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L'Illustration, No. 3265, 23 Septembre 1905

DOCUMENTS et INFORMATIONS

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La vaccination contre le choléra.

L'apparition du choléra en Russie, puis en Allemagne, peut faire craindre l'extension du fléau jusqu'à l'extrémité occidentale de l'Europe. C'est par ces pays qu'il a coutume de passer pour venir chez nous.

S'il vient, comme cela est probable, que faut-il faire?

A cette question, il est facile de répondre. On peut très bien indiquer les précautions à prendre. Mais il faut bien se dire qu'on peut, tout en les prenant, devenir aussi victime du mal; le microbe a bien des moyens de se faufiler. Quoi qu'il en soit, il importe essentiellement de réduire le nombre de ces moyens, et c'est ce à quoi on arrivera en observant quelques pratiques très simples. La principale, c'est, en temps d'épidémie, de ne plus employer, comme boisson ou pour la toilette (pour toute la toilette) que de l'eau bouillie. On fait, en se levant, toute sa toilette à l'eau bouillie; on évite de toucher de l'eau non bouillie ou les récipients où il vient d'y avoir de l'eau non bouillie. On se lave soigneusement les mains avant les repas; on ne consomme les légumes et fruits que cuits. Toute l'alimentation, toute la boisson, doivent avoir été stérilisées par la chaleur. Ne pas se fier aux eaux filtrées, ni aux eaux minérales ou dites de source. Aucun filtre existant ne constitue une garantie sérieuse contre n'importe quelle maladie transportée par l'eau; aucun filtre, si coûteux qu'il soit, si scientifiquement compris et attentivement surveillé qu'il puisse être, ne donne la sécurité que procure l'ébullition de l'eau. Pour les eaux minérales, ou de source, il faut bien savoir qu'elles peuvent se contaminer comme les autres eaux de source; elles ne donnent qu'une sécurité illusoire, car elles peuvent être pures pendant un temps et tout à coup cesser de l'être. L'eau bouillie, elle, est toujours pure: c'est la seule eau pure.

Il faut bien se dire, toutefois, que les mesures d'hygiène, de nettoyage, de désinfection, n'ont jamais suffi à enrayer une épidémie de quelque violence. Du reste, aucune maladie infectieuse n'est en voie de diminution, sauf la variole. C'est que la variole est la seule contre laquelle on dispose d'un traitement préventif, qui est la vaccine. On a un vaccin curatif pour d'autres maladies, mais ce vaccin ne diminue pas le nombre des cas: voyez par exemple ce qui se passe pour la diphtérie. On la traite assez bien maintenant; mais, si l'on réduit le nombre des morts, on ne réduit pas le nombre des cas. On ne diminue la proportion des cas de maladie infectieuse que là où l'on possède le vaccin préventif.

Ce vaccin existe pour le choléra. Depuis plus de dix ans on vaccine contre le choléra aux Indes, et avec grand succès; la chose est entrée dans les habitudes et la méthode est si bien assise que l'on ne prend plus la peine d'en faire connaître les bienfaits, pas plus que pour la vaccine en Europe. Pour le degré d'efficacité de la vaccination anticholérique imaginée par M. M. Haffkine, un ancien préparateur à l'Institut Pasteur, il ressort très simplement de quelques statistiques faites aux Indes, à Degubaar, à Karkuri, à Bilaspur.

Voici pour Degubaar: Cas de choléra. Morts. Non vaccinés 254 12 10 Vaccinés 407 5 0 A Karkuri: Non vaccinés 198 15 9 Vaccinés 443 3 1 A Bilaspur: Non vaccinés 100 5 Vaccinés 150 1

Dans tous les cas qui précèdent, vaccinés et non vaccinés vivaient dans les mêmes conditions, occupés aux mêmes travaux, appartenant à la même classe sociale.

Le vaccin de Haffkine est le seul vaccin que l'on possède contre le choléra. Il est en outre excellent, comme les chiffres précédents le font voir. La durée de l'immunité qu'il confère va de six mois à un an.

Mais il n'est pas curatif: il ne sert de rien de l'injecter à un cholérique. C'est un remède préventif, destiné à rendre les sujets non cholériques réfractaires à l'infection.

Les ports de Gênes et de Marseille.

La rivalité qui s'est établie entre les deux grandes cités maritimes de la Méditerranée est digne d'attention et, chaque année, on note avec soin les péripéties de ce duel, dont le résultat pourrait être fatal à l'un des deux adversaires en présence.

En 1904, le mouvement de Marseille est encore supérieur à celui de Gênes de 3.614 bâtiments, 1.283.776 tonneaux et 270.889 tonnes de marchandises.

Toutefois, l'écart, qui s'était relevé en 1903 en faveur de Marseille, a baissé l'année dernière de 1.244 navires, 1.698.453 tonneaux de jauge et 713.363 tonnes de marchandises.

En réalité, ainsi qu'il ressort d'une étude de M. de Clercq, consul général de France à Gênes, Marseille ne maintient sa supériorité que grâce à son exportation. A l'entrée, le chiffre de trafic génois surpasse de près d'un million de tonnes son concurrent marseillais; et cela depuis plusieurs années.

Le jeûne des araignées.

Un éminent naturaliste, M. J.-H. Fabre, étudiant récemment les moeurs de la lycose de Narbonne, constatait que cette araignée porte ses petits sur son dos pendant sept mois, et que, pendant ce temps, les jeunes araignées ne consomment absolument aucun aliment. Il concluait de cette observation que c'est la chaleur et la lumière solaires qui remplacent directement, pour elles, l'alimentation. Autrement dit, «la chaleur motrice, chez ces jeunes animaux, au lieu d'être dégagée des aliments, serait utilisée directement, telle que la rayonne le soleil, foyer de toute vie».

Mais il ne semble pas que le problème du jeûne des araignées soit aussi difficile à résoudre.

Un autre naturaliste, M. Lécaillon, ayant conservé pendant huit mois de jeunes araignées en dehors de l'action solaire directe, en hiver, a constaté que les réserves du tissu adipeux de ces animaux étaient suffisantes pour entretenir longtemps leur vie.

Pendant la belle saison même, les araignées restent souvent des mois entiers privées de nourriture, en raison de la rareté des proies qu'elles peuvent capturer sur leur toile servant de piège, ou à l'entrée de leur cachette. La faible étendue de leur champ visuel les expose aussi à ne capturer des proies qu'à de longs intervalles.

Un cas fréquent est encore celui où la femelle est occupée à «garder» son cocon ovifère ou à «surveiller» ses petits. Elle reste alors souvent très longtemps sans prendre de nourriture, négligeant même la proie qu'on lui présente, plutôt que d'abandonner sa ponte, même un instant.

Mais si on lui enlève son cocon de force, elle saisit alors sa proie.

Il est donc évident que la femelle n'éprouve ici aucun dommage et qu'elle est adaptée à pouvoir rester longtemps privée de nourriture.

L'action du radium sur les tissus des vêtements.

Deux observateurs anglais ont recherché quelle action le radium pourrait bien exercer sur des fibres végétales et animales: sur du fil de soie et du fil de coton en particulier. Ils ont exposé un certain nombre de ces fils à l'action du radium, à petite distance, pendant un temps qui a été de quelques jours; et chaque jour, ils ont retiré quelques fils pour en éprouver la résistance à la rupture. Cette expérience a montré que la force du fil va en diminuant de façon évidente et régulière. Pour la soie, la force initiale, avant l'expérience, était de 78 grammes; le fil ne brisait que sous un poids de 78 grammes. Mais, sous l'influence du radium, la résistance diminue chaque jour de 4 grammes environ. La résistance du coton diminue aussi, mais plus vite durant les premiers jours. La résistance initiale étant de 370 grammes, la diminution est d'abord très forte: de 60 grammes par jour. Après quelques jours, elle continue bien à diminuer, mais d'un chiffre moindre. Si, au lieu de faire agir le radium sur des fibres sèches, on le fait agir sur des fibres mouillées, on observe, au contraire, une augmentation de résistance. Mais cette action est temporaire: il ne faut pas compter qu'on pourra, par le radium, renforcer les fils ou les tissus.

L'ÉLEVAGE DES HIRONDELLES EN CAPTIVITÉ.

Une correspondante de la Société d'acclimatation, Mlle L. Reyen, a donné à cette Société quelques renseignements intéressants sur l'élevage en captivité des hirondelles et d'autres oiseaux sauvages de notre région. Mlle Reyen, qui a, à ce sujet, une expérience déjà longue--elle a gardé sept ans une hirondelle de cheminée et dix-sept ans un rossignol--conseille, pour élever les jeunes, une pâtée faite de viande, de biscuits, de graines, bien mélangée et parfaitement séchée. Elle y ajoute des insectes: mouches, cousins, papillons, petits coléoptères, vers de farine, et surtout des araignées.

Les araignées semblent être indispensables aux oiseaux insectivores à qui elles servent de nourriture et de médicament à la fois. L'araignée semble être purgative et dépurative, et il convient d'en donner deux ou trois, au printemps, à l'oiseau captif, pour l'entretenir en bonne santé. Très recommandée encore, la carotte fraîchement râpée. Tous les quinze jours, il convient aussi de faire boire à l'hirondelle de l'eau où macère de la graine de lin. Cette eau convient au rossignol; la fauvette se trouve mieux d'eau miellée. Les hirondelles supportent bien la captivité, à condition qu'on les tienne au chaud en hiver. Elles muent au milieu de la mauvaise saison, mais la crise n'a rien de grave si l'on a soin de les bien nourrir. Mlle Reyen possède depuis treize ans une fauvette à tête noire qui chante fort bien, mais la pauvre petite bête a chaque année une crise de goutte. Or sa protectrice est là qui veille; dès que vient le mal, elle lui administre une liqueur de sa composition qui, très rapidement, dissipe l'accès. Très probablement la goutte est une des conséquences de la captivité: l'oiseau captif a rarement assez d'espace dans sa volière pour pouvoir prendre tout l'exercice dont il a besoin.

L'insensibilisation par les rayons bleus.

Un professeur de la Faculté de médecine de Genève, M. G. Redard, vient de faire connaître un procédé nouveau pour la production de l'anesthésie générale, donnant des résultats aussi complets, et beaucoup moins dangereux, que l'emploi du chloroforme ou de l'éther. Ce procédé est basé sur l'effet des rayons bleus.

On connaissait depuis longtemps l'influence psychique des couleurs fondamentales, et l'on savait que le rouge est excitant, que le jaune porte à la tristesse et que le bleu est d'un effet franchement calmant, avec production d'un sentiment de bien-être.

Or, M. Redard a trouvé qu'en employant les rayons bleus avec une certaine intensité, non seulement on obtient un effet sédatif, mais encore on produit une insensibilisation permettant les opérations chirurgicales de courte durée.

Pour obtenir ce résultat, il suffit d'une lampe électrique de seize bougies, munie d'une ampoule de verre bleu, avec un réflecteur nickelé. Le malade regarde fixement la lampe, à une distance de 15 centimètres, la tête et la lampe étant recouvertes d'un voile bleu pour écarter la lumière diffuse du jour.

Au bout de deux à trois minutes, l'anesthésie est obtenue; ce dont on est averti par une dilatation de la pupille.

La théorie du phénomène n'est pas très claire. En tout cas, il ne s'agit pas d'un effet hypnotique analogue à celui qu'on obtient par la fixation du regard sur un objet brillant, car, avec les rayons jaunes ou rouges, les résultats sont nettement négatifs.

Le tissage et la couture chez les animaux.

Bien des opérations, qui paraissaient être propres à l'homme, ont été observées chez les animaux; et l'on en connaît qui sont bâtisseurs, fileurs et même agronomes.

Telles certaines fourmis, qui ont été si bien étudiées par M. Forel en Colombie.

Mais l'industrie la plus curieuse qui ait été observée chez les animaux est bien celle qui consiste à coudre et à tisser, comme M. Ridley vient de le signaler chez une fourmi de l'Inde.

Cet insecte prend ses larves dans sa bouche et, comme ces larves sécrètent du fil pour se tisser leur cocon, en les passant dans une série de trous, il arrive à coudre ensemble des feuilles pour se former un nid d'un tissu résistant. La production du fil des larves s'est d'ailleurs exagérée, probablement sous l'influence de cette utilisation indirecte.

Cette observation n'est pas unique. Elle a été renouvelée par M. Goeldi sur une fourmi brésilienne. M. Goeldi rapporte avoir vu des fourmis piquer des feuilles avec leurs larves tenues dans la bouche, et coudre en zigzag pour juxtaposer ensemble des feuilles dont se constitue leur nid.

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