumé de toutes choses adorer/ qui oultre le commun cours des choses eussent prerogatives d’aulcune grace plusieurs dames sages qui furent en leurs temps appellees deesses. Et fut vraye chose selon l’histoire que au temps que troie la grant florissoit en sa haulte renommee une moult sage dame Othea appellee considerant la belle jeunesse de hector de troye qui ja florissoit en vertus qui pouoient estre demonstrance des graces estre en luy au temps advenir/ luy envoya plusieurs dons beaulx & notables. Et mesmement le beau destrier que on appelloit galathee qui n’eut pareil au monde. Et pour ce que toutes graces mondaines que bon chevalier doit avoir furent en hector pouons dire moralement que il les print par le admonestement othea qui cest epistre luy manda. par othea nous prendrons la vertu de prudence et sagesse dont luymesmes fut aorné. Et comme les quatre vertus cardinalles soient necessaires a bonne pollice nous en parlerons ensuivant. Et a cest premier avons donné nom & prins maniere de parler aulcunement poeticque & accordant a la vraie hystoire pour mieulx ensuivir nostre matiere. Et a nostre propos prendrons aulcunes auctoritez des philozophes anciens. Ainsi dirons que par la dicte dame fut baillé ou envoyé ce present au bon hector qui semblablement peult estre a tous aultres desirans bonté & sagesse. Et comme la vertu de prudence soit tres a recommander dist le prince des philozophes Aristote pour ce que sapience est la plus noble de toutes aultres choses doibt elle estre monstree par la meilleur raison et la plus convenable maniere.
Prologue a alegorie.
Pour ramener a allegorie le propos de nostre matiere applicquerons la saincte escripture a noz ditz a l’edification de l’ame estant en cestuy miserable monde.
Comme par la souveraine sapience et haulte puissance de dieu toutes choses soyent crees raisonnablement doibvent toutes tendre a fin de luy. Et pource que nostre esperit de dieu creé a son ymage est des choses crees la plus noble apres les angelz. Convenable chose est & necessaire que il soit adorné de vertus parquoy il puisse estre convoyé a la fin pourquoy il est. Et pour ce que il peult estre empesché par les assaulx & agaz de l’ennemy d’enfer qui est son mortel adversaire & souvent le destourne de venir a sa beatitude. Nous pouons appeller la vie humaine droicte chevalerie comme dit l’escripture en plusieurs pars. Et comme toutes choses terrestres soient faillables devons avoir en continuelle memoire le temps futur qui est sans fin Et pource que ce est la somme & parfaicte chevalerie & toute autre soit de nulle comparaison. Et dont les victorieux sont couronnez en gloire prendrons maniere de parler de l’esperit chevalereux. Et ce soit faict a la louenge de dieu principalement & au proffit de ceulx qui se delicteront a ouyr ce present dictier.
Alegorie.
Comme prudence & sagesse soit mere & conduiseresse de toutes vertus sans laquelle ne pourroient estre bien gouvernees est il necessaire a l’esperit chevalereux que de prudence soit adorné comme dit sainct augustin au livre de la singularité des clercz que en quelque lieu que prudence soit legierement peult on cesser et anientir toutes choses contraires Mais la ou prudence est despitee toutes choses contraires ont seigneurie. Et a ce propos dit Salomon en ses proverbes.
Si intraverit sapientia cor tuum et scientia anime tue placuerit consilium custodiet te et prudentia servabit te. Proverbiorum secundo capitulo.

ii. Texte.
Et a celle fin que tu saches Qu’il te fault faire/ & que tu faces A toy les vertus plus propices Pour mieulx parvenir aux premisses De vaillance chevalereuse Et tout soit elle aventureuse Encor te diray qui me maine J’ay une mienne seur germaine Remplie de toute beaulté Mais sur toute especiaulté Est doulce/ coye/ & attrempee Ne jamais d’ire/ n’est frappee A riens fors mesure ne pense C’est la deesse d’attrempance Si ne peulx s’a par elle nom Avoir de grant grace le nom Car s’elle n’en faisoit le pois Tout ne te vauldroit pas sept pois. Pour ce vueil qu’avec moy t’amye Celle soit/ ne l’oublies mye C’est la deesse tres apprise Qui sage est/ moult l’ayme & prise.
ii. Glose.
Dit othea que attrempance est sa seur/ laquelle il doibt aymer. La vertu d’attrempance vrayement peult estre dicte seur et est semblable a prudence. Car attrempance est demonstrance de prudence/ & de prudence s’ensuyt attrempance. Pour ce dit que il la tienne pour s’amie. ce que semblablement doibvent faire tous bons chevaliers desirans le louyer donné aux bons. Si comme dit le philozophe nommé democritus.
Attrempance amodere les vices/ et parfait les vertus
ii Alegorie
La vertu d’attrempance qui a proprieté de limiter les superfluitez doit avoir le bon esperit. Et dit sainct augustin au livre des meurs de l’eglise que l’office de attrempance est refraindre & appaiser les meurs de concupiscence qui nous sont contraires & qui nous destournent de la loy de dieu. Et aussi despiter delices charnelles & louenge mondaine. A ce propos parle sainct pierre l’apostre en sa premiere epistre.
Obsecro vos tanquam advenas et peregrinos abstinere vos a carnalibus desideriis que militant adversus animam. Prima petri secundo capitulo

iii. Texte
Et avec nous te convient force Se tu de grand vertu fais force Vers Hercules te fault virer Et ses vaillances remirer En qui il eut trop de bernage Et pour tant se a ton lignage Fut contraire/ & eut attaine N’ayes mye pour tant hayne A ses vertus nobles & fortes Qui de prouesse oeuvrent les portes Mais se tu les veulx ensuyvir Ja pour ses vaillances suyvir Ne t’est pour tant necessaire Aux infernaulx guerre faire N’au dieu pluto aller contendre Pour proserpine a avoir tendre La fille ceres la deesse Qu’il ravit sur la mer de gresse Ne il ne t’est mye mestier Que a cerberus le portier D’enfer tu coppes les chaines Ne a ceulx d’enfer prendre ataines Qui trop sont desloyaux gaignons Comme il fist pour ses compaignons Pirotheus & theseus Qui a pou furent deceups D’eulx embatre en celle valee Ou mainte ame est moult adoulee Assez trouveras guerre en terre Sans que l’ailles en enfer querre. Si ne t’est mye necessaire Pour armes pourchasser & faire Aller combatre aux fiers serpens ravissans Aux lyons/ ne aux loups rampans Je ne sçay se tu l’ymagines Aussi aux aultres saulvagines Pour avoir renom de prouesse Se ce n’estoit en tel destresse Comme pour le tien corps deffendre Se telz bestes pour toy offendre T’assailloient/ lors la deffence T’est honnorable/ & sans doubtance Se tu as sur elles victoire Ce te sera honneur & gloire.
iii Glose.
La vertu de force est a entendre nonmye force corporelle/ mais constance & fermeté que le bon chevalier doit avoir en tous ses faitz deliberez par bon sens/ & force de resister contre les contrarietez qui luy pevent venir. Soit infortune en tribulacions ou fort & puissant courage peult estre vaillable a exaulcement de valeur.
Et pour donner materiel exemple de force allegue hercules/ affin que doublement soit vaillable c’estassavoir en tant que touche ceste vertu. Et mesmement es faitz de chevalerie ou icelluy fut tresexcellent. & pour la haultesse de hector estoit chose convenable luy donner hault exemple. Hercules fut ung chevalier de grece de merveilleuse force & mist a fin maintes chevalereuses prouesses/ grand voiagier fut par le monde. Et pour les grans & merveilleux voyages que il fist es choses de grant force/ les poetes qui parlerent soubz couverture & en maniere de fable disent que il alla en enfer combatre aux princes infernaulx/ & que aux serpens & fieres bestes se combatoit qui est a entendre les fortes emprinses que il faisoit. Et pour ce dit au bon chevalier que il se doibt mirer c’estassavoir en ses prouesses & vaillances selon sa possibilité. Et ainsi comme la clarté du soleil est proffitable a tous/ peult estre bon exemple. Si comme dit ung philozophe. Le grain de forment quant il chiet en bonne terre il est a tous proffitable. Semblablement peult estre bon exemple a tous ceulx vaillable qui vaillance desirent. Et dit ung sage la vertu de force fait l’homme permanable a vaincre toutes choses
iii Alegorie
Ainsi comme sans force & vigueur le bon chevalier ne pourroit desservir pris d’armes Aussi ne pourroit le bon esperit avoir ne gaigner le louyer & pris deu aux bons victoriens sans icelle. Et dit sainct ambroise au premier livre des offices que la vraye force de courage humain est celle qui n’est jamais brisee en adversité/ & ne se orgueillist point en prosperité/ qui se espreuve a garder & deffendre les aornemens des vertus a soustenir justice/ qui fait continuelle guerre aux vices/ qui n’est jamais recreue en labeurs/ qui est hardie en perilz/ & roide encontre les charnelz desirs & a ce propos parle sainct Jehan l’evangeliste en sa premiere epistre.
Scribo vobis juvenes quoniam fortes estis/ & verbum dei manet in vobis vicistis malignum. prima Johannis. ii. capitulo.

iiii Texte.
Encor se veulz estre des noz Resembler te convient minos Tant soit il justicier et maistre D’enfer et de tout son estre Car se tu te veulz avancier Estre te convient justicier Aultrement de porter heaulme N’es digne/ ne tenir royaulme
iiii Glose
Dit prudence au bon chevalier que s’il veult estre du renc aux bons la vertu de justice lui convient avoir. C’estassavoir de tenir droituriere justice & dit aristote. Celuy qui est droiturier justicier/ doit premierement soy mesmes justicier car celui qui fauldra a soi mesmes justicier seroit non digne d’aultrui justicier Si est a entendre soy mesmes corriger de ses deffautes si qu’ilz soient du tout amorties. Et puis homme ainsi correct peut bien et doibt estre corrigeur de plusieurs aultres hommes. Et a parler moralement dirons une fable a ce propos selon la couverture des poetes. Minos comme disent les poetes est justicier d’enfer. Et comme prevost ou souverain baillif. Et devant lui sont amenees toutes les ames descendans en icelle valee. Et selon ce que elles ont desservi penance/ et autant de degrez comme il veult qu’elles soient mises en parfont il tourne sa queue entour soy. Et pour ce que enfer est la justice et punicion de dieu droituriere prenons a present maniere de parler a ce propos. Il fut bien verité que ung roy fut en crete appellé minos de merveilleuse fierté & eut en luy grant rigueur de justice. Et pour ce dirent les poetes que apres sa mort fut comme a estre justicier d’enfer. Et dit aristote. Justice est une mesure que dieu a establie sur terre pour limiter les choses.
iiii Allegorie.
Et comme dieu soit chief de justice et de tout ordre. est il necessaire a l’esperit chevalereux pour parvenir a glorieuse victore que il ait celle vertu. & dit saint bernard en ung sermon que justice n’est aultre chose que rendre a chacun ce qui est syen. Rens doncques dit il a troys paires de gens ce qui est leur. A ton souverain/ a ton pareil ou egal/ et a ton subget. A ton souverain tu dois rendre reverence et obeissance reverence de cueur & obeissance de corps A ton pareil tu dois rendre conseil et ayde/ conseil en enseignant son ignorance et ayde en confortant sa non puissance A ton subject tu dois rendre garde & discipline garde en le gardant de mal faire. et discipline en le chastiant se il a mal fait. Et a ce propos parle salomon es proverbes
Excogitat justus de domo impii ut detrahat impios a malo : gaudium est justo facere justiciam. Proverbiorum. xxi. capitulo.

v Texte
Apres te mire en perseus De qui le hault nom est sceus Parmy le monde en toutes pars Pesagus ly chevaulx appars Chevaucha par l’air en volant Et andromeda en alant Delivra il de la velue Si luy a a force tollue Comme bon chevalier errans Si l’a rendue a ses parens Cestuy fait vueillez retenir Car bon chevalier doibt tenir Celle voye/ s’il veult avoir Honneur/ qui trop mieulx vault qu’avoir. Si te mires en son escu Luysant/ qui plusieurs a vaincu De son fauchon soyes armé Si seras fort & affermé.
v Glose.
Et pource que c’est chose convenable que au bon chevalier soit deu honneur & reverence en ferons figure selon la maniere des poetes. Perseus fut ung moult vailant chevalier/ & plusieurs royaulmes acquist & de luy fut la grant terre de perse nommee & dirent les poetes que il chevauchoit le cheval qui par l’air vole que ilz nommerent pesagus. Et est a entendre renommee qui par l’air vole & va en tous pays il portoit en sa main ung fauchon ou une faulx qui est dit pour la grant foison de gens qui par luy furent desconfitz en maintes batailles. Il delivra andromeda de la velue. ce fut une pucelle que il delivra de ung monstre de mer qui par la sentence de dieu devorer la devoit/ qui est a entendre que tous chevaliers doivent secourir femmes qui besoing de leur ayde ayront. Si peult estre noté perseus/ & le cheval qui vole bonne renommee que le bon chevalier doibt avoir et acquerir par ses bonnes merites/ & la doibt chevaucher/ c’est que son nom doibt estre porté en toutes terres. Et dit Aristote. Bonne renommee fait l’homme reluisant au monde/ & agreable en la presence des princes.
v Alegorie.
Renommee doibt desirer l’esperit chevalereux entre la noble compaignie des benoictz sainctz de paradis acquise par ses bonnes merites. Le cheval pesagus qui le portera sera son bon ange qui fera bon raport de lui au jour du jugement. Andromeda qui sera delivree/ c’est son ame qu’il delivrera de l’ennemi d’enfer par vaincre peché. Et que on doie oultre ce voler ce est bonne renommee avoir en ce monde affin de dieu non par vaine gloire avoir. Dit saint augustin au livre de correction que deux choses sont necessaires a bien vivre/ c’estassavoir bonne conscience & bonne renommee. Conscience pour soy/ & renommee pour son prochain/ & qui se fie en conscience & despite renommee/ il est cruel. Car c’est signe de noble courage de aymer le bien de renommee. Et a ce propos dit le saige.
Curam habe de bono nomine/ magis enim permanebit tibi quam mille thesauri preciosi. Ecclesiastici. xli. capitulo.

vi Texte.
Avec tes inclinacions De jovis les condicions Vueilles avoir/ mieulx en vauldras Quant tu en droit point les tendras
vi Glose
Comme dit est les païens qui adoroient plusieurs dieux. Les planettes du ciel pour espiciaulz dieux tenoient & des sept planettes nommerent les sept jours de la sepmaine jupiter ou jovis adoroient et tenoient pour leur plus grant dieu. pour ce qu’il est assis en la plushaulte espece des planetes apres saturnus. De jovis est le jour de jeudi nommé et mesmes les arquemistes attribuerent & comparerent les vertus des sept metaulz aux sept planettes Et nommerent les termes de leurs sciences/ par icelles planettes comme on peut veoir en geber et Nicolas & les aultres auctoritez d’icelle science. A jupiter attribuerent le cuivre ou arain. Jupiter ou jovis est planette de doulce condicion amiable & moult joyeuse & est figuree a la complexion sanguine pour ce dit Othea c’estassavoir prudence que le bon chevalier doit avoir les condicions Jupiter & ce mesmes doivent avoir tous nobles poursuivans chevalerie. A ce propos dit pitagoras que ung roy doit gracieusement converser avec ses gens & leur monstrer joyeux visage/ et par ainsi est a entendre de tous vaillans tendans a honneur.
Or ramenons a nostre propos allegorie la proprieté des vii planetes.
vi. Allegorie.
Jovis qui est doulce planette & humainne/ dont le bon chevalier doit avoir les condicions/ nous peult signifier misericorde et compassion que le bon chevalier doibt avoir en soy. car dit saint gregoire en l’epistre a nepotian. Je ne recorde point dit il avoir veu ne ouy que cellui soit mort qui a voulentiers acompli les oeuvres de misericorde/ car misericorde a beaucoup de intercesseurs. Et est impossible que les prieres de plusieurs ne soient exaulcees. Et a ce propos parle nostre seigneur en l’evangile.
Beati misericordes quoniam ipsi misericordiam consequentur.

vii Texte
De venus ne fays ta deesse Ne te chaille de sa promesse Le poursuivir en est travailleux Non honorable et perilleux
vii Glose.
Venus est planette du ciel dont le jour du vendredi est nommé. Et le metal que nous appellons estain ou espeautre est a icelle attribué/ venus donne influence d’amours & de vagueté. & fut une dame ainsi nommee qui fut royne de cypre. Et pour ce que elle exceda toutes en excellant beaulté & joliveté et tresamoureuse fut et non constant en ung amour/ mais abandonnee a plusieurs L’appellerent deesse d’amours. Et pour ce qu’elle donne influence de luxure dit Othea au bon chevalier que il n’en face sa deesse c’est a entendre que en celluy vice ne doit son corps ne son entente abandonner. Et dit hermes/ le vice de luxure estaint toutes vertus.
vii Alegorie.
Venus dont le bon chevalier ne doit faire sa deesse c’est que le bon esperit ne doibt avoir en soy nulle vanité et dit cassiodore sur le psaultier/ vanité fist l’ange devenir dyable. Et au premier homme donna la mort et le vuida de bonneureté qui luy estoit ottroyee Vanité est mere de tous maulz la fontaine de tous vices. Et la veine de iniquité qui l’homme met hors de la grace de dieu & le met en sa hayne. Et a ce propos dit david en son psaultier en parlant a dieu.
Odisti observantes vanitates supervacue psal. xxx.

viii Texte.
Se tu en jugement t’assembles Saturnus gard que tu ressembles. Ainçoys qu’ottroyes ta sentence Gard ne la donnes en doubtance
viii Glose.
De saturnus est le jour du samedi nommé/ et le metal que nous appellons plomb & est de condicion tardive pesant et sage. Et fut ung roy de crete ainsi nommé qui moult fut sage dont les poetes parlent soubz couverture de fable. Et dient que son filz jupiter luy coppa les genitores qui est a entendre que il luy tollit sa puissance que il avoit et le desherita et chassa. Et pour ce il est pesant et sage veult dire Othea que le bon chevalier doibt moult peser la chose ains qu’il donne sa sentence soit en pris d’armes ou en aultres affaires. Et ce mesmes pevent notter tous juges qui ont offices appartenant a jugement. Et a ce propos dit hermes. penses bien a tous tes affaires et par especial au jugement d’autruy.
viii Allegorie
Si comme le bon chevalier doibt estre tardif en jugement c’estassavoir bien peser sentence ains qu’il la donne semblablement doit le bon esperit de ce qu’il lui appartient car a dieu appartient jugement qui scet discerner les causes droiturierement. Et dit Sainct gregoire es moralles/ que quant nostre fragilité ne sçait comprendre les jugemens de dieu nous ne les devons mie discuter en hardies parolles/ mais les devons honnorer en paoureuse silence et quelque merveilleux qu’il nous semblent sy les devons nous reputer justes/ et a ce propos parle david en son psaultier.
Timor domini sanctus permanet in seculum seculi. Judicia domini vera justificata in semetipsa. psalmo. xviii.

ix Texte.
Ta parolle soit clere et voire Appollo t’en donra memoire Car celluy ne peult nulle ordure Souffrir dessoubz sa couverture
ix Glose
Appollo ou phebus est le soleil au quel le jour du dimenche est attribué/ & aussi le metal que nous appellons or le soleil par sa clarté monstre les choses mussees. Et pour ce verité qui est clere et monstre les secretes choses lui peult estre attribuee. Laquelle vertu doibt estre en cueur & bouche de tout bon chevalier. Et a ce propos dit Hermes Aimes dieu & verité et donnes loyal conseil.
ix Alegorie.
Appollo qui est a dire le soleil par qui nous nottons verité pouons prendre que verité doit avoir en bouche le vrai chevalier jesuchrist et fuyr toutes faulcetez/ Comme dist crisostome au livre des louenges saint pol. La condicion de faulceté est telle que mesmes ou elle n’a nulz contredisans si dechiet elle en soy mesmes. Mais au contraire la condicion de verité est si estable que tant a plus de adversaires contredisans tant croit elle & se eslieve plus. Et a ce propos dit la saincte escripture.
Super omnia vincit veritas. Secundi Esdre tertio capitulo.

x Texte
A Phebé ne resembles mye Trop est muable et ennemye A constance et a fort courage Merancolieuse et lunage
x Glose
Phebé est appellee la lune. Dont le lundi est nommé & y est attribué le metal que nous appellons argent. La lune n’arreste nulle heure en ung droit point et donne influence de muableté et folie. Et pour ce veult dire que le bon chevalier se doibt garder de telz vices. Et a ce propos dit hermes usez de sapience et soyez constant
x Alegorie
Phebé qui est la lune que nous nottons inconstance que ne doit avoir le bon chevalier & semblablement le bon esperit. Comme dit Saint ambroise en l’espitre a simplician que le fol est muable comme la lune. Mais le saige est tousjours constant en ung estat/ il n’est point brisé par paour/ il ne se mue point par puissance/ il ne se eslieve point en prosperité/ il ne se plunge point en tristesse. La ou est sapience/ la est vertu/ force et constance/ le sage est tousjours d’ung courage/ il n’appetice ne ne croist pour mutation des choses/ il ne flotte point en diverses opinions mais demeure parfait en jesucrist fondé en charité/ enraciné en foy. Et ce propos dit la saincte escripture
Homo sanctus in sapientia permanet sicut sol. Nam stultus sicut luna mutatur ecclesia. xxvii. c. i.

xi. Texte.
Mars ton pere/ je n’en doubt pas Tu ensuyvras bien/ en tous pas Car ta noble condition Y trait ton inclination.
xi Glose.
De mars est nommé le jour du mardi et luy est attribué le metal que nous disons fer. Mars est planette qui donne influence de guerres & batailles.
Et pour ce tout chevalier qui ayme ou suive armes & faitz de chevalerie & en ce ait renommee de valeur peult estre appellé filz de mars. Et pour ce othea nomma ainsi hector. Nonobstant fust il filz au roy priant & dist que bien ensuyviroit son pere ce que bon chevalier doibt faire & dit ung sage que par les oeuvres de l’homme peult on congnoistre ses inclinations.
xi Allegorie.
Mars le dieu de batailles peult bien estre appellé le filz de dieu qui victorieusement batailla en ce monde. Et que le bon esperit voye par son bon exemple ensuyvir son bon pere jesucrist & batailler contre les vices dist sainct ambroise au premier livre des offices que qui veult estre amy de dieu il fault qu’il soit ennemy du dyable. Et qui veult avoir paix a jesuchrist/ il fault qu’il ait guerre contre les vices. Et tout ainsy comme en vain fait on guerre en champ aux ennemys forains la ou la cité est plaine de princes espiez. Ainsi ne pevent vaincre les maulx de par dehors qui ne guerroye fort les pechez de son ame. Et est la plus glorieuse victoire qui soit que vaincre soy mesmes. Et a ce propos parle saint pol l’apostre.
Non est nobis colluctatio adversus carnem et sanguinem sed adversus principes/ & potestates adversus mundi rectores tenebrarum harum contra spiritualia nequicie in celestibus. ad epheseos. sexto capitulo.

xii Texte.
Soyes aorné de faconde Et de parolle nette & monde Ce t’aprendra mercurius Qui de bien parler scet les us.
xii. Glose.
De mercurius est nommé le jour du mecredi & l’argent vif y est attribué. Mercurius est planette qui donne influence de pontifical maintien & de beau languaige aorné de rethorique pour ce dist au bon chevalier que il en doibt estre aorné/ car honorable maintien & belle loquence siet moult a noble desirant le hault pris d’honneur/ mais que il se garde de trop parler. Car dit diogenes que de toutes vertus le plus est le meilleur/ excepté de parolles.
xii Alegorie.
Mercurius qui est dit dieu de langage/ pouons entendre que le chevalier jesuchrist doibt estre aorné de bonne predication/ & de parolle de doctrine/ & aussi doibt aymer et honorer les anonceurs d’icelles.
Et dit sainct gregoire es omelies que on doibt avoir en grant reverence les prescheurs de la saincte escripture/ car ce sont les coureurs qui vont devant nostreseigneur & nostreseigneur les suyt.
Saincte predicacion vient devant et lors nostreseigneur vient a l’habitacion de nostre cueur/ les parolles de exortacion font la course devant. Et lors verité si est receue en nostre entendement. Et a ce propos dit nostreseigneur a ses apostres.
Qui vos odit/ me odit. et qui vos spernit me spernit. Luce decimo capitulo.

xiii Texte
Armeures de toutes sortes Pour toy armer bonnes et fortes Te livrera assez ta mere Minerve qui ne t’est amere
xiii Glose.
Minerve fut une dame de moult grant sçavoir et trouva l’art de faire armeures/ car devant ne s’armoient les gens/ fors de cuir boully. et pour la grant sagesse qui fut en ceste dame l’appellerent deesse. Et pour ce que moult sceut hector armeures mettre en oeuvre/ et que ce fut son droit mestier l’appella othea filz de minerve/ nonobstant qu’il fut filz a la royne Ecuba de troye. Et par semblable nom pevent estre nommez tous les armeurs des armes. A ce propos dit une auctorité. Les chevaliers donnés aux armes sont a icelle subjectz.
xiii Allegorie
Ce qui est dit que armeures bonnes & fortes lui livrera assez sa mere au bon chevalier nous pouons entendre la vertu de foy qui est vertu theologale et est mere au bon esperit et que elle livrera assez armeures dit cassiodore en l’exposition de la credo que foy est la lumiere de l’ame la porte de paradis la fenestre de vie et le fondement de salut pardurable. Car sans foy ne peult nul a dieu plaire/ et a ce propos parle Sainct pol l’apostre.
Sine fide impossibile est placere deo. ad hebreos. xi. ca.

xiiii Texte
Adjouste pallas la deesse Et met avec ta prouesse Tout bien te viendra se tu l’as Bien siet o minerve pallas
xiiii Glose
Apres dit que il adjouste Pallas avec minerve qui bien y siet. Et doit on sçavoir que pallas & minerve est une mesme chose/ mais les noms divers sont prins a deux entendemens. Car celle qui eut nom minerve fut aussi sournommee pallas d’une ysle qui eut nom pallance/ dont elle fut nee.
Et pour ce que elle generalement en toutes choses fut sage/ & maintz artz trouva nouvellement beaulx & subtilz l’appellerent deesse de sçavoir. Si est nommee minerve a ce qui appartient a chevalerie. Et pallas en toutes choses qui appartienent a sagesse. Pour ce veult dire que il doibt adjouster sagesse a chevalerie/ qui moult bien y est duisant. Et comme armes doivent estre garde de la foy/ peult estre entendu a ce propos ce que dit Hermes. Adjouste l’amour de la foy avec sapience.
xiiii Alegorie
Et sicomme pallas qui note sagesse doit estre adjoustee avec chevalerie/ doibt estre la vertu de esperance adjoustee aux bonnes vertus de l’esperit chevalereux sans laquelle il ne pourroit proffiter. Et dit origenes es omelies sur exode que l’esperance des biens advenir est le soulas de ceulx qui travaillent en ceste vie mortelle. Ainsi comme aux laboureurs l’esperance du payement adoulcist le labour de leur besoigne. Et aux champions qui sont en la bataille l’esperance de la couronne de victoire attrempe les douleurs de leurs playes. Et a ce propos parle sainct pol l’apostre.
Fortissimum solatium habemus qui confugimus ad tenendam prepositam spem : quam sicut anchoram habemus anime tutam. Ad hebreos vi. capitulo.

xv Texte
Ayes chiere panthasselee De ta mort sera adoulee Tel femme doibt bien estre aymee Dont si noble voix est semee.
xv Glose
Panthasselee fut une pucelle royne d’amasome et moult fut belle & de merveilleuse prouesse en armes et hardement. Et pour le grant bien que renommee tesmoingnoit par tout le monde de hector le preux l’aymoit de tresgrant amour et de ses parties vint a troye au temps du grant siege pour veoir Hector/ mais quant mort le trouva dolente en fut oultre mesure & atout grant ost de damoiselles moult chevalereuses vengea moult vigoureusement sa mort/ ou elle fist de merveilleuses prouesses/ & maintz grans griefz fist aux gregoys. Et pour ce que elle fut vertueuse dit au bon chevalier que il la doibt aymer. Ce est a entendre que tout bon chevalier doibt aymer & priser toute femme forte en vertu de sens/ et de constance. Et celle femme est adoulee de la mort hector/ c’est a entendre combien prouesse & valeur est amortie en chevalier. Et dit ung sage. Bonté doibt estre louee ou qu’elle soit apperceue.
xv Alegorie.
Panthasselee qui fut secourable pouons entendre la vertu de charité qui est la tierce theologale doibt avoir parfaictement le bon esperit en soy charité & dit cassiodore au psaultier que charité est ainsi comme la pluye qui chiet en printemps qui distile les gouttes de vertus soubz laquelle germe la bonne voulenté et bonne operation fructifie. Elle est patiente en adversitez/ attrempee en prosperité/ puissante en humilité/ joyeuse en affliction/ bien voulante a tous ses ennemys/ & amye mesmement a ses ennemys/ communicaire de ses biens. Et a ce propos parle sainct pol l’apostre.
Caritas patiens est benigna est. Caritas non emulatur/ non agit perperam/ non inflatur/ non est ambitiosa/ non querit que sua sunt. Prima ad corinthios xiii. capitulo.

xvi Texte
Narcisus ne vueilles sembler Par trop grant orgueil affuler Car chevalier oultrecuidé Est de mainte grace vuidé.
xvi Glose.
Narcisus fut ung damoysel qui pour sa grant beaulté fut eslevé en si grant orgueil que il avoit en despris tous les aultres. Et pour ce que il ne prisoit si non lui est il dit qu’il fut si amoureux & assoté de luymesmes que il en mourut apres ce que il se fut miré en la fontaine. ce est a entendre l’oultrecuidance de luymesmes ou il se mira.
Pour ce deffend au bon chevalier que il ne se mire en ses biens faitz/ parquoy il en soit oultrecuidé. Et a ce propos dit Socrates. Filz garde que tu ne soyes deceu en la beaulté de ta jeunesse/ car ce n’est mie chose durable.
xvi Alegorie.
Or ferons alegorie a nostre propos en applicquant aux sept pechez mortelz. Par narcisus entendrons le peché d’orgueil/ dont le bon esperit se doibt garder. Et dit origenes es omelies. A quoy se en orgueillist terre et cendre. ne homme comment se ose il eslever en arrogance/ quant il pense dont il est venu/ et que il deviendra & en combien fresle vaissel est sa vie contenue/ & en quelles ordures il est plungé/ & quelles nettayeures il ne cesse de getter de sa chair par tous les conduitz de son corps. Et a ce propos dit la saincte escripture.
Si ascenderit ad celum superbia ejus et caput ejus nubes tetigerit quasi sterquilinium in fine perdetur Job. x. capitulo.

xvii Texte.
Athamas plain de grant rage La deesse de forcennage Fist estrangler ses deux enfans Pour ce grant ire te deffens
xvii Glose.
Athamas fut roy et mari a la royne juno qui fist semer le bled cuit pour desheriter ses fillastres car elle par argent corrumpit les prestres de la loy qui raportoient les responces des dieux. Si dist au roy & a ceulx de la contree que le bled que on avoit semé n’avoit point prouffité/ pour ce qu’il plaisoit aux dieux que deux enfans que le roy avoit beaulz & gens fussent chassez & exillez. Et pour ce que le roy consentit l’exil de ses deux enfans tout le fist il envis & a grant douleur. dit la fable que la deesse juno en voulut prendre la vengance & ala en enfer dire a la deesse de forsennage que elle venist vers le roy athamas. Adonc l’orrible & l’expouentable deesse vint a tout ses crins serpentins/ & se mist sur le sueil du palais/ et estendit ses bras aux deux lez de la porte. Et adonc telz contens commença entre le roy et la royne que a peu ne se entre occirent. Et quant du palais cuiderent saillir adonc la forsennee deesse tira deux horribles serpens de ses crins et es girons leur lança. Et quant la deesse virent tant espouentable/ adonc tous deux forsenez devindrent. Athamas occist la royne par rage/ et puis ses deux enfans et luymesmes de dessus une haulte roche se lança en la mer. L’exposicion de ceste fable peult estre que une royne fut tant diverse a ses fillastres qu’elle les fist desheriter/ dont puis n’eut paix entre le pere et la marrastre/ & peult estre que au dernier il l’occist. Et pour ce que ire est ung mortel vice et si mauvais que celluy qui en est fort attaint n’a nulle congnoissance de raison dit au bon chevalier que de ire se doibt garder/ car moult est grant default en bon chevalier estre ireux. Et pour ce dit aristote/ garde toy de ire car elle trouble l’entendement & destourne raison.
xvii Allegorie
Athamas qui tant fut plain d’ire entendrons proprement le peché de ire dont le bon esperit doit estre vuide. Et dit saint augustin en une epistre que ainsi comme le vin aigre ou boute corrumpt le vaissel ou il est se il y demeure longuement. Ainsy ire corrumpt le cueur ou elle se boute se elle y demeure de jour a autre/ pour ce dit saint pol l’apostre
Sol non occidat super iracundiam vestram. ad epheseos. quarto ca.

xviii Texte.
Sur toute rien toute ta vie Fuys la faulse deesse envie Qui fist devenir plus vert que yerre Aglaros qui puis devint pierre
xviii Glose.
Aglaros ce dit une fable fut soeur hercé qui tant fut belle que pour sa beauté eut espouse mercurius le dieu de language et furent filles cycrops le roy d’athenes mais tant eut aglaros envie sur sa seur hercé qui pour sa beauté tant fut avancee comme d’estre mariee au dieu que toute d’envie se defrisoit/ et seche devint et descoulouree/ & verte comme yerre pour l’envie que elle portoit a sa seur. ung jour estoit aglaros sur le sueil de l’huis assise et a mercurius qui entrer vouloit en l’ostel veoir l’entree ne pour priere qu’il luy fist entrer ens ne le vouloit laisser. Adonc le dieu se courroussa et dit que tousjours y peust elle remaindre aussi dure comme elle avoit le courage : et lors devint aglaros dure comme pierre si peult estre averee la fable par semblable cas advenir a aulcunes personnes/ Mercurius peult estre ung puissant homme bien emparlé qui fist sa serourge emprisonner ou mourir pour aulcun desplaisir que elle luy avoit fait. Et pour ce dit que elle fut muee en pierre/ et pour cause que trop est villaine tache/ & contre gentillesse estre envieux dit au bon chevalier que il s’en garde sur toute riens. Et dit socrates. Celuy qui porte le faisseau d’envie a peine perpetuelle.
xviii Allegorie
Sicomme l’auctorité defend envie au bon chevalier. Celluy mesmes peché defend la sainte escripture au bon esperit/ et dit Sainct augustin. Envie est la hayne de felicité d’autruy : et se estend l’envie de l’envieux contre ceulz qui sont plus grant de soy/ pour ce que il n’est ainsy grant que eulx/ et contre ceulx qui sont moindres de soy de paour qu’ilz ne devienent aussi grans comme luy/ et a ce propos dit l’escripture.
Nequam est oculus mundi et avertens faciem suam. ecclesiastici. xiiii. ca.

xix Texte.
Ne soyes ne trop long ne prolixe. A toy garder de la malice Ulixés qui l’oeil au geant Embla/ tant fust il cler veant
xix Glose.
Dit une fable que quant Ulixés s’en retournoit en grece apres la destruction de troye/ grant orage de temps transporta sa nef en une isle ou eut ung geant/ qui n’avoit fors ung seul oeil emmy le frond d’orrible grandeur. Ulixés par sa subtilité luy embla & ravit/ c’est a entendre lui creva. Si est a entendre que le bon chevalier se garde que paresce ne le laisse surprendre aux baratz et agaz des malicieux si que son oeil en puist estre ravi. C’estassavoir l’oeil de son entendement ou son honneur ou sa terre ou ce qu’il a plus chier comme souvent adviennent maintz inconveniens par paresce et lacheté Et a ce propos dit hermes/ bieneureux est celluy qui use ses jours en solicitude convenable.
xix. Allegorie
Ce qui est dit que le bon chevalier ne soit ne long ne prolixe/ pouons entendre le peché de paresce que le bon esperit ne doibt avoir. Car comme dit bede sur les proverbes salomon le paresceux n’est pas digne de regner avec dieu qui ne veult labourer pour l’amour de dieu. Et n’est pas digne de recepvoir la couronne promise aux chevaliers qui est couart de entreprendre les champs de bataille. pour ce dit l’escripture.
Cogitationes robusti semper in habundantia omnis autem piger in egestate erit Proverbiorum. xxi. ca.

xx Texte
Ne prens pas contens aux renouilles Ne en leur palu ne te fouilles Contre lathona s’assemblerent Et l’eaue clere luy troublerent.
xx Glose.
La fable dit que la deesse lathona fut mere phebus/ et phebé qui est le soleil & la lune et a une ventree les porta. Juno par tous pays les chassoit pour ce que ensainte estoit de jupiter son mari. Ung jour fut moult travaillee la deesse lathona et arriva a ung gué & lors s’abaissa sur l’eaue pour estancher sa grant soif/ la avoit vilains a grans tourbes qui pour la grant chaleur du soleil en l’eaue se baignoient/ & lathona prindrent a ramposner & a luy troubler l’eaue que elle cuidoit boire/ ne pour priere que elle leur feist ne la voulurent souffrir/ ne avoir pitié de son meschief/ si les mauldist/ & dist que a tousjours mais ilz peussent demeurer au palu & fussent lais & abhominables & tousjours ne cessassent de braire & de ramposner. Adonc devindrent les vilains renouilles/ qui depuis ne finerent de braire comme il appert au temps d’esté en ces rivages. Si peult estre que aulcuns paysans firent desplaisir a aucune grant maistresse qui les fist getter en la riviere & noyer. Ainsi devindrent renouilles. Ce est a entendre que le bon chevalier ne se doibt nullement souiller au palu de vilennie. Mais doibt fuyr toutes vilaines taches qui sont contraires a gentillesse/ car comme vilanie ne peult souffrir en soy gentillesse/ aussi ne doibt gentillesse souffrir en soy vilanie/ ne mesmement contendre ne prendre debat a personne vilaine de vices/ & de parler vilain. Et dit platon. Celuy qui adjouste a sa gentillesse noblesse de bonnes meurs est a louer. Et celuy a qui souffist la gentillesse qui vient de ses parens sans acquerir bonnes condicions/ ne doibt pas estre tenu pour noble.
xx Alegorie.
Les villains qui devindrent renoulles pouons entendre le peché d’avarice qui est contraire au bon esperit. Et dit sainct augustin que l’homme avaricieux est semblable a enfer. Car enfer ne scet tant engloutir de ames qu’il die c’est assez. Et se tous les tresors du monde estoient amassez en la possession de l’avaricieux/ il ne seroit pas rassasié. Et a ce propos dit l’escripture.
Insatiabilis oculus cupidi. in parte iniquitatis non satiabitur. Ecclesiastici. xiiii. capitulo.

xxi Texte
Au dieu bacus point ne t’acordes Car ses conditions sont ordes Non vaillables en ses depors Les gens fait transmuer en pors
xxi Glose.
Bacus fut ung homme qui premierement planta vignes en grece. Et quant ceulx de la contree sentirent la force du vin qui les enyvroit ilz disrent que bacus estoit ung dieu qui telle force avoit donnee a la plante. Si est par bacus entendue yvresse. Et pour ce dit au bon chevalier que nullement ne se doibt abandonner a yvresse/ car c’est ung tres impacient vice a tout noble/ & a homme qui vueille user de raison. Et a ce propos dit ypocras. Superfluitez de vins & de viandes destruisent le corps & l’ame & les vertus.
xxi Alegorie
Par le dieu Bacus pouonz entendre le peché de gloutonnie dont le bon esperit se doit garder. De gloutonnie dit sainct gregoire es morales que quant le vice de gloutonnie prent a seigneurier la personne/ elle pert tout le bien que elle avoit fait.
Et quant le ventre n’est restraint par abstinences/ toutes vertus sont ensemble noyees. Pour ce dit saint pol.
horum finis interitus/ quorum deus venter est & gloria in confusione eorum qui terrena sapiunt. Ad philippenses. iii. capitulo.

xxii Texte
Ne t’assotes pas de l’ymage Pimalion se tu es sage Car de tel ymage paree Est la beaulté trop comparee.
xxii Glose.
Pymalion fut ung moult subtil ouvrier de faire ymages. Et dit une fable que pour la grant vilité que il veit es femmes de cidoine il les desprisa & dist que il feroit une ymage ou il n’airoit que redire/ une ymage de femme tailla de souveraine beaulté/ quant il eut parfaicte amour qui subtillement scet cueurs ravir le fist estre amoureux de son ymage & pour luy fut agrigé des maulx d’amours/ plains & clamours a piteux souspirs luy faisoit/ mais l’ymage de pierre ne l’entendoit. Au temple de venus s’en alla pymalion & tant luy fist devote clamour que la deesse en eut pitié/ & en demonstrance de ce le brandon que elle tenoit a parluy s’esprint & aluma. Adonc pour le signe fut joyeux l’amant & vers son ymage s’en va & entre ses bras le print & tant l’eschaufa a sa chair nue que l’ymage eut vie & a parler se print & ainsi pymalion eut joye recouvree.
A ceste fable pevent estre mises maintes expositions & semblablement a toutes aultres fables et pour ce les firent les poetes affin que les entendemens des hommes se aguisassent & subtilliassent a y trouver divers propos. Si peult estre entendu que pymalion desprisa la vilité des femmes folieuses & s’enamoura d’une pucelle de tresgrant beaulté/ laquelle ne vouloit ou ne pouoit entendre ses piteux plaingz nonplus que se de pierre fust. L’ymage avoit faicte. C’est que par penser a ses belles beaultés s’estoit enamouré/ mais en la parfin tant la pria & tant s’en tint pres que elle l’ayma a sa voulenté & l’eut a mariage & ainsi eut l’ymage dur comme pierre recouvree vie par la deesse venus.
Si veult dire que le bon chevalier ne doibt estre assoté de sy fait ymage en telle maniere qu’il en laisse a suyvir le mestier d’armes auquel il est obligé par l’ordre de chevalerie. Et a ce propos dit aptalim/ impartinente chose est a prince de soy assoter de chose qui soit a reprendre.
xxii Alegorie
L’ymage pymalion dont le bon chevalier ne se doibt assoter prendrons le peché de luxure/ dont l’esperit chevalereux doit garder son corps de luxure/ dit sainct hierome en une epistre. O feu d’enfer de qui la busche c’est gloutonnie/ la flamme c’est orgueil/ les flamesches sont corrumpues parolles/ la fumee c’est mauvaise renommee/ la cendre c’est povreté/ & la fin est le torment d’enfer. A ce propos dit sainct pierre l’apostre.
Voluptatem existimantes delicias coinquinationis/ & macule deliciis affluentes conviviis suis luxuriantes. secunde petri. ii. ca.

xxiii Texte
De dianes soyes recors Pour l’honnesteté de ton corps Car ne luy plaist vie touillie Ne deshonneste ne souillie.
xxiii Glose.
Dyane c’est la lune. et comme il ne est riens tant maulvais qui n’ait aulcune proprieté/ la lune donne condicion chaste/ & la nommerent d’une dame ainsi nommee qui fut moult chaste & tousjours vierge. Si veult dire que honnesteté de corps bien appartient a bon chevalier. A ce propos dit hermes. Celui ne pourroit estre de parfait sens qui en lui n’airoit chasteté.
xxiii Alegorie
Et pour ramener les articles de la foy a nostre propos/ les quelz ne pourroient prouffiter au bon esperit chevalereux prendrons pour diane dieu de paradis/ lequel est sans tache aulcune/ amour de toute netteté/ & a qui chose souillee ne pourroit estre aggreable au createur du ciel & de la terre. Laquelle chose est necessaire a croire au bon esperit/ sicomme dit le premier article de la foy que dist monseigneur sainct pierre.
Credo in deum patrem omnipotentem creatorem celi et terre.

xxiiii Texte.
La deesse ceres resemble Qui les bledz donne & nul n’emble Ainsi doibt estre abandonné Bon chevalier bien ordonné
xxiiii Glose
Ceres fut une dame qui trouva l’art de arer les terres car devant semoient les gaignages sans labourer. Et pour ce que plus abondamment porta la terre apres ce que elle eut esté aree disrent que elle estoit deesse des bledz et la terre nommerent de son nom. Si veult dire que ainsi comme la terre est abandonnee et large donnerresse de tous biens/ doibt estre aussi le bon chevalier a toutes personnes abandonné/ et donner son ayde et reconforter selon son pouoir. et dit aristote. Soies liberal donneur & tu acquerras amis.
xxiiii Allegorie
Ceres a qui doit ressembler le bon chevalier prendrons pour le benoit filz de dieu/ que le bon esperit doibt ensuivir qui tant nous a largement donné de ses haultz biens. Et en luy doit estre creu fermement/ sicomme dit le second article que dit sainct Jehan ou il dit.
Et in jesum christum filium ejus unicum dominum nostrum.

xxv Texte.
Toutes vertus entes et plantes En toy comme ysis fait les plantes Et tous les grains fructifier Ainsy doibs tu edifier
xxv Glose.
Ysis dient aussi estre deesse des plantes et de cultiveure qui leur a donné vigueur et croissance de multiplier. pour ce dit au bon chevalier et donne comparaison que ainsy doit il fructifier en toutes vertus/ et tout mal vice eschiver. Et dit hermes a ce propos. O homme se tu sçavoies l’inconvenient de vice comme tu t’en garderoies. Et se le louyer congnoissoyes de vaillance comme tu l’aimerois.
xxv Allegorie
La ou il dit que a isys qui est plantureuse doibt ressembler pouons entendre la benoite conception de jesucrist par le saint esperit en la benoicte vierge marie mere de toute grace/ de qui les grans louenges ne pourroient estre ymaginees ne dittes entierement/ laquelle digne conception doit le bon esperit avoir entee en soy et tenir fermement le digne article sicomme le dit saint Jaques le grant.
Qui conceptus est de spiritu sancto natus ex maria virgine.

xxvi Texte.
Ne te tiens pas au jugement Midas/ qui mie sagement Ne juga/ sy ne t’y conseilles Car il eut pour ce d’asne oreilles
xxvi Glose
Midas fut ung roy qui eut petit entendement/ et dit une fable que phebus & pan le dieu des pastours estrivoient ensemble & disoit phebus que le son de la lire faisoit plus a louer que le son du fretel ou du flajol et pan soustenoit l’opposite & disoit que plus faisoit a louer celluy du fretel sur midas se mirent du jugement de ce discort/ et apres ce que tous deux eurent joué devant Midas a long loisir/ il juga que mieulx valoit le son du fretel. Si dit la fable que phebus qui airé fut en despit de son rude jugement luy fist avoir oreilles d’asnes en demonstrance que entendement d’asne avoit qui si rudement avoit jugé. Si peut estre que aucun juga follement contre ung prince qu’il punit par luy faire porter sur luy aucun signe de fol qui a entendre par les oreilles d’asne. Si est a entendre ceste fable que bon chevalier ne se doit tenir a fol jugement non fondé sur rayson ne luy mesmes ne doit estre juge de folle sentence. A ce propos dit ung philosophe. Le fol est comme la taulpe qui oyt et n’entent & dyogenes compare le fol a la pierre.
xxvi. Allegorie
Le jugement midas ou le bon chevalier ne se doibt tenir pouons prendre pilate/ qui le benoict filz de dieu juga a prendre lier et pendre au gibet de la croix comme larron lui qui estoit pur sans tache. Si est a entendre/ que bon esperit se doit garder de jugier l’innocent : & doibt croire l’article que dit sainct andrieu.
Passus sub pontio pilato crucifixus mortuus et sepultus.

xxvii Texte
Se as loyaulx compaignons d’armes Jusqu’en enfer ou sont les armes Tu dois aller secourir les Au besoing com fist hercules
xxvii Glose
Dit une fable que pirotheus et theseus allerent en enfer pour proserpine rescourre que pluto eut ravie : et mal habillez y eussent esté se hercules qui leur compaignon yre ne les eust secourus/ qui tant y fist d’armes que tous les infernaulx mist en effroy. Et a cerberus le portier d’enfer couppa les chaines. si veult dire que le bon chevalier ne doibt faillir a son loyal compaignon pour doubte de peril quel qu’il soit/ car loyalle compaignie doibt estre une mesme chose. Et pitagoras dit. Tu dois garder l’amour de ton amy diligemment.
xxvii Allegorie
Ce que l’auctorité dit que il doit secourir ses loyaulx compaignons d’armes jusques en enfer pouons entendre la benoite ame de jesuchrist qui tira hors les bonnes ames des sains patriarches et prophetes qui au lymbe estoient et par exemple doit faire le bon esperit et traire a soy toutes vertus & croire l’article sicomme le dit saint philippe.
Descendit ad inferna.

xxviii Texte
Aymes & prises cadmus Et ses disciples chiers tenus Soient de toy/ car la fontaine Gaigna du serpent a grant peine.
xxviii Glose.
Cadmus fut ung moult noble & fonda thebes qui cité fut de moult grant renommee/ l’estude y mist/ & luy mesmes fut moult lettré & de grant science. Et pour ce dit la fable que il dompta le serpent a la fontaine/ c’est a entendre science et sagesse qui tousjours sourt.
Le serpent est noté pour la peine & travail qu’il convient a l’estudiant dompter ains qu’il ait science acquise/ & dit la fable que luy mesmes devint serpent/ qui est a entendre que corrigeur & maistre fut des autres. si veult dire othea que le bon chevalier doibt aymer et honorer les clercz lettrez qui sont fondez en sciences. A ce propos dit Aristote a Alixandre/ honorez sapience & la fortifiez par bons maistres.
xxviii Alegorie
Cadmus qui dompta le serpent a la fontaine que le bon chevalier doibt aymer pouons entendre la benoicte humanité de jesuchrist qui dompta le serpent/ & gaigna la fontaine c’est la vie de ce monde qu’il passa a grant peine & a grant travail/ dont il eut parfaicte victoire quant il resuscita au tiers jour. Sicomme dit sainct thomas.
Tertia die resurrexit a mortuis.

xxix Texte
Moult te delictes au sçavoir Yo/ plus qu’en nul aultre avoir Car par ce pourras moult aprendre Et du bien largement comprendre.
xxix Glose.
Yo fut une damoiselle fille du roy ynacus qui moult fut de grant sçavoir et trouva maintes manieres de lettres qui devant n’avoient esté veues/ combien que aulcunes fables disent que yo fut amye jupiter & que vache devint & puis femme commune fut/ mais comme les poetes aient mussé verité soubz couverture de fable peult estre entendu que jupiter l’ayma/ c’est a entendre les vertus de jupiter qui en elle furent elle devint vache/ car sicomme la vache qui donne lait lequel est doulx & nourrissant elle donna par les lettres que elle trouva doulce nourriture a l’entendement/ ce que elle fut femme commune peult estre entendu que son sens fut commun a tous comme lettres sont communes a toutes gens. Pource dit que le bon chevalier doibt moult aymer yo qui peult estre entendu pour lettres & escriptures & les hystoires des bons que le bon chevalier doibt voulentiers ouyr racompter & lyre & dont l’exemple luy peult estre vaillable. A ce propos dit Hermes. Qui s’efforce de acquerir science & bonnes meurs/ il trouve ce qui luy plaist en ce monde & en l’autre.
xxix Alegorie
Yo qui est notee par lettres & escriptures nous pouons entendre que le bon esperit se doibt delicter a lyre les sainctes escriptures & les avoir escriptes en sa pensee & par ce pourra apprendre a monter au ciel avec jesuchrist par bonnes oeuvres et saincte contemplation/ et croire le digne article que dist sainct Barthelemy.
Ascendit ad celos sedet ad dexteram dei patris omnipotentis.

xxx Texte.
Gardes en quelque lieu que soyes Qu’endormi des flageolz ne soyes Mercurius/ qui souef chante Les gens o son flageol enchante
xxx Glose.
Dit une fable que quant jupiter aymoit yo la belle que juno en fut en moult grant suspicion/ et du ciel descendit en une nuee pour son mary surprendre au fait/ mais quant jupiter la veit venir il mua s’amie en une vache/ mais juno n’en fut pourtant hors de pensee/ ains la vache luy demanda en don et jupiter maulgré son courage luy ottroya comme celuy qui refuser ne luy osa pour doubte de suspicion. Adonc juno a argus son vachier qui cent yeulz avoit bailla la vache a garder/ et tousjours la guettoit. Mais le dieu mercurius par le commandement jupiter print son flagol qui souef chante/ et tant corna a l’oreille argus que de tous ses cent yeulx l’un apres l’autre l’endormit puis luy osta la vache & le chief luy trencha. L’exposicion de ceste fable peult estre que aucun puissant homme ayma une damoiselle que sa femme voulut avoir pour guetter que son mari n’y peust advenir/ et grans gardes y myst & cler voyans qui peult estre noté par les yeulx argus/ mais l’amant par personne malicieuse et bien parlante fist tant faire que les gardes se consentirent a rendre s’amye ainsi furent endormis par le flagol mercurius et eurent le chief trenchié. Pour ce dit au bon chevalier que a tel flagol ne se doibt laisser endormir que il ne soit desrobé de ce que il doit bien garder. Et a ce propos dit hermes/ gardez vous de ceulx qui se gouvernent par malice.
xxx Allegorie.
Par les flagolz mercurius pouons entendre que par l’ancien ennemy le bon esperit ne soit deceu d’aulcune incredulité sur la foy ou aultrement. Et doibt croire fermement l’article que dit Sainct mathieu l’evangeliste qui dit que nostreseigneur vendra juger les vifz et les mors ou il dit.
Inde venturus judicare vivos & mortuos.

xxxi Texte.
Croy que pirrus ressemblera Son pere et encor troublera Ses ennemis par grever les La mort vengera d’achiles
xxxi Glose.
Pirrus fut filz achilles et bien ressembla son pere de force et de hardement. Et apres la mort de son pere vint sur troye et moult asprement venga le pere & moult dommaga les troyens. pour ce dit au bon chevalier que se il a meffait au pere que il se garde du filz quant en aage sera/ car se le pere a esté vaillant semblablement doibvera estre le filz. A ce propos dit ung sage. La mort du pere attrait la vengance du filz.
xxxi Allegorie
La ou il dit que pirrus ressemblera son pere pouons entendre le sainct esperit/ lequel procede du pere en qui doit croire le bon esperit sicomme dit Saint jaques le myneur.
Credo in spiritum sanctum.

xxxii Texte.
Frequente le temple & honneures Le dieu des cieulx en toutes heures Et de cassandra tien l’usage Se tu veulx estre tenu sage
xxxii Glose
Cassandra fut fille au roy priam/ et moult fut bonne dame & devote en leur loy les dieux servoit et le temple hantoit & pou parloit sans necessité : & quant parler luy convenoit elle ne disoit chose qui veritable ne fust ne en mensonge ne fut oncques trouvee trop fut saige cassandra/ pour ce dit au bon chevalier que a celle doibt ressembler/ car parolle mensongiere est moult a reprendre en bouche de chevalier/ si doit dieu servir et le temple honnourer c’est a entendre l’eglise et ses ministres. Et dit pitagoras treslouable chose est servir a dieu & sanctifier ses sains.
xxxii Allegorie
L’auctorité dit que le temple doibt frequenter le bon chevalier par semblable cas doit faire le bon esperit et doit avoir singuliere devocion en saincte eglise catholicque et en la communion des saintz sicomme dit l’article/ que dit Sainct simon.
Sanctam ecclesiam catholicam sanctorum communionem.

xxxiii Texte.
Se tu vas moult souvent par mer Tu dois neptunus reclamer Et bien dois celebrer sa feste Affin qu’il te gard de tempeste
xxxiii Glose
Neptunus selon la loy des payens estoit appellé le dieu de la mer. Et pour ce disoit au bon chevalier que il le deveroit servir affin que il luy fust secourable/ sur mer si est a entendre que les chevaliers qui souvent vont en maintz voyages en mer ou autres divers perilz ont plus necessité d’estre devotz & servir dieu et les sainctz que aultres gens/ affin que au besoing leur soient secourables/ et aydans et doivent prendre singuliere devocion a aucun sainct par devotes oraisons/ par quoy ilz se reclament a luy en leur besoing & comme il ne suffist pas seulement oraison de bouche/ dit ung sage. Je ne repute mie dieu estre seulement servi par parolles mais par bonnes oeuvres et bonne vie mener.
xxxiii Allegorie
Neptunus que le bon chevalier doit reclamer se il va souvent par mer prendrons que le bon esperit qui est continuellement en la mer du monde doit reclamer devotement son createur & prier que se il luy doint vivre que il puisse avoir remission de ses pechez/ et doibt croire l’article que dit Sainct jude.
Remissionem peccatorum.

xxxiiii Texte
Ayes a toute heure regard A attropos et a son dart Qui fiert et n’espargne nul ame Ce te fera penser de l’ame
xxxiiii Glose
Les poetes appellerent la mort attropos pource veult dire au bon chevalier que il doit penser que tousjours ne vivra mie en cestui monde mais tost s’en partira/ si doit plus user des vertus de l’ame que soy delicter es vices du corps. Et a ce doit tout chrestien penser affin qu’il ait a memoire la promission de l’ame qui durera sans fin. Et a ce propos dit pitagoras que ainsi comme nostre commandement vient de dieu/ convient que nostre fin y soit.
xxxiiii Allegorie
La ou dit au bon chevalier que il ait regard a attropos qui est notee la mort semblablement doibt avoir le bon esperit/ qui par les merites de la passion de nostre seigneur jesucrist doit avoir ferme esperance avec la peine et diligence que il mettra a avoir paradis en la fin. Et doibt croire fermement que il ressuscitera au jour du jugement/ et aura vie pardurable/ se il le dessert comme dit le dernier article que dit saint Mathias.
Carnis resurrectionem vitam eternam. Amen.

xxxv Texte.
Bellorophon soit exemplaire En tous les faitz que tu veulz faire Qui mieulx ayma vouloir mourir Que desloyauté encourir
xxxv Glose.
Bellorophon fut ung chevalier de moult grant beauté & plain de loiauté sa marrastre fut forment esprinse de s’amour/ mais pour ce que il ne voulut consentir sa voulenté/ elle fist tant que il fut condemné a estre devoré des fieres bestes/ & il ayma mieulx eslire la mort que faire desloyauté si dit au bon chevalier que pour doubte de mort encourir ne doibt faire desloyauté. A ce propos dit hermes/ tu doibs mieulx vouloir mourir sans cause que faire desconvenue ne desloyaulté. Or vendrons a desclairer les commandemens de la loy/ & y prendrons allegorie a nostre propos.
xxxv Allegorie
Bellorophon qui tant fut plain de loyaulté peult noter dieu de paradis/ et comme sa digne misericorde nous ait esté et soit plaine de loyaulté nous y pouons prendre le premier commandement qui dit. Tu n’adoureras point dieux estranges/ C’est a dire ce dit sainct augustin l’onneur qui est appellé latrye tu ne la porteras ne a ydole ne a ymage ne a semblance ne a quelconque creature/ car c’est honneur deue tant seulement a dieu/ en ce commandement est deffendu toute ydolatrie de cecy parle nostre seigneur en l’evangile.
Dominum deum tuum adorabis & illi soli servies. Mathei quarto capitulo.

xxxvi Texte
Menimom ton loyal cousin Qui a tout besoing t’est voisin Et tant t’ayme/ tu le doibs aymer Et pour son besoing toy armer
xxxvi Glose
Menimom fut cousin Hector & de la lignee aux troyens & quant hector estoit es fiers estours & es batailles ou maintesfois durement estoit empressé de ses ennemis menimom qui tant fut vaillant chevalier le suyvoit de pres si secouroit hector et departoit les grans presses & bien y parut car quant achiles l’eut en trahyson occis menimom navra durement achiles & l’eust occis se bref secours ne luy fust venu. Pource dit au bon chevalier que il le doibt aymer & secourir a son besoing & est a entendre que tout prince et bon chevalier qui ait parent quelque petit ou povre qu’il soit bon & loyal le doibt aymer & le doibt porter en ses affaires/ & par especial quant le sent estre loyal a soy/ & avient aulcunes fois que ung grant prince est plus aymé & plus loyaument de son povre parent que du bien puissant et a ce propos dit le philosophe Rabion/ multiplie tes amys/ car ilz te seront secourables.
xxxvi Alegorie
Menimom le loyal cousin pouons encor prendre dieu de paradis qui bien nous a esté loyal cousin de prendre nostre humanité auquel nous ne pourrons guerdonner/ si y pouons prendre le .ii. commandement qui dit. Tu ne prendras pas le nom de dieu en vain/ c’est a dire ce dit sainct augustin. Tu ne jureras point deshonnestement ne sans cause ne pour coulourer faulcesté car il ne peult estre plus grant abusion que de amener en tesmoignage de faulceté la souveraine & tres ferme verité/ & en ce commandement est deffendue toute mensonge/ tout parjure/ & tout blaspheme. A ce propos dit la loy.
Non habebit dominus insontem eum qui assumpserit nomen domini dei sui frustra. xx. capitulo.

xxxvii Texte
Avise toy ains que parolle De grant menace nice & fole De ta bouche ysse par trop dire Et en leomedon te mire
xxxvii Glose
Leomedon fut roy de troye & pere priam/ et quant jason hercules & ses compaignons alloyent en colcos pour la toison d’or querre et ilz furent arrivez & descenduz au port de troye pour eulx refreschir sans nul mal faire a la contree/ adonc leomedon comme mal advisé les envoya par ses messagiers laidement conraier de sa terre et fort menacer se tost ne vuydoient dont les barons gregoys par icelluy conraiement se tindrent tant estre injuriez que apres s’en ensuyvit la premiere destruction de troye.
Pource veult dire au bon chevalier que comme parolle de menace soit layde & vilaine doibt estre moult pesee ains qu’elle soit dicte/ car maintz grans maulx en sont souvent ensuyvis. A ce propos dit le poete Omer. Celuy est sage qui sa langue scet refrener.
xxxvii Alegorie
Comme parolle de grant menace viengne de arrogance & briser commandement soit aussi oultrecuidance pouons prendre que nul ne doit briser les festes/ car c’est contre le commandement qui dit. Souvienne toy de sanctifier le jour du sabbat/ parquoy nous est commandé dit sainct augustin que le dimenche nous festons en lieu du sabbat aux juifz nous le devons solenniser en repos de corps & en cessant de toutes oeuvres serviles & en repos de l’ame en cessant de tous pechez/ & de ce repos parle ysaÿe le prophete.
Quiescite agere perverse/ discite benefacere.

xxxviii Texte
Ne cuydes pas estre certain Ainçoys la verité atain Pour ung pou de presumption Piramus t’en fait mention
xxxviii Glose
Piramus fut ung jouvencel de la cité de babilone et quant il n’avoit que vii. ans d’aage amour le navra de son dart & fut espris de l’amour tisblé belle damoiselle & gente & sa pareille d’aage. Et pour la grant frequentence des deux amans ensemble fut apperceue leur grant amour & par ung serf fut accusee a la mere a la damoiselle qui sa fille print & enferma en ses chambres & dist que bien la garderoit de hanter piramus grant fut la douleur des deux enfans pour celle cause & leurs plains & pleurs moult piteux long dura celle prison/ mais au feur que leur aage croissoit embrasoit en eulx l’amoureuse estincelle qui pour longue absence point n’estaignoit/ mais comme entre les palais aux parens aux deux amans n’eust que une paroy tisblé ung jour avisa la paroy crevee par ou on veoit la lueur de l’autre part/ adonc le mordant de sa sainture ficha par la creveure affin que son amy l’apperceust ce que il fist assez briefment & la firent souvent leurs assemblees les deux amans a moult piteuses complaintes/ a la parfin comme par trop aymer contrains fut leur accord tel que la nuit au premier somme se embleroient de leurs parens & devoient assembler soubz ung murier blanc hors de la cité sur une fontaine ou en leur enfance souloient jouer quant tisblé fut venue a la fontaine seule & paoureuse adonc ouyt ung lyon venir moult roidement dont elle plaine de paour s’en fuyt cacher en ung buisson au plus prochain/ mais en la voye luy cheut sa blanche guimple mais toute l’eut souillee & ensenglantee le lyon qui sur eut vomy l’entraille des bestes que il eut devorees. Oultre mesure fut grande la douleur Piramus qui cuyda s’amye estre devoree des fieres bestes dont apres moult piteux regretz se occist de son espee. Tisblé saillit du buisson/ mais quant elle entendit les souspirs de son amy qui mouroit & veit l’espee & le sang adonc par grant douleur sur son amy cheut qui a elle parler ne peult/ & apres plusieurs grans plains/ regretz et pasmoisons se occist de la mesme espee/ & dit la fable que pour icelle pitié devint lors la mure noire qui souloit estre blanche. Et pource que par petite achoison advint si grande male adventure dit au bon chevalier que a petite enseigne ne doibt donner grant foy. A ce propos dit ung sage. Ne te rendz mye certain des choses qui sont en doubte ains que tu ayes faicte convenable informacion.
xxxviii Allegorie
De ce que il dit ne cuide estre certain pouons noter l’ignorance que avons en enfance ou nous sommes soubz la correction de pere et de mere & pour les biens fais que nous recepvons de eulx pouons entendre le quart commandement qui dit honnores pere & mere/ lequel expose sainct augustin en disant que nous devons nos parens honnorer en deux manieres en leur portant deue reverence & en leur administrant leurs necessitez/ a ce propos dit le sage.
Honora patrem tuum et genitus matris tue ne obliviscaris. ecclesiastici. vii. capitulo.

xxxix Texte
Croy pour la santé de ton corps D’esculapion les rapors Et nompas de l’enchanteresse Circés/ qui trop est tromperesse.
xxxix Glose
Esculapius fut ung moult sage clerc qui trouva la science de medecine & en fist livres/ & pour ce dit au bon chevalier que il croye ses rapors sur sa santé/ c’est a dire se il a besoing que il se tourne vers les mires et medecins/ nonmie es sors de circés qui fut enchanteresse/ & peult estre dit pour ceulx qui en leurs maladies usent de sors/ de charmes & d’enchantemens & cuident par ce avoir garison qui est chose deffendue & contre les commandemens de saincte eglise & dont nul bon chrestien ne doibt user/ platon repudia & ardit les livres d’enchantemens & de sors fais sur medecine dont ung temps avoient usé et approuva & se tint a ceulx de science raisonnable & de experience.
xxxix Alegorie
Pour esculapion qui fut phisicien & mire pouons entendre le quint commandement qui dit. Tu n’occiras point/ c’est a dire ne de cueur/ ne de langue ne de main/ & si est deffendue toute violence percussion & corporelle blesseure & n’est ici deffendu aux princes aux juges & aux maistres de justice mettre a mort les malfaicteurs mais tant seulement a ceulx qui n’en ont point de auctorité/ mais que en cas de necessité la ou ung homme ne pourroit aultrement eschaper auquel cas les drois seuffrent bien tuer aultruy en son corps deffendant aultrement non. A ce propos dit l’evangile.
[Qui gladio occiderit oportet eum in gladio occidi. Luce xiii. cap.]

xl Texte.
A cil a qui trop as meffait Qui ne s’en peult venger de fait Ne t’y fies/ car mal en prent La mort achilles le t’aprent
xl Glose.
Achilles fist moult de griefz aux troiens & au roy priam occist plusieurs de ses enfans hector troylus & autres dont haÿr le devoit/ non obstant ce achilles se fya en la royne hecuba femme priam a qui il eut occis ses enfans par trahison et alla par nuit parler a elle pour traicter du mariage de polixene sa fille et de luy & la fut occis par paris & ses compaignons par le commandement de la royne sa mere au temple apolin pour ce dit au bon chevalier que ne se doibt fyer en son ennemy a qui trop a meffait sans faire a luy paix ne aulcune amende. A ce propos dit ung sage/ garde toy des aguetz de ton ennemy qui vengier ne se peult.
xl Allegorie.
Comme en celluy a qui as meffait ne te doibs fier. Nous prendrons que comme nous devons doubter les vengances de dieu soit necessaire tenir le commandement qui dit. Tu ne feras de meschief/ c’est a dire de adultere ne de fornicacion/ et si est defendu ce dit ysodore toute illicite couple charnelle qui n’est en cas de mariage et tout desordonné usage des membres genitales. A ce propos dit la loy.
Morte moriantur mechus et adultera levitici. xx. ca.

xli Texte.
Ne ressembles mie busierres Qui trop plus mauvais que lierres Sa cruaulté fait a reprendre A telz faitz ne te vueilles prendre
xli Glose
Busierres fut ung roy de merveilleuse cruaulté et moult se delectoit en l’occision des hommes/ et de fait luymesmes en ses temples les occisoyt de couteaulz et en faisoit sacrifice a ses dieux. Pour ce dit au bon chevalier que nullement ne se doit delecter en l’occision de humaine creature. Car telle cruaulté est contre dieu contre nature et contre toute bonté. A ce propos dit socrates au bon conseillier se ton prince est cruel tu le dois amoderer par bons exemples.
xli Allegorie.
Busierres qui fut homicide & contraire a humaine nature/ pouons noter la defence que nous fait le commandement qui dit/ tu ne feras point larcin/ et si est defendu ce que dit Sainct augustin toute illicite usurpacion des choses d’aultruy tout sacrilege toute rapine toute chose tollue par force/ & par seigneurie sur le peuple sans raison. A ce propos dit saint pol l’apostre.
Qui furabatur jam non furetur. ad epheseos. iiii. ca.

xlii Texte
N’ayes pas si chier ta plaisance Que trop mettes en grant balance Ta vie/ que tu doibs aymer Lehander est peri en mer.
xlii Glose
Lehander fut ung damoisel qui trop aymoit de grant amour Hero la belle/ & comme il y eust ung bras de mer entre les manoirs aux deux amans le passoit lehander tout a nage par nuyt moult souventesfois pour sa dame veoir qui pres du rivage avoit son chasteau affin que leur amour ne fust apperceue/ mais il advint que ung grant orage de temps leva qui par plusieurs jours dura la marine qui destournoyt la joye des amans. Si advint une nuyt que lehander contraint de trop grant desir se mist en la mer au temps de l’orage & la fut sy loing porté par les vagues perilleuses que il luy convint perir piteusement/ Hero qui fut de l’autre part en grant soucy pour son amy quant elle veit le corps venir flotant au rivage adonc estrainte d’une merveilleuse douleur se getta en la mer & en embrassant le corps pery elle fut noyee. Pource dit au bon chevalier que tant ne doibt aymer son delit que pour ce doye mettre sa vie en trop grant aventure. Si dit ung sage. je me esmerveille de ce que je voy tant de perilz souffrir pour le delit du corps/ & faire si petite pourveance a l’ame qui est perpetuelle.
xlii Alegorie.
Comme l’auctorité deffend que il n’ait si chiere sa plaisance peult estre entendu le commandement qui dit. Tu ne parleras point faulx tesmoignages contre ton prochain. Et si est deffendu ce dit sainct augustin toute faulse accusation/ murmuration/ detraction/ tout faulx rapport/ & diffamation d’aultruy & est assavoir ce dit ysodore que le faulx tesmoing fait villanie a trois parties/ c’estassavoir a dieu que il despite en le parjurant/ au juge que il desçoyt en mentant/ & a son prochain que il blesse en faulcement contre luy deposant. Et pour ce dit l’escripture.
Testis falsus non erit impunitus/ & qui loquitur mendacia non effugiet. Proverbiorum. xix. capitulo.

xliii Texte
Rens helaine s’on la demande Car en grant meffait gist amende Et mieulx vault tost paix consentir Que tard venir au repentir
xliii Glose.
Helayne fut femme au roy menelaus & ravie par paris en grece/ & quant les grecz furent venus sur troye a grant armee pour la vengeance d’icelluy fait/ ains qu’ilz meffeissent a la terre ilz requirent que helayne leur fust rendue & amende leur fust faicte de celle offence ou si non ilz destruiroient le pays/ et pource que riens n’en voulurent faire les troyens s’en ensuyvit le grant meschief qui depuis leur advint/ pour ce veult dire au bon chevalier que se il a folie encouvenancee mieulx lui vault la delaisser & faire paix que la poursuyvre que mal ne luy en aviengne. pour ce dit le philosophe Platon. Se tu as fait injure a qui que ce soit tu ne doibs estre aise jusques a tant que tu soyes a luy accordé et fait paix.
xliii Alegorie.
Helayne qui doit estre rendue peult estre entendu le commandement qui dit. Tu ne desireras point la femme de ton prochain par quoy est deffendu ce dit sainct augustin la pensee & la voulenté de faire fornication dont le fait est deffendu devant par le. vi. commandement/ car dit nostreseigneur en l’evangile.
Qui viderit mulierem ad concupiscendam eam jam mechatus est in corde suo. Matthei. vi. capitulo.

xliiii Texte
Ne ressemble pas la deesse Aurora qui rent grant leesse Aux aultres quant vient a son heure Et pour soy tient tristesse & pleure.
xliiii Glose.
Aurora c’est le point du jour & disent les fables que c’est une deesse et que elle eut ung sien filz occis en la bataille de troye qui cinus fut nommé & pour ce que deesse estoit elle avoit la puissance de ce faire elle mua le corps de son filz en ung cinne & de la vindrent les premiers cinnes. Celle dame estoit de sy grant beaulté que elle resjouissoit tous ceulx qui la veoyent/ mais toute sa vie ploura son filz cinnus qui fut mort & encore le plore ce dit la fable/ car la rousee qui chiet au point du jour disent que c’est aurora qui plore son filz cinnus/ Pource dit que le bon chevalier qui par ses bonnes vertus resjouist les aultres ne doibt estre triste mais joyeux & moderé gratieusement/ pource dit Aristote a Alixandre le grant/ quelque tristesse que ton cueur ait doibs tousjours monstrer lyé visage devant ta gent.
xliiii Alegorie
Aurora qui pleure pouons entendre que nul desir ne doibt plourer en nous par couvoiter chose non deue. Et par ce pouons nous noter le .x. et derrenier commandement qui dit. Tu ne couvoiteras pas la maison de ton prochain/ ne son beuf/ ne son asne/ ne chose que il ait/ parquoy ce dit sainct Augustin est deffendue la voulenté de faire larrecin ou rapine/ dont le fait est deffendu devant par le .vii. commandement/ et a ce propos dit David en son psaultier.
Nolite sperare in iniquitate. Rapinas nolite concupiscere.

xlv Texte.
Pour tant se pasiphé fut folle Ne vueilles lire en ton escolle Que telles soyent toutes femmes Car il est maintes vaillans dames
xlv Glose.
Pasiphé fut une royne et disent aucunes fables que elle fut femme de grant dissolution & mesmement que elle ayma ung thoreau et que mere fut mynothaurus qui fut moitié homme & moitie thoreau qui est a entendre que elle acointa ung homme de vile condicion de qui elle conceut ung homme qui estoit de grant cruaulté & de merveilleuse force/ et pource qu’il eut forme de homme & nature de thoreau & ce que il fut fort et de grant aspreté et si mauvais que tout le pays essilloit/ disrent les poetes par fiction que il fut moitié homme et moitié toreau et pour ce se ceste dame fut de vile condicion veult dire au bon chevalier que il ne doit dire ne souffrir qu’il soit dit que toutes femmes soient semblables comme la verité soit manifeste au contraire. Galien aprint la science de medecine de une moult vaillante femme & sage appellee clempare qui luy aprint a congnoistre maintes bonnes herbes et leurs proprietez.
xlv Allegorie.
Pasiphé qui fut folle pouons entendre l’ame retournee a dieu. Et dit saint gregoire es omelies que plus grant joye est menee aux cieulx d’une ame retournee a dieu que de ung qui a tousjours esté ainsi comme le capitaine en la bataille ayme mieulx le chevalier qui s’en estoit fuy et puis est retourné/ & apres son retour a fort navré l’ennemy que cellui qui n’a fait nul beau fait. et comme le laboureur aime mieulx la terre qui apres les espines porte abondamment fruit que celle qui n’eut oncques nulles espines & n’a point porté fruit. A ce propos dit dieu par le prophete.
Revertatur unusquisque a via sua pessima & propicius ero iniquitati & peccato ipsorum. Hieremie. xxvi. ca.

xlvi Texte
Se filles as a marier Et tu les veulx aparier A hommes dont ne mal te vienne Du roy adrastus te souvienne
xlvi Glose.
Adrastus fut roy de arges & moult puissant & preudhoms deux chevaliers errans l’un appelle polmites & l’autre thideus se combatoient par nuyt obscure soubz le portail de son palais dont l’un calengoit le logis de l’autre pour cause du fort temps & de la grosse pluye qui les avoit toute nuit tormentez & la s’estoient d’aventure embatus/ A celle heure le roy se leva qui avoit ouy la noise de espees sur les escus & vint departir les deux chevaliers. Polmites estoit filz au roy de thebes & thideus a ung aultre roy de grece mais de leurs terres furent exillez/ grandement honnora Adrastus les deux barons puis leur donna en mariage deux moult belles filles que il avoit/ apres pour mettre polmites au droit de sa terre que ethiocles son frere tenoit fist grant armee le roy adrastus & sur thebes allerent a grant ost desconfitz & mors & prins y furent tous & les deux gendres du roy mortz/ & les freres dont le descord estoit s’entre occirent en la bataille & ne demeura de tous fors adrastus luy tiers de chevaliers/ & pour ce que a gens exillez remettre en leurs droictz a moult affaire dit au bon chevalier que en tel cas doibt avoir conseil & se doibt mirer en la dicte aventure/ & comme Adrastus eut songé une nuyt que il donnoit ses deux filles par mariage a ung lyon & a ung dragon qui ensemble se combatoient/ dit l’expositeur des songes que songe vient de la fantasie qui peult estre demonstrance de bonne ou de male aventure qui doibt advenir aux creatures.
xlvi Alegorie
Ou il est dit que se filles a a marier que il garde a qui il les donnera/ nous pouons entendre que le bon esperit chevalereux a dieu doibt bien regarder a qui il s’acompaigne s’il advient qu’en compaignie vueille aller comme fist le bon thobie/ aussi doit toutes assigner ses pensees en sainctes meditations & dit sainct augustin en ung epistre que ceulz qui ont aprins de nostreseigneur a estre debonnaire & humbles proffitent plus en meditant & en priant que ilz ne font en lysant & en oyant/ pource disoit david en son psaultier.
Meditabar in mandatis tuis que dilexi.

xlvii Texte
De cupido/ se jeune & cointes Es/ assez me plaist que t’acointes Par mesure comment qu’il aille Il plaist bien au dieu de bataille.
xlvii Glose
Cupido c’est le dieu d’amours/ & pource qu’il ne messiet point a jeune chevalier estre amoureux de dame qui soyt vaillable/ ains en pevent mieulx valoir ses condicions mais que le moyen y sache garder & qui est chose assez advisant aux armes/ dit au bon chevalier que elle consent assez que de cupido s’acointe/ & dit ung philosophe que aymer de bon courage vient de noblesse de cueur.
xlvii Alegorie
Que bien plaist au dieu de bataille que de cupido s’acointe peult estre entendue penitance se le bon esperit repentant de ses pechez batailleur contre les vices est jeune & nouvel entré la droicte voye bien plaist au dieu de bataille c’est jesuchrist que il s’acointe de penitence & que jesuchrist par sa digne bataille fut nostre redempteur dit sainct bernard/ quel mot dit il de plusgrant misericorde peult on dire au pecheur qui estoit damné que la ou il s’estoit vendu par peché a l’ennemy d’enfer & n’avoit de quoy se racheter dieu le pere dist pren mon filz & le baille pour toy & le filz dist pren moy & te rachete par moy. Cecy ramentoit sainct pierre l’apostre en sa premiere epistre.
Non corruptibilibus auro vel argento redempti estis : sed precioso sanguine quasi agni incontaminati et immaculati jesu christi. prima petri. i. ca.

xlviii Texte
N’occis pas corinis la belle Pour le raport & la nouvelle Du corbel/ car se l’occioyes Apres tu t’en repentiroyes.
xlviii Glose
Corinis fut une damoiselle comme dit une fable que phebus ayma par amours le corbel qui adonc le servoit luy apporta qu’il avoit veu corinis s’amye gesir avec ung aultre damoisel/ de celle nouvelle fut tant dolent phebus que il occist s’amye des que il la veit mais a merveilles s’en repentit apres dont le corbel qui guerdon attendoit a avoir de son seigneur pour ce bien fait en fut mauldit & chassé & la plume que il souloit avoir blanche comme nege luy mua phebus en noire en signe de douleur & l’ordonna phebus des lors porteur & anonceur de males nouvelles/ & peult estre entendue l’exposition que le serviteur d’aulcun puissant homme luy raporta semblables nouvelles dont il fut chassé & deffait. Pour ce veult dire que le bon chevalier ne se doibt avansser de dire a son prince nouvelles dont il ait le cueur couroussé/ car a la fin ne luy en pourroit bien venir/ & aussi ne doibt croire raport qui luy soit fait par flaterie. A ce propos dit le philozophe hermes. Ung raporteur ou controuveur de nouvelles ou il ment a celuy a qui il les raporte ou il est faulz a celuy de qui il les dit.
xlviii Alegorie
Corinis qui ne doibt estre occise nous entendrons nostre ame que nous ne devons occire par peché mais bien la garder. Et dit sainct augustin que l’ame doibt estre gardee comme le coffre qui est plain de tresor & comme le chastel qui est assiegé des ennemys & comme le roy qui se repose en sa chambre de retrait et doibt estre ceste chambre close de cinq portes qui sont les cinq sens de nature & n’est aultre chose clorre ses portes sinon que retraire les delectations des cinq sens et s’il advient que l’ame doye yssir par ses portes a ses operations foraines elle doibt meurement & rassisement & en discretion yssir & ainsi comme les princes quant ilz veullent yssir de leurs chambres ou ilz ont huyssiers devant eulx tenans maces pour faire voye en la presse/ ainsi quant l’ame doit yssir a veoyr ouyr/ parler/ & sentir/ elle doibt avoir devant soy paour pour huyssier qui doibt avoir pour mace la consideration des peines d’enfer & du jugement de dieu/ & de ainsi garder son ame amonneste le sage.
Omni custodia serva tuum cor quoniam ex ipso vita procedit. Proverbiorum. iiii. capitulo.

xlix Texte
De juno ja trop ne te chaille Se le nouel mieulx que l’escaille D’honneur/ desires a avoir Car mieulx vault prouesse qu’avoir
xlix Glose
Juno c’est la deesse d’avoir selon les fables des poetes et pource que avoir et richesse convient acquerir a grant peine soing & travail & que tel soing peult destourner honneur acquerre & comme honneur et vaillance soit plus louable que richesse d’autant comme le nouel vault mieulx que l’escaille/ si veult dire au bon chevalier que il n’y doibt mettre si fort sa felicité que vaillance en soit delaissee a poursuyvir. A ce propos dit hermes que mieulx vault avoir povreté en faisant bonnes oeuvres que richesse acquise laidement comme valeur soit perpetuelle & richesse deffaillance.
xlix Alegorie
Juno dont il est dit que trop ne luy doibt chaloir est prins pour richesses & que le bon esperit les doibt despriser dit sainct bernard/ o filz d’adam lignee couvoiteuse a quoy aymez vous tant ces mondaines richesses qui ne sont vrayes ne vostres & vueillez ou non il les vous fault laisser a la mort/ & dit l’evangile que le chameau passeroit plus ayseement par le pertuys d’une esguille que le riche n’ataindroit au royaulme des cieulx/ car le chameau n’a que une boce sur son dos/ mais le mauvais riche en a deux/ une de mondaines possessions & l’autre de pechez/ il fault qu’il laisse sa premiere boce a la mort/ mais l’autre vueille ou non il l’emporte avec soy se il ne la laisse avant que il meure. A ce propos dit nostreseigneur en l’evangile.
Facilius est camelum per foramen acus transire/ quam divitem intrare in regum celorum. Matthei. xix. capitulo.

l Texte.
Contre le conseil amphoras Ne va destruire ou tu mourras La cité de thebes ne d’arges N’assemble ost n’escus ne targes
l Glose
Amphoras fut moult sage clerc de la cité d’arges/ & trop sceut de science. Et quant le roy adrastus voulut aler sur thebes pour la cité destruire/ amphoras qui par science sçavoit que mal luy en vendroit dist au roy que ja n’y alast et que se il y aloit tous y seroient mors et destruis mais il n’en fut mie creu sy avint comme il l’eut dit. Pour ce veult dire au bon chevalier que le conseil du sage est peu prouffitable a celluy qui n’en veult user.
l Allegorie.
Par le conseil amphoras contre lequel ne doit aler en la bataille pouons noter que le bon esperit doit suivir les sainctes predications ce dit saint gregoire es omelies que ainsi comme la vie du corps ne peult estre soustenue sans souvent prendre sa refection corporelle/ ainsi ne peult la vie de l’ame estre soustenue sans souvent ouyr la parolle de dieu doncques les parolles de dieu que vous ouyez des oreilles corpo[re]lles recevez les en vostre cueur. Car quant la parolle ouye n’est retenue au ventre de la memoire. C’est ainsi comme l’estomac malade qui gette hors la viande et tout ainsi comme en desespere de la vie de celuy qui ne retient riens/ mais gette tout hors. Ainsi est celuy en peril de mort perdurable qui oyt les predicacions et ne les retient ne met a oeuvre/ pour ce dit l’escripture.
Non in solo pane vivit homo sed in omni verbo quod procedit de ore dei. Mathei quarto ca.

li Texte.
Ta langue soit saturnine Ne soit a nul malle voisine Trop parler est laide coustume Et qui l’ot folie y presume
li Glose.
Saturnus comme j’ay dit devant est planette lente & tardive et sage. Pour ce dit au bon chevalier que sa langue luy doit ressembler car langue doit estre tardive en ce que elle ne parle trop/ et sage que de nul ne mesdie ne ne dye chose dont on s’en puist presumer folie/ car dit ung sage. A la parolle congnoist on le sage & au regard le fol.
li Allegorie.
La langue qui doibt estre saturnine/ c’est a entendre lente de parler dit a ce propos hugues de saint victor que la bouche qui n’a la garde de discretion est ainsi comme la cité qui est sans mur comme le vaissel qui n’a point de overture comme le cheval qui n’a point de frain comme la nef qui est sans gouvernail la langue mal gardee glice comme l’anguille/ perce comme sayette volle tost pert amis et multiplie ennemis noyses esmeut/ & seme discorde/ a ung coup frape & tue plusieurs personnes. Qui garde sa langue il garde son ame/ car la mort ou la vie sont en la puissance de langue. A ce propos dit david en son psaultier.
Quis est homo qui vult vitam dies diligit videre bonos prohibe linguam tuam a malo et labia ne loquantur dolum.

lii Texte.
Croy la corneille et son conseil Jamés ne soyes en esveil De malle nouvelle apporter Le plus seur est s’en deporter