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L'Illustration, No. 3648, 25 Janvier 1913

LES COULISSES DU CONGRÈS

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DANS LES COULOIRS DES TRIBUNES

Nous montrons, plus loin, par un document photographique qui fixe une minute d'histoire, l'acte décisif du Congrès, la proclamation, devant l'Assemblée nationale, du nouveau président de la République. Mais ce n'est pas dans la salle des séances que se joua tout entière la partie engagée pour la plus haute magistrature de l'État. Et les coulisses, mondaines et politiques, de l'élection présentèrent, en cette journée mémorable, de curieux aspects.

M. Antonin Dubost ouvrant la séance. Croquis de H. Le Riche.

Illustration from L'Illustration, No. 3648, 25 Janvier 1913

Dans le couloir des tribunes réservées à d'heureux et rares invités, à l'heure du vote, on se croirait presque dans un couloir de théâtre, pendant un entr'acte de répétition générale. Le spectacle parlementaire qui se donne ici est, en effet, fort couru, et jamais, de mémoire de congressiste, on ne vit salle plus brillante, plus nombreuse en jolies femmes. Elles sont venues là, attirées par la grande affaire parisienne qu'est avant tout, à leurs yeux, l'élection présidentielle, excitées comme par l'attrait d'une pièce nouvelle, dont on a beaucoup parlé avant que le rideau se lève, et dont on attend beaucoup: sera-ce le triomphe indiscutable, complet, ou simplement le succès d'estime?

De leurs fauteuils de balcon où elles formaient la plus gracieuse des «corbeilles», elles ont assisté à la première partie du spectacle,--entendez la proclamation du premier scrutin. Et maintenant, répandues dans les couloirs, elles échangent leurs impressions et leurs voeux, consultent l'important personnage qui passe, un papier à la main, discutent les chiffres, commentent les résultats. Tandis qu'en bas, dans la galerie des Bustes, les dernières passions se mêlent et se heurtent à grand bruit, ici on cause discrètement, à voix douce, comme dans un salon. Une réunion mondaine s'est improvisée, en un coin du palais où s'agitent les destinées de la France. Et sans doute en est-il, parmi ces élégantes, qui, reprises bientôt par des préoccupations moins graves, s'interrompent de parler «politique», pour aborder le chapitre--inépuisable--des toilettes.

DANS LA GALERIE DES BUSTES

Cependant le second tour a commencé, et la salle des séances, où tout à l'heure se pressaient, impatients d'entendre proclamer le premier scrutin, les membres de l'Assemblée nationale, s'est vidée en un instant. C'est maintenant dans la galerie des Bustes, emplie de rumeurs, qu'est le spectacle.

M. Aynard et M. Méline. M. Combes et M. Ribot. M. Deschanel.

Illustration from L'Illustration, No. 3648, 25 Janvier 1913
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Dans la galerie des Bustes, pendant le scrutin. Croquis de H. Le Riche.

Les discussions de la dernière heure dans la galerie des Bustes, pendant qu'on vote dans l'hémicycle. Debout, au premier plan, M. Combes et l'abbé Lemire; au milieu d'un groupe, M. Aristide Briand adjurant quelques adversaires de grossir la majorité de M. Poincaré dont l'élection est déjà certaine; à gauche, deux dessinateurs de L'Illustration. Dessin de Léon Fauret.

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Tandis que chacun va successivement voter, des groupes se forment près des portes, autour de la table où sont posés les bulletins. Sénateurs et députés s'abordent, s'interrogent, échangent un mot, un sourire, rapprochés et séparés au hasard des rencontres. Certains se félicitent, escomptant le succès de leur candidat; d'autres discutent encore, non sans véhémence. Des colloques s'établissent, dont plus d'un paraît imprévu: M. Ribot se penche vers M. Combes, qui, l'instant d'avant s'entretenait avec l'abbé Lemire. Très entouré, M. Briand exhorte, avec sa persuasive éloquence, plusieurs parlementaires à «faire l'union républicaine sur le nom de M. Poincaré». Cependant, comme le jour tombe, une longue théorie d'huissiers traverse la galerie, porteurs de lampes destinées aux salons voisins, où des remuons se tiennent... La bataille va s'achever.

UNE MINUTE HISTORIQUE AU CONGRÈS DE VERSAILLES.--Le président de l'Assemblée nationale, M. Antonin Dubost, lit les résultats définitifs du second scrutin qui donne la majorité absolue à M. Raymond Poincaré.--Phot. René Millaud.

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Il est exactement six heures quarante-cinq. Après la suspension de séance d'une heure qui a suivi le second scrutin, le président de l'Assemblée nationale a fait son entrée dans la salle du Congrès, peu à peu désertée pendant les opérations de dépouillement et où viennent d'affluer en un clin d'oeil, dans toutes les travées, de l'extrême droite à l'extrême gauche, les 872 votants. L'instant est solennel. Une heure et une date se fixent dans l'histoire parlementaire de la France; toute l'attention, tous les regards des congressistes vont au président de l'Assemblée qui se lève, et il y a une minute d'immobilité et de silence,--tandis qu'au-dessus de ce millier de têtes où viennent de bouillonner les passions politiques, tout là-haut, allongé sur la toiture vitrée de la salle, un audacieux opérateur prend un cliché unique dans les annales de la photographie. Il remplit, lui aussi, son rôle historique avec vaillance et précision et saisit, dans toute son ampleur, avec tous ses premiers rôles et tous ses figurants, la physionomie de ce Congrès du 17 janvier, que les circonstances, les luttes ardentes de la veille et les indications précises de l'opinion nationale auront rendu exceptionnel.

LA POPULARITÉ DU NOUVEAU PRÉSIDENT.--M. Poincaré, le soir de son élection, paraît (entouré de sa famille et de quelques amis) à une fenêtre de son hôtel, rue du Commandant-Marchand, pour répondre à ceux qui sont venus l'acclamer.

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M. Poincaré a connu, le 17 janvier, les premières émotions de la grande popularité. Les Parisiens attendaient impatiemment, mais sans vouloir douter de sa victoire, la décision du Congrès: ils l'ont accueillie avec une joie unanime. Et ce furent, sur les boulevards, devant les transparents des journaux annonçant, en lettres lumineuses, les résultats officiels, dans les cinématographes où déjà se déroulaient, sur l'écran, les péripéties de la journée, des manifestations spontanées en l'honneur du nouveau président de la République.

Salué par des ovations chaleureuses à son retour de Versailles, devant la gare des Invalides, et aux abords de l'Elysée, où il était allé, selon le protocole, rendre visite à M. Fallières, l'élu du Congrès avait regagné son hôtel de la rue du Commandant-Marchand. Plusieurs milliers de personnes vinrent l'y acclamer vers 11 heures, demandant à grands cris qu'il se montrât. Et M. Poincaré dut paraître à son balcon, entouré de Mme Poincaré--que réclamait aussi la foule, et qui eut sa part des applaudissements--et de quelques amis, tandis que les photographes se hâtaient de prendre des clichés de cette scène, à la vive lumière du magnésium.

LES DEUX GRANDS ÉLECTEURS DU CONGRÈS DE VERSAILLES

Pour M. Pams: M. Georges Clemenceau. LE NOUVEAU CABINET Au lendemain de son élection à la présidence de la République, M. Raymond Poincaré, en complet accord avec ses collègues, remettait à M. Armand Fallières la démission du ministère. Le soir même, le chef de l'État confiait à M. Aristide Briand la mission de former le nouveau cabinet. La tâche qu'avait assumée allègrement M. Aristide Briand lui fut facile. Son rêve eût été de conserver, groupés autour de lui, tous les collaborateurs du cabinet Poincaré, puisque aussi bien il entend continuer la politique qui, depuis un an, a donné de si féconds résultats. Mais en dehors de M. Pams, qui s'était retiré la veille de l'élection présidentielle, trois autres de ses collègues lui exprimèrent le regret de ne pouvoir demeurer à ses côtés: MM. Delcassé, ministre de Pour M. Poincaré: M. Briand.

Illustration from L'Illustration, No. 3648, 25 Janvier 1913
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la Marine, Léon Bourgeois, ministre du Travail, et M. Lebrun, qui avait remplacé au ministère de la Guerre M. Millerand. Il fallut donc pourvoir--avec celui des Affaires étrangères--quatre portefeuilles de titulaires nouveaux. De plus, quelques remaniements furent nécessaires dans l'attribution des autres départements, M. Aristide Briand tenant à prendre, avec la présidence du Conseil, le ministère de l'Intérieur.

Le ministère fut constitué dès mardi soir:

Dix de ses membres appartenaient déjà à l'ancien cabinet, cinq qui y reprennent des portefeuilles avaient précédemment été ministres: M. Barthou, qui remplace M. Aristide Briand à la vice-présidence du conseil des ministres, avait déjà occupé ces hautes fonctions. M. Jonnart a été ministre des Travaux publics en 1893-1894, mais il s'est surtout imposé à l'attention dans les hautes fonctions de gouverneur général de l'Algérie, auxquelles il fut appelé à deux reprises, en 1900, puis de 1903 à 1911. M. Eugène Etienne, qui avait été auparavant ministre de l'Intérieur, prit le portefeuille de la Guerre dans le cabinet Rouvier et le conserva dans le cabinet Sarrien. Enfin, M. Pierre Baudin, ancien ministre des Travaux publics, est désigné pour présider aux destinées de la marine par sa qualité de président de la Ligue maritime, et par l'intelligente sollicitude qu'il a toujours montrée aux choses de la marine.

M. David. M. Bourély. M. P. Morel. H. Chaumet. M. J. Dupuy. Agriculture. S.-s. Finances. S.-s. Intérieur. S.-s. Postes. Travaux publ. E. Besnard. M. Jonnart. M. Guist'hau. M. L. Barthou. M. Briand. M. J. Morel. Travail. Maires étr. Commerce. Justice. Intérieur. Colonies. M. Klotz. M. P. Baudin M. Steeg M. I. Bérard. M. Etienne. Finances. Marine. Instr. publ. S.-s. Beaux-Arts, Guerre.

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LE NOUVEAU MINISTÈRE, PRÉSIDÉ PAR M. BRIAND.--Phot. H. Manuel.

LES SOUVENIRS DE L'ÉPOPÉE, A NICOPOLIS.--La princesse Marie Bonaparte (Georges de Grèce) visite les lieux où furent ensevelis, en 1798, parmi les ruines antiques, les héroïques défenseurs français de Preveza.--Phot. S. Vlasto.

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On a dit avec quel dévouement les jeunes princesses de la famille royale de Grèce ont organisé les secours aux blessés en Grèce, en Thessalie et en Epire, mais il sera particulièrement agréable aux Français qu'un ami de L'Illustration, actuellement en Epire, M. S. Vlasto, leur signale le rôle bienfaisant, en cette guerre, d'une princesse de France, la princesse Georges de Grèce, née princesse Marie Bonaparte:

«Après avoir installé à ses frais le vaisseau-hôpital Albania, la princesse Marie est venue à Preveza où, de ses deniers, elle a créé un hôpital qu'elle a placé sous la direction de Mme Panas, veuve du célèbre chirurgien, dame de la Croix-Rouge française.

«Toute l'Epire est sous le charme de cette princesse française qui ne recule devant aucune fatigue, visite et soigne elle-même les blessés, organise des soupes populaires pour les réfugiés et porte partout le rayonnement de sa bonté et de sa beauté.

» Le hasard a conduit les pas de la princesse Marie à Nicopolis où eut lieu en 1798 la défense héroïque de 280 Français assiégés par 6.000 sauvages musulmans sous les ordres de Mouktar pacha, le fils du fameux Ali, pacha de Janina.

»Fouqueville raconte (tome I, chapitre IV, de son Histoire de la régénération de la Grèce) l'admirable résistance de quelques soldats français conduits par Tissot et le capitaine Richemond. Il décrit l'affreux massacre des prisonniers, «le bras du bourreau nègre qui n'avait cessé d'égorger s'arrêta, son corps s'agita convulsivement, ses genoux fléchirent et il vint tomber asphyxié au milieu des martyrs».

»La photographie représente la princesse Marie, qui, adossée aux murs du petit théâtre antique de Nicopolis, contemple les lieux où furent massacrés et où sont enterrés les soldats de Bonaparte.»

Les porte-drapeau des régiments qui ont combattu en Tripolitaine, suivis de leurs colonels respectifs, gravissent l'autel de la Patrie, où le roi d'Italie épingle sur chaque étendard la médaille de la campagne de Libye.--Phot. Vaucher et Luigi Veccia.

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