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Le dernier rapport d'un Européen sur Ghât et les Touareg de l'Aïr

APPENDICE I

Henri Schirmer translation

NOTE GÉOLOGIQUE

Ghât, 25 décembre 1876.

Du bord méridional de la grande hamada El-Homra jusqu’au massif de Tafélamine dans le Tasili, et au delà, le terrain reste le même. C’est toujours le même grès rouge-brun[222], dont les couches horizontales composent les montagnes et donnent naissance aux mêmes formes orographiques. La chaîne d’Amsak, l’Akakous, l’Ikohaouen, le Tafélamine sont tous des massifs tabulaires découpés dans la même formation. Tantôt ils prennent les contours de plates-formes allongées ; tantôt, lorsque l’érosion des couches supérieures est plus avancée, c’est une crête dentelée qui apparaît. Quelques monts isolés affectent la forme conique, lorsqu’il ne reste de la couche supérieure que le sommet actuel[223] ; c’est le cas du mont Nasaret, de l’Errouine et de beaucoup d’autres plus petits. On trouve des crêtes dentelées au sommet de l’Idinen, de l’Ouadersine et des monts d’Aouénat. Par contre, c’est une plate-forme qui termine l’Amsak, l’Akakous et le Tafélamine.

On observe à la base de ces grès une série de schistes formés de bandes très fines de couleur blanche, rouge ou grise ; ces schistes sont parfois remplacés par des calcaires compacts. Dans l’oued Inessane, la limite inférieure du grès est à environ treize mètres au-dessous du niveau de la hamada. Je n’y ai pas trouvé de fossiles reconnaissables ; par contre, les tiges de crinoïde sont nombreuses dans les calcaires, notamment dans l’Akakous et le Tadrart. Parmi les cailloux roulés de l’oued Mihero, j’ai ramassé un morceau de lave poreuse qui, au dire de mes compagnons, provenait de l’Ahaggar.

En ce qui concerne la mer saharienne, je dois dire que je n’en ai pas trouvé la moindre trace. Bien au contraire, à en juger par ce que j’ai vu de Tripoli à Ghât, le sol de l’Afrique du Nord doit être émergé depuis bien longtemps, car il ne s’y trouve même pas de dépôts marins tertiaires — à moins que la désagrégation atmosphérique et l’érosion n’en aient fait disparaître jusqu’au dernier vestige.

Les dunes ne fournissent point d’argument en faveur de cette hypothèse, car elles sont visiblement composées des détritus de toutes les roches qui affleurent, détritus charriés et accumulés par le vent. Quant à leur mobilité, il est vrai qu’une tempête ne peut pas déplacer des dunes en une fois, mais il y a des dunes qui marchent : on en a la preuve à Tripoli même. Elles envahissent là-bas le côté ouest de l’oasis, et bien des palmiers encore vivants sont aujourd’hui ensevelis jusqu’à moitié de leur hauteur. Naturellement, il faut pour cela un certain nombre d’années. L’existence d’endroits habités et de routes au milieu de l’Erg ne prouve pas plus en faveur de l’immobilité des dunes, que l’existence des ports ne démontre l’immuabilité des rivages. Le rapport de mon voyage à l’oued Mihero fournit plusieurs exemples de dunes amoncelées par le vent derrière de hautes parois, dans une contrée d’où les dunes sont généralement absentes : leur localisation serait inexplicable sans l’action du vent. Ce qui ne veut pas dire que toutes les dunes changent de position ; il est, au contraire, vraisemblable que les dunes situées dans des dépressions entourées de terrains plus élevés sont destinées à garder leur volume et leur emplacement, tant que dureront les conditions météorologiques actuelles.

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