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L'Illustration, No. 0037, 11 Novembre 1843

Courrier de Paris.

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Il a bien fallu que MM. les présidents, MM. les juges, MM. les conseillers, MM. les procureurs et avocats-généraux en prissent leur parti comme les autres: le mois de novembre, les chassant de leurs maisons des champs, les a contraints de reprendre la toge et le bonnet carré. Heureux toutefois les desservants de Thémis, comme on disait en vieux style, cent fois heureux de pouvoir prolonger leurs loisirs jusqu'au jour de la Toussaint. C'est une douceur qui leur est particulière, une gratification extraordinaire de bon temps et d'heures fainéantes qu'ils prélèvent sur les vacances, et dont personne, parmi les gens du robe et d'affaires, ne jouit au même degré de licence, ni avocats, ni notaires, ni avoués, ni préfets, ni bureaucrates, ni ministres, ni vous surtout, ô joyeux écoliers, pour qui le mot vacances semble avoir été plus particulièrement inventé. Mais, comme dit Figaro, c'est une si belle chose que la justice.... quand elle est juste, qu'on ne saurait trop l'encourager.

Les tribunaux sont donc en train de rouvrir leurs portes depuis huit jours, et la salle des Pas-Perdus se repeuple: moment trois fois béni pour l'écrivain publie accolé aux piliers du Palais-de-Justice, et pour la loueuse de journaux, qui voient leur clientèle revenir! Jour impatiemment attendu par l'habitué des séances judiciaires, par l'amateur de procès, dont l'appétit quotidien et dévorant ne trouvait qu'une nourriture insuffisante dans l'entremets servi par les chambres de vacations. Maintenant il va se remettre à la ration complète, et se gorger de vols, de meurtres, d'adultères, de séparations de corps et de licitations entre mineurs.

La rentrée des tribunaux.--Salle des Pas-Perdus, au Palais-de-Justice.

Illustration from L'Illustration, No. 0037, 11 Novembre 1843

Voyez comme la vie et le mouvement sont rentrés au Palais depuis que la Cour de cassation et la Cour royale en robes rouges ont inauguré la nouvelle année judiciaire en séance solennelle. La salle des Pas-Perdus était silencieuse; et morne; maintenant tout s'y agite, tout y va, tout y vient, tout y gesticule, tout y parle; le client court après l'avocat, l'avocat après le juge, le clerc après l'avoué, le saute-ruisseau après le maître-clerc, l'huissier après le gendarme, le stagiaire après un bandit de Cour d'assises ou de police correctionnelle. Ô salle des Pas-Perdus, ô curieux pandœmonium où se rencontrent et se coudoient la vérité et le mensonge, la bonne foi et la ruse, l'ignorance et le savoir, la vertu et le vice, Démosthènes et Petit-Jean, d'Agnesseau et Perrin Dandin!

On appelle cette réinstallation annuelle de la justice la rentrée des tribunaux. C'est le terme consacré, et les journaux n'en connaissent pas d'autre. «Hier, disaient-ils, la Cour de cassation a fait sa rentrée, M. le procureur-général Dupin a prononcé le discours de rentrée.» comme on dit la rentrée de mademoiselle Carlotta Grisi, la rentrée de M. Baroilhet, la rentrée de M. Ligier, la rentrée de mademoiselle Plessis, la rentrée de Partisan et de l'Aérienne. Quoi donc! se servir du même terme pour deux choses si différentes! Parler de la même façon d'un acteur et d'un procureur-général, de la Cour de cassation et d'une danseuse, de la justice et d'un cheval savant! Annoncer que celle-ci a fait sa rentrée comme celui-là, n'est-ce pas là une grande irrévérence, et le dictionnaire n'aurait-il pas dû se montrer plus respectueux? A moins qu'aux yeux du dictionnaire, il n'y ait partout, dans la salle des Pas-perdus comme au théâtre, que des danseurs et des comédiens qui cabriolent avec plus ou moins d'habileté, et remplissent plus ou moins bien leurs rôles!

Puisque nous parlons comédie, ne laissons point passer le Conservatoire sans lui dire un mot. Le Conservatoire, en effet, a tenu sa séance solennelle le même jour que la Cour de cassation; mais il ne s'agissait pas de prononcer une harangue éloquente contre les jésuites, comme l'a fait M. Dupin, ni de retracer les devoirs austères du magistrat; le Conservatoire n'entonne pas d'aussi graves trompettes: il chante, voilà tout, ou déclame des chansons et des vers plus ou moins mondains. Le Conservatoire enseigne la comédie, la fugue, la tragédie et l'opéra-comique, s'occupant non pas de rendre la justice aux hommes, mais de les divertir, soit en les charmant par des voix et des instruments mélodieux, soit en les faisant rire, soit en les faisant pleurer. Le Palais, pour encourager ses nourrissons, a le siège du juge et l'hermine du président; le Conservatoire n'offre aux siens qu'une simple couronne de laurier. L'autre jour donc, il a fait la distribution de ces couronnes et les a placées sur de jeunes fronts de quinze à vingt ans, émus et rougissant des joies du premier succès.

Si le Conservatoire ne produit pas tous les ans de grands Compositeurs, de grands chanteurs, de grands acteurs et de grands musiciens, ce n'est pas faute du moins de distribuer des prix: prix de fugue, prix d'harmonie, prix de solfège, prix de chant, prix d'orgue, prix de piano, prix de harpe, prix de violon, de violoncelle, de contre-basse, de flûte, de hautbois, de clarinette, de basson, de cor, de trompette, de trombone, de comédie, de déclamation lyrique, d'opéra-comique et de tragédie. Ainsi tous les ans une armée de lauréats sort de la rue Bergère ceinte des palmes du Conservatoire, musique en tête, marotte et poignard au côté, prête à promener l'alexandrin, la roulade et l'archet per tutam terram impune.

On a particulièrement distingué, dans le dernier couronnement, M. Got, M. Roger, M. Chotel, mademoiselle Grandhomme, et enfin un jeune homme qui porte un nom cher à l'Opéra-Comique, le nom de Ponchard. Tous ces conscrits en veulent à Molière ou à Corneille, même M. Ponchard, bien qu'il soit fils de l'ariette et de la cavatine; soit! mademoiselle et messieurs, jouez la comédie et maniez le poignard, puisque tel est votre bon plaisir; et si par hasard vous pouviez nous rendre mademoiselle Mars et Talma, ou quelques-uns de ces dieux de l'art disparus depuis longtemps, soyez sûrs que personne n'y trouverait à redire. Mais que de couronnes semées par le Conservatoire se sèchent tout à coup et ne donnent pas de moisson!

Tandis que les écoles s'efforcent de faire des hommes de talent et de génie et n'y réussissent guère, la nature, qui ne monte pas en chaire et ne s'affuble jamais de la robe magistrale, les fait éclore, sans leçons et sans férule. Nous avons parlé l'autre jour du jeune Beuzeville, ce simple ouvrier qui s'était endormi tisserand, et tout à coup s'est éveillé poète. Voici qu'on nous annonce une autre merveille: il s'agit encore d'un poète subitement inspiré par la muse au fond de sa boutique et sous sa veste d'artisan. Celui-ci s'appelle Constant Hilbey; il arrive de Fécamp chargé de provisions poétiques. On ne dit pas si M. Constant Hilbey apporte sa tragédie, comme M. Beuzeville, et si quelque Spartacus ou quelque Brutus se trouve dans son bagage; mais cela se devine. Quel poète n'a pas commencé par une tragédie? Il est donc très-probable que M. Constant Hilbey frappe en ce moment à la porte de l'Odéon ou du Théâtre-Français, et avant huit jours nous lirons dans quelque journal bien informé; «Un jeune tonnelier, ou miroitier, ou cordonnier, ou charron, ou carrossier de Fécamp a lu hier, devant messieurs les comédiens ordinaires du roi, une tragédie intitulée Idoménée, qui renferme des beauté» du premier ordre: c'est du Corneille mêlé de Racine, assaisonné de Shakspeare; en conséquence, l'ouvrage a été reçu à corrections.»

Horace, de son temps, disait; «Les villes ne laisseront bientôt plus de terre au laboureur!» Ne pourrait-on pas craindre aujourd'hui, en retournant l'apostrophe d'Horace, que la plume ne laisse bientôt plus de bras à l'atelier? Qui tissera la toile? qui fondra le fer et le bronze? qui taillera la pierre et le marbre, si de chaque peloton de fil, de chaque, kilogramme de fer, de chaque bloc de marbre, il sort un rimeur et une tragédie?

Parlez-moi de M. Félix, à la bonne heure! il n'y a rien à lui dire: la vocation de M. Félix est, non pas de jouer la tragédie lui-même, mais de la faire jouer aux autres. Il tient ce droit de mademoiselle Rachel, son illustre fille, qu'il a nourrie et dressée à la tragédie de ses propres mains, dès ses plus jeunes ans, comme dit la nourrice de Phèdre.

M. Félix à donc résolu de faire une suite à mademoiselle Rachel, et il s'est dit: «Si je pouvais avoir trois ou quatre Melpomènes de cette force là, mes affaires n'en iraient que mieux; et après tout, qu'est-ce que cela me coûte? Je possède mon brevet d'invention, et je sais la manière de s'en servir. En conséquence, M. Félix a fait mademoiselle Rébecca et M. Raphaël, et après les avoir faits, à peine avaient-ils eu le temps de croître, qu'il les a revêtus, l'un des éperons du Cid, l'autre du voile de Chiméne. Ainsi façonnés de la main de leur père, mademoiselle Rébecca et M. Raphaël se sont intrépidement précipités sur la scène de l'Odéon, en débitant des vers de Corneille.

Mademoiselle Rébecca n'a que quatorze ans, M. Raphaël en a seize; on voit que M. Félix est si pressé de jouir et de mettre ses fruits en rapport, qu'il ne leur laisse pas même la permission de mûrir.--M. Raphaël a déjà de l'aplomb, du feu, de l'énergie, comme s'il avait suffisamment de barbe au menton. Quant à mademoiselle Rébecca, ce n'est qu'une enfant qui singe, avec une exactitude encore plus pénible à voir que surprenante, l'allure, le geste, le ton, la voix de sa sœur mademoiselle Rachel. Figurez-vous une Chiméne en bas âge, tout juste bonne à figurer au Gymnase-Enfantin. Au premier mot le public a d'abord paru désagréablement surpris; puis il a fini par se conduire envers cette petite comme un père indulgent, et par lui jeter quelques bravos, faute de s'être pourvu de tartines de confiture et de dragées.

M. Félix a encore deux enfants après ceux-là, une fille et un garçon; il les a voués, comme les autres, à la tragédie, et il s'en vante. Tous deux sont âgés de sept à huit ans; on pense que M. Félix fera débuter avant quinze jours le petit garçon de sept ans dans le rôle de Mithridate, et la petite fille de huit ans dans celui d'Agrippine. Ne serait-il pas nécessaire cependant d'appliquer à M. Félix la loi concernant le travail des enfants dans les manufactures?

On annonce l'arrivée de M. de Ciebra. Qu'est-ce que M. de Ciebra? me demandez-vous. Je vous réponds, M. José Maria de Ciebra est un Espagnol, comme son nom l'annonce surabondamment; en outre, à cette qualité d'Espagnol, M. de Ciebra ajoute cette d'habile guitariste. De ce morceau de bois blanc qu'on appelle une guitare M. de Ciebra sait tirer, dit-on, les sons les plus agréables et les plus doux. Nous entendrons cela dans nos concerts d'hiver. Mais pourquoi M. de Ciebra a-t-il quitté l'Espagne? La galante Espagne a-t-elle tout perdu, tout, jusqu'à la guitare et à la sérénade, et bientôt verrons-nous la castagnette elle-même et le boléro s'enfuir et déserter l'Andalousie! M. de Ciebra vient en France dans l'espoir de s'abriter, lui et sa guitare; ce sera pis encore; la France est moins que jamais le pays des Rosine et des Almaviva; la guitare de Figaro est depuis longtemps brisée, et le drame moderne a dressé Lindor, au lieu de roucouler la tendre romance, à fumer un cigare sous le balcon de Rosine.

Qui n'a lu l'admirable roman de Consuelo par George Sand? Eh bien! voici le bruit qui court, à propos de Consuelo. On assure que du livre George Sand a extrait un épisode, et que de l'épisode il a fait un opéra; Litz serait chargé de composer la musique. Pour le coup, l'affaire serait intéressante, et le jour de la première représentation, M. le préfet de police n'aurait pas assez de tous ses sergents de ville, de toutes ses brigades municipales, de tous ses commissaires, pour contenir la foule et aligner son impatience et sa curiosité.

Une pauvre femme nommée Clugny comparaissait dernièrement devant la police correctionnelle; elle était accusée de vagabondage. L'instruction a prouvé que la mendiante possédait encore 1 franc 25 cent, dans sa poche, la veille de son arrestation. A l'audience, le président lui a demandé compte de l'emploi de cette somme. «Hélas! monsieur, a répondu la pauvre vieille d'une voix dolente, je l'ai dépensée!--Quoi! du jour au lendemain, en vingt-quatre heures!» s'est écrié le juge d'un ton sévère. Quelle dissipation, en effet, et quelle prodigalité! La vagabonde, a été condamnée à six mois de prison. Le même jour, on lisait dans un journal du matin: «Un de nos lions les plus échevelés, M. le comte de C..., avait parié contre M. de V..... une cravache de chez, Thomassin, qu'il mangerait en six mois deux cent mille francs qu'il avait hérités de sa tante: le comte vient de gagner son pari.»

La guerre du Gymnase contre la société des auteurs dramatiques est de plus en plus ardente; M, Poirson tient bon, et les auteurs ne cèdent pas. On a essayé plus d'une fois d'arriver, soit à un armistice, soit à un traité de paix; mais au moment de conclure, tout se brisait de nouveau. Bouffé, dit-on, a pris la résolution de se retirer de ce champ de bataille où son talent a reçu plus d'une blessure; Bouffé aurait rompu dès longtemps avec le Gymnase, s'il n'était arrêté par un dédit de cent mille francs; ces cent mille francs sont le fil qui le retient, comme le cordon que Raminagrobis, le chat de La Fontaine, s'était attaché à la patte; il paraît qu'à force de chercher, Bouffé a trouvé une paire de ciseaux qui vont couper ce fil fatal: Bouffé, libre et joyeux, irait tenter fortune au théâtre des Variétés, laissant la société des auteurs et le Gymnase jouer entre eux le rôle de ces deux rats, qui se battirent et se mangèrent si bien, qu'il ne resta plus que deux queues sur le terrain.

M. Samson, le spirituel acteur du Théâtre-Français, est de plus un auteur très-spirituel; qu'il fasse d'aimables comédies comme Belle-Mère et Gendre, rien ne paraît plus naturel. Ce qui semblerait plus surprenant, ce serait que M. Samson s'armât de la coupe tragique. Or, est-ce un vain bruit? est-ce une réalité? on se dit depuis quelques jours à l'oreille, au foyer du Théâtre-Français, que M. Samson achève une tragédie, une véritable tragédie en cinq actes; on en donne même le titre: les Deux Foscari. Nous sommes dans le temps des miracles; mais M. Samson est homme à s'en tirer.

Les uns disent que M. de Montrond, sentant sa fin venir, a fait une sorte d'acte de contrition, et une mort à peu près chrétienne; d'autres affirment que sa philosophie païenne ne l'a pas abandonne un instant, et qu'il a raillé jusqu'au bout. Voici le trait qu'on rapporte à l'appui. Un ami de M. de Montrond s'étant approché de son lit de mort, lui demanda s'il n'avait pas certaines dispositions à faire. «Non,» dit-il; et alors son ami lui parla d'un jeune homme auquel des liens naturels semblaient devoir plus particulièrement l'attacher, «Ne ferez-vous rien pour lui, mon cher Montrond? --Que voulez-vous que je fasse de plus que je n'ai fait? dit le railleur en rappelant sur ses lèvres un dernier sourire: je lui ai donné assez de mauvais exemples pour qu'il en profite.»

Histoire de la Semaine.

Les hésitations du ministère sur la mesure proposée par M. le ministre de l'instruction publique contre M. l'évêque de Châlons ont eu un terme, et la lettre du prélat a été déférée au Conseil d'État, qui a déclaré qu'il y avait abus. Cette lutte entre le clergé et l'Université a trouvé de l'écho sous les voûtes du Palais. M. le procureur-général Dupin, à la rentrée de la Cour de cassation, a pu surprendre une partie de son auditoire en y faisant allusion, comme M. Villemain, à la rentrée de l'École Normale, avait surpris tout le sien en n'en disant mot. M. Dupin a pris pour sujet de son discours l'éloge d'Estienne Pasquier. C'était un texte d'à-propos et d'allusions; il y avait là matière à exposer de nouveau les circonstances qui avaient postérieurement rendu nécessaire la déclaration des libertés de l'Église gallicane. L'orateur était sur son terrain, et son discours retentira bien au delà de l'enceinte où il l'a prononcé. Personne ne pourra trouver le moment et le lieu mal choisis, car peu de jours auparavant un autre avocat du roi, entraîné par son dévouement personnel ou inspiré par des colères qu'il croyait avantageux de flatter, avait, à la rentrée de la Cour royale, fait dans le politique une excursion moins justifiable, et que ses chefs n'ont pas blâmée, avait régenté la tribune parlementaire, et fait le procès à un homme politique qui a le malheur d'être en même temps un grand poète.

M. Dupin aîné.

Illustration from L'Illustration, No. 0037, 11 Novembre 1843

Bien décidément l'ordonnance de convocation des Chambres ne tardera plus guère à paraître et leur réunion aura lieu dans les derniers jours de décembre. Il a été reconnu que, pour demeurer dans les prescriptions de la charte, il fallait ne pas sortir du calendrier de 1843. Des dépositions se font déjà au Palais-Bourbon pour la séance d'ouverture. Les appartements de la présidence sont déjà prêts à recevoir l'hôte que le scrutin de la Chambre leur enverra. Les décorateurs terminent en toute hâte les embellissements de la bibliothèque, et MM. Eugène Delacroix, Henu et Abel de Pujol, auront bientôt achevé leurs travaux. Quelques-uns des chefs des partis parlementaires sont déjà de retour à Paris. M. de Lamartine fait encore entendre de Mâcon une voix qui retentit dans toute la presse, et jamais, du vivant même de M. de Fonfrède, feuille de province ne s'était vue attendre avec une impatience et reproduire avec un empressement pareils à ceux que fait naître le Bien Public parmi les adversaires et les partisans des idées de l'agitateur. M. Odilon-Barrot est encore loin de Paris et au milieu de sa famille, tout entier à une douleur que n'ont pas su respecter certains écrivains politiques qui lui ont prêté des actions et des paroles, et l'ont voulu rendre responsable de leurs rêves et de leurs inventions; mais M. Thiers est rentré, ramené à Paris par la santé des siens et par le besoin de se rapprocher, pour continuer à se livrer activement au grand travail historique qu'il termine, des dépôts précieux où il doit puiser; mais M. Molé est également revenu, non plus dans cet hôtel de la rue de la Ville-L'évêque à l'aspect tout parlementaire, hôtel de famille, qui allait si bien à son nom et que l'Illustration a fait graver parce qu'il va être, démoli (v. p. 164), mais dans une demeure nouvelle que les efforts de son parti chercheront à ne pas laisser être définitive. Les attaques se préparent d'un côté, comme de l'autre les projets de loi: nous verrons ce qui sera le mieux concerté, combiné, entendu.

O'Connell et ses comculpes ont comparu, le 2 novembre, devant le jury d'accusation. La composition de celui-ci ne rend pas son verdict incertain. Aussi le résultat de cette première formalité ne fera-t-il cesser aucun des embarras du ministère. Sa situation difficile l'est rendue plus encore par les déchirements qui se manifestent dans son propre parti et qui en sont la conséquence. Le Times, qui jadis abandonna les whigs, et, par sa désertion, prépara leur chute, le Times, aujourd'hui, attaque sir Robert Peel, et est attaqué lui-même par le Standard. Cette guerre intestine est de mauvais augure. Les témoignages, les démonstrations d'intérêt n'ont pas manqué aux accusés irlandais, et cette procédure préliminaire a été une occasion de calculer quelle serait l'ardeur de la sympathie nationale au jour du jugement sérieux. --Le voyage de M. le duc de Bordeaux, dont la relation donne lieu en France à des saisies et à des poursuites de journaux, attire en Angleterre les chefs les plus considérables du parti légitimiste. Le ministère anglais a cru devoir, à cette occasion, ôter toute couleur politique à l'accueil hospitalier qui est fait dans la Grande-Bretagne au petit-fils de Charles X, et protester, par la plume de ses journalistes, de la sincérité de son alliance avec le gouvernement issu de la révolution de Juillet.--Les dernières nouvelles de New-York annonçaient que les élections qui vont renouveler le personnel du congrès fédéral touchaient à leur terme. Dans le Sénat, la majorité paraissait déjà assurée au parti whig; mais dans la Chambre des Représentants, l'avantage était au profit du parti démocratique, dans la proportion de deux contre un. Toutefois, le peu d'union de ce dernier, quand viendra plus tard la question de la présidence, lui fera probablement perdre l'avantage de commander au Capitole, que son nombre semblerait devoir lui assurer.--En Espagne on paraît plus d'accord; mais c'est pour ne tenir nul compte de la constitution. Aussi, au Sénat, le rapporteur du projet de loi sur la déclaration de la majorité de la reine croyait-il pouvoir répondre au reproche d'inconstitutionnalité adressé à cette mesure, en disant qu'on avait violé bien d'autres articles de la Charte, et qu'il ne voyait pas pourquoi on respecterait davantage celui-là. L'argument a paru excellent. Il est donc certain que la reine sera déclarée majeure, et comme à treize ans on est assez peu propre à se gouverner soi-même, ce sera un conseil de régence occulte qui conduira les affaires, au lieu d'un conseil de régence constitutionnellement constitué et légalement responsable. Cet état de choses, la direction que prennent les affaires à Madrid, ne commandent pas la confiance et la soumission aux provinces; et à peine les protestations armées sont-elles refoulées sur un point, qu'il s'en manifeste de nouvelles sur un autre. Quant à la Catalogne, sa situation est toujours aussi affligeante pour l'humanité,--si l'on en croit les feuilles allemandes, qui nous ont annoncé les premières que l'Autriche se tenait prête à intervenir avec le Piémont dans les affaires des États pontificaux, le gouvernement français n'y mettrait aucune opposition; il demanderait seulement à être admis à prendre part à cette mesure. Il est probable que si cette version est vraie, ou si elle est fausse, le démenti ou la confirmation viendra d'ailleurs que d'Augsbourg ou de Francfort.--La velléité de contre-révolution à Athènes que nous avons mentionnée la semaine dernière, a amené une réaction, dont quelques ennemis du mouvement de septembre ont failli devenir victimes. Le ministre de France, M. Piscatory, qui, depuis le commencement de cette crise, a agi avec une détermination et une énergie qu'il a puisées dans son caractère beaucoup plus, dit-on, que dans ses instructions, M. Piscatory a, par sa présence d'esprit et sa résolution, sauvé l'ancien ministre de la justice et des finances Ithalli de la vindicte populaire, et épargné à la révolution grecque, jusqu'ici pure, une tache sanglante. Le roi Othon est passé de la confiance aux contre-révolutionnaires aux déclarations enthousiastes pour la révolution. On dit à Munich que le roi de Bavière se dispose à aller visiter son fils, et qu'il est très-déterminé à le ramener si les événements ne prenaient pas une tournure favorable à la dignité royale. Nous ne savons pas jusqu'à quel point on sera flatté à Athènes d'apprendre par les feuilles allemandes que le roi des Grecs n'est pas encore émancipé.--Un royaume de l'Inde que la Correspondance de Victor Jacquemont nous a appris à connaître, et auquel un soldat de notre armée avait fait adopter notre organisation militaire et nos couleurs nationales, Lahore, vient de voir son roi assassiné et son meurtrier tomber lui-même sous les coups d'un de ses complices. Beaucoup croiront que ces désordres ont été organisés; nous nous bornerons à penser que le gouverneur-général des possessions britanniques dans l'Inde les aura vus sans grande douleur. Jacquemont et le général Allard ne se dissimulaient point qu'après la mort de Rundget-Sing il serait difficile d'empêcher l'Angleterre d'arriver à ses fins, préparées de longue main, et d'occuper le Penjaub. Le successeur du général Allard, un autre officier de l'armée française, le général Ventura, n'a pu parvenir à rétablir l'ordre, même momentanément. On s'entend beaucoup mieux dans le magnifique palais du gouvernement-général, à Calcutta, à faire des conquêtes par les intrigues diplomatiques, les sacrifices d'argent, et, au besoin, par d'autres moyens encore, qu'à soumettre par la force des armes les populations qu'on n'a pas préalablement et sourdement travaillées. L'Afghanistan et le Penjaub auront fourni cette double démonstration.

Nous avions bien eu tort, dans notre dernier numéro, de faire l'éloge de la nature; elle nous a donné un cruel démenti, a furieusement rattrapée en désastres le temps que nous la louions d'avoir employé autrement. Les correspondances de Grenoble et de Gap sont déchirantes. Des neiges tombées prématurément dans les Alpes ont été bientôt fondues par la température adoucie, et des inondations indomptables sont venues porter la ruine et l'épouvante dans toutes les plaines qu'arrosent le Drac, le Rhône, l'Isère et la Durance. La garnison de Grenoble et la gendarmerie ont rendu de très-grands services là où elles ont pu, en se multipliant, porter leurs secours.--Il y a peu de jours que le Moniteur renfermait une liste de citoyens auxquels le roi, sur le rapport de M. le ministre de l'Intérieur, accordait des médailles d'or ou d'argent pour de belles actions et de nobles dévouements dans des désastres pareils. On y remarquait avec bonheur des hommes du peuple, des fonctionnaires municipaux, des soldats, des ecclésiastiques, de grands propriétaires. Chaque classe s'y trouvait représentée, et venait prouver qu'en France la bienfaisance et le courage sont dans tous les rangs et y font battre bien des cœurs.

Le journal officiel a donné aussi successivement la liste des élèves admis à l'École royale polytechnique et à l'École royale militaire. L'armée a fourni sa large part de candidats distingués, et leur nombre, comme le rang avantageux que plusieurs d'entre eux ont obtenu, démontrera, nous l'espérons, à M. le ministre de la guerre et à M. le ministre de l'instruction publique, que la mesure annoncée, oui exigerait un diplôme de bachelier ès lettres pour prendre part à ces concours, serait aussi injuste envers le soldat que mal entendue dans l'intérêt du service. Elle serait de plus contraire à la loi d'avancement et à l'esprit de la Constitution de 1830. En vérité, s'il est une liberté d'instruction respectable avant toutes, c'est bien celle du militaire qui, en remplissant tous ses devoirs, sait encore trouver le temps d'acquérir ou de compléter des connaissances nombreuses qu'une instruction première, presque toujours au-dessus des ressources de sa famille, ne lui a pas permis d'acquérir. Quelques journaux nous ont appris qu'un des élèves admis avait dans les veines du sang de Henri IV, et que cette circonstance lui avait valu d'être élevé et instruit de manière à pouvoir se présenter avec succès. C'est fort bien; mais il ne faudrait pas dans l'avenir, à mérite égal ou même supérieur, déclarer indignes les pauvres diables dont les grand'mères ont eu le tort de n'avoir pas de faiblesses pour le Béarnais.

Le nombre total des conscrits dont l'état intellectuel a été constaté dans les quatorze années de 1827 à 1840, s'élève maintenant à 4,036,569, dont 2,095,141 savaient au moins lire, et 1,945,428 ne savaient ni lire ni écrire, ce qui, sur un total de 1,000, donne 549 instruits et 481 ignorants. Cette moyenne générale, qui n'avait pas été atteinte avant 1833, a été constamment dépassée depuis.--Quand on groupe les chiffres en périodes de deux ans, la moyenne proportionnelle des instruits varie de 459 en 1827-1828, à 572 en 1839-1840, et ce n'est qu'en 1833-1834 que la moyenne générale 519 est atteinte et un peu dépassée. De la première 3 la dernière période, l'augmentation totale est de 133, ou d'environ un quart. Ainsi, sur un total de 1,000, il y a 155 instruits de plus en 1839-1840 qu'en 1827-1828. C'est une augmentation biennale de 22. L'augmentation, qui avait été de 39 de 1827-1828 à 1829-1830, de 27 de 1829-1830 à 1831-1832, n'a plus été que de 21, 16, 19 et 11 pour les périodes suivantes. Ainsi il y a augmentation, mais augmentation ralentie; jusqu'à présent nous ne voyons pas trop quelle peut être la cause de ce ralentissement, à moins que ce ne soit la première influence de la révolution de 1830, avant les mesures prises par le nouveau gouvernement pour la propagation de l'instruction primaire. Dans la statistique des établissements secondaires, nous trouvons une assez, forte diminution dans le nombre des élèves de 1831 et 1832, et ce n'est guère qu'en 1839 que ce nombre devient ce qu'il était en 1830. Quelque chose d'analogue se sera-t-il passé dans les écoles primaires jusqu'au moment de la mise à exécution de la loi de 1833? L'état intellectuel des conscrits de 1836 à 1840, qui ont du fréquenter les écoles vers 1830-1834, semblerait l'indiquer. On sait seulement qu'en 1830 un assez grand nombre de conseils municipaux ont subitement supprimé l'allocation faite aux écoles tenues par les congrégations religieuses; et comme ces écoles étaient fréquentées, cette suppression aura pu entraîner une assez notable réduction dans le nombre des élèves. Tout ce qui a été fait depuis en faveur de l'instruction primaire ne peut manquer d'agir puissamment sur la propagation de cette instruction; mais les enfants qui ont fréquenté les écoles depuis 1836 ne seront guère conscrits que vers 1844-1845; ce ne sera donc que sur les comptes-rendus du recrutement à cette époque que l'on pourra commencer à contrôler la statistique des écoles primaires et, par conséquent, à juger d'une manière incontestable les effets de la loi de 1833, sous le rapport du nombre des élèves.

Le chemin de fer atmosphérique, dont l'Illustration a fait connaître le système à ses lecteurs (t. I, p. 404), s'est tiré très-heureusement des épreuves auxquelles il vient d'être soumis en Irlande. Le Dublin-Monitor annonce que le succès de l'entreprise, est maintenant assuré. Dans la dernière quinzaine d'octobre des traits ont régulièrement fait le service entre Dublin et Kingstown. Une grande quantité de passagers ont parcouru la ligne sans qu'il soit arrivé le moindre accident. Les départs ont été suspendus à la fin d'octobre, pour terminer la ligne jusqu'à Dalkey. Les rails étaient posés, et déjà le chemin doit être ouvert. On pense qu'on poursuivra jusqu'à Bray. La voie est remarquable par ses courbes; les convois cependant les franchissent sans aucun danger, la force centrifuge étant contrebalancée par l'élévation du terrain du côté du cercle extérieur. Le danger ne pourrait donc venir que d'un excès de vitesse; aujourd'hui cet inconvénient est paré par des signaux échangés entre le machiniste et l'établissement où se trouve la machine à vapeur. Mais la compagnie a l'intention d'établir, le long de la ligne, un baromètre électrique qui signalera toujours exactement la vitesse. Dans quelques essais déjà faits, ou a remarqué que la vitesse indiquée au départ par un baromètre attaché au premier wagon donnait d'abord 10 degrés, 11 à 12 dans les tourbes et 16 à 17 dans la ligne directe. A ce dernier point du baromètre on a une vitesse de 50 milles à l'heure, 17 lieues environ.

Nous avons dit la frayeur trop fondée que causaient souvent aux archéologues les réparations entreprises dans nos vieux temples religieux. Un journal signalait l'autre jour une grave mutilation qui vient d'être commise dans l'église Saint-Séverin, à Paris, par les architectes mêmes chargés de restaurer ce monument. Il y a quelques jours encore, le soubassement de la porte latérale de Saint-Séverin portait une inscription en caractères du treizième siècle, énumérant les obligations imposées aux fossoyeurs de la paroisse. Un morceau de pierre neuve, inutilement repiqué, a déjà fait disparaître environ la moitié de cette inscription, unique d'abord et importante ensuite à l'étude du Moyen-Age. «Si l'inscription, dit le journal religieux qui dénonce ce fait, eût été païenne, grecque, insignifiante et dans l'Attique, on aurait expédié un membre de l'Institut pour la déchiffrer et la commenter; elle est chrétienne, française, intéressante et à Paris, elle aura bientôt complètement disparu.»--Il est un projet qui ne ferait, courir aucun danger à une autre église remarquable, et qui permettrait au contraire d'en mieux envisager la masse et d'en apercevoir les détails. On fait revivre le plan d'isoler complètement l'église Saint-Eustache. On démolirait le corps-de-garde qui est à la pointe et toutes les maisons qui, en masquant le monument et une ravissante porte qui est inaperçue de ce côté, rétrécissent la rue Montmartre au point d'y rendre la circulation presque impossible. Tout le côté gauche de la rue du Jour, qui obstrue l'église, serait abattu. On élargirait la rue Traînée, si fréquentée et si dangereuse, et on y construirait un nouveau presbytère. En outre, sur la place du Parvis-Saint-Eustache, serait ouverte une large rue qui irait déboucher rue Jean-Jacques-Rousseau, en face de l'hôtel des Postes, dont les abords recevraient ainsi d'utiles dégagements Ce plan est bien entendu, et son exécution rendrait d'immenses services à la circulation et à la sûreté publique. Le conseil municipal, qui va se trouver en partie reconstitué, inaugurerait dignement, son ère nouvelle en votant définitivement ces travaux, dont la percée prochaine de la rue de Rambuteau jusqu'à la pointe Saint-Eustache, et l'affluence qui arrivera encore de ce côté, vont rendre la nécessité plus urgente.--MM. les ministres des travaux publics et du commerce sont allés visiter le Conservatoire des Arts et Métiers, rue Saint-Martin, et s'entendre sur les plans de travaux et de réparations indispensables qui seront proposés aux Chambres à la session prochaine. Nul doute qu'on ne fasse déboucher directement sur la rue Saint-Martin ce grand établissement, qui n'y communique aujourd'hui que par des détours sinueux, et qu'on ne consacre l'ancien réfectoire des Bénédictins, ce délicieux monument gothique, connu de si peu de Parisiens, à une destination qui ne force pas à en masquer la hardiesse et la légèreté.--Nous renonçons à enregistrer toutes les statues d'hommes plus ou moins illustres qui vont s'élever sur les places publiques des villes de nos départements. Chaque, jour en vient grossir la liste, et tel sculpteur se fait sa réclame en bronze dans chacune de nos anciennes provinces. Cette manie de compatriotes illustres est quelquefois poussée bien loin et mène souvent au ridicule. La ville de Langres a donné le jour à Diderot: le marbre a reproduit pour sa ville natale cet homme célèbre; rien de mieux. Mais, par esprit de symétrie, on a pensé qu'il lui fallait un pendant, et, comme illustration langroise, on n'a rien trouvé de mieux que... feu M. Roger, secrétaire-général des postes, auteur de la petite comédie de l'Avocat, qui lui avait, moins encore que ses opinions, ouvert, sous la restauration, les portes de l'Académie Française. Voilà donc M. Roger reproduit par le marbre, uniquement parce qu'il faut un pendant à Diderot. C'est du bonheur sans doute; mais comme toute médaille a son revers, et comme Diderot a été représenté sans vêtements, M. Roger, que la nature était loin d'avoir favorisé de ses dons extérieurs, M. Roger sera tout un!!!

Nous avons dit la semaine dernière que les journaux de la Normandie renfermaient des détails sur un ouvrier chez lequel s'est révélé un véritable talent de sculpteur. Ces détails étaient contradictoires; nous en avons attendu de plus concordants pour les reproduire à nos lecteurs. Dans l'une des vieilles rues de Dieppe, à quelques pas de la gothique église de Saint-Jacques, habite un homme encore jeune, en qui le talent s'est révélé tout à coup. Il y a un an à peine, cet homme était cordonnier et travaillait tous les jours aux grosses bottes de pécheurs dans la boutique noire et enfumée qu'il n'a pas quittée. Depuis, l'échoppe, est, devenue un atelier, le cordonnier devenu un artiste. L'an dernier, cet homme, qui s'appelle Graillon, a imaginé de modeler en terre des sujets populaires, et son coup d'essai a été un coup de maître. Pose, vêtements, physionomie, tout est nature dans les figures de mendiants qu'il pétrit, et que Callot n'eût pas dessinées avec plus de vérité et de hardiesse. Ce sont de véritables études de mœurs. Il ne s'est pas borné à cela, et quelques statuettes historiques sont venues démontrer la flexibilité de son talent. Graillon n'ignore pas du tout, comme on l'avait dit, le mérite des productions qui naissent sous ses mains; il reçoit les éloges en homme qui les apprécie et a la conscience de les mériter. Il a fixé lui-même le prix de ses compositions; il les vend un prix assez minime, tout en sachant fort bien que leur valeur sera bientôt triple ou sextuple.

Hôtel de M. Molé, rue de la Ville-l'Évêque.

Illustration from L'Illustration, No. 0037, 11 Novembre 1843

Graillon, que de grandes destinées attendent, dit-on, s'il pratique le génie pour lequel Dieu l'a créé, est affligé d'une infirmité: il veut être peintre! Quand il peut dérober quelques heures aux groupes miraculeux qu'il enfante avec une si prodigieuse facilité, ces heures, il les consacre à la peinture. Or, ce que Graillon appelle peinture, c'est un certain mélange de jaune et de bleu étalé sur une grande toile. «Nous avons fait à Graillon, dit l'auteur d'un des récits auxquels nous empruntons le nôtre, de timides observations sur sa manie de peinture; il nous a répondu avec une certaine aigreur: «Voulez-vous donc que je me prive de mes récréations?». A cela nous n'avions rien à dire. Nous nous sommes retiré en faisant des vœux bien sincères pour que Graillon, qui peut nous compter au nombre des adorateurs les plus fanatiques de son talent de statuaire, se récrée le moins souvent possible.

En feuilletant les archives du greffe du tribunal civil de Château-Thierry, on vient de trouver quelques ligues échappées à la plume de Jean de Lafontaine. Malheureusement, l'autographe de notre immortel fabuliste est fort peu poétique et ne contient que la cession du banc qu'il possédait dans l'église de cette ville. Ce petit billet, annexé à des actes authentiques, nettement et très-lisiblement écrit tout entier de la main du signataire, ne manque pas d'un certain cachet d'originalité qui le rend digne de son auteur. Nous le reproduisons textuellement, sans ajouter un point ni un accent: «Je soussigné cède et transporte à M. Pintrel, gentilhomme de la vénerie, demeurant à Chasteau Thierry le droit et propriété telle qu'il me seait appartenir au banc place et cabinet que j'ay dans l'église de Chasteau Thierry sous le jubé pour en jouir pour luy toutefois seulement après le deceds de demoiselle Marie Hericart ma femme et ce pour des raisons et considérations qui sont particulières entre nous fait à Chasteau Thierry ce deuxième janvier mil six cent soixante et seize. «DE LA FONTAINE.»

La mort ne nous a donné à enregistrer cette semaine aucun nom illustre dans la politique, dans la littérature ou dans les arts. C'est le cas de dire bien bas, avec la prudence de Fontanelle: Chut!

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