← Table of contents
L'Illustration, No. 3250, 10 Juin 1905

Documents et Informations

Reading edition

Un record électoral.

Ce record assez curieux, c'est assurément en France une commune du Gard qui le détient, d'après les renseignements précis que nous adresse un de nos correspondants. En effet, dans l'espace d'un an, du 1er mai 1904 au 14 mai 1905, à Quissac, chef-lieu de canton de l'arrondissement du Vigan, il n'y a pas eu moins de sept élections: 1° le 1er mai 1904, élection du conseil municipal; 2° le 1er août, élection d'un conseiller d'arrondissement; 3° le 23 octobre, élection d'un conseiller général; 4º le 20 novembre, nouvelle élection d'un conseiller d'arrondissement, par suite de démission; 5° le 11 décembre, élections complémentaires au conseil municipal, pour le remplacement de 7 démissionnaires; 6° le 5 février 1905, même opération pour la même cause; 7° le 14 mai 1905, élections municipales nécessitées par la dissolution du conseil.

Les électeurs de Quissac, on le voit, n'ont guère chômé, et cette fréquence des consultations du suffrage universel n'est peut-être pas l'indice d'un parfait accord entre les divers éléments d'une population que divise notamment la question religieuse (elle compte un tiers de catholiques et deux tiers de protestants). Or, étant donné qu'il s'agit d'une localité de ce Midi où les passions politiques sont vives et les têtes chaudes, la seule mention d'une pareille série de scrutins évoque tout d'abord l'image de scènes violentes: désordres, bagarres, urnes renversées, bulletins lacérés, invectives réciproques, pugilats, intervention de la gendarmerie, procès-verbaux dressés. Eh bien, fait à noter, pendant la période agitée qu'elle vient de traverser, la petite ville provençale ne connut pas ces déplorables incidents; malgré les divergences d'opinions, le devoir civique s'y accomplit avec une parfaite dignité et, du sage esprit de tolérance qui règne à Quissac, on ne saurait donner une preuve plus concluante que ce détail typique: les jours de vote, les partisans des candidats opposés «font la manille» ensemble!

Etudiants et docteurs en médecine.

La nouvelle loi militaire ralentira-t-elle le mouvement qui porte les jeunes gens vers les études médicales? La chose est probable et souhaitable.

En attendant, le nombre des diplômes de docteur délivrés en 1903-1904 a été de 1.143, supérieur de 27 au nombre de l'année précédente; et celui des élèves inscrits au P. C. N. va toujours en augmentant. En 1905, il atteint le chiffre 1.692, le plus élevé qui ait été noté depuis l'application des nouveaux programmes.

Il faut cependant remarquer que le nombre des étudiants en médecine s'est abaissé d'un millier, dans l'espace des dix dernières années: de 7.779 en 1895, il n'est plus, cette année, que de 6.763.

Malheureusement, le nombre des étudiants étrangers a également diminué de moitié, tombant, dans le même intervalle, de 1.137 à 613.

Les éliminatoires anglaises pour la coupe Gordon-Bennett.

Illustration from L'Illustration, No. 3250, 10 Juin 1905

M. Rolls, sur voiture Wolseley. M. Bianchi, sur voiture Wolseley. Copyright Campbell-Gray. M. Clifford Earp, sur voiture Napier.

LES TROIS VAINQUEURS DES ÉLIMINATOIRES ANGLAISES POUR LA COUPE GORDON-BENNETT

Douze concurrents anglais se sont disputé, le 30 mai, dans l'île de Man, l'honneur de venir participer à la grande épreuve internationale de la coupe Gordon-Bennett qui doit avoir lieu, comme on peut s'en souvenir, sur le parcours accidenté du circuit d'Auvergne, le 5 juillet prochain. Trois d'entre eux seulement ont terminé les 492 kilomètres du circuit éliminatoire, à une vitesse allant de 58 à 62 kilomètres de moyenne à l'heure; ce sont les trois concurrents dont nous reproduisons des photographies. Les neuf autres voitures ont été, ou arrêtées par de simples pannes, ou brisées--tout au moins détériorées--dans des virages trop rapides.

Rappelons que les éliminatoires françaises auront lieu le 16 juin sur le trajet même du circuit d'Auvergne.

A propos de sport.

C'est sur le circuit d'Auvergne que M. de Knyff a été victime de l'accident d'automobile que nous avons relaté récemment. Nous apprenons avec plaisir qu'il est en bonne voie de guérison. Profitons de l'occasion pour préciser un point de détail: son compagnon de route, M. Faroux, qui sortit indemne de l'aventure n'est pas, comme plusieurs de nos confrères et nous-mêmes l'avions cru, le mécanicien de M. de Knyff, mais un de ses amis qui avait accepté de faire avec lui en auto la route de Paris à Clermont-Ferrand.

Plaisirs d'été.

La traditionnelle Fête des Fleurs, instituée au bénéfice de la caisse des Victimes du devoir, a eu lieu, comme de coutume, au bois de Boulogne. Le vendredi 2 juin et le samedi 3, pendant deux après-midi, des équipages enguirlandés défilèrent le long de l'allée des Acacias devant une double haie de curieux intrépides bravant un soleil implacable; car un temps superbe favorisa ces journées trop souvent mouillées et ce fut là peut-être ce qu'elles offrirent de moins «déjà vu». A noter pourtant les nouvelles conquêtes de l'automobilisme dans ce domaine des élégances, où les attelages semblent désormais relégués au second plan; il y avait tant d'automobiles si ingénieusement et si luxueusement décorées qu'il fallut décerner plusieurs prix d'honneur; l'un d'eux échut à Mlle Marconnier, de l'Opéra, pour sa voiture parée fort à propos de roses rouges et jaunes (les couleurs espagnoles) et surmontée d'un petit moulin à vent tout fleuri dont un moteur invisible faisait tourner les ailes.

Le monde parisien, d'ailleurs, à son ordinaire, n'a attendu ni la Fête des Fleurs, ni la date officielle du calendrier pour inaugurer la saison d'été. Dès la dernière semaine de mai, ce n'étaient que réunions et divertissements en plein air; le jour même de l'arrivée du roi d'Espagne, le maître peintre Chartran et Mme Chartran donnaient, dans leur villa de Neuilly, une garden party merveilleusement organisée, où, sous les ombrages du jardin, devant un coquet théâtre de verdure, une nombreuse et brillante assistance goûta un plaisir d'autant plus délicat qu'elle coopérait à une oeuvre de bienfaisance.

Et le monde sportif, lui aussi, célèbre de mainte façon le retour de l'été; ses exercices, ses jeux s'égayent d'amusantes fantaisies, tel, au Polo de Bagatelle, le gymkhana, auquel prennent part les dames, et dont une curieuse figure consiste à crever d'un coup de lance, en passant en automobile, un inoffensif animal en baudruche.

La disparition des campagnols.

L'invasion d'un grand nombre de nos départements par les campagnols avait vivement ému les agriculteurs, et la lutte contre les terribles rongeurs s'était partout organisée par des moyens variés qui, tous, avaient donné d'assez médiocres résultats.

Mais voici que l'on signale la disparition de l'ennemi dans les départements des Deux-Sèvres, de la Vienne, de la Charente, de la Charente Inférieure et de la Haute-Marne. Et cette disparition est toute spontanée. Elle est l'aboutissant naturel de l'évolution sociale, pourrait-on dire, des invasions des rongeurs, qui passe toujours par ces trois phases: période de multiplication, période de pullulation, période de disparition, cette dernière s'opérant rapidement.

Les criquets disparaissent aussi de cette façon. La cause directe de cette disparition semble être une maladie microbienne qui se répand d'autant plus facilement que les campagnols dévorent leurs congénères malades.

Mais le développement de cette maladie est lui-même la conséquence du manque de nourriture et de l'état d'étiolement des campagnols.

En émigrant du sud vers le nord, les campagnols ont rencontré des terrains granitiques et froids--notamment ceux de la Câline et du Bocage, dans les Deux-Sèvres--et, étant très nombreux, ils sont vite devenus la proie de la famine.

Les photographies de l'Edelspitze.

Plusieurs de nos lecteurs nous ont demandé de qui étaient les belles photographies sur l'Edelspitze qui ont paru dans notre numéro du 20 mai dernier. Elles ont été prises par un photographe qui est en même temps un alpiniste audacieux, M. J.-E. Kern, de Genève.

La sérothérapie de la lèpre.

Aurions-nous un sérum antilépreux? Il le semblerait, d'après les recherches que vient de faire connaître un médecin anglais, M. E. Rost, dans le British medical Journal. Ce médecin a obtenu une léprine, une lymphe curative, par la culture du bacille de la lèpre et il l'emploie en injections sous la peau. Comme la tuberculine dans les cas de lupus, la léprine détermine chez le lépreux une fièvre assez intense de quelques jours de durée et des réactions locales au niveau des lésions. Mais, après ce tumulte qui est éphémère, on observe des signes très satisfaisants: les parties anesthésiées reprennent leur couleur et leur sensibilité; les douleurs lancinantes et la pesanteur des jambes disparaissent; les ulcérations se cicatrisent; les parties gangreneuses se détachent; laissant derrière elles des plaies qui guérissent sans peine. M. Rost a expérimenté sur une centaine de malades et a obtenu quatre guérisons complètes. Chez les autres sujets, l'amélioration a été telle qu'elle équivaut presque à une guérison, les progrès du mal ayant été totalement arrêtés. Ces résultats sont très encourageants et il faut espérer que la léprine tiendra les promesses qu'elle semble faire. La lèpre est une maladie devenue très rare dans notre région; mais il reste encore beaucoup de lépreux dans la région de la Méditerranée orientale, dans celle du Pacifique, en Asie et dans les pays Scandinaves.

Le général de Lacroix. --Phot. Bruchon.

Illustration from L'Illustration, No. 3250, 10 Juin 1905

LE GÉNÉRAL DE LACROIX

Le mariage du prince impérial d'Allemagne avec la duchesse Cécile de Mecklembourg, célébré à Berlin, le 6 juin, a été l'occasion de cérémonies solennelles et de fêtes somptueuses, où les gouvernements étrangers s'étaient fait représenter par des ambassades extraordinaires. La mission française, comprenant le contre-amiral de Marolles, le colonel Chabaud et M. Arago, député, ministre plénipotentiaire, avait pour chef une de nos plus hautes personnalités militaires, le général de Lacroix, commandant du 14e corps d'armée et gouverneur de Lyon depuis bientôt deux ans. Ce choix se justifiait d'autant mieux qu'à la supériorité hiérarchique de cet officier s'ajoutent de fort beaux états de services: pendant la rude campagne du Tonkin il compta parmi les héros de Lang-Son et de Tuyen-Quan; général de brigade en 1898, chef d'état-major général de l'armée en 1899, divisionnaire en 1900, il commandait en 1902 l'École supérieure de guerre.

Illustration from L'Illustration, No. 3250, 10 Juin 1905

Le prix d'honneur du Corso automobile fleuri du bois de Boulogne. Un coin du jardin du peintre Chartran pendant la garden-party du 30 mai. Une figure originale du dernier gymkhana au cercle du Polo.

LA BATAILLE NAVALE DU DÉTROIT DE CORÉE: LES PHASES DU COMBAT

Illustration from L'Illustration, No. 3250, 10 Juin 1905

I.--27 mai, 6 heures du matin Rojestvensky arrive au détroit de Corée. Le 27 mai, à 6 heures du matin, la flotte russe avance en deux colonnes, le croiseur-éclaireur Zemtschoug en tête. La colonne de droite, conduite par le Kniaz-Souvarof (amiral Rojestvensky), comprend les 7 autres cuirassés (dans l'ordre: le Borodino, l'Orel, l'Alexandre-III, l'Osliabia, le Sissoi-Veliky, le Navarin, le Nicolas-Ier), plus 5 transports. La colonne de gauche comprend 3 croiseurs-cuirassés, 3 gardes-côtes et 5 croiseurs protégés. Huit contre-torpilleurs accompagnent l'escadre, à l'abri des cuirassés. Craignant les forts de Tsou-Shima, l'escadre passe entre Iki et la côte de Kiou-Siou. A cette heure, l'amiral Togo se tenait à Masampho.

Illustration from L'Illustration, No. 3250, 10 Juin 1905

II.--27 mai, 11 heures: Togo lance ses escadres. La flotte japonaise formait six divisions: 1re et 3e commandées par Togo en personne; 2e et 4e par Kamimoura; 5e par Uriu et 6e par Kataoka. Averti par la télégraphie sans fil, Togo quitte sa base et se rend à toute vitesse au nord de Tsou-Shima. Ayant séparé ses escadres et poursuivi lui-même sa route par le détroit qui sépare Tsou-Shima, il se trouve face aux lignes russes qui avaient pris la formation de combat sur trois lignes. Un brouillard assez intense règne. III.--27 mai, 1 heure: Togo cerne la flotte russe. Kamimoura, ayant doublé le nord de Tsou-Shima, incline dans la direction sud et laisse les navires russes le croiser. Uriu et Kataoka, qui étaient, partie à Masampho, partie à Yokoba, font leur jonction aux environs d'Iki et s'élancent sur les derrières de la flotte russe. Togo envoie ses 4 cuirassés, qu'il conduit en personne, par la droite de l'ennemi qui effectue une conversion vers l'est; sa 3e division (3 croiseurs-cuirassés) conserve le contact avec les autres divisions.

Illustration from L'Illustration, No. 3250, 10 Juin 1905

IV.--27 mai, avant 3 heures: le combat d'Okino. A droite, les 1re et 6e divisions japonaises concentrent leur feu sur les deux vaisseaux-amiraux Souvarof (Rojestvensky) et Osliabia (Felkersam), respectivement le 1er et le 5e de la ligne. Ces cuirassés coulent vers 3 heures. Le croiseur d'avant-garde Zemtschoug s'échappe. A gauche, le combat s'engage entre les croiseurs russes et les 2e 3e et 4e divisions japonaises; un des croiseurs russes (le Nakhimof) est coulé. V.--27 mai, après 3 heures: la fuite russe. La flotte russe, pour ne pas être acculée à la côte du Nippon, change de direction et fuit vers le nord-ouest. L'amiral Rojestvensky passe du Souvarof, coulé, sur le Borodino, à l'extrême arrière-garde; 5 navires japonais, dont 3 cuirassés, concentrent leur feu sur le nouveau cuirassé-amiral russe, qui succombe à 7 h. 1/2. Les 5 cuirassés survivants s'échappent, le Nicolas-Ier (Nebogatof) en tête, ainsi que les 3 gardes-côtes et les croiseurs Oleg, Aurora, Almaz. Au centre, les trois transports Kamtchatka, Irtessim et Oural, coulent.

Illustration from L'Illustration, No. 3250, 10 Juin 1905
Illustration from L'Illustration, No. 3250, 10 Juin 1905
Illustration from L'Illustration, No. 3250, 10 Juin 1905

VI.--27-28 mai: l'attaque nocturne des torpilleurs. Les torpilleurs et contre-torpilleurs japonais entrent en scène. Venant de Tsou-Shima, ils s'abattent, «comme un vol de guêpes», sur les cuirassés russes. Les gros navires japonais, en formation d'enveloppement éclairent de tous leurs projecteurs cette attaque. L'Alexandre-III, le Sissoi-Veliky et le Navarin sont coulés. Le Nicolas-Ier (Nebogatof), l'Orel et les trois gardes-côtes s'échappent encore vers le nord.

VII.--28 mai, 10 h. matin: Reddition de Nebogatof aux rochers de Liancourt avec deux cuirassés et deux gardes-côtes; le troisième garde-côte est coulé plus au sud.

VIII.--28 mai, 11 h. matin: Capture de Rojestvensky, à bord du Biedovy, au sud de l'île Uldschin (+)et du Dmitri près de couler.

(Agrandissement)

Illustration from L'Illustration, No. 3250, 10 Juin 1905
Explore with AITake your curiosity a little further.

Reading settings