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L'Illustration, No. 3240, 1 Avril 1905

LES THÉÂTRES

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Refaire une Phèdre après Euripide et Racine peut sembler une tentative audacieuse. Pour réussir à souhait, le génie ne serait pas de trop. M. Jules Bois n'a peut-être que du talent; mais il en a beaucoup, et nous ne sachons personne autre que lui capable de mettre sur pied une tragédie telle que l'Hippolyte couronné que vient, après te théâtre d'Orange, de nous donner l'Odéon. Mlle Sergine, dans le rôle de Phèdre, figure avec une intensité d'expression peut-être excessive la victoire de «Venus tout entière à sa proie attachée». MM. Marquet et Dorival tiennent fort convenablement les rôles d'Hippolutos et de Theseus,--dénomination moderne de nos vieilles connaissances Hippolyte et Thésée.

Au Nouveau-Théâtre, Mme Eleonora Duse vient de faire une éclatante réapparition dans la Moglie di Claudio, traduction italienne de la Femme de Claude. On sait que cette pièce ne compte pas parmi les meilleures d'Alexandre Dumas fils; mais elle offre cet avantage de montrer une figure de femme qui résume en elle toutes les séductions et toutes les perfidies de son sexe. Dumas a dû créer ce type pendant un des accès de misogynie qui le tourmentaient, et aussi sans doute parce qu'il avait sous la main l'actrice capable d'incarner le personnage. Mme Desclée y fut effectivement admirable. On est d'accord à proclamer que Mme Duse ne l'est pas moins: elle joue merveilleusement le second acte qui renferme la scène capitale de l'ouvrage, celle où Césarine essaye de reconquérir son mari. D'excellents acteurs italiens donnent la réplique à l'illustre comédienne.

Ajoutons que la représentation de la Dame aux Camélias a été pour elle l'occasion d'un nouveau triomphe.

NOTRE SUPPLÉMENT MUSICAL

Daria.--La Petite Bohème.

Plusieurs de nos lecteurs, intéressés par les pages de l'Enfant-Roi et des Dragons de l'Impératrice que nous leur avons offertes dans notre supplément musical du 11 mars, nous ont demandé de leur donner aussi des fragments de deux des autres oeuvres musicales les plus récentes.

Nous en avons emprunté un à l'Opéra et l'autre, de nouveau, aux Variétés.

La presse a constaté unanimement le grand succès de Daria, le drame lyrique en deux actes de MM. Adolphe Aderer et Armand Ephraïm, musique de M. Georges Marty, succès qui s'est répété à chaque représentation de cette oeuvre. M. Delmas a fait preuve une fois de plus de son absolue maîtrise dans son interprétation du rôle d'Yvan; l'orchestre a été excellent sous la direction de M. Paul Vidal. AU CONCOURS HIPPIQUE DE PAU. --Un saut difficile.

Illustration from L'Illustration, No. 3240, 1 Avril 1905

Le charmant divertissement du 1er acte que nous publions aujourd'hui est tout entier construit avec une extrême habileté sur des thèmes populaires russes, il a obtenu jusqu'ici à chaque représentation les honneurs du bis.

On appréciera également le fragment que nous avons choisi de la Petite Bohème, opérette en trois actes de M. Paul Ferrier, musique de M. Henri Hirchmann. Cet ouvrage, qui vient d'être joué avec un très vif succès au théâtre des Variétés, est écrit avec élégance et esprit.

l'exposition des sports au champ de mars

On prépare, en ce moment, une Exposition internationale de l'Automobile et des Sports, qui doit avoir lieu en 1907. L'emplacement n'en est pas définitivement fixé, mais on incline à se déterminer pour le Champ de Mars qui réunit la majorité des suffrages. Seulement, un projet de M. Bouvard, directeur des services d'architecture de la Ville de Paris, a prévu, dès la clôture de la dernière Exposition universelle, une utilisation de cet admirable terrain qui agréait au Conseil municipal et qui semble contrarier, au premier abord, les projets des organisateurs de l'Exposition des Sports: réservant, au milieu du Champ de Mars, un large espace libre, converti en un élégant jardin public, le plan Bouvard aliénait les terrains en bordure, à charge pour les propriétaires de construire des maisons d'aspect pittoresque, entourées de jardinets ou de cours plantées.

Or, deux architectes qui ont fait leurs preuves, M. H. Deglane, l'un des constructeurs du Grand Palais des Champs-Elysées, et M. G. Lambert ont étudié, pour l'Exposition des Sports, un projet qui semble devoir tout concilier.

MM. Deglane et Lambert installent l'Exposition de 1907 dans une série de constructions édifiées soit au Trocadéro, soit dans la partie du Champ de Mars que M. Bouvard réserve pour créer un parc. Ces palais, qui englobent la galerie des Machines, seraient provisoires, pour la plupart, et disposés latéralement au Champ de Mars, précisément selon les dispositions générales du plan Bouvard. L'Exposition terminée, la galerie des Machines démolie, il demeurerait un palais en bordure de l'avenue de Suffren, ne coupant aucune des voies de communication qui réunissent, à travers le Champ de Mars, les VIIe et XVe arrondissements.

Illustration from L'Illustration, No. 3240, 1 Avril 1905

Le Champ de Mars après l'Exposition des Sports, d'après le projet de MM. Deglane et Lambert. L'Exposition des Sports de 1907 au Champ de Mars. Projet de MM. Deglane et Lambert.

Ce palais serait étudié comme construction non plus provisoire, mais destinée à demeurer pour abriter les grandes manifestations sportives, de plus en plus fréquentes et de plus en plus importantes. Il faut noter que ce palais occuperait la partie la moins facile à vendre du Champ de Mars; de cette façon, on pourrait, dès maintenant, adjuger les espaces dont M. Bouvard prévoyait l'aliénation. La perspective de l'Exposition des Sports leur donnerait même, sans doute, une plus-value. Si bien que le projet Deglane-Lambert semble la solution très élégante d'un problème épineux.

M. Barbey. Phot. Pirou, boul. Saint-Germain.

Illustration from L'Illustration, No. 3240, 1 Avril 1905
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