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L'Illustration, No. 3241, 8 Avril 1905

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Le naufrage du «Cairo».

L'un des paquebots de la Compagnie italienne de navigation, le Cairo, vient de se perdre, au moment de toucher au port, à l'entrée d'Alexandrie. Le naufrage s'est produit dans la soirée du 5 mars et c'est le lendemain matin seulement qu'on a pu venir au secours des malheureux passagers, qui, bloqués sur ce bateau à demi submergé, étaient demeurés toute la nuit dans les transes les plus vives.

Un détail intéressera nos; lecteurs et amis: c'est le Cairo qui emportait, vers l'Égypte, le numéro de l'Illustration du 25 février, si bien que nos abonnés égyptiens n'ont reçu qu'après un long retard ce numéro, consacré, en partie, à l'assassinat du grand-duc Serge, à Moscou, et, en partie, au retour du général Stoessel.

A la conquête de l'or.

De singuliers appareils ont été récemment imaginés, en Amérique, qui sont déjà employés dans les vallées de la côte du Pacifique et qui serviront bientôt en Chine aussi. Ce sont des sortes de navires pour l'extraction de l'or: des extracteurs d'or flottants. Ces navires tiennent de l'arche et de la drague. Ils sont faits pour exploiter la terre et les sables du fond et des rivages des rivières. Munis de baquets, portés par une chaîne sans fin, qui vont se remplir de sable et de terre au fond de l'eau ou sur ses bords, munis aussi d'appareils qui brisent la roche et ameublissent le sol, ces navires sont essentiellement des laboratoires très perfectionnés pour l'extraction des parcelles d'or. La terre rapportée du fond de la rivière est abondamment lavée: le métal précieux est retenu par des tamis fins ou absorbé par du mercure On estime que le navire extracteur ne perd pas un dixième d'un pour cent de l'or que renferment les terres traitées par lui. Il peut «retravailler» avec profit les amas de terre des anciens placer. La dépense pour la manipulation des terres ne dépasse pas 20 ou 25 centimes par tonne. Mais les frais de première installation sont élevés: un navire laveur d'or coûte de 250.000 à 300.000 francs. Il y a actuellement déjà une centaine de laveurs d'or de ce genre qui, se promenant le long des berges des rivières des côtes du Pacifique, «travaillent» 40 ou 45 hectares de terre par mois, c'est-à-dire convertissent de la terre ferme en boue, après en avoir extrait l'or.

La cause du tempérament bilieux.

Des personnes irritables, brusques, on dit volontiers qu'elles ont le tempérament bilieux: mais c'est là une définition qui n'a pas de prétention scientifique; et rien, jusqu'à présent, n'aurait pu autoriser à soutenir que la bile était bien la cause du tempérament en question.

Eh bien, s'il faut en croire des expériences faites par quelques médecins, ce serait, en effet, la présence anormale d'une certaine quantité de bile dans le sang qui donnerait au système nerveux du bilieux les réactions qui caractérisent son tempérament propre.

Injectée à petites doses dans le sang, la bile agirait comme un excitant de la contractilité musculaire et de l'irritabilité nerveuse physiologique; les nerfs moteurs comme les nerfs sensitifs, sous son influence, présenteraient une hyperexcitabilité très nette. Mais, si l'hyperactivité mentale et l'hyperexcitabilité nerveuse se produisent avec de petites doses de bile, avec de hautes doses c'est la dépression, le malaise intellectuel et moral que l'on obtient, avec lassitude, tendance à la mélancolie, tristesse.

Ainsi seraient réalisées expérimentalement les deux formes du tempérament bilieux: la forme légère, plutôt favorable, et la forme accentuée, pénible pour soi et pour les autres et qui rend insociable.

Et voici un exemple curieux d'une vieille locution médicale, tombée depuis longtemps dans le langage vulgaire, et qui correspondrait à une réalité très précise d'un phénomène physiologique.

Une île problématique.

Une île fait beaucoup parler d'elle, en ce moment, dans le monde maritime du Pacifique.

Mais il est difficile d'en dire grand'chose: elle ne porte point de nom et, par surcroît, on ne sait même pas au juste si elle existe. Elle se trouverait entre les côtes du Mexique et l'archipel des Hawaï. Si l'on demande comment il se fait qu'on ait de telles incertitudes à l'égard de son existence, il n'est pas difficile de répondre: il suffit de faire observer que les parages où elle se trouverait sont de ceux que la navigation connaît et fréquente le moins. On ne passe pour ainsi dire jamais dans la région dont il s'agit. C'est dans les observations de baleiniers, dans les débuts du dix-neuvième siècle, qu'on a trouvé des raisons de croire à l'existence de cette île; mais les expéditions envoyées en 1827 et 1837 pour vérifier cette existence n'ont donné aucune confirmation du bruit qui courait. En 1837 encore, on n'a rien trouvé et, en 1899, une croisière de l'Albatros est également restée infructueuse, ne révélant dans les parages supposés de l'île que des sondages de 2.000 et 3.000 brasses. En 1902, toutefois, l'existence de l'île a paru moins invraisemblable: on a trouvé un haut-fond suspect. L'an dernier on a continué les recherches, mais elles n'ont encore rien donné: il s'agit d'explorer une région de 30.000 milles carrés et l'opération demande du temps. L'île cessera peut-être, un jour prochain, d'être problématique: pour le moment, toutefois, elle le demeure.

La protection du gros gibier en Afrique orientale.

M. Palluaud, de retour d'une mission dans l'Afrique orientale anglaise et allemande, faisait connaître tout récemment à la Société de Géographie comment les Anglais et les Allemands ont limité la destruction des grands animaux qui pullulent dans la région du lac Victoria-Nyanza.

En premier lieu, la chasse est interdite sur certains territoires; puis, les permis de chasse, au moins sur territoire anglais, coûtent 1.200 francs et ne donnent que le droit de tuer deux bêtes de chaque espèce.

Il est même défendu de tirer la girafe, qui se fait de plus en plus rare.

Seule la chasse au lion est libre; mais il est vraisemblable qu'on n'en abuse pas.

Contrairement à ce qu'on croit généralement, le lion, cependant, n'attaque pas volontiers l'homme. Il lui préfère les antilopes et les ânes; et, en réalité, il est moins dangereux pour l'homme que l'hippopotame, le rhinocéros ou le buffle qui charge en troupe.

Un navire broyé. Le 14 mars, le trois-mâts barque Khyber, allant de Melbourne à Falmouth avec un chargement de grains, après une traversée excellente jusque-là, était pris par la tempête en vue des côtes de Cornouailles. En un clin d'oeil, les voiles furent arrachées et le navire fut poussé dans la baie du Mont, près de Posthgwarra. Il y mouilla l'ancre. Mais la tempête ne se calmait pas et, le 15, au matin, le bateau fut jeté à la côte avant même qu'on eût pu mettre à l'eau les embarcations. Tout l'équipage--vingt-trois hommes--périt. Et quelques minutes suffirent aux vagues furieuses pour faire de ce navire de 3.000 tonnes le tas informe de débris que montre notre photographie et où l'on ne reconnaît, de toute la coque et du gréement, que trois tronçons de mâts couchés parallèlement sur la grève, à peu près dans les positions respectives qu'ils occupaient à bord.

La balle humanitaire.

Un de nos collaborateurs scientifiques, actuellement au Japon, où il a pu avoir accès dans les hôpitaux où sont soignés les blessés de Mandchourie, nous envoie les intéressants renseignements qui suivent:

Mince, longue, légère, coquette, revêtue de son résistant manteau d'acier ou de maillechort poli, la balle moderne, faite pour la vitesse, doit, semble-t-il, traverser les tissus, telle une grosse aiguille, sans laisser pour ainsi dire traces de son passage.

C'est ainsi qu'on se représente habituellement ce projectile dont le calibre a sans cesse, depuis quelque quinze ans, été diminué. Il ne dépasse pas 6 millimètres dans le fusil Arisaka, dont se servent aujourd'hui les Japonais en Mandchourie.

Cependant cette balle, animée, au sortir du canon, d'une vitesse de 600 à 700 mètres, s'arrête encore assez facilement dans les tissus, soit qu'elle vienne de trop loin, soit qu'elle ait ricoché sur le sol, soit enfin qu'elle ait rencontré sur sa route, en pleins tissus humains, un tendon, une aponévrose, une crête osseuse qui, la déviant de sa trajectoire, sur laquelle elle est assez instable, l'ait fait basculer, rouler sur elle-même. Elle agit alors à la façon d'un projectile volumineux et irrégulier, tout de suite arrêté dans sa course par la résistance que lui opposent les éléments anatomiques qui le retiennent prisonnier et supportent très bien, sans réagir, la présence de cet hôte un peu brutal.

Fait singulier et paradoxal en apparence, cette balle blindée, revêtue d'un manteau d'acier ou de maillechort, éclate souvent, au contact de corps moins durs, tel un rebord tendineux, une crête osseuse, et ces éclats deviennent, à leur tour, de très mauvais projectiles qui déchirent les tissus et sont parfois d'une extraction difficile.

Le but de la guerre n'est, paraît-il, pas de tuer, mais de mettre hors de combat le plus grand nombre d'ennemis possible, sans les exposer à d'horribles mutilations et à de cruelles infirmités.

Le projectile actuel réalise, en partie, ce desideratum: la mortalité par coup de feu diminue--et diminuera à mesure que la portée des armes augmentera--; le taux des infirmités consécutives aux blessures s'abaisse.

Les lésions qu'il produit sont, d'une façon générale, beaucoup plus bénignes que celles des balles de plomb du fusil Gras ou Mauser, par exemple. Celles-ci faisaient de «gros trous» d'entrée et surtout de sortie, dilacéraient les tissus, qu'elles infectaient avec les nombreux germes logés dans les aspérités de leur surface. La suppuration était la règle. La petite balle a de microscopiques orifices d'entrée et de sortie, bien nets. Son trajet dans les tissus est souvent aseptique et la suppuration est l'exception... surtout si le chirurgien se garde d'explorer les plaies.

Dans les tissus mous, les muscles de la cuisse, par exemple, elle passe «comme une lettre à la poste»: il suffit de mettre sur les deux orifices d'entrée et de sortie un pansement bien propre et de ne rien faire. En quelques jours, le blessé peut reprendre son fusil.

Les os se laissent, eux aussi, traverser sans trop de difficulté et les lésions n'ont pas beaucoup de gravité--ou dans tous les cas guérissent bien--quand le projectile est tiré à une certaine distance. Un os troué est en outre fêlé; il éclate sur plusieurs points; les fragments sont projetés dans les tissus avoisinants, ou précèdent la balle, dans son trajet de sortie. La suppuration est assez fréquente, mais n'est pas un obstacle à la guérison. Autrefois, ces plaies osseuses nécessitaient la plupart du temps l'amputation. Aujourd'hui, on est conservateur, et les procédés radicaux de l'ancienne chirurgie sont devenus exceptionnels.

Mais, quand une balle animée d'une grande vitesse, c'est-à-dire tirée de 200 à 300 mètres, atteint perpendiculairement à sa surface l'humérus, le fémur, un os de l'avant-bras, alors les effets sont terribles. L'orifice d'entrée du projectile a 5 à 6 millimètres. Celui de sortie est une plaie en forme de cratère, longue de 7 à 8 centimètres, large de 5 à 6. Les tissus sont horriblement dilacérés, les muscles réduits en bouillie. Le projectile a fait éclater l'os et de volumineux fragments chassés au devant de la balle qui leur communique sa propre vitesse, cherchent une voie au travers des tissus qui éclatent littéralement sous cette poussée interne, éruptive.

La balle à petit calibre traverse facilement le poumon et ses plaies guérissent avec une remarquable facilité, ce qui n'arrivait pas avec la grosse balle de plomb. En revanche, les plaies de l'abdomen sont très graves et la mortalité considérable.

Les effets les plus intéressants et aussi les plus effrayants de ce petit projectile sont ceux qu'il produit sur le crâne, en traversant le cerveau. Une balle tirée de loin peut parfaitement traverser la masse cérébrale et le blessé n'en est pas autrement incommodé si aucune «zone» importante n'a été lésée. Mais, quand la balle animée de toute sa vitesse, tirée à 150 ou 200 mètres, atteint le crâne, alors tout éclate. Ce sont les effets hydrodynamiques, qu'on ne s'explique pas encore très bien. La peau cède, des fragments d'os larges comme la main sont projetés à 10 mètres et des morceaux de cervelle, gros comme le poing, volent dans les airs. Dans d'autres cas, si le projectile passe bien au centre de la masse cérébrale, l'action hydrodynamique se répartit sur toute la surface intérieure de la boîte crânienne, qui se fragmente en mille morceaux; la peau résiste souvent. Et, quand le médecin tient entre ses mains la tête du cadavre, tout crépite sous ses doigts; les fragments d'os jouent les uns sur les autres: on dirait qu'on palpe, au travers d'une serviette, une soupière ou un saladier réduit en miettes.

Mais, en dehors de ces cas exceptionnels, mortalité moindre, guérison plus rapide des blessures, infirmités consécutives moins considérables, telles sont les trois raisons qui nous permettent de donner au projectile de petit calibre le qualificatif, un peu étrange, de balle humanitaire.

Les propriétés antiseptiques de certaines FUMÉES.

Il n'est pas contestable que certaines fumées ont des propriétés antiseptiques; la conservation des viandes fumées en est, en effet, une preuve manifeste.

Mais on ignorait jusqu'à présent quelle était, dans les fumées, la substance active à laquelle elles devaient cette précieuse propriété. Des recherches récentes de M. A. Trillat ont établi que cette substance était l'aldéhyde formique.

Comme conséquence de cette découverte, le même auteur vient de montrer que, dans l'atmosphère des grandes villes, il existe une quantité notable d'aldéhyde formique, provenant des fumées des combustibles et dont la présence peut être considérée comme un principe d'assainissement de cet air urbain dont on dit tant de mal.

Parmi les corps dont la combustion dégage le plus de formaldéhyde se placent au premier rang les matières sucrées et les résines.

Or, chose curieuse, ce sont précisément ces substances dont la combustion a été recommandée dès la plus haute antiquité comme procédé d'assainissement; car la coutume de brûler des baies de genièvre et des résines, en temps d'épidémie, remonte à Hippocrate. «Brûler du sucre» est encore de nos jours une expression qui signifie désinfecter.

On sait que, pour nos ancêtres, la notion de la désinfection était intimement liée avec celle de la désodorisation: détruire les mauvaises odeurs était le principal. Or, la formaldéhyde possède précisément la propriété de former des composés inodores avec l'hydrogène sulfuré et ses dérivés, et, ainsi guidés par l'observation fondée sur la disparition de la mauvaise odeur, les anciens s'étaient adressés aux substances qui dégagent le plus d'aldéhyde formique, lequel est un puissant antiseptique. Et il s'est ainsi trouvé que les propriétés antiseptiques de la formaldéhyde ont été utilisées, en hygiène, bien avant que l'on ait isolé et étudié ce corps.

Statuette romaine en bronze, découverte à Lambessa. --Phot. Bernguer.

Illustration from L'Illustration, No. 3241, 8 Avril 1905

Une découverte archéologique.

Un propriétaire de Lambessa, M. Bac, en poursuivant des fouilles qu'il a entreprises sur ses terres, dont une partie recouvre l'emplacement des casernements qu'occupait la troisième légion romaine, vient de découvrir une oeuvre d'art très intéressante. C'est une statuette en bronze, d'un gracieux caractère, qui représente un enfant pressant contre lui un aiglon. Cette statuette mesure 66 centimètres de hauteur, avec le socle, et pèse 19 kilogrammes. La tête est rattachée au corps par un tenon qui s'emboîte entre les épaules, et à la place des yeux se creuse, comme dans nombre de statues romaines, un vide qui devait être, autrefois, rempli d'un émail imitant, au naturel, le globe oculaire avec sa prunelle. C'est un des rares bronzes qu'on ait exhumés du sol africain, et cette circonstance augmente encore l'intérêt de cette découverte archéologique.

Quelques chiffres relatifs au divorce.

Durant l'année 1902, la dernière au sujet de laquelle la statistique municipale nous donne des renseignements, il a été prononcé à Paris 1.536 divorces. Dans la grande majorité des cas, le divorce a été accordé pour cause d'excès, sévices et injures graves--du moins nominalement: près de 1.300 divorces sont dus aux causes que nous venons de nommer.

Sur ces 3.072 personnes, 57 avaient déjà pratiqué le divorce: 27 hommes et 30 femmes. Dans 842 cas, le ménage était sans enfants; dans 320 cas, il avait un seul enfant. De façon générale, l'appoint fourni par les professions libérales au divorce est faible: c'est surtout dans l'industrie et le commerce, puis parmi les ouvriers et journaliers que le divorce sévit, et c'est le plus souvent au profit de la femme qu'il a été prononcé (814 femmes pour 630 hommes). L'âge des divorcés varie: il y a eu une divorcée de moins de vingt ans, et 17 de plus de soixante ans; mais c'est surtout durant l'âge moyen que l'on divorce, entre trente et trente-neuf ans. Quant à la proportion des divorcés qui se remarient, elle est relativement faible. En 1902, il s'est remarié 631 divorcés et 617 divorcées: 168 de celles-ci avaient un an de divorce; mais il y a des cas de remariage de personnes ayant dix et vingt ans de divorce. En 1902, parmi les remariés, il y en avait 14 qui avaient divorcé depuis dix-neuf ans--en 1884, année où le divorce a été rétabli en France;--parmi les remariées, 14 aussi, dont le divorce datait de 1884. Nous saurons avec le temps jusqu'à quel âge et après quelle durée de divorce le Parisien et la Parisienne arrivent à se remarier.

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