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L'Instruction Théorique du Soldat par lui-même (1914)

3o DEVOIRS ET CONNAISSANCES NÉCESSAIRES EN CAMPAGNE

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CHAPITRE IX SERVICE EN CAMPAGNE

I—Notions sur le service de sûreté en marche.

1. Comment se protège une troupe en marche?

Les colonnes en marche sont protégées par une avant-garde, par des flancs-gardes et par une arrière-garde.

2. Comment se fractionne une avant-garde?

Une avant-garde est d'autant plus forte que la troupe est plus importante; elle se fractionne ainsi: les éclaireurs, la pointe, la tête et le gros de l'avant-garde.

3. À quelle distance une avant-garde doit-elle marcher en avant de la colonne?

À une distance d'autant plus grande qu'elle est plus forte, mais, en principe, assez en avant pour éviter à la colonne soit de tomber dans une embuscade, soit de pouvoir être atteinte par les feux de l'adversaire.

4. Quels sont les devoirs généraux des éclaireurs?

Ils marchent l'arme chargée, en un groupe dirigé par un officier. Ils sont les premiers veux de la colonne, aussi doivent-ils tout observer avec attention et réflexion. L'observation en marche n'est qu'une succession d'observations en station. Par suite, les éclaireurs sont détachés à tour de rôle sur les points d'observation, situés sur la route ou ses abords. Ils s'y arrêtent, en se dissimulant, pour observer, et ne rejoignent leur chef qu'après que d'autres éclaireurs ont été détachés en avant.

Ils ne se laissent jamais dépasser par des personnes se dirigeant du côté de l'ennemi, ou venant en sens inverse; elles sont conduites au chef de la pointe.

Ils rendent compte en arrière de tout événement important et de toute observation.

5. Que font les éclaireurs en présence d'obstacles, de hauteurs, de défilés, de ponts, de murs, de maisons, de bois, etc.?

1o Obstacles: Ils franchissent les obstacles, les examinent, les dépassent et s'arrêtent au delà pour observer (la pointe et la tête rétablissent le passage);

2o Hauteurs: L'un d'eux gravit rapidement la pente pour observer le versant opposé; lorsque les éclaireurs sont arrivés en haut de la montée, ils explorent rapidement des yeux, surtout, les lisières de bois, de villages et les crêtes à l'horizon;

3o Défilé: Ils le franchissent rapidement et prennent position au delà pendant que la pointe le traverse;

4o Pont: Ils en examinent les abords, puis le dessous et les voûtes, pour s'assurer qu'aucun travail de destruction n'a été préparé;

5o Routes encaissées: Des éclaireurs renforcés par quelques hommes de la pointe gagnent le sommet des talus et des pentes;

6o Murs, haies: Ils vérifient par-dessus le mur si l'enclos n'est pas occupé;

7o Maisons: Ils observent à distance, puis l'un d'eux s'avance, écoute, visite la maison, ses abords et interroge les habitants; au besoin, l'on s'empare de l'un d'eux, qui est conduit au chef de la pointe;

Colonne avec avant-garde en marche

Illustration from L'Instruction Théorique du Soldat par lui-même (1914)

Légende

E. Éclaireurs.

e. Éclaireurs vérifiant le pont.

P. La pointe.

T. Tête de l'avant-garde.

p. t. Patrouille de la tête.

G. Gros de l'avant-garde.

p. g. Patrouille envoyée assez loin par le gros.

C. P. Corps principal.

F. G. Flanc-garde.

8o Bois, bosquets: Ils examinent minutieusement la lisière, la reconnaissent, puis traversent le petit bois, pendant qu'un éclaireur le contourne à droite et un à gauche.

6. Que font les éclaireurs et les divers échelons de l'avant-garde pendant les haltes de la colonne?

Les éclaireurs s'établissent en halte gardée, en ne s'arrêtant, assez au loin, que sur un point favorable à l'observation du terrain. Les divers échelons se reposent, mais en se couvrant par un rideau de sentinelles en avant et, au besoin, sur les flancs, ayant des vues assez étendues pour éviter toute surprise.

Illustration from L'Instruction Théorique du Soldat par lui-même (1914)

Les éclaireurs vérifient les abords de la route.

7. Que font les éclaireurs en face de l'ennemi?

Ils préviennent le chef de la pointe. S'il n'y a que quelques patrouilles ennemies, ils les refoulent vigoureusement; si l'ennemi est en force, ils occupent un emplacement favorable et s'y maintiennent en position d'attente.

8. Quel est le rôle des autres fractions chargées de la sécurité de la colonne?

La pointe reconnaît les abords de la route et refoule les patrouilles.

La tête d'avant-garde (avec les sapeurs et les explosifs) fait les travaux nécessaires au passage, puis elle renforce la pointe. Elle envoie des éclaireurs pour observer le versant opposé des hauteurs voisines.

Le gros de l'avant-garde refoule l'ennemi; si celui-ci est en force, il résiste pendant que la colonne prend ses dispositions pour le combat.

L'avant-garde renseigne toujours.

Les flancs-gardes sont destinées à protéger les flancs ou le flanc découvert d'une colonne. Elles sont soit des troupes fixes installées en un point favorable pendant l'écoulement de la colonne, soit des patrouilles mobiles. Elles sont accompagnées, si possible, de cavaliers ou de cyclistes.

L'arrière-garde surveille en arrière et résiste aux attaques et aux surprises.

Éclaireurs montés.—En campagne, des éclaireurs montés d'infanterie concourent au service de protection immédiate de l'infanterie en station, en marche et au combat.

Ils partagent le service des soldats éclaireurs des compagnies qu'ils soulagent, car, grâce à leur monture, ils peuvent aller plus vite, plus loin et avec moins de fatigue.

II—Police pendant les marches.

9. Que faut-il pour arriver à bien faire les marches longues et difficiles?

Il faut du courage et de l'amour-propre, avec cela le soldat français a toujours franchi facilement les étapes les plus longues et les passages les plus pénibles.

Pour remporter la victoire, il ne faut pas seulement des fusils, il faut surtout marcher en avant avec du courage et de l'audace.

10. Quelles précautions faut-il prendre avant le départ?

Autant que possible, les soldats doivent manger avant le départ; les bidons sont remplis d'eau mélangée de café ou d'eau-de-vie.

Les paquetages doivent être bien ajustés.

11. Quelles sont les principales règles à observer en marche?

La marche s'exécute au pas de route, l'arme à volonté; on prend le pas cadencé avant et après chaque halte et pour traverser les localités.

L'allure doit être régulière. La vitesse est variable selon les circonstances, ordinairement elle est de 4 kilomètres à l'heure, haltes horaires comprises (soit le kilomètre en douze minutes environ). Les petites colonnes peuvent marcher plus vite.

En principe, après chaque période de cinquante minutes de marche, il est fait une halte horaire de dix minutes. (Cette prescription peut être modifiée dans certains cas.)

Les marches doivent se faire avec le plus grand ordre, chacun restant exactement à sa place.

On ne s'arrête momentanément qu'après l'autorisation de son chef de section, et dans ce cas on laisse son fusil à son camarade, puis on rejoint le plus promptement possible.

Il est défendu de siffler et de faire aucun cri de «halte ou de marche» pendant la marche.

12. Faut-il conserver le silence au pas de route?

Oui, en manœuvre et près de l'ennemi; mais dans les marches ordinaires, loin de l'ennemi, si cette latitude est accordée, il est bon d'avoir de la gaieté et de chanter quelques bons refrains qui font oublier les kilomètres.

13. Que faut-il faire pendant les haltes?

Bien se reposer, mais à sa place au bord de la route, sans dépasser la ligne des faisceaux, le côté gauche de la route et la chaussée doivent rester libres.

Il faut éviter de dormir pendant les haltes de courte durée la nuit.

14. Quel est le devoir des camarades vis-à-vis d'un soldat qui paraît fatigué?

Lorsqu'un camarade paraît fatigué, on l'aide: l'un de ses voisins prend son fusil, d'autres son sac, on lui donne à boire, on lui offre une douceur si possible et on l'encourage avec amabilité.

Si la fatigue ou le malaise s'aggrave ou se prolonge, on prévient le chef de section.

Illustration from L'Instruction Théorique du Soldat par lui-même (1914)

Petit poste au carrefour.

III—Notions sur le service de sûreté en station. Service aux avant-postes. Patrouilles. Reconnaissances.

15. Qu'entend-on par avant-postes?

Les avant-postes sont chargés d'assurer la protection immédiate des troupes en station. Ils sont placés en avant des cantonnements ou des bivouacs (au moins à 2.400 ou 3.000 mètres). Ils couvrent tout le terrain, renseignent les troupes en arrière, veillent à leur sécurité, puis les protègent pendant qu'elles se préparent au combat.

Le service aux avants-postes est de vingt-quatre heures; pendant ce temps, il faut faire appel à son énergie, à son intelligence et à toute son âme. Une seule minute de négligence ou de faiblesse peut compromettre la sécurité ou le succès de l'armée.

16. Quelles sont les principales fractions des avant-postes?

La réserve, les grand'gardes, les petits postes et les sentinelles.

Illustration from L'Instruction Théorique du Soldat par lui-même (1914)

Chasseurs à pied gardant le pont—Départ d'une patrouille.

La réserve, placée en arrière des grand'gardes, est une force destinée à les soutenir. Elle a une garde de police; le reste bivouaque ou cantonne.

La grand'garde (ordinairement une compagnie) est établie sur une position défensive; elle a pour mission de résister aux attaques de l'ennemi; elle fournit en avant les petits postes et fait des rondes et des patrouilles. Elle a une sentinelle devant les armes pour observer les signaux des petits postes. La grand'garde bivouaque.

Illustration from L'Instruction Théorique du Soldat par lui-même (1914)

Un petit poste—La patrouille rend compte à sa rentrée.

17. Quel est le service général au petit poste?

Les petits postes (au plus une section, souvent moins) s'établissent à proximité des chemins et se dérobent aux vues de l'ennemi. Ils se mettent à l'abri des surprises de la cavalerie ennemie en se couvrant d'un léger obstacle: clôture, fossé, abatis, etc. Le jour, les hommes non de service peuvent se reposer, mais sans quitter l'équipement; la nuit, tout le monde veille.

On n'y fait pas de feux, les malades et les cuisiniers restent à la grand'garde où sont préparés les repas.

Une partie des hommes fournit les sentinelles, d'autres, les mieux doués, les plus aptes et les meilleurs tireurs, font les patrouilles.

18. Sentinelles.—Quelles sont les sentinelles fournies par les petits postes?

Ils fournissent une sentinelle devant les armes et plusieurs sentinelles doubles.

On numérote les hommes affectés au service des sentinelles, en autant de groupes de trois ou quatre files qu'il y a de sentinelles à fournir, de manière que les mêmes hommes soient toujours affectés aux mêmes sentinelles.

En campagne, les sentinelles ne rendent pas d'honneurs.

19. Quel est le service particulier de la sentinelle devant les armes?

Elle observe les signaux faits par les sentinelles doubles; elle les répète et prévient le petit poste.

Pendant la nuit, elle arrête et reconnaît tout ce qui se présente, et elle fait suivre le cri de: «Avance au ralliement!» du cri de: «Chef de poste, venez reconnaître!»

La relève de cette sentinelle est faite par un gradé.

20. Comment sont relevées les sentinelles doubles?

Les sentinelles doubles sont relevées toutes les deux heures, mais toujours par moitié (un homme chaque heure); les hommes de relève se rendent directement à leur emplacement ou y sont conduits par un gradé; ils reçoivent du camarade les consignes.

21. Qu'est-ce que la sentinelle relevée doit dire avec sa consigne?

Elle doit dire exactement ce qu'elle a vu et entendu, et donner tous les renseignements qu'elle a recueillis sur les emplacements de l'ennemi, sur ses mouvements et sur le terrain.

22. Comment les deux hommes de la sentinelle double se répartissent-ils le travail d'observation?

L'un est fixe et observe, l'autre peut se déplacer pour parcourir les abords immédiats du terrain qui échappent à la surveillance de la sentinelle fixe, et pour communiquer par la vue, le geste ou la parole avec les sentinelles voisines.

Sans trop s'éloigner, il marche silencieusement, l'arme basse, de position en position, en rampant lorsqu'il est en vue.

23. Quels sont les signaux que les sentinelles ont à faire?

Elles ont un signal pour appeler le chef du petit poste et un autre pour annoncer la présence de l'ennemi dans le secteur.

On peut aussi leur donner un signal convenu à employer pour reconnaître les rondes et les patrouilles.

24. Quelle est la consigne générale des sentinelles doubles?

Les sentinelles doivent être attentives de l'œil et de l'oreille, ne pas s'envelopper la tête, ne pas se couvrir les oreilles, ni s'asseoir, ni se coucher. Elles ont le sac, leur arme est toujours approvisionnée: elles connaissent le mot de ralliement et le signal convenu pour reconnaître les rondes. La nuit, elles mettent baïonnette au canon.

25. Quelle est la consigne de la sentinelle au sujet de l'observation de l'ennemi?

La sentinelle doit connaître exactement le secteur qu'elle a à observer, elle le fouille du regard; elle écoute bien, perçoit et analyse tous les bruits; elle observe spécialement les maisons, leurs abords, les haies, les chemins creux, les rivières, les taillis, les chemins.

Elle ne se dérobe à la vue de l'ennemi que lorsqu'elle voit parfaitement en avant; elle dissimule alors sa présence par des couverts quelconques.

Elle doit connaître l'emplacement des sentinelles voisines et le chemin qui conduit au petit poste.

La nuit, elle surveille et garde surtout les chemins et les sentiers, car l'ennemi les suivra.

26. Quelle précaution doivent prendre les sentinelles au sujet de la direction à observer?

Les sentinelles doivent toujours s'orienter et choisir un point de repère fixe et parfaitement apparent dans la direction de l'ennemi pour éviter toute erreur, surtout pendant la nuit.

27. Qui les sentinelles doubles arrêtent-elles?

Elles arrêtent les parlementaires, les déserteurs ennemis et toutes les personnes étrangères à l'armée qui demandent à traverser les lignes; elles les maintiennent à distance, les obligent à déposer leurs armes s'il y a lieu, puis elles appellent le chef du petit poste.

Si, malgré l'avertissement de la sentinelle, on cherche à passer, elle doit faire feu.

28. Par qui les sentinelles laissent-elles franchir leurs lignes?

Les sentinelles ne laissent passer, et pendant le jour seulement, que les officiers, les patrouilles et les troupes pour lesquelles elles ont reçu des consignes particulières ou qui appartiennent à la fraction de service aux avant-postes.

Toute autre troupe ou personne est arrêtée comme dans le service de nuit.

Si un camarade de France était assez lâche pour déserter, la sentinelle qui l'aperçoit l'arrête sur la ligne; s'il n'obéit pas, elle fait feu et vise bien. Justice lui sera ainsi rendue.

29. Que fait une sentinelle qui, la nuit, aperçoit ou entend quelqu'un qui s'avance?

Celui des deux hommes composant la sentinelle qui entend quelqu'un s'approcher, se met en garde et commande: «Halte-là!» L'autre homme se rapproche:

Second cas.—Si on s'arrête, l'homme crie: «Qui vive?» À la réponse: «France, ronde ou patrouille», il crie: «Avance au ralliement!»

Lorsqu'on a fixé un signal pour remplacer les interpellations à la voix, si on ne répond pas immédiatement par l'autre signal convenu, la sentinelle fait les commandements ordinaires à la voix.

Si le chef d'une troupe ne s'avance pas seul, s'il ne donne pas le signal ou le mot de ralliement, les deux hommes font feu et, s'il y a nécessité, ils se replient sur le petit poste.

Dans le cas contraire, l'un d'eux va prévenir le chef de poste, qui vient reconnaître.

30. Rondes.—Fait-on des rondes de jour?

Oui, pour s'assurer de la régularité du service; les sentinelles les reconnaissent sans avoir à les interpeller.

Attaque de l'ennemi.

31. Que fait la sentinelle qui aperçoit au loin une troupe ennemie?

La sentinelle double qui voit l'ennemi prévient le chef du petit poste, puis elle se dissimule et continue à observer.

Illustration from L'Instruction Théorique du Soldat par lui-même (1914)

En patrouille.

32. Que se passe-t-il si l'ennemi continue à s'avancer?

Dans ce cas, le chef du petit poste, qui était venu voir avec une patrouille sur la ligne des sentinelles, renforce la ligne avec tout son monde et résiste en défendant le terrain pied à pied.

S'il faut reculer, on se retire en démasquant le front de la grand'garde et on menace les flancs de l'ennemi.

33. Dans quel cas les sentinelles doivent-elles tirer?

1o Si l'ennemi marche résolument sur les sentinelles, elles ouvrent le feu;

2o Si une sentinelle est surprise, elle tire plusieurs coups précipités: c'est peut-être le salut du petit poste.

Patrouilles.

34. Qu'est-ce qu'une patrouille?

C'est une petite troupe de trois, quatre hommes ou plus, qui a mission de compléter le service de vigilance des sentinelles, ou bien qui est envoyée à la découverte pour explorer un point désigné.

Les hommes en patrouille marchent habituellement sans sac; ils ne causent pas, ne fument pas; ils ont l'arme approvisionnée. Ils ne marchent pas groupés, mais assez rapprochés pour se voir et se prêter un mutuel appui.

Les patrouilles qui se rencontrent se reconnaissent.

Illustration from L'Instruction Théorique du Soldat par lui-même (1914)

Zouaves fouillant une ferme.

35. Qui commande une patrouille?

Un caporal, un sous-officier ou au besoin un officier.

36. Comment doit marcher une patrouille?

Les hommes ne marchent pas groupés, pour n'être pas coupés ou enlevés tous à la fois si on tombe dans une embuscade, mais on doit toujours pouvoir prêter appui aux camarades.

Il est nécessaire que chaque homme de la patrouille connaisse le but de la mission à remplir, l'itinéraire, le lieu de rassemblement, le mot de ralliement et les signaux, puis successivement tous les renseignements recueillis.

37. Quelles sont les précautions que chaque homme doit observer étant en patrouille?

En patrouille, il faut s'orienter, marcher sans bruit, lentement, de position en position, bien écouter, obéir au chef de patrouille et le voir toujours.

L'homme en patrouille explore les ravins, les couverts; il se faufile le long des murs, des haies; il voit derrière le mur élevé, il suit les chemins creux, mais de distance en distance il monte sur toutes les petites hauteurs voisines; il s'y poste pour examiner les environs et le versant opposé.

38. Quelle est une excellente précaution pour le retour?

Au retour, les patrouilles s'arrêtent souvent pour s'assurer qu'elles ne sont pas suivies.

39. Où passent les patrouilles la nuit?

Par les nuits noires et le brouillard, elles ne doivent pas quitter les chemins ou le bord de ces chemins et sentiers pour ne pas s'égarer; mais elles doivent beaucoup écouter.

40. Quelle est la conduite d'une patrouille en présence de l'ennemi?

À la vue de l'ennemi, la patrouille se poste, se dissimule et examine: si l'ennemi est inférieur en force, elle l'attire dans une embuscade; s'il est supérieur, elle prévient les petits postes et continue à observer; si la patrouille est attaquée, elle se replie en combattant, fait un circuit et rend compte.

En principe, elle doit éviter le combat et ne pas se laisser couper. Cependant, si la sécurité du poste l'exige, elle a le devoir de combattre vigoureusement.

41. Que doit être le compte rendu d'un soldat éclaireur ou en patrouille?

Le soldat doit faire son compte rendu simplement dans son langage habituel.

Il doit dire ce qu'il a vu par lui-même, puis ce qu'il a appris par renseignements.

Il doit donner des détails sur les chemins, le terrain, les cultures, les hauteurs, les cours d'eau, sur les habitations, leurs ressources, sur le caractère et l'humeur des habitants.

S'il a vu l'ennemi, il renseigne sur ses emplacements, son uniforme, sa force, son nombre, etc.

42. Que fait la patrouille en présence d'un bois?

S'il est petit, elle le tourne avant d'y pénétrer; s'il est étendu, elle en reconnaît la lisière, puis les abords des chemins intérieurs; elle fouille le fourré et explore les clairières.

Mais elle a eu soin de garder son point de sortie.

43. Quelle est la conduite d'une patrouille en présence de lieux habités?

Avant d'entrer dans un village, elle pénètre dans la première maison, mais après avoir auparavant observé cette maison et avoir écouté attentivement; la patrouille s'empare d'un des habitants, l'interroge, le garde et pénètre ensuite dans le village.

Reconnaissances.

44. Que sont les reconnaissances et quel est leur rôle?

Ce sont des troupes qui s'assurent que l'ennemi ne prépare ni attaque ni embuscade. La reconnaissance s'avance assez loin, cherche à passer inaperçue, se couvre, prend position d'attente, ne perd pas le contact de l'ennemi, épie tous ses mouvements et envoie des patrouilles pour se renseigner.

Les reconnaissances sont aussi chargées d'étudier les positions, les villages, les bois, etc., pour le meilleur parti à en tirer. Elles sont toujours commandées par on officier et comprennent généralement les trois armes.

En reconnaissance, le soldat se conduit comme en patrouille, il doit user de ruse pour voir.

Souvent une reconnaissance devra attaquer pour arriver à avoir les renseignements qu'elle doit fournir; dès qu'elle est renseignée, elle rompt le combat et rentre.

45. Qui transmet les ordres ou les renseignements?

Des soldats, plantons ou vélocipédistes sont chargés du transport de ces papiers.

Au départ, ils reçoivent des ordres précis sur leur mission, sur leur itinéraire et sur le destinataire. Si, par hasard, ils sont pris par l'ennemi, ils font disparaître l'ordre, au besoin on l'avale, on reste muet avec l'ennemi, sans aucune crainte.

Au retour, si l'ordre a été bien remis, on rend compte: «Ordre transmis au commandant X...».

Illustration from L'Instruction Théorique du Soldat par lui-même (1914)

Reconnaissance attaquant le hameau pour obtenir des renseignements sur la force de l'ennemi.

IV—Orientation et indices. Orientation.

46. À quoi sert l'orientation?

L'orientation sert à se diriger au moyen des quatre points cardinaux qui sont: le nord, le sud, l'est et l'ouest.

47. Où se trouve le soleil aux différentes heures de la journée?

Le soleil se trouve à l'est à 6 heures du matin, au sud-est à 9 heures du matin, au sud à midi, au sud-ouest à 15 heures ou 3 heures du soir et à l'ouest à 18 heures ou 6 heures du soir.

Orientation.
Orientation.

48. Comment peut-on s'orienter avec l'étoile polaire?

La nuit, en regardant l'étoile polaire et en lui faisant face, on a, en toutes saisons, le nord devant soi.

Orientation.
Orientation.

49. Quelles indications sur l'orientation peut donner la lune lorsqu'elle est visible?

Il suffit de se renseigner sur un calendrier où en est la période de la lunaison en cours et de savoir que la lune se trouve:

En pleine lune : à l'est à 6 heures du soir, au sud à minuit, à l'ouest a 6 heures du matin;

Pleine lune.
Pleine lune.

En premier quartier : au sud à 6 heures du soir, à l'ouest à minuit;

Premier quartier.
Premier quartier.

En dernier quartier : à l'est à minuit, au sud à 6 heures du matin.

Dernier quartier.
Dernier quartier.

50. Comment s'oriente-t-on avec une boussole?

La boussole a une extrémité de son aiguille qui est bleue; or, la boussole étant horizontale, la pointe bleue se dirige toujours vers le nord, malgré le mouvement de rotation de l'instrument.

51. Quelles sont les remarques à utiliser pour l'orientation?

De jour, par les temps couverts, et la nuit, il est bon d'interroger les habitants pour savoir de quel coté le soleil se lève et de quel côté il se couche.—Consulter les girouettes.

Dans nos régions, les murs, les rochers, les arbres, les bornes sont plus humides ou plus garnis de mousse du côté nord-ouest (côté habituel de la pluie et du vent). Les vieux poteaux, les croix funéraires s'inclinent vers le sud-est.

Les anciennes églises ont généralement l'autel à l'est.

Indices.

52. Population.—Dans le voisinage de l'ennemi, les habitants sont inquiets; ils sont insolents en pays ennemi.

Poussière.—La poussière soulevée par une colonne d'infanterie est basse, par la cavalerie elle est haute et légère, par l'artillerie plus épaisse.

On peut en déduire en outre la direction de marche et la longueur des colonnes.

Reflets.—Les reflets du soleil sur les armes et les objets brillants indiquent une troupe en mouvement. Nombreux reflets: la troupe s'avance ordinairement.

Reflets incertains, inégaux, passagers: la colonne se retire.

Feux de bivouac.—De jour, l'intensité de la fumée; de nuit, l'éclat, le nombre des feux, leur lueur au ciel, indiquent l'emplacement et l'importance des bivouacs.

Bruits divers.—Le roulement des voitures, le claquement des fouets, le hennissement des chevaux, les aboiements prolongés des chiens indiquent en général un passage de troupes.

Traces.—Dans un chemin ou à travers champs, les traces des pas des hommes et des chevaux, les empreintes des roues de voitures peuvent renseigner sur la direction prise par les colonnes et les troupes, et même sur leur importance et leur formation.

Emplacements quittés.—Les emplacements où une troupe a bivouaqué ou bien où elle a fait une grand'halte permettent de reconnaître la force et la composition des troupes.

Évaluation des troupes en vue.

53. À distance, les troupes d'infanterie se détachent sur le terrain sous l'apparence d'une ligne sombre, mince, coupée d'intervalles réguliers. Pour la cavalerie, cette ligne paraît plus épaisse et dentelée; pour l'artillerie, elle est plus irrégulière.

54. Infanterie.—En marche sur une route, une compagnie d'infanterie de guerre occupe une longueur de 100 à 110 mètres, un bataillon 450 mètres.

Le front de combat d'une compagnie (France et étranger) varie de 76 à 150 mètres.

En Allemagne, la compagnie n'a que trois pelotons et chaque bataillon a un drapeau.

Cavalerie.—Un régiment de cavalerie a 4 escadrons à 4 pelotons; un escadron au complet, 175 cavaliers. La longueur d'un escadron sur route est de 150 mètres environ.

Artillerie.—Une batterie de campagne en France a 4 pièces; en Allemagne et en Italie, 6 pièces; en Autriche, 8.

Sa longueur est de 350 à 400 mètres, son front de combat de 100 mètres.

Un groupe est la réunion de 2 ou 3 batteries.

La longueur d'une section de munitions est de 500 mètres.

Illustration from L'Instruction Théorique du Soldat par lui-même (1914)

Poste terminus au cantonnement.—Route barricadée.

V—Installation au cantonnement et au bivouac.

55. Qu'est-ce qu'un cantonnement?

C'est l'installation des troupes dans les lieux habités. Elles sont plus ou moins serrées selon l'effectif à cantonner.

56. Qu'entend-on par cantonnement d'alerte?

Très près de l'ennemi, on n'occupe que les rez-de-chaussée, les portes sont ouvertes, les rues sont éclairées, on ne se déshabille pas: c'est le cantonnement d'alerte.

57. Qui prépare le cantonnement?

Il est reconnu et préparé par le campement (1 officier pour le régiment avec des cyclistes—1 adjudant par bataillon—et par compagnie 1 fourrier, 1 caporal et 2 soldats).

58. Quels sont les premiers devoirs du soldat à son arrivée au cantonnement?

Aucun homme non commandé pour le service ne peut s'éloigner de son logement avant d'avoir procédé aux soins de propreté corporelle, nettoyé ses armes, ses effets, ses objets de toute nature et revêtu la tenue prescrite.

Illustration from L'Instruction Théorique du Soldat par lui-même (1914)

Le poste de police au cantonnement. Les plantons des compagnies et les hommes de garde.

59. Quels sont les points sur lesquels les soldats doivent spécialement porter leur attention?

Ils doivent veiller à la conservation des cartouches et des vivres du sac, prendre leurs repas à l'heure indiquée et conserver pour le repas suivant ce qui est prescrit, laver leur linge sale, éviter de fumer dans les locaux où se trouvent des fourrages et des matières inflammables, et ne se servir que de lanternes bien closes.

Prendre partout les précautions nécessaires pour éviter toute chance d'incendie.

Il faut vivre en bonne intelligence avec ses hôtes, être poli avec eux, respecter leurs biens et n'exiger que ce qui est dû. Le soldat s'en trouvera bien.

Il faut être aussi consciencieux et exact qu'en garnison lorsqu'on est commandé pour les corvées, les services et les gardes.

60. Le soir, a-t-on des attentions spéciales à avoir?

Oui, il faut reconnaître le lieu de rassemblement de la compagnie, faire son paquetage complet, placer son sac et son fusil à sa portée, rentrer au cantonnement à l'heure prescrite, se coucher sans bruit avec son escouade, exactement à l'emplacement donné, bien se reposer et dormir tranquille jusqu'au réveil, des camarades veillant aux avant-postes.

61. Qu'est-ce que la fraction de jour et le piquet?

Chaque jour, une compagnie est désignée pour fournir la garde de police et les autres gardes intérieures; la partie qui reste disponible forme le piquet; ces militaires ne sortent pas de leur cantonnement et restent toujours habillés et équipés.

62. Comment, en dehors des avant-postes, un cantonnement se garde-t-il lui-même?

Les fractions cantonnées aux issues des villages les gardent par des sentinelles; on barricade les passages. La consigne de ces sentinelles est d'arrêter toute tentative de surprise de l'ennemi, surtout de la cavalerie, d'intercepter toute communication des habitants avec l'extérieur et d'empêcher l'espionnage; elles envoient au poste de police les estafettes ou vélocipédistes. Le poste de police remplit la mission de poste d'examen.

63. Qu'est-ce qu'un bivouac et un camp?

Les troupes installées en plein air ou sous des abris provisoires sont au bivouac.

Les troupes installées sous la tente ou dans des baraques forment un camp.

Le service général dans les camps et dans les bivouacs est le même qu'au cantonnement; il en est de même du service de sécurité.

VI—Alimentation en campagne.

64. Comment se fait le service de l'alimentation en campagne?

En campagne, on vit sur place en utilisant les ressources du pays ou on vit chez l'habitant (surtout pour les reconnaissances de cavalerie, estafettes, cyclistes, isolés), ou bien on touche la ration normale, la ration forte ou les vivres de réserve.

Pour la nourriture chez l'habitant, on se conforme aux habitudes des localités. L'habitant reçoit par repas un bon de demi-journée de nourriture ou bien on remet son ordre de réquisition à la municipalité.

65. Qu'entend-t-on par ration forte et par ration normale?

En campagne, le soldat reçoit la ration forte pendant la période des opérations actives ou des grands froids, et la ration normale pendant les stationnements et les opérations qui n'imposent pas de grandes fatigues.

Ce sont des vivres que l'on porte dans le sac et sur la voiture à vivres et à bagages et qu'on conserve pour assurer la nourriture dans des cas exceptionnels, un autre mode d'alimentation n'étant alors pas possible.

Ils sont constitués pour deux jours (ration forte). On ne doit toucher à ces vivres de réserve que sur un ordre spécial du commandement. Dès qu'ils sont consommés, ils sont remplacés par les soins de l'officier d'approvisionnement. Ils comprennent:

Pain de guerre[27] 2 jours à 300 grammes = 600 gr.

Viande de conserve assaisonnée (2 boîtes individuelles) 2 — 300 — = 600 gr.

Potage salé (2 boîtes) 2 — 50 — = 100 gr.

Sucre 2 — 80 — = 160 gr.

Café en tablettes 2 — 36 — = 72 gr.

Ceux portés par le havresac sont placés dans des sachets de toile.

67. Comment fonctionne l'ordinaire en campagne?

En campagne, l'ordinaire ne fonctionne plus de la même façon, car en général la plupart des denrées sont fournies gratuitement aux troupes. On continue à préparer les repas en commun, autant que possible par escouade; le plus souvent même il y a avantage à faire la cuisine par section. La prime fixe d'alimentation est de 20 centimes à l'intérieur et de 24 et 26 centimes en Algérie et Tunisie.

Dans les unités qui sont pourvues de voitures-cuisines ou cuisines roulantes, la cuisine se fait pour toute la compagnie.

68. Qui fait les distributions aux compagnies en campagne?

En campagne, l'officier d'approvisionnement du régiment fait les distributions journalières au moyen du train régimentaire, qui a deux jours de vivres, et des voitures qui portent la viande fraîche; ce train régimentaire se réapprovisionne aux convois administratifs, qui portent quatre jours de vivres et qui ont en outre avec eux un troupeau.

Illustration from L'Instruction Théorique du Soldat par lui-même (1914)

Les cuisines en plein air au cantonnement.

Composition des rations de vivres.

DENRÉES RATION de vivres de réserve RATION forte RATION normale

Pain. Vivres-viande. Pain ordinaire » 0k 750 0k 750

ou Pain biscuité » 0 700 0 700

ou Pain de guerre 0k 300[28] 0 600[29] 0 600

Viande fraîche » 0 500 0 400

ou Viande de conserve assaisonnée 0 300 0 300 0 200

Vivres de campagne. Petits vivres. Légumes secs ou riz » 0 100 0 060

Sel » 0 020 0 020

Sucre 0 080 0 032 0 021

Café torréfié en tablettes 0 036 » »

en grain ou en tablettes » 0 024 0 016

ou Café vert » 0 0285 0 019

(Lard chaque fois que l'on distribue de la viande fraîche) » 0 030 0 030

Potage salé (distribué, en principe, en même temps que la viande de conserve), 0 050 0 050 0 050

Eau-de-vie 0l 0625 » »

À tout homme bivouaqué ou à titre exceptionnel Vin » 0l 25 0l 25

ou Bière ou Cidre » 0 50 0 50

ou Eau-de-vie » 0 0625 0 0625

VII—Devoirs des soldats au combat.

69. Quel est le but suprême du combat?

Le combat a pour but de briser par la force la volonté de l'adversaire.

À cet effet, une troupe d'infanterie doit toujours utiliser dans les meilleures conditions ses deux moyens d'action: le feu et le mouvement en avant, pour obliger l'ennemi à céder le terrain et à battre en retraite, but suprême de tous les efforts et de tous les dévouements.

«Le mouvement en avant, seul, est décisif et irrésistible»; l'offensive, où il trouve son plein développement, s'impose donc dans la généralité des cas, elle déconcerte l'ennemi et lui enlève sa liberté d'action.

Soldat.
Soldat.

70. Quel est le devoir du soldat au combat?

Dans le combat, il faut que le tirailleur, plein d'entrain, endurant et instruit de ses devoirs, apporte à la lutte l'ardeur, l'énergie et l'intelligence qui permettent au chef de tout oser.

Les deux tirailleurs d'une même file sont camarades de combat; ils restent l'un à côté de l'autre s'aidant mutuellement. Lorsqu'un tirailleur est mis hors de combat, son camarade prend ses cartouches et continue la lutte en se joignant, s'il y a lieu, au groupe le plus voisin.

Dans le combat, plus que partout ailleurs, le soldat, faisant appel à son courage, doit une obéissance passive et complète.

Tout en faisant acte d'initiative intelligente, le soldat doit toujours être à sa place dans la formation prise.

Lorsqu'on est en réserve, il ne faut pas s'impatienter, mais attendre le moment prochain de se porter en avant.

Discipline du feu.—Le fusil doit toujours être approvisionné; il ne faut pas gaspiller ses munitions, ne tirer que lorsqu'on en a reçu l'ordre, cesser de tirer dès le signal donné, se masquer sur place pour réapprovisionner, prendre bien la hausse indiquée, viser le but désigné, atteindre l'ennemi, car il n'est pas une cible inerte, lui aussi a un fusil.

Le tireur au combat fait toujours du tir individuel, qu'il soit homme isolé ou qu'il fasse partie d'un groupe sous les ordres d'un chef. Les résultats obtenus ne dépendent donc que de la valeur réelle du tir de chaque homme.

Illustration from L'Instruction Théorique du Soldat par lui-même (1914)

Défense d'une station de chemin de fer.

Le tirailleur isolé choisit lui-même le but et la hausse.

Dans le combat rapproché, la hausse de 400 mètres répond à tous les besoins.

Si un soldat est mis hors de combat, son camarade prend toutes ses cartouches et se joint à un autre groupe voisin.

Mouvement en avant.—On se porte en avant par bonds soit individuellement avec le camarade de combat, soit par fractions constituées, selon l'ordre du chef.

On utilise le terrain pour se porter en avant et pour tirer, mais jamais on ne se cache, les espaces découverts sont franchis rapidement; ne pas se montrer inutilement; être attentif à tout, renseigner ses chefs sur ce que l'on voit.

Dans toute marche, s'avancer rapidement, puis au moment de l'attaque marcher avec ardeur, résolument, la baïonnette en avant, se battre à l'arme blanche avec la baïonnette qui est au canon du fusil; elle fera fuir l'ennemi déjà épouvanté par notre audace.

Des réserves viennent encore en arrière pour nous soutenir.

Illustration from L'Instruction Théorique du Soldat par lui-même (1914)

L'infanterie résiste à la cavalerie par son feu et son sang-froid.

Toujours marcher au canon et à la fusillade, c'est de la bonne tactique.

Il ne faut jamais songer à marcher en arrière, la retraite est la pire des déroutes.

Une solidarité complète et la camaraderie du champ de bataille doivent exister entre toutes les troupes et les différentes armes.

Laissons les blessés sur le terrain, le personnel des ambulances vient derrière pour les ramasser et les soigner.

Soyons loyaux dans le combat et cléments pour le prisonnier et pour un ennemi blessé; ils doivent être respectés.

Illustration from L'Instruction Théorique du Soldat par lui-même (1914)

La défense utilise un mur.—Tireurs abrités.

71. Quelle conduite doit tenir le fantassin aux prises avec de la cavalerie?

L'infanterie ne doit pas se laisser surprendre par la cavalerie; alors le fantassin avec sa baïonnette n'a rien à craindre d'elle, mais il faut se poster immobile, lui faire face et agir d'abord par ses feux.

72. Quelle est la conduite de l'infanterie exposée aux feux de l'artillerie?

L'infanterie sous le feu de l'artillerie cherche à progresser en avant en utilisant tous les couverts du terrain; elle se déplace rapidement et prend des formations minces et espacées à fronts étroits.

Lorsqu'elle se trouve sous le feu d'une rafale, les hommes se couchent en se resserrant l'un contre l'autre la tête baissée, le dos du sac en haut (en carapace), puis ils repartent aussitôt après la rafale. L'infanterie, pour progresser, doit profiter du moment où elle est appuyée par l'artillerie amie.

Pour attaquer une batterie, une partie des tireurs combat l'infanterie soutien de l'artillerie, l'autre partie tire sur les servants, sur les chevaux, puis se lance à l'assaut.

VIII—La liaison dans les opérations militaires.

La liaison assure la convergence de tous les efforts vers le but à atteindre, en établissant un échange constant de communications entre le commandement et ses subordonnés, et entre les chefs d'unités voisines.

Nature des signaux.

Les signaux constituent un moyen de correspondance à vue, dont on se sert quand les circonstances ne permettent pas d'employer d'autres procédés de communication.

Pendant le jour, les signaux sont exécutés à bras; la nuit, avec le feu d'une lanterne.

Ils servent à transmettre les signes de l'alphabet Morse (traits ou points).

A) Signaux alphabétiques Morse

(Doivent être connus des gradés et des soldats agents de liaison et de transmission)

Le système de correspondance employé est l'alphabet Morse.

Les signaux sont représentés:

De nuit: le point par une émission lumineuse (demi-seconde); le trait, par une émission lumineuse longue (deux secondes).

Intervalles entre chacun des signaux d'une même lettre: environ une demi-seconde.

Intervalle entre deux lettres d'un mot, entre deux chiffres, avant ou après un signe de ponctuation: environ quatre secondes.

ALPHABET

A – —— I – – S – – –

B —— – – – J – —— —— —— T ——

C —— – —— – K —— – —— U – – ——

CH —— —— —— —— L – —— – – V – – – ——

D —— – – M —— —— W – —— ——

E – N —— – X —— – – ——

F – – —— – P – —— —— – Y —— – —— ——

G —— —— – Q —— —— – —— Z —— —— – –

H – – – – R – —— –

CHIFFRES

1 – —— —— —— —— 5 – – – – – 8 —— —— —— – –

2 – – —— —— —— 6 —— – – – – 9 —— —— —— —— –

3 – – – —— —— 7 —— —— – – – 0 —— —— —— —— ——

4 – – – – ——

PONCTUATION

POINT – – – – – – VIRGULE – —— – —— – —— – ——

B) Signaux de service

Station ouverte: de jour (faire apparaître le bras ou un objet maintenu immobile); de nuit (feu fixe).

Appels: série de traits et de points alternés. Continuer jusqu'à ce que le correspondant réponde: «Invitation à transmettre».

Invitation à transmettre: B R (—— – – – – —— –)

Erreur: Faire une série de points (7 au moins).

Attente: A S (– —— – – –)

Compris: I R (– – – —— –)

Fin de transmission: A R (– —— – —— –) Changer la face du fanion: Employer le fanion: Élever un fanion et tourner plusieurs fois la main en changeant la face du fanion.

Couper la transmission: Trait prolongé.

Mauvais feu en vue: Couper la transmission, puis faire une série de points qui indiquent au correspondant de régler la direction de son feu, de vérifier si la lanterne est en bon état, si sa lampe brûle régulièrement. À mesure que la communication se rétablit, envoyer des séries de points de plus en plus précipités si le feu devient mauvais, de plus en plus lents dans le cas contraire jusqu'au moment où la communication peut reprendre. Envoyer alors le signal «Invitation à transmettre».

C) Signaux conventionnels

(Connus du plus grand nombre d'hommes possible)

Munitions lettre M – – répétée plusieurs fois.

Ennemi — E – —

Infanterie — I – – —

Cavalerie — C – – – – —

Allonger tir artillerie — T – —

IX—Travaux de campagne et outils.

73. Qu'est-ce que la fortification du champ de bataille?

La fortification n'est qu'un moyen, ordonné par le chef, pour garantir momentanément sa troupe des coups de l'ennemi. Le but est toujours de rejoindre au plus tôt l'adversaire pour le chasser de la position qu'il occupe.

1o Outils portatifs d'une compagnie (pelle-pioche Seurre), au nombre de 185:

Pelles-bêches (5 par escouade) 80 185

Pelles-pioches Seurre (5 par escouade) 80

Haches à main (2 par section) 8

Serpes (1 outil par escouade) 12

Cisailles 4

Scie articulée 1

Outils portatifs pour compagnie de chasseurs alpins:

4 haches portatives;

4 pics à tête portatifs;

8 serpes;

4 scies articulées;

4 bêches portatives;

4 pioches portatives.

et en supplément:

76 bêches portatives;

80 pelles-pioches;

8 haches portatives;

4 serpes;

4 cisailles.

Poids des outils emmanchés, avec étui:

Pelle-bêche 0 kg 830

Pelle-pioche 1 015

Hache à main 1 570

Serpe 1 »

Cisailles 0 850

Scie articulée 0 600

2o Chaque régiment d'infanterie est doté de deux voitures légères d'outils (1 par bataillon de chasseurs à pied) contenant chacune:

195 outils de terrassiers 130 pelles rondes emmanchées;

65 pioches emmanchées (modèle du génie).

19 outils de destruction 15 haches ordinaires emmanchées;

2 scies passe-partout montées;

2 pinces.

1 caisse d'outils d'ouvriers d'art chargée;

30 manches de pelle (de rechange);

20 manches de pioche-pic ou hache (de rechange).

Les bataillons alpins reçoivent une dotation spéciale en outils portatifs et en outils de grand modèle; ces derniers sont chargés sur des mulets de bât.

Dans un régiment d'infanterie, l'une des voitures d'outils porte 108 pétards modèle 1886, l'autre 46 détonateurs.

74. Le soldat peut-il agir de sa propre initiative pour se couvrir?

Oui, le soldat doit faire preuve d'initiative individuelle, lorsque l'ordre est donné de se couvrir sur place. Les quelques figures suivantes (qu'il faut étudier) serviront de guides et suffiront à montrer au soldat ce qu'il peut faire avec son outil soit seul, soit à deux avec son camarade de combat.

Il ne faut jamais hésiter, soit à renoncer à la protection que procure la fortification, soit à l'abandon des installations déjà créées pour en recommencer de nouvelles ailleurs lorsque les conditions du combat l'exigent.

Illustration from L'Instruction Théorique du Soldat par lui-même (1914)

Construction et utilisation d'une tranchée par deux camarades de combat

75. Exemples d'aménagements individuels établis derrière des arbres, arbustes ou branchages

1o Tronc, fagot ou branchages ne dépassant pas 30 centimètres au-dessus du sol.

Utilisation du couvert sans aménagement

Illustration from L'Instruction Théorique du Soldat par lui-même (1914)

Amélioration progressive du couvert: 1re période

Illustration from L'Instruction Théorique du Soldat par lui-même (1914)

2e période

Illustration from L'Instruction Théorique du Soldat par lui-même (1914)

2o Tronc, fagot ou branchages dépassant 30 centimètres au-dessus du sol.

Illustration from L'Instruction Théorique du Soldat par lui-même (1914)

1re période. Organiser un masque de terre à droite et contre le couvert

Amélioration progressive du couvert:

2e période

Illustration from L'Instruction Théorique du Soldat par lui-même (1914)

3e période

Illustration from L'Instruction Théorique du Soldat par lui-même (1914)

76. Exemples d'aménagements individuels derrière des pierres

1o Amas de pierres ne dépassant pas 30 centimètres au-dessus du sol.

1re période

Illustration from L'Instruction Théorique du Soldat par lui-même (1914)

2e période

Illustration from L'Instruction Théorique du Soldat par lui-même (1914)

2o Pierres isolées, bornes ou tas de pierres ayant plus de 30 centimètres de hauteur.

Aménagement pour tirer à droite du couvert. (Passer par l'aménagement progressif)

Illustration from L'Instruction Théorique du Soldat par lui-même (1914)

Aménagement pour tirer par-dessus le couvert 1re période

Illustration from L'Instruction Théorique du Soldat par lui-même (1914)

2e période

Illustration from L'Instruction Théorique du Soldat par lui-même (1914)

Observation générale à toute manœuvre.

Dans toute manœuvre et dans toute opération, un des premiers devoirs des gradés et de tout soldat isolé ou à une aile est de rester en communication constante avec le chef en arrière, puis de se mettre en relation, par un contact réel, avec les fractions placées à droite et à gauche.

Les soldats doivent toujours songer à mettre en pratique ces prescriptions lorsqu'il y a lieu, et être rompus à la communication et à la transmission des ordres.

Malgré leur dispersion, les hommes et les troupes, coopérant à une même manœuvre, doivent faire un tout absolument articulé. Les transmissions et les contacts doivent se faire avec rapidité et exactement.

77. Exemple d'exécution d'une tranchée par deux camarades de combat

Légende. s Sacs.

f Fusil du camarade de combat prêt à tirer.

A B Emplacement d'un des camarades de combat.

C D Idem.

F F' F'' Fouilles.

Conduite du travail

Illustration from L'Instruction Théorique du Soldat par lui-même (1914)

1re Période.—Le tireur A B, étendu derrière son sac, creuse avec sa bêche à sa droite en F et rejette les terres entre son sac et celui de son camarade C D, qui, couché, est prêt à tirer.

Illustration from L'Instruction Théorique du Soldat par lui-même (1914)

2e Période.—Le tireur A B se couche dans son excavation F et reste prêt à tirer pendant que son camarade C D creuse à son tour à sa droite en F et prolonge la masque de terre commencé.

Illustration from L'Instruction Théorique du Soldat par lui-même (1914)

3e Période.—Le tireur A B travaille à nouveau, creuse le sol en F'' entre F et F' et épaissit le masque de terre. Pendant ce temps, le camarade C D est prêt à tirer dans son excavation F', ayant rapproché son sac de son côté.

Illustration from L'Instruction Théorique du Soldat par lui-même (1914)

4e période et suivantes.—Les deux camarades de combat travaillent et tirent alternativement; ils se redressent peu à peu à mesure que l'abri, donné par le masque de terre et le trou de la fouille, augmente de hauteur.

78. Modèles de tranchées faites par un groupe de soldats

Illustration from L'Instruction Théorique du Soldat par lui-même (1914)

Tranchée pour tireur assis

Illustration from L'Instruction Théorique du Soldat par lui-même (1914)

Tranchée pour tireur à genoux.

Observation pour le tirailleur.—Les camarades de combat doivent toujours rester l'un près de l'autre.

Au combat, il faut toujours viser, employer la hausse convenable et ne pas gaspiller ses cartouches.

La poudre sans fumée, qui permet d'atteindre l'ennemi sans se laisser voir, assure au tirailleur qui sait utiliser le terrain des effets de démoralisation très puissants sur son adversaire.

Défenses accessoires.—Elles ont pour but: 1o de barrer certains passages à l'ennemi; 2o de retarder sa marche, pendant qu'il est sous le feu, par des obstacles, tels que réseaux de fil de fer, abatis d'arbres et de branches reliées entre elles, barricades, inondations, rupture de ponts, etc.

Illustration from L'Instruction Théorique du Soldat par lui-même (1914)

Terrain fortifié—Utilisation de la tranchée.

X—Services divers. Convois.

79. À quoi servent les convois en campagne?

Ils ont pour objet le transport des cartouches, des outils, de l'argent, des subsistances, des effets d'habillement et d'armement, des malades, des prisonniers, etc.

80. Quelles sont les voitures employées à ces transports?

L'ensemble des voitures d'un corps de troupe d'infanterie se subdivise en train de combat et train régimentaire.

Le train de combat suit immédiatement le corps et comprend les:

Voitures à munitions;

Voitures à vivres et bagages;

Cuisines roulantes[33] (avec voitures à viande);

Voitures médicales;

Caissons à munitions des sections de mitrailleuses (type mixte);

Mulets porteurs de munitions des sections de mitrailleuses (type alpin);

Voitures légères d'outils.

Nota.—Les autres voitures forment le train régimentaire qui marche plus en arrière (13 fourgons à vivres et 1 forge).

81. Quels sont les chargements des voitures à vivres et à bagages et des voitures de munitions?

1o Voiture à vivres et à bagages.—On y place: les vestes ou vareuses contenues dans 16 enveloppes, 1 jour de vivres de réserve pour officiers et troupe, 1 jour d'avoine de réserve et l'avoine du jour, 1 jour d'eau-de-vie, les caisses à bagages (ou ballots) d'officiers et adjudants, 1 cantine à vivres pour officiers, 16 baguettes en laiton, trousses pour tailleurs et cordonniers, boîtes à livrets et comptabilité, musette de pansage et ferrures de réserve, l'arme et le sac du conducteur, les sacs de l'infirmier, du cycliste, téléphoniste.

2o Voitures à munitions.—Elle porte 32 cartouches par homme de la compagnie, plus 16.384 cartouches et 200 musettes à bretelles pour le transport des cartouches sur la ligne de feu.

Service de santé.

82. Comment est assuré le service de santé en campagne et sur le champ de bataille?

Convention de Genève.

83. Les établissements où sont soignés les militaires, les voitures d'ambulance et le personnel du service de santé sont neutralisés. Le personnel a le brassard blanc à croix rouge, les voitures et établissements un drapeau blanc à croix rouge et le drapeau national.

Services divers.

84. La trésorerie, les postes et les télégraphes fonctionnent aux armées par les soins des agents ordinaires de ces services qui sont mobilisés et organisés en sections.

La direction générale des chemins de fer est sous l'autorité de l'État-major général de l'armée.

CHAPITRE X TRANSPORT DES TROUPES PAR LES VOIES FERRÉES

85. Quelle est l'importance pour les troupes des exercices d'embarquement en chemin de fer?

En cas de mobilisation, presque toutes les troupes auront à faire usage des chemins de fer pour être transportées sur les points de concentration des armées; il faudra à ce moment beaucoup d'ordre et de rapidité, c'est pourquoi l'instruction donnée à ce sujet est importante.

86. Comment voyagent les troupes en temps de guerre ou de manœuvre?

Les troupes voyagent ordinairement dans des trains spéciaux comprenant un effectif variable de 1.000 à 1.200 hommes environ, avec les chevaux et les voitures du détachement.

87. Quelles sont les voitures dans lesquelles sont embarqués les hommes et quelles sont les contenances déterminées?

On emploie pour le transport des hommes soit des voitures à voyageurs, soit des wagons à marchandises aménagés avec des bancs mobiles spécialement préparés pour cet usage.

Dans les voitures à voyageurs, on place 8 hommes par compartiment au lieu de 10, les deux places restantes étant destinées au rangement des armes, des sacs et des effets.

Les wagons aménagés comprennent 32, 36 ou 40 hommes suivant la longueur du wagon.

En cas de nécessité, on peut faire usage de tous les wagons disponibles, de quelque nature qu'ils soient, aménagés ou non.

Illustration from L'Instruction Théorique du Soldat par lui-même (1914)

Wagon à voyageurs.

88. Comment fractionne-t-on la troupe?

Avant d'arriver sur l'emplacement du train, on fractionne la troupe par wagon, selon la contenance de chaque voiture. Tout le monde rentre dans le rang et on conserve les places des hommes de l'escouade qui rejoindront (tambours, clairons, ordonnances, équipe d'embarquement, etc.).

La troupe est ensuite conduite par quatre devant les wagons, où le sous-officier chef de wagon fait le fractionnement par compartiment et désigne les chefs de compartiments.

89. Comment se fait l'embarquement dans les voitures à voyageurs?

Le fractionnement se fait par 8 hommes par compartiment (2 files de 4 hommes); le chef de compartiment et l'autre chef de file montent sans sac et sans fusil; ils reçoivent d'abord les huit fusils, qui sont placés dans les filets s'il en existe; sinon, contre la paroi opposée à l'entrée; on les maintient avec une courroie de sac liée à deux pitons qu'on visse dans la paroi contre les deux fusils extrêmes et à 5 centimètres au-dessous de l'embouchoir.

Les sacs sont ensuite passés un par un et placés 3 sur la banquette en face des fusils, 1 contre les crosses des 8 fusils et 4 sous les bancs.

Les hommes entrent alors, sur l'ordre du chef de compartiment.

90. Comment se fait l'embarquement dans les wagons aménagés?

Ces wagons peuvent être considérés d'après le dispositif des bancs comme ayant quatre compartiments; le fractionnement par groupe ou par compartiment se fait ainsi:

8 hommes pour les wagons de 32 hommes (2 files de 4 hommes);

9 hommes pour les wagons de 36 hommes (1 file de 4 et 1 de 5 hommes);

10 hommes pour les wagons de 40 hommes (2 files de 5 hommes).

On opère comme ci-dessus pour le passage des sacs et des fusils; ceux-ci sont fixés avec une courroie et avec des pitons contre la paroi du fond (petits côtés du wagon), les crosses étant sur le plancher.

Les sacs sont empilés contre la même paroi à côté et contre les fusils.

91. Quand commence l'embarquement des hommes?

Au signal donné par la sonnerie «En avant».

92. Quelles sont les mesures de police et de sécurité qu'il faut observer?

Il est interdit:

1o De passer la tête ou les bras hors des portes, portières ou volets d'aération;

2o De procéder pendant la marche à l'ouverture des portes, portières et volets d'aération ou à la fermeture desdits volets;

3o De passer d'une voiture dans une autre;

Illustration from L'Instruction Théorique du Soldat par lui-même (1914)

Wagon aménagé.

4o De pousser des cris, de chanter et de siffler;

5o De descendre des voitures aux stations avant les sonneries qui doivent en donner le signal;

6o De fumer dans les wagons à chevaux;

7o De jeter hors des wagons des objets quelconques et notamment des bouteilles pouvant blesser les agents service sur la voie.

Les chef de wagon responsables sont tenus de faire respecter ces prescriptions.

93. Comment sont faites les haltes?

Les haltes de dix à quinze minutes sont annoncées par la sonnerie «Halte-là». Les hommes peuvent descendre et ils doivent remonter dès la sonnerie «En avant» faite trois minutes avant la marche du train.

Les sentinelles de la garde de police indiquent les endroits où il ne faut pas aller.

94. Quelles prescriptions doivent observer tous les hommes pour reconnaître leur wagon et pour éviter toute erreur?

Il importe que chaque homme connaisse le numéro de son wagon et de son compartiment. D'ailleurs, les numéros des compagnies sont inscrits à la craie sur les voitures.

95. Comment les hommes sont-ils nourris pendant les transports en chemin de fer?

Pendant les transports de concentration, les hommes reçoivent:

1o De l'administration militaire, avant le départ et pour toute la durée du trajet: 375 grammes de pain, 100 grammes de conserves de viande assaisonnée par période de douze heures ou inférieure à douze heures (les boîtes sont de 300 grammes);

3o Un quart de café chaud, distribué dans les stations-haltes-repas par période de douze heures.

En outre, dans ces stations-haltes-repas, les hommes peuvent remplir leurs bidons d'une boisson préparée en mélangeant 25 centilitres d'eau-de-vie dans 10 litres d'eau.

96. Comment les distributions sont-elles faites dans les stations-haltes-repas?

On sonne «la soupe», les fourriers descendent avec deux hommes par wagon et ils reçoivent de l'officier d'administration le café, la boisson préparée et, s'il y a lieu, les vivres destinés à la compagnie; la répartition aux hommes est faite dans les wagons; les hommes ne peuvent descendre qu'après cette répartition.

97. Quels sont en outre les vivres qui accompagnent les hommes?

1o Les petits vivres du sac, auxquels il ne faut pas toucher pendant le trajet;

2o Deux jours de pain de débarquement pour l'arrivée. Ce pain est placé dans un fourgon du train.

98. Comment se fait l'embarquement des chevaux et des voitures?

Chaque détachement embarque avec lui dans des wagons ou sur des trucs ses chevaux et ses voitures. Ce travail est fait par les équipes d'embarquement des compagnies (1 caporal et 16 hommes par compagnie, une compagnie par bataillon fournit 1 sergent), qui sont dressées à ce service.

99. Comment se fait le débarquement d'un train militaire?

À la dernière halte avant l'arrivée, les hommes sont prévenus de se tenir prêts à descendre; ils rectifient leur tenue. Les gardes d'écurie brident les chevaux.

À la station d'arrivée, on sonne «la marche du régiment», et le débarquement se fait par les moyens inverses à l'embarquement, mais sans bruit et avec le plus de rapidité possible.

100. Quelles attentions doit-on avoir au moment de descendre?

Il faut:

1o Abaisser les glaces des portières;

2o En descendant, tenir à la main son fourreau de sabre;

3o Éviter d'appuyer son arme contre les voitures du train, qui peuvent à tout moment être ébranlées par un mouvement de la locomotive.

CHAPITRE XI LA MOBILISATION

101. Qu'est-ce que la mobilisation?

La mobilisation est le passage du pied de paix au pied de guerre.

102. Qu'entend-on par troupes de couverture?

Ce sont celles qui, pendant le temps nécessaire à la mobilisation et à la concentration de nos armées, sont prêtes dès la première heure, couvrent notre mobilisation, luttent avec ardeur et énergie, résistent à l'ennemi et s'opposent à toute incursion sur le territoire national. C'est une des plus nobles missions.

103. Que fait le soldat à l'annonce de la mobilisation?

Dès qu'elle est ordonnée, le soldat reçoit du magasin de la compagnie des effets de la collection de guerre, préparés d'avance et étiquetés à son nom. Il prend la tenue de campagne et prépare son chargement qui a été réduit au strict nécessaire pour diminuer le poids.

Puis il fait avec ordre et ponctualité les nombreuses corvées qui se présentent à ce moment.

104. Que deviennent les effets non emportés en campagne?

Tous les effets non emportés en campagne par la compagnie sont versés au magasin du corps pour servir à différentes formations et au dépôt du régiment. Chaque homme fait un petit ballot de ses effets personnels qui ne doivent pas être emportés.

105. Comment se forma la compagnie sur le pied de guerre?

L'effectif d'une compagnie est porté à 250 hommes.

Les escouades se dédoublent: la 1re forme les 1re et 2e escouades, la 3e forme les 3e et 4e, etc., soit seize escouades (quatre par section).

La compagnie et les escouades sont complétées en cadre et en hommes par les réservistes affectés à la compagnie, qui rejoignent suivant les ordres du fascicule de leurs livrets. Dès leur arrivée, ils sont habillés et équipés: leurs effets et leurs armes sont préparés dans les magasins.

Le régiment de campagne est formé de 3 bataillons (12 compagnies).

Notes in this chapter

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