LES GRANDES PUISSANCES
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ET LA TURQUIE
La note collective des grandes puissances qui, ainsi que nous l'avons indiqué la semaine dernière, conseillait à la Turquie de céder Andrinople et d'abandonner à l'Europe la solution de la question des îles, a été remise à la Porte par les ambassadeurs le jour même où paraissait notre précédent numéro. Les représentants des six grandes puissances s'étaient donné rendez-vous, le 17 janvier, à 3 heures, à la Sublime-Porte où le marquis Pallavicini, ambassadeur d'Autriche-Hongrie et doyen du corps diplomatique, a pris seul la parole: «Au nom de nos gouvernements, a-t-il dit au ministre des Affaires étrangères ottoman, nous avons l'honneur de vous remettre la présente note à laquelle nous vous prions de répondre le plus tôt possible.»--«Le gouvernement impérial répondra dans le plus bref délai», dit Noradounghian Gabriel effendi, en recevant le document.
L'entrevue, très courtoise, ne dura que quelques minutes et les ambassadeurs se retirèrent, tandis qu'un de nos confrères italiens, le docteur Renzo Larco, correspondant du Corriere della Sera, réussissait à prendre un cliché du groupe sortant de la, Sublime-Porte.
L'impression générale, sur le moment, était que l'on se heurterait, du côté du gouvernement turc, à une résistance traduite par un refus poli de céder Andrinople. Mais ces derniers jours, après la démarche collective, il semble bien que de nouvelles instances individuelles et pressantes dis plusieurs des ambassadeurs ont fortement influencé les ministres ottomans, qui sont maintenant résignés aux suprêmes sacrifices, le haut conseil de dignitaires et de fonctionnaires convoqué par le gouvernement s'étant prononcé, comme on le prévoyait, en faveur de la paix.
Il faut cependant aussi tenir compte, en ces circonstances, du sentiment de l'armée, dont l'état moral, depuis l'arrivée à Tchataldja d'Enver bey, de Fethi bey et des héros de Tripoli, se serait complètement transformé et qui, avec ses 200.000 hommes campés entre Tchataldja et Gallipoli à moins de 50 kilomètres de Constantinople, constitue une puissance qu'on ne saurait négliger dans les décisions actuelles.