← Table of contents
Histoire naturelle des oiseaux d'Afrique, t. 1

OISEAUX DE PROIE NOCTURNES.

Reading edition

LE CHOUCOU, No. 38.

Illustration from Histoire naturelle des oiseaux d'Afrique, t. 1
Illustration from Histoire naturelle des oiseaux d'Afrique, t. 1

En parlant des oiseaux de proie d’Afrique, nous avons, par un enchaînement naturel, parcouru toutes les grandes espèces, depuis l’aigle que j’ai nommé griffard jusqu’aux plus petits oiseaux de cet ordre. Nous allons maintenant faire connoître les oiseaux de proie nocturnes de ces contrées lointaines, lesquels semblent tenir à ceux de jour par une espèce que j’ai nommée Choucou. Cet oiseau participant également et des oiseaux de proie de jour et des chouettes, est bien propre à remplir l’intervalle qui paroissoit les séparer. Edwards est le premier qui nous a donné la description et la figure d’une espèce de ce genre intermédiaire, sous le nom de caparacochx de la baie de Hudson ou de hawk-owl, chouette épervier[22]. Buffon nous a donné aussi une espèce absolument du même genre, sous le nom de chouette à longue queue de Sibérie: espèce qui paroît encore plus se rapprocher de notre Choucou africain que le caparacochx.

Le Choucou, par sa forme alongée, approche encore plus des oiseaux de proie de jour que le caparacochx. Il a la gorge, le cou par devant, la poitrine et généralement tout le dessous du corps, depuis le bec jusque sous la queue, y compris le dessous des aîles, les jambes, le tarse et les doigts, couverts de plumes soyeuses d’un blanc éblouissant. Celles qui recouvrent les jambes sont fort longues et descendent si bas qu’elles couvrent entièrement les pieds, dont on n’apperçoit absolument que les ongles; ceux-ci sont noirs, ainsi que le bec qu’on remarque à peine, tant il est environné, jusqu’aux narines, de plumes fines qui ressemblent à des poils. Les yeux ont une couleur orangée très-vive. Le dessus de la tête, le derrière du cou et le manteau sont d’un gris-brun roussâtre; les couvertures des aîles ajoutent à cette même teinte des taches blanches; toutes les pennes des aîles sont lisérées de blanc à leurs pointes. La queue est composée de douze pennes, dont les deux du milieu sont entièrement du même gris-brun que les aîles; les autres, sur ce même fond, portent, dans leurs barbes extérieures, des bandes transversales d’un beau blanc; les barbes intérieures de la queue étant blanches sans aucune rayûre, elle est en dessous absolument de cette couleur.

Le Choucou a le corps mince, fluet et alongé; sa tête est ronde, son bec très-petit et ses tarses fort courts. Il a tous les gestes et les mouvemens de tête de la chevèche et des chouettes en général, sans en avoir la stupidité. L’aîle pliée s’étend jusqu’au milieu de la queue, qui est étagée comme celle du coucou d’Europe, oiseau auquel il ressemble par sa forme alongée et par ses pieds courts: il n’a cependant qu’un doigt derrière et trois par devant; mais j’ai observé que le doigt extérieur se tourne quelquefois en avant, quand l’oiseau est perché; ce qui joint à sa forme, pourroit le faire prendre pour un oiseau du genre des coucous. Nous remarquons la même particularité dans la chevèche et le scops, oiseaux de nuit qui tous deux se perchent souvent de cette même manière. J’ai remarqué également dans quelques autres oiseaux, dont le caractère des pieds est d’avoir les doigts placés deux à deux, qu’ils ramènent, au contraire quelquefois en avant leurs doigts extérieurs de derrière; telle est l’habitude du touraco, dont souvent les doigts d’un des pieds sont posés d’une façon, pendant que ceux de l’autre le sont d’une manière différente.

Ce caractère de la conformation des doigts du Choucou appartient sans doute aussi au hawk-owl d’Edwards; mais ce naturaliste ne l’aura point saisi, parce qu’il n’a vu apparemment que la peau rembourrée de cet oiseau; sans quoi cette observation ne lui seroit certainement point échappée.

Les colons du pays d’Auteniquoi nomment le Choucou nagt-valk (faucon de nuit); au Cap on donne en général, comme je l’ai dit, à tous les petits oiseaux de proie le nom de valk (faucon).

Le Choucou ne paroît qu’après le crépuscule; et déja les oiseaux nocturnes se sont fait entendre de toutes parts, que celui-ci est encore dans sa cachette; il ne se montre enfin qu’au moment où l’on commence à ne plus distinguer bien nettement les objets. On l’entrevoit voler avec une si grande rapidité, en rasant la terre ou les arbres à la lisière d’un bois, que l’œil le plus attentif ne peut suivre ses mouvemens. J’ai vainement tenté d’en tuer un; et, quoique la grande habitude de la chasse m’ait rendu assez adroit dans cet exercice, j’avouerai pourtant n’avoir pu parvenir à l’abattre à coups de fusil; parce qu’il est impossible de le suivre assez de tems pour le viser dans l’obscurité: et sans le plus heureux des hasards, j’aurois probablement quitté l’Afrique sans avoir pu me procurer cette charmante espèce. J’étois campé dans le pays d’Auteniquoi; mes tentes étoient placées à l’entrée de la forêt, et régulièrement tous les soirs nous voyons voler près de nous deux oiseaux auxquels j’avois en vain tiré au hasard plus de trois cents coups de fusil pendant l’espace d’un mois. Nous étions parvenus précisément dans cet instant où les pluies continuelles nous ayant inondés et mouillés de toutes parts, nous saisîmes un jour de soleil pour faire sécher tous nos effets moisis par l’humidité; j’avois de même fait étendre à terre un filet de cailles pour le préserver; heureusement que, par la négligence de mes Hottentots, ce filet resta tendu toute la nuit, de sorte que le matin, en passant auprès pour aller chasser, j’apperçus mes deux oiseaux qui s’y étoient empêtrés, soit en rasant la terre, comme je leur avois vu faire pour attraper les insectes dont ils se nourrissent, soit peut-être en voulant saisir ceux qui s’y étoient eux-mêmes engagés. Je les débarrassai du filet, bien content d’avoir en ma possession ces deux jolis oiseaux, que je me doutai bien être ceux qui m’avoient déja tant coûté de poudre et de plomb si inutilement. Je les fis mettre dans une cage, où ils moururent au bout de trois jours, ayant constamment refusé de prendre aucune nourriture. J’étois certain que ces deux oiseaux étoient précisément les mêmes que j’avois en vain guettés si long-tems; car depuis cet instant il n’en reparut pas d’autres.

Quelques tems après, étant campé à Pampoen-kraal, j’apperçus un autre couple de ces mêmes oiseaux, que j’attrappai de la même manière, en laissant mon filet tendu toute la nuit. Mais comme les deux premiers s’étoient beaucoup salis dans la cage, je tuai et préparai aussitôt ces deux derniers. J’ai donné le portrait du mâle, de grandeur naturelle, dans la planche No. 38. La femelle, un peu plus petite, ne différoit de son mâle que par le blanc moins pur du dessous du corps. Je n’ai trouvé dans leur estomac que des débris d’insectes et des os d’une espèce de petite grenouille très-commune, qui se tient sur les arbres et les buissons. Dans aucun tems, je n’ai vu ni entendu ces oiseaux que la nuit. Edwards nous apprend que le hawk-owl chasse et vole en plein jour; ce que ne fait absolument point l’espèce que j’ai décrite. J’assure même ne l’avoir jamais rencontrée ni apperçue pendant le jour, malgré toutes les recherches que j’en ai faites. Mais il m’arrivoit très-souvent de faire lever tous les autres oiseaux de nuit: preuve certaine du soin avec lequel se cache celui dont nous parlons. Cela me porte assez à croire que cette espèce se retire dans des trous d’arbres. Il est probable qu’elle y pond aussi, comme me l’ont certifié tous mes Hottentots, qui m’ont même dit que leurs œufs étoient blancs. Je ne l’assurerai pas, ne les y ayant point vus; mais à une odeur très-particulière qu’ont en général tous les oiseaux qui se retirent dans des trous d’arbres, et que j’ai remarquée à ceux-ci, j’ai tout lieu de présumer qu’en effet ils ont la même habitude[23].

Je n’ai trouvé le Choucou que dans le pays d’Auteniquoi. J’ai aussi apperçu mainte fois, vers le Sondag et le Swarte-kop, ainsi que dans l’intérieur des terres, pendant le retour de mon premier voyage, plusieurs oiseaux voler le soir précisément de la même manière et avec la même vîtesse que le Choucou; mais ceux-ci m’ont paru être au moins le double plus grands. N’ayant pu parvenir à tuer, ni à prendre un individu de cette espèce, quoique j’aie tendu mon filet exprès, comme par le passé, je ne puis en dire rien de plus. Il est à présumer cependant que ces oiseaux de nuit appartiennent aussi à la même famille, et qu’ils formeront une quatrième espèce à ajouter au caparacochx de la baie de Hudson, au Choucou d’Auteniquoi et à la chouette à longue queue de Sibérie.

Ce que j’ai dit de la rapidité du vol de ces oiseaux, apperçus vers le Sondag et le Swarte-kop, prouve qu’on ne peut raisonnablement les soupçonner d’être une espèce d’engoulevent. Ces derniers ayant le vol bien moins rapide et plus analogue enfin à celui des chouettes.

Pendant l’action du vol, le Choucou est très-criard. On l’entend sans cesse répéter, d’une voix pincharde, les syllabes cri-cri-cri—cri-cri-cri—cri-cri-cri, qu’il précipite d’une manière remarquable lorsqu’il passe près de l’homme ou d’un animal quelconque. Ces oiseaux sont peu farouches; ils m’approchoient de si près en volant, que je sentois, sur mon visage, le vent de leurs aîles. Les deux premiers Choucous, que j’ai gardés vivans l’espace de trois jours, restoient très-tranquilles pendant la journée; mais en revanche ils étoient en mouvement toute la nuit. La grande lumière paroissoit les gêner beaucoup, et lorsqu’il m’arrivoit de les placer au soleil, je les voyois tout aussitôt fermer leurs yeux et cacher leur tête.

LE CHOUCOUHOU, No. 39.

Illustration from Histoire naturelle des oiseaux d'Afrique, t. 1
Illustration from Histoire naturelle des oiseaux d'Afrique, t. 1

Cette chouette africaine est bien propre encore à remplir le très-petit intervalle qui paroissoit séparer le choucou des chouettes; sa queue, plus longue qu’elle ne l’est ordinairement dans les oiseaux de ce genre, est à peu près aussi étagée que dans le choucou. Sa tête est également moins grosse; son bec est de même d’une petite structure et se trouve presque entièrement caché dans les plumes poileuses qui environnent sa base et couvrent absolument les narines. Son corps, moins ramassé et plus svelte que celui des chouettes, est encore un caractère qui, joint à ceux dont nous venons de faire mention, font tenir à cet oiseau le milieu entre l’espèce précédente et les autres chouettes dont nous avons encore à parler.

Le Choucouhou est à peu près de la grosseur de notre moyen-duc; mais il est cependant plus alongé, et ses pieds sont aussi plus longs. Ses aîles pliées s’étendent aux trois quarts de la longueur de la queue; les tarses et les doigts sont couverts de plumes soyeuses très-déliées; le bec et les ongles sont d’un brun-noir et les yeux d’un jaune de topase foncé. La gorge est ornée d’une espèce de collier ou plaque blanche. Le reste du plumage est agréablement varié en dessus de brun de différentes teintes, lequel, en se dégradant insensiblement du ton le plus foncé au ton le plus clair, se trouve plus ou moins varié de blanc. La poitrine et le dessous du corps portent les mêmes couleurs; mais elles sont plus régulièrement distribuées en une rayûre festonnée, dont le fond blanchit à mesure qu’il s’approche du ventre et des jambes. Les plumes soyeuses qui couvrent les tarses et les doigts jusque sur les ongles, sont d’un gris blanchâtre. La queue est en dessous rayée de brun-noir et de blanc roussi; en dessus le blanc est plus pur et le brun moins foncé. Je renvoie mon lecteur à la figure que j’ai publiée de cet oiseau. Elle lui donnera une idée plus parfaite de ses couleurs et de leurs distributions, qu’une énumération exacte des différentes nuances de son plumage, dont un long détail seroit d’autant plus ennuyeux à lire que l’oiseau seroit plus exactement décrit.

Je n’ai rencontré le Choucouhou que dans le voisinage de la rivière d’Orange et chez les Grands Namaquois, pays où je l’ai vu très-fréquemment. Quoique cette espèce de chouette ne se montre que durant la nuit, je l’ai apperçue plusieurs fois étant à la chasse dans le bois, et j’ai remarqué même qu’elle voloit très-bien en plein jour et pendant la clarté du soleil; mais pour l’appercevoir il falloit, ou qu’un coup de fusil l’eut fait lever, ou qu’on s’approchât de l’arbre sur lequel elle étoit perchée. Je doute cependant que cette chouette chasse dans d’autres momens que le soir ou au point du jour. Car lorsqu’il m’arrivoit d’en rencontrer une en plein midi, tous les petits oiseaux l’entouroient et se jetoient sur elle, en la poursuivant jusqu’à ce qu’elle se fut cachée de nouveau; et elle ne leur faisoit aucun mal. Elle paroissoit, au contraire, fuir à leur approche, et s’éloigner d’eux sans chercher même à leur faire la moindre résistance; seulement, de tems à autre, elle laissoit échapper un cri plaintif, à peu près le même que celui que fait entendre notre effraie lorsqu’elle vole le soir. Elle faisoit aussi un craquement de bec fort particulier et qu’on entendoit d’assez loin.

Je n’ai pu rien apprendre de positif ni sur la ponte, ni sur la manière dont cet oiseau construit son nid. La femelle est un peu plus forte que le mâle; mais elle en diffère d’ailleurs très-peu par son plumage, qui est seulement moins flambé de blanc. Ses yeux m’ont aussi paru d’un jaune un peu moins foncé. Lorsque nous étions campés, et que nos feux du soir étoient allumés, ces oiseaux venoient voler au-dessus de notre camp, et quelquefois leurs cris lugubres nous empêchoient de dormir; mais nous les tuions facilement à la clarté du feu ou de la lune.

LE GRAND-DUC, No. 40.

Illustration from Histoire naturelle des oiseaux d'Afrique, t. 1
Illustration from Histoire naturelle des oiseaux d'Afrique, t. 1

Le Grand-duc du Cap de Bonne-Espérance me paroît absolument n’être qu’une variété de l’espèce que nous trouvons en Europe; il a précisément les mêmes caractères et à peu près les mêmes couleurs; il m’a semblé seulement un peu plus petit et plus ramassé. Il porte aussi deux espèces d’oreilles, formées par deux longues touffes de plumes qui s’élèvent de chaque côté du front, précisément au-dessus des yeux, et que l’oiseau a la faculté de relever quand il lui plaît, mais qui la plupart du tems restent appliquées contre la tête. Ces espèces d’oreilles, sont le seul caractère distinctif par lequel on reconnoît des autres oiseaux nocturnes, ceux auxquels les nomenclateurs ont donné le nom de duc. Nous connoissons en France trois espèces différentes de ces oiseaux à plumes relevées sur la tête: savoir, le grand-duc, le moyen-duc et le petit-duc ou scops. Non-seulement ces trois espèces se trouvent aussi en Afrique, mais elles paroissent généralement répandues dans tout l’ancien continent, où l’influence du climat a peu changé leurs couleurs; car la différence la plus remarquable de leur plumage est d’être simplement plus ou moins foncé de brun ou taché de noir; variations que nous observons également dans les différens individus tués dans le même pays.

Quant au Grand-duc de Virginie, décrit par Edwards, Buffon s’est mépris en le regardant aussi comme une simple variété de notre Grand-duc; j’ai examiné cinq de ces oiseaux du nouveau continent, et je leur ai trouvé des caractères très-distinctifs de ceux de l’ancien. Premièrement les oreilles ou aigrettes, comme l’a très-bien remarqué Edwards, partent de la base du bec dans le Grand-duc de Virginie ou de la baie de Hudson; tandis qu’elles sortent directement au-dessus des yeux dans les autres. De plus il y a aussi une différence marquée dans la construction des aîles de ces oiseaux et dans la longueur de leur queue: caractère que le climat ne change jamais. Nous remarquerons encore que le plumage du Grand-duc d’Amérique est rayé transversalement d’une manière très-régulière, tandis que dans notre Grand-duc il est taché suivant la longueur des plumes. J’ai examiné trente-deux Grands-ducs d’Europe, et je n’en ai vu aucun dans ce nombre dont les aigrettes partissent de la base du bec. Il se peut que dans la figure qu’Aldrovande a donnée du Grand-duc, le peintre ait placé les aigrettes sur le nez; mais ce n’est point d’après une mauvaise figure que l’on doit établir les caractères d’un animal; et Buffon a eu tort, d’après l’inspection de cette seule figure, de conclure que cette variété se trouvoit également en Europe. Au reste, ce n’est pas la première fois que nos ornithologistes ont donné aux oiseaux des caractères pris au hasard, soit d’après des dessins peu corrects, soit d’après les imperfections d’un individu mutilé, qu’ils n’avoient jamais vu que dans un cabinet.

C’est sur les bords de la rivière des Éléphans que j’ai trouvé, en Afrique, le Grand-duc. Il est un peu plus petit que ceux que j’ai vus en Europe; il a généralement aussi plus de noir dans le plumage du dos et des aîles. Les yeux, le bec et les ongles sont absolument de la même couleur. La ponte est de trois œufs; et c’est dans les rochers que la femelle les dépose, sur un tas de petites branches, mêlées de mousse et de feuilles sèches.

LE MOYEN-DUC.

Notre Moyen-duc se trouve dans presque toute la Colonie du Cap de Bonne-Espérance; il se retire et pond également dans les rochers, et on le rencontre souvent en plaine pendant le jour. Cette espèce a encore moins varié, dans le climat de l’Afrique, que celle du grand-duc.

LE SCOPS.

C’est dans le Camdeboo que j’ai trouvé le Scops ou Petit-duc. Ce charmant petit oiseau de nuit n’a absolument point varié en Afrique, ni pour la taille, ni pour les couleurs: il est parfaitement semblable à ceux que j’ai tués dans les environs de Paris.

J’ai également reçu de Cayenne un très-petit-duc qui m’a paru être de la même espèce que celui d’Europe et d’Afrique; ses couleurs étoient simplement plus roussâtres sur les aîles et le dos. Mais cet oiseau étant en Europe plus roux dans son jeune âge que lorsqu’il est adulte, il est probable que celui d’Amérique, que j’ai vu, n’avoit pas encore quitté la livrée de l’enfance qui, comme je l’ai déja fait observer, est généralement chez tous les oiseaux carnivores, mêlée de beaucoup de roux dans les premières plumes: cette couleur dominant même pendant toute la première année.

LA CHOUETTE[A].

Notre Chouette ou grande chevèche, comme l’a nommé Buffon[24] d’après Belon, se retrouve au Cap de Bonne-Espérance, où elle est tout aussi commune qu’en France. Cette espèce est encore une de celles que l’on voit également répandue, non-seulement dans toutes les différentes contrées de l’Europe, mais qui se rencontre aussi dans les autres parties du monde, où elle n’a pas varié d’une manière fort sensible. Les colons du Cap donnent généralement le nom hollandois de uyl à toutes les espèces de Chouettes indistinctement. Celle-ci est fort commune sur les montagnes, et particulièrement sur celles qui sont garnies de rochers; elle couve et élève ses petits dans leurs cavernes et s’y retire pendant le jour.

J’ai reçu de Cayenne une Chouette absolument pareille à celle du Cap et d’Europe.

J’ai ouï parler souvent aux colons du Cap d’une très-petite espèce de Chouette, sans oreilles ou aigrettes, que je n’ai jamais tuée, ni même apperçue. C’est probablement la chevèche[25] qu’ils vouloient m’indiquer. Il est même plus que probable que cet oiseau se trouve aussi en Afrique, puisque toutes nos autres espèces de Chouettes s’y trouvent également. Cependant je n’assurerai pas que la hulotte ou le chat-huant[26] habite cette partie du monde, ne l’y ayant jamais vue, et n’ayant pas même entendu dire qu’elle se trouvât dans aucun canton de la Colonie.

DE L’EFFRAIE.

L’Effraie ou Fressaie[27] est très-commune au Cap de Bonne-Espérance, où elle a moins varié encore que les espèces dont j’ai fait mention dans les articles précédens; car non-seulement elle y est absolument la même, mais on trouve qu’elle subit en Afrique les mêmes variations que dans nos climats glacés: je l’y ai vue avec tout le dessous du corps, ainsi que toute la face, d’une couleur roussâtre uniforme, qui est la livrée du mâle dans son jeune âge. Quelquefois le roux des parties inférieures se trouve parsemé de traits noirs; telle est la femelle dans son enfance. Adulte, le mâle a le dessous du corps d’un beau blanc, et la femelle porte des taches longuettes noires. Enfin, l’Effraie ou Fressaie est au Cap de Bonne-Espérance absolument le même oiseau qu’en Europe; mais comme dans ce pays peu habité il n’y a ni vieux châteaux, ni vieilles tours, elle se tient dans les cavernes des rochers, où elle pond, sur un amas de branches et de feuilles sèches, sept à huit œufs blancs. On l’apperçoit rarement pendant le jour; mais le soir elle se répand par-tout, et même dans la ville et sur les habitations à portée des rochers où elle se retire. Les colons, qui ont rapporté dans cette partie du monde les préjugés populaires de l’Europe, voient dans l’Effraie le messager de la mort, et lui donne le nom de dood-vogel (oiseau de la mort). Ils nomment les autres chouettes uylen, nom hollandois de tous les oiseaux nocturnes en général.

Tout ce que nous venons de voir sur le peu de variations qu’ont subi les mêmes espèces de chouettes en Europe et en Afrique, prouve assez que les différens climats ne changent pas autant les couleurs que Buffon paroît l’avoir cru. D’ailleurs, nous verrons, dans tous les genres, beaucoup d’autres oiseaux d’Europe lesquels se trouvent aussi en Afrique, et qui sont restés les mêmes sans avoir subi aucune altération, ni dans leurs couleurs, ni dans leurs caractères.

Jusqu’ici nous avons vu le grand-duc, le moyen-duc, le scops, la chouette et l’Effraie; tous oiseaux qui n’étant certainement point voyageurs, habitent probablement l’Afrique depuis la création du monde. Voilà donc déja cinq espèces bien constatées qui sont restées sans altération, depuis les glaces du nord de l’Europe, jusque dans les climats de la zone torride. Ces espèces ne sont pas seulement confinées au Cap même, mais se trouvent répandues dans l’intérieur de l’Afrique, et sans doute jusque sous la ligne.

J’ai tué des Effraies au Cap même, j’en ai tué chez les Grands Namaquois, j’en ai reçu du Sénégal, de l’Amérique méridionale, de la Chine, et enfin une de Russie; et je puis assurer n’avoir remarqué dans tous ces individus, quoiqu’ils aient habité des climats bien opposés, aucune différence sensible. Si en effet, la nourriture et la température influoient si fort sur la couleur des oiseaux, comme le prétend Buffon à chaque page de son ornithologie, pourquoi trouveroit-on sous la ligne des oiseaux dont le plumage est aussi terne et aussi simple que celui de nos oiseaux d’Europe? Non-seulement ceci a lieu, mais il est à remarquer même que toutes les femelles des espèces les plus brillantes, tels que les colibris, les oiseaux mouches et les sucriers, ont des couleurs sombres et uniformes; tandis que leurs mâles sont si vivement colorés qu’il semble que leurs plumes soient autant de pierres précieuses. Cependant ces femelles prennent certainement la même nourriture et habitent constamment et immédiatement la même température que leurs mâles. D’ailleurs, quoique nos oiseaux ne soient généralement point aussi brillans que certains oiseaux des pays brûlans, on voit cependant sur le plumage de beaucoup d’espèces des couleurs tout aussi vives que les leurs. Le rouge de nos pics et de notre chardonneret; le bleu de notre martin-pêcheur et du rolier; le jaune du loriot; l’éclat de notre étourneau et de la queue de la pie, ne le cèdent en rien à ces mêmes couleurs dans les oiseaux de l’Amérique ou de l’Inde; et de plus, le paon, le faisan doré de la Chine et tant d’autres oiseaux des Indes ou d’Amérique, que nous sommes parvenus à acclimater chez nous, n’y sont pas dégénérés encore pour le brillant et l’éclat de leurs couleurs; cependant il en est quelques-uns dont la transplantation date de plusieurs siècles. Aussi Buffon ne manque-t-il pas de paroître croire que notre martin-pêcheur s’est échappé de ces climats: «où le soleil, dit-il, verse avec les flots d’une lumière plus pure, tous les trésors des plus riches couleurs.»

LE HUHUL, No. 41.

Illustration from Histoire naturelle des oiseaux d'Afrique, t. 1
Illustration from Histoire naturelle des oiseaux d'Afrique, t. 1

Cette charmante et nouvelle espèce de chouette appartient au nouveau continent de l’Amérique méridionale, et se trouve à Cayenne, d’où je l’ai reçue. Elle portoit au pied une petite notice ou étiquette, sur laquelle se lisoit Chouette de jour: ce qui prouve qu’elle vole et chasse en plein jour. A considérer la forme totale de cet oiseau, on remarque qu’elle paroît encore plus se rapprocher des oiseaux de proie de jour que la chouette africaine que j’ai nommée choucouhou. Sa queue arrondie est fort longue, pour appartenir à une chouette. Sa tête n’est pas très-grosse non plus, en même tems que le bec est plus apparent que dans les chouettes ordinaires, puisque les narines sont entièrement découvertes, et seulement ombragées par quelques poils dirigés en avant. Tous ces caractères réunis, très-faciles à saisir, sont autant de marques distinctives qui placent naturellement le Huhul à côté du choucouhou d’Afrique, et même entre lui et le choucou, puisqu’il chasse en plein jour, et que son bec saillit plus en avant et ressemble davantage à celui des oiseaux de proie diurnes. Dans cette espèce, les aîles pliées s’étendent un peu plus loin que le milieu de la queue, dont la dimension surpasse les deux tiers de la longueur totale de l’oiseau, qui approche de la taille de notre chouette d’Europe. Le Huhul a le bec, les doigts et les serres d’un beau jaune. Tout son plumage, sur un fond noirâtre, est richement coupé par des écailles blanches, plus larges dans les parties inférieures et tout le dessous du corps que sur le cou et sur le dos. Le sommet de la tête est seulement ponctué de blanc. Les tarses sont couverts dans toute leur longueur de petites plumes noires, parsemées de taches blanches. Ces plumes, se terminant à la naissance des doigts de chaque côté, et se prolongeant ensuite sur celui du milieu, forment à cet oiseau des espèces de mitaines, telles qu’en portoient autrefois nos dames. Les aîles sont d’un brun de café brûlé; les grandes pennes ont absolument la même couleur, et les moyennes se terminent, ainsi que toutes les petites couvertures des aîles, par une bordure blanche. La queue, d’un brun noirâtre plus foncé que les aîles, est, comme je l’ai dit, étagée: toutes les pennes qui la composent sont terminées de blanc et rayées transversalement de trois bandes blanches; mais ces bandes, ne correspondant point l’une à l’autre, donnent à cette queue l’air d’être un beau marbre noir veiné largement de lignes blanches. N’ayant pas vu cet oiseau vivant, nous ignorons absolument quelle est la couleur de ses yeux: je les ai supposés jaunes, en attendant que nous en sachions davantage. Je n’ai jamais vu que trois individus de cette espèce, qui tous trois avoient été envoyés de Cayenne; mais il est probable qu’ils habitent très-avant dans l’intérieur du pays. Il n’y a que quatre ou cinq ans qu’ils nous ont été apportés pour la première fois, et il y a déja long-tems que nous connoissons toutes les espèces des environs de cette colonie.

On voit cet oiseau dans la superbe collection de M. Raye, à Amsterdam; j’en ai un dans mon cabinet, et j’ai vu le troisième chez le citoyen Desmoulins, peintre.

LA CHOUETTE A COLLIER, No. 42.

Illustration from Histoire naturelle des oiseaux d'Afrique, t. 1
Illustration from Histoire naturelle des oiseaux d'Afrique, t. 1

Voici encore une chouette américaine d’une espèce rare et peu connue, et dont je n’ai jamais vu qu’un seul individu. Ce bel oiseau, l’un des plus grands dans son genre, tient, pour la taille, le milieu entre notre grand-duc et la hulotte; il est remarquable par deux larges sourcils blancs qui couronnent ses yeux et tranchent sur le fond brun chocolat de sa face. Cette couleur foncée est également celle du derrière du cou, du manteau et du dessus de la queue, dont les pennes sont toutes terminées par une bordure blanche, et portent des rayûres de la même couleur qui les traversent. La poitrine est ceinte d’un large collier ou hausse-col brun; la gorge, le devant du cou, ainsi que les flancs et les recouvremens du dessous de la queue, sont blancs; les tarses et les doigts sont entièrement couverts de plumes soyeuses d’un blanc très-lustré. La queue est en dessous d’un gris blanchâtre rayé de brun foncé. Les couvertures des aîles et les scapulaires sont la plupart rayés de blanc-gris. Le bec est jaune à sa pointe et bleuâtre à sa base; les griffes sont noires.

Tout ce que j’ai pu apprendre au sujet de cette belle chouette, c’est qu’elle avoit été tuée sur une plantation dans les environs de Surinam.

LA CHOUETTE A AIGRETTE BLANCHE, No. 43.

Illustration from Histoire naturelle des oiseaux d'Afrique, t. 1
Illustration from Histoire naturelle des oiseaux d'Afrique, t. 1

Quoique la chouette de cet article porte des aigrettes, j’ai cru devoir la séparer des espèces auxquelles les nomenclateurs ont donné le nom de duc; parce que ses aigrettes sont absolument placées différemment et ne se redressent point de chaque côté du front en forme de deux oreilles relevées, comme dans le grand-duc, mais retombent, au contraire, le long du cou. Ces aigrettes prennent naissance à la base du bec, couronnent les yeux, en se détachant un peu en dehors, et retombent jusqu’au bas du cou; les plumes qui les composent sont longues, flexibles et d’un blanc éblouissant; les premières sont les plus courtes et les dernières les plus longues. Cet oiseau, très-rare encore dans nos cabinets d’histoire naturelle, habite la Guyanne, d’où j’ai reçu directement celui dont je donne ici la figure. Il est de la taille de notre moyen-duc; son bec est jaune, ses ongles sont bruns. Les aîles en repos atteignent le milieu de la queue, qui est arrondie par le bout, étant un peu étagée; les tarses sont entièrement emplumés jusqu’aux premières articulations des doigts, dont la couleur est brunâtre. Tout le dessous du corps de cette chouette, depuis sa gorge jusqu’aux recouvremens du dessous de la queue, porte une fine rayûre brune sur un fond blanchâtre, sali de roux-clair sur les côtés du cou, sur la poitrine et sur les culottes. Le dessus de la tête, le derrière du cou, les scapulaires, le manteau, les pennes des aîles et de la queue sont généralement d’un brun-roux plus ou moins foncé, imperceptiblement rayé d’un brun plus sombre. Des taches blanches répandues sur quelques-unes des couvertures des aîles, des scapulaires, sur les barbes extérieures des premières grandes pennes de l’aîle, ainsi que sur celles de la queue, tranchent agréablement sur le brun monotone et sombre de cet oiseau. Nous ignorons la couleur des yeux.

Je n’ai vu que trois individus de cette espèce, dont un est dans le cabinet du C. Gigot-Dorci; le second étoit dans la belle collection de feu Mauduit, qui a été achetée par le duc de Deux-Ponts, et le troisième se trouve dans la mienne.

LA CHOUETTE A MASQUE NOIR, No. 44.

Illustration from Histoire naturelle des oiseaux d'Afrique, t. 1
Illustration from Histoire naturelle des oiseaux d'Afrique, t. 1

Cette chouette est trop bien caractérisée par sa face entièrement noire pour ne pas lui laisser le nom que je lui ai donné; car elle paroît avoir réellement la figure couverte d’un masque noir, ce qui fait un effet d’autant plus remarquable, que tout le reste de son plumage par devant consiste en un duvet cotonneux d’un beau blanc. Le derrière de la tête, du cou et les scapulaires sont également blancs, et ne portent absolument aucune tache quelconque. Les aîles et la queue sont brunâtres: on remarque sur quelques-uns des scapulaires et des recouvremens des aîles plusieurs taches blanches et d’autres noires. Les pieds sont entièrement emplumés, de même que les doigts; le bec est noirâtre, ainsi que les griffes; la queue est très-courte dans cette espèce, et les aîles pliées ne la dépassent point. Cette rare chouette est tirée du cabinet du C. Gigot-Dorci, seule collection où je l’aie vue.

J’observerai que j’ai cru remarquer, au plumage de cet oiseau, qu’il avoit été tué, non-seulement au moment de la mue, mais que l’individu étoit encore dans son jeune âge. Il est donc possible que, plus âgée, cette espèce porte des couleurs différentes. Il n’est guère présumable que, dans cet état, l’oiseau dont je parle soit un jeune de quelques-unes des espèces de chouettes d’Amérique dont nous avons fait mention dans les articles précédens. Cependant le C. Dorci m’a assuré que celui-ci lui avoit été vendu pour un oiseau de Cayenne. Mais nous savons qu’en général les marchands en imposent souvent sur le nom des pays d’où viennent les objets d’histoire naturelle qu’ils nous vendent: non pas, à la vérité, pour nous induire simplement en erreur, mais pour donner plus de prix à leurs marchandises. Aussi combien de simples variétés d’une espèce très-commune, n’ont-elles pas été payées fort chèrement parce qu’on les faisoit passer pour être arrivées ou de la Chine ou des îles de la mer du Sud? noms favoris des marchands; parce que nous connoissons peu l’histoire naturelle de ces pays lointains! Au reste, si l’individu dont nous venons de parler est effectivement arrivé de Cayenne, et s’il est seulement le jeune âge d’une des espèces dont nous avons fait mention, nous pensons que ce sera probablement de celle que nous avons nommée huhul, plutôt que d’aucune des autres. Mais j’incline fort à le croire le jeune âge d’une chouette particulière et distincte dont nous ne connoissons point encore l’espèce dans son état parfait. Ceci nous prouve combien il seroit essentiel que les voyageurs s’attachassent à nous donner l’histoire suivie de chaque oiseau en particulier, depuis son enfance jusqu’à l’âge fait. La connoissance parfaite, ne fût-elle que d’une seule espèce, bien étudiée dans les divers états par où elle passe successivement, depuis le premier âge jusqu’au moment où elle a acquis tout le développement qui lui est propre, seroit bien plus utile, pour composer par la suite une histoire générale des oiseaux, que ces nombreuses collections formées de beaucoup d’individus isolés, sur lesquels on ne nous apprend absolument rien de particulier.

LA CHOUETTE BLANCHE, No. 45.

Illustration from Histoire naturelle des oiseaux d'Afrique, t. 1
Illustration from Histoire naturelle des oiseaux d'Afrique, t. 1

J’ai vu cette belle chouette dans la magnifique collection d’oiseaux de M. Raye de Breukelerward, à Amsterdam. Il ne faut pas confondre cette espèce, ni avec le grand-duc blanc de Sibérie, dont plusieurs auteurs font mention, et qui, suivant eux, n’est qu’une variété de notre grand-duc; ni avec le harfang: voyez les planches enluminées de Buffon, No. 458. La Chouette blanche, dont il est question, n’est point cette variété du grand-duc, devenu blanc par l’influence d’un climat froid; car elle ne porte point d’aigrettes relevées sur la tête, comme les ducs. D’ailleurs, les aîles du grand-duc n’atteignent que le bout de la queue; et dans notre Chouette blanche, elles le dépassent de plusieurs pouces: caractère bien remarquable, et qui la distingue encore du harfang, qui a la queue beaucoup plus longue et dont les aîles ne vont pas au-delà de la moitié de son étendue. Le harfang a la tête petite, et notre Chouette blanche l’a, au contraire, fort grosse. Enfin, le harfang est plus grand que notre Chouette blanche, qui, quoique aussi grosse que notre grand-duc, est cependant plus courte et plus trapue encore que lui. Voilà les caractères distinctifs de ces trois chouettes bien établis; ainsi je crois que nous pouvons conclure, avec certitude, que cette Chouette blanche est une espèce particulière et différente de celles avec lesquelles nous l’avons comparée. On ne sera donc pas tenté, je pense, de les confondre ensemble.

On ne peut donner un nom plus convenable à cette chouette que celui par lequel je l’ai désignée; car tout son plumage est entièrement d’un blanc de neige, sur lequel se remarquent seulement quelques petites taches noires très-rares, répandues sur quelques couvertures des aîles et sur deux des grandes pennes. Les plumes soyeuses qui couvrent les tarses et les pieds sont si touffues qu’on n’apperçoit absolument aucun des doigts; on voit seulement le bout de toutes les griffes, qui sont noires; le bec est aussi de cette couleur. J’ignore le pays d’où vient cet oiseau, mais il est probable qu’il habite quelque climat froid.

LA CHEVECHETTE, No. 46.

Illustration from Histoire naturelle des oiseaux d'Afrique, t. 1
Illustration from Histoire naturelle des oiseaux d'Afrique, t. 1

Voici sans contredit, la plus petite de toutes les espèces de chouettes connues, puisqu’elle est d’une taille inférieure à notre scops ou petit-duc, et par conséquent bien plus petite encore que notre chevèche, à qui elle ressemble pourtant beaucoup par la couleur du plumage. La figure que j’ai donnée de cet oiseau le représente de grandeur naturelle; il a le bec jaune et les griffes d’un brun-noir; les aîles ne dépassent pas l’origine de la queue. Des poils longs et roides partent de la base du bec et de la gorge en se dirigeant en avant. La queue de cette chevèche est assez longue, vu la petitesse de l’oiseau. Ce dernier caractère le distingue parfaitement de notre chevèche, qui a la queue très-courte et dont les aîles atteignent le bout. La Chevechette a le plumage d’un brun sombre sur la tête, les aîles et la queue. Cette couleur est égayée, dans ces mêmes parties, par plusieurs taches blanches, qui sont en très-grand nombre et très-petites sur le front et sur les joues. Sur les aîles les taches sont bien plus sensibles. La queue est traversée de quatre bandes blanches. La gorge et le cou par devant sont d’un blanc varié de brun-clair, ainsi que le ventre et les recouvremens du dessous de la queue. La poitrine et le sternum sont couverts de plumes, brunes, variées d’un blanc sali. Les tarses et les doigts sont entièrement emplumés.

Je ne connois pas le pays de cette jolie petite chevèche, qui se trouve aussi dans le cabinet de M. Raye, à Amsterdam. Celle que je possède me vient du citoyen Dufrêne, aide-naturaliste du Muséum National d’histoire naturelle.

Notes in this chapter

Explore with AITake your curiosity a little further.

Reading settings