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La cité des eaux

QUATRE POÈMES D'ITALIE

Reading edition

URBS

Sois nombreux par le Verbe et fort par la Parole, Actif comme la ruche et comme la cité; Imite tour à tour avec fécondité La foule qui demeure et l'essaim qui s'envole.

Travaille, croîs, grandis! que ta hauteur t'isole, Et dresse dans le ciel sur le monde dompté Ta rumeur obéie et ton bruit écouté; Vis. Entasse la pierre et creuse l'alvéole.

Ce soir, Rome debout chante dans ta pensée Le chant d'or et d'airain de sa gloire passée, Et la Louve dans l'ombre allaite les Jumeaux.

N'as-tu pas bu comme eux aux sources de la vie Le désir d'être seul qui les rendit rivaux Jusques au sang versé sur la terre rougie?

VÉRONE

O Vérone! cité de vengeance et d'amour, Ton Adige verdi coule une onde fielleuse Sous ton pont empourpré, dont l'arche qui se creuse Fait l'eau de bile amère et de sang tour à tour!

Le dôme, le créneau, la muraille, la tour, Le cyprès dur jailli de la fente argileuse, Et tes tombeaux guerriers et ta tombe amoureuse Te parent orgueilleusement d'un noble atour.

C'est en vain que plus tard ta Soeur adriatique, Dans la rouge paroi de ton palais de brique, Incrusta son lion de pierre comme un sceau;

Son grondement ailé s'est tu dans l'air sonore Où roucoule toujours et se lamente encore La colombe plaintive et chère à Roméo.

LES SCALIGER

Ils dorment dans l'armure et couchés sur le dos, Leurs mains jointes, pourtant, ont l'air prêtes encore A l'épée, et leurs yeux que l'ombre eut peine à clore Goûtent sournoisement un sommeil sans repos.

Et celui-là, debout, équestre, tout en haut Du pinacle ouvragé que son bronze décore, Semble guetter au loin quelque tragique aurore Que l'Adige au pont rouge annonce dans ses eaux.

La vie a si longtemps, furieuse et farouche, Menacé par leur geste et crié par leur bouche Que l'écho vibre encor du nom des Scaliger;

Et, pour que de la mort ils ne reviennent plus Fouler tes dalles, ô Vérone, il a fallu Entourer leurs tombeaux d'une grille de fer.

PROMENADE

Sur l'eau verte, bleue ou grise, Des canaux et du canal, Nous avons couru Venise De Saint-Marc à l'Arsenal.

Au vent vif de la lagune Qui l'oriente à son gré J'ai vu tourner ta Fortune, O Dogana di Mare!

Souffle de l'Adriatique, Brise molle ou sirocco, Tant pis, si son doigt m'indique La Cà d'Or ou San Rocco!

La gondole nous balance Sous le felze, et, de sa main, Le fer coupe le silence Qui dormait dans l'air marin.

Le soleil chauffe les dalles Sur le quai des Esclavons; Tes détours et tes dédales, Venise, nous les savons!

L'eau luit; le marbre s'ébrèche; Les rames se font écho Quand on passe à l'ombre fraîche Du Palais Rezzonico.

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