Ci commence le livre de l’avision de christine
Reading edition
le quel est party en .iii. parties. La premiere partie parle de l’image du monde et les merveilles que elle y vid.
Item la seconde partie parle de dame oppinion et de son ombre.
Item la tierce partie parle de confort de philosophie.

Premierement dit christine comment son esperit fu transporté.

Ja passé avoie la moitié du chemin de mon pelerinage Comme un jour du l’avesprir me trouvasse pour la longue voye lassee et desireuse de hebarge Et comme je y fusse parvenue par appetit de repos apres la reffeccion neccessaire a vie humaine prise et receue dites graces et me recommandant a l’acteur de toutes choses entray en lit de repos traveillable Et comme tost apres mes sens liez par la pesanteur de somne me survenist merveilleuse avision en signe d’estrange presage/ tout ne soie mie nabugodonosor Scipion ne joseph/ ne sont point veez les secrés du tres hault aux bien simples.
¶ Avis m’estoit que mon esperit laissoit son corps et par exemple tout ainsi que mainte foiz en songe m’a semblé que mon corps en l’air volast/ m’estoit adonc avis que par le soufflement de divers vens mon esperit translatez estoit en une contree tenebreuse en la quelle terminoit un val flotant sus diverses eaues. La m’aparoit l’estature d’un homme de belle fourme mais de grandeur inextimable/ Car sa teste tresparçoit les nues Ses piés marchoient les abeysmes/ et son ventre avironnoit toute la terre/ clere face et sanguine avoit. aux coins de son chief donnoient aournemens innombrables estoilles/ de la beauté de ses yeulx issoit si grant clarté que tout l’enluminoit et jusques aux entrailles de son corps reverberoit leur clarté. l’aspiracion de sa tres grant gueule attrayoit si grant air et vent que tout en estoit remplis de couvenable frescheur .ii. conduis principaulx avoit cest ymage l’un estoit le pertuis de sa gueule par ou recevoit sa nourriture/ et l’autre estoit dessoubz par ou se purgioit et vuidoit/ mais de differens natures estoient yces .ii. Car tout ce qui entroit par le conduit hault par ou repeus estoit couvenoit que corps materiel et corruptible eust/ mais par l’autre conduit ne passoit riens fraisle ne palpable. la vesteure de ceste creature estoit dyapree de toutes coulours/ tressoubtilment ouvree. belle riche et de longue duree. en son front bien pourtrait avoit l’emprainte de .v. lettres. c’est assavoir .C.h.a.o.z. qui son nom signifioyent/ En ceste statue n’avoit riens de diffourme Exepté que par fois faisoit chiere triste adoulee et plourable tout ainsi comme homme qui par diverses parties de son corps sent et seuffre diverses passions et doulours pour la quelle chose jectoit grans plains et a dieu lamentacions par divers crys.
Ci dit l’ordre comment le dit ymage estoit repeus.
Delez le dit ymage avoit assistant une grant ombre couronnee de fourme femenine comme se fust la semblance d’une tres poissant royne naturellement formee sans corps visible ne palpable si estoit tant grant qu’elle obombroit et avironnoit tout le corps du devant dit ymage/ du quel estoit singulierement depputee et establie estre l’administraresse de sa nourriture/ Et estoit tel son office/ environ soy avoit instrumens de divers coings et empraintes ainsi comme sont a paris moles a faire gaufres ou autres outilz semblables Et comme ceste dame n’eust en soy le vice de parece l’ocupoit continuellement neccessaire diligence de divers labours/ car sanz prendre repos elle destrampoit mortier qu’elle coaguloit ensemble/ en la quelle mistion mettoit fyel/ myel/ plomb et plume d’ycelle matere en emplissoit bures de diverses façons lesquelles apres versoit en petite quantité es dis moles que bien estouppoit et saeloit/ tout ce fait non d’une guise mais en diverses differences metoit tout cuire et confire en la gueule du dit grant ymage qui tant estoit lee que elle representoit une grant fournase chauffee en maniere d’attrempees estuves/ la les laissoit jusques a temps couvenable l’un plus que l’autre selon la difference et la grosseur des outilz/ apres le temps venu que la sage administraresse savoit le terme de la perfection de son oeuvre elle ouvroit la bouche de cel ymage par tel art que elle donnoit lieu de tirer hors les matieres assez cuites et les autres laissoit cuire jusques a l’acomplissement de leurs jours adont sailloient hors de ces moles petis corps de diverses façons selon les empraintes des instrumens mais merveilleuse aventure en avenoit/ car aussi tost que ces petis ymages laissoient leur moles adont le grant ymage en quel gueule avoient esté cuis les transgloutissoit tous vifs en sa pance. sanz nombre a une goulee/ et ainsi nuit et jour ne cessoit cel ouvrage continue par les mains d’ycelle dame pour la pasture du grant corps insaciable.
Comment christine fu transgloutie ou corps du dit ymage.
Mon esperit entre gité celle part ententif a notter ceste merveille/ Adont l’aspiracion de l’aleyne de ycellui grant le tira a soy/ tant qu’il chut es mains de la dame couronnee/ Lors comme ja elle eust mis le mole a tout la matiere en la fournase mon esperit prent si le fiche ens/ et tout en la maniere que au corps humain donner fourme accoustumé avoit tout mesla ensemble et ainsi cuire me laissa par quantité de temps tant q’un petit corps humain me fu parfaict/ mais comme le voulsist ainsi celle qui la destrempe avoit faite a la quel cause se tient et non au mole je portay sexe femenin/ Si fus semblablement que les autres soubdainement transgloutie ou ventre de cel ymage/ Quant je fus la trebuchee adont prestement vint la chamberiere de la dicte dame qui bures tenoit d’une liqueur doulce & tres souefve plaines de la quelle a abuvrer doulcement me prist/ par quel vertu et continuacion mon corps de plus en plus prenoit croiscence force et vigueur/ et ycelle sage croisçoit et engrossoit la pasture au feur de ma force tant qu’a par moy porter et paistre mon corps je pos ou quel croisçoit l’entendement qui ja me donnoit cognoiscence de la diversité des entrailles du ventre de l’image par sus les quelles a .ii. piez je marchoye/ lesquelles estoient faites de cailloux et dures roches par montaignes et valees bois et metaulx et diversitez maintes/ mais tant me sembloit longue et lee l’espace de la pourprise d’icellui corps/ que l’espace de la vie d’un homme ne pourroit souffire a toutes cercher les diverses contrees qui en lui sont comprises.
Comment elle se transporta de lieu en autre.
En cellui temps comme renommee a tout ses cors et buisines eust corné et encore cornast en la contree ou j’estoye/ ce que la et par toutes autres contrees avoit ja par moult lonc temps signifié de rechief a haulte voix ne cessast de cryer/ Ce estoit que elle racontoit le pris/ l’onneur/ la haultece noblece et poissante digneté d’une princesse de grant auctorité/ couronnee de precieux dyademe a ceptre royal de grant ancienneté & richece la quelle seoit vers les parties que on dit fryge/ et pareille n’avoit en beauté noblece vaillance et hault renom en tout l’univers monde/ adont par les cris de fama apres ce que messages certains orent de ceste chose certiffiez ceulx qui m’avoient en bail desirans de tel princesse servir/ se partirent de la/ et ainsi avec eulx marchant par sus les entrailles du dit ymage/ traversant estranges contrees alpes haultaines/ landes sauvages/ forés parfondes et bruyans rivieres Tant cheminay par maintes journees que de loins ja m’aparu la lueur de la marche resplendissant en honneurs ou je tendoye/ Et ainsi appercevant de mieulx en mieulx sa haultece com plus en approchoie parfinay ma longue voye jusques en sa maistre cité/ la quelle estoit nommee la seconde athenes/ adont acompli le travail d’icellui chemin reposant les membres travaillez pourpensoie comment et par quel voye peusse ataindre a l’acointance de la dicte princesse/ mais comme trop jeune ancor fusse ne me savoie appliquer ne mes a apprendre le lengage differant de cellui de mes parens/ neant moins selon la simplece de mes sens non ancore du tout parcreus m’informoie adez des coustumes manieres et condicions de la dicte dame/ Et comme ainsi je le continuasse par l’espace de plusieurs ans croiscent ma retentive/ je fus informee de la haulte poissance et seignourie d’ycelle/ de la quelle pour eschever prolixité en brief je tesmoigne pour verité sanz adjoustement de mençonge/ que sa contree m’aparu glorieuse de nom/ fertile de fruys/ abondant en richeces grande et lee en circuit/ edifiee notablement d’espesses villes/ fors citez/ chasteaulx bours fortereces et tres nobles manoirs comme sanz nombre/ poissans seigneurs princes natureulx non crueulx/ benignes en conversacion catholiques en foy/ prudens en gouvernement/ et beaulx en faconde/ fort et poissant chevalerie/ loyaulx subgés obeissant peuple/ En ycelle marche vrayement toutes ses condicions j’apperceu/ et maintes autres bonnes que cause de briefté ne me seuffre plus dire/ mais comme il ne soit aucun bien sans envie/ voir est que je y vy de grans gastives par places venues et procurees par estranges envieux/ par quoy m’aparoit en celle contree avoir esté et estre par fois de grans et fieres persecucions.
L’acointance que elle desiroit a avoir a une dame portant couronne.
Ja estoie parcreue quant j’oz tant pourchacié par divers moyens apres maintes aventures que je attaigni a ce que je desiroie Si oz la plaine accointance de la dame renommee/ de la quelle la beauté/ sens & benignité ne seroie souffisant de descripre/ pource me passe seulement d’elle disant que sans faille fama ne tenoie menterresse des bons recors que elle faisoit en toutes places d’elle/ aux quieulx la vraye experience vi accordable. Or fus je la dieu mercy si prochaine privee amie d’elle que de sa grace faveur ot a me descouvrir les secrés de son cuer et n’ot orreur d’ajoindre a moy femme tel honnour comme de me instituer estre philographe de ses aventures/ et volt que par moy oroisons et chançons en fussent faites/ ja estoit informee tant de mes affections comme qui je estoye.
La complainte de la dame couronnee a christine.
Adont parlant en tel maniere/ dist ainsi Chiere amie amaresse du cultivement de mon bien comme il soit de neccessité en nature que tout cuer amant desserve estre amez/ droit est que Ton bon desir te soit valable/ Et comme il fust affectueux de m’acointance les bons vouloirs de lui soient ottroyez amie a qui dieu et nature ont concedé oultre le commun ordre des femmes le don d’amour d’estude/ appreste parchemin ancre et plume et escrips les paroles issant de ma poitrine Car a toy me vueil je du tout magnifester/ Et me plaist que a tes sages bien vueillans faces d’or en avant present des memoires escriptes de ma digneté. C’est chose nottoire qu’a cil qui bien se veult declarier appartient qu’il speciffie son premier principe/ Si commenceray a l’introyte de mes gestes te narrant ma premiere venue.
¶ Ou temps du Second aage lors que la lignee neptunus regnoit en marche chevalereuse es habitacions aysiees quant pour cause de la fille electee transportee par le pastour mescongnu vindrent les hoirs des fremis chavauchans chevaulx de bois a tout force d’armes furent par l’escu de barat a la fin vainqueurs. Dont d’ycelle terre fu enrachié l’abre d’or que les dieux anciens selon les chançons des poetes avoient reservé pour leur gloire du quel la haultece de l’ombre s’espandoit jusques sus les contrees lontaines/ Si fus lors par estrange fortune favourable a ycelle fremiere desireuse de vengence ars destruis et mis en cendre/ mais non obstant le furieux desir maling d’yceulx fremis furent aucuns cultiveurs desireux de noble semence veant la persecucion de la noble plante qui par soubtil art emblerent et de leurs mains ravirent en assez quantité des vergetes et des gitons cueillis sur le hault sommeton d’ycellui seignouri noble arbre/ Et comme le dieu pelagus fust consentant d’ycel larrecin leur donna voye et passage par sa terre/ Si se transporterent espandans en diverses contrees es quelles par grant digneté les planterent en maint vergiers et firent greffes de nouvelles antes que fort ilz cloyrent d’espineuses hayes pour obvier aux loisirs des rappineurs. Et ainsi maugré les influences fortunees fu renouvellee en plusieurs lieux la haute plante dont puis une vergete tant crut es marches d’europpe en la terre latine que la haultece d’elle obumbra tout le monde et presseda sanz comparoison sa premiere racine.
Ci devise la dame couronnee de son commencement.
Ou temps des susdiz larrecins entre les autres fu transportee en ceste contree une vergete issue de la cosme du sus dit arbre d’or la quelle ilz planterent en hault vergier en terre fructueuse/ ycelle plante parcreut tant que de la beauté d’elle je pris mon nom/ & fus appellee/ Libera/ apres par multiplicacion de cultivement tant crut et augmenta tous jours en habondance de digneté ce noble estat/ que les plantes ja montees et embelies en leur force couronnerent le .iii.e giton de leur venue et comme le plus auctorisié en firent leur roy/ cestui porta fruit de grant digneté car il sauva ceste terre de maintes enfermetez/ Et ainsi pou a pou crut le renom de sa proprieté en multepliant Si en furent peuplez mains delitables vergiers par espace de multitude de ans en ceste contree/ Et ainsi t’ay compté la premiere racine de mon nom et cultivement/ et te dis certainement que non obstant qu’a veue d’ueil je soye et appere jeune freche nouvelle flourie et belle/ que plus de mil ans a ja passez puis le temps de ma premiere naiscence.
Dit la dame couronnee de ses gestes.
Le renom de ma franchise ja espandus en toutes places/ les gouverneurs de noble attrace avec leurs enfans me prirent en bail Si fu entregitee entre leurs mains par lonc temps sanz estrange generacion. O dieux glorieux se je te comptoie toutes les aventures courues es annees puis la naiscence de mon nom jusques a ore/ l’espace de ta vie a l’escouter me pourroit souffire Et pour ce en brief te dis que les tuteurs de mon bail assez s’esforcierent d’acroistre la haultece de mon heritage/ mais comme ignorance ancore les tenist tenebreux ne savoient attraire eaue doulce pour pardurable arrosement presenter a mes racinetes et plantes/ par quoy maint seps de vigne & autres tiges toutes sechees & sanz fruit couvint esrachier & ou feu giter/ Et ainsi dura ceste pestillence tant que le .iii.e filz vint le quel par vertu de sage conseil attray lumiere telement que les tenebres de celle mortel secherresse furent chaciees par la quelle voye ot cognoissance de doiz et source de eaue vive a grant habondance si que lui meismes ja tout perdus & sechez en fu arrosez et vivifiez Et tant pourchaça par sages maistres que l’abondance du fleuve vivant rendy ruisseaulx sources & fontaines en si grant quantité que toutes mes plantes en furent arrosees et viviffiees/ O noble cultiveur fu ycellui car moult il augmenta et parcreut la perpetuité de mon heritage/ en telle maniere qu’il fu le premier registre de ma salvable gloire/ es mains de cestui pris grant croiscence et plaisant beauté/ et tant qu’il me dura fus bien deffendue & si gardee et soustenue que chose quelconques ne m’avint senestre.
Encore de ce mesmes.
Apres cestui cheux es mains des cultiveurs mau diligens par la quel faute la gloire de mes vergiers fu tournee comme en friche remplie d’erbes et graynes inutiles et de nul bon fruit/ Et comme le vice fornicable fust fiché es os de l’eritier d’yceulx dont les causes de ses demerites le rendent exillé transporterent ses voyes en marche fiable piteuse de sa chetivoison. O le mal pechié d’ingratitude qui tolz et ostes le merite et guerredon de benefice receu et estains recordance de remuneracion deue ne fis tu a cellui mettre en oubly toute cause de feauté/ quant frauduleusement souffris fortraire au feal sa beste menterrece des couvenances de son premier lit/ et les nouvelles ouyes de la reconsiliacion du filz de venus a ses persecuteurs par l’enseigne du demi denier fu sa departie en repostailles rappineuse de l’espousee hors ordre de loy doublement couronnee/ de la quelle songerresse la presentacion du temps que tu vois/ peut signiffier l’ordre de ces avisions.
¶ Succedans cestui nasquirent de ses heritiers hommes de sanc plains de couvoitise rappineux et sanz foy qui a leurs parens faisoient presens de mort & d’occisions conseillez et baretez par les crestees crueuses leonesses venues d’espaigne et de cucubinage desquelles vengence n’espargna a leurs membres le trait des poulains/ a partie d’elles accusee du sanc innocent devant le juste.
Des bons et des mauvais gouverneurs de la dame couronnee.
Apres ces choses d’un pepin du fruit du susdit arbre en ma terre sailli une plante qui tant crut que elle estandoit ses branches verdure et cosme plus lonc pays assez que n’est toute ma terre/ le fruit qui en issoit estoit de grant vertu odeur et force/ car de grace especial dieu lui ot donné proprieté de chacier les malings esperis/ et moult valoit contre perpetuel venim/ Et par cestui furent gardees maintes contrees de inreparable mort dont germanie se dot louer/ et jusques par dela les alpes ytaliennes estendant sa vertu vers la terre de auffrike ha dieux combien je fus renommee flourie et exaussee par la resplandeur et beauté de ceste plante/ Car comme chose perpetuelle non obstant le lonc temps puis passé/ ancore a celle cause est greigneur/ la fleur de ma renommee/ de l’issue de cestui je fus cultivee un espace de temps.
¶ Mais comme apres sa vertu alast en descroiscent vindrent d’estrange attrace les cultiveurs diligens qui se vanterent de greigneur vertu que les proprietaires & par oblique malice couverte et coulouree de jugement apostolique reserverent pour eulx la souveraine chayere posse dans leur lignee ycelle par plusieurs dessendues/ Mais comme entre les espines en friche destournee fust ce/ tandis/ muciee une graislete ante hors saillie de l’ancienne racine renommee/ le temps venu de sa croiscence apparurent les fueilles vertes de sa haultece.
¶ Adont furent estirpees les estranges germes la belle ante subjugant toutes les tiges de mes courtilz flouri en grant reverence de l’issue de lui sailli germe precieux rendant fruit en son temps a dieu sacré et tres agreable or furent les premiers cultiveurs restituez a leur erre ainsi continuans non obstant le lonc temps puis passé jusques a la journee d’uy. O treschiere amie se je te comptoie toutes les tribulacions par lesquelles j’ay esté pourmenee an l’espace des jours que je te compte tu t’esmerveilleroies comment en tel beauté suis demouree/ car pour moy ravir et embler s’assembloient diverses provinces & gens estranges qui a grant ost deffoulerent ma terre/ brulerent mes villes & mes manoirs/ faisoient de mes gens grant essart et toute me pilloient/ et en tres grant quantité de foiz pareillement ay esté en peril d’estre perdue ravie prise a force/ et du tout deshonoree/ non obstant la deffence des assemblees de mes deffendeurs & de ma gent contrestans a la fureur d’iceulx Et ne cuidez pas que de lonc temps soient saillies a moy ycestes dures angoisses souvent renouvellees en diverses guises dont au jour d’uy je ne suis exente mais te dis que mesmement puis l’aage de tes parens si mal menee par divers cas que onques puis ma premiere naiscence ne furent greigneurs les perilz de mes aventures Et a tout regarder de n’estre du tout enchevé es las de perdicion singuliere/ gloire ne attribue fors a dieu tout poissant qui pour cause de ma catholique foy m’a reservee/ tout ainsi qu’il dist a saint pierre que sa nacelle chancelleroit et ne seroit perie ha dieux combien estoient grandes les orreurs de mes tribulacions/ car les ennemis yssus des serves lignees venoient sur moy a grans effors/ Et fortune pour le temps clere/ a eulx consentoit les victoires contre les couronnes qui me deffendoient aux quieulx non obstant leurs grans et nobles courages non reprouchez parmetoit adversitez non deservies/ En ce temps se rebellerent les vers de terre qui pour les marcheys des chevaulx saillirent/ contremont et ou visage me cuiderent deshonorer es jours que mon dispensier estoit es buyes de mes aversaires/ mes vindrent les ecouffles qui firent leur proye du verminier venimeux et abominable/ ha hay comment estoie lors trouble et obscurcie par diverses afflictions dont la lueur de ma beauté qui tant seult estre glorieuse plaisant et saine fu comme morte/ Car n’en yssoit fors plains et plours/ et toutevois de lamentacions que t’en diroye innumerables sont les diverses angoisses qui m’ont traversee par infinies foiz mais la fin d’icelles te sera comptee.
Ci parle la dame couronnee du bon gouverneur que elle ot.
Comme dieu ouvrist sur moy chastie l’ueil de sa misericorde sicomme pere pitiable de sa tres amee fille volt cesser les verges de ses bateures et espandre l’oeile de sa misericorde sur les navreures de mes maladies adont sourdi le phisicien propice venus par succession a l’eritage de mon ancienneté et ou palais de mes nobleces receu l’aureale de digneté delaissant en jeunes jours les meurs de legiereté vint dame sapience deesse venerable des choses ordenees qui comme chier filz le revesti du mantel de ses proprietez lors disant fuiez fuiez lors voz ennemis de beneurté laissiez venir les remedes de restoracion Tira a soy toutes choses belles en deboutant les diffamables ycellui saisi de l’espee de justice n’espargna mie les outilz de sa mere/ ains par la sentence d’iceulx mist en oeuvre les mains de son hault sommet/ adont armé de courage fructueux trassant par ces courtilz visitant les angles ja couvers d’espineuses tiges donna ordre a ses commis de la reparacion des ruynes/ lors par quantité de Cens et de millers furent les assemblees d’yceulz alouez non estranges mais privez loyaulz subgez qui a tout fers agus de diverses tailles s’embatoient es gastives remplies d’estranges semences non propices a la nature de mes hommes qui vergiers portans fruit estre souloient. adont se prirent a estirper de tous lez les inutiles herbes chardons orties et toute male racine derompre et sacher hors et a tout nettoyer et faire nouvel gueret ou ilz anterent et attrayrent bonnes semences ainsi continuant le labourage droiturier donnerent lieu aux herbetes et doulces plantelettes de saillir hors de tapinage ou muciez orent esté soubz les espines qui toutes les suffoquoyent Comme peryes en leur vertu/ qui les veist adonc croistre et augmenter et remplir ces vergiers de verdures et flours odorans portans fruit bien deist que moult fust changiee la fortune de leur estre que t’en diroye ne fu mie cellui recreu par les liens de peccune qui n’avoient lieu contre les distribucions de ses ordres/ ne travail estaignoit l’excercite de la chose utile a la quelle oeuvre fortune non reppunante fu/ a l’accomplissement d’ycelle continuee par l’espace des jours du prouffitable ortelain qui n’y espargnoit ses ententes/ O dieu glorieux quel ouvrier comment fus je par lui en joye renouvellee Or furent oubliees les passees angoisses toute ma terre de choses nuisibles auques descombree se prist a esjouyr rendant chançonnettes a la louenge d’ycellui noble par la quel diligence estoie recouvree et mise en convalescence/ a brief parler tant me fu cellui propice que encore m’esjouist la souvenance de ses benefices dont longue parole ne m’en pourroit estre anvieuse/ helas mais comme apres le temps sery viengne souvent la grosse pluye Couvient a present changier le propos de mes ris en tresamers pleurs/ Car comme le procés de fortune ne peust longuement souffrir ma beneurté se monstrant envieuse de mon bien/ lors que ma gloire estoit eslevee plus que n’avoit esté puis une grant part de mon aage/ me toli le tressage administreur lasse moy/ mal apoint ains le temps venu de l’achevement naturel de son voyage/ et envoya Celle qui n’espargne nulz corps vivans le me tolir et ravir sanz pitié avoir de ma vesveté/ Or peus tu cognoistre en moy les signes des mouvemens fortunez qui ores ryoye parlant de mon amant/ Or me voyes a chiere troublee plaines de larmes regraitter les trop tost faillis a moy ses vertus Si couvient changier l’ordre de mes offices en mutacions merveilleuses/ mais toutevoye la lueur de ses benefices apres lui demoura sur terre tant que non obstant les antregetz de plusieurs mains en dure ancore la clarté sus le plus bel de ma face.
De .ii. nobles oyseaulx de proye.
Sourdi des entrailles d’icellui en double nombre petis papillons dorez tresgracieux et de grant beauté qui s’oserent vanter au feur de leur croiscence avec les colacions des guespes d’estre gardeurs de moy et de mes manoirs/ Si firent leurs assemblees et pour l’ancien renom de leur venue a bon droit leur fu souffert seoir sus les sommetons des plus hautes tiges/ Et tout ainsi comme le proprietaire dit du phenix qui au premier ist hors de la cendre en fourme d’un petit ver/ puis croist & augmente tant qu’il est bel sur tous oyseaulx/ yceulx papeillons tant parcreurent & enforcierent que leur forme fu changee en especes de tres nobles oyseaulx de proye mais par difference aucune quantité de ceulx furent crestez sur les chiefs/ ainsi que sont oyseaulx que on dit huppés/ yceulx nobles pour aviser leurs proyes se tindrent ensemble et prirent leur vol par sus mes fossez et rivieres/ et comme bien avisez n’orent mie conseil de tout essarter les repaires repaisans/ mais eulx en passer rassadiez couvenablement/ O fortune aministraresse de tout inconvenient qui te mut a trouver voye du destourbier du faucon pelerin si hault volant que l’esperance de son attainte faisoit trembler devant lui toutes les proyes rappineuses embatues en son yre/ ou pris tu le vent contraire par ou tu l’abatis lors qu’il faisoit sa roe par si grant fierté/ ains qu’il eust sa proie attainte le ruas jus par ton soufflement si roidement qu’il demoura estendu du tout derompt non mie seulement les plumes mais tout le corps par si que tous jours depuis couvint qu’il fust repeus par estranges mains. O dieux quel dommage de tant noble oysel affaitié en toutes bonnes coustumes/ fier et hardy en son vol/ doulx en appel vif et plaisant en regart/ Et qui sans faille eust deffendu toutes mes flaches et rivieres de tous oyseaulx rappineulz et de mal erre Si fu de moy plaint et plourez grandement comme perte singuliere le quel dommage ne m’est faillis ains renouvellé par chacun jour par griefves pertes.
Ci dit la dame couronnee des contens qui furent pour elle gouverner.
Apres ces choses vindrent les esperis larrecineux habitans es silves qui distrent qu’a eulx appartenoit a departir les choses propres et privees/ yceulx firent des communs usages closes mansions/ et a eulx les approprierent et tant que mesmement les sauvagines cryerent contre eulx.
¶ En cellui temps par le cry du camellion s’esveillerent une maniere de gent de reprouvee generacion qui dirent qu’ilz ne souffreroient mie l’injurieuse clamour des voix femenines si entrerent es maisons des oyseaulx de leurs forés et tant y furent que volans elles leur furent donnees par ycelles en plusieurs parties se translaterent/ jusques dedens les cavernes des traysons de mes bois/ Si cueillirent les glans des chesnes et mirent ou feu les povres qu’ilz trouverent & a tout ce faire ne trouverent contredit/ ains furent hourdez des degouttes de mes terres.
¶ Multiplié fu l’erreur par divers inconveniens/ car le temps vint que les eaues tant crurent qu’il ne demoura champ qui tout couvert n’en fust. Adont les poissons saillis hors de leurs fosses paissoient es terres semees/ jusques a devourer apres la verdure des herbes les racines des grains/ toutes ces choses representoient naiscence de pestillence. Ha doulce chiere amie jusques cy t’ay compté grant part de mes aventures diversement de joye en dueil entregitees mais comme je ne puisse tout dire ensemble n’est mie faillis encore le lengage angoisseus d’icelles ains a chiere amatye or a primes m’esteut te dire la doulereuse encloeure de mes presens tenebres qui precede les autres en cas que perseverence y seroit longue.
Ci se plaint la dame de ses Enfans.
Quelle plus grant perplexité peut venir en cuer de mere que veoir yre et contens naistre et continuer jusques au point d’armes de guerre/ prendre et saisir par assemblees entre ses propres enfans legitimes et de loyaulx peres & a tant monter leur felonnie qu’ilz n’ayent regart a la desolacion de leur povre mere qui comme piteuse de sa porteure se fiche entre .ii. pour departir leurs batailles/ mais yceulz meus par courages inanimez sans espargne n’avoir regart a honneur maternelle/ ne destournent le trippignis de leurs chevaulx contre sa reverence ains laissent aler la foule de leurs assemblees sur elle tant que toute la debrisent et mahaignent.
¶ Ne furent mie si crueulx jadis romulus et sa compaignie quant pour cause du ravissement des filles de sabine fait par yceulx rommains s’assemblerent a grant ost les peres et parens pour venger celle honte/ mais comme la royne et toutes les dames piteuses de l’effusion de sanc de leurs maris peres & parens eschevelees a pleurs et cris se venissent ficher entre les batailles lors que assembler devoient/ priant pour dieu que paix feissent/ ne furent mie d’iceulx chevaliers fors et poissans/ les dames defoulees entre les piez des chevaulx ains par reverence espargnees et ouyes en pitié leurs voix femenines qui leurs cuers contraigny meismes ou champ a faire paix. O amie voy cy la suppellative des douleurs.
¶ Adont ycelle princesse/ je vy toute couvrir de larmes/ & sa belle chiere qui estre souloit fresche & coulouree toute destainte & noircye/ ainsi disant lasse lasse je suis celle mere amere en cheute es cas que je te compte. O ma bonne nourrie et chere amie compaigne de mon dueil/ tu ne soies tu mie du fruit de ma terre mais ton cuer de noble nature non ingrat des biens que y as receux/ pleures avec moy par vraye amistié piteuse de veoir les jours de ma tribulacion Et que experience te face certaine de la verité de mes narracions/ non obstant ma beauté de prime face/ regarde et avise les playes de mes costez et de mes membres.
¶ Adont la tres venerable princesse haulce le pan de sa vesteure et a moy descueuvre le nu de ses costez disant regarde Lors ma veue tournee celle part comme j’avisasse les costez blans et tendres par force de presse et de desfoulement noircis et betez & par lieux encavez auques jusques aux entrailles/ non mie tranchez de coups d’espee mais froissez par force de grans foulez.
¶ Adont moy toute esmarie considerant le nouvel cas piteux et non honorable que a mere tant venerable tieulx blesseures fussent procurees par ses porteures/ En disant dame pour dieu couvrez cheux comme femme foible remplie de merveilleuse pitié comme pasmee/ Et couverte de larmes quant parler pos/ pris au mieulx que soz a conforter la desolee/ disant haulte renommee dame vueillés en dieu remettre les larmes de voz lamentacions esperant sa misericorde qui onques ne vous fu falible/ Et pour un pou eslongner les pensees qui a tieulx sanglous vous conduisent vous plaise tant honorer moy vostre povre indigne serve affin qu’entente de parler vous entre oublie que descouvrir me vueillés les encloueures des causes de ces zezanies/ Et ne vous soit estrange de dire a moy vostre familiere et privee les fautes de voz porteures et elle a moy. ha chiere amie se je blasmoie ceulx que je fais mon meismes ouvrage je diffameroye. Si te dis qu’acusacion de mauvaistie formee en malice a nul je ne donne ne que pour despit ne hayne que contre moy eussent ne sont a ceste chose meus. bien est vray que considerant que je sui le lit de leur estre et que a cause de moy vient la lueur de leur gloire/ deussent refrener les assaulz qui tant me sont grevables et la naissance de la racine de zezanye entre eulx semee te compteray.
¶ Apres ce que les partages de mon propre selon les coustumes d’athenes furent a chacun de mes engendrez sorties/ dist le plus grant qu’a lui appartenoit le bail de son mainsné/ et comme ne lui fust contre dit les establissemens d’icellui crierent contre lui/ dont les voix ouyes assemblerent le sanc du pupille en conseil.
¶ Adont mes enfans s’amasserent disant nequaquam aux oppinions d’icellui/ Ceste cause assembla les fleaulx de mes bateures qui ne m’ont espargnee Sicomme il t’est magnifeste/ Ceste orreur courant au jourd’uy parmi mes gaignages rent fletries et sechees les verdures et liqueurs de mes fruis tarist mes fontaines amendrist mon renom et lourdement me tourmente et qui plus m’est grief/ c’est la paour de pis/ & que mes playes par faulte de remede soient converties comme infistulees et incurables.
Ci dit comment les vertus au monde sont emprisonnees.
Encore autre part gist la maladie amie chiere/ car comme il ne soit a celle douleur pareille qui le cuer tient en amere pensee. Reste a te dire les combles de mes souffrettes.
¶ N’a pas souffit aux menistres de perdicion les oprobres offers a la souche d’antiquité/ ainçois m’ont plus deshonoree.
¶ Helas ou est la princesse a moy esgale qui peust souffrir veoir d’environ soy a tres grant tort tolues chaciees batues banies et emprisonnees ses dames de compaignie & de parage venerables & de grant dignité d’ancien droit establies a estre appellees a ses conseuls a porter les seaulx de ses ordenances/ a soustenir les pans de ses loncs abis & les dorures de son chief/ et mettre en leur lieu paillardelles & femmes diffamees et dissolues/ helas chiere amie ce suis je qui a toy parle mais que mieulx me croyes vueil que le sens de ta veue ait l’experience du vray de ma parole/ Adont comme elle ouvrist une petite fenestrele me dist regarde les prisonnieres/ ton sens soit juge se en palaix royaulx la presentacion de leur reverence seroit plus propre que soubz muciees couvertures. avisez celles qui ja me gouvernerent ou temps de ma joye or les m’ont ravies les persecuteurs de ma gloire.
¶ Adont comme mon oeil adreçasse au pertuis de la chartre .iii. dames vy de souveraine reverence et beauté mais differens leurs maintiens estoient/ ha dieux quelle divine beauté en l’une vy le corps avoir droit lonc et bien fait/ et de la beauté de son vis yssoit un ray de moult grant resplandeur/ celle dame en sa main un grant mirouer tres cler tenoit/ ou quel la reverberacion du dit ray redondoit et se frapoit en maniere que si grant beauté et clarté en issoit qu’englet n’y avoit tant obscur que tout n’en fust enluminez. Ha quel pitié de tel beauté tenir couverte/ comment fust elle seant es places des assemblees publiques affin que chacun se peust louer de sa lumiere/ ceste fu belle par excellence/ mais trop plus noble car elle se disoit fille de dieu le pere et plus forte qu’autre riens/ car de toutes choses vaincre se vantoit.
¶ En un lit couchiee palle et descoulouree vy une autre dame de grant auctorité a chiere et semblant de femme maladive et enferme comme chose deffoulee et desroupte/ et a la premiere se disoit serour a son costé d’estre je vy gisant unes balances/ De l’autre part une mesure et une ligne.
¶ Assez loignet d’icelles vi gesir par terre endormie non honorablement une dame de grant et fourni corsage la quelle estoit toute armee/ costé soy gisant par terre avoit son escu sa lance et ses esperons/ sa teste tenoit ou giron d’une folieuse femme de grant vagueté qui pour lui mieulx endormir chantoit et li gratoit le chief Lors comme je regardasse par grant entente cestes merveilleuses figures vi que/ par plusieurs foiz vindrent de plusieurs pars en maintes flotes les ennemis/ les uns cryoient a haultes voix a la dame endormie qu’elle se deffendist/ & celle adont un petit remouvoit son chief et entre ouvroit un oeil/ et lors la folieuse femme s’efforçoit de lui rendormir Revenoit l’autre tourbe lui crier en l’oreille/ et celle toute estourdie sourdoit son chief/ & la folle de rechief par son chant l’endormoit : Revenoient les autres qui grans coups frapoient en son escu/ et celle se levoit toute droite pour courir apres/ mais la deshoneste la prenoit par le col et la rendormoit/ venoient les plus fors lui courir sus et la batoient/ adont celle se levoit comme enragiee/ et juroit par sa force qu’elle occiroit tout/ si leur lançoit a coup ce que tenir povoit et plusieurs en occioit et souvent chaçoit et souvent chacee estoit/ mais a son refrain revenoit a son giste qu’elle laissier ne povoit.
Ci dit des vices qui queurent en general.
Ainsi comme je regardoie ycestes choses me dist la dame la vois tu la vois tu l’ebaluffree deshonnesté qui ma gent me honnist/ ceulx de ma deffence endort plusieurs de mon palais dont auques est maistresse met a honte/ helas et ou temps du sain renom de ma felicité veoir ne trouver si osast mais ne cuides mie pourtant se cy la vois a requoy pour tenir en prison endormie/ La dame armee/ que tous jours si tiengne/ Car elle a filles ses semblables a grant quantité de diverses guises/ Si en laisse foison environ celle qui se dort et trassant s’en va par toutes mes citez et villes & en toutes places ou gent s’assemblent pour cerchier qui elle pourra tirer a sa honteuse cordelle et se tres grant contredit n’y treuve/ lieu n’est ou par sa presompcion ne se vueille embatre/ et mesmement es secretes chambres de mes femmes/ se tant sages ne sont que par grant vigueur lui sachent deffendre/ Or regarde seur doulce quel compaignie est dame d’onneur bien paree de tel damoiselle/ mais ancore vueil que tu voies comment de .ii. dames infernales que dieux confonde m’ont acompaignee/ avises environ ceste chartre voy l’office de la desloyale qui pour son inutile travail reçoit grant gages.
¶ Adont hors de la chartre/ me monstre une orde vielle laide et terrible qui sans repos de tel office s’entremettoit/ environ la chartre nuit et jour traçoit plain giron de mousse que secourcie avoit/ la espioit par grant entente que la force de la resplendeur du miroir luisant qui ens estoit ne persast le mur/ et si tost que par aucun pertuis en veoit saillir goute tantost la mousse y fichoit & fort l’estoupoit si que point issir n’en laissoit.
¶ Et je qui veant celle faulse solicitude ne me pos taire/ dis a ma maistrece/ dame pour dieu me dites comment s’appelle ceste ennemie de vertu/ car combien que des autres demander me soie teue pource que leurs offices les me font magnifestes & bien cognoistre de ceste non mie pour m’en accointier mais pour m’en garder vous requier que le sache/ Et celle a moy doulce amie puis que celle qui le cler miroir tient cognois/ son contraire est celle qui estaindre la veult ne deusses ignorer/ mais bien me plaist que le saches/ Si te di que c’est dame fraude dame fraude que dieu confonde Adont hault m’escriay/ ha desloyal ennemie de verité qui cy t’a menee/ ne te vid pas en fourme d’orrible serpent a longue queue jadis Le tressage poete dant de flourence sus les palus d’enfer quant la le convoya virgille sicomme en son livre recite/ et tu es cy saillie/ mieulx t’advisist accompaigner proserpine avec thesiphone alecto et megera deesses de rage infernale qu’estre establie a ceste court. Adont me dist la dame/ or te tays encor verras/ lors hault ou palais me maine en une grant chambre toute plaine de coffres serrez en la quelle vi une dame vielle palle rechignee maigre et seche et de tres laide estature mais sur toute riens m’esmerveilla la façon de ses mains qui grandes estoient a desmesure et si fortes que ce que elle tenoit n’estoit nul qui le peust avoir/ n’esrachier/ fors a grant peine/ Les ongles avoit longues aguës & crochues comme celles de griffon/ mais ce trop m’espoventa que toutes ensanglantees les avoit ycelles ongles en façon de croches fichoit partout ou embatre les povoit fust en ordure ou char de gens ne lui chaloit ou puis tiroit a soy de partout sachoit argent Et que par experience le sache comme la entree je fusse onques la dame ou qui j’estoie si ne m’en sot garder que celles sanglantes ongles ne s’estendissent jusques a moy si que des plumes m’esracherent jusques au vif dont me dolu et tout cel avoir fichoit en coffres/ regarde amie quel office dit la dame Suis je bien accompaignee/ si saches que ceste est celle par qui gist malade en mauvais point au lit emprisonnee et groucier n’ose la tres droituriere fille de dieu que as veu la jus en celle chartre/ et ceste est mise oultre mon gré en son lieu en ma compaignie/ Et ainsi comme ouyr peus m’ont esté ravies mes bien amees dames de compaignie venues du ciel/ et en leur lieu mises cestes perverses prises es infernales contrees si jugez amie tout mon fait veu se joyeuse dois estre.
¶ Encore y a il autre chose qui m’est grevable et moult m’anuye Car comme je doie amer sicomme je fois naturellement ma porteure et mes chiers nourris et loyaulx subgés/ Trop suis dolente d’une grieve maladie comme incurable se de dieu par grace ne vient la medicine qui est commune par toute matiere et par especial plus qu’es petis entre les plus grans/ la cause t’en diray et que ce est. Il est voir que un soubtil vent es montaignes plus que es valees cy environ court & pres de cy le quel est tant envenimez que toute personne qui ferus en est devient groz et enflez Or avient il que les plus poissans demeurent hault es grans dongions et eslevez domiciles si reçoivent a descouvert et a plain le soufflement du dit vent/ Et aussi comme ilz soient plus deliquatis que les plus communs hommes par leur vie qui plus est deliee/ plus sont disposez a recevoir ycellui vent plus penetratif en eulx qu’en autres hommes/ & se de ceste chose te prens garde assez en verras d’infects de ceste diverse egritude/ et pou en sont reservez se par sage provision de y mettre ostacle ne les en garde/ ainsi en y a de sains par tel prudence/ mais c’est petit/ toutefoiz de moins et plus les uns que les autres selon ce qu’ilz seront ferus et disposez en y a de malades/ Si est sicomme ceste pestilence qui pis vault que epidimie par toute ma terre que c’est pitié/ & mesmement les serviteurs n’en sont communement mie sains Ains comme mains de leur maistres ilz s’en gardent sont moult en y a plus enflez Tel proprieté a celle enfleure qu’elle change regart contenance et parole et la personne rent desdaigneuse et trop despite/ et tant engrige souvent avient en maint en y a que a trop cruelle mort et sanz respit elle les conduit/ Si est tant comme ceste playe non mendre que celles d’egipte en mon royaume que grans moyens et petis jusques aux vermissiaulx de terre communement en sont frappez/ & tant que les contrees estranges le reprochent & rempreuvent a mes subgez.
Du vent de perdicion qui cuert par la terre.
De l’enfleure de ceste maladie qui ainsi court par my ma terre & de l’inconvenient ou elle tire et qu’il s’en ensuivra recite le prophete danyel ou .iiii.e chapitre l’avision que vid jadis l’orguilleux roy nabugodonosor. Il veoit ce dit un arbre qui tant estoit hault/ grant/ & eslevé que jusques au ciel attaignoit/ si branchu estoit que ses branches s’estendoient de tous lez du monde/ de la grant planté du fruit de cel arbre estoit remplie communement toute mondainne creature/ en ces branches faisoient leurs nids les oyseaulx de l’air/ et desoubz elles se reconçoient les bestes de terre Et puis veue/ ceste chose une haute voix du ciel cryant ouoit qui commandoit que au lez de terre l’en coppast ycellui arbre/ et que tout on l’ebranchast et s’en volassent les oyseaulx & les bestes se departissent/ et fust le fruit dispers et perdus.
¶ Cestui dit arbre les enflez devant diz tres poissans qui sont logiez es haulx dongions de ma terre reçoivent le vent de perdicion/ signifie lesquieulx sont de si grant estat force et poissance que a pou cuident ataindre au ciel et tant les rent infects l’enfleure du dit vent que non pas seulement contre les creatures leurs courages sont gros qui remplis de desdaing les demonstre mais aussi contre dieu et son eglise ce que les branches s’estendoient par le monde c’est que yceulx enflez la force de leur poissance par toutes terres estendent pour la quel force par tout sont redoubtez & crains/ Les oysiaulx s’i nichoient et les bestes s’i ombroyent/ c’est que l’espirituel et le temporel veulent subjuguer gouverner et traire a eulx l’abondance du fruit de cel abre/ c’est ycelle detestable contagieuse maladie qui communnement est en toute gent.
¶ Ceste prophecie signiffia la dicte enfermeté/ mais or entens la diffinicion de sa sentence et l’exposicion de la mort et fin d’icelle/ la voix crya du ciel qu’au lez de terre fust l’abre coppez et estirpez/ c’est que par voulenté de dieu la force et poissance d’yceulz enflez finera & sera retranchee les degitant de leurs haultesces les branches qui seront esmondees et les oysiaulx et bestes qui se partiront/ C’est que leur force faillie leurs subgiés et ceulx qui pour les cruaultez des desdaings de leurs enfleures les craignent et doubtent/ les lairont en leur persecucion/ le fruit qui sera dispars c’est leur semblables menus membres pareillement enflés qui seront humiliez/ Et adonc sera certiffié la prophecie de la vierge qui dit/ Deposuit potentes de sede et exaltavit humiles.
De la punicion des vices.
Escoute aussi de rechief la belle louange des .iii. damoiselles diffamees qui en lieu de mes .iii. tres amees emprisonnees que tu as veues la en bas/ m’ot esté pour m’acompaigner baillees/ & avisez se resjouir me doy de compaignie de si honteuse fame/ et toutevoyes nottes a quelle fin terminoit.
¶ De celle premierement que tu vois qui en son giron tenoit la dame armee & qui tant mes subgés et les miens corrompt & sustrait/ Entens l’avision comment en esperit de prophecie la vid le prophete zacarye comme il recite en son livre ou cinquiesme chapitre.
¶ Une femme dist il veoye ou milieu assise d’une bure remplie d’eaue/ & tenoit celle une grosse masse de plomb qu’en sa gueule boutoit/ et puis .ii. autres femmes je veoye qui avoient elles semblables a elles descouffle. ycelles prinrent la dicte bure ou la femme assise estoit & entre le ciel et la terre la portoient/ adont dist il a l’ange demanday qui celle vision me monstroit ou ses femmes la bure atout la femme assise en l’eaue portoient/ & cil me respondi. Ut edificetur sibi domus in terra sennaar/ il la portent dist il pour lui ediffier la une maison en la terre de sennaar/ par ceste prophecie est entendue la deshonnesté dessus dicte et toute personne que elle a tiree a sa cordelle/ la quelle en toutes plaisances et delis charneulz est de eslargir espandre et laissier couler determinee/ tout ainsi comme les eaues sont fluentes et decourans/ la masse de plomb la quelle est metal pesant et grief que elle en sa gueule lançoit est entendu la griefté de l’offence de dieu & la honte vituperable qui tant est ponderant et grieve que fait commettre la deshonnesté a ceulx et celles qu’elle enveloppe en ses laceures. Les .ii. femmes qui esles avoient et portoient la dicte femme assise sont .ii. mauvaises habondances qui portent et soustiennent en voulenté d’eulx espandre en toutes plaisances et charneulx delis/ celle et les siens. La premiere femme est a entendre de delices habondance/ si a .ii. esles comme oysel qui la portent/ c’est assavoir gloutonnie qui fors menger et boire viandes glouttes ne queroit/ L’autre aelle est parece qui ne veult que jouer & avoir repos/ La seconde femme est de richeces grant abondance/ si a .ii. autres esles c’est assavoir rapine qui ne veult fors tolir l’autruy/ L’autre aelle est cruaulté qui ne scet avoir de nul compassion/ cestes aelles estoient a celles descouffle semblables/ car ainsi que cil oysel ne vit que de proye rappineuse/ ainsi a tele mauvaise abondance de richeces communement vient on par extorcions et rapines/ Or est descripte ceste perverse deshonnesté selon la prophecie zacharie/ mais la fin quelle en sera qu’en feront celles qui flotant es eaues la portent ilz la porteront en la terre de sennaar pour la lui ediffier sa maison/ sennaar vault autant a dire comme fetor c’est punaisie qui est la honte & confusion ou ycelles l’amenront/ et en la fin lui ediffieront sa maison en l’abitacion d’enfer ou a punaisie et perpetuele orreur.
Encore de ce mesmes & complainte de la dame.
O chiere amie et de la desloyale de dieu haye la parfaicte ennemie du faulx office la quelle bouche et estoupe la lumiere de verité sicomme autour de la chartre tu as veu/ Et que dirons nous car de son malefice helas je me dueil/ ne vois tu comment or y prens garde de s’alaine corrupte tout est noirci/ Je enrage d’ire quant je lui voy giter les loz de mes partages non pas par sort/ mais par malice assise a traire finances de diverses buches pour fournir le feu qui ne peut estanchier en mes palais la plus hault assise establir ses ordres plains de desraison et nul grosser n’en ose/ quant je voy la hideuse voillee de malice paistre les mauvais et ceulx de sa sorte et destruire les simples & qu’en puis je dire fors cryer a dieu car les souverains de mes ordonnances sont ses aliez. O dieux quel playe a moy adoulee avec mes autres griefs. Je suis comme la vesve de bon per delaissiee a qui chacun cuert sure et nul n’en a pitié/ et que sont devenus les champions de droit ne s’en sont ilz fuis/ & s’aucun en y a la faulce desloyale ne leur laisse sortir leur droiturier effait/ voyez voyez tous mes loyaulx amis comment suis gouvernee par ce que j’ay perdu la joye de mon chief/ Et ce fait ceste faulse qui n’y regarde droit pour ce que demouree comme brebis sanz pastre suis sans joye d’ami Bien doy estre perplesse quant je voy ma lignee d’icelle avironnee qui leur donne conseil de ses desloyaulx voyes/ est il chose plus laide que ce qu’elle maintient comment si fol est homme qu’il n’avise sa fin. O avuglee guespe ta pointure perverse mainte gent persecute/ Tu es soubtille en oeuvre malice te gouverne & barat tient le glaive de ceulx de ta justice/ Or n’est il homme si sage qui en tous cas t’avise car tu te transfigures en trop estranges fourmes si vas traçant par ville par palais & par sales & par toutes mes places riens sanz toy ne demeure/ & chacun envenimes de ta pouldre couverte. O dieux jusques a quant durera ceste guerre/ mais je me reconforte sire par la figure qui m’en est prophecie de xanson le tres fort.
¶ Ainsi souspirant par semblant de grant douleur dist ceste complainte la tres honoree princesse/ & quant ces choses ot dites comme femme lassee et de dueil surmontee couverte de larmes si que parler plus ne pot se taisoit quoye et moy qui ses maintiens regardoie comme compaigne de son plour par pitié de sa reverence/ et qui de bon cueur y remediasse s’a moy en fust lui dis ainsi.
De ce mesmes.
Ha dame tres redoubtee et digne comme il appartiengne a la haulteur de vostre force monstrer la tendreur des femenins courages/ laissez en paix les larmes non propices a vostre constance et plus avant me dites de ce que touché avez/ c’est assavoir la figure ramenteue de sanxon le fort/ la quelle s’il vous plait m’exposez/ Et elle a moy amie comme le temps de la destruccion de la faulse fallacieuse et de ses desloyaulx enfans/ je desire me resjouiray en celle attente le te disant/ il est escript ou .xv.e chapitre ou livre des juges d’israel comme prophecie et figure du desertement de mon ennemie et de ses complices qui comme psanxon le quel est interprete comme sol fortis/ c’est a dire le souleil fort eust lonc temps par les malices des philiciens ou ceste faulse regnoit/ esté parcecutez vint le temps que dieu lui ouvri la voie du reparement de ses adversitez par droituriere vengence/ adont prist cellui psanxon plusieurs goupilz ou renars et ensemble les accoupla par les queues les uns aux autres les lya/ Et comme il fust ja la nuit venue ou premier somme gita ses renars es maisons plaines de fains de ses ennemis partie d’iceulx renars et les autres chaça es blez des champs et en leurs bois et en leurs vignes/ et par celle voye sicomme dieu volt furent les filz de la desloyalle et elle avec eulx/ En celle partie mors destruis et ars en leurs pechiez. O amie chiere nottez la prophecie du temps de ma gloire.
¶ Quant ceste desloyale assez m’ara chastiee Si que dieu vouldra sa pugnicion cesser/ & les crys de mes plains seront par pitié devant dieu portez Sicomme jadis furent ceulx des enfans d’israel lors que olofernes a tout sa grant force assegiez les avoit/ Adont psanxon c’est le souleil fort s’avisera de grant malice contre ses ennemis cessera un de mes filz cler comme le souleil fort Car le souleil de justice en lui abitera/ cellui destruira ses ennemis par estrange malice/ c’est assavoir les enfans de la fraudulente ennemis de sa vertu qui ma terre et moy par lonc temps ont persecutee/ si prendra renars & queue a queue les acouplera et entre eulx mettra brandons de feu/ puis les getera par nuit sus les desloyaulx & en leurs gaignages & tout bruslera et mourront en leurs iniquitez/ les renars sont les soubtilz avis de son meismes sens que il prendra que il queue a queue accoupplera/ Ce sont plusieurs poins par quoy il les prendra en leur malice/ il mettra brandons de feu entre .ii. c’est la punicion de leur meffais & que par droituriere justice il leur baillera/ il les gettera sur eulx quant nuit sera venue et ou premier somme c’est quant le terme de leur punicion sera venu/ & qu’ilz seront endormis en leur perseverence il getera partie des renars en leurs blez et gaignages C’est que l’avoir mal acquis qu’ilz ont par le sens d’icellui sera distribuez es mains des droiz heritiers.
Encore du vitupere des vices en general.
Mais de celle aux ordes ongles et qui tant courbes les a ou quel faulx gouvernement tu vois les mouchettes de mes ruches qui pervertist le miel de leur cire en sauvage amertume que t’en diray je n’as tu sentu l’experience de son office/ deust se dieux t’ayst tel monstre estre trouvé en ma maison pour mes enfans m’empoisonner & pervertir et si villainement sustraire et par faulce amonicion de ses flateries les rendre deshonorez par sa fame villaine qui rent ses acointes en ciel et en terre tous diffamez/ Est il riens plus blamé que l’estre ou elle abite tant soit le lieu sacré d’autre vertu/ helas ne deust pas estre cy assise Car qui qu’elle accompaigne ne lui affiert mie s’embatre en mes proprietez. Ha beste orrible et venimeuse comment as tu fait si mortel sault comme du puis de enfer ou est ta naturel demeure jusques es courages de mes enfans en qui habiter ne souloies/ ou sont alez mes anciennes vertueuses portieres pitié et charité quant empeschee n’ont ta hardiece/ Or me pasme le cuer de yre voyant ta cruauté qui ne donne lieu a nulle vertu/ mais sanz misericorde esrache les fruis ains qu’ilz soient meurs de leur tige/ ce fait ta felonnie assise es combles de ma maison/ Et sicomme dit le proverbe maisgnee duite selon seigneur les menistres d’iniquité suivent la trace de leurs chiefs par tes fallaces/ et de toy perverse qui tiens les clefs a force de mes escrins les oeuvres et serres a ton vouloir a leur grant vitupere et prejudice en font leur parement O moleste du monde/ tu sancsue infernale qui te pourra assez vituperer/ n’es tu pas celle donques qui livres matiere aux tourmens d’enfer et qui de cryer ne cesses affer affer/ fournase insaciable et inestainsible qui te pourra assouvir n’a ja ton ardant feu pire que gregois espris mes plus cheres choses Et ja te voy si effrontee et magnifestement publique que nulle vergongne ne te tapist/ ne ceulx ne se hontoient tant sont endurcis que tu compaignes.
¶ Ha bien prophetisa le temps que je voy et le lieu ou tu es en ces proverbes salomon .xxx.e Chapitre ou il dit ainsi.
¶ Generacio que pro dentibus gladios habet ut comedat inopes de terra et pauperes ex hominibus Ha la generacion perverse qui en lieu de dens usent de glaive non mie pour mordre mais pour tout trancher ce veons magnifestement de la desloyale a qui ne souffit mie mordre se tout ne tranche.
Piteuses paroles de la dame couronnee & recors de la sainte escripture.
O doulce amie et ma chiere nourrie/ et quant je sçay que dieux est juste ne dois je penser que a tous jours pas ne dissimulera la paye de sa droiture/ ne fait il grace quant la convercion qui trop retarde attent sa misericorde mais sicomme naturellement la mere amoureuse de sa porteure non obstant vices qu’elle y voye ne met en oubli l’amour maternelle redoubte par desserte veoir la ruyne de ses filz/ ainsi souspirant et lacrimeuse crainte et paour en freour me tient de soubdaine vengence. Helas n’ay je cause de penser la figure de ma ruyne en ce qu’il est escript ou .xv.e chapitre du livre des roys/ que comme dieu de loy divine repreuve ceste dicte vicieuse gueppe/ sicomme son contraire pour ycelle et a sa cause debouta saül roy que elle avoit aluché/ lors que il l’ot envoyé en bataille contre le roy de amalech si lui avoit deffendu que homme ne prensist a rençon mais tout meist a l’espee comme orribles pecheurs et de dieu reprouvez ne vouloit plus sa vie/ ne des despoulles retenist aucune chose/ mais comme saül mieulx amast obeyr a ceste desloyale sancsue qui lui commandoit le contraire que au commendement de dieu n’en fist riens Ains se volt engraissier des faulces pastures de dieu vees/ et espargna le dit reprouvé roy/ pour la quelle chose dieu appella samuel le prophete disant Je me repens d’avoir ordené sus mon peuple Saül roy Dont comme le dit prophete reprensist Saül d’ycelle forfaicture/ se volt excuser disant que les despoulles que faites avoit/ c’estoit en entencion de a dieu les sacriffier/ de la quel chose respondi le prophete/ mieulx vault obedience que sacrefice/ et pour tant que par croire l’amonicion de la rapineuse as desobei/ Tu seras debouté de ton royaume et adont le prophete le depposa et en oygny david a roy/ Ha chiere amie et dois je penser que dieu dorme ne voy je le temps que contre ses commandemens sont espargnees ses justices sur les mauvais de droit divin condampnez a punicion/ mais qu’ilz ayent pasture pour ficher en la quelle de la faulse adont tout est accoisie/ Mais voir est qu’ilz s’escusent d’aucune faulse couleur de bonté faisant leur malefice/ vois tu tout commandement de loy mis arriere pour elle paistre et nourrir sans nulle espargne/ Que diray je donques se je n’ay paour que dieu soit muable qui ne peut estre/ & s’il ne l’est pour quoy ne me touche ceste figure par semblable cas n’en voye les aprestes/ Car bien est fol cil qui mal fait & bien espoire/ ne sont les estranges aussi aptes a recevoir nouvelles proyes comme ilz souloient/ Et tout ainsi comme cellui qui se sent coulpable ne vid sans la runge de conscience/ le rent paoureux la paour de punicion ne de lui ne depart.
¶ Ancore a ce propos des malefices de ceste dampnee ne parla donques a moy jhesucrist en la parabole de la vigne sicomme il dist en l’euvangile des faulx coultiveurs lesquieulx comme ilz fussent de la maisgnie de ceste doulereuse par envie d’avoir l’eritage n’occirent il les loyaulx messages justement demandeurs des exfruis & comme ceste felonnie engrigiast semblablement/ ne espargnerent leurs glaives le droit heritier/ mais comme la sentence divine les despoulliast pour yceulx crimes de toute possession/ et en revetist estranges cultiveurs les miens cheus en la meismes fosse ne dois je doubter la meismes sentence/ Car comme le souverain maistre establi les eust coultiveurs de ma vigne pour bon compte en avoir/ n’ont ilz occis les messages demandeurs des exfruis/ c’est assavoir les causes de mon exaltacion/ et qui plus est/ le droit heritier c’est le loz de grace qui tous jours jusques a ore m’a possedee/ mais tout ainsi que la femme ançainte la quelle non obstant le desir de veoir le fruit de son ventre hors de soy a sauveté resongne la douleur du temps de l’enfantement/ pareillement non obstant la joye de l’esperance du bon reppareur avenir/ que dieu m’a promis/ je resongne le mal par ou couvient que je passe ains que je y aviengne.
Encore de sa complainte.
Helas ancore de la paour que j’ay de ma ruyne n’ay je cause considerant les dessertes de mes subgez/ car peut estre que ains la reparacion attendue/ moult couvendra perir des miens Comme il soit vray que de choses a avenir le temps mucié soit soubs le secret de dieu Sicomme la promesse qu’il fist a abraham de ses lignees multiplier & croistre sus la terre comme souvrains/ Et chose est certaine la parole de dieu estre vraye/ Et toutevoye par les dessertes d’iceulx enfans et peuple d’ysrael punicion a tres lonc temps leur a esté par mainte foiz de dieu envoyee/ comme il appert par la bible qui de ce fait mencion/ et puis quant dieu bien les avoit punis les rappelloit a soy Et ancore au jour d’uy les veons dispers et fuitis pour leur dessertes/ leur repparacion selon ce que l’en tient par la dicte promesse sera quant lumiere de vraye foy leur sera donnee Ceste figure me fait doubter grans perplexitez avenir/ ains le reparement de ma ruine/ Sicomme nous veons communement ou temps d’orage grans escroiz de tonnoirres fouldres et tempestes cheoir dommagiablement ainçois que le temps se resclaire/ Et se sur ce croire n’en voulons des anciens les prophecies sicomme merlin les sibilles joachin et mains autres qui nous dient tout plainement les advenemens de noz adversitez et trebuchemens/ et se veoir les veulz en maint lieux les trouveras plainement et a la lettre lesquieulx dis je laisse pour ce que aucuns dire pourroient que comme ilz soient apocriffes ne doivent estre recitez a cause de certaine preuve/ les textes des saintes escriptures que nyer ne povons et ou n’a mençonge nous doivent a tout le moins estre fondement de paour & petite asseurence/ et aussi les veritez des vrayes histoires approuvees.
¶ Qui me gardera donques de trembler quant je cognois que la justice de dieu riens ne passe sans punicion et je voy les occasions d’inconvenient courir toutes communes c’est assavoir par especial les filles de perdicion dessus descriptes et que tu as veues et le vent penetrant qui donne l’enfleure maloite qui bestourne le sens d’omme raisonnable en beste mue.
Des punicions des vices.
Que j’aye paour de la punicion qui tant rent enfermés mes plus prochains par les exemples que de l’ire de dieu je treuve encore pour trop mendre cas que ceulx que courir voy commis par mes pourprises Sicomme il est escript ou second livre des roys ou derrenier chapitre/ que comme le roy david une foiz ferus du vent dessus dit eslevast son cuer en l’enfleure de ambicion de savoir quel puissance il avoit et de combien de gens d’armes finer pourroit/ & pource savoir fit son peuple nombrer pour la cause de ceste elevacion seulement dieu fu contre lui tant courroucié qu’il lui manda par le prophete gad/ que il choisist de .iii. punicions l’une ou .vii. ans par tout son royaume aroit famine/ ou .iii. mois il seroit en fuite pour paour de ses ennemis ou .iii. jours pestilence de mortalité aroit en son peuple/ Dont apres qu’il ot choisi la tierce punission/ une tele mortalité sourdy qu’en son royaume mourut .lx. & .x. Mille hommes. O doulce amie/ or regardes comme grant punicion pour chose qui au regart de noz grans enfleures sembleroit bien petite boce.
¶ De ceste enfleure ancore et de la punicion de dieu envoyee comme il ne la puist au lonc aler souffrir/ Est escript ou .iiii.e chapitre de danyel que comme nabugodonosor une foiz alast et venist par mi sa sale & son grant palais de babiloyne/ se gloriffiant et disent ne n’est ce pas cy babiloine la grant/ la quelle pour ma maison royal j’ay ediffiee et la poissance de ma force et la gloire de ma beauté. Adont disant ces paroles vint une voix du ciel/ qui lui dist nabugodonosor escoute/ ton royaume de toy est trespassé et bouté hors seras de la compaignie des hommes & avec les sauvages bestes sera ta demeure/ & feing avec les beufs tu mengeras ne fu pas mençongiere la promesse/ car gaires apres ne tarda que executee ne fust en sa personne qui deboutez fu de la compaignie humaine et ramené en fourme de beste paissant aux champs a la pluye et au vent.
¶ A quoy querons nous autres prophecies/ ne nous sont cestes souffisantes/ ne savons nous que dieu est inmuable comme dit ay/ et que tel est ores comme lors estoit/ ne sont les escriptures toutes plaines des veritez de ses punicions/ et de tant comme plus il les retarde de tant plus grant paour avoir devons/ Tout ainsi comme de l’archer de tant comme plus il retarde a frapper tandis que fort il tire la corde/ de tant fiert il plus grant coup quant il assene/ que t’en diroie plus/ d’exemples infinis en sont qui nel croira si lise/ assez souffise ceste narracion sus la dicte enfleure de mal affaire.
Encore de ce mesmes.
Encore de la deshonnesté qui ma gent de deffence et mes autres officiers et meismement mes plus affins et prochains tient avec les autres passions dessus dictes/ en ses liens comme cy dessus est dit. helas qui n’aroit que un vice seroit a peu eureux/ mais mal pour cellui qui de tous ou de plusieurs est avironnez et remplis/ ne me puis taire de l’exploit de la grant condampnacion de dieu donnee contre son vice/ & des maulx qui en viennent & au jour d’uy et tres les premiers temps comme plusieurs royaumes destruis en ayent esté/ et pour ce doubter doy quant je voy le cas pareil/ ce meismes flaiel/ exemple/ Dyna fille de jacob fu ravie du filz du roy de Sichem et ce fu la cause de la destrucion du dit royaume/ Amon se faigny malade pour avoir thamar sa seur/ pour la quelle cause il fu de son frere absalon occis/ le ravissement de heleyne par paris en grece fu cause de la destruccion de troye. un roy de france comme racontent les croniques en fu chaciez et exillez/ la force de tarquin l’orgueilleus faite a lucrece la chaste dame de romme qui pour celle cause s’occist/ fu cause du desheritement du roy tarquin et de son filz/ Et pour ce fait jurerent les rommains que jamais a romme n’aroit roy. hanibal roy de cartage tant qu’il fu sans l’acointance de la deshonnesté/ il fu vainqueur et victorieux es batailles rommaines & en toutes pars/ Et fu son nom eslevé en proece/ mais si tost qu’aprist le repos & en delices s’enveloppa/ es quelles prist l’acointance de ceste mauvaise chut en la vallee de male fortune ne puis bien ne lui vint.
¶ Plus te diray et nottes que quiconques soit l’omme qui es dissolucions communes s’enveloppe/ de ceste deshonnesté/ merveilles est se jamais puis il a pris d’armes/ et se fortune en tous ses fais ne lui est contraire/ puis que son cuer flote es eaues de ses dissolucions/ et se n’estoit qu’il ne loit de nul diffamer publiquement de ce te donroye exemple vray d’aucuns vivans au jour d’uy au monde sanz honneur/ loyez de tieulx liens/ ancor te dis que pays terre ou regne dont des chevetains est maistrece ne fructifie en honneur ne bonne renommee/ Et a quoy plus alegueroye de ceste exemple la magnifeste experience le nous declare/ mais de son trebuchement quoy qu’en aye dit devant/ ne couvient autre prophecie/ ne mais les effais de la divine justice qui pour cause de celle ebaluffree sanz frain de honte dont les humains estoient remplis/ Dieu dit et sentencia que homme plus au monde ne seroit vivant sus terre/ Et pour ce le deluge envoya jadis qui n’espargna creature vivant fors noué & sa meisgnie que dieu ot preservez. Si pense & nottes comment asseure je doy dormir.
Encore de ce.
Ancore de celle qui les voyes estouppe que verité ne saille/ C’est fraude la perverse/ Sicomme dit valere le grant ou .ix.e livre que sa tricherie barateuse est un mal mucié et espieus de qui les forces tres efficans sont mentir et decevoir comme elle s’esjouisse en mençonges & fallaces qui sont les faulx outilz de son soubtil art Et de ce parle ysidore en ses synonimes qui dit que fraude ou barat est monstrer une chose en semblant et faire autre en oeuvre/ Et cellui qui en lui l’a est tricheur/ et par elle veult simuler et faindre l’issue de vertu/ de ceste mauvaise vient desloyauté et foy mentie/ or prens garde se ma terre et toutes mes cours sont semees de si fais hebarges/ ja moult enracinez en de trop haulx lieux helas comment ne desplairoit a dieu juste le vice de foy mentie de mençonge et de desloyauté entre les freres parens et amis Et entre prochains sicomme il commande que ilz aiment l’un l’autre quant meismement aux ennemis veult que foy soit tenue/ et que il se courrouce du contraire le nous monstre assez par l’exemple qui signefie des faulx jurans la grant punicion/ c’est assavoir par ce qui est escript ou derrenier chapitre ou livre des roys de zedechias roy de jherusalem qui brisa a nabugonodosor roy de babiloine la foy promise que lui avoit/ pour la quelle chose le dit nabugodonosor vint assegier jherusalem et dieu en sa main lui livra le dit zedechias roy/ Si lui dit quant il le tint. Dieu qui het toute infidelité de foy brisee & de mençonge te veult punir par ma main/ et adont devant lui occire fist ses enfans/ & a lui crever les .ii. yeulx/ et lié de chayennes le fist prisonnier mener en babiloine/ Or regarde que doivent les miens attendre des infidelitez que chacun jour s’entre font tant innormes que l’un en l’autre ne se peut fier/ ne loyauté a peine en part qui soit du grant jusques au mendre peut estre trouvee/ qui vit onques mais l’art de sofistiquacion si commune/ Car de ce semble que chacun soit maistre et jusques aux entrailles des courages c’est embatue celle art d’enfer et dyabolique/ si qu’il n’est a peine parole dicte semblant fait ne chose ouvré qui ne soit sofistiqué en tele maniere que elle a apparence de estre milleure qu’en effait de bonté elle n’est trouvee. Si suis pour ces choses comme celle qui le baston a sus le chief et le coup atent.
Encore de ce.
Et tout ainsi comme les vertus deppendent les unes des autres & s’entre accompaignent & attrayent Semblablement ces filles de perdicion trebuchent de l’une en l’autre/ et se entre sachent et apparient/ Et qu’il soit vray pour quoy est doncques fraude trouvee ne mais pour remplir les coffres de la rappineuse C’est l’administraresse de ses pourveances et de son amas/ C’est celle qui treuve les voyes de attraire ces finances et faire ses contras/ hahay se perdue l’avoit comment esgaree seroit/ Onques ne fu si propice boyasse ne qui si bien pensast de sa maistresse. Dieux quel compaignie et quel couple avarice et fraude/ mais de leurs ordes mains libera nos domine. Dieux ne commença ceste orde caigne aux ongles crochees/ tres que sus la terre n’avoit que .iii. hommes Lors que kaÿm offroit a dieu des pires fruis de sa terre et des pires bestes de son parc/ Et comme dieux qui scet les courages n’eust agreable son sacrefice le reprouva ycellui chut ou second inconvenient/ c’est assavoir de envie et puis ou tiers par l’omicide que il fist de son frere abel Qui pourroit raconter les maulx qui par ceste sont avenus/ et ancore ne cessent/ pour quoy te diroye des empires royaumes/ citez et peuples qui destruis en ont esté les temps passez/ Autre exemple ne couvient fors du temps present n’est elle celle qui en l’eglise de dieu met la division et le Sisme/ certes c’elle n’estoit ne couvendroit pas .ii. papes/ ains a peines un le vouldroit estre/ n’est elle principale ou debat de mon royaume/ Se trouvee n’y estoit la charge du gouvernement ne seroit tant chalengee/ dirons nous que elle fust plus grande jadis ou roy de babiloine/ pour tant se une seule foiz il desroba le temple de dieu. helas avisons quantes extorcions on fait en plus ses amees choses que son temple/ C’est assavoir a ses povres membres qui sont les souffreteux de quoy il est escript que licite seroit vendre les calices & les joyaulx livres et aournemens de autelz pour secourir a besoing a la neccessité de yceulx Et ilz sont de toutes pars persecutez/ et de tieulx joyaulx qu’ilz ont/ c’est leur sustentacion desrobez/ Et dieux scet en quieulx usages sont employez/ Mais le cas de cestui dit roy pour quoy ne nous peut estre figure et prophecie du pareil inconvenient par divine punicion/ Car sicomme ou livre de danyel ou .v.e Chapitre est escript que une foiz baltasar faisoit un grant disner/ et seoit a table avec les nobles de son royaume/ commanda que fussent apportez les vaisseaulx d’or et d’argent que son pere avoit pris ou temple de jherusalem/ esquieulx vaisseaulx on souloit faire le service de dieu/ Et cellui corrompu par pompe buvoit dedens presomptueusement/ et y faisoit boire ses cucubines qui de tieulx rappines faisoient leurs paremens/ et les choses de dieu mettoient en vilz usages/ Mais dieu contre qui nulle force n’a poissance/ et quoy que il attende bien se scet venger ot amené l’eure de la punicion de ycelluy mal faiteur/ Et par cest exemple povons notter la ruyne des plus eslevez souventes foiz quant plus cuident estre asseurez/ Car sicomme cellui Balthazar Roy de Babiloine estoit plus en sa joye/ il leva les yeulx Et en la paroit de sa sale vit une main qui escripsoit tieulx .iii. moz/ mané/ thetel/ phares/ Le premier mot mané/ C’est a dire nombre/ et est a entendre que dieu avoit nombré les jours de sa vie/ Et que venue en estoit la fin. Le Second mot thetel est a dire pois/ qui vouloit dire que dieu avoit pesé ses biens et ses maulx/ et legier avoit esté trouvé en biens/ et pesant en maulx. Le tiers mot phares vouloit entendre division/ C’estoit a dire que dieu avoit devisé son royaume et sepparé de lui/ Et ainsi avint car celle meismes nuit/ daire le roy de mede/ et Cirus roy de perse prindrent la cité de babiloine/ et fu occis balthazar et son royaume transporté es mains des mediens et des persens.
Encore de ce.
Tant que c’est sanz nombre doulce chiere amie/ te pourroye dire de tieulx exemples de diverses punicions pour divers pechez helas et les miens ne s’i prennent garde/ ne dit le proverbe rural et commun que bien se bat qui par autruy se chastie/ & que qui autrui maison voit bruler/ de la sienne paour doit avoir/ Il n’est si beau chasti que cil qui de soy meismes & sanz contrainte vient/ plus leur fust honorable laisser les vices de pure voulenté que ce que a force on leur feist delaissier/ n’est il escript que dieux a plus grant joye du pecheur retourné a lui que du juste qui onques ne failli/ C’est chose humaine de pechier/ mais infernalle est la perseverence. Ha doulce chose est que de suivre la voye de vertu a qui si veult duire/ n’est il dit que l’omme vertueux a ja un pié ou ciel/ Et a quoy se eslieve homme qui est terre & cendre/ ne scet il que sa vie est brieve ne se gloriffie es richeces mondaines/ lesquelles ne sont ne vrayes ne siennes/ Et que vault avoir seignourie au monde grans tresors terres possessions et poissances sur les autres/ un pou de temps pour an si user que on s’en enqueure dampnacion perpetuele/ qui est cellui si ignorent qui n’ait le ver de conscience. vueille ou ne vueille quant il se sent pecheur ne possede il et y a un des tourmens d’enfer qui ne le laisse durer/ mais quelle est plus grant seureté que nette conscience/ C’est joye celestielle/ Hahay mais pour quoy ne a qui dis je ces paroles quant je sçay que n’en serai pas creue Car ne pourront entrer es courages ja adurcis Sicomme on dit le fol ne croit jusque il prent mais habondance de voulenté le me fait dire comme tendre mere a ses enfans/ mais ce me desconforte que ja me semble en y a d’entrez en obstinacion qui trop est chose perverse. Helas/ j’ay grant paour que semblable je soie a Cassandra la sage fille du roy priant qui veant la ruyne appareillee sus les troyens les amonnestoit d’appaisier leurs courages contre grigois ains que pis leur venist/ mais en vain se debati car n’en fu pas creue/ Si leur en ensuivi tout ce que pronostiqué leur avoit/ Dont a tart de ne la croire se repentirent/ ainsi de eulx amender et mettre a paix devers leur dieu de qui ja voy la guerre. Bien vouldroye que a mes paroles si adjoustassent foy/ ains que pis leur venist/ ilz me creussent ne que du tout ja son yre fust sur eulx espandue/ par plus grieve vengence. O sage roy de ninive bien conseillez qui creus le prophete jonas/ quant dieu par lui te manda/ que pour les pechiés de toy et de ta cité tu avoies encouru sentence de destruccion dedens quarante jours Mais lors te repentant batant ta coulpe/ en jeunes plours et afflictions toy et tous tes subgés jusques aux bestes mues par .iii. jours cryant a dieu mercis vestus de sacs/ cendres sur les testes/ tant te humilias que Dieu ot pitié de ta contriction si/ que ton humilité espargna sa vengence par bon appaisement.
¶ N’ont doncques les miens assez de exemples d’eulx repentir ne scevent ilz que de mal couvient que mal viengne Car non obstant que le sens litteral de l’euvangile dye que neccessité est que esclande viengne/ ne dist il apres que pour tant mal cellui par qui esclande vient/ veulent ilz resembler le larron qui ne croit quelque exemple que il voye que l’en destruise les mal faiteurs jusques a tant que il ait la corde au col/ Helas/ mais c’est trop tart/ Car trop est meilleur a l’omme se garder du mauvais pas que ce que a peine ou jamais s’en tirast hors se il y estoit entrez.
La fin de la complainte de la dame couronnee.
Belle doulce amie que te diroye ne t’ay je assez tenue es narracions et procés de mes aventures le bien et le mal je t’en ay regehy en general & en particulier puis la naiscence de mon nom jusques au jour d’uy/ Et ce plus m’a eslargie a te signiffier l’estat de mes anuys que piteuse de mes afflictions je t’ay trouvee/ Si est temps des crimes/ que je me seuffre/ de plus te dire/ que trop ne soie longue. O quel plaisir et quel alegement est de dire et descouvrir a son loyal ami ou amie les pesanteurs de ses pensees Car la viande presentee au famillieux n’est plus savoureuse/ Si ne dis plus ce que autre foiz as dit quelle que je appere que glorieuse soye/ Car je t’acertaine se dieu de sa grace n’y remedye que passé a lonc temps ne fus plus perplesse helas mais comment remede du ciel espereroye quant aux miens si mal je le voy desservir Et ancore plus me grieve sans faille le peril de pis ou je me voy que le mal que je seuffre Tout soye bien batue Tout ainsi que cellui qui devant lui voit cil qui l’a navré/ a paour que il le partue Si te mercy ma bien amee en fin de mes paroles de ta loyal amour et compaignie La quelle te pry que ne me faille jusques a la fin.
¶ Non obstant que d’alieurs tu soies requise/ et que de moy et des miens tu ayes petis emolumens/ mais ton bon courage ne vueille delaissier la nourriture de son enfance/ Si demeures constante avec moy ou gracieux labour de tes dictiez/ du quel maint plaisirs ancore feras a moy et mes enfans/ Lesquieulx je te pri que me salues/ Et que leur signifies les plaintes de mes clamours Et que Comme loyaulx et vrays enfans veulent avoir pitié de leur tendre mere/ de qui encore le lait leur est neccessaire et doulce nourriture/ mais vueillent si espargner ses doulces mamelles que ilz ne la succent jusques au sanc.
¶ A tant cesserent les parolles de la dame couronnee Et moy apres ce que selon ma poissance au mieulx que sos je l’os reconfortee/ lui disant que non obstant son grant peril/ se dieux plait les prieres et oroisons de maintes bonnes creatures/ et les biens fais qui sont celebrez par sa terre/ non obstant les grans pechiez qui y queurent/ Comme dieu soit misericors la reserveroyent et tireroient de peril/ La merciay de l’onneur que m’avoit faite et de la charge que commise m’avoit/ lui en promettant vraye excecussion. Et a tant reposer la laissay.
Explicit la premiere partie du livre de l’avision christine.