Les cent histoires de troye. (continued 2)
Reading edition
lii Glose.
La corneille ce dit la fable encontra le corbeau quant il portoit la nouvelle a phebus de s’amie corinis qui s’estoit meffaicte et tant luy enquist que il lui dist l’occasion de son erre/ mais elle desloua par luy donner exemple d’elle mesmes qui pour semblable cas avoit esté chassee de l’ostel pallas ou jadis souloit estre bien avancee/ mais il ne la voulut pas croire dont mal lui en ensuivit pour ce dit au bon chevalier que la corneille doit croire. Et dit platon. Ne soyes pas jengleur ne au roy grant raporteur de nouvelles.
lii Allegorie.
Que la corneille doive estre creue veult dire que le bon esperit doibt user de conseil sicomme dit sainct gregoire es moralles que force ne vault riens ou conseil n’est car force est tantost abatue se elle n’est appuyee par le don de conseil et l’ame qui a perdu dedens soy le siege de conseil par dehors se espart en divers desirs pource dit le sage.
Si intraverit sapientia cor tuum consilium custodiet te & prudentia servabit te. proverbiorum secundo. c.

liii Texte.
S’a plus fort de toy tu t’efforce A faire plusieurs jeux de force Retray toy que mal ne t’en vienne De ganimedes te souvienne
liii Glose
Ganimedes fut ung jouvencel de la lignee aux troyens et dit une fable que phebus et luy estoient ung jour ensemble a getter la barre de fer/ et comme ganimedes ne peult contre la force de phebus fut occis par le rebondissement de la barre/ que phebus eut si hault balancee qu’il en eut la veue perdue. Et pour ce dit que a trop plus fort & plus puissant de soy n’est mie bon l’estrif car n’en peult venir si non inconvenient. Si dit ung sage soy jouer avec les hommes de mal gracieux jeux est signe d’orgueil et fine communement par ire.
liii Allegorie.
Comme il est dit que contre plus fort de soy ne se doibt efforcer est a entendre que le bon esperit ne doit entreprendre trop forte penitence sans conseil/ de cecy dit saint gregoire es morales que penitence ne proffite point se elle n’est discrete ne la vertu de abstinence ne vault riens se elle n’est sy ordonnee que elle ne soit pas plus aspre que le corps ne peult souffrir. Et pour ce conclud que nulle simple personne ne doit entreprendre penitence sans conseil de plus discret de luy/ pour ce dit le sage es proverbes.
Ubi multa consilia ibi erit salus. Proverbiorum. ii. ca.
Et le proverbe commun
Omnia fac cum consilio et postea non penitebis.

liiii Texte
Ne ressemble mye Jason Qui par medee/ la toison D’or conquist/ dont puis luy tendit Tres mauvais guerdon & rendit
liiii Glose.
Jason fut ung chevalier de grece qui alla en estrange contree c’estassavoir en l’isle de colcos par l’enditement peleus son oncle qui par envie sa mort desiroit la avoit ung mouton qui la toison avoit d’or & par enchantement estoit gardé mais comme si forte en fust la conqueste que nul n’y venist qui n’y perdist la vie. Medee qui fille fut au roy de celle contree tant print grand amour a Jason que par les enchantemens que elle sçavoit dont souveraine maistresse estoit donna charmes & aprint enchantemens a Jason par quoy il conquist la toison d’or & dont il eut honneur sur tous les chevaliers vivans et fut restoré de mort par Medee a qui il eut promis a tousjours estre loyal amy/ mais apres foy lui mentit & aultre ayma & du tout la laissa & relenquit nonobstant fust elle de souveraine beaulté. Pource dit au bon chevalier que jason ne vueille ressembler qui trop fut descongnoissant & desloyal a celle qui trop de bien luy avoit fait comme ce soit villaine chose a chevalier & a tout noble de estre ingrat & mal congnoissant d’aulcun bien s’il l’a receu soit de dame damoiselle ou aultre ains luy en doibt souvenir & le guerdonner a son pouoir. A ce propos dit Hermes. Ne vueilles point attendre a remunerer a celuy qui t’a bien fait/ car souvenir t’en doibt a tousjours.
liiii Alegorie.
Jason qui fut ingrat ne doibt le bon esperit ressembler qui des benefices receuz de son createur ne doibt estre ingrat & dit sainct bernard sur cantiques que ingratitude est ennemye de l’ame/ amendrissement de vertus/ dispersion de merites/ perdicion de benefices. Ingratitude est ainsi comme ung vent sec qui seche la fontaine de pitié/ la rousee de grace & le russel de misericorde. A ce propos dit le sage.
Ingrati enim spes tanquam hibernalis glacies tabescet & dispariet tanquam aqua supervacua. Sapientie xvi. capitulo.

lv Texte
De la serpent gorgon te gardes Gard bien que tu ne la regardes De perseus ayes memoire Il t’en dira toute l’hystoire.
lv Glose
Gorgon ce dit la fable fut une damoiselle de souveraine beaulté mais pour ce que phebus jeut avec elle au temple dyane tant s’en couroussa la deesse que elle le transmua en serpent de tres horrible figure & avoit telle proprieté celle serpent que tout homme qui la regardoit estoit soubdainement mué en pierre et pour le mal qui d’elle ensuivoit. Perseus le vaillant chevalier alla pour combatre a la fiere beste & en la resplendeur de son escu qui tout fut d’or se myroit pour non regarder la male serpent & tant fist que le chief luy trencha. Mainte exposition peult estre faicte sur la dicte fable et peult estre entendue gorgon pour une cité ou ville qui ja souloit estre de grant bonté/ mais par les vices des habitans devint serpent & venimeuse c’est a entendre que maintz maulx faisoit aux marches voisines comme de tout rober & piller & les marchans & aultres trespassans estoient prins retenuz & mys en d’esctroicte prison & ainsi estoient muez en pierre. Perseus se mira en sa chevalerie & alla combatre contre celle cité & la print & luy osta le pouoir de plus mal faire/ et ainsi peult estre une dame moult belle & de maulvais affaire qui par sa couvoitise maint desnua de leur avoir/ & aultres plusieurs entendemens y pevent estre mys. Pource veult dire au bon chevalier que il se garde de non regarder chose mauvaise qui a mal se peult attraire. Et dit aristote/ fuys gens plains d’iniquité/ & ensuy les sages & estudie en leurs livres & te mire en leurs faictz.
lv Alegorie
Que gorgon ne doye regarder/ c’est que le bon esperit ne doit regarder ne penser aux delicez quelconques/ mais soy mirer en l’escu de estat de perfection et que delices soyent a fuyr dit Crisostome que comme c’est impossible que le feu arde en l’eaue ainsi est ce impossible que compunction de cueur soit entre les delices du monde ce sont deux choses contraires et qui destruisent l’un l’autre/ car compunction est mere de larmes et les delices engendrent ris/ compunction restraint le cueur et les delices l’alargissent. A ce propos dit l’escripture.
Qui seminant in lacrimis : in exultatione metent.

lvi Texte
Se amour t’acourcist la nuyt Garde que phebus ne te nuyt Parquoy tu puisses estre prins Es liens vulcan & surprins.
lvi Glose
Dit une fable que mars & venus s’entraymoient par amours/ avint une nuyt que les deux amans bras a bras furent endormis. Phebus qui cler voyt les surprint & apperceut a vulcan le mari les accusa/ adonc lui qui en ce point les veit forgea une chaine & ung lien comme celuy qui est febvre des dieux et au ciel forge les fouldres & de ses chaines d’arain tous deux les lya ensemble si que mouvoir ne se peurent/ & ainsi les surprint & monstra aux aultres dieux & tel s’en rioyt qui bien eust voulu en semblable mesfait estre escheu. Ceste fable peult estre notee a plusieurs entendemens & mesmes aulcuns pointz touchans la science d’astronomye & aussi arquemie. Pource dit au bon chevalier que il se garde en quelque cas que ce soit d’estre surprins par oubly de temps. Et dit ung sage. A peine est il chose si secrete que d’aulcun ne soit apperceue.
lvi Alegorie
La ou l’auctorité dit que se amour t’acourcist la nuyt nous dirons que le bon esperit se doit garder des agaz de l’ennemy/ de cecy dit sainct leon pape que l’ancien ennemy qui se transfigure en ange de lumiere ne cesse de tendre partout les las de ses tentations & de espier comment il puisse espier la foy des creans/ il regarde qui il embrasera de feu de couvoitise/ qui il enflammera de l’ardeur de luxure/ a qui il proposera les athemans de gloutonnie/ il examine de toutes les coustumes/ discute les cueurs/ conjecture les affections/ & la quiert il cause de nuyre ou il trouve la creature plus diligemment encline et occupee/ pource dit sainct pierre.
Sobrii estote & vigilate quia adversarius vester diabolus tanquam leo rugiens circuit querens quem devoret. secunde petri ultimo capitulo.

lvii Texte
Thamaris ne desprise pas Pour tant se femme est du pas Te souvienne ou cirus fut pris Car chier compara le despris
lvii Glose
Thamaris fut royne moult vaillante dame plaine de grant prouesse et de grant hardement et moult sage en armes & en gouvernement. Cirus le grant roy de perse qui avoit conquis mainte region avec grand ost se esmeut pour aller contre la royne de femenie dont il prisoit moult petit la force/ mais elle qui fut experte et subtille au mestier d’armes le souffrit entrer en son royaulme sans soy mouvoir jusques a ce que il se fut mys es destrois passages entre montaignes ou il y avoit moult fort pays/ adonc par embuschemens que thamaris eut fait faire fut assailly Cirus de toutes pars de l’ost des femmes & atant fut mené que prins fut & ses gens tous mortz & prins/ la royne devant elle le fist mener & trencher luy fist le chief & getter en une cuve plaine de sang de ses barons qu’elle eut fait decoler devant luy/ si dist. Cirus qui oncques ne fut saoulé de sang humain. or en peulz boire ton saoul. & ainsi fina cirus le puissant roy de perse qui oncques n’avoit peu estre vaincu en nulle bataille. Pour ce dit au bon chevalier que ja ne soit sy oultrecuidé qu’il n’ait doubte que mal cheoir luy peult par aulcune fortune & par moindre de soy. A ce propos dit Platon. Ne desprise nul pour sa petite faculté/ car ses vertus pevent estre grandes.
lvii Alegorie
Thamaris qui ne doibt estre desprisee pourtant se elle fut femme/ c’est que le bon esperit ne doibt despriser ne haÿr l’estat d’humilité soit en religion ou aultre estat/ & que humilité soit a louer dit Jehan cassian que nullement ne peult l’edifice de vertus en nostre ame soy eslever ne dresser se premierement ne sont goustez en nostre cueur les fondemens de vraye humilité lesquelz assis tresfermement puissent soustenir la haultesse de perfection & de charité/ pource dit le sage.
Quanto major es humilia teipsum in omnibus & coram deo invenies gratiam. Ecclesiastici. iii. capitulo.

lviii Texte
Ne laisse ton sens avorter A fol delict/ ne emporter Ta chevance/ se demandee T’est/ et te mires en medee
lviii Glose.
Medee fut une des plus sachans de sors et de sciences qui oncques fut selon les hystoires. Non obstant ce elle laissa son sens avorter a sa propre voulenté pour son delict acomplir quant a folle amour se laissa maistrier si que en Jason mist son cueur et luy donna honneur corps et chevance dont mauvais guerdon lui rendit. Pour ce dit que le bon chevalier ne doit en soy laisser vaincre raison a fol delict en quelconques cas se il veult user de la vertu de force et dit platon ung homme de legier courage s’ennuye tost de ce qu’il ayme.
lviii Allegorie.
Que son sens ne laisse avorter a fol delict peult estre entendu que le bon esperit ne doit laisser seigneurier sa propre voulenté/ car se la seigneurie de sa propre voulenté ne cessoit il ne seroit point d’enfer ne le feu d’enfer n’auroit point de seigneurie mais que sur la personne qui laisse seigneurier sa propre voulenté. Ta propre voulenté se combat contre dieu et se orguillist c’est ce qui despouille paradis & revest enfer & vuide la value du sang de jesucrist et soubmet le monde a la servitude de l’ennemy. A ce propos dit le sage.
Virga atque correctio tribuent sapientiam puer autem qui dimittitur proprie voluntati confundet matrem suam. proverbiorum. xxix. ca.

lix Texte.
Se a cupido es subgés Garde toy du grant enragés Que la roche ne soit boutee Sur achis et sur galathee
lix Glose.
Galathee fut une nymphe ou une deesse qui aymoit ung jouvencel qui achis estoit nommé ung geant de layde estature estoit amoureux de galathee & tant les espia que tous deux les apperceut au creux d’une roche/ adonc fut surprins de soudaine rage de jalousie/ et tellement escroula la roche que tout en fut achis agraventé mais galathee qui nymphe fut se ficha en la mer et par ce fut eschapee. Si est a entendre que le bon chevalier se garde en tel cas d’estre surprins de tel qui ait puissance de ce faire.
lix Allegorie
Que du geant se gard qui a cupido est subget c’est que le bon esperit bien se gard que nulle ymaginacion n’aye au monde ne aux choses d’icelluy/ ains ait tousjours souvenance que toutes choses mondaines sont de peu de duree/ et dit saint jerosme sur geremie que il n’est riens qui doive estre reputé long envers les choses qui prennent fin et tout nostre temps envers la trinité de paradis. A ce propos dit le sage.
Transierunt omnia velud umbra et tanquam nuncius percurrens Sapientie. ca. v.

lx Texte
Fuys la deesse de discorde Maulx sont ses liens et sa corde Les nopces peleus troubla Dont puis mainte gent assembla
lx Glose
Discorde est une deesse de malaffaire & dit une fable que quant peleus espousa la deesse Thetis dont puis fut né achilles jupiter & tous les dieux et les deesses furent aux nopces mais la deesse de discorde n’y fut pas mandee. Et pour ce comme envieuse vint sans mander mais n’y vint mie pour neant car bien y sceut servir de son mestier. Adonc estoient assises au disner a une table les trois deesses pallas/ Juno/ venus. Adonc vint dame discorde qui getta sur la table une pomme d’or ou il eut escript soit donnee a la plus belle/ adonc fut la feste troublee car chascune soustenoit que avoir la devoit/ devant jupiter alerent pour juger de ce discord mais ne voulut complaire a l’une ne desplaire a l’autre pour ce mist le debat sur paris de troye qui pasteur estoit adonc comme sa mere eut songié quant de luy estoit enssainte/ que il devoit estre cause de la destruction de troye/ pour ce fut envoié en la forest au pasteurs a qui il cuidoit estre filz/ et la mercurius qui conduisoit les dames luy dit qui filz il estoit. Adonc il laissa brebis a garder et a troye ala devers son grant parente ainsy le tesmoingne la fable ou la vraye hystoire est mussee soubz couverture. Et pour ce que soventesfois mains grans meschiefz aviennent par discorde et debat et comme ce soit treslaide coustume estre discordant dit au bon chevalier que discorde doibt fuyr/ et pour ce dit le philosophe pitagoras. ne va pas en la voye ou croissent les haynes.
lx Allegorie.
Comme il est dit que discorde doit fuir. Ainsi doit le bon esperit fuir tous empeschemens de conscience/ et que contens & riotes soyent a eschever dit cassiodore sur le psaultier souverainement dit il fuy contens et riotes car contendre contre paix est enragerie contendre contre son souverain c’est forcennerie & contre son subject cest grant villennie. Pource dit saint pol l’apostre.
Non in contentione et emulatione. Ad romanos.

lxi Texte.
N’oublies mie le meffait Se tu l’as a qui que ce soit fait Car il t’en garde le guerdon Destruit en fut leomedon
lxi Glose.
Leomedon comme j’ay dit devant fut roy de troye et grant villennie eut fait aux barons gregois de les exiller de sa terre laquelle ilz n’oublirent mie/ ains oublié l’eut leomedon quant les gregois luy coururent sus qui le surprindrent despourveu si le destruirent et occirent pour ce dit au bon chevalier que se il a a aucun meffait que il soit sur sa garde/ car estre peult certain que celluy ne l’oubliera mie ains s’en vengera quant il pourra en temps et en lieu. Et a ce propos dit hermes gardes que tes ennemys ne te surprennent despourveument.
lxi Allegorie
Que il ne doibt oublier le meffait se il l’a a aultruy meffait peult estre entendu que quant le bon esperit se sent encheu en peché par faulte de resistence il doit penser que punition en sera faite comme il est des damnez se il ne s’amende/ et de ce dit sainct gregoire que la justice de dieu va maintenant tout bellement et a lent pas mais au temps advenir elle recompensera plus griefvement la misericorde tardera de son attente. A ce propos dit le prophete joel.
Convertimini ad dominum deum vestrum quia benignus et misericors est patiens & multe misericordie prestabilis super maliciam. Ihoelis tercio ca.

lxii Texte.
S’il advient que d’amours affolles Garde au moins a qui tu parolles Que ton fait ne soit emmeslé Souvienge toy de semellé
lxii Glose
Dit une fable que semelle fut une damoiselle que jupiter ayma par amours juno qui en jalousie en fut print la semblance d’une ancienne femme et vint a semelle et par belles parolles la print a raisonner et tant fist que semelle luy congneut toute l’amour d’elle et de son amy & d’estre bien aymee & congneue de son amy s’alloit vantant. Adonc la deesse dist a celle qui garde ne se prenoit de la decepvance que de riens ne s’estoit encore apperceue de l’amour de son amy mais quant elle seroit avecques luy que elle luy requist ung don/ & quant bien luy auroit promis & accordé que elle luy demandast que en telle maniere la voulsist accoler comme il accoloit juno sa femme quant avec elle se vouloit solacier & par celle maniere pourroit appercevoir l’amour de son amy. Semelle ne l’oublia mie/ et quant la requeste eut faicte a jupiter qui promis luy eut/ et comme dieu ne le peult rapeller en fut moult dolent et bien sceut que elle avoit esté deceue. Adonc print jupiter semblance de feu et accola s’amye qui en peu d’heure fut toute arse et brouye/ dont a jupiter moult pesa de l’aventure. Sur ceste fable pevent estre mis plusieurs entendemens & mesmes sur la science d’astronomie/ comme disent les maistres/ mais il peult estre que par aucune voye fut deceue une damoiselle par la femme de son amy pour quoy lui mesmes la fist mourir par ignorance. Et pour ce dit au bon chevalier que il se doit garder quant il parle de chose que il veult celer devant qui il la propose & a qui il parle/ car par les circonstances pevent estre entendues les choses pour ce dit hermes/ ne revele point les secretz de tes pensers fors a ceulx que tu auras bien esprouvez.
lxii Allegorie.
Que il garde a qui il parle pouons entendre que le bon esperit quelque soient ses bonnes pensees se doibt garder en tous cas ou il pourroit cheoir male suspicion a aultruy comme dit saint augustin au livre de verbis que nous ne devons pas tant seulement avoir cure d’avoir bonne conscience/ mais tant comme peult nostre enfermeté tant comme la diligence de fragilité humaine devons avoir cure que nous ne façons chose qui vienne a mauvaise suspicion a noz freres. A ce propos dit saint pol.
In omnibus prebe te exemplum bonorum operum. Ad titum. ii. ca.

lxiii Texte.
Ne suys mie trop le deduit De diane/ car il n’a duit Aux poursuivans chevalerie Eux amuser en chasserie
lxiii Glose
Dyane est appellee deesse des boys et de chasserie. si veult dire que le bon chevalier poursuivant le hault nom des armes ne se doit trop amuser en deduit de chace car c’est chose qui appartient a oysiveté. Et dit aristote que oysiveté permaine a tous inconveniens.
lxiii Allegorie
Que le deduit diane ne doye trop suivir qui est dicte pour oysiveté peut mesmes noter le bon esperit et que elle soyt a eschever/ dit sainct gregoire fai tousjours aucune oeuvre de bien/ a ce que l’ennemy te treuve occupé en aucune bonne excitacion. A ce propos est il dit de la sage femme.
Consideravit semitas domus sue & panem ociosa non comedit Prover. xxxi. ca.

lxiiii Texte.
Ne te vantes/ car mal en print A yraignes qui trop mesprint Que contre pallas se vanta Dont la deesse l’enchanta
lxiiii Glose
Yraignes ce dit une fable fut une damoiselle moult subtille en l’art de tissir et de filerie/ mais trop se oultrecuida de son savoir/ et de fait se vanta contre pallas dont la deesse s’ayra contre elle qui pour icelle vantance la mua en yraigne. Et dist puis que tant se vantoit de tissir & filer a tousjours mais fileroit et tristroit ouvrage de nulle value/ & adonc devindrent elles yraignes qui encore filent & tissent si peut estre que aucune se vanta contre sa maistresse dont mal luy en print en aucune maniere.
Pource dit au bon chevalier que vanter ne se doibt/ et moult est laide coustume a chevalier estre vanteur & qui trop peult abaisser le los de sa bonté/ & semblablement dit platon quant tu feras une chose mieux que ung aultre garde de te vanter car ta valeur en seroit trop moindre.
lxiiii Allegorie
Que il ne se doit vanter pouons dire que le bon esperit se garde de vantise Et contre vantance dit saint augustin ou dousieme livre de la cité de dieu que vantance n’est pas vice de louenge humainne/ mais est vice de l’ame parfaite qui ayme la louenge humainne et despite la vraye tesmoignance de sa propre conscience. A ce propos dit le sage.
Quid prosint nobis superbia aut diviciarum jactantia quid contulit nobis. sapien. quinto ca.

lxv Texte.
Se trop grant voulenté te chasse A moult aymer deduit de chasse De adonius au moins te recort Qui fut par le porc sanglier mort
lxv Glose.
Adonius fut ung damoisel moult cointe & de grant beaulté venus l’aima par amours/ mais pour ce que trop il se delectoit en chasserie venus qui se doubtoit que mal luy en veinst par aucune mesaventure par maintes fois luy pria que il se gardast de chasser a la grosse beste mais riens n’en voulut faire adonius si fut occis par ung porc sauvage. Pource dit au bon chevalier que se il veult a toutes fins chasser que il se garde de tel chace dont mal luy peult venir. A ce propos dit sedechias le prophete. Que ung roy ne doit laisser son filz trop user de chasse ne de oysiveté/ ains le doit faire instruire a bonnes meurs et fuyr vanitez.
lxv Allegorie.
Que de adonius luy doibt souvenir peult estre entendu que se le bon esperit est aucunement desvoyé que a tout le moins lui doit souvenir du grant peril de perseverance car comme l’ennemy ait grant puissance sur les pecheurs/ dit saint pierre en sa seconde epistre que les pecheurs sont serfz de corruption & l’ennemy a puissance sur eulx car celluy qui est surmonté d’un aultre en bataille est devenu son serf/ et en signe de ce cy est dit en l’apocalipse.
Data est bestie potestas in omnem tribum et populum. Apocal. xiii. ca.

lxvi Texte.
S’il advient que ennemis t’assaillent Garde que toy ne tes gens ne saillent Contre eulx dont ta cité desample Prens a la prime troye exemple
lxvi Glose.
Quant hercules avec grant foison de grecz vindrent sur la premiere troye & le roy leomedon eut ouy dire leur venue. Adonc luy & toute la gent que il peult avoir en la cité saillirent dehors et allerent contre eulx au rivage & la s’assemblerent par moult fiere bataille et fut la cité reverse de gens et vuidee. Adonc thalamon & ceulz qui embuschez s’estoient atout grant ost pres les murs de la cité se ficha ens & ainsi fut la premiere troye prise/ pour ce dit au bon chevalier que il se garde que par tel tour ne puist estre deceu de ses ennemis. Et dit hermes/ garde toy de l’aguet de tes ennemis.
lxvi Allegorie
Ce que il se doibt garder se ennemys l’aissaillent que sa cité ne soit vuide c’est que le bon esperit se doibt tousjours tenir saisy et rempli de vertu/ & de ce cy dit saint augustin que ainsi comme en temps de guerre les gens d’armes ne se dessaisissent point de leurs armeures & ne les despouillent point jour ne nuit aussi durant le temps de la vie presente ne doivent point estre despouillez de vertus car celluy que l’ennemy treuve sans vertus est ainsy comme celluy que l’adversaire a trouvé sans armeures. Pour ce dit l’evangille.
Fortis armatus custodit atrium suum. Luce. xi. ca.

lxvii Texte.
Trop ne t’assottes de la lire Orpheus se tu veulx eslire Armes pour principal mestier D’instrument suivir ne as mestier
lxvii Glose.
Orpheus fut ung poete et dit la fable que il savoit tant bien jouer de la lire que mesmes les eaues courans en retournoient leurs cours & les oyseaux de l’air/ les bestes sauvagez & les fiers serpens en oublioient leur cruaulté & s’arestoient a escouter le son de la lire. Si est a entendre que il tant bien sonnoit que toute gent de quelque condicion que ilz fussent se delectoient a escouter le poete jouer. Et pour ce que telz instrumens assotent souventesfois les cueurs des hommes dit au bon chevalier que trop ne s’y doibt delecter comme il n’affiere aux poursuivans chevalerie a eux trop amuser en instrumens ne aultres oyseuseté. A ce propos dit une auctorité. Le son de l’instrument est le las du serpent/ et dit platon. celuy qui a du tout mis sa plaisance aux delices charnelz est plus serf que ung esclave.
lxvii Allegorie
La lire orpheus dont ne se doit assoter pouons prendre que l’esperit chevalereux ne se doibt assoter ne amuser en quelconque compaignie mondaine soyent parens ou aultres/ dit sainct augustin au livre de la singularité des clercz que moins est stimulé des aguillons de la chair le solitaire qui ne hante point en la frequentation des voluptez/ et moins sont ilz molestés d’avarice qui ne voient point les riches du monde. pour ce dit david.
Vigilavi & factus sum sicut passer solitarius in tecto.

lxviii Texte
Ne fondes sur avision Ne dessus fole illusion Grand emprinse/ soit droit ou tort Et de paris ayes recort.
lxviii Glose
Pource que paris avoit songé que en grece yroit dont pour celuy songe fut fait grant armee & envoyee de troye en grece ou paris ravit heleyne/ dont pour celluy meffait amender vindrent apres sur troye tout le pouoir de grece qui sy grant pays estoit lors que il duroit jusques au pays que nous appellons pouille & calabre ou ytalie & lors estoit appellé la petite grece/ & d’iceluy pays fut Achiles & les mirmidonnois celle grande quantité de gens confondirent troye & tout le pays.
Pource dit au bon chevalier que sur avision ne doibt emprendre grant chose a faire/ car grant mal en peult venir a grant essoine/ & que grande emprinse ne doye estre faicte sans grande deliberation de conseil/ dit Platon. Ne fay chose que ton sens n’ait avant pourveu.
lxviii Alegorie
Que grant emprinse ne doibt estre faicte pour avision/ c’est que le bon esperit ne doibt nullement presumer de soy ne soy eslever en arrogance pour quelconque grace qui de dieu luy soyt donnee. Et dit sainct gregoire es morales que quatre especes sont esquelles toute l’enfleure des arrogans est demonstree. La premiere quant le bien que ilz ont ilz reputent que ilz le ont de eulxmesmes. La seconde quant le bien que ilz ont se ilz le cuydent avoir eu de dieu si le cuydent ilz avoir bien desservi & receu pour leurs merites. La tierce quant ilz se vantent d’avoir le bien que ilz n’ont mye. La quarte quant ilz desprisent aultruy & desirent que on sache le bien qui est en eulx. Contre ce vice parle le sage es proverbes.
Arroganciam & superbiam & os bilingue detestor. Proverbiorum octavo capitulo.

lxix Texte
Se trop aymes chiens & oyseaulx D’antheon le gent damoyseaulx Qui serf devint/ bien t’en souvienne Et gard qu’autant ne t’en advienne
lxix Glose
Antheon fut ung damoisel moult courtois & de gentilles conditions & trop aymoit chiens & oyseaulx & dit la fable que ung jour chassoit tout seul par une forest espesse ou ses gens l’eurent perdu. Adonc comme dyane la deesse des bois eust chassé par la forest jusques a l’heure de mydi si fut eschauffee & ardant pour l’ardeur du soleil parquoy talent luy vint d’elle baigner en une fontaine clere & belle qui la estoit/ & comme toute nue fust avironnee de nimphes & deesses qui la servoient. Antheon qui garde ne s’en prenoit s’embati sur elle & la deesse veit toute nue a qui pour sa grant chasteté la face de honte rougit & moult fut dolente/ si dist adonc/ pource que je sçay que les damoyseaulx se vantent & gabent des dames & des damoiselles/ affin que vanter ne te puisses que m’ayes veue je t’osteray de parler la puissance. Adonc le mauldit/ & tantost Antheon devint cerf ramage ne il ne luy demeura de sa forme humaine fors seulement l’entendement dont luy plain de grant doleur & de soubdaine paour alloit fuyant par le boscage & tost fut accueilly de ses propres chiens & chassé de sa mesme gent qui par la forest l’aloyent cerchant mais or l’ont trouvé mais ne l’ont mye recongneu la fut attaint Antheon qui devant sa gent ploura a grosses gouttes & voulentiers leur criast mercy se parler peust/ & des lors commencerent les cerfz a plourer a la mort/ la fut antheon occis & martiré a grant douleur de sa mesme mesgnie qui en peu d’heure l’eurent tout devoré.
Sur ceste fable pevent estre faictes maintes diverses expositions/ mais a nostre propos peult estre ung jouvencel qui du tout s’abandonnoit a oyseuseté/ & tout despendit son avoir & sa chevance au delict de son corps & en deduyt de chace & en tenir mesgnie oyseuse/ par ce peult estre dit qu’il fut haÿ de dyane qui notte chasteté & devoré de sa propre gent.
Pource veult dire au bon chevalier que il se garde d’estre surprins en mesmes cas. Et dit ung sage. Oyseuseté engendre ignorance & erreur.
lxix Alegorie
Par antheon qui serf devint/ pouons entendre le vray penitent qui pecheur souloit estre. Or a matté sa propre chair & faicte serve a l’esperit & prins l’estat de penitence. Dit sainct augustin sur le psaultier que penitence est ung faiz bien aisé & une cherge legiere/ & ne doibt estre appellé faiz d’homme ne charge mais asles d’oyseaulx volans/ Car ainsi comme les oyseaulx portent en terre la charge de leurs esles & leurs esles les portent au ciel. Ainsi se nous portons en terre la charge de penitence elle nous portera au ciel. A ce propos dit l’evangile.
Penitentiam agite appropinquabit enim regnum celorum. Matthei. iii. capitulo.

lxx Texte
Ne va pas aux portes de fer Querre Erudice en enfer Pou y gaigna a tout sa lyre Orpheus/ si com j’oy lyre.
lxx Glose
Orpheus le poete qui si bien harpoit dit une fable que il se maria a la belle Erudice/ mais le jour de ses nopces se alloit esbaloyant par ung pray piedz nudz pour la chaleur du temps/ ung pastour couvoita la belle & pour elle efforcer se mist au cours & elle qui devant luy fuyoit pour crainte de luy fut morse au talon d’un serpent qui fut mussé soubz l’herbe/ dont la pucelle fut morte en petite termine/ Trop fut dolent orpheus de celle male aventure & adonc print sa lyre & s’en va aux portes de fer en la valee tenebreuse devant le palais infernal/ & adonc print a herper ung piteux lay & a chanter si doulcement que tous les tormentz d’enfer en appaiserent & tous les infernaulx offices furent cessez pour escouter le son de la lyre/ & mesmement proserpine la deesse d’enfer fut meue de grant pitié/ adonc Pluto Lucifer Cerberus & Acaron qui veirent pour le herpeur les offices delaisser des infernales peines luy rendirent sa femme/ par tel sy que il yroit devant & elle apres sans soy retourner arriere ou il la perdroit sans jamais recouvrer tant que hors fussent saillyz de l’obscur palu/ mais celuy qui trop aymoit ne se peult tenir de se retourner pour s’amye regarder/ & tantost Erudice de lui se depart & reffuyt en enfer ne plus ravoir ne la peult.
Ceste fable peust estre entendue en assez de manieres. Et peult estre ung a qui sa femme fut tollue & puis rendue/ & puis la reperdit/ ou peult estre chastel ou aultre chose. Mais a nostre propos peult estre dit que bien quiert erudice en enfer qui quiert chose impossible ne pour icelle recouvrer on ne se doibt donner melancolie. Ce mesmes dit solin. Somme/ folie est de querre ce qui est impossible a avoir.
lxx Alegorie
Que il ne doye aller querre erudice en enfer/ pouons entendre que le bon esperit ne doibt tendre ne requerir a dieu chose miraculeuse ne merveillable qui est appellee tempter dieu. Et dit sainct augustin sur l’evangile sainct Jehan que la requeste que la creature fait a dieu n’est pas exaulcee quant elle requiert chose qui ne se peult faire ou qui ne se doibt faire ou chose dont elle useroit mal se elle luy estoit ottroyee ou chose qui blesseroit son ame se elle estoit exaulcee/ et pource de la misericorde de dieu vient se il ne donne mie a la creature chose dont il scet qu’elle useroit mal. A ce propos dit sainct jacque l’apostre en son epistre.
Petitis & non accipitis eo quod male petatis. Jacobi. iiii. cap.

lxxi Texte
Se droitz chevaliers veulz congnoistre Et fussent ilz enclos en cloistre L’essay qu’on fist a Achiles T’apprendra a esprouver les
lxxi Glose
Achiles ce dit une fable fut filz a la deesse thetis/ & pource que elle sçavoit comme deesse que se son filz hantoit armes que il y mourroit/ elle qui trop l’aymoit de grant amour le cela en vesture de pucelle & voiler le fist comme nonne en l’abbaye de la deesse vesta/ longuement fut celé achiles tant qu’il fut pres que parcreu. Et dit la fable que la engendra pirrus qui apres fut moult chevalereux en la fille du roy ystrus. Adonc commencerent les grans guerres troyennes & sceurent les grecz par leurs fors que necessité leur estoit d’avoir achiles/ partout fut quis/ mais nouvelle n’en peut estre ouye. Ulixés qui trop fut plain de grant malice par tout le queroit/ si vint au temple/ mais comme il n’en peust appercevoir la verité s’avisa de grant cautelle/ adonc ulixés print aneletz guinples/ conroyes/ aulmosnieres & joyaux a dames & avec ce armeures a chevaliers belles & cointes si getta tout emmy la place present les dames & dist que chascune prensist le mieulx a sa plaisance/ & adonc comme toute chose traye a sa nature/ les dames coururent aux joyaux/ & achiles print les armeures/ & lors le courut embrasser ulixés & dist que c’estoit ce qu’il queroit. Et pource que les chevaliers doibvent estre plus enclins aux armes que aux cointeries mignotes qui aux dames appartiennent veult dire l’auctorité que a ce peult on congnoistre le droit chevalier. A ce propos dit leginon. Le chevalier n’est congneu fors aux armes. Et dit hermes. Esprouvez les hommes avant que y ayez trop grant fiance.
lxxi Alegorie
Ou il dit se droitz chevaliers veulz congnoistre/ nous pouons prendre que le chevalier jesuchrist doibt estre congneu aux armes de bonnes operations/ & que tel chevalier ait le loyer deu aux bons dit sainct hierome que la justice de dieu ainsi comme elle ne laisse nul mal impugny/ aussi ne laisse elle nul bien inremuneré/ si ne doibt doncques aux bons nul labeur sembler dur/ ne nul temps [l]ong quant ilz attendent la gloire perdurable en louyer. Pour ce dit la saincte escripture.
Confortamini & non dissolvantur manus vestre erit enim merces operi vestro. secundi paralipomenon. xv. c.

lxxii Texte.
N’estrivez a athalenta Car plus que toy grant talent a De fort courre/ c’est son mestier De tel cours tu n’as nul mestier
lxxii Glose.
Athalenta fut une nimphe de moult grant beauté mais dure estoit sa destinee car pour cause d’elle plusieurs perdirent la vie. Ceste damoiselle pour sa grant beauté fut de plusieurs couvoitee a avoir en mariage/ mais ung tel edict estoit fait que nul ne l’auroit s’il ne la vaincquoit au cours & se elle le vainquoit il devoit mourir et par celle voye plusieurs moururent. Cestuy cours peult estre entendu en plusieurs manieres/ et peult estre aucune chose moult couvoitee de plusieurs/ mais sans grant travail nul ne la pouoit avoir/ le cours que celle faisoit estoit la deffense et resistence de la chose. Et mesmement peult estre notee la fable ou plusieurs font grant estrif sans necessité/ si veult dire l’auctorité que a homme dur et courageux grant estriveur ne luy doibt chaloir de trop estriver de choses inutiles qui ne sont touchant son honneur/ ne dont il luy puist chaloir/ car maintz grans maulx sont maintesfois ensuivis par tel estrif. Et dit thesibelle. Tu dois faire ce qui est le plus prouffitable au corps/ et le plus convenable a l’ame et fuyr le contraire.
lxxii Allegorie
N’estrives athalenta pouons entendre que le bon esperit ne se doibt point empescher de chose que le monde face ne en quel gouvernement il soit. Et de ce dit saint augustin en une epistre que le monde est plus perilleux quant il est souef aux creatures que quant il est aspre mais plus le voit on moleste et moins s’en doit on empescher & moins quant il attrait a son amour que quant il donne occasion d’estre despité. A ce propos dit jehan l’evangeliste en sa premiere evangile.
Si quis diligit mundum non est caritas patris in eo. i. Jo. ii. c.

lxxiii Texte
Comme Paris ne juge pas Car on reçoipt maint dur repas Par male sentence ottroyer Maintz en ont eu maulvais loyer
lxxiii Glose
Dit la fable que les trois deesses de grant puissance/ c’estassavoir Pallas deesse de sçavoir Juno deesse d’avoir & Venus deesse d’amours vindrent devant paris tenans une pomme d’or qui disoit soit donnee a la plus belle & plus puissant/ de celle pomme fut grant descort/ car chescune disoit que avoir la devoit & sur paris s’en furent mys de ce discort. Paris diligemment voulut enquerre de la force de chescune a par soy. Lors dist pallas/ je suys deesse de chevalerie & de sagesse & par moy sont departies armes aux chevaliers/ & science aux clercz & se la pomme tu me veulx donner saches que sur tous te feray chevalereux & tous aultres passer en toutes sciences. Apres dit juno deesse d’avoir et de seigneurie/ par moy sont departis les grans tresors au monde & se la pomme me veulz donner riche & puissant te feray plus que nul aultre. Apres parla venus par moult amoureuses parolles & dist/ je suys celle qui tient escolles d’amours & de joliveté & qui les folz fais estre sages & les saiges fais foloyer/ les riches fais mendier/ & les exillez enrichir/ ne il n’est puissance qui a la mienne se compare/ & se la pomme tu me veulz donner l’amour a la belle Heleyne de grece te sera par moy donnee qui plus te pourra valoir que ne feroit nul aultre avoir. Et adonc Paris donna sa sentence & renonça a chevalerie & a sagesse & a avoir pour venus a qui il donna la pomme/ pour laquelle achoison fut puis troye destruycte. Si est a entendre pource que Paris ne fut point chevalereux & ne lui chalut de grant sçavoir/ mais en amours furent toutes ses pensees est entendu que a venus donna la pomme d’or. Et pource dit au bon chevalier que semblablement ne doibt faire/ & dit pitagoras/ le juge qui ne juge justement dessert tout mal.
lxxiii Alegorie
Paris qui jugea folement c’est que le bon esperit se doit garder de faire jugement sur aultruy/ de ce parle sainct Augustin contre les manichees que deux choses sont que nous devons par especial eschever/ jugement sur aultruy premierement/ car nous ne sçavons de quel courage sont les choses faictes lesquelles condemner c’est grant presumption si la devons interpreter en la meilleure partie. secondement car nous ne sommes point certains quelz seront ceulx qui maintenant sont bons ou mauvais. A ce propos dit nostreseigneur en l’evangile.
Nolite judicare & non judicabimini in quo enim judicio judicaveritis/ judicabimini. Mathei vii. c.

lxxiiii Texte
En fortune la grant deesse Ne te fies/ n’en sa promesse Car en peu d’heure elle se change Le plus hault souvent gette en fange
lxxiiii Glose
Fortune selon la maniere de parler des poetes peult bien estre appellee la grant deesse/ car par elle nous veons le cours des choses mondaines gouverner & pour ce que elle promet a maintz assez prosperités/ & de fait en donne a aulcuns & les retoult en petit d’heure quant il luy plaist. dit au bon chevalier que il ne se doibt fier en ses promesses ne desconforter pour ses adversitez/ et dit Socrates/ les tours de fortune sont comme engins a prendre poissons.
lxxiiii Alegorie
Par ce que il dit que il ne se doibt fier en fortune pouons entendre que le bon esperit doibt fuyr et despriser les delices du monde. de ce dit Boece au tiers livre de consolation que la felicité des epicurees doibt estre appellee infelicité. Car c’est la plaine & parfaicte felicité qui peult l’homme faire souffisant/ puissant/ reverend/ sollennel et joyeux/ lesquelles condicions ne prestent point les choses ou les mondains mettent leurs felicitez. Pource dit dieu par le prophete ysaÿe.
Popule meus qui te beatam dicunt ipsi te decipiunt.

lxxv Texte
Pour guerre emprendre & avancer Ne fay pas paris commencer Car mieulx sçauroit je n’en doubt mye Soy deduyre es beaulx bras s’amye
lxxv Glose
Paris ne fut mie condicioné aux armes/ mais du tout a amours. Et pource dit au bon chevalier que il ne doibt mye faire capitaine de son ost ne de ses batailles chevaliers non condicionés aux armes. Et pour ce dit Aristote a Alixandre. Tu doibs establir connestable de ta chevalerie celluy que tu sentiras sage & expert aux armes.
lxxv Alegorie
Que a paris ne face guerre encommencer/ c’est que le bon esperit tendant a la seule chevalerie du ciel doibt du tout estre soustrait du monde & avoir esleue la vie contemplative. Et dit sainct gregoire sur ezechiel que la vie contemplative a bon droit est preferee a la vie active comme la plus digne & la plus grande car la vie active se travaille au labeur de la vie presente/ mais la vie contemplative si commence ja a gouster la saveur du repos advenir.
Pour ce de marie magdaleyne par qui contemplacion est figuree/ dit l’evangile.
Optimam partem elegit sibi maria que non aufferetur ab ea in eternum. Luce. x. ca.

lxxvi Texte
Ne te chaille de nul guettier Mais t’en va tousjours ton sentier Cephalus o son glavelot Le t’apprent/ & la femme loth
lxxvi Glose
Cephalus fut ung ancien chevalier dit une fable que toute sa vie se estoit moult delecté en deduyt de chace & a merveilles sçavoit bien getter ung glavelot qu’il avoit qui avoit telle proprieté que ja ne fust getté en vain & tout occioyt autant qu’il attaignoit. Et pour ce que acoustumé avoit de soy lever au matin & aller a la forest la saulvagine guetter/ sa femme en fut en grant jalousie que luy d’aultre que d’elle fust amoureux & pour la verité sçavoir alla apres pour le guetter. Cephalus qui au boys estoit quant il ouyt la feullee bruyre ou sa femme se mussoit cuida que saulvagine fust/ atant lansa son glavelot & sa femme attaint si l’occist/ dolent fut de la mesaventure cephalus/ mais remede n’y peut estre mys. La femme loth comme tesmoigne la saincte escripture se retourna arriere contre le commandement de l’ange quant elle ouyt derriere soy fondre les cinq citez & pour ce fut tantost tournee en une masse de sel. Et comme toutes choses soyent figureez y peult estre mys assez d’entendemens/ mais a la prendre a la verité pour exemple/ nul bon ne se doibt delecter a guetter aultruy en chose qui ne luy doit appartenir et comme nul ne vouldroit estre guetté/ dit Hermes/ ne fay a ton compaignon nonplus que tu vouldroyes que il te feist & ne vueilles tendre les las pour prendre les hommes ne pourchasser leurs dommages ne deshonneur par aguet ou par cautelle/ car au derrenier tourneroit sur toy.
lxxvi Alegorie
Que il ne luy doit chaloir de nul guetter peult estre entendu que le bon esperit ne se doibt donner peine de sçavoir fait d’aultrui ne d’enquerir d’aultruy nouvelles. Et dit sainct jehan crisostome sur l’evangile sainct mathieu/ comment dit il/ es faitz d’autruy voys tu tant de petites deffaultes & en tes propres faitz tu laisses passer tant grans deffaultes/ se tu t’aymes mieulx que ton prochain pour quoy t’empesches tu de ses faitz & laisses les tiens/ soyes premierement diligent de considerer tes faitz/ & puis considere les faitz d’aultruy. A ce propos dit nostreseigneur en l’evangile.
Quid autem vides festucam in oculo fratris tui ? trabem autem in oculo tuo non vides Matthei. vii. capitulo.

lxxvii Texte.
Ne desprises pas le conseil Helenus je le te conseil Car souvent advient maintz dommages Par non vouloir croire les sages
lxxvii Glose
Helenus fut frere hector et filz priam et moult fut sage clerc et plain de science/ sy desconseilla tant comme il peut que paris n’allast en grece ravir la belle heleyne/ mais il n’en fut mie creu dont grant dommage vint aux troyens. Pource dit au bon chevalier que les sages on doibt croire et leur conseil. Et dit hermes/ qui honnoure les sages et use de leur conseil est perpetuel.
lxxvii. Allegorie
Helenus qui desconseilloit la guerre c’est que le bon esperit doit eschever les tentacions/ et dit saint hierome/ que le pecheur n’a nulle excusation qui se laisse surmonter de tentation/ car l’ennemy tenteur sy est si foible que il ne peult surmonter sinon celluy qui se veult rendre a luy. Et ce dit saint pol l’apostre.
Fidelis deus qui non patietur vos temptari supra id quod potestis : sed faciet etiam cum exultatione proventum ut possitis sustinere. i. ad corinthios. x. ca.

lxxviii Texte.
Ne t’esjouys trop ne te troubles Pour les avisions moult troubles Morpheus qui est messagier Au dieu qui dort et fait songier
lxxviii Glose
Morpheus ce dit une fable est filz et message au dieu dormant & est dieu de songe et fait songier. Et pour ce que songe est chose moult trouble et obscure/ et aucunefois riens ne signifie et aucunefois tout le contraire signifie de ce que on a songié/ ne il n’est sy sage qui proprement en puisse parler quoy que les expositeurs en dient dit au bon chevalier que esjouyr ne troubler ne se doit pour telz avisions dont on ne peult monstrer certaine signification ne a quoi elles doivent tourner/ et mesmement comme on ne se doibt ne troubler ne esjouyr des choses de fortune qui sont transitoires dit socrates. Tu qui es homme ne te doibs trop esjouyr ne troubler pour quelconque cas.
lxxviii Allegorie.
Ou il dit que trop ne se doit on esjouir ne troubler pour avisions/ dirons que le bon esperit ne se doit trop esjouir ne trop troubler pour quelconque cas qui lui avienne et que il doit porter les tribulations paciamment dit saint augustin sur le psaultier. Beau filz dit il se tu pleures des maulx que tu sens si pleure soubz la correction de ton pere.
Se tu te plains des tribulations qui te surviennent garde que ce ne soit par indignacion ne par orgueil/ car l’adversité que dieu t’envoye t’est medicine non pas peine c’est chastiement non pas damnacion/ ne redoubtes mye la verge de ton pere se tu ne veulx que il te reboute de son heritage/ & ne penses mye la peine que tu as a soustenir son flayel/ mais considere quel lieu tu as en son testament. A ce propos dit le sage.
Esse quod tibi applicatum fuerit accipe et in dolorem sustine et in humilitate patientiam habe. Ecclesiastici. ii. ca.

lxxix Texte
Se par mer tu veulx entreprendre Voyage perilleux et prendre Croy le conseil de alchioine De ceÿs te dira l’essoine
lxxix Glose.
Ceÿs fut ung roy moult preudhom et moult aimé de alcioine sa femme devocion print au roy d’aler par mer en ung perilleux passage par temps de tempeste se mist en mer/ mais alcioine sa femme qui trop l’aymoit de grant amour se mist en grant peine de luy destourner d’icelluy voyage et a grans pleurs et larmes moult l’en prioit mais pour elle n’y peult estre remede mis ne avecquez luy aler ne la voulut laisser ce que elle vouloit a toutes fins et dedens la nef se getta au departir/ mais le roy Ceÿs la reconforta & la fist a force remaindre/ dont moult fut anguoisseuse et dolente/ car trop estoit en grant soucy dont tant veoit colus le dieu des ventz meu sur la marine/ Ceÿs le roy dedens briefz jours apres perit en mer dont quant alcioine sceut l’aventure se getta en mer/ mais dit la fable que les dieux en eurent pitié et muerent les corps des deux amans en deux oyseaulx affin que de leur grant amour fust memoire perpetuelle. Si volent encore sur la marine les oyseaulx qui alcioines sont appellez/ et de blanc plumage sont. Et quant les mariniers venir les voyent adonc sont certains de tempeste avoir.
La droite exposicion peult estre que deux aimans s’entraimerent par semblable maniere en mariage que le poete a comparez ausditz oyseaulx. Si veult dire que le bon chevalier ne se doit mettre en perilleux voyages sans le conseil de ses bons amis et dit assalon le sage s’efforce d’eslongnier dommage et fol met grant peine a le trouver.
lxxix Allegorie
Que alcioine doibve croire c’est que se le bon esperit est par mauvaise tentacion empesché d’aucune erreur ou doubte en sa pensee que il se doit rapporter a l’opinion de l’eglise et dit saint ambroise au second livre des offices que celluy est forcené qui despite le conseil de l’eglise car joseph moult plus prouffitablement ayda le roy pharaon du conseil de sa prudence que se il lui eust donné de l’argent/ car argent n’eust peu pourveoir a la famine du royaulme d’egipte comme fist le conseil de joseph qui remedia contre la famine d’egipte l’espace de cinq ans/ & puis conclud croy le conseil et tu ne te repentiras point. A ce propos dit le sage es proverbes en la personne de l’eglise.
Custodi legem meam atque consilium & erit vita anime tue. proverbiorum. iii. ca.

lxxx Texte.
A conseil d’enfant ne t’acordes Et de troylus te recordes Croy les viellars et les expers Mais charge d’armes les appers
lxxx. Glose
Quant le roy priam eut fait reediffier troye qui pour la cause du congeement de ceulx qui aloient en colcos eut esté destruicte. Adonc d’icelle destruction voulut priam faire la vengance/ adonc assembla son conseil ou moult eut de haulx barons et sages/ pour savoir se bon seroit que paris son filz alast en grece ravir heleyne en eschange d’esyona sa seur qui eut esté prinse par thalamon ajaux et menee en servage/ mais tous les sages s’acordoient que non pour cause des prophecies & des escriptures qui disoient que par celluy ravissement seroit troye destruite. Adonc troylus qui enfant estoit et luy moinsné des filz priam dist que on ne devoit croire en conseil de guerre ces viellars ne ces provoires qui par recreandise conseilloient le repos sy conseilla tout l’opposite/ si fut le conseil troylus tenu dont grant mal s’en ensuyvit. Pour ce dit au bon chevalier que a conseil d’enfant qui naturellement est de legiere et petite consideration ne se doit tenir ne croire. A ce propos dit une auctorité. La terre est mauldite dont le prince est enfant.
lxxx Allegorie
A conseil d’enfant ne se doit acorder le bon esperit/ & c’est a entendre que ignorant ne doit estre mais sachant et aprins de ce qui peult estre prouffitable a son salut/ et contre les ignorans dit sainct augustin. Ignorance est une tresmauvaise mere qui a tresmauvaises filles c’estassavoir faulceté et doubtance. La premiere est meschante et la seconde miserable. La premiere si est plus vicieuse mais la seconde est plus moleste/ et ces deux sont estaintes par sapience. de ce dit le sage.
Sapientiam pretereuntes non tantum in hoc lapsi sunt ut ignorent bona : sed insipientie sue reliquerunt hominibus memoriam. Sapientie. v. ca.

lxxxi Texte.
Hayz calcas et ses complices Dont les infinies malices Traÿssent regnes et empires Il n’est au monde aultres gens pires
lxxxi Glose.
Calcas fut ung soubtil clerc de la cité de troye/ et quant le roy priam sceut que les gregois venoient sur luy a grant ost il envoia calcas en delphos savoir au dieu appolin comment il iroit de la guerre mais apres la response du dieu qui dist que apres dix ans aroient les grecz la victoire se tourna calcas devers les grecz et s’acointa d’achilles qui en delphos estoit venu pour celle mesme cause & avec lui s’en ala devers les grecz lesquelz il ayda a conseiller contre sa propre cité/ et maintesfois puis destourna a faire paix entre grecz & troyens. Et pource que il fut traitre/ dit au bon chevalier que telz subtilz & mauvais doit haÿr/ car leurs traÿsons faictes par cautelles pevent moult dommager royaulmes et empires et toutes gens. Pource dit platon. le soubtil ennemy povre et non puissant peult plus grever que le riche/ puissant et non sachant.
lxxxi Allegorie.
Calcas qui doit estre haÿ peult estre entendu que le bon esperit doit haÿr toute malice frauduleuse contre son prochain et nullement ne la doit consentir et dit saint hierome que le traitre ne se adoulcist ne pour familiarité de compaignie ne pour priveté de boire et de menger ne pour grace de service ne pour planté de beneficez/ de ce vice disoit saint pol l’apostre.
Erunt homines elati cupidi superbi proditores proterui tumidi. ii. Ad thimoteum. iii. ca.

lxxxii Texte
Ne soyes dur a ottroyer Ce que tu peulz bien employer A hermofrodicus te mire A qui mal print pour escondire
lxxxii Glose
Hermofrodicus fut ung jouvenceau de moult grant beaulté/ une nimphe fut moult esprinse de s’amour mais nullement il ne la vouloit aymer & celle partout le poursuyvoit tant que une foys le damoyseau estoit moult lassé pour la chace ou toute jour avoit travaillé/ adonc arriva a la fontaine de salinaxis ou il avoit ung bel estanc cler & sery/ adonc luy print talent de soy baigner/ de ses draps se despouilla & en l’eaue se mist. Quant la nimphe le veyt tout nud soy despouiller apres luy se getta & le jouvenceau print par grant amour a embrasser/ mais cil qui fut plain de felonnie la print a debouter par grant rudesse ne celle son cueur ne peult amollier pour nulle priere. Adonc de grant voulenté pria la nimphe aux dieux que de son amy qui sy la deboutoit jamais ne peust departir/ les dieux ouyrent sa devote orayson si misrent les deux corps en ung seul qui deux sexes avoit.
Ceste fable peult estre entendue en assez de manieres. Et comme les clercz soubtilz philosophes ayent mussez leurs grans secretz soubz couverture de fables y peult estre entendue sentence appartenant a la science d’astronomye & aussi d’arquemye comme dient les maistres/ et pour ce que la matiere d’amours est plus delectable a ouyr que aultre firent communement leurs fictions sur amours pour estre plus delectable mesmement aux rudes qui n’y prennent fors l’escorche/ & plus aggreable aux soubtilz qui en succent la liqueur. Mais a nostre propos pouons entendre que layde chose est & vilaine reffuser ou ottroyer a dangier ce qui ne peult tourner a vice ou n’a prejudice estre ottroyee. Et dit Hermes. Ne fay mye longue demeure a mettre a execucion ce que tu doibs faire.
lxxxii Alegorie
Dur ne doit estre a ottroyer le bon esperit la ou il voyt la necessité/ mais reconforter le besoigneur a son pouoir comme dit sainct gregoire es morales que quant nous voulons conforter aulcun afflict en sa tristesse nous devons premierement douloir avecques luy/ car celuy ne peult proprement reconforter le dolent qui ne s’accorde a sa douleur/ car ainsi comme on ne pourroit joindre ung fer a l’autre se tous les deux ne sont chauffez & amolliez au feu. Aussi ne pouons nous aultruy redresser de tristesse se nostre cueur n’est amolly par compassion. A ce propos dit la saincte escripture.
Confortare manus dissolutas & genua debilia robotate. ysaie. xxxv. capitulo.

lxxxiii Texte
Tu te peulx bien esbatre aux gieux Ulixés/ en temps & en lieux Car ilz sont soubtilz & honnestes En temps de treves et de festes
lxxxiii Glose
Ulixés fut ung baron de grece de grant subtillité/ & au temps du long siege devant troye qui dix ans dura tousjours quant treves estoient trouvoit jeulx soubtilz & moult beaux pour esbatre les chevaliers tant que ilz estoient a sejour/ & dient aulcuns que il trouva le jeu des eschés & de telz semblables jeux a s’esbatre. Et dit Solin. Toute chose subtille et honneste est louable a faire.
lxxxiii Alegorie
Les gieux Ulixés pevent estre entenduz que quant l’esperit chevalereux sera lassé d’adourer & d’estre en contemplacion il pourra bien soy esbatre a lyre les sainctes escriptures/ car comme dit sainct Hierome es morales. La saincte escripture si est proposee aux yeulx de nostre cueur comme en ung mirouer/ affin que nous y veons l’enteraine face de nostreseigneur/ la pouons nous veoyr nostre laid/ la pouons nous veoyr combien nous prouffitons & combien nous sommes loing de prouffiter. A ce propos dit nostreseigneur en l’evangile.
Scrutatis scripturas in quibus putatis vitam eternam habere. Johannis. v. capitulo.

lxxxiiii Texte
S’a cupido tu veulx donner Ton cueur et tout abandonner Gard briseyda n’acointier Car trop a le cueur villotier
lxxxiiii Glose
Briseida fut une damoiselle de moult grant beaulté et encor plus cointe et de vague attrait. Troylus ly moinsné des filz priam qui trop fut plain de grant prouesse/ de beaulté et de gentillesse l’ayma de grant amour/ et elle luy donna s’amour et a tousjours promist de la non faulcer. Calcas pere a la damoiselle qui par science savoit que troye seroit destruite/ si fist tant que sa fille lui fut rendue et tiree hors de la cité/ et menee au siege/ grant fut la douleur des deux amans a la departie neantmoins dedens brief temps dyomedes qui hault baron estoit des grecz et moult vaillant chevalier s’accointa de briseyda & tant fist par son pourchas que elle l’aima & du tout oublia son bon amy troyolus. Et pour ce que ainsi eut briseyda legier courage dit au bon chevalier que se il veult son cueur donner que il se garde d’acointer semblable dame que fut briseyda. Et dit hermes/ garde toy de la compaignie des mauvais que tu ne soyes comme ung d’eulx.
lxxxiiii Allegorie
Briseida dont il se doibt garder d’accointer c’est vaine gloire que le bon esperit ne doit nullement acointer/ mais fuyr a son pouoir car trop est legiere & trop vient soudainement. et dit saint augustin sur le psaultier que cellui qui a bien aprins & essaye par experience les degrez des vices surmonter est venu a congnoissance que le peché de vaine gloire qui tout seul ou plus especialement est a eschever aux parfais hommes car c’est entre les pechez celluy qui est le plus fort a vaincre. Pour ce dit saint pol l’apostre
Qui gloriatur in domino glorietur. ii. ad chorin.

lxxxv Texte
Quant patroclus occis aras Lors d’achiles te garderas Se tu m’en crois/ car c’est tout ung Leurs biens sont entr’eux deux commun
lxxxv Glose
Patroclus & achiles furent compaignons ensemble et si tres amys que oncques deux freres plus ne s’entre aymerent & eulx & leurs biens furent une mesme chose/ & pource que Hector occist patroclus en la bataille vint la grant hayne de achiles sur hector/ mais pource que trop redoubtoit sa grant force oncques depuis ne fina de le guetter pour le surprendre a descouvert & en trahyson. Si dist othea a hector comme par prophecie de ce qui estoit a advenir que quant patroclus occis aroit besoing luy seroit soy garder de achiles. Et est a entendre que tout homme qui a occis ou meffait au loyal compaignon d’un aultre que le compaignon en fera la vengeance se il peut. Pource dit Madarge. En quelque lieu que tu soyes avec ton ennemy tien le tousjours pour suspec ja soit ce que tu soyes plusfort que luy.
lxxxv Alegorie
Ce que il est dit que quant patroclus occis aura d’achiles se doit garder pouons entendre que se le bon esperit se laisse a l’ennemy encliner a peché il doibt douter mort pardurable/ & comme dit Job/ la vie presente n’est que une chevalerie/ & en signe de cecy la vie presente est appellee guerriant a la difference de celle de la amont qui est appellee triumphant/ car celle a ja victoire des ennemys. A ce propos dit sainct pol l’apostre.
Induite vos armatura dei ut possitis stare adversus insidias diaboli. Ad ephesios. vi. capitulo.

lxxxvi Texte
Gardes qu’echo tu n’escondises Ne ses piteux plaintz ne desprises Se son vueil tu peulz soustenir Tu ne scez qu’il t’est a venir
lxxxvi Glose
Echo ce dit une fable fut une nimphe/ Et pource que trop grant gengleresse souloit estre & par sa gengle encusa juno qui ung jour guettoit son mari par jalousie/ la deesse s’en couroussa & dist d’ores en avant plus ne parleras premiere si se n’est apres aultruy. Echo fut amoureuse du bel narcisus/ mais pour nulle priere ne pour signe d’amytié que elle luy feist pitié n’en daigna avoir & tant que la belle mourut pour son amour/ mais en mourant pria aux dieux qu’elle peust estre vengee de celuy en qui tant avoit trouvé de cruaulté que encor luy donnassent sentir l’amoureuse pointure parquoy il peust sçavoir la grant douleur que ont les fins amans qui d’amour sont refusez & dont mourir luy convenoit/ atant fina Echo/ mais la voix d’elle remaint qui encor dure/ et la firent les dieux perpetuelle pour memoire de celle adventure & encor respond aux gens en ses valees & sur rivieres apres voix d’aultruy/ mais parler ne peult premiere.
Echo peult signifier personne qui par grant necessité requiert aultruy/ la voix qui est demouree/ c’est que de gens souffreteux il est assez demouré/ ne ilz ne pevent parler fors apres aultruy/ c’est que ilz ne se pevent ayder d’eulx mesmes sans ayde d’aultruy. Pource veult dire au bon chevalier que il doibt avoir pitié des souffretteux qui le requierent. Et dit zaqualquin. Qui veult bien garder la loy doibt ayder a son amy de son avoir/ & prester aux souffreteux/ estre gracieux/ non denyer justice a son ennemy/ & soy garder de tous vices & de deshonneur.
lxxxvi Alegorie
Echo qui ne doit estre escondite peult estre nottee misericorde que le bon esperit doit avoir en soy/ & dit sainct augustin au livre du sermon de nostreseigneur en la montaigne que benoitz sont ceulx qui voulentiers secourent aux presens qui sont en misere/ car ilz desservent que la misericorde de dieu les delivre de leurs miseres et est chose juste que qui veult estre aydé du souverain plus puissant que ainsi il ayde au moindre de soy en ce en quoy il est plus puissant que luy. Pource dit le sage es proverbes.
Qui pronus est ad misericordiam benedicetur. Proverbiorum xxii. capitulo.

lxxxvii Texte
Se de laurier couronne avoir Veulx/ qui mieulx vault que nul avoir Dampné te convient poursuyvir Et tu l’auras par bien suyvir
lxxxvii Glose
Dit une fable que dampné fut une damoiselle que phebus ayma par amours & moult la poursuyvit mais elle accorder ne s’y vouloit. Advint ung jour que il veit la belle aller par une voye & quant elle le veit venir elle print a fuyr & le dieu apres/ et quant il fut sy pres que elle veit bien que eschapper ne pouoit sa priere fist a dyane la deesse que sa virginité luy voulsist saulver/ & adonc fut le corps de la pucelle mué en ung vert laurier/ & quant phebus fut approché il print des branches de l’arbre & chappeau s’en fist en signe de victoire. Et depuis lors en ça chappeau de laurier signifie victoire/ & mesmes au temps de la grant felicité aux rommains couronnoient de laurier les victorieux.
Plusieurs entendemens peult avoir la fable : & peult advenir que ung puissant homme poursuyvit a long travail une dame & tant que soubz ung laurier il l’attaignit a sa voulenté/ & pour celle cause depuis lors en ça ayma le laurier & le porta en devise en signe de victoire que il avoit eue de ses amours soubz le laurier. Et peult estre aussi le laurier prins pour or qui signifie noblesse/ & pour ce que le laurier signifie honneur/ dit au bon chevalier que il luy convient Dampné poursuyvir se couronne de laurier veult avoir. C’est a entendre peine & travail se a honneur veult avenir. A ce propos dit Omer. Par grant diligence vient on a perfection.
lxxxvii Alegorie
Se de laurier veult couronne avoir dampné luy convient poursuivir/ pouons entendre que se le bon esperit veult victoire glorieuse avoir luy convient perseverance qui le mainera a la victoire de paradis dont les joyes sont infinies comme dit sainct gregoire. Qui est dit il la langue qui souffise racompter/ et qui est l’entendement qui puisse comprendre quantes sont les joyes de ceste souveraine cité de paradis estre tousjours present aux ordres des angelz avec les benoictz esperitz assister a la gloire du conditeur regarder le present visage de dieu/ veoir la lumiere incircunscriptible estre asseur de non avoir jamais paour de la mort soy esjouyr du don de pardurable incorruption. A ce propos dit david au psaultier.
Gloriosa dicta sunt de te : civitas dei.

lxxxviii Texte
Aussi te fays je mencion D’andromaca/ la vision Ta femme du tout ne desprises Ne d’aultres femmes bien apprises
lxxxviii Glose
Andromaca fut femme Hector & la nuyt devant ce que il fust occis vint a la dame en avision que se le jour Hector alloit en la bataille sans faille il y seroit occis/ dont andromaca atout grans souspirs & pleurs fist son pouoir que il n’allast en la bataille/ mais ne l’en voulut croire et il fut occis. Pource dit que le bon chevalier ne doibt du tout despriser les avisions sa femme/ c’est a entendre le conseil & advis de sa femme se elle est sage & bien condicionnee/ & dit Platon. Tu ne doibz despriser conseil de petite personne sage/ car ja soit ce que tu soyes vieulx n’ayes pas honte d’apprendre supposé que ung enfant te monstrast/ car aulcunefois peult le ignorant aviser le sage.
lxxxviii Alegorie
La vision andromaca que despriser ne doibt/ c’est que le bon propos envoyé par le saint esperit ne doibt le bon chevalereux getter a neant/ mais tost mettre a effect selon son pouoir/ de ce dit sainct Gregoire es morales/ que le bon esperit pour nous attraire a bien faire nous admonneste/ nous esmeut/ nous enseigne/ il admonneste nostre memoire/ il meult nostre voulenté & enseigne nostre entendement/ l’esperit doulz & souef ne seuffre demourer quelconque petite paille en l’abitation du cueur la ou il se inspire/ mais tantost la brusle du feu de sa circunspection soubtille. Pource dit sainct pol l’apostre.
Spiritum nolite extinguere. Ad hebreos. xi. capitulo

lxxxix Texte
Se tu as grant guerre ou essoine En la force de babiloine Ne t’y fie/ car par ninus Fut prinse nel peult nyer nulx
lxxxix Glose
Babiloine la grant qui fut fondee par nambrot le geant fut la plus forte cité qui oncques fut faite mais nonobstant ce fut elle prinse par le roy ninus. pour ce dit au bon chevalier que il ne se doit mie tant fier en la force de sa cité ou chastel en temps de guerre que il ne soit tout pourveu de gens & de tant qu’il convient pour couvenable deffense. Et dit platon/ qui se fie seulement en sa force est souvent vaincu.
lxxxix Allegorie
En la force de babyloine on ne se doibt fier c’est que le bon esperit ne se doibt fier ne avoir attente a chose que le monde promette. Et de ce dit saint augustin au livre de la singularité des clercz que c’est trop sote fiance de reputer sa vie seure contre les perilz de ce monde et folle esperance est cuider estre sauf entre les morsures de peché. peu certaine est encore la victoire tant comme on est entre les dars des ennemis/ et qui est avironné des flammes n’est pas delivré legierement sans ardoir/ croy a celluy qui a l’experience/ se le monde te rit n’y ayes fiance en dieu soit assise ton esperance/ pour ce dit david.
Bonum est confidere in domino quam confidere in homine.

xc Texte.
Hector noncer me fault ta mort Dont grant douleur au cueur me mort Ce sera quant le roy priant Ne croiras/ qui t’ira priant
xc Glose
Le jour que hector fut occis en la bataille Andromaca sa femme vint prier au roy priam a moult grans plains & pleurs que il ne laissast hector aler en la bataille. Car sans faille occis seroit se il y aloit ce luy avoit certainement anoncé mars le dieu de bataille qui en dormant a elle s’estoit apparu. Priam s’entremist tant comme il peult de destourner que il ne se combatist icelluy jour mais hector s’embla de son pere et saillit de la cité par une soubzterraine et s’en ala en la bataille ou il fut occis/ et pour ce que oncques n’avoit desobeÿ a son pere fors celuy jour pouoit dire que le jour que il desobeÿroit a son pere adonc mourroit/ & peult estre entendu que nul ne doibt desobeÿr ses bons amys quant ilz sont sages. Et pour ce dit aristote a alixandre. Tant que tu croiras le conseil de ceulx qui usent de sapience et qui loyaument t’ayment tu regneras victorieusement.
xc Allegorie
Ou elle dit a hector que sa mort luy couvient noncier c’est que le bon esperit doit avoir en continuelle memoire l’heure de la mort. de ce dit saint bernard que on ne trouve riens es choses humaines plus certain que la mort ne moins certain que l’heure de la mort/ car la mort n’a point mercy de povreté/ ne porte point d’honneur a richesse/ elle n’espargne point sapience ne meurs ne aage. De la mort n’a on point aultre certaineté/ mais que aux anciens elle est a l’huis et aux jeunes elle est en espie. A ce propos dit le sage.
Memor esto quoniam mors non tardabit Ecclesiastici. xiiii. ca.

xci Texte
Encor te vueil je faire sage Qu’en bataille n’ayes usage De tes armes toy descouvrir Car ce fera ta mort ouvrir
xci Glose
Hector en la bataille fut trouvé descouvert de ses armes et lors fut occis. Et pour ce dit au bon chevalier que de ses armes en la bataille ne se doit descouvrir/ et dit hermes. La mort est ainsi comme le coup d’une saiette/ & la vie est ainsi comme la sayette qui met a venir.
xci Allegorie
Ce que il est dit que il se doit tenir couvert de ses armes c’est a entendre que le bon esperit doibt tenir ses sens clos non mie vagues/ de ce dit saint gregoire es moralles que la personne qui despart ses sens est semblable au jengleur qui ne trouve pire hostel que le sien pour ce est tousjours hors de son hostel ainsi l’homme qui ne tient ses sens clos est tousjours vague hors de sa maison de sa conscience/ et ainsi comme la hale ouverte ou on peult entrer de tous les costez. Pour ce dit nostreseigneur en l’evangille.
Clauso hostio ora patrem tuum in abscondito. Mathei. vi. ca.

xcii Texte
De pollibetes ne couvoites Les armes/ ilz soyent maloites Car au despouiller s’ensuyvira Ta mort/ par cil qui te suyvira
xcii Glose
Pollibetes fut ung roy moult puissant que Hector avoit occis en la bataille apres maintz aultres grans faitz que il avoit faitz la journee & pour ce que moult estoit armé de belles armes & riches Hector les couvoita et s’abaissa sur le col de son destrier pour le col despouiller. Et adonc Achiles qui par derriere le suivoit tout de gré pour le prendre a descouvert le ferit par dessoubz en la faulte de ses armes & a ung coup le getta mort/ dont fut grant dommaige/ car plus vaillant chevalier jamais ne saingnit espee dont hystoires facent mencion. Et que telle couvoitise peult estre nuysible en tel place appert par ledit cas. Pour ce dit le philosophe. Couvoitise desordonnee maine l’homme a mort.
xcii Alegorie
Que de polibetes ne couvoite les armes/ pouons noter que couvoitise de quelconque chose mondaine ne doibt avoir le bon esperit/ car comme elle maine l’ame a mort dit innocent au livre de la vilité de condicion humaine que couvoitise est ung feu que on ne peult rassasier/ car le couvoiteux n’est jamais content de avoir ce que il desire/ car quant il a ce que il desiroit il desire tousjours oultre tousjours establist il sa fin en ce que il attend a avoir & nonpas en ce que il a. Avarice & couvoitise sont deux sanssues qui ne cessent de dire apporte apporte/ & a la value que l’argent croist/ l’amour de l’argent croist. Couvoitise est la voye de la mort espirituelle & souventesfois de la mort temporelle. Pour ce dit sainct pol l’apostre.
Radix omnium malorum cupiditas est. i. ad thimotheum. vi. capitulo.

xciii Texte
D’amour estrange ne t’assotes Le fait achilles pense et notes Qui follement cuida s’amie Faire/ de sa plus ennemie
xciii. Glose
Achilles s’assota de l’amour polixene la belle pucelle qui fut seur hector/ et comme il eust veue a l’aniversaire des obseques hector au temps de treves ou plusieurs grecz alerent a troye ou il fut tant surprins de s’amour que nullement durer ne pouoit. Pour ce manda a la royne hecuba que le mariage voulsist faire traicter et il feroit cesser la guerre & partir le siege et a tousjours seroient amys/ longtemps fut achilles sans soy armer contre les troyens pour icelle amour et grant peine mist a faire partir l’ost ce que il ne peut faire/ pour ce ne fut fait le mariage/ et apres ce occist achilles troylus qui tant estoit plain de valeur que bien estoit pareil a hector son frere selon son jeune aage mais de ce fut tant doulente la royne hecuba que elle luy manda que a luy alast a troye pour icelluy mariage traicter sy y ala et fut occis. Pour ce dit au bon chevalier que d’amour estrange ne se doit assoter/ car par amours lointaines sont maintz maulx venus. Et pour ce dit ung sage/ quant tes ennemis ne se pourront venger/ adonc as tu mestier de toy guetter.
xciii Allegorie
D’amour estrange ne se doit assoter le bon esperit/ c’est a entendre que il ne doit aimer nulle chose qui ne soit toute venant de dieu & terminant en luy/ & toute chose estrange/ c’est que le monde doibt fuyr et que le monde doit haÿr/ dit saint augustin en exposant l’epistre saint jehan le monde passe et sa concupiscence. O donques homme raisonnable lequel aymes tu mieulx ou aimer le monde temporel et passer avecques le temps ou aimer jesuchrist & vivre perpetuellement avecques luy. A ce propos dit saint jehan en sa premiere epistre.
Nolite diligere mundum neque ea que in mundo sunt. i. johannis. ii. ca.

xciiii Texte
N’entreprens mye foles armes C’est peril pour corps & pour ames Ung bras nud/ ou sans escu prendre Par ayaulz le peulz tu apprendre
xciiii Glose
Ayaulz fut ung chevalier gregoys moult orgueilleux et oultrecuydé mais bon chevalier fut de sa main & par orgueil et fierté entreprint armes ung bras nud & descouvert de son escu/ si fut percé d’oultre en oultre & mort abatu.
Et pour ce dit au bon chevalier que telles armes faire sont de nul honneur/ ains sont reputees folies & orgueil & trop sont perilleuses. Si dit Aristote. Plusieurs errent par ignorance et faulte de sçavoir/ & ne scevent que est a faire ne a laisser/ & aultres faillent par orgueil & arrogance.
xciiii Alegorie
Que folles armes ne doye entreprendre c’est que le bon esperit ne doibt soy fier en sa propre fragilité comme dit sainct Augustin en ung sermon que nul de son cueur ne doit presumer quant il prononce parolle/ ne nul en sa force ne se doit fier quant il seuffre temptation/ car se nous parlons sagement bonnes paroles de dieu vient nonpas de nostre sapience/ & se nous endurons fermement les adversitez de dieu vient nonpas de nostre pacience. A ce propos dit sainct pol.
Fiduciam talem habemus per christum ad deum non quod sumus sufficientes aliquid cogitare ex nobis tanquam ex nobis. secunde ad corinthios. iii. capitulo.

xcv Texte
Anthenor exille & chace Qui contre son pays pourchace Trahyson faulse & desloyale Sy luy en rendz souldee male
xcv Glose
Anthenor fut ung baron de troye quant vint a la fin des griefves batailles troyennes les grecz qui le long siege avoient tenu devant la cité ne sçavoient comment venir a chief de prendre la cité/ car elle estoit de grant force/ mais par l’endittement de anthenor par couroux qu’il avoit au roy Priam leur enhorta & dist comment ilz feignissent faire paix au roy et par celle voye les mettroit luymesmes en la cité & si leur donroit passage. Ainsi le fist parquoy troye fut trahye.
Et pour ce que trop grande fut la trahyson & maulvaistie de cestuy dit au bon chevalier que tous ses semblables ou il les sçaira doibt chacer & exciller/ car trop sont icelle gent a haÿr/ dit Platon. Barat est le capitaine et gouverneur des maulvais.
xcv Alegorie
Anthenor qui doibt estre chacé/ pouons entendre que le bon esperit doit chacer de soy toute chose dont inconvenient luy peult venir. De ce dit sainct Augustin que celuy qui n’est soigneux de eschever les inconveniens est semblable au papillon qui tournye tant entour le feu de la lampe que ses esles se brulent & puis est noyé en l’huyle/ & a l’oyseau qui tant volette entour le gluau que il y pert ses plumes. Exemple de sainct Pierre qui demoura tant en la court au prince de la loy que il encheut en celuy inconvenient de regnier son maistre. Et dit Salomon.
Fuge a via malorum ne transeas per eam. Proverbiorum. iiii. capitulo.

xcvi Texte.
Au temple minerve souffrir Ne doibs tes ennemis offrir Mire toy au cheval de fust Encore fust/ troye s’il ne fust
xcvi. Glose.
Les gregois firent paix par faintise aux troyens par la traïson Anthenor ilz dirent que ilz avoient voué ung don a minerve/ la deesse qu’ilz vouloient offrir : et avoient fait faire ung cheval de fust de merveilleuse grandeur lequel estoit plain de chevaliers armez & tant fut grant que la porte de la cité convint rompre pour eulx entrer & sur roes estoit assis le cheval que ilz trainerent jusques au temple/ et quant la nuit fut venue adoncques saillirent hors les chevaliers qui ceulx de dehors mirent en la ville qui toute la gent occirent et ardirent & destruirent la cité. Pour ce dit au bon chevalier qu’en tel faintise ne en tel offrende ne doit fyer. Ad ce propos dit le sage. On doit doubter les soubtillitez et les engins de son ennemy s’il est sage/ et s’il est fol sa mauvaitie.
xcvi Allegorie
Le temple minerve pouons entendre l’eglise sainte ou ne doit avoir offert fors oraison. & dit saint augustin au livre de la foy que sans la compaignie de sainte eglise quelque bien ne peult a nully prouffiter ne les oeuvres de misericorde ne pevent valoir ne vie pardurable avoir ne hors le giron de l’eglise ne peult estre salut. Pour ce dit david en son psaultier.
Apud te laus mea in ecclesia magna.

xcvii Texte.
Ne cuides avoir leur chastel Car ylion le fort chastel Fut prins et ars/ aussi fut thune Tout est entre les mains fortune
xcvii Glose.
Ylion fut le maistre donjon de troye et le plus fort & le plus bel qui oncques fut fait dont les hystoires facent mencion mais nonobstant ce fut il prins & ars et vint a neant/ & aussi fut la cité de thune/ qui jadis fut grant chose/ & pour ce que telz cas adviennent par la muableté de fortune veult dire que le bon chevalier ne se doit en orgueillir ne soy tenir seur pour nulle force. Pour ce dit ptholomee/ de tant comme une seigneurie est plus hault de tant en est la ruine plus perilleuse.
xcvii Allegorie
Qu’il ne cuide avoir seur chastel/ pouons entendre que le bon esperit ne doibt avoir regard ne regret a delices quelconques/ car comme delices soient passables non seures et mainnent a damnacion dit sainct hierome que c’est impossible que une personne passe de delices a delices que elle saille des delices de ce monde aux delices de paradis que icy remplisse son ventre et y la son ame. Car la condicion d’ame sy est delice ne elle n’est point donnee a ceulx qui cuident avoir le monde perpetuel en delices. A ce propos est escript en l’apocalipse.
Quantum glorificavit se et in deliciis fuit tantum date ei tormentum et luctum. Apocalipsis. xviii. ca.

xcviii Texte
Le port escheves de circés Ou les chevaliers ulixés Furent tous en porcz convertis Souvienne toy de ses partis
xcviii Glose
Circés fut une royne qui avoit son royaulme sur la mer d’ytalie & fut moult grant enchanteresse & trop sceut de sors & de annoncemens/ & quant ulixés qui par mer alloit apres la destruction de troye sicomme il cuydoit retourner en son pays par maintz grans tormentz & perilleux qu’il avoit euz fut arivé au port de celle terre/ il manda a la royne par ses chevaliers se il pourroit seurement prendre port sur sa terre. Circés moult beau accueillyt les messagiers & par semblant de courtoisie leur fist tendre bruvaige moult delicieux a boire mais telle vertu avoit par poison que soubdainement furent les chevaliers muez en porcz.
Circés peult estre entendue en plusieurs manieres/ & peult estre entendue pour une terre ou une contree ou les chevaliers furent mys en orde ou villaine prison. Et peult estre aussi une dame pleine de vagueté & que par elle plusieurs chevaliers errans/ c’est a entendre suyvans les armes qui mesmes estoient de la gent ulixés/ c’estassavoir malicieux & avisez furent tenuz a sejour comme porcz.
Et pource dit au bon chevalier que a tel sejour ne se doibt arrester. Et dit Aristote. Celuy qui est du tout enclin a fornicacion ne peult en la fin estre loué.
xcviii Alegorie
Le port circés pouons entendre pour ypocrisie que le bon esperit doibt eschever sur toute riens/ & contre les ypocrites parle sainct Gregoire es morales que la vie des ypocrites n’est nonplus que une avision fantasticque & une fantasie ymaginaire qui monstre par dehors en semblance de ymage qui n’est mye dedens en realle verité. A ce propos dit nostreseigneur en l’evangile.
Ve vobis ypocrite qui similes estis sepulcris dealbatis que a foris apparent hominibus speciosa/ intus vero plena sunt ossibus mortuorum. Matthei xxiii. capitulo.

xcix Texte
Tu ne doibs belles raisons tendre A qui bien ne le scet entendre Yno qui sema le bled cuyt Le te note assez com je cuid
xcix Glose
Yno fut une roine laquelle fist semer le bled cuyt qui ne revint point. Et pour ce veult dire au bon chevalier que belles raisons bien ordonnees & sages auctoritez ne doibvent estre dictes a gens de rude entendement & qui ne les scevent entendre/ car elles sont perdues. Et pour ce dit Aristote.
Ainsi que la pluye ne prouffite point au bled semé sur la pierre. Aussi ne font bons argumens a l’insapient.
xcix Alegorie
Que belles raisons ne soyent dictes aux ignorans qui ne sçairoient entendre comme ce seroit chose perdue/ mais que ignorance soyt a blasmer dit sainct Bernard en ung livre des quinze degrez de humilité/ que pour neant excusent de fragilité ou de ignorance ce qui a ce que ilz pechent plus franchement sont voulentiers fraisles ou ignorans & plusieurs choses qui debveroient estre aulcunesfois sceues sont ignorees aulcunesfois ou par negligence de les sçavoir ou par paresse de les demander/ ou par honte de les enquerir/ et toute telle ignorance n’a nulle excusation. Et pour ce dit sainct pol l’apostre.
Si quis ignorat/ ignorabitur. Prima ad corinthios xiiii. capitulo.

C Texte
Cent auctoritez t’ay escriptes Sy ne soyent de toy despites Car Augustus de femme aprint Qui d’estre adoré le reprint
C Glose
Cesar augustus fut empereur de romme & de tout le monde/ & pour ce que au temps de sa seigneurie fut paix par tout le monde que il seigneurioit paisiblement/ la folle gent mescreant tenoient que celle paix fust pour cause du bien de luy/ mais non estoit/ car c’estoit pour cause de Jesuchrist qui estoit né de la vierge Marie & ja estoit sur terre/ & tant comme il vesquit paix fut par tout le monde/ si vouloyent adorer cesar comme dieu/ mais adonc sibile Cumana lui dist que bien gardast que adorer ne se feist/ & qu’il n’estoit fors ung seul dieu qui tout avoit creé. Et lors le mena sur une haulte montaigne hors de la cité & dedens le soleil par la voulenté nostreseigneur apparut une vierge tenant ung enfant. Sibile luy monstra & luy dist que celuy estoit vray dieu qui devoit estre adoré/ & adonc Cesar le adora. Et pource que cesar augustus qui prince estoit de tout le monde apprint a congnoistre dieu a la creance d’une femme peult estre dit a propos l’auctorité que dit Hermes. Ne te soit point honte d’ouyr verité & bon enseignement qui que le die/ car verité anoblist celluy qui la prononce.
C Alegorie
La ou othea dit que cent auctoritez luy a escriptes/ & de femme apprint Augustus/ c’est a entendre que bonne parolle & bons enseignemens sont a louer de quelzconques personnes que ilz soyent ditz/ de cecy dit Hugues de sainct victor en ung livre appellé didastalicon. Que le sage homme ot voulentiers de tous/ & aprent voulentiers de chascun & lyt voulentiers toutes manieres d’enseignemens/ il ne despite point l’escripture/ il ne despite point la personne/ il ne despite point la doctrine/ il quiert indifferemment par tout & tout ce que il voyt dont il a deffaulte/ il ne considere point qui c’est qui parle/ mais que c’est que on dit/ il ne prent point garde combien luymesmes scet/ mais combien il ne scet mye. A ce propos dit le sage.
Auris bona audiet cum omni concupiscentia sapientiam. Ecclesiastici. iii. capitulo.
Finis.