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L'Illustration, No. 3677, 16 Août 1913

UNE FERME FRANÇAISE AU MAROC

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Les terres, au Maroc, n'avaient rapporté, jusqu'à maintenant, qu'aux spéculateurs qui achètent des terrains susceptibles d'acquérir plus tard une grosse valeur, soit par leur position, soit par l'avenir du pays environnant. De vaillants agriculteurs commencent pourtant à mettre ces terrains en valeur. Aux environs de Casablanca, où les communications sont faciles, le ravitaillement aisé, quelques fermes montrent leurs toits étincelants de tôles neuves, leurs murs fraîchement crépis.

La ferme de Sidi-Sreier, appartenant à M. Yves Salvy, est, par sa situation près de Ben-Slimam, à la limite des territoires zaers, une des dernières fermes européennes sur la route de Casablanca à Fez. Elle est une des premières fermes construites en maçonnerie dans le bled marocain. En effet, une simple baraque de bois sert habituellement d'habitation au colon, qui cultive généralement par métayage avec les indigènes (contrats dits «khramès», où le cultivateur touche le cinquième de la récolte), à l'aide de charrues arabes.

La ferme de Sidi-Sreier, cultivée en exploitation directe, avec de la main-d'œuvre européenne et indigène, possédant des machines agricoles perfectionnées, des écuries et des bâtiments d'exploitation, luxe inconnu au Maroc, est en pleine prospérité, dans un pays pacifié depuis peu de temps, à 20 kilomètres duquel un sanglant combat était livré il y a à peine quelques mois.

Les douars environnants, assez sauvages d'abord, se sont apprivoisés, ont rapproché leurs tentes, et heureux d'avoir trouvé un écoulement pour leurs produits, sont maintenant en très bons rapports avec les propriétaires. C'est à la ferme un défilé continuel d'indigènes venant offrir poulets, œufs, moutons, grains; de malades venant se faire soigner; de simples curieux désireux de se régaler d'un petit air de phonographe, la «machina» toute nouvelle pour eux.

Non seulement la transformation économique qui doit s'opérer au Maroc, pour le rendre semblable à l'Algérie, se trouve ainsi commencée, mais l'œuvre de pacification entreprise par nos soldats se trouve couronnée: peu à peu l'amitié pour les Français remplace chez le Marocain le respect pour les vainqueurs. Charles Salvy.

Le défrichage du bled marocain par la charrue à sept mulets.

Illustration from L'Illustration, No. 3677, 16 Août 1913

Soldats du 171e d'infanterie allemande et du 15e chasseurs à pied de Remiremont arrivant au sommet du Hohneck, les uns à droite les autres à gauche de la borne frontière.

Illustration from L'Illustration, No. 3677, 16 Août 1913
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