← Table of contents
Les aventures du roi Pausole

LIVRE TROISIÈME (continued 2)

Reading edition

—Contre vous?

—Eh! oui! Je me rends compte qu'en obligeant ces jeunes femmes à une continence absolue pendant presque toute leur adolescence, je leur fais acheter trop cher les satisfactions que le titre de reine peut donner à leur tendresse ou plus souvent à leur vanité. Elles s'en accommodent. Je le sais bien. Cela est pourtant contre la nature, et je me suis demandé parfois si je ne devrais pas lâcher le corps des pages nuit et jour dans le harem en fermant les yeux sur ce qui se passerait très probablement... Je ne m'y suis pas résolu; mais je n'en repousse pas non plus l'idée... Ce sont des enfants sans barbe dont on ne saurait être sainement jaloux... Et si je prévois que leurs jeux m'apporteraient quelques soucis, du moins m'y résignerais-je comme à la solution la moins choquante de toutes, et avec le contentement d'avoir donné un peu de joie aux petites captives volontaires qui battent de l'aile autour de moi... Houppe, il se fait très tard. J'ai beaucoup marché à dos de mule, et je suis las. Prenons du repos.

Vers six heures du matin, un rayon de soleil déjà chaud réveilla Diane à la Houppe.

Pausole dormait sur les épaules, le nez haut et la bouche en volcan.

Elle se retourna, ouvrit les jambes, s'étira en serrant les poings et en tendant la poitrine, puis retomba, les sourcils froncés.

Rêvait-elle encore? c'est presque certain, car l'esprit hanté sans doute par les dernières paroles du Roi, elle eut la vision suivante:

La porte, restée entre-bâillée pour maintenir un courant d'air au milieu de cette nuit trop chaude, tournait lentement sur elle-même... Un page entrait, d'abord timide, puis rassuré, puis entreprenant... Deux mains légères passaient délicieusement sur toute sa peau chaude et moite... Une douce joue câline lui frôlait le sein gauche... Puis un sourire licencieux vint effleurer le sien et se mêler à lui... Elle murmura (de la voix des songes): «Prenez garde...» Et elle crut qu'on lui répondait: «Rien n'éveille le Roi, madame...» Alors, comme elle se retournait sur le côté gauche, pour mieux surveiller le sommeil qu'elle appréhendait d'interrompre, il lui sembla que le page se comportait envers elle beaucoup plus en mari qu'en fidèle servant... Elle tressaillit trois fois, perdit toute conscience et tomba du haut de son rêve dans l'anéantissement noir.

FIN DU LIVRE TROISIÈME

Explore with AITake your curiosity a little further.

Reading settings