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LA VIE MONDAINE EN AUTO: UNE PRÉSENTATION
L'automobilisme a ses «mondanités»; on peut même dire qu'il est devenu le sport mondain par excellence. Comment concilier, avec certaines de ses inéluctables exigences, plutôt fâcheuses, le culte de l'élégance chère à ses plus fervents adeptes? Problème difficile! Les hommes, avant tout soucieux de leur rôle de conducteurs --voire de réparateurs, au besoin--semblent généralement se désintéresser de la solution; mais les femmes s'y ingénient de leur mieux, et leur coquetterie, qui n'abdique jamais, s'efforce de tirer parti du harnais spécial dont il leur faut s'affubler pour se garantir des coups d'air et de la poussière. Est-ce sans succès? On aurait mauvaise grâce à le prétendre. Il n'en reste pas moins qu'une «présentation» entre automobilistes de marque ressemble assez à une scène de bal masqué.
LE GÉNÉRAL THIBAUDIN
Le général Thibaudin. Phot. Pirou, boulevard Saint-Germain.

Le général de division Jean Thibaudin vient de mourir, à Paris, à l'âge de quatre-vingt-trois ans. Il avait fait la campagne d'Italie, en 1853, comme capitaine. Il y avait gagné la croix. En 1870, quand éclata la guerre, il était lieutenant-colonel. Fait prisonnier avec l'armée de Metz, après avoir été blessé à Rezonville, où il s'était distingué, il fut interné à Mayence. Il s'évada et, sous le nom de Comagny, revint prendre du service. On lui donna le commandement du 10e régiment provisoire dans 'armée de la Loire. Il était nommé, peu après, général au titre auxiliaire. En décembre, avec le 24e corps dont il commandait la 2e division, il quittait Lyon pour se porter sur Besançon, puis voler au secours de Belfort. Il prit alors une part importante aux combats livrés par Bourbaki. Pendant la retraite vers la Suisse, il reçut le commandement du 24e corps. Il attendit la paix à Berne.
A la révision des grades, on le nomma colonel.
Général de brigade en 1877, directeur de l'infanterie au ministère, il accepta le portefeuille de la Guerre en janvier 1883, au moment où le général Billot l'abandonnait plutôt que de rayer des cadres les princes d'Orléans. Ce fut lui qui accomplit cet acte. Il quitta le ministère au mois d'octobre de la même année. C'est lui qui avait rétabli les tambours, supprimés par le général Farre.
Il était à la retraite depuis 1887.
LE MEETING AUTOMOBILISTE DU MONT VENTOUX
Cette année, comme les précédentes, ont eu lieu, les 16 et 17 septembre, sur la côte du mont Ventoux, deux épreuves d'automobiles, l'une réservée aux touristes, l'autre aux coureurs de vitesse. La première a été gagnée par M. Mottard, de Lyon; la seconde a eu pour vainqueur l'Italien Cagno pilotant une voiture Fiat, de marque italienne, lequel a gravi la pente du mont Ventoux en 21 m. 12 s., allure particulièrement remarquable, étant donné que la côte, d'une longueur de 21 kilomètres 600 mètres, comporte une différence d'altitude de 1.600 mètres entre ses points extrêmes.
Cagno, gagnant de la course de côte du mont Ventoux, sur voiture italienne, dans un des virages.

Le retour de ces courses, qui s'étaient fort bien passées, a été attristé par un accident mortel. Dans une automobile pilotée par Collomb, un des concurrents, avait pris place M. Marcel Rol, pressé de rentrer à Carpentras. En atteignant cette ville, la voiture, butant contre un obstacle, fit panache et se renversa. Collomb en fut quitte pour de fortes contusions; mais son malheureux compagnon, la colonne vertébrale brisée, ne tarda pas à expirer. Agé de vingt-neuf ans, M. Marcel Rol s'était fait une spécialité du reportage photographique, plus particulièrement appliqué aux sujets sportifs; son active collaboration était très appréciée des diverses publications auxquelles il fournissait d'utiles documents.
M. Louis Juttet. Phot. Pirou, boulevard Saint-Germain.

M. JUTTET
M. Juttet, chef du cabinet du ministre du Commerce, a été, la semaine dernière, victime d'un terrible accident. A la suite d'une collision survenue, à l'intersection de l'avenue des Champs-Elysées et de l'avenue Marigny, entre une automobile et un fiacre où il se trouvait, grièvement blessé à la tête, il a succombé peu de temps après son transport à l'hôpital Beaujon. Il était âgé de trente-huit ans. Ancien directeur du cabinet de M. de Lanessan, ministre de la Marine, M. Louis Juttet avait quitté la rue Royale avec l'honorariat; antérieurement à ses nouvelles fonctions, il était rentré dans la presse et y traitait surtout les questions maritimes, coloniales et militaires.
LE TAMPONNEMENT DE CLERMONT-FERRAND
Tamponnement d'un train entré à 100 kilomètres à l'heure en gare de Clermont-Ferrand.--Phot. Bliès.

Le 15 septembre, vers 2 heures du matin, un train de marchandises de la Compagnie d'Orléans, venant d'Ussel, arrivait avec une rapidité vertigineuse et une avance de près de vingt minutes en gare de Clermont-Ferrand, où il tamponnait une rame de voitures de voyageurs et de wagons à bestiaux en station, alors vides, heureusement.
Le mécanicien Vincent, le chauffeur Dunet et l'homme d'équipe Barlet, de service sur la voie, furent tués, le chef de train Dumousset blessé. Quant aux dégâts matériels, la photographie prise par notre correspondant avant les travaux de déblaiement permet d'en apprécier l'importance, en même temps qu'elle montre les effets immédiats du choc, d'une extrême violence. Dressée sur ses roues d'arrière, écrasant de son poids une voiture de première classe, l'énorme locomotive avait ses principaux organes et son tender sérieusement endommagés; le fourgon de tête et la moitié des douze wagons du train tamponneur, chargés de charbon et de sacs de blé, étaient complètement détruits, quatre wagons de la rame tamponnée réduits en miettes. L'enquête technique prescrite par la Compagnie P.-L.-M.--la gare de Clermont-Ferrand appartenant à son réseau--n'a pu préciser les causes, restées hypothétiques, de ce grave accident. Il paraît seulement certain que, insuffisance des freins ou toute autre raison, le mécanicien, à partir de Volvic, n'était plus maître de sa vitesse qui, s'étant accélérée sur de fortes rampes, dépassait 100 kilomètres à l'heure au moment de l'irruption du train «emballé» en gare de Clermont.
M. Salomon de Gunsburg. Phot. Pirou, rue Royale.

M. DE GUNSBURG
Un financier très connu du monde parisien, M. de Gunsburg, s'est suicidé dans son appartement de l'avenue de l'Aima en se tirant une balle de revolver au coeur. D'origine russe, le baron Salomon de Gunsburg était le fils du créateur d'une des banques les plus importantes de Saint-Pétersbourg; à la mort de son père, il reprit la maison avec son frère et installa une succursale à Paris. Bien qu'officiellement retiré des affaires depuis quelque temps, il n'en conservait pas moins sur le marché des intérêts assez considérables. On attribue son suicide à un accès de neurasthénie aiguë, dont une récente villégiature en Suisse n'avait pu avoir raison.
NOTES ET IMPRESSIONS
La France est la patrie de l'espérance. Guizot.
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Lorsque le couple humain, momentanément uni par une impulsion instinctive, est capable de se désunir au gré des circonstances, il devrait demeurer stérile. Gaston Deschamps.
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Il y a des mots d'enfant qui font rêver le penseur et sourire le poète. Guy Delaforest.
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Rien de flatteur dans un éloge comme l'absence de flatterie. Marie Adville.
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L'homme calcule à l'avance et par minutes tout l'horaire des mouvements célestes; il prédit après coup la marche des choses humaines où entre en jeu la liberté.
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Chaque époque a ses mâts de cocagne et, malgré l'éclat des chutes, sa réserve d'ambitieux pour y grimper et se casser le cou. G.-M. Valtour.
(Agrandissement)
