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L'hôtel hanté

DEUXIÈME PARTIE (continued 2)

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—Elle ne parait pas vous avoir fâchée, dit Henry.

—Elle? répéta la nourrice avec étonnement; elle, me fâcher! Je l'aime avec sa mauvaise humeur; cela me la rappelle quand elle était bébé. Que le Seigneur la bénisse! Quand je vais aller lui dire bonsoir, elle me donnera un gros baiser, la pauvre chérie, et me dira: «Nourrice, ne m'en veux pas, je n'étais pas sérieuse tantôt!» À propos de cet argent, monsieur Henry, si j'étais plus jeune, je le dépenserais en toilette ou en bijoux. Mais je suis trop vieille maintenant. Que ferai-je de mon legs quand je l'aurai?

—Placez-la et touchez-en les intérêts, lui dit Henry; tant par an, vous savez?

—Combien aurai-je? demanda la nourrice.

—Si vous mettez vos cent livres sur les fonds publics, vous aurez entre trois et quatre livres par an.»

La nourrice secoua la tête.

«Trois ou quatre livres par an? Cela ne fait pas mon affaire! Je veux davantage. Tenez, monsieur Henry, je ne me soucie pas de ce petit peu d'argent. Je n'ai jamais aimé l'homme qui me l'a laissé, bien qu'il soit votre frère. Si je perdais tout demain, cela ne me ferait rien; j'en ai assez comme cela pour le reste de mes jours. On dit que vous êtes un spéculateur. Dites-moi une bonne affaire, vous seriez bien aimable! Tout ou rien! Et voilà pour les fonds publics!» ajouta-t-elle en faisant claquer ses doigts, exprimant ainsi son profond mépris pour un placement garanti à trois pour cent.

Henry montra le prospectus de la Venitian Hotel Company.

«Vous êtes une drôle de vieille femme, dit-il. Tenez, joueuse effrénée, voilà quelque chose pour vous! C'est tout ou rien; mais faites bien attention, il faut garder la chose secrète pour miss Agnès, car je ne suis pas du tout certain qu'elle approuverait le conseil que je vous donne.»

La nourrice prit ses lunettes.

_Six pour cent, garantis, _lut-elle; et les directeurs ont des raisons de croire qu'ils pourront donner prochainement dix pour cent et plus à leurs actionnaires.

«Intéressez-moi dans cette affaire, monsieur Henry! Et pour l'amour de Dieu, partout où vous irez, recommandez l'hôtel à vos amis et tâchez qu'il réussisse.»

La nourrice suivit le conseil que venait de lui donner Henry et eut, elle aussi, son intérêt dans la maison ou était mort lord Montbarry.

Trois jours s'écoulèrent avant qu'Henry pût revoit Agnès. Mais après cet intervalle, le léger nuage qu'il y avait entre eux était entièrement dissipé. Agnès le reçut avec plus d'amabilité que de coutume. Elle semblait de meilleure humeur. Elle avait reçu courrier par courrier une réponse à la lettre qu'elle avait adressée à Mme Stéphen Westwick: son offre avait été acceptée avec joie, mais à une condition, c'est qu'elle resterait d'abord un mois chez les Westwick sans s'occuper de rien; après cela, si réellement elle voulait enseigner aux enfants, elle devrait être gouvernante, tante, cousine, tout en un mot, et elle ne quitterait la famille qu'au cas où elle se marierait, ce dont ses amis d'Irlande ne désespéraient pas.

«Vous voyez que j'avais raison», dit-elle à Henry.

Mais lui n'y croyait pas encore.

«Partez-vous réellement? demanda-t-il.

—Je pars la semaine prochaine.

—Quand vous reverrai-je?

—Vous savez bien que vous êtes toujours le bienvenu chez votre frère. Vous me verrez quand vous voudrez.

Elle lui tendit la main.

—Pardonnez-moi si je vous quitte. Je fais déjà mes malles.»

Henry essaya de l'embrasser en la quittant. Elle se recula vivement.

«Pourquoi pas? Je suis votre cousin, dit-il.

—Je n'aime pas qu'on m'embrasse» répondit-elle.

Henry la regarda sans insister: son refus de lui accorder ce qu'il regardait comme un privilège de cousin lui semblait de bonne augure. C'était indirectement l'encourager comme amoureux.

Le premier jour de la semaine suivante, Agnès quitta Londres pour l'Irlande. Comme on le verra plus tard, ce n'était que le commencement d'un voyage plus long.

L'Irlande devait seulement être sa première étape sur un chemin détourné, chemin qui la conduisit au Palais, à Venise.

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