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L'Illustration, No. 3252, 24 Juin 1905

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L'Eruption du Vésuve.

Eruption du Vésuve le 27 mai à 9 heures du soir. --Phot. Fumagalli.

Illustration from L'Illustration, No. 3252, 24 Juin 1905

Le Vésuve, qui depuis assez longtemps semblait sommeiller, vient d'avoir récemment un réveil inquiétant. La recrudescence de l'activité volcanique s'est manifestée par les phénomènes habituels: panaches d'épaisse fumée, jets de matières incandescentes, coulées de lave, semblables à des torrents de feu, dévalant du cratère le long des flancs de la montagne. Le spectacle était grandiose, et, naturellement, c'était la nuit, surtout en raison de l'opposition entre les ténèbres du ciel et les vives clartés de l'éruption, qu'il offrait un caractère vraiment fantastique. L'oeil en restait fortement impressionné, la mémoire pouvait conserver le souvenir de ce merveilleux tableau; mais comment le fixer d'une façon durable? La solution de ce problème n'est plus une utopie, grâce aux procédés nouveaux de la photographie nocturne, que les travaux persévérants d'un ingénieux amateur, M. Charles Fumagalli, ont contribué à amener à un degré proche de la perfection, ainsi qu'en témoigne le curieux document reproduit ici d'après un cliché pris le 27 mai dernier, à 9 heures du soir.

Une mine d'or en France.

Faut-il croire, comme le fait un de nos compatriotes dans une lettre publiée par la Société d'histoire naturelle d'Autun, que nous avons «le Transvaal en France»? Toujours est-il qu'il y aurait, à Budelière-Chambon, dans la Creuse, des filons de quartz aurifère de réelle valeur. Ils contiendraient en moyenne 40 ou 50 grammes, parfois de 60 à 100 grammes, d'or à la tonne, ce qui est un titre exceptionnellement élevé. L'or s'y trouve combiné à la pyrite et peut être traité par cyanuration. Les filons sont assez puissants; le principal a 3 mètres de puissance. On peut le suivre sur un parcours de 40 kilomètres vers Château-sur-Cher et Saint-Maurice (Puy-de-Dôme): malheureusement il ne contient de l'or qu'à l'endroit où il s'enfonce sous les micaschistes, à Evaux et Budelière-Chambon. Des travaux d'exploitation ont été commencés: une usine de traitement sera établie sur le bord de la Tarde, et l'on saura avant peu ce que vaut la mine et si elle rappelle, fût-ce de loin, celles du Transvaal: les bonnes; pas celles sur les titres desquelles l'innocent public français s'est rué.

Les deux pachas.

Les admirateurs de Pierre Loti seront sans doute surpris de reconnaître leur écrivain favori sous le rouge tarbouch des sectateurs du Koran. Et, voyez l'influence de la coiffure, un Turc pur sang auquel nous montrions Deux pachas: M. Pierre Loti et M. Mustapha Kamel. --Phot. Phébus. l'épreuve rarissime n'eut pas une seconde d'hésitation, et désignant Pierre Loti: «Voilà un Arménien; l'autre est un Européen.»

Illustration from L'Illustration, No. 3252, 24 Juin 1905

Or, l'autre est un authentique Égyptien, Mustapha Pacha Kamel, le très jeune chef de la Jeune Égypte, adversaire irréconciliable de l'occupation anglaise, depuis longtemps lié avec Loti d'une étroite amitié. A Constantinople on les appelle les Deux Pachas, le surnom de pacha étant fréquemment appliqué par nos officiers de marine aux capitaines de frégate.

Et c'est sur le pont du Vautour, le stationnaire français commandé par Loti sur le Bosphore, que l'appareil photographique surprit les Deux Pachas, l'auteur d'Aziyadé et le brillant polémiste égyptien.

Le verre armé.

Comme le ciment armé, le verre armé est maintenant de plus en plus employé dans les constructions.

Le verre armé, dont le principe fut breveté par un Américain, s'obtient en laminant deux couches de verre entre lesquelles on place un treillis métallique.

Le produit présente une cohésion et une ténacité remarquables; et, en cas de rupture, les fragments de verre, au lieu de se séparer, demeurent adhérents, retenus par le treillis métallique. C'est le principal avantage du verre armé.

Par d'intéressants essais, faits récemment, MM. Schlernitzauer et Crochet, directeurs de la Compagnie de Saint-Gobain, ont constaté qu'une plaque de verre armé de 6 millimètres d'épaisseur, de 1 m,25 sur 0m,45, pouvait supporter un poids de 475 kilos; avec 600 kilos, elle ne se rompit point, mais fut seulement courbée et fendillée.

Autre qualité importante du verre armé: une construction légère dont les parois sont faites de verre armé résiste à un feu très vif allumé à l'intérieur, tandis qu'une vitre ordinaire se brise dès les premières atteintes de la flamme.

De telles qualités désignent manifestement le verre armé pour les toitures, les étalages, les vitrages; mais son application à la construction des escaliers est particulièrement heureuse, car les escaliers en verre permettent l'éclairage facile des descentes de sous-sols; leurs marches ne sont pas glissantes et, en cas d'incendie, leur supériorité sur les escaliers en bois n'est pas contestable.

La transmission précise de l'heure par téléphone.

A la suite d'un voeu exprimé par la Chambre syndicale de l'horlogerie de Paris, l'observatoire du Bureau des longitudes vient d'indiquer un procédé permettant d'utiliser, pour la transmission précise de l'heure, les facilités que procure aujourd'hui le réseau téléphonique.

L'heure est transmise avec la même précision que si le destinataire se trouvait auprès de la pendule elle-même, en transmettant directement le bruit des battements de la pendule. L'expéditeur numérote à la voix deux ou trois battements et le destinataire continue à compter à l'oreille.

Ce mode de transmission de l'heure paraît appelé à rendre de grands services à l'horlogerie et aux établissements scientifiques qui ont besoin de connaître l'heure avec précision, et cela non seulement à Paris, mais encore dans toutes les localités reliées au réseau téléphonique.

Les ports de guerre et de commerce pourront désormais se dispenser d'établir des observatoires astronomiques pour régler les chronomètres des navires en partance; il leur suffira de posséder une pendule ou même un chronomètre et de régler de temps à autre cet instrument par le téléphone.

C'est ainsi que, le 25 mai, le contre-torpilleur Escopette, actuellement à Brest, a pu régler ses chronomètres sur la pendule de l'observatoire de Montsouris.

Le même procédé pourrait être utilisé pour la détermination des longitudes: grâce à la transmission directe des battements, les observateurs des deux stations pourraient, en effet, noter les heures de leurs observations à une seule et même pendule.

Prédication en forêt.

Un prêche en plein air dans la forêt de Johannistal, près de Berlin.--Phot. Kromadar.

Illustration from L'Illustration, No. 3252, 24 Juin 1905

Ceci se passe non pas dans quelque lointaine région, chez quelque peuplade primitive, nouvellement initiée aux bienfaits de la civilisation, mais sur le territoire d'une commune suburbaine, située au sud-est de Berlin. Johannistal--tel est le nom de cette localité bénie--possède une forêt, et des esprits judicieux ont estimé que cette forêt pouvait être, pendant l'été, un sanctuaire naturel très propice à l'exercice du culte luthérien. Les hauts fûts et les frondaisons des arbres ne rappellent-ils pas les colonnes et les voûtes du temple? Ses solitudes n'en offrent-elles pas la paix et la majesté sacrées? Toujours est-il que ce culte «luthéro-sylvain» attire déjà beaucoup de monde et, à voir l'empressement des fidèles à venir s'asseoir sur les bancs rustiques, devant la chaire rudimentaire où le pasteur commente l'Évangile, il est permis de prévoir, pour les prochains mois caniculaires, une affluence plus considérable encore. La pratique de la religion se concilie d'ailleurs fort bien avec un certain souci du bien-être corporel: puisqu'elle s'accommode, en hiver, du chauffage des églises, pourquoi s'interdirait-elle, en été, la fraîcheur des bois?

Le chapeau de Panama.

La «cueillette» des chapeaux de Panama après leur blanchissage au soleil, dans une fabrique d'Alsace-Lorraine.

Illustration from L'Illustration, No. 3252, 24 Juin 1905

La première vogue, déjà lointaine, du chapeau de Panama avait été suivie d'une longue période de défaveur, presque d'oubli; il y a quelques années encore, c'est à peine si de rares contempteurs de la mode, gens d'âge mûr, osaient, l'été venu, arborer ce couvre-chef aux bords larges et souples, commode mais suranné. Par un de ses retours coutumiers, la mode, depuis plusieurs saisons, l'a de nouveau adopté; elle lui fait la part belle parmi ses concurrents et même on peut dire qu'étant d'un prix beaucoup plus abordable qu'autrefois il commence à se démocratiser.

Aujourd'hui, l'État qui a donné son nom à cette coiffure estivale ne la fournit plus guère; les meilleurs «panamas» viennent de la République de l'Équateur, de Porto-Rico et des Antilles; d'ailleurs, c'est surtout la matière première, tirée des fibres d'un arbre du genre latanier, que les pays de production exportent en Europe, où elle est mise en oeuvre. Cette branche de l'industrie chapelière s'est particulièrement développée dans la région de Nancy et en Alsace-Lorraine.

Après le blanchiment par un procédé chimique, les chapeaux sont soumis au séchage en plein air et, comme notre gravure permet d'en juger, cette phase de la fabrication n'est ni la moins curieuse ni la moins pittoresque: on croirait voir de haut onduler, sous le soleil, une foule compacte aux centaines de têtes uniformément coiffées.

Une amazone américaine.

Une amazone américaine: Miss Mulhall, fille du «roi d'Oklahoma».--Ph. G. Grantham.]

Illustration from L'Illustration, No. 3252, 24 Juin 1905

Cette amazone fameuse de l'autre côté de l'Atlantique émerveillait dernièrement New-York par ses rares talents de sportswoman. Non contente de dresser et de maîtriser les chevaux les plus intraitables, elle dompte, et monte des taureaux sauvages; en outre, maniant le lasso avec la maîtrise du plus habile gaucho, elle capture elle-même ces animaux: telle est son habileté qu'elle a réussi à en forcer jusqu'à trois ensemble en l'espace de trois minutes et demie.

Rossie Mulhall (elle porte en réalité le prénom de Lucile), est une des filles de M. Elias Mulhall, surnommé le «roi d'Oklahoma» et qui s'honore de compter parmi les amis du président Roosevelt. C'est une jeune personne plutôt frêle d'apparence, ne pesant même pas 50 kilos, mais d'une vigueur musculaire et nerveuse peu communes. Vêtue d'un costume mi-masculin, mi-féminin, coiffée d'un large feutre, elle chevauche hardiment d'extraordinaires montures sur les promenades publiques, où ses apparitions ne manquent pas de faire sensation.

A propos des prouesses sportives accomplies contre l'ordinaire avec des bêtes à cornes, il n'est pas sans intérêt de rappeler la création à Madagascar, aux environs de Majunga, il y a quelques années, d'une véritable «cavalerie de boeufs». M. Sluszanski, en effet, avait pu dresser à la voiture et à la selle une trentaine de boeufs, capables, comme le constate un rapport officiel, de rendre de grands services dans notre colonie pour les transports et le déplacement du personnel.

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