LIVRE II OPÉRATIONS ANALYTIQUES (continued 3)
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Pour l’historien, la solution du conflit est évidente[182]. Les observations contenues dans les documents historiques ne valent jamais celles des savants contemporains (on a montré pourquoi). La méthode historique indirecte ne vaut jamais les méthodes directes des sciences d’observation. Si ses résultats sont en désaccord avec les leurs, c’est elle qui doit céder ; elle ne peut prétendre, avec ses moyens imparfaits, contrôler, contredire ou rectifier les résultats des autres ; elle doit au contraire employer leurs résultats à rectifier les siens. Le progrès des sciences directes modifie parfois l’interprétation historique ; un fait établi par l’observation directe sert à comprendre et à critiquer des documents : les cas de stigmates et d’anesthésie nerveuse observés scientifiquement ont fait admettre les récits historiques de faits analogues (stigmates de quelques saints, possédées de Loudun). Mais l’histoire ne peut pas servir au progrès des sciences directes. Tenue par ses moyens indirects d’information à distance de la réalité, elle accepte les lois établies par les sciences qui ont le contact direct avec la réalité. Pour rejeter une de ces lois il faudrait de nouvelles observations directes. C’est une révolution qui peut être faite, mais seulement au centre ; l’histoire n’a pas le pouvoir d’en prendre l’initiative.
La solution est moins nette pour les faits en désaccord seulement avec un ensemble de connaissances historiques ou avec les embryons des sciences de l’homme. Elle dépend de l’opinion qu’on se fait de la valeur de ces connaissances. Du moins peut-on poser la règle pratique que pour contredire l’histoire, la psychologie ou la sociologie, il faut avoir de bien solides documents ; et c’est un cas qui ne se présente guère.