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L'Illustration, No. 3267, 7 Octobre 1905

DOCUMENTS et INFORMATIONS

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Une nouvelle industrie: la caséinerie.

L'industrie des beurreries, très ancienne et très connue d'ailleurs, vient de donner naissance à une nouvelle industrie, fort intéressante, et qui paraît appelée à un bel avenir.

Pour faire du beurre, on sépare la crème du lait, et il reste ce qu'on nomme le petit-lait. Mais que devient ce liquide? Généralement, on l'emploie à nourrir des porcs. Mais voici qu'on vient de s'aviser qu'il y avait à faire de ce liquide un emploi beaucoup plus lucratif et aussi beaucoup plus compliqué.

En effet, le petit-lait contient encore de la caséine et de la lactose.

Or, avec la caséine, on peut, en la solidifiant, fabriquer une foule d'objets à bon marché. Et, en effet, la caséine remplace avantageusement le celluloïd, dont elle n'a ni la mauvaise odeur, ni surtout la dangereuse inflammabilité.

C'est ainsi qu'a été fondée, il y a quelques mois, une caséinerie à Surgères, dans la Charente-Inférieure, près d'une beurrerie coopérative.

Cette caséinerie a été organisée par le docteur Zirn. Avec la caséine solidifiée par des procédés chimiques, on fabrique des objets dits en «galalithe» ou pierre de lait; la plus blanche sert à faire de la colle; et même on en réserve une certaine quantité, dont la coagulation a été spontanée, pour des produits d'alimentation.

Quant à la lactose du petit-lait, il est également facile de l'extraire, et l'on songe à l'employer pour l'alimentation artificielle des enfants, ainsi qu'on le fait en Allemagne et en Angleterre.

Actuellement, on fabrique en galalithe des peignes, des porte-plume, des coupe-papier, des grattoirs, des broches, etc.

Le petit-lait de trente-cinq laiteries est employé dans la caséinerie de Surgères qui, cette année, a manipulé 180.000 kilogrammes de caséine.

La brouette chinoise.

En Chine.--La brouette à voiles. --Phot. comm. par M. G. de Ryckman.

Illustration from L'Illustration, No. 3267, 7 Octobre 1905

La brouette chinoise, connue depuis des siècles, diffère notablement de la nôtre; la roue, d'un grand diamètre, occupant le centre, supporte directement le poids de la charge. Cette disposition réduit naturellement l'espace utilisable et, par suite, les fardeaux sont placés de chaque côté de ladite roue, du contact de laquelle les préserve une caisse à claire-voie. L'équilibre de ces véhicules est des plus instables à cause de leur hauteur; pour le maintenir, le conducteur, les bras très écartés, doit parfois se livrer à une véritable gymnastique.

Les Chinois, gens fort économes et aussi peu soucieux des commodités matérielles que du prix du temps, apprécient fort l'extrême bon marché de la brouette et l'emploient à de multiples usages. Dans les villes, elle devient le fiacre du peuple et de la petite bourgeoisie; le voyageur est-il seul? l'équilibre s'établit au moyen d'un contrepoids, un sac pesant ou simplement une grosse pierre. Couramment, elle sert au transport des marchandises et, à travers les immenses plaines du Centre et du Nord, c'est ainsi que se fait la majeure partie du trafic; il n'est pas rare de rencontrer sur les routes chinoises, transformées en fondrières, de longues files de ces camions sommaires, chargés outre mesure, qui couvrent des distances invraisemblables. Les voies très fréquentées offrent, creusée peu à peu par les roues, une ornière profonde où ne manquent pas de s'engager tous les conducteurs, car s'il leur faut y pousser plus fort, en compensation, ils risquent moins de verser. Du reste, la plupart des brouettes sont attelées d'un âne, d'un boeuf, d'un cheval ou d'un homme; lorsque le vent souffle dans une direction favorable, l'addition d'une petite voile carrée au véhicule permet d'obtenir des vitesses relativement considérables.

Bouteilles en papier.

Les objets que l'on fabrique avec du papier sont aujourd'hui très nombreux et ils ont l'avantage d'être solides, légers et peu coûteux.

Mais on n'avait pas encore songé à faire des bouteilles en papier. Les Américains viennent de faire cette, innovation, qui donne, paraît-il, de très bons résultats.

Les bouteilles en papier ont été d'abord adoptées pour le transport du lait et elles ont, dans ce cas, le grand avantage de ne servir qu'une fois. Ainsi elles écartent du précieux liquide les adultérations résultant des lavages imparfaits et des fermetures incomplètes. Ces bouteilles en papier, de forme conique, sont en effet pourvues d'un système de bouchage irréprochable.

Quant au contact du lait avec le papier lui-même, il est évité par une imperméabilisation obtenue en passant les bouteilles dans un bain de paraffine à 100 degrés.

A Philadelphie, où l'on fait grand usage de ces bouteilles, on a reconnu que le lait contenu dans les bouteilles en verre était toujours plus riche en microbes que celui contenu dans les bouteilles en papier.

Un observatoire improvisé en Algérie.

En Algérie.--Campement, près de Souk-Ahras, de la mission astronomique allemande chargée d'observer l'éclipse du 30 août.--Phot. L. Aréna.]

Illustration from L'Illustration, No. 3267, 7 Octobre 1905

Parmi les observatoires provisoires installés par les astronomes de tous pays, aux points où l'on pouvait le mieux suivre les phases de l'éclipse de soleil du 30 août, l'un des plus curieux était celui que la mission allemande, dirigée par le docteur Knopf, directeur de l'observatoire d'Iéna, avait établi près de Souk-Ahras (département de Constantine). Aux portes de la petite ville algérienne qui, pour le dire en passant, grandit et se développe avec la rapidité d'une ville américaine, et dont la population a doublé en trois ans--le docteur Knopf avait installé, au seuil de la plaine, tout son campement, que dominait de ses deux tubes, braqués comme des canons énormes vers le ciel, la lunette de Zeiss qui allait servir aux observations. Et ça été pendant quelques jours le lieu de promenade favori des flâneurs de Souk-Ahras. Ajoutons que le temps, très clair, a favorisé particulièrement les travaux de la mission allemande.

Les plus grandes pluies.

L'endroit où il pleut le plus est la région de Cherrapunji, dans la province indienne d'Assam. La hauteur annuelle moyenne de la pluie que reçoit cette localité a été, pour 1895-1903, 11 m. 223.

Au second rang, lui disputant de près le record de l'humidité, vient la station de Debundscha, en Cameroun, qui a reçu, année moyenne, de 1895 à 1903, une hauteur d'eau de 10 m. 454. C'est pendant l'été que cette station est surtout inondée.

Mais ces quantités d'eau reçues ne sont que des moyennes, qui sont assez fortement dépassées par les maximums. Ainsi, en 1851, à Cherrapunji, il est tombé 14 m. 785 d'eau, et, en 1902, il en est tombé 14 m. 133. Dans une seule journée, dans cette localité, il en est tombé 456 millimètres, près d'un demi-mètre.

Que sont nos pluies, dans le bassin de Paris, où la moyenne annuelle ne dépasse pas 378 millimètres d'eau, à côté de ces déluges!

La cueillette des noix de coco.

Le cocotier, tout le monde le sait, est une sorte de palmier commun dans les régions tropicales et fort apprécié pour les multiples qualités qui permettent d'utiliser son bois, ses feuilles, ses fleurs, son fruit, voire l'enveloppe de ce fruit; mais il est un point que bien des gens sans doute--on ne pense pas à tout--négligent d'élucider Etant donné qu'un cocotier peut atteindre une vingtaine de mètres de hauteur, comment cueille-t-on les noix de coco placées au sommet? A la réflexion, on ne s'imagine guère l'indigène provoquant par la secousse ou par le gaulage (avec quelle perche?) la chute plutôt dangereuse de ces énormes et lourdes noix ayant souvent la grosseur de la tête humaine dont elles menaceraient la sécurité. Toucher à la cime empanachée?

La grande échelle de nos pompiers suffirait à peine. Faute d'un pareil engin, les nègres des Antilles, ceux de Porto-Rico entre autres, y suppléent en faisant de l'arbre lui-même, au tronc relativement grêle et capable de plier sous le poids de plusieurs hommes, l'échelle où ils accomplissent des prodiges d'équilibre et d'agilité. Ainsi qu'en témoigne notre document photographique, c'est justice et non malice de comparer, en l'occurrence, à des bandes de quadrumanes ces équipes de noirs acrobates grimpeurs.

Aux Antilles.--Nègres de Porto-Rico montant à la cueillette des noix de coco. --Copyright Underwood and Underwood.]

Illustration from L'Illustration, No. 3267, 7 Octobre 1905

Une académie provinciale.

Dans notre avant-dernier numéro, à l'occasion du centenaire de la fondation de l'Académie de Mâcon, nous avons constaté la prospérité de cette compagnie et cité, entre autres chiffres à l'appui, le nombre de ses membres associés. Ceux-ci ne sont pas moins de 340; mais, le zéro étant tombé à l'impression, les 340 n'étaient plus que 34 dans nos colonnes. Plusieurs membres de l'Académie mâconnaise, abonnés à L'Illustration, nous ont écrit pour nous signaler cette erreur que nous nous empressons de réparer.

JOSÉ-MARIA DE HEREDIA

Le poète José-Maria de Heredia, qui a succombé lundi dernier à une douloureuse maladie, était né, en 1842, à la Fortuna, près de Santiago-de-Cuba, d'un père espagnol et d'une mère de souche française. Venu de bonne heure en France, il fut élevé au collège Saint-Vincent, à Senlis, puis suivit les cours de l'École des chartes et obtint, sa naturalisation.

Dès la vingtième année, sa vocation poétique commença de se révéler par une remarquable virtuosité en un genre où il devait atteindre à la maîtrise; mais, arrivé à la maturité de l'âge et du talent, une des originalités de ce poète, ainsi qu'on l'a dit justement, était d'être à la fois presque inédit et presque célèbre. Longtemps, en effet, ces sonnets ciselés avec une laborieuse lenteur, aux rythmes d'une sonorité retentissante comme les syllabes mêmes du nom de l'auteur, celui-ci s'était contenté de les déclamer de sa voix chaude dans l'intimité des cénacles littéraires, de les laisser répéter de bouche en bouche, et un petit nombre d'entre eux, très connus: les Conquérants, le Samouraï, le Récif de corail, le Vieil Orfèvre, restaient épars dans quelques journaux, revues ou anthologies, lorsqu'en 1893 il se décida enfin à les réunir et à les publier sous le titre: les Trophées.

José-Maria de Heredia, mort le 3 octobre. Phot. Pirou, rue Royale.

Illustration from L'Illustration, No. 3267, 7 Octobre 1905

L'année suivante, il entrait à l'Académie français; se piquant, elle aussi, d'originalité, la docte compagnie daignait ouvrir son sein à l'«homme d'un seul livre». Les fervents admirateurs de ce livre, à leurs yeux plus précieux que l'or et plus durable que l'airain, ne pouvaient qu'applaudir à ce rare et beau geste.

Brillante étoile de la pléiade parnassienne, disciple préféré de Leconte de Lisle--qui lui avait légué son habit d'académicien--José-Maria de Heredia s'était cependant assez dégagé de l'influence du maître pour affirmer sa personnalité.

«Le sentiment qu'il exprimait de préférence, a écrit Jules Lemaître, c'était je ne sais quelle joie héroïque de vivre par l'imagination à travers la nature et l'histoire magnifiée et glorifiée...

»Mais ce qui peut-être le distinguait entre tous, c'était la recherche de l'extrême précision dans l'extrême splendeur. Il joignait à l'ivresse des sons et des couleurs le goût d'une forme dont la brièveté, l'exactitude et la plénitude rappelaient en quelque façon nos écrivains classiques.»

En 1901, M. de Heredia avait remplacé Henri de Bornier comme administrateur de la bibliothèque de l'Arsenal. Il consacrait cette studieuse retraite à la préparation d'une édition nouvelle des Bucoliques, d'André Chénier.

Rappelons--ce souvenir n'a d'ailleurs qu'un intérêt anecdotique --qu'en 1896, lors de la visite de Nicolas II et de la tsarine à Paris, il eut l'honneur de haranguer en vers les souverains russes.

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