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Isis

CHAPITRE VII. La bibliothèque inconnue.

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CHAPITRE VII. La bibliothèque inconnue.

«A chaque pas du temps, l'intelligence humaine Ouvre, en l'illuminant, la nuit du phénomène, Saisit plus de rapports, Et prenant sur le fait les forces de la vie, Ravit à la matière, à son joug asservie, Des lois et des trésors. L'homme explique le sphinx et la pierre thébaine; Il dévoile à demi l'Afrique au sein d'ébène Sous l'œil de ses lions; L'aveugle Destin voit par son expérience: Il groupe, dans les cieux, autour de sa science, Les constellations!...»

Pontavice de Heussey (Sillons et Débris.)

Cette étrange bibliothèque était un trésor de livres rares et curieux, de manuscrits extraordinaires et de documents inconnus. Bon nombre d'entre eux portaient des anneaux d'armoiries religieuses: ils provenaient de cloîtres d'Italie, de Sardaigne et d'Allemagne. Réchappés de l'incendie ou du pillage des couvents, ils avaient été collectionnés, un à un, avec étude et patience, par deux savants chapelains morts depuis un siècle. Ces deux savants avaient été attachés à l'un des ancêtres du duc Fabriano: celui-là s'était occupé toute sa vie de sciences occultes, de philologie, de cabale et de toxicologie. Il y avait dépensé des sommes fabuleuses et y avait fait, de concert avec les deux chapelains, de profondes et magnifiques découvertes. Les écrits ignorés de ces trois hommes, disposés et empilés avec une scrupuleuse méthode, remplissaient une grande case d'ébène à serrure d'or et à ressorts secrets. Quelques-uns des livres étaient annotés, en marge, par d'obscurs moines du moyen-âge, et c'était, pour la plupart, des réflexions remarquables par leur précision érudite. Quinze à vingt mille volumes aux reliures antiques et riches se pressaient sur les rayons. Presque tous révélaient, de la part des trois penseurs, des connaissances étendues en médecine et en chimie. Toutes sortes de curiosités, de fossiles et d'objets équivoques, rapportés de voyages à travers de lointaines contrées et rangés ça et là, témoignaient du soin qu'ils déployaient dans leurs recherches scientifiques. Là se rencontraient des éditions presque introuvables.

Comme antiquités, il y avait d'abord, par exemple, des textes authentiques, transcrits de l'hébreu samaritain et dont le sens, resté sans interprètes depuis les mages qui seuls en possédèrent la véritable clef, avait été proposé de plusieurs façons dans les remarques écrites par les religieux.

Il y avait aussi des commentaires sur les sciences disparues de l'Égypte et sur le culte des idoles, importé d'abord par les races noires, filles de Cham, et remanié depuis par les Ariens venus de la Bactriane. Il y avait encore des mémoires touchant les peuplades convultionnaires du nord de l'Afrique d'autrefois, et des traités de différents indianistes sur les révélations des êtres apparus dans les cérémonies souterraines de l'Inde antique, avec des citations où se trouvaient relatés, par la main des anciens brahmanes, des passages en zend et en pelhvi, tirés d'œuvres totalement disparues.

De poudreux in-folios, cerclés de fer, contenaient, d'après leurs titres inquiétants, les plus profondes et les plus anciennes hypothèses au sujet de la récente apparition de l'humanité sur le globe. Ces archives étaient inappréciables et contenaient des secrets tout particuliers. Il est de notoriété que nous ignorons encore, aujourd'hui, les détails qui ont trait à cette question. Les peuples dont nous eussions pu tirer des renseignements étaient déjà dans l'oubli lorsqu'on s'est préoccupé, pour la première fois, de l'éclaircir. La chute des nations primitives, ou, si l'on préfère, leur disparition, suivit de tellement près leur avènement, qu'elles n'ont pas eu le temps de nous laisser quelque chose de positif à cet égard, comme on peut s'en convaincre en relisant les histoires de l'esprit humain dans l'antiquité.—D'autre part, les légendes syriaques, importées par les druides venus d'Asie, les poëmes des littératures scandinaves, océaniennes et orientales, ne soulèvent évidemment pas, d'une manière suffisante, l'espèce de grand suaire qui couvre les choses dans leur état primordial. On sait par quels accidents presque toutes les bibliothèques des vieux mondes furent perdues.

Il y avait aussi des recueils de sentences eutychéennes, écrites en ancien cophte, et d'inscriptions collationnées sur des ruines; des reliquats, en noirs caractères éthiopiens, aussi anciens que le déluge; enfin les stances prophétiques des sibylles d'Érythrée, de Cumes et de l'Hellespont, inspirées dans le grec de Pindare, aussi harmonieux que celui d'Homère, précédaient les grands volumes de magie.

Les livres plus récents étaient séparés des autres par des instruments de chimie, d'astrologie et de médecine. On y eût remarqué de nombreux traités de presque toutes les sciences, les meilleurs volumes d'histoire et de métaphysique, ainsi que le résumé de leurs progrès jusqu'aux âges modernes, les livres sacrés des dix-huit grandes sectes du globe avec des commentaires précieux; les traditions des peuples slaves sur l'origine des grandes nationalités européennes, et à côté des mémoires de l'Académie des sciences physiques de Florence, fondée, comme on sait, par le cardinal de Médicis (il paraîtrait que les cardinaux aiment à fonder les Académies), les œuvres des Pères de l'Église latine et grecque; puis, serrés par des parchemins séculaires, de ligneux manuscrits en langue chaldéenne, les annales des astres, l'histoire de la disparition de telles étoiles d'autrefois, des diverses catastrophes célestes ainsi que de leurs signes et de leur influence sur la pensée humaine et les destins universels.

Un moderne, à l'aspect de pareils vestiges, se dirait simplement, presque malgré lui:—«Nous avons dépassé cela.»—Le sourire et la plaisanterie semi-respectueux dont il pourrait accompagner sa réflexion, la nuance de hauteur polie et froide qui percerait dans son allure et son débit, trahiraient la conviction de sa supériorité. Cela s'explique. Les esprits anciens étaient, pour la plupart, des esprits à systèmes fixes: ils avaient la ferveur de leur idée. Or, l'irrésolution est l'essence même de l'air que respire notre époque. Les hommes de croyance immuable font l'effet, vis-à-vis de la majorité, de Risibles et d'Insociables.

On les évite avec soin. Le sentiment du terme exact est inné aujourd'hui à ce point que le nom de Dieu, par exemple, semble tacitement rayé des conversations et de la philosophie. On le relègue dans les lexiques, les prônes et les livres de piété. Il est même devenu de mauvais goût de le risquer à tout propos comme le faisaient les mousquetaires et les gentilshommes très chrétiens du grand siècle en France. On le laisse tranquille et on ne s'en sert presque plus,—si ce n'est dans le moment d'un danger, où l'on juge à propos de s'en souvenir;—hors de là, le nom de Dieu ne s'emploie guère que pour clore avec dignité une dissertation quelconque,—ce qui est à dire pour dissimuler une gambade d'indifférence.

Ah! c'est le règne d'un doute sucé avec le lait d'une mamelle artificielle.

L'étonnement de vivre saute aux yeux si continuellement, que la plupart des hommes ne s'en inquiètent plus et que les trois quarts des penseurs européens ne savent plus à quoi s'en tenir. Il s'incarne, de jour en jour plus avant, et comme avec un rire silencieux, dans le drame humain. Une espèce particulière d'indifférence, dont les annales de l'histoire ne font pas mention, glace, dans le cœur des individus, le sentiment du devoir; cet inexpugnable dégoût qui plane au-dessus des fronts, retient les élans du philosophe, du savant et de l'artiste d'une telle sorte que,—à part quelques intelligences d'élite, quelques derniers promoteurs de l'esprit humain,—on n'a plus guère de cœur à l'ouvrage.

Le manque d'humilité et d'espérance a donné pour résultat l'ennui égoïste et dévorant. Le progrès est devenu d'une évidence et d'une nécessité douteuses: d'ailleurs, l'économie politique, mise en demeure de formuler une possibilité d'avenir, sinon satisfaisant, du moins en rapport avec les instincts de notre conscience, n'aboutit, après les plus sublimes efforts, qu'à de ridicules ténèbres. On n'est plus religieux, on est timoré. Plus de jeunesse et plus d'idéal. L'inquiétude s'installe dans la famille, dans la justice et dans l'avenir. Comme les dieux et comme les rois, l'Art, l'Inspiration et l'Amour s'en vont!... Les pays se déversent les uns dans les autres et les sociétés se croisent sans se comprendre et sans tenir à se comprendre. Riches et pauvres, travailleurs et désœuvrés, nous sommes emportés dans la tristesse par un vent de sépulcre, d'effarement et de malaise.—La question de ce que la Mort nous réserve dans la profondeur est passée, pour la plupart des gens, à l'état d'oiseuse et d'insignifiante; la dérisoire stérilité d'analyse que présente ou paraît présenter toute hypothèse à ce sujet, semble si intuitivement démontrée aujourd'hui, que les mystiques eux-mêmes, en grand nombre, se laissent gagner pour la tiédeur générale.

En philosophie, cependant,—bien que l'on maugrée en soi de l'impuissance où l'on s'estime, assez gratuitement peut-être, d'acquérir, de façon ou d'autre (après tant d'échecs!), une certitude quelconque de quoi que ce soit,—on ne cesse de réfléchir à la Mort, chacun suivant sa sphère d'idées, et de s'intéresser à ce phénomène. On dirait que la Mort a jeté son ombre sur ce siècle. Les heures d'enthousiasme pour les diverses branches de l'arbre de la vie, pour les distractions, les questions secondaires, les arts, les découvertes scientifiques, etc., sont sonnées. On ne s'émeut plus.—La prévoyance de la nature est grande: elle prépare ses effets de longue date; on dirait que l'humanité va tout à coup ressentir une totale, une définitive surprise de quelque chose, et que, d'instinct, elle réserve ses forces pour la ressentir.

«Cependant,»—penserait le moderne,—de quoi ne serait-il pas improbable, d'avance, que nous puissions être sérieusement émus? Tout ce que la poésie et la mythologie des anciens ont pu rêver de colossal et d'étrange est dépassé par notre réalité. Les dieux ne sont plus de notre puissance; leur tonnerre est devenu notre jouet, notre coureur et notre esclave. Les ailes de l'aigle? l'empire des nuages? N'avons-nous pas le gaz hydrogène pour nous promener dans les cieux? Quel Pégase pourrait suivre un train-express et jouter d'haleine avec lui? Quel Mercure obéirait avec la promptitude d'un télégraphe électrique? Que devient la Renommée aux cent trompettes devant les millions de voix infatigables de la presse? Quelle figure Neptune jugerait-il convenable de prendre en face de nos Léviathans, de nos môles et de nos chaînes sous-marines?... Que dirait le rigide Rhadamante à l'aspect de nos grandes villes si bien policées?—Phébus-Apollon? mais nous l'avons réduit à prendre nos ressemblances! nous l'avons érigé notre peintre favori.—Hercule et ses douze travaux nous feraient sourire: par exemple, il tua le lion de Némée, à lui seul; n'avons-nous pas des personnes qui tuent, par goût, des cinquantaines de lions, à elles seules?—Quel étonnement marquerait la physionomie d'Esculape s'il daignait jeter les yeux sur nos traités d'anatomie, de physiologie, de médecine pratique et de chirurgie?...

Les muses?—Mais n'avons-nous pas des femmes de lettres, des cantatrices, des danseuses et des tragédiennes vis-à-vis desquelles la comparaison ne serait peut-être pas à leur avantage?—Parlerons-nous d'Éros, de l'anacréontique Éros? Le pathologiste moderne se trouve en mesure d'accorder mensuellement aux vieillards dissolus la permission de déposer leur «modique offrande sur l'hôtel de Vénus.» Et, quant à Vénus, nous la croyons sinon vieillie, du moins surfaite: la terre a plus de Vénus réelles que l'Olympe n'en peut fournir. Celui auquel il a été donné de voir, de plus ou de moins près, certaines femmes d'Angleterre, de Circassie, d'Italie et de Pologne,—voire même de France,—n'admet guère la supériorité de Vénus. Quant à l'Empyrée, une feuille de chanvre arabe dans un cigare, trois pastilles de haschich égyptien sur la langue ou quelques gouttes d'opium brun dans la carafe d'un narguilhé, et nous le voyons aussi bien que les dieux,—mieux peut-être. D'ailleurs, qu'avons-nous besoin de nous créer des mirages de mondes illusoires? En avons-nous envie?... Nous allons les chercher et nous les découvrons en réalité,—témoins les deux Amériques, l'Australie et les centaines de mondes de l'Océanie.—Le Pinde et le Parnasse inaccessibles supporteront demain les rails de fer, et l'Hippocrène, fontaine sacrée, fournira d'excellente vapeur. La sagesse de Minerve battrait passablement la campagne devant la dialectique allemande. Pour ce qui est du dieu Mars, nous ne voulons pas humilier sa glorieuse massue, mais nous croyons pouvoir affirmer une chose; choisissons l'Iliade pour sujet, par exemple: les Grecs, munis de dix ou de douze rois, de cinquante ou de soixante mille hommes et du secours des dieux, mirent dix ans à prendre Troie, encore, fut-ce à nous ne savons quelle ruse aléatoire, baroque et inavouable, qu'ils durent leur succès; eh bien! quand même Achille, Agamemnon, Ulysse, Ajax, fils de Télamon ou d'un autre, peu importe, se seraient joints, pour la défendre, à Pâris, Hector, Priam, etc., et quand même ils y eussent été commandés par tous les dieux, le dieu Mars en tête,—un détachement d'artillerie débarqué par les paquebots à vapeur de la Méditerranée, muni d'une douzaine de fusées à la congrève qui portent à près de deux lieues et battent en brêche à cette distance, d'autant de mortiers à bombes et de canons rayés, l'aurait prise en dix minutes.—Positivement, les dieux ne sont plus de force avec nous sur aucune espèce de terrain. Les Titans commencent à prendre le dessus; les chaînes du vieux Prométhée, pétrifié sur son rocher de Scythie, se sont rouillées et le bec de l'aigle s'est recourbé de vieillesse. Ne serait-il pas permis, d'après tout ceci, d'inférer que, si peu que soient les hommes, les dieux valent moins encore?...—Que Jupiter, par exemple, s'avise de revenir jouer Amphitryon ou de faire des miracles, on le traduira simplement à l'une des polices correctionnelles de l'Europe, et, s'il prétendait nous échapper, il y aurait extradition instantanée sur tout le globe, que nous manions comme une pomme désormais. Nous sommes un peu maîtres chez nous, aujourd'hui; et nous avons des haches et des tonnerres que doivent craindre les divinités, sans que cela paraisse.»

Voilà, certes, le raisonnement qui eût sommeillé dans le sourire et dans la plaisanterie du moderne dont nous avons parlé et les raisons de supériorité qu'il eût été en son pouvoir d'alléguer pour légitimer son dédain ou son indifférence vis-à-vis des ouvrages des anciens.

Le fait est que ces raisons, malgré le ton affecté, paraissent présenter, au premier abord, un front si imposant et si sombre, qu'elles s'emparent de l'esprit avec l'autorité de l'évidence.—Elles peuvent mener loin!... D'où vient, cependant, l'impossibilité que nous éprouvons de ne pas hésiter devant notre gloire, nos travaux et notre divinité de fraîche date? Nous la trouvons lourde, cette divinité! Suivant l'expression consacrée par le vulgaire, nous devons avoir l'air de parvenus, pour les dieux, tant nous nous tenons gauchement.

Bref, c'est peut-être le manque d'habitude, mais il nous serait dur d'être des dieux.

On ne sait quel instinct vient nous railler au plus fort de notre confiance dans l'avenir. Les prodiges qui nous environnent, les découvertes[1] de notre labeur perpétuel, tout en nous donnant un sentiment terrible et incontestable (par qui nous serait-il contesté?...) de notre valeur, éveillent en nous on ne sait quelle conviction désespérée... une tristesse irrémédiable, infinie! Le vide nous enveloppe obstinément: nous ne pouvons, en métaphysique, en n'acceptant que la Raison, mettre la main sur le troisième terme de la dualité (si tant est qu'il y ait logiquement dualité), pas plus que sur l'activité vivante, en médecine. Cela nous échappe et la question paraît devoir se reculer toujours, sans être jamais résolue, comme ces mirages dans les déserts. La nouvelle métaphysique matérielle,—nous parlons des plus récentes données venues d'Allemagne,—s'annonce de manière à continuer l'état de doute où nous sommes plongés;—un sentiment profond, et qui paraît indestructible, de la vanité de notre condition lutte sans cesse, en nous, contre l'estime de notre tâche; ce n'est plus: «que sommes-nous?» qu'il faut dire; c'est: «qui sommes-nous?» Toutefois, à propos de cette question de l'être et du néant, disparus et formulés tous deux à la fois dans on ne sait quel éternel devenir, la théorie de l'idéalisme hégélien semble sans appel; l'Antinomie qui affirme l'identité de l'opposition la plus abstraite et la démontre, dans son en-soi, en reconstruisant logiquement la Nature, l'Humanité, la Pensée,—en forçant, pour ainsi dire, l'Apparaître à expliquer le motif de son explosion,—en mettant la Raison humaine de pair avec l'Esprit du monde, enfin, cette antinomie n'a pas été suffisamment ébranlée.

Hélas! est-ce que nous serions le Devenir de Dieu? Quelle fatigue!

Oh! pourquoi l'idée de notre insuffisance intérieure domine-t-elle le pressentiment de notre immense destinée!... Pourquoi ne saurions-nous, quand nous osons nous regarder en face, nous résigner à n'être que plus que des dieux!... Si le progrès, le processus indéfini, donne le bien-être, et, trouvant sa justification dans la nécessité, est l'unique raison de l'existence, d'où vient cette lassitude (nous ne disons pas cette négation), ce malaise presque universel, ce peu d'enthousiasme pour lui?... L'on n'avancera pas que ce mouvement correspond à son abstraction et contient le premier terme d'une détermination ultérieure:—cette nécessité ne nous paraît pas nécessaire. D'où vient cette réaction instinctive de notre conscience, qui fait que, tout en reconnaissant à demi l'évidence du Progrès[2], tout en nous laissant aller quelquefois à l'admiration devant l'idée de ses profondeurs futures, nous le déplorons souvent et nous regardons les faits spontanés de la conscience passée, les croyances, réputées aujourd'hui absurdes, avec tristesse et sympathie?...—D'où vient, disons-nous, cet état mixte, extraordinaire, que nous sentons peser autour de nous depuis longtemps et dont la formule, en abstraction, serait capable de faire douter de la Raison humaine, de sanctionner logiquement le quia absurdum des mystiques?

Il est difficile de répondre à cela d'une manière satisfaisante; d'ailleurs, ne serait-il pas permis d'ajouter qu'un soulèvement, une oscillation aux pôles, une saccade volcanique, un de ces tremblements qui sont les accidents périodiques du globe, la condition sine qua non et le régime de la planète (révolutions que la géologie découvre par milliers), qu'un accident de cette nature, enfin, sans parler de l'hypothèse désormais très présentable d'un choc, suffirait pour que tout notre progrès courût grand risque d'aller rejoindre, à son rang, les civilisations assyriennes, les empires des vieux mondes et la science des mages hiéroglyphytes, dans la suprême nuit de l'éternité?

Notes in this chapter

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