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L'Illustration, No. 3250, 10 Juin 1905

LES THÉÂTRES

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«J'ai voulu, écrit M. G. Ancey dans la préface de sa comédie: Ces Messieurs, jouée au Gymnase, j'ai voulu simplement, n'accusant personne, ou, tout au moins, accusant en face, montrer la terrible influence que peut prendre le prêtre sur la femme pour leur plus grand péril à tous deux...» Et le vigoureux écrivain qui, un instant, régna sur le Théâtre-Libre, remplit avec usure les conditions de son programme, accumulant à plaisir les prêches laïques et gouverné malgré lui par des préjugés d'une criante injustice. Cette comédie, condamnée à sa naissance par la censure, a fait beaucoup de bruit avant d'être jouée; on l'a accueillie avec calme, mais non sans fatigue, tout en applaudissant, comme de juste, le très beau duo mystique de la fin, où l'auteur, moins intransigeant, se rapproche de la vérité vraie. Mlle Mégard, MM. Calmettes et Dumény tiennent remarquablement les principaux rôles.

Mlle Trouhanova.--Phot. Enrietti.

Illustration from L'Illustration, No. 3250, 10 Juin 1905

A la Gaîté, excellente reprise du célèbre Champignol malgré lui, de MM. G. Feydeau et M. Desvallières, avec quelques-uns des artistes de la création, notamment M. Germain. MM. Galipaux, Noizeux, Mmes V. Lavergne et M. Lavigne ont aussi leur bonne part du succès.

Au Théâtre-Italien, le maître incontesté de Siberia, M. Umberto Giordano, a de nouveau capté la faveur du public avec son ouvre de début, André Chénier, drame lyrique très adroitement agencé par M. Luigi Ellica, en se servant des épisodes «classiques» de la Révolution française.

La partition, des plus mouvementées, révèle les exceptionnelles qualités dramatiques du compositeur; elle charme souvent, émeut par moments et ne cesse pas d'intéresser. L'interprétation est excellente: le baryton Sammarco, le ténor A. Bassi et Mme G. Debrazzini s'y font particulièrement applaudir.

Au théâtre de Monte-Carlo, représentations brillantes d'un ballet en trois tableaux de M. Jean Lorrain dont le scénario, émouvant, passionnant même, a heureusement inspiré le musicien, M. Narici. On y a surtout acclamé la prestigieuse danseuse russe, Mlle Trouhanova, qui a créé le principal rôle, celui de la Marietta, avec un brio remarquable.

LE DUC D'AUDIFFRET-PASQUIER

Phot. Piriou, boul. Saint-Germain. M. d'Audiffret-Pasquier.

Illustration from L'Illustration, No. 3250, 10 Juin 1905

Le duc d'Audiffret-Pasquier vient de s'éteindre à l'âge de quatre-vingt-deux ans, à Paris, où il était né en 1823. Depuis assez longtemps déjà, il vivait effacé, après avoir joué un rôle politique considérable pendant la première période du régime actuel. Député de l'Orne à l'Assemblée nationale de 1871, il prit une place influente au centre droit, dans le groupe orléaniste, et, comme président de la Commission chargée de l'examen des marchés conclus pendant la guerre, il prononça des discours véhéments qui le classèrent d'emblée au rang des leaders de la majorité.

Il contribua très activement à la chute de M. Thiers, à la fusion des deux branches de la famille de Bourbon et aux tentatives de restauration monarchique; mais, celles-ci ayant échoué, il se rapprocha du centre gauche libéral, vota la Constitution de 1875 et fut élevé à la présidence de l'assemblée. Il devait plus tard devenir président du Sénat, dont il avait été élu membre inamovible, en tête de la liste.

Bien qu'il n'eût aucun bagage littéraire, le duc d'Audiffret-Pasquier appartenait, depuis 1878, à l'Académie française, où il hérita du fauteuil de Mgr Dupanloup; suivant une de ses traditions, la Compagnie avait voulu surtout honorer en lui l'éloquence parlementaire.

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