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L'Illustration, No. 3240, 1 Avril 1905

Mouvement littéraire

Reading edition

1815, tome III, par Henry Houssaye (Perrin, 7 fr. 50 et 3 fr. 50)--L'Armée moderne et les États-majors, par Pierre Baudin (Flammarion, 3 fr. 50).

1815.

Le tome III de M. Henry Houssaye commence après Waterloo et comprend l'abdication, la rentrée de Louis XVIII et la Terreur blanche. Que rencontra Napoléon revenant à Paris le 20 juin? L'hostilité de la Chambre des pairs et du Corps législatif où dominaient les libéraux comme La Fayette... Un seul moyen lui restait: user de son pouvoir de prorogation ou de dissolution des Chambres. Il pouvait faire un dix-huit brumaire légal et s'emparer de la dictature. C'est ce que lui conseillait Lucien. Mais l'esprit de décision de sa jeunesse et sa confiance ancienne en son étoile lui manquaient. En vain les fédérés, les soldats, les ouvriers criaient: Vive l'empereur! devant l'Elysée, il ne crut pas, dans la situation présente, pouvoir, sans les Chambres, réussir à chasser l'étranger; il craignait pareillement de déchaîner les foules révolutionnaires.

Trahi par Fouché, il abdique en faveur de son fils et se laisse persuader de quitter Paris pour s'établir, en attendant les événements, à la Malmaison (25 juin). De là il eut encore pu s'échapper; les tambours et les vivats des soldats qui passaient lui réveillaient toutes ses humeurs guerrières; il demanda à la commission exécutive, composée de cinq membres, avec Fouché comme président, de prendre le commandement des troupes, ce qui lui fut refusé. Fouché intriguait avec Vitrolles et, sans désirer nettement les Bourbons, se ménageait, dans la prévision de leur retour. Aussitôt après la nouvelle du désastre, Louis XVIII s'était acheminé de Gand vers la France. Après s'être arrêté à Cambrai, il en était parti le 30 juin sur l'avis de Wellington et, le 8 juillet, faisait son entrée solennelle dans Paris. En échange de ses bons offices, le général anglais lui imposa Talleyrand dont il savait l'habileté, et l'engagea à signer la nomination de Fouché comme ministre de la police. Etait-il possible de se passer de cet homme, un régicide, mais qui tenait dans ses mains le pouvoir et tous les fils de toutes les intrigues?

Que devient l'empereur, lequel, dans ces circonstances, est si loin de l'énergie première? Il se rend à Rochefort, afin de s'embarquer, sur une frégate française, pour les États-Unis. Mais, craignant la croisière ennemie et comptant sur la noblesse du peuple anglais, il se livre à Maitland, commandant du Bellérophon.

Rien de plus lamentable que l'état de la France pillée, incendiée et violée par les alliés. De plus, le parti vainqueur dresse ses listes de proscription. Des massacres illégaux comme, à Avignon, celui de Brune, dont le cadavre est traîné dans les rues et précipité dans le Rhône, se mêlent aux exécutions juridiques de La Bédoyère de Ney et des frères Faucher.

La Chambre introuvable élue, Fouché ne pouvait rester au pouvoir. On le nomme ministre de France à Dresde. Atteint, au commencement de 1816, par la loi contre les régicides relaps, il mourut en exil, l'an 1830.

Avec une belle éloquence toute littéraire et des documents précis et nombreux, M. Henry Houssaye nous a représenté ces mois si dramatiques. Il s'arrête à la chute de Talleyrand et au ministère du duc de Richelieu (25 septembre) qui signa les préliminaires de paix avec les quatre puissances.

L'Armée moderne et les États-majors. M. Pierre Baudin, dans ses études, examine l'ancienne armée avec le remplacement et les sept ans; l'armée de M. Thiers, sans homogénéité, prétend-il, avec les cinq ans et le volontariat; l'armée de trois ans avec les dispenses; enfin l'armée nouvelle avec la loi de deux ans et la suppression des dispenses. Pour le première fois, dit M. Baudin, nous aurons, comprenant toutes les forces intellectuelles, la nation armée en laquelle il se sent plein de confiance pour le: luttes futures ou pour maintenir fermement la paix autour de nos frontières.

Mais ce qu'il faut surtout considérer c'est l'état-major qui prend toutes les dispositions pour les guerres possibles. En Allemagne, il est peu nombreux et de sélection très étroite. Il ne comprend pas plus de deux cent quarante-huit officiers, débarrassés de tout formalisme administratif et de toute paperasserie. Chez nous, les officiers d'état-major sont au nombre colossal de sept cents--la Russie n'en compte que six cents--et s'occupent beaucoup trop d'administration minutieuse, en même temps qu'un certain nombre sont employés comme officiers d'ordonnance. Il les faudrait renfermer dans les questions techniques et stratégiques et dans les rapports sur les armées étrangères. C'est une critique sérieuse que fait de notre état-major, dont il reconnaît du reste les grandes qualités, M. Pierre Baudin. Dans son patriotisme, il le voudrait aussi parfait qu'il le désire. Son examen de l'état-major russe, composé de six cents officiers et son regard sur les causes des désastres en Extrême-Orient sont fort curieux. Au fond, je retrouve là ce que j'avais lu dans le livre d'un homme fort compétent, le général Zurlinden.

(Souvenirs de 1870).

A l'Académie de guerre de Saint-Nicolas, les commandants russes n'ont pas appris la guerre napoléonienne, la guerre d'attaque, toute en mouvement; ils font la guerre de position comme au dix-huitième siècle et comme nos généraux de 1870; ils cherchent les postes avantageux et y attendent l'ennemi. Or, avec les troupes de première ligne, il s'agit, dans les luttes modernes, de précipiter les chocs, d'aborder l'adversaire et de le culbuter, réservant, pour achever l'action ou pour les actions ultérieures, les troupes de seconde ou de troisième ligne, les réserves. Ce qui a réduit les Russes à la désastreuse guerre de position, ce n'est pas seulement leur enseignement militaire, mais leur peu de préparation. Pour l'agression et pour le mouvement, il ne faut pas des bandes ramassées rapidement, sans cohésion suffisante, mais une armée si une qu'elle ne paraisse que comme une seule force, et presque comme un seul homme. Dans les batailles, il est pareillement nécessaire de tout prévoir. Napoléon, d'avance, se rendait compte des forces et des projets de l'ennemi. Il semblait avoir assisté au conseil de ceux qui se tenaient en face de lui. Rien de plus lucide et de plus vigoureux que le livre militaire de M. Pierre Baudin. E. Ledrain.

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