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L'Illustration, No. 1601, 1 novembre 1873

HISTOIRE DE LA SEMAINE

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FRANCE

M. le comte de Chambord publiera-t-il ou ne publiera-t-il pas un manifeste? Telle est la question que chacun se pose depuis quelques jours et d'où l'avenir de la France semble dépendre. Plus nous approchons, en effet, de l'heure fixée pour le débat solennel qui va s'ouvrir et moins la clarté se fait sur les conditions sur lesquelles portera ce débat ainsi que sur ses résultats probables.--Nous avons reproduit, dans notre précédent bulletin, le compte rendu de la réunion du centre droit, dans laquelle M. Chesnelong était venu rendre compte à ce groupe parlementaire de sa mission de Frohsdorf. Ce compte rendu était à peine publié que l'exactitude en était contestée de divers côtés: suivant les uns, M. Chesnelong avait altéré le sens et les termes des déclarations à lui faites par M. le comte de Chambord; suivant d'autres, c'était le rédacteur du compte rendu qui avait mal résumé le discours de M. Chesnelong; les journaux légitimistes, notamment, déclaraient devoir s'abstenir de reproduire un procès verbal entaché d'erreurs, tandis qu'une autre feuille affirmait, au nom d'un familier de Frohsdorf témoin de l'entretien du prince avec les délégués de la droite, que sur la question du drapeau, notamment, l'accord n'était nullement établi comme on s'était plu à le dire. Un nouveau compte rendu, publié quelques jours après par l'Union, atténue, en effet, d'une manière sensible, les déclarations contenues dans le premier; sur la question du drapeau, par exemple, il y est dit simplement que M. le comte de Chambord ne demande pas que rien soit changé à ce drapeau avant qu'il ait pris possession du pouvoir. D'un autre côté, M. Chesnelong affirme, dans une lettre livrée à la publicité, qu'il s'est toujours entretenu seul et sans témoins avec le roi, à quoi l'on répond en demandant ce que faisait alors à Frohsdorf son compagnon, M. Lucien Brun. Le mystère n'est pas encore éclairci à l'heure où nous écrivons; il ne le sera vraisemblablement, comme nous le disions en commençant, que par un manifeste de M. le comte de Chamhord, manifeste dont l'apparition est devenue la question à l'ordre du jour et dont les journaux fusionnistes eux-mêmes ont été amenés à reconnaître la nécessité. En attendant, on annonce le départ pour Frohsdorf d'un nouveau mandataire qui serait, dit-on, M. de Falloux, et l'opposition se compte et se prépare à entrer en lice.

On a remarqué qu'à la fin du discours prononcé par lui dans la réunion du centre droit, M. le duc d'Audiffret-Pasquier adressait un pressant appel aux membres du centre gauche et l'on pouvait en conclure que la majorité royaliste avait compté, pour se compléter, sur l'adhésion d'un certain nombre de députés de ce groupe. Or, le centre gauche tenait séance le lendemain même des réunions de la droite, et son attitude était loin de répondre à l'attente de M. le duc d'Audiffret. M. Léon Say, qui présidait, est venu exposer qu'à la suite de la séance de la Commission de permanence il avait été abordé dans les couloirs par M. le duc d'Audiffret-Pasquier qui lui avait dit que sans doute il avait dû lire, dans les journaux le désir où il était de communiquer au centre gauche les motifs qui avaient déterminé la conduite du centre droit. Accepteriez-vous cette communication? avait-il ajouté, et de quelle façon pourrait-elle s'effectuer?--Le président du centre gauche, se conformant rigoureusement à la résolution qui avait été prise dans la réunion de ce groupe tenue le matin a répondu à M. le duc d'Audiffret-Pasquier qu'il le remerciait de sa communication, mais que le projet du centre droit était trop public pour n'avoir pas déjà été apprécié par le centre gauche.

Nous ne pouvons pas douter, a dit M. Léon Say, que dans les conditions où la monarchie est imposée, elle serait considérée par le pays comme une revanche de 1789, ce qu'elle serait d'ailleurs en réalité. Dans ces conditions, le centre gauche ne peut accepter de communications officielles qui ressembleraient à des négociations qu'il ne veut pas entamer.

La réponse du président du centre gauche à M. le duc d'Audiffret-Pasquier a été, à plusieurs reprises, couverte d'unanimes applaudissements par la réunion.

M. le président fait savoir ensuite qu'il ne croit pas devoir répéter au centre gauche les paroles par lesquelles M. le duc d'Audiffret-Pasquier a terminé son entretien. «Ces paroles ne seront pas livrées à la publicité, a ajouté M. le président, à moins que M. le duc d'Audiffret ne le fasse lui-même.

M. Casimir Périer, qui assistait à la réunion et qui la veille avait publiquement protesté de son attachement à la cause républicaine, a pris la parole pour féliciter M. Léon Say des sentiments qu'il venait d'exprimer et la séance a été close par l'adoption de la résolution suivante:

«Le centre gauche reste uni dans la conviction que la république conservatrice est la pins sûre garantie de l'ordre comme de la liberté, et que la restauration monarchique dont il est question ne serait pour la France qu'une cause de nouvelles révolutions.»

Cette attitude résolue du centre gauche a visiblement déconcerté les journaux royalistes, dont la confiance enthousiaste jusqu'alors a été mise à une nouvelle épreuve par la réunion des députés bonapartistes désignée sous le nom de «Groupe de l'appel au peuple», et qui s'est prononcée avec non moins d'énergie contre les projets de restauration. Aussi, la question de la convocation anticipée de l'Assemblée nationale n'a-t-elle même pas été posée devant la Commission de permanence, comme elle n'aurait pas manqué de l'être si la droite eût été sûre du succès. On voit combien la situation est encore obscure et à combien de surprises nous pouvons rester exposés jusqu'au dernier moment. Aussi ne faut-il pas s'étonner de voir successivement tous les partis faire appel à M. le comte de Chambord et lui demander de mettre fin à toutes ces équivoques par des déclarations catégoriques. Ainsi que le disait hier encore le Journal des Débats, un mot heureux du prince peut aujourd'hui fout gagner, un mot malheureux, des restrictions maladroites, perdraient tout à coup sûr; un silence imprudent compromet tout. Les heures sont comptées et bien des consciences sont encore à la gêne lorsqu'elles devraient être résolues et fixées.

GRANDE-BRETAGNE

M. John Bright, qu'une longue maladie avait tenu depuis près de deux ans éloigné des affaires, a prononcé jeudi dernier, à Birmingham, un discours qui était impatiemment attendu et qui a produit dans toute l'Angleterre un effet considérable. L'opinion publique était désireuse de juger du degré d'influence que la rentrée de M. Bright au ministère exercerait sur la marche de l'administration. Aussi l'affluence des électeurs était-elle considérable, et plus de seize mille personnes se pressaient dans l'enceinte.

Les déclarations du vieux chef du libéralisme anglais, quelque précises, quelque énergiques qu'elles soient, laissent dans l'esprit l'incertitude et le doute sur les intentions du cabinet Gladstone, parce qu'elles ont un caractère absolument personnel et qu'elles sont même directement opposées à l'opinion bien connue de M. Gladstone sur les questions auxquelles elles ont trait.

Le point le plus important traité dans le discours de M. Bright est le passage relatif à la loi sur l'éducation. Pour saisir cette importance, il est indispensable de présenter rapidement l'historique de cette loi.

En 1870, M. Forster a fait adopter par le Parlement une loi sur l'instruction élémentaire dont un paragraphe, le vingt-cinquième, autorise les School's Boards, ou conseils locaux d'instruction, à prélever des impôts pour subvenir aux frais de l'instruction, mais seulement dans les écoles où l'élément religieux fait partie de l'instruction. En d'autres termes, la loi Forster accorde une subvention aux écoles où l'instruction religieuse fait partie du programme de l'enseignement.

Cet article a toujours soulevé une grande opposition chez les dissenters, qui, ne reconnaissant pas l'Église établie, demandent qu'on subventionne seulement les écoles où aucune espèce d'instruction religieuse n'est donnée et où la lecture de la Bible elle-même n'a pas lieu. Les dissenters appartiennent au parti libéral.

Mais le premier ministre est loin d'avoir les mêmes idées qu'eux. Il est convaincu, ainsi qu'il l'a exprimé dans sa réfutation de Strauss et dans son livre Ecce homo, que l'indifférence religieuse était le plus grand danger que pût courir la société, et que, par conséquent, il est de toute nécessité de donner au peuple l'instruction religieuse.

Cette question est celle que M. Bright s'est attaché à traiter le plus explicitement dans son discours.

La loi sur l'instruction est, à son avis, complètement à refaire, et l'article 25 sur les School's Boards est à rejeter. Cette déclaration a évidemment dû satisfaire les dissenters. Mais quel résultat aura-t-elle? Rendra-t-elle au parti libéral son ancienne unité? Cela n'est pas probable. Pour qu'il en fût ainsi, il faudrait que M. Gladstone adhérât aux déclarations de M. Bright. Or, il est manifeste que non-seulement il ne les approuve pas, mais encore qu'il leur est opposé de la manière la plus absolue.

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