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L'Illustration, No. 3236, 4 Mars 1905

Les Faits de la Semaine

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FRANCE

23 février.--La Chambre vote, par 450 voix contre 108, un ordre du jour approuvant le programme des constructions navales à effectuer dans une période de douze années. --Le Sénat, malgré l'avis favorable de M. Etienne, ministre de l'intérieur, rejette, à la majorité de 21 voix, le système de la régie municipale que la Chambre avait adopté pour l'exploitation de l'industrie du gaz à Paris.

26.--Déjeuner officiel à l'Élysée, offert par le président de la République en l'honneur des membres de la conférence qui a clos son enquête sur l'incident anglo-russe de Hull.

ETRANGER

20 février.--Avec l'autorisation du général Trepov, gouverneur général de Saint-Pétersbourg, les étudiants de cette ville se sont réunis au nombre de 3.800, dans la grande salle de l'Université; tous les discours se sont fait remarquer par la violence des sentiments antidynastiques.

21--En Hongrie, M. Julius Justh, du parti Kossuth, candidat de l'opposition coalisée, est élu président de la Chambre des députés par 62 voix de majorité, contre le candidat du parti Tisza (libéral).--En Russie, Tsarskoïé-Sélo, résidence du tsar, est placée sous la loi martiale, à la suite de la réception à la cour d'un grand nombre de lettres de menaces. Depuis le 19, à Bakou (Transcaucasie), les Arméniens sont attaqués par des bandes de musulmans armés; tout travail a cessé; les banques sont fermées.

22.--Les nouveaux traités de commerce de l'Allemagne avec l'Autriche, l'Italie, la Belgique, la Roumanie, la Suisse et la Serbie sont adoptés définitivement par le Reichstag.

23.--La solution de la crise ministérielle hongroise est de nouveau retardée par l'échec des négociations pour la constitution d'un ministère provisoire.

Le parti Kossuth subordonne son acceptation du contingent militaire à la condition du vote préalable de la réforme électorale.--En Russie, la grève des chemins de fer s'étend.

24.--A Saint-Pétersbourg, le travail a de nouveau cessé à l'usine Poutilov et dans douze autres établissements; la grève s'étend à 40.000 ouvriers. A Varsovie, les ouvriers de toutes les fabriques du faubourg industriel de Czerniaokovska ont quitté le travail et provoqué de graves désordres. Les lignes télégraphiques le long de la voie ferrée de Varsovie à Saint-Pétersbourg sont gardées militairement. Un ordre du jour du grand-duc Vladimir prescrit la comparution, devant un tribunal militaire, de 5 officiers et 73 sous-officiers ou soldats de la brigade montée d'artillerie de la garde, à cause du coup de canon à mitraille tiré sur le palais pendant la fête de la bénédiction des eaux.--Achèvement de la percée du tunnel du Simplon.

25.--Un service provisoire est repris sur la ligne Varsovie-Vienne, mais les grèves de chemins de fer persistent dans la région de Moscou.

LA GUERRE RUSSO-JAPONAISE

En Mandchourie, il semble que les deux armées soient de nouveau à la veille d'une grande bataille.

L'armée japonaise de droite commandée par Kuroki, a commencé, dès les premiers jours de février, un mouvement de large envergure contre la gauche russe. Partie de Tsian-Chan, sur le haut Taï-Tsé-Ho, elle avait, par des chemins de montagne, gagné les abords de la crête des monts Ta-Ling. Les Japonais occupaient Ta-Pin-Dou-Chan le 19; le 23, ils attaquaient la colline Berenevsk, défendue par le détachement russe de Tsin-Ho-Tchen, et forçaient, le lendemain, ce détachement à évacuer la position; le combat avait été acharné. Le 25, ils se portaient en forces sur Tsin-Ho-Tchen, par la passe de Tan-Tsi-Ling, et l'occupaient également; les Russes avaient à ce combat de nombreux tués et 300 blessés. Les Japonais poussaient immédiatement leur avantage et se rapprochaient des défilés occupés par la gauche russe. Suivant les dernières informations, ils auraient occupé le col de Ta-Ling. Ce mouvement rappelle les manoeuvres familières au général Kuroki, notamment son mouvement tournant à Liao-Yang. S'il réussissait cette fois encore, il contraindrait l'armée russe à abandonner ses positions et à se replier au nord de Moukden.

Les captures de navires neutres, chargés de contrebande de guerre, se multiplient, dans les parages septentrionaux de la mer du Japon et dans les détroits voisins. Le blocus de Vladivostok peut être considéré comme effectif.

La troisième escadre russe du Pacifique, composée de sept unités et de deux transports charbonniers, est passée, le 26, devant Cherbourg.

A Tokio, le gouvernement aurait décidé de contracter un quatrième emprunt intérieur de 100 millions de yen.

LE PERCEMENT DU SIMPLON

Iselle, 27 février 1905.

Au matin du 24 février, sur le coup de sept heures et demie, la dernière cloison rocheuse qui, sous le massif du Simplon, séparait la Suisse de l'Italie, s'écroulait, éventrée par l'explosion d'une vingtaine de mines bourrées de dynamite jusqu'au delà des limites qu'eût conseillées la prudence. Mais l'équipe qui avait pris, la veille au soir, le travail «à l'avancement» n'avait pas voulu laisser à l'équipe suivante, à l'équipe rivale, l'honneur de donner ce coup suprême.

Une nouvelle grande gare pour le trafic international: la gare de Brigue (Suisse). Photographies Brocherel.]

Illustration from L'Illustration, No. 3236, 4 Mars 1905

Le 20, dans son rapport journalier aux ingénieurs, Antonio Betassa, «assistant», ou chef de chantier, de l'entreprise, écrivait sur le registre-journal en quittant le chantier: «Dans trois ou quatre jours, le superbe Monte Leone (c'est la cime culminante du massif), lui qui voulait nous faire mourir avec son eau chaude, tombera entre mes mains comme est tombé Port-Arthur aux mains des Japonais.» Et Betassa avait tous les droits à cette faveur suprême de la montagne: lui-même, le 13 août 1898, avait donné, à Iselle, à la bouche du tunnel, le premier coup de pioche dans le terrible granit; une bannière aux couleurs italiennes, qui flotte au faîte de sa maison, la première case, aussi, construite sur les chantiers, le rappelle orgueilleusement en une inscription lapidaire.

Entrée nord-ouest du tunnel, à Brigue (Suisse).

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L'équipe de la veille, méchamment, avait laissé à charger à ses remplaçants douze wagons de déblais. Betassa en éprouva une rage folle. Il sentait, derrière le diaphragme de roches, le vide tout près, le vide où croupissait, enfermée en arrière par de massives portes de fer, la nappe d'eau chaude qui avait contraint les ouvriers à interrompre le travail du côté de la Suisses Il devait, lui, avancer suffisamment la besogne pour que d'autres, une heure après son départ, eussent la gloire de faire sauter la mine décisive, d'ouvrir la dernière brèche dans le beau gneiss tout veiné de scintillants cristaux de quartz. Il se réfugia dans un coin, malade, disait-il, bien déterminé, pour sa part, à ne rien faire pour avancer d'un moment l'événement dont pourraient s'enorgueillir des rivaux.

Puis une nouvelle arriva, du bout du tunnel: un train venait de dérailler. Impossible de sortir à l'heure fixée pour la relève. L'événement pouvait devenir tragique. Quand on s'imagine la situation des travailleurs bloqués, par cet accident, dans ce trou sans issue, à la merci d'une arrivée d'eau bouillante, d'un arrêt subit des ventilateurs, on ne songe pas qu'une telle nouvelle ait pu causer à ces hommes autre chose que de l'effroi. Elle emplit de joie l'âme de Betassa et de ses collaborateurs. Les mineurs s'acharnèrent désormais à la tâche, pressés, encouragés, excités par «l'assistant» et le contremaître. Les quatre perforatrices alignées devant le front, lancées à toute vitesse, vrillèrent la roche d'un grincement continu. Des trous d'une profondeur inusitée, dangereuse peut-être, furent percés.

Les deux forces qui ont troué les 20 kilomètres de roche du Simplon: la perforatrice et la dynamite.

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Et quand ce fut fini, tandis qu'on disposait les cartouches armées de cordons plus longs aussi qu'à l'habitude,--car il fallait prévoir l'arrivée des eaux et avoir le temps de fuir le plus loin possible,--dans une poussée folle, les lourdes machines furent emportées en arrière. En dix minutes elles étaient hors de l'atteinte de l'explosion alors que ce travail prenait ordinairement plus d'une demi-heure.

Alors, les travailleurs se retirèrent.

Nous avons donné, en de précédents articles, suffisamment de détails techniques sur l'admirable travail que constitue le percement du Simplon pour nous dispenser d'y revenir ici. Je rappellerai seulement en quelques mots que la galerie principale, le tunnel qui sera achevé dans quelques mois, est doublé parallèlement par une autre galerie, plus étroite, qui deviendra plus tard un second tunnel semblable au premier, et par où sont actuellement évacués les déblais et les eaux. Des couloirs obliques, des «transversales», les réunissent de place en place, bouchées à mesure que les travaux avancent.

Entrée sud-est du tunnel, à Iselle (Italie). Les vainqueurs du dernier rocher: l'assistant Betassa, l'ingénieur Bacilieri et le chef d'équipe Ribotto.

Illustration from L'Illustration, No. 3236, 4 Mars 1905
Illustration from L'Illustration, No. 3236, 4 Mars 1905

Afin de dévier les eaux par ces transversales, qui devaient les conduire à la petite galerie, on avait élevé, en travers du tunnel, l'obstruant jusqu'à la hauteur d'un mètre, des barrages formés d'une cloison de planches garnie de sacs de sable.

Trois de ces digues formaient obstacle un peu au-dessous des transversales numéros 45 bis, la plus rapprochée de l'avancement, 45 et 44.

Le temps que brûlaient les cinq mètres de mèche pendante au dehors de chaque trou de mine, les ouvriers redescendirent, sans trop de hâte, la grande galerie.

Un seul ingénieur les dirigeait, un ingénieur des Chemins de fer fédéraux suisses, M. Carlo Bacilieri, attaché à la section d'Iselle, qui a surveillé les travaux du côté de l'Italie.

Schéma de la dernière tranche du tunnel. P, porte de fer enfermant la poche d'eau du côté nord; T, trou ouvert, le 24 février, à l'avancement. Le trait pointillé indique le profil définitif du tunnel.

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A la transversale 44 une partie des ouvriers s'arrêtèrent. Ils étaient, là, plus près pour juger, les mines parties, des résultats de l'explosion et constater si le trou, le fameux trou, était enfin ouvert.

M. Bacilieri et les autres descendirent jusqu'à la transversale 43. Ici, aucun travail de déviation des eaux n'avait été préparé. En hâte, par prudence, M. Bacilieri ordonna d'élever un barrage sommaire...

Les cartouches explosèrent, au loin. Leurs détonations se répercutèrent sourdement dans cet air lourd. En quelques secondes, on perçut, dans la petite galerie, derrière l'épaisse porte de bois qui fermait la transversale 43, le bruissement, puis le fracas des eaux qui passaient. Toute la masse liquide enfermée entre la muraille brusquement crevée et la porte de fer qui l'endiguait au nord s'écoulait en cataracte. M. Bacilieri entr'ouvrit la lourde porte: une fumée emplit la transversale, où l'eau reflua. Alors, inquiet des travailleurs manquants, il se précipita vers le haut du tunnel. Il les rencontra à mi-route, dans les ténèbres, où leurs petites lampes fumeuses balançaient de vacillantes lueurs.

Le torrent bouillant avait submergé le barrage derrière lequel ils s'abritaient. Affolés, ils fuyaient, ivres de peur et criant: «L'eau! l'eau!» comme une horde, ils passèrent, poussant devant eux l'ingénieur qui cherchait à les retenir, à les rassurer. Et, faut-il le dire? Comme M. Bacilieri se baissait pour ramasser son chapeau, tombé à terre, il reçut, par derrière, un coup violent sur la tête: la bête, devant le danger, avait reparu en l'un de ces hommes apeurés.

Moins d'une demi-heure après, un de ces affreux trains dont les wagons sont des caisses de tôle cahotantes et ferraillantes ramenait tout le monde au jour.

Une heure après le percement: l'eau chaude se déversant de la petite galerie.

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Ces ouvriers venaient d'échapper à une mort atroce, à laquelle devaient succomber deux de leurs ingénieurs, entrés un peu plus tard dans le tunnel: en effet, l'afflux des eaux dans la petite galerie avait éteint la machine qui actionnait les vaporisateurs destinés à rafraîchir l'air; des gaz délétères, accumulés depuis des mois dans la nappe stagnante à laquelle on venait de rendre tout à coup la liberté, empoisonnaient rapidement l'atmosphère et la rendaient irrespirable. Pourtant, aucun de ceux qui revenaient de l'avancement et qui avaient risqué ainsi leur vie n'aurait donné pour beaucoup sa journée. Sur leurs wagonnets de fer, ils chantaient et dansaient. Trois d'entre eux s'étaient juchés, à cheval, sur la locomotive et poussaient des vivats, en entrant en gare.

Comme une traînée de poudre, la nouvelle que le tunnel était ouvert se répandit dans tout le pays, d'Iselle à Varzo, à travers Balmalonesca, cet étrange village de bois et de plâtras, sorti de terre comme par enchantement, depuis le commencement des travaux. Il semblait que le blanc panache de vapeur flottant au-dessus de la colonne d'eau chaude qui s'écoulait par la petite galerie eût signalé l'événement aux deux extrémités de l'étroite vallée. En un clin d'oeil, les maisons se pavoisaient et les enfants, désertant l'école de Balmalonesca, se rendaient, chantant, drapeaux au vent, à la rencontre des ouvriers qui rentraient du travail. Une joie délirante emplissait l'âpre et mélancolique contrée, ensevelie sous son linceul de frimas.

Et il faut avoir passé, en plein hiver, le Simplon, à travers la neige, sous la menace des avalanches, et subi les angoisses de ces quatorze mortelles heures de voyage sur des traîneaux trop primitifs; il faut avoir contemplé cette lamentable caravane de pauvres gens livides, grelottants, glacés sous de minces vêtements,--des Italiens, pour la plupart, regagnant à la morte-saison la terre natale;--avoir souffert de leurs souffrances, pour comprendre cette allégresse, pour entrevoir quel adoucissement va apporter à la vie de ces pays le percement de la montagne, et pour bénir jusqu'aux plus humbles de tous ceux qui collaborèrent à la réalisation de cette gigantesque entreprise.

... Cependant, du côté de Brigue, où la construction du tunnel est terminée, on travaille en ce moment à l'établissement de chambres souterraines qui, chargées d'explosifs puissants, permettraient, en cas de guerre, d'anéantir le travail qui a coûté tant de peines! Gustave Babin.

Comment on traverse aujourd'hui le Simplon: les traîneaux de la poste au refuge de Monte Leone. Photographies G. Babin.

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LE DOME DE BERLIN

L'empereur Guillaume II et l'impératrice arrivant à l'inauguration du Dôme. Le nouveau Dôme de Berlin.

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Le 27 février a eu lieu l'inauguration solennelle du Dôme de Berlin. L'empereur avait tenu à célébrer cette cérémonie avec le plus grand apparat: il la présidait en personne, ayant à ses côtés l'impératrice et le prince héritier; aux premiers rangs de la brillante assistance, on remarquait les membres de la famille royale de Prusse, les souverains allemands, les représentants des souverains étrangers et des Etats de religion évangélique, le chancelier de l'empire, les ministres prussiens, le corps diplomatique, les généraux et les amiraux.

La nouvelle cathédrale protestante s'élève sur le bord de la Sprée, à proximité du château royal et du musée d'art, séparés par la promenade Sous les Tilleuls. D'un aspect assez lourd dans son ensemble, cet énorme édifice est d'un style hybride, se rattachant surtout à la Renaissance italienne; une profusion d'ornements et de statues en surcharge la décoration à l'intérieur comme à l'extérieur. Le projet d'édification de ce temple remonte au seizième siècle, et plusieurs rois de Prusse, entre autres le grand Frédéric, s'en préoccupèrent, sans toutefois le mener à bien; c'est vers 1894 que furent entrepris les travaux définitifs, sur les plans de l'architecte Raschdorff, et celui-ci en poursuivit l'exécution avec le concours de son fils. La forêt d'échafaudages masquant la construction laborieuse du Dôme vient enfin d'être abattue, et l'événement a pris d'autant plus d'importance aux yeux de Guillaume II qu'il se flatte d'avoir doté sa capitale d'un imposant monument religieux qui, dans sa pensée, doit être pour les protestants ce que Saint-Pierre de Rome est pour les catholiques.

EUGÈNE GUILLAUME

Eugène Guillaume. --Phot. Braun, Clément et Cie.

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Eugène Guillaume, l'éminent statuaire, n'aura pas survécu longtemps à son départ de la Villa Médicis, où M. Carolus-Duran le remplaçait, en qualité de directeur, au commencement de cette année. En prenant sa retraite, il n'avait pas renoncé au séjour de Rome, et, quand il dut céder la place à son successeur, il s'installa dans un hôtel voisin de sa chère Villa, qu'il ne quittait qu'à regret. C'est là que, atteint d'une bronchite grippale, il vient de s'éteindre, à l'âge de quatre-vingt-deux ans.

Né à Montbard (Côte-d'Or), le 4 juillet 1822, Eugène Guillaume, élève de Pradier, remportait, en 1845, à vingt-trois ans, le grand prix de Rome, avec un Thésée trouvant sur un rocher l'épée de son père. Il avait conquis depuis longtemps déjà ses titres à la maîtrise lorsque, en 1862, il fut admis à l'Institut, section des beaux-arts; trente-six ans plus tard, en 1898, l'Académie française, appréciant la valeur de l'écrivain, auteur de nombre d'études d'esthétique, l'accueillit à son tour, en l'élisant au fauteuil devenu vacant par la mort du duc d'Aumale. Il fut en outre directeur de l'administration et de l'Ecole des beaux-arts, puis professeur d'esthétique et d'histoire de l'art au Collège de France; enfin, en 1891, il avait remplacé le peintre Hébert à la direction de l'Ecole française de Rome.

Citons parmi ses principales oeuvres: les Gracques, au musée du Luxembourg, une des plus caractéristiques de son talent; le monument de Rameau, à Dijon, et celui de Colbert, à Reims; la statue de Claude Bernard devant le Collège de France; le fronton et les cariatides du Pavillon Turgot, au Louvre; la Musique (façade de, l'Opéra); les bustes de Ingres, Jean-Baptiste Dumas, Jules Ferry, Mgr Darboy, archevêque de Paris.

Le culte de l'antiquité classique, la recherche de l'idéal, la noblesse et la simplicité du style, le souci de l'harmonie, la conscience dans l'exécution, telles sont les règles auxquelles Eugène Guillaume resta fidèle durant sa longue et laborieuse carrière.

"Les Gracques", bronze par Eugène Guillaume (musée du Luxembourg).

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APRES LA MORT DU GRAND-DUC SERGE

La croix de fer. (Phot. de M. Bakouline, prise le surlendemain de l'attentat, avant la construction de la balustrade protectrice.)

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Les funérailles du grand-duc Serge ont eu lieu, le 23 février, à Moscou.

Elles avaient été précédées, suivant la coutume, de l'exposition publique du corps, pour laquelle il avait été déposé à l'église Saint-Alexis, un des cinq sanctuaires existant à l'intérieur du monastère de Tchoudov, ou des Miracles, dans l'enceinte même du Kremlin. Couché dans un cercueil de chêne, le grand-duc était revêtu de l'uniforme du régiment des grenadiers de Kiev, les mains gantées, jointes sur la poitrine et tenant l'icône de saint Nicolas; un voile de fine dentelle de Bruxelles, que porta le prince, tout enfant, recouvrait le visage.

Après avoir visité la chapelle ardente, les assistants, parmi lesquels des groupes d'enfants des écoles accompagnés de leurs instituteurs, se rendaient à la place du Sénat, où l'on a ménagé un petit enclos sur le lieu même de l'attentat et érigé une croix de fer qui, surmontée d'une lampe brûlant nuit et jour, se dresse au milieu d'un amoncellement de couronnes.

Le jeudi 23, après une longue cérémonie religieuse célébrée en présence des membres de la famille impériale (seul des frères du défunt, le grand-duc Paul y assistait), de l'église Saint-Alexis, les grands-ducs et les généraux ont transporté le cercueil à l'église Saint-André qui fait également partie du monastère, lequel communique directement avec le Petit Palais. Là, il a été placé sur un catafalque, en attendant la mise au tombeau.

La place du Sénat depuis le meurtre du grand-duc Serge: au fond, la croix de fer, entourée d'une balustrade, marque l'endroit exact de l'attentat. (A gauche, l'arsenal; à droite, le Palais de Justice, ancien Sénat.)

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AU KREMLIN DE MOSCOU.--Sur la place du Sénat: l'enclos commémoratif du meurtre du grand-duc Serge.--Photographies Bulla.

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Les sous-officiers de l'Ecole des Cadets allant défiler devant la dépouille mortelle du grand-duc Serge.

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AU KREMLIN DE MOSCOU.--Devant le monastère de Tchoudov: la foule attendant d'être admise à visiter la chapelle ardente.--Photographies Bulla.

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LE RETOUR DE STOESSEL

A BORD DE L'«AUSTRALIEN»

Expressions successives de la physionomie du général Stoessel apprenant, à Aden, la nouvelle d'un échec japonais. Trois instantanés de L. Sabattier.

Illustration from L'Illustration, No. 3236, 4 Mars 1905

Stoessel vient de trouver dans l'«Illustration» le portrait de Nogi.

Illustration from L'Illustration, No. 3236, 4 Mars 1905

Aden, 10 février.

En arrivant à bord de l'Australien, ma première impression fut pénible, mais non pas selon mes prévisions. Je m'étais attendu à trouver des Russes tristes, maussades ou tout au moins manquant d'entrain; au contraire, ils avaient l'air plutôt gai. Sur le moment, j'en fus surpris et, je l'avoue, un peu choqué; cette gaieté me paraissait déconcertante, hors de saison; j'éprouvais comme une désillusion, et j'en voulais presque aux rapatriés de Port-Arthur de me laisser pour compte les sentiments de sincère commisération dont je m'apprêtais à donner le témoignage à leur infortune. Impression vite dissipée par la réflexion.

Il s'agissait de mettre les choses au point. Ces gens, pensai-je, viennent de subir toutes les rigueurs d'un siège de près d'un an, de courir mille dangers, d'échapper à la mort, et maintenant les voilà confortablement installés sur un paquebot, entourés d'un bien-être qu'ils ne connaissaient plus depuis longtemps, avec la perspective d'un prochain retour dans leur pays, dans leurs foyers: comment ne goûteraient-ils pas pleinement la joie de vivre? Tout à l'heure, sans doute, ils nous raconteront leurs fatigues, leurs privations, leurs souffrances, les péripéties de leur lutte héroïque: alors, nous comprendrons mieux encore la réaction si naturelle qui s'opère en eux...

Stoessel rit de bon coeur.

Illustration from L'Illustration, No. 3236, 4 Mars 1905

L'escale présente le spectacle habituel. D'innombrables mercantis se pressent contre les flancs du navire, offrant aux passagers de prétendus produits du pays. Le pont est encombré d'une foule bigarrée: vêtements blancs ou kaki, casques coloniaux de tous les modèles; çà et là, quelques tuniques et quelques casquettes d'uniforme. Nos guerriers, accoutrés de façons si diverses, semblent soutenir un nouveau siège.

Dans tout ce brouhaha, je cherche Stoessel, que j'aperçois enfin, le visage épanoui d'un large rire, au milieu d'un groupe animé. Coiffé de la casquette d'ordonnance, il porte une tunique de petite tenue en flanelle blanche à pattes d'épaulette, sans autre décoration que la croix de Saint-Georges.

Nous sommes là cinq journalistes parisiens, venus à Aden, à sa rencontre; il nous reçoit très cordialement dans le salon de musique, où le général Reiss et le lieutenant Nevelskoy l'accompagnent pour servir d'interprètes. Tandis que mes confrères engagent avec Stoessel une conversation laborieuse, lui font poser des questions, j'observe attentivement le défenseur de Port-Arthur. Un air de bonhomie corrige la rudesse des traits; le teint est coloré; l'oeil clair prend aisément une expression de vivacité rieuse et, parfois, à l'évocation de certains souvenirs, se voile d'une passagère mélancolie. Détail assez curieux: la tête découverte montre un sillon circulaire sabrant le front et tangent à l'oreille droite, trace ineffaçable creusée par la pression de la casquette...

Enfin, l'audience est terminée. Mes compagnons ont consciencieusement interviewé le général; quant à moi. je l'ai surtout observé et il me reste à lui adresser une requête au nom de l'Illustration: je le prie de vouloir bien me permettre de dessiner son portrait; il m'accorde un rendez-vous pour une séance de pose--«très courte», formule-t-il expressément...

Le lieut. Thimm (18 blessures) et le lieut. Boje, qui a eu le crâne traversé d'une balle japonaise, entrée par l'oreille et sortie par l'oeil droit.

Illustration from L'Illustration, No. 3236, 4 Mars 1905

Un peu avant le dîner, j'ai pu apercevoir Mme Stoessel. C'est une femme corpulente, au type russe très accentué, mais dont les traits heurtés perdent leur dureté en s'éclairant d'un regard et d'un sourire pleins de bonté. Très simple, nu-tête, en camisole blanche rayée, celle qui, pendant les jours d'épreuves, s'est signalée aux côtés de son mari par sa vaillance et son dévouement a les allures d'une excellente ménagère, indifférente à tout souci de représentation, désireuse de s'effacer. Elle s'est chargée de ramener de Port-Arthur des enfants orphelins auxquels elle prodigue des soins maternels; et cela ne suffit pas à son activité bienfaisante: sa sollicitude se partage encore entre ses chiens, sept ou huit perroquets et une demi-douzaine de singes, installés à l'arrière du paquebot.

Port-Saïd, 15 février.

Durant les cinq jours de traversée passés avec les Russes, profitant de cette occasion unique, nous avons fait la chasse aux documents précis sur l'histoire du siège de Port-Arthur, aux détails intéressants, aux anecdotes curieuses, aux récits de combats racontés par des témoins oculaires, par des acteurs du drame.

Un vaincu mélancolique: l'amiral Lotsehensky.

Illustration from L'Illustration, No. 3236, 4 Mars 1905

Mais à quoi bon m'étendre sur ces sujets? Déjà les dépêches détaillées expédiées d'Aden par les reporters ont dû renseigner amplement les lecteurs français.

Distractions à bord, séances au bar, soirées chantantes... on a même un peu dansé aux sons d'un piano mécanique. Toutefois, les plaisirs profanes n'ont point fait oublier aux orthodoxes les exercices de piété. Avec sa barbe broussailleuse, sa vaste houppelande, son chapeau bas de forme, un vieux pope avait vraiment grand air quand, les cheveux envolés dans le vent, il présidait à la prière du soir, debout en avant des fidèles agenouillés...

Le 14, arrivée à Suez. Pendant la visite sanitaire, une chaloupe accoste, amenant le consul de Russie; il vient apporter la nouvelle d'un échec des Japonais devant Moukden. Du haut de l'échelle, Stoessel, penché, l'écoute très attentivement...

Mme Stoessel au milieu du groupe d'orphelins qu'elle ramène en Russie sur le pont du "Saint-Nicolas". --Phot. Guerin.

Illustration from L'Illustration, No. 3236, 4 Mars 1905

Dans le canal, la température commence à fraîchir. Alors, changement à vue: les costumes de fantaisie disparaissent comme par enchantement pour faire place à des vêtements plus chauds, des uniformes, des tuniques agrémentées d'aiguillettes, des bottes, des bonnets à poils inattendus. Seul, l'amiral Lotsehensky, l'unique marin russe, conserve son petit «complet» fatigué, son chapeau mou; il ne sort pas de son coin isolé, près d'un treuil, à l'arrière, où il semble mis en pénitence. Celui-là a bien l'air d'un vaincu!...

Le soir de cette même journée, les adieux: Champagne traditionnel, toasts chaleureux, serrements de mains, acclamations répétées: «Vive la France! Vive la Russie!...»

Aujourd'hui 15, arrivée à Port-Saïd à cinq heures du matin. Encore un changement imprévu dans les physionomies: Stoessel et les autres officiers blessés à la tête se sont mis un bandeau; ainsi l'a prescrit le médecin, crainte des poussières malsaines, si l'on descend à terre... Un monsieur se présente, vêtu d'un frac de cérémonie, malgré l'heure matinale: c'est le consul. Salamalecs, bouquets.

Enfin, une embarcation à vapeur, l'Isis, vient chercher le général Stoessel et se compagnons pour les conduire à bord du Saint-Nicolas, qui doit les ramener en Russie. L. Sabattier.

Débarquement du général Stoessel et des défenseurs de Port-Arthur à Theodosia (Crimée), le 21 février. Photographie de notre correspondant particulier! M. Forst.

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STOESSEL OFFRE SON CHEVAL D'ARMES A NOGI D'après les documents fournis à L. Sabattier par l'état-major du général Stoessel.

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Des dépêches avaient déjà relaté, au commencement de janvier, ce détail typique: à la suite de leur entrevue de Choui-Chine, le 6 janvier, le général Stoessel offrit son cheval d'armes au général Nogi, qui l'accepta (contrairement aux premières informations); c'était un cheval arabe, gris pommelé, très vif; pour en faire admirer les actions à Nogi, Stoessel le monta une dernière fois et lui fit effectuer, au galop, diverses évolutions, s'amusant à bousculer quelque peu les officiers japonais présents.

Lieut. Nevelskoy, aide de camp. Général Stoessel. Général Reiss. Général Nogi. Colonel Iditchi. M. Kawakami, interprète.

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LE TOAST DES GÉNÉRAUX ENNEMIS «A LA BRAVOURE DE LEURS TROUPES »

Entrevue de Stoessel et de Nogi dans une maison chinoise du village de Choui-Chine, le 6 janvier. D'après les documents fournis à L. Sabattier par l'état-major du général Stoessel.

(Agrandissement) UN ÉPISODE DE LA MARCHE DES PRISONNIERS RUSSES DE PORT-ARTHUR SUR LA ROUTE DE DALNY. L'officier russe revenu avec Stoessel, et qui a fourni à L. Sabattier le croquis et les renseignements pour ce dessin, donne de la scène représentée l'explication suivante: «La marche de nos troupes à peu près valides évacuées sur Dalny offrit un spectacle d'une indicible tristesse. Et il semble que les Japonais se soient ingéniés à le rendre plus navrant encore. Aux haltes, les vivres étaient rares, insuffisants pour les besoins des hommes affamés qui prenaient d'assaut les voitures de subsistances. En revanche, l'eau-de-vie et les boissons fermentées étaient prodiguées. Un groupe de ces malheureux se laissait-il aller à boire plus que de raison--excès bien excusable--aussitôt un photographe survenait et opérait après avoir placé les bouteilles vides bien en évidence, après en avoir ajouté au besoin. Les clichés pris ainsi seront reproduits plus tard dans les albums officiels relatifs à la guerre: car c'est ainsi que les Japonais entendent documenter l'Histoire...» Le dessin de L. Sabattier saisit la manoeuvre sur le vif, et restera pour faire justice du procédé.

Illustration from L'Illustration, No. 3236, 4 Mars 1905

NOUVEAUX TIMBRES CRÉTOIS

Illustration from L'Illustration, No. 3236, 4 Mars 1905

Britomartis assise sur un vieux chêne (monnaie de Gortyna). Le monastère historique d'Arcadion et au-dessus, le mont Ida. Jupiter allaité par une chienne (monnaie de Cydonia)

Documents et Informations.

Les nouveaux timbres de Crète.

Europe assise sur le taureau Jupiter (monnaie de Gortyna).

Illustration from L'Illustration, No. 3236, 4 Mars 1905

Le gouvernement crétois vient de créer une nouvelle série de timbres-poste sur une donnée intéressante et originale. Il a eu l'idée excellente de faire reproduire, sur chacune des neuf vignettes, de valeur différente, composant la série, des documents empruntés à l'archéologie et à l'histoire de la Crète, monnaies anciennes d'un beau caractère, sceaux antiques; vues de quelques ruines fameuses de l'Île. C'est ainsi que des monnaies île Gortyna, d'Itanos, de Cydonia, une médaille d'Ariadne, les ruines du palais de Minos, décorent les timbres crétois et populariseront les grands souvenirs dont s'enorgueillit la Crète.

Un bienfaiteur des marins.

Inaugaration du monument d'Alfred de Courcy, bienfaiteur des marins, à Paimpol le 16 février.

Illustration from L'Illustration, No. 3236, 4 Mars 1905

La petite ville de Paimpol, cité des Terre-Neuvas et des Islandais, vient de commémorer la mémoire d'un bienfaiteur des marins. M. Alfred de Courcy, fondateur de la Société de secours aux familles des marins français naufragés, en lui élevant un buste sur le quai même, au milieu des bassins, bien en vue de la mouvante forêt de mâts, de vergues et de cordages.

M. Alfred de Courcy, né à Brest le 9 novembre 1826, fils d'un officier de marine des plus distingués, entra de bonne heure à la Société d'assurances générales maritimes et s'y distingua par un travail acharné qui, de simple employé, l'éleva jusqu'au rang de directeur. Mais, arrivé à cette haute situation, il ne s'y fit pas remarquer seulement par ses qualités d'administrateur, il s'y montra aussi philanthrope intelligent et avisé et c'est à l'âge où il pouvait légitimement aspirer au repos que, ému par les deuils et les misères des gens de mer qu'il avait été mieux à même que personne de connaître, il entreprit de créer, à travers mille difficultés, et réussit à fonder cette Société de secours aux familles des marins français naufragés, qui répartit actuellement plus de 100.000 francs de rentes entre les veuves et les orphelins de la mer.

Le buste, en bronze, de cet homme de bien, qui a été inauguré en présence de sa famille, des armateurs, des conseillers municipaux et de toute la population de Paimpol, est dû au statuaire breton Jean Boucher.

AUTEUIL SOUS LA NEIGE.

Le saut de la "rivière", à Auteuil, sous la neige.

Illustration from L'Illustration, No. 3236, 4 Mars 1905

Les premières courses de la saison ont eu lieu déjà sur les divers hippodromes de la banlieue parisienne. Suivies surtout par les ordinaires habitués: propriétaires, entraîneurs, parieurs, elles n'ont pas encore l'éclat mondain des réunions printanières. Mais elles ne manquent pas d'un intérêt très sportif. Elles ont même un aspect fort pittoresque et presque émouvant, lorsque la neige, comme le 23 février dernier, vient ajouter aux difficultés d'une course de haies. Ce jour-là elle est tombée en flocons particulièrement serrés. A travers leur épais rideau, sur un fond de paysage tout blanc, les chevaux galopaient comme des ombres; ils abordaient d'ailleurs les obstacles avec prudence, de sorte qu'aucune chute grave ne s'est produite.

La vitesse de croissance des ongles.

Un physiologiste, M. A.-M. Bloch, a eu la curiosité de savoir comment se fait la croissance des ongles. Le sujet avait été étudié déjà, mais pas de façon assez étendue peut-être. Aussi M. Bloch a-t-il pu ajouter à nos connaissances un fait qui ressort nettement de ses études, c'est que le facteur principal de la variété dans la croissance des ongles est l'âge des sujets; c'est aussi que les variations de la croissance sont plus étendues qu'on ne le croyait. On enseignait, en effet, d'après les travaux de Dufour, de Lausanne, il y avait de plus de trente ans, que les ongles poussent de 9 à 10 centièmes de millimètre par jour (un millimètre en dix jours par conséquent); en réalité la croissance quotidienne varie beaucoup plus: de 4 à 14 centièmes de millimètre.

L'influence de l'âge est très manifeste. Le maximum de vitesse de croissance s'observe chez les sujets jeunes, ayant de 5 à 30 ans environ. Durant cette période de 5 à 30 ans, l'ongle pousse généralement de plus d'un dixième de millimètre par jour: de 12 à 14 centièmes. Avant 3 ans, il pousse peu: il ne s'accroît chaque jour que d'une quantité très inférieure à un dixième de millimètre: à 3 ans, il s'allonge de cette longueur. Après 30 ans, jusqu'à 60 ans, la croissance est généralement, comme à 3 ans, d'un dixième de millimètre. Mais après 60 ans, un ralentissement marqué se produit, la croissance n'étant plus que, à 70 ou 80 ans, de 6, 5 ou 4 centièmes de millimètre. Il y a donc une relation générale, de 5 à 80 ans, entre la croissance des ongles et la vitalité générale de l'organisme.

La fièvre jaune et les moustiques.

Jusqu'à ces temps derniers, les épidémies de fièvre jaune et surtout leur propagation hors des foyers d'origine avaient des allures capricieuses, qui défiaient toute explication satisfaisante. On sait aujourd'hui que cette maladie, comme la malaria, est transmise par les piqûres d'un moustique particulier, le stegomya; et maintenant, tout est devenu clair dans le mystère de la contagion de la fièvre jaune.

Et d'abord, il y a des pays où jamais on n'a constaté d'épidémie de fièvre jaune: la France, l'Angleterre, l'Autriche; ce sont les pays où le stegomya n'existe pas. Au contraire, en Espagne, en Portugal, en Italie, où existe le stegomya, on a fréquemment observé la fièvre jaune. D'un autre côté, nous assistons à ce phénomène inattendu, que la fièvre jaune disparaît presque en Europe, sans qu'on ait eu à prendre contre elle des mesures de défense sanitaire. Et cependant, le nombre et la rapidité des communications avec les pays contaminés ont augmenté dans des proportions considérables.

Voici comment M. Chantemesse a expliqué ce fait surprenant devant l'Académie de médecine. Dans l'antiquité jusqu'en 1856, tous les navires étaient en bois; de 1856 à 1870, les vapeurs seuls sont en fer; à partir de 1870, tous les vapeurs et l'immense majorité des voiliers sont en fer. Le résultat de ce changement des matériaux de construction a été l'étanchéité du navire et de sa cale en particulier. Or, la cale des navires en bois était constamment remplie d'un mélange d'eau douce et d'eau salée qui lui avait mérité, de la part des hygiénistes, le nom de marais nautique. Avec les cales sèches, plus de moustiques, partant plus de fièvre jaune possible, à l'arrivée des bateaux dans les ports européens.

La destruction des vipères.

On connaît le procédé populaire de destruction des vipères, procédé qui a encore quelque vogue et qui consiste à mettre à la portée des reptiles du lait additionné de strychnine.

Outre que ce procédé n'est pas exempt de danger--pour d'autres animaux que les vipères--il est tout à fait illusoire pour celles-ci. En effet, ainsi que l'a fait remarquer M. Bouvier à la Société d'agriculture, les reptiles sont de francs carnassiers, qui se nourrissent de proies vivantes: souris, musaraignes, lézards, oiseaux, insectes, et il serait étonnant qu'ils eussent un penchant marqué pour un liquide dont ils ne font jamais usage quand ils sont en liberté.

Les histoires des mammifères tétés par des serpents sont de pures légendes.

Pour se débarrasser des vipères, les meilleurs moyens consistent, soit à recourir à la destruction directe, soit à élever, dans les enclos particulièrement infestés, des pintades et des dindons, et surtout des hérissons qui font aux reptiles une guerre acharnée et qu'il faut se garder de détruire.

Il faudrait aussi encourager les chasseurs de serpents en leur allouant une prime; car c'est à la suppression de ces primes par certains conseils généraux qu'il faut attribuer la fréquence des accidents causés par les vipères depuis quelques années.

UN MUSICOTHÉRAPIUM.

Un journal de médecine nous apprend que l'on construit en ce moment à Kalamazoo, petite ville de l'Etat de Michigan, un hôpital spécialement consacré au traitement des maladies par la musique.

On a prétendu que la musique adoucissait les moeurs; les médecins qui ont présidé à cette institution originale affirment qu'elle tonifie aussi le coeur et favorise la digestion. Ainsi, le docteur Culter, de New-York, rapporte, entre autres observations, celle d'un vieillard octogénaire chez lequel une seule audition musicale aurait fait disparaître des intermittences du pouls.

Nous livrons gratuitement aux chefs d'orchestre sans emploi et aux médecins sans clients, cette idée, qui vaut certainement de l'or, d'organiser des concerts pour cardiaques et dyspeptiques. Les malades prendraient des séries de dix ou vingt cachets, comme pour les eaux thermales.

Phot. Campbell-Gray.

Illustration from L'Illustration, No. 3236, 4 Mars 1905

Les deux extrêmes de la taille humaine.

C'est bien le plus disparate des couples réunis par la fantaisie d'un photographe que forment Mme Chiquita et M. Machnof, l'une --debout--sur les genoux de l'autre dans un des couloirs de l'Hippodrome de Londres. Mme Chiquita mesure environ 70 centimètres, c'est-à-dire à peu près le quart de son gigantesque compagnon, d'ailleurs plus jeune qu'elle, bien qu'elle n'ait pas atteint sa vingt-cinquième année. Tels qu'ils sont, ils semblent pouvoir être présentés comme les deux extrêmes de la taille humaine.

Machnof, lui, mesure 2m,85 de hauteur et pèse 172 kilos. Ses mains mesurent 32 centimètres de longueur et ses pieds 51 centimètres. Il faut naturellement à un pareil colosse une ration quotidienne de nourriture qui effrayerait les plus robustes appétits. Qu'on en juge: Machnof consomme chaque jour: 30 oeufs, 7 livres de viande, 5 livres de légumes et 5 livres de pain. Il boit 3 litres de bière et 3 litres de thé.

Antoine Chassepot.

Illustration from L'Illustration, No. 3236, 4 Mars 1905

On annonçait récemment la mort d'Antoine Chassepot; né en 1833, à Mutzig (Bas-Rhin), il était âgé de soixante-douze ans. Depuis longtemps, il vivait effacé dans la retraite; mais il laisse un nom d'une notoriété universelle, nom qu'il avait attaché au fameux fusil se chargeant par la culasse, dit «modèle 1866», qui, pendant huit ans, fut l'arme de guerre adoptée en France et dont le type, bientôt répandu chez les puissances étrangères, leur fournit d'utiles données pour le renouvellement de leurs armements.

Fils d'un ancien contrôleur principal au Dépôt central de l'artillerie, Antoine Chassepot, très habile praticien comme son père, avait été élevé lui-même à ce grade, après avoir passé par les ateliers de Châtellerault et de Saint-Etienne, où il s'était occupé, durant une dizaine d'années, de la mise on oeuvre et du perfectionnement de son invention. En 1866, il était nommé chevalier de la Légion d'honneur et recevait, en 1870, la croix d'officier, au titre militaire.

La natalité dans les classes intellectuelles.

De nombreux statisticiens, aux Etats-Unis, ont été tentés par le problème de la natalité dans les classes cultivées. La culture intensive du cerveau est-elle compatible avec l'énergie de la force reproductive? Ou, au contraire, y a-t-il incompatibilité entre ces deux termes et les familles intellectuelles sont-elles condamnées à une rapide disparition?

La question est des plus intéressantes, au point de vue pratique, comme au point de vue de la biologie générale.

D'après les documents réunis par une revue américaine, les familles d'universitaires, au moins aux Etats-Unis, s'éteindraient très rapidement: 100 diplômés ne donneraient à la seconde génération que 68 garçons et 30 seulement à la troisième.

Pour les femmes diplômées, le mal serait encore plus grand. Et d'abord, ces dames se marient peu (55% au lieu de 80 dans la population féminine totale); puis un tiers d'entre elles restent stériles, ce qui est le double exactement de la proportion générale; enfin la fécondité moyenne de celles qui sont devenues mères est de 3, chiffre de fécondité des diplômés masculins.

Dans ces conditions, il est facile de calculer que l'extinction des familles de diplômés doit se faire environ en cinq générations.

A noter qu'aux Etats-Unis, le nombre des femmes s'adonnant aux études intellectuelles a passé, en douze ans, de 10.000 à 28.000.

Ainsi la culture intellectuelle intensive doit être regardée comme anormale, contraire à une saine physiologie; la nature ne s'en accommode pas et ne se soucie pas d'en propager les organes par l'hérédité.

Et s'il en était autrement, depuis longtemps sans doute, on aurait vu se développer des races intellectuelles; tandis qu'en réalité les enfants des savants sont le plus souvent d'intelligence très ordinaire et que les intelligences supérieures sortent de milieux très ordinaires.

La région la plus pluvieuse de l'Europe.

La partie de l'Europe où il pleut le plus serait, d'après les observations poursuivies depuis dix ans par M. K. Kassner, le massif qui entoure les Bouches de Cattaro en Herzégovine, au bord de la mer. Ce n'est pas précisément sur le rivage même, mais dans les montagnes qui se dressent à quelques kilomètres en arrière. On trouve là une région de 10 kilomètres de longueur sur 5 de large, où il tombe 3m,50, 4 mètres et 4m,55 d'eau par an. A Crkvice, le chiffre de 4m,55 a été dépassé: en 1901, cette infortunée localité a reçu 6m,135 d'eau: une couche d'eau de la hauteur de deux étages.

La pluie y tombe surtout en automne et en hiver. Le seul mois de novembre fournit 704 millimètres d'eau: plus de vingt par jour. En 1901, la chute de novembre a été de 1m,704, la hauteur d'un homme de taille au-dessus de la moyenne, et en trois jours consécutifs de novembre 1901, il est tombé 61 centimètres d'eau; 20 par jour.

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