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L'Illustration, No. 3230, 21 Janvier 1905

LES FAITS DE LA SEMAINE

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FRANCE

10 janvier.--Après avoir élu M. Doumer à la présidence par 265 voix contre 240 données à M. Brisson, la Chambre procède aux divers scrutins pour le renouvellement des autres membres du bureau. Sont élus vice présidents: MM. Lockroy, Etienne, Guillain, Gerville Réache; questeurs: MM. Lechevallier, Pajot, Chapuis.

12.--Renouvellement du bureau du Sénat: M. Fallières est maintenu à la présidence. Sont élus vice-présidents: MM. Eugène Guérin, Loydet, Poirrier, Desmons; questeurs: MM. Dusolier, Gayot, Bonnefoy-Sibour.

13.--A la Chambre, discussion d'une interpellation sur la politique générale du cabinet; discours de MM. Lhôpiteau, Paul Deschanel, Zévaès et Vaillant.--Le Sénat inscrit en tête de son ordre du jour le projet de loi sur le service militaire de deux ans.

14.--Suite du débat engagé sur la politique générale du cabinet et nouvelles protestations contre la délation dans l'armée: interventions de M. Krantz, ancien ministre de la guerre, de M. Berteaux, ministre actuel, de M. Ribot et de M. Jaurès; discours de M. Combes, président du conseil, qui pose la question de confiance. Après une suspension nécessitée par des incidents tumultueux, prolongation de la séance jusqu'à minuit et demi. Vote d'un ordre du jour des gauches ainsi motivé: «La Chambre, approuvant les déclarations et le programme du gouvernement, et décidée à écarter toute obstruction...» Pour l'approbation des déclarations, 287 voix contre 281, soit 6 voix de majorité; pour l'approbation du programme (impôt sur le revenu, service de deux ans, retraites ouvrières, séparation des Eglises et de l'État), 380 contre 55 (nombreuses abstentions au centre); pour l'ensemble, 289 voix contre 279, soit 10 voix de majorité.--A la suite de ce vote, M. Combes manifeste l'intention de démissionner.

15.--Mort, à Marsanne (Drôme), de Mme Loubet, mère du président de la République.--Election de trois sénateurs: Seine, M. Mascuraud, radical socialiste; Eure-et-Loir, M. Fessard, progressiste; Aisne, M. Touron, progressiste.

ÉTRANGER

8 janvier.--Elections complémentaires en Italie pour la Chambre des députés: sont élus 5 ministériels, 1 socialiste, 2 candidats de l'opposition.

9.--La grève de Bakou (Transcaucasie) s'étend; une soixantaine de stations de forage ont été incendiées.

10.--L'empereur allemand confère la décoration de l'ordre Pour le Mérite aux généraux Stoessel et Nogi.

11.--Démission du cabinet Deuntzer en Danemark.--Le mouvement de grève des mineurs dans le bassin de la Ruhr (Allemagne occidentale) prend de l'extension.

12--L'ambassade française, envoyée à Fez, quitte Tanger.--Le gouvernement russe adresse à toutes les puissances une note relative à la neutralité de la Chine; il y expose ses griefs.

13--Mort du prince Charles-Alexandre de Lippe-Detmold. Le régent actuel de la principauté est le prince Léopold de Lippe-Biesterfeld, dont les droits, on le sait, ont été contestés récemment.--Signature d'une convention d'arbitrage entre la Grande-Bretagne et l'Autriche-Hongrie.--M. Christenson, ministre de l'instruction publique dans le cabinet Deuntzer, devient président du nouveau ministère danois.

14--Le grand-duc Serge quitte le poste de gouverneur général de Moscou et le prince Galitzine le poste de gouverneur général du Caucase.--Les grévistes, dans le bassin de la Ruhr, sont au nombre de plus de 100,000.

LA GUERRE RUSSO-JAPONAISE

Le 13, des détachements de tous les régiments de l'armée de siège ont fait une entrée triomphale dans Port-Arthur. La reddition des forts russes s'était terminée la veille.

Les amiraux Outchtomsky, Gregorovilch et Roshtiliski ont, avec le général Stoessel, donné leur parole de ne plus servir au cours de cette guerre; ils vont retourner en Russie, par Nagasaki (Japon). Les généraux Fock, Smirnov, Gorlatovsky, les amiraux Wiren et Willmann accompagnent leurs hommes en captivité.

En Mandchourie, le 11, une colonne volante russe, composée de 8 escadrons et de 2 batteries à cheval, a exécuté un raid audacieux sur les derrières de l'armée japonaise; son gros est parvenu jusqu'à Niou-Tchouang, dont la faible garnison n'a pu l'empêcher de détruire un certain nombre des approvisionnements en magasins, mais il s'est retiré devant des renforts japonais.

En Corée, les Russes ont également fait leur réapparition. Des cosaques sibériens ont poussé jusque près de Honé-Ouan, sur la côte orientale, au nord de Gensan. On signale, dans ce pays, l'activité du génie japonais; la ligne Fousan-Séoul est en exploitation depuis le commencement de décembre; elle met Séoul à 50 heures de Tokio; des voies ferrées de campagne ont été construites entre Séoul et Wi-Jou. Séoul et Gensan.

L'amiral Skrydlov a été rappelé à Saint-Pétersbourg.

La division complémentaire (3e échelon) de la 2e escadre du Pacifique, composée de 7 croiseurs et contre-torpilleurs, a quitté le port de la Sude (Crète) le 8; elle est entrée dans le canal de Suez le 11.

Au Japon, le département de la marine annonce, le 14, la formation d'une flottille de sous-marins.--Des navires de guerre japonais auraient établi une base navale à Labouan, au nord-ouest de Bornéo (archipel malais).

Mme LOUBET MÈRE

La mère du président de la République vient de mourir, emportée rapidement par une congestion pulmonaire dont la gravité permettait peu d'espoir, en raison surtout du grand âge de Mme Loubet: quatre-vingt-douze ans. C'est à Marsanne, dans sa métairie, entre les bras de ses deux petits-fils, MM. Paul Loubet et Barbier, de sa bru, Mme Auguste Loubet, accourus à son chevet, qu'elle s'est éteinte, le 15 janvier.

La métairie de la Terrasse, à Marsanne, près Montélimar, où est morte Mme Loubet.

Illustration from L'Illustration, No. 3230, 21 Janvier 1905

Cette métairie, «la Terrasse», comme l'appellent les gens du pays, elle ne l'avait jamais quittée. Longtemps, jusqu'à son veuvage, elle y partagea les travaux de son mari, cultivateur aisé faisant valoir lui-même; ses trois enfants, deux fils et une fille, y naquirent; naguère, octogénaire extraordinairement valide et alerte, elle la dirigeait encore.

Il y a près de six ans déjà, lors de l'élection présidentielle du 18 février 1899, l'Illustration a publié, dans ce cadre rustique si bien adapté à sa physionomie, le portrait de la bonne «dame de campagne». Telle elle était Mme Loubet, mère du président de la République. restée, fidèle à ses vieilles habitudes, offrant par la simplicité de sa vie un exemple à souhait pour l'antithèse classique chère au poète.

Illustration from L'Illustration, No. 3230, 21 Janvier 1905

Certes, l'élévation de M. Emile Loubet au faîte du pouvoir ne la trouvait pas indifférente; elle en éprouvait une légitime fierté. Mais ce sentiment si naturel se voilait parfois, dit-on, de quelque regret, de quelque mélancolie; son bon sourire s'effaçait à la pensée que «son fils» là-bas, dans «ce Paris», parmi les honneurs, devait avoir bien du tracas.

Le président, qui affectionnait beaucoup sa mère, allait la voir aussi souvent que les obligations de sa charge lui en laissaient le loisir. Sa dernière visite à Marsanne, toute récente, date du commencement de janvier; une semaine s'était à peine écoulée depuis cette réunion familiale du nouvel an, lorsqu'il lui a fallu retourner vers la maison en deuil pour accomplir les suprêmes devoirs de la piété filiale.

E. F.

LES FUNÉRAILLES DE Mme LOUBET MÈRE.--Le cortège se rendant de la maison mortuaire à l'église de Marsanne. Photographie de notre envoyé spécial.

Illustration from L'Illustration, No. 3230, 21 Janvier 1905

La décoration prussienne "Pour le Mérite" décernée par l'empereur Guillaume II aux généraux Stoessel et Nogi.

Illustration from L'Illustration, No. 3230, 21 Janvier 1905
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