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Le moyen de parvenir, tome 2/3

Passage.

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IV. Es pays d'Alsassie, en un endroit assez beau, [si vous n'y avez été, cela ne vous servira de rien de vous le décrire, parce que vous n'y connoîtrez rien; & si vous y avez été, c'est assez, cela vous importuneroit de le rapporter, sinon allez-y.] Là, les dames sont assez libres, mais sages; & pour le bien faire paroître, elles ne pissent qu'une fois la semaine: & c'est au vendredi qu'elles s'assemblent, au matin, toutes par bandes; ce qu'il fait étrangement beau voir] & selon leurs dignités, s'en vont en pisserie, comme on va à la foire: de quoi elles n'ont non plus de honte, que les femmes de bien, qui montrent l'appanage de leur fessier aux eaux de Pougues. Que c'est que des coutumes des pays! On ne le trouveroit pas bon ici; & là il est délectable: ainsi qu'ès villes de Normandie, où plusieurs en leur pochette gauche portent un mouchoir pour le cul, ainsi qu'en la droite un pour le nez. Ces femmes étant arrivées au lieu de la pissoire, ou pissotiere, elles se disposent comme les montagnes d'Angleterre, chacune où elle est, y gardant dignités, prérogatives & honneurs, ainsi qu'ès actes publics & notables, ne plus ne moins que se mettent les chevaliers en leur rang, le jour de leur cérémonie. En cette commodité, abondamment, joyeusement, & à la copieuse & bénigne décharge des reins, elles vuident leurs vessies, & pissent tant, que cette riviere en est faite & continuée; & de-là les Allemans, Flamans & Anglois font venir la bonne eau, pour faire de la biere, la plus double & du plus haut goût. Cela est cause que leurs femmes ne les aiment pas tant, qu'elles font les François, d'autant que ces femmes-là pensent que leurs maris leur veulent derechef reverser leur urine dans le corps. Que s'il y a des femmes qui ne savent bien pisser, on les envoie à Genève, d'autant que là il y a plusieurs belles écoles, où on apprend à pisser & chier en public & en compagnie, au grand soulagement des honteux, qui là apprennent à perdre la sotte honte qui resserre le boyau culier. Et je vous dirai que ce qu'ils font est, parce qu'il n'y a point de moines en ce pays-là; & partant point de frocs, & par ainsi point d'instrumens de deshonterie. On m'a assuré que depuis, ceux d'Amiens en ont dressé de belles écoles aux Botrues, où l'on fait leçon de chierie.

Durantius. Vous vous êtes équivoqué, sans faillir; mais vous n'avez pas commencé à l'origine de cette riviere. Il falloit le dire. Ce que je vous dirai, tiré du Zohar, que le bon vieillard Postel a traduit, après qu'il eut conféré avec un juif qui devint chrétien. Après avoir lu cette histoire, laquelle aussi fit réduire quelques huguenots à se faire catholiques, aussi-bien que les moines qui s'en firent huguenots; & ce que ceux-ci en ont fait, est pour se mieux entendre en garces. Quant au juif, il l'a fait pour avoir congé de manger du lard & du salé, afin de trouver le vin meilleur. Du temps que les bons hommes [c'est-à-dire non les minimes, qui sont très-petits; & jamais bonté ne se mit en peu de lieu] alloient par le monde, [je n'entends pas des faiseurs de mines, mais des simples & sages] il y eut un saint personnage, qui, passant chemin, se rencontra à Barace, près de Durtal en Anjou. [Je ne parle pas de maître Pierre, que le prévôt des maréchaux cherchoit: & l'ayant un jour rencontré, ne sachant pas que ce fût lui, le laissa, ne le connoissant point. Avant que le laisser, il lui demanda: qui es-tu? Je suis un pauvre homme, petit marchand. Comment as-tu nom? Pierre Chaillou, ou Caillou. D'où es-tu? De Durtal. Où va-tu? A Rochefort. De quel métier es-tu? Sabotier. Que diable! tu es dur, il ne te faut plus qu'être vêtu d'une cuirasse, pour t'achever de durcir.

Calpin. Comment diriez-vous une cuirasse ou corselet en latin? C'est, dit frere Jean de Laillée, durabit. Or taisez-vous; vous empêchez l'affaire de ce saint homme. Achevez, monsieur le doguetter.)

Durantius. Ce personnage s'étant assez reposé sur le bord de la fontaine, avisa le tard; donc il s'en vint au village, & s'adressa chez le Page à la dame du logis, priant ladite dame de le loger cette nuit-là, pour l'honneur de dieu. Elle qui étoit avaricieuse, comme un financier qui a fait ses affaires, & n'a point d'enfans, s'excusa, & le pria d'avoir pour agréable son refus, qui ne venoit qu'à cause que son mari étoit chiche & grondeur. Le bon homme passa outre, & va droit s'affraper chez la chambriere de Chiquetiere, nommée la Gousson, de laquelle, lui ayant fait sa requête, il fut reçu fort honorablement, & bien traité de la pauvre femme, qui le mit en un bon lit, cette bonne femme.

Eschines. La bonne femme n'est pas encore levée.

Durantius. Taisez-vous; bran: ces poëtes en veulent toujours aux femmes, qui les affrontent aussi; & cela leur est employé comme fievre en corps de moine. Cette bonne femme donc lui avoit fait du mieux qu'elle avoit pu; & lui, le matin, s'en trouvant bien édifié, étant levé & voulant partir, lui dit: madame je vous remercie bien humblement de tant de bien que vous m'avez fait; & vous prie de m'excuser, si vous n'avez autre paiement de moi. Ho, dit-elle, monsieur, vous avez été le bien venu; & le serez toutes les fois qu'il vous plaira venir céans. Ce n'est point l'espoir de paiement qui m'a fait vous recueillir, en cette maison où vous demeurez, s'il vous plaît, à votre volonté. Je vous ferez au moins mal que je pourrai, pour l'amitié du maître que vous servez. Madame, je vous rends graces infinies de tant de biens & d'amitié: je prie le bon dieu qu'il lui plaise de vous bénir; si que la premiere besogne que vous ferez aujourd'hui lui soit tant agréable, que ne puissiez tout le jour faire autre chose. Il partit; & elle, qui n'y pensoit point, l'ayant recommandé à dieu, se fit apporter un peu de buée qu'elle avoit étendu le jour précédent, & se mit à ployer son linge; & tant ploya, & encore tant ploya, que plus elle ployoit, plus il y avoit à ployer & ployer; & ployoit toujours, tellement qu'elle avoit de grands monceaux de toutes sortes de linge, qui multiplioit au touchement de ses mains. Par hazard, celle qui avoit refusé le bon homme, vint quérir quelque chose chez la Gousson. La voyant empêchée, lui dit: hé bien, ma mie la Gousson, que faites-vous? Donc elle lui conta toute l'aventure & cause de ce grand bien. Adoncques l'autre fut bien étonnée & fort triste d'avoir laissé passer une telle commodité: parquoi, sans faire semblant, elle s'en va, & puis se mit au chemin où elle pensoit trouver ce personnage; & suivant par avis son train, ayant su en s'en enquérant, qu'il étoit allé vers Vieille-ville, elle faisoit mine de cueillir des herbes pour sa vache. Puis l'ayant apperçu, elle fait de l'étonnée; elle s'approche de lui & lui dit? monsieur, que je suis aise de vous avoir trouvé! Que faites-vous ici à vous morfondre? En dà, le bon dieu a bien changé mon mari; & je ne le savois pas. Quand je lui dis hier que je vous avois éconduit, il me cuida venir méchef, tant il me tança. Je loue le bon dieu de son amendement. Je vous prie de ne le prendre point en mauvaise part; mais de nous faire ce bien de venir ce soir loger chez nous. Bien; madame, j'irai, quand j'aurai achevé mon service. Il n'y fit faute; & fut le bien reçu avec joie & grande chere, & traité en apériateur de commodités. Au matin, se retirant, il fit sa petite excuse à l'usage de besace; & son hôtesse lui dit: par ma finte, monsieur mon ami, je n'en voulois rien: pour dieu soit, si dieu plaît, je n'en veux rien. Bien donques, grand merci madame; je prie dieu que la premiere besogne que vous ferez aujourd'hui, se continue tant, que ne fassiez autre œuvre de tout le jour. Grand merci, monsieur. Elle étoit déja ennuyée qu'il ne se hâtoit, pour aviser à son fait. Aussi-tôt qu'il eut montré les talons, elle dit à sa servante: or çà, Marquise, va là-haut quérir ce linge, j'en aurai aussi-bien que la Gousson. Apporte ces serviettes, ce menu; que je ploie. La chambriere ayant tout apporté, voilà que le Page voulant mettre la main à l'œuvre, s'avisa d'aller pisser, afin de ne se débaucher point. Ainsi, toute en hâte, elle sort en sa cour, où elle s'accroupit pour pisser. Mais ce fut ici une efficace terrible, d'autant qu'elle commença pisserie, qui continua tout le jour. Jan, elle avoit dit qu'elle auroit force linge; mais elle coula force eau, & fit ce ruisseau qui passe au pied des Loges, & va jusqu'aux Indes. Ses amies la venant voir, & la trouvant ainsi distillant le dissolvant philosophique, lui demandoient: hé quoi, ma commere! Hélas! disoit-elle, hélas!…

Cassiodore. Elle leur répondit, comme mon compere Bonin, qui se leva d'auprès sa dame, & alla pisser par la fenêtre. Il avoit bu, au soir, & il pleuvoit. Il oyoit l'eau de la goutiere qui tomboit, & il tenoit son pauvre petit, étant toujours à la fenêtre. Elle lui dit: hoi, Bonin, aurez-vous tantôt pissé: Je pisserai tant qu'il plaira à dieu.

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