NOTRE SUPPLÉMENT MUSICAL
Reading edition
Pièce Brève (pour piano), par Gabriel Fauré.--L'Illustration a salué la nomination de M. Gabriel Fauré au poste envié de directeur du Conservatoire de musique. Nos lecteurs et lectrices pourront apprécier, par cette Pièce Brève, que nous publions, combien l'inspiration du maître est originale.
Ce qui caractériserait cette oeuvre exquise, ce serait l'imprécision du titre et la coloration précise de la pensée musicale. Il semblerait que, si Pièce Brève avait été un morceau de piano et chant au lieu d'être uniquement pour piano, l'auteur aurait écrit sa musique d'abord, puis ses paroles seulement après la musique.
Un chant s'élève, à la fois ample et gai, puis les broderies soulignent une phrase très musicale et, par une modulation très trouvée, le chant initial suit à nouveau son développement. Oserai-je dire que, malgré les accords de la fin, Pièce Brève ne finit pas. Il semble qu'il y a là une porte ouverte sur l'infini. On rêve, on rêve encore, alors que l'inspiration du maître s'est tue. C'est le plus bel éloge que l'on puisse faire de cette page de M. Gabriel Fauré.
L'Ame des Fleurs (mélodie), par Massenet.--S'il est un compositeur dont le talent est souple et divers, c'est bien M. Massenet. Qu'il s'agisse, par contre, d'un opéra ou d'une simple mélodie, M. Massenet sait imprimer à l'un ou à l'autre sa griffe magistrale; et l'on peut dire que l'Ame des Fleurs est «le sonnet sans défaut qui vaut seul un long poème», ainsi que le souhaitait Boileau.
Faut-il louer la distinction de la phrase mélodique, la justesse de l'expression, le piquant et l'imprévu des sonorités de cette page toute parfumée de poésie? Chez M. Massenet, la langue musicale a une éloquence telle que, même quand il se sert du piano, on devine un dessin orchestral dans ce qu'il a voulu décrire. Ainsi, dans l'envolée lyrique de ce passage de l'Ame des Fleurs: «Oh! respectons la relique des roses!» on entend un unisson d'instruments à cordes qui charme l'oreille. C'est précisément le secret des maîtres d'évoquer tant de choses avec les moyens les plus simples, et M. Massenet s'y entend.
Poème languide, par A. Scriabine.
A. Scriabine est né à Moscou en 1870. Sa 3e symphonie vient d'être jouée à Paris sous la direction du célèbre chef d'orchestre Nikisch, dirigeant l'orchestre Colonne. Il est donc d'actualité.
Scriabine est élève de Saponov et Tanief. Entré comme professeur au Conservatoire de Moscou, il en sort presque aussitôt pour se consacrer exclusivement à la composition. Son bagage musical est déjà assez considérable: oeuvres pour piano, sonates, trois symphonies; la dernière, le Divin Poème, qui vient d'être exécutée ici, exprime en partie les idées philosophiques qui, de tout temps, le préoccupaient. Ces idées n'atteindront leur complet développement et leur parfaite expression que dans son oeuvre suivante déjà presque terminée.
C'est un musicien curieux, raffiné... pourtant un peu compliqué.
LE JARDIN DU TROCADÉRO ET LES QUARTIERS NORD-OUEST DE PARIS PENDANT LA NUIT DU SOLSTICE D'ÉTÉ (20-21 juin). Photographie prise, à 2 heures du matin, de la deuxième plate-forme de la tour Eiffel.


Le gagnant du prix de France et son entraîneur. Le coureur américain Kramer, gagnant du Grand Prix cycliste de la Ville de Paris.
LE PRIX DE FRANCE
Le prix de France est le grand prix des gentlemen-riders: le cavalier gagnant ce steeple-chase a désormais son droit d'entrée à vie sur l'hippodrome d'Auteuil. L'heureux vainqueur du prix de France de 1905, couru à Auteuil dimanche dernier, est un officier, M. Petit. Il montait Valmajour, appartenant à M. Arthur Veil-Picard et entraîné par M. J. d'Okhuysen. Celui-ci mérite une mention spéciale. C'est bien le type de l'entraîneur moderne, tout à fait différent de l'entraîneur anglais classique, ancien jockey devenu trop lourd, bon serviteur, presque toujours fidèle, des aristocratiques propriétaires d'écuries de courses. M. d'Okhuysen, hollandais d'origine, fit ses études au lycée de Nice, suivit les cours de l'école d'Alfort, passa par le journalisme sportif, s'avisa enfin d'appliquer à l'entraînement ses connaissances vétérinaires et son esprit novateur. Il eut d'abord deux chevaux d'ordre modeste, dont il fit deux gagnants de modestes épreuves. Il a eu pour la première fois cette année des cracks sous sa direction et il a remporté successivement le grand prix de Nice avec Brat, le grand prix de Bruxelles, le prix du Jockey-Club et le Grand Prix de Paris avec Finasseur, à M. Michel Ephrussi. M. Arthur Veil-Picard, possédant seulement des chevaux d'obstacles, ne pouvait aspirer qu'au Grand Steeple et au prix de France: il a manqué le grand-steeple que Frosdorphe n'a pu disputer; mais l'allocation du prix de France a dû être pour lui une appréciable compensation.
La formation de la trombe. La trombe s'abattant sur le lac.

UNE TROMBE SUR LE LAC DE ZUG (SUISSE).
Clichés pris je 19 juin, à 4 heures après midi, par M. Léopold Woelffling, ex-archiduc d'Autriche.
Concours de tourisme en montagne: une des quarante-trois voitures concurrentes sur la route de Pleintanais.

Médaille gravée par Louis Oury, dont un exemplaire sera décerné à chaque concurrent classé dans la «Coupe des Pyrénées».

LA COUPE DES PYRÉNÉES. Oeuvre en argent du sculpteur Ducuing, qui sera offerte au vainqueur de la course organisée par le journal la Dépêche, de Toulouse à Toulouse par les Pyrénées: Béziers, Perpignan, Foix, Bayonne, Pau, Tarbes (20-27 août 1905).

Sur le lac du Bourget: le garage des canots de course automobiles.
