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Faut-il rechercher dans l'imperfection des procédés le peu de goût que nous paraissons avoir pour la momification ou l'embaumement? Obéissons-nous fatalement à une loi de la nature, à cette loi formulée dans ces paroles de l'évangile: pulvis es et in pulverem reverteris? Le docteur Variot, un des médecins les plus distingués des hôpitaux de Paris, répond à ces deux questions en proposant à ses contemporains l'emploi des procédés galvanoplastisques pour obtenir des momies indestructibles. Le Dr Variot métallise notre cadavre tout entier: il l'enferme dans une enveloppe de bronze, de cuivre, de nickel, d'or ou d'argent, suivant les caprices ou la fortune de ceux qui nous survivent. Donc plus de putréfaction et plus de poussière. Voilà une invention qui pique votre curiosité? Vous voulez savoir comment procède le Dr Variot?
Jetez les yeux sur les dessins que nous avons fait exécuter dans le laboratoire de la Faculté de médecine où M. Variot poursuit ses recherches. Dans un double cadre à quatre montants, réunis en haut et en bas par des plateaux carrés, vous voyez le corps d'un enfant sur notre dessin de première page, le cadre est disposé sous une cloche pneumatique; sur celui ci-dessus il est placé dans un bain de sulfate de cuivre. Le corps de l'enfant a été perforé à l'aide d'une tige métallique. Une des extrémités de cette tige butte contre la voûte du crâne, tandis que l'autre est enfoncée comme un pivot dans une douille de métal de l'appareil située au centre du plateau inférieur du cadre. Le cadre support est un cadre conducteur de l'électricité. Les montants et les fils conducteurs ont été soigneusement isolés avec du caoutchouc, de la gutta ou de la paraphine. Le courant électrique est fourni par une petite batterie de trois piles thermo-électriques Chaudron. Un contact métallique dentelé, en couronne, descend du plateau supérieur et appuie légèrement sur le vertex du petit cadavre; la face plantaire des deux pieds et la paume des mains reposent sur deux contacts. En outre, des contacts ont été échelonnés sur les quatre montants métalliques du cadre, pour être appliqués aux points voulus, avec la possibilité de les déplacer à volonté.
Avant de plonger cet appareil dans le bain galvanoplastique, il faut rendre le corps bon conducteur de l'électricité. A cet effet, l'opérateur badigeonne la peau du cadavre avec une solution de nitrate d'argent, ou bien encore il pulvérise cette solution sur la surface cutanée au moyen d'un instrument très connu: le pulvérisateur dont vous vous servez, mesdames, pour vous parfumer. Cette opération faite, la peau est devenue d'un noir opaque; le sel d'argent a pénétré jusque dans le derme. Mais ce sel d'argent il faut le réduire, c'est-à-dire le séparer de son oxyde. On y parvient avec beaucoup de difficulté.
Immersion du sujet dans le bain galvanique.

Le double cadre est placé sous une cloche dans laquelle on fait le vide au moyen d'une trompe à eau et ou on fait pénétrer ensuite des vapeurs de phosphore blanc dissous dans le sulfure de carbone. C'est une opération dangereuse, comme toutes les opérations où le phosphore en dissolution jolie un rôle quelconque. C'est le détail de cette opération qui est fidèlement rendu par notre grand dessin. A droite nu garçon de laboratoire veille au fonctionnement régulier de la trompe. Vous voyez à gauche de l'opérateur une sorte de marmite en fonte aux parois très épaisses et dans laquelle la solution de phosphore est soumise, au moyen d'une petite lampe à gaz, à une température assez élevée pour en assurer la vaporisation.
Quand les vapeurs phosphorées ont réduit la couche de nitrate d'argent, la peau du cadavre est d'un blanc grisâtre; elle est comparable à la surface d'une statue de plâtre qu'on aurait rendue conductrice. Il n'y a plus qu'à procéder aussi rapidement que possible à la métallisation. A cet effet, le cadre double est immergé dans le bain de sulfate de cuivre. Nous n'avons pas à décrire cette opération que tout le monde connaît. Sous l'influence du courant, électrique, le dépôt métallique se fait d'une façon ininterrompue; les molécules de métal viennent se déposer sur la peau du cadavre, et y forment bientôt une couche continue, l'opérateur doit régler avec grand soin les envois d'électricité afin d'éviter un dépôt métallique grenu et sans cohérence. En déplaçant à propos les contacts, il substituera à la peau une écorce de cuivre qui se moulera sur toutes les parties sous-jacentes. En surveillant attentivement l'épaisseur du dépôt jeté sur le visage, sur les mains, sur toutes les parties délicates du corps, il obtiendra un moule fidèle qui rappellera exactement les détails de conformation et les teintes de la physionomie. Un bon dépôt de 1/2 à 3/4 de millimètre d'épaisseur offre une solidité suffisante pour résister au ploiement et aux chocs extérieurs. L'épaisseur de 1/2 à 3/4 de millimètre d'épaisseur ne doit pas être dépassée pour l'enveloppement métallique du visage et des mains qui seront, ainsi rigoureusement moulés. Sur le tronc, l'abdomen, les premiers segments des membres, le cou, la conservation intégrale des formes plastiques est beaucoup moins importante; aussi, si on le juge utile pour consolider la momie métallique, on atteindra une épaisseur de dépôt de 1 millimètre à 1 millimètre et demi.
Quel est l'avenir réservé à ce procédé de momification que le Dr Variot appelle l'anthropoplastie galvanique? On ne saurait le dire. Il est infiniment probable que les cadavres métallisés ne figureront jamais qu'en très petit nombre dans nos nécropoles et que longtemps, longtemps encore, nous subirons cette loi de la nature que nous rappelions en commençant: pulvis es et in pulverem reverteris. Nous sommes poussière, et nous retournerons en poussière! L'inventeur de l'anthropoplastie n'accorde d'ailleurs à la métallisation totale du cadavre qu'une importance mince. Le but de ses recherches était surtout de donner aux musées et aux laboratoires de nos Facultés de médecine des pièces anatomiques en parfait état de conservation, des pièces très fidèles, très exactes, plutôt que d'arracher nos cadavres aux vers du tombeau. Marcel Edant.
L'AMIRAL AUBE
La mort, en enlevant l'amiral Aube, vient de clore cruellement une belle carrière de marin. Elle avait commencé en 1840. Le jeune Aube n'avait alors que quatorze ans. il était né en 1826 à Toulon, où son père était le fondé de pouvoirs du trésorier-payeur général du Var. Il se distingua au Sénégal, étant lieutenant de vaisseau: de 1870 à 1878. il fit à bord du Seigneley une remarquable campagne dans le Pacifique: il était capitaine de vaisseau. Ensuite, il commanda la Saône en escadre: il fut promu contre-amiral en 1880 et fut nommé gouverneur de la Martinique. Il était à peine en fonctions quand éclata une terrible épidémie de fièvre jaune: le fléau, qu'il combattit avec courage, l'atteignit lui-même dans ses plus chères affections en emportant Mme Aube. L'amiral ne tarda pas à quitter son gouvernement pour commander en second l'escadre d'évolution. Il fut nommé vice-amiral.
Mais la partie active et pratique de la carrière de l'amiral Aube n'est pas la partie essentielle, bien qu'il y ait déployé de grandes qualités d'énergie, de décision, de bravoure, et qu'il y ait montré une rare connaissance de la mer. Depuis sa jeunesse, l'amiral Aube avait été préoccupé d'idées de réformes importantes: il fut appelé à les mettre en lumière et à les appliquer comme ministre de la marine le 7 janvier 1886; il resta au ministère jusqu'en mai 1887.
Nous vîmes alors à la tribune du parlement cette figure énergique de marin, nullement banale ni conforme au type courant du «loup-de-mer» classique. Son visage aux traits saillants et droits, dont le dessin énergique était accusé encore par les cheveux blancs, plantés drus et taillés en brosse; son œil clair et net, sa haute stature, constituaient une physionomie qu'on n'oubliait point. Il avait dans son regard--l'avons-nous dit?--un peu de cet éclat aigu et fixe qui illumine la face des penseurs. Tout de suite, on vit que l'amiral Aube ne passerait pas, indifférent et inactif, dans une administration qui ne lui semblait pas en harmonie avec les progrès modernes. Comme tous les novateurs, il fut ardemment discuté. Il avait des partisans très dévoués, il eut des adversaires irréconciliables, il était un voyant pour les premiers, il n'était qu'un visionnaire pour les seconds. L'expérience--j'entends: une expérience complète, longue et décisive--n'a pas encore terminé ce débat passionné et passionnant.
LA MORT DU LIEUTENANT PLAT
L'infanterie de marine vient de faire une nouvelle perte au Tonkin: c'est celle du lieutenant Plat, tué à la prise de Long-Sat, le 13 novembre dernier.
Notre gravure, exécutée d'après un croquis fait sur les lieux par un officier du corps expéditionnaire, le lieutenant Brezzi, représente le moment où ce malheureux jeune homme tombe mortellement frappé près du fortin où il s'était courageusement placé pour mieux prendre le dessin de l'intérieur du village, occupé par les pirates. M. Plat était officier d'ordonnance du général Godin, et, depuis son arrivée au Tonkin, il avait excité l'admiration de ses chefs et de ses camarades par son infatigable entrain et sa grande intelligence. Du reste, cet officier s'était déjà fait connaître par un remarquable voyage au Fouta-Djalon, qu'il avait fait en 1887-88 en Afrique. On peut lire le récit de cette belle exploration dans l'intéressant ouvrage: Deux compagnes au Soudan français, que vient de publier le colonel Gallieni, sous les ordres duquel le lieutenant Plat avait accompli ses travaux au Soudan. Cette mort fait un grand vide dans l'infanterie de marine, mais on sait que les trous sont vite comblés dans cette arme d'élite, qui cependant n'en est plus à compter ses pertes, depuis notre installation au Tonkin.
LES BATEAUX DE PÊCHE PENDANT L'HIVER
L'Illustration consacrait, dans son dernier numéro, une série de dessins à ceux pour qui les rigueurs de l'hiver sont la source d'une joie nouvelle, les patineurs, qui ne sont jamais si heureux que lorsque le thermomètre leur assure une «belle gelée.» Mais, à côté de ces privilégiés qui regardent comme un plaisir de trouver un climat sibérien à la porte du Bois de Boulogne, combien sont nombreux ceux qui souffrent de cette température exceptionnelle dans nos climats!
Au premier rang de ces victimes du froid, il faut sans contredit placer les marins, pour qui la gelée, quand elle est assez forte pour agir sur l'eau de mer, est une véritable torture. Ceux qui ont passé le cap Horn dans la saison des glaces ou qui ont séjourné sur les bancs de Terre Neuve en hiver racontent, comme une des épreuves les plus pénibles de leur existence toujours si rude, les douleurs de ces terribles campagnes. Les embruns jaillissent sur l'avant du bateau: partout où ils viennent se projeter, la glace se forme; la voile et les focs ne sont plus qu'une masse compacte, ainsi que les haubans qui prennent l'aspect d'arcs-boutants de cristal.
Nous n'en sommes pas tout à fait là encore sur nos côtes, mais nous en approchons et les amateurs de pittoresque n'ont qu'à se rendre sur notre littoral de Normandie pour avoir une idée de la navigation au Cap Horn. Les barques de pêche représente notre collaborateur Kœrner, rentrent au port, l'avant recouvert d'une véritable cuirasse de glace et ornées stalactites qui pendent le long du beaupré et des ralingues de foc, évoquant, dans ces régions que nous ne connaissons guère que sous l'aspect ensoleillé de l'été, le tableau d'une expédition au pôle Nord.
