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Histoire naturelle des oiseaux d'Afrique, t. 1

OISEAUX DE PROIE. (continued 2)

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Dans cette espèce, la femelle diffère du mâle en ce qu’elle est un peu plus forte, et que la couleur de la base de son bec et de sa tête est moins rougeâtre et tire davantage sur le jaune. Dans son jeune âge, l’Ourigourap a toute la partie nue de la tête et de la gorge, couverte d’un duvet grisâtre; et dans les mois de novembre, décembre et janvier, qui est le tems des amours, la couleur du bec du mâle est plus rouge que pendant le reste de l’année.

Je soupçonne beaucoup que le vautour brun de Brisson, tome I, page 455, ou le vautour de Malte de Buffon, planches enluminées, No. 427, n’est qu’une variété de l’Ourigourap; je ne l’assurerai pourtant pas, n’ayant jamais vu cet oiseau en nature et ne le connoissant que par la description de Brisson et la figure coloriée que j’ai citée ci-dessus.

DES BUSES.

LE BACHA, No. 15.

Illustration from Histoire naturelle des oiseaux d'Afrique, t. 1
Illustration from Histoire naturelle des oiseaux d'Afrique, t. 1

L’oiseau de proie que j’ai nommé Bacha ne fréquente que les hautes montagnes stériles et brûlées du pays le plus reculé des Grands Namaquois, et de là vers le tropique du capricorne, seule partie de l’Afrique méridionale où je l’ai rencontré et où il est même peu commun. Cet oiseau, qui paroît un peu se rapprocher des buses, se perche toujours sur le sommet de quelques roches escarpées, d’où il peut guéter et découvrir le plus facilement un petit quadrupède très-abondant sur toutes les montagnes de ce pays aride, savoir, le klip-das des colons du Cap[8]; et, quoique d’autres oiseaux de proie chassent aussi ces animaux, il est certain que celui dont il est question en prend infiniment plus; enfin, c’est sa chasse habituelle et sa nourriture de préférence. Il est vrai que les damans, qui sont très-subtils et toujours en garde contre un ennemi aussi cruel, quittent, dans ces circonstances, rarement le bord de leur antre profond, où ils sont bientôt enfoncés dès qu’ils apperçoivent leur ennemi, et par-là forcent souvent l’oiseau de proie à chasser de plus petits individus; trop heureux alors de se rabattre sur quelques lésards et sur des insectes, qu’il ne dédaigne même pas dans les cruels instans de disette.

J’ai vu le Bacha, pour surprendre un daman, passer souvent trois heures de suite sur une pointe de roche, ayant la tête enfoncée dans ses épaules, et y rester si immobile qu’on l’auroit pris facilement pour une partie même de la roche sur laquelle il étoit posé. C’est de cette embuscade que, saisissant un instant favorable, l’oiseau chasseur se plonge comme un trait sur l’animal qu’il apperçoit au bas du rocher sur le bord de son trou. Quand il a manqué son coup, on le voit retourner tristement à la même place où il s’étoit mis aux aguets; et là, comme s’il étoit confus de sa mal-adresse, il laisse échapper plusieurs cris lamentables, qu’on peut rendre par houi-hï—houi-hi-hi—houi-hï—houi-hi-hi. Ces tristes accens semblent peindre ses regrets et sa colère; mais un instant après, quittant cette première embuscade, il va loin de là s’établir dans un autre poste, où il se fixe, avec la même patience et la même immobilité, jusqu’au moment où, plus heureux ou moins mal-adroit, il a réussi à se saisir d’un de ces animaux, qu’on entend à son tour faire des cris affreux, qui jettent tellement l’effroi parmi tous les damans du voisinage, qu’on les voit alors par-tout se précipiter dans leurs vastes souterrains, pour n’en sortir de la journée.

Etant quelquefois moi-même à la chasse du daman dans ces cantons stériles, où, manquant de vivres, nous étions obligés de les tuer pour nous en nourrir, si, par hasard, un Bacha se saisissoit d’un daman dans les environs de notre chasse, il étoit inutile de s’attendre, de plus de trois à quatre heures, à en voir venir un seul sur le bord de leurs demeures, tant les cris de celui qui avoit été saisi imprimoient de terreur à tous ceux du canton; et pour en voir d’autres, il falloit absolument s’éloigner assez pour arriver dans les endroits où les cris du malheureux patient n’eussent point été entendus.

Aussitôt que le daman est saisi, l’oiseau l’emporte vivant sur une plate-forme voisine, et là il semble jouir du plaisir de déchirer les flancs de cet animal, qui est déja à moitié dévoré qu’on entend encore ses cris douloureux. A voir cet oiseau de proie dépécer et déchirer le daman, on le croiroit plutôt animé par la colère et la vengeance que commandé par la faim.

On peut remarquer sur les roches, teintes de sang, toutes les places où cet oiseau cruel et sanguinaire a immolé une victime; au reste, ce caractère féroce du Bacha est bien analogue au sol ingrat et stérile où la nature semble l’avoir fixé et condamné à vivre. Je ne l’ai jamais vu dans les cantons rians et fertiles que j’ai parcourus dans mon premier voyage. Des habitudes aussi sauvages annoncent un oiseau fait, comme l’aigle et tous les êtres cruels, pour vivre isolé; aussi le Bacha vit toujours seul, jusqu’au moment où la nature semble commander si puissamment à tous les êtres, même les moins faits pour la société, de se réunir pour multiplier leur espèce. C’est donc dans ce seul tems, que le besoin de se reproduire force le mâle à rechercher une femelle, qu’il s’associe seulement pour passer ensemble la saison des amours, qui ne commence, pour ces oiseaux, qu’en décembre, et ne dure que le tems nécessaire au développement de deux ou trois petits, qui naissent dans une caverne profonde parmi les rochers, et n’ont eu pour berceau qu’un amas de branches sèches, surmontées d’un lit de mousse et de feuilles mortes, entassées sans aucun ordre et sans beaucoup d’arrangement.

Le Bacha est de la taille de notre buse d’Europe, oiseau auquel il ressemble assez, quant à sa configuration générale; mais duquel il diffère beaucoup dans le détail, tant par ses caractères que par ses mœurs; il est aussi plus leste, moins massif et plus alongé, taillé mieux, enfin, pour la chasse. Il se caractérise par une touffe de plumes longues qui dépassent par derrière les autres de la tête. L’oiseau étale cette espèce de huppe horisontalement, comme une queue arrondie. Le bout de chacune des plumes de cette huppe est noir, et du reste elles sont entièrement blanches. Le sommet de la tête est couvert de plumes noires à leurs pointes et blanches intérieurement; mais le blanc, qui s’apperçoit dans plusieurs endroits, égaie un peu le plumage monotone de cet oiseau, dont la couleur est généralement par-tout d’un brun terreux, plus foncé sur les aîles et la queue, et plus lavé dans les parties du dessous du corps. Depuis la poitrine jusqu’aux jambes, toutes les plumes sont parsemées de plusieurs taches blanches, à peu près rondes; pareilles taches se voient sur l’épaule de l’aîle. Les recouvremens du dessous de la queue et le bas-ventre sont rayés de blanc et de brun, et les couvertures des aîles sont terminées de blanc: la queue porte une large bande d’un blanc fauve, et toutes ses pennes sont lisérées de blanc à leurs pointes. Le bec est couleur de plomb; sa base est jaune, ainsi que la peau, presque nue, du tour de l’œil. Les pieds, les doigts et les serres, sont noirâtres; l’iris est d’un brun-rouge foncé.

La femelle est plus forte que le mâle; ses taches blanches sont moins apparentes et plus salies de fauve. Je n’ai vu que sept individus de cette espèce; des sept je n’ai pu parvenir à en tuer que quatre, deux mâles et deux femelles. Il ne m’est jamais arrivé de trouver ces oiseaux dans la plaine; et souvent je les ai entendu sans les appercevoir. Au reste, ils sont très-farouches et fort difficiles à approcher.

LE ROUNOIR, No. 16.

Illustration from Histoire naturelle des oiseaux d'Afrique, t. 1
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Le Rounoir et le rougri sont, en Afrique, les représentans de notre buse; ainsi que le grenouillard et le parasite le sont du busard et du milan. Ces espèces étrangères, réellement distinctes des nôtres, habitent cette partie du monde à leur exclusion et à leur défaut, et les y remplacent dans les fonctions que l’ordre général de la nature a départi à ces sortes d’oiseaux de proie. Les busards et les milans, libres et sauvages, vivant sur des terrains abandonnés aux eaux, et dans des lieux affranchis du domaine de l’homme, n’ont avec nous aucune relation d’utilité. Les buses, au contraire, sont amenées auprès de nos habitations et dans nos cultures, par l’appat des petits animaux qui se multiplient auprès de nous avec les végétaux que nous semons et recueillons pour notre usage; le service que les buses nous rendent, en détruisant les souris, les taupes, les rats et les autres quadrupèdes proscrits par l’agriculture, exige que nous accordions à ces oiseaux sauve-garde et sûreté, seule reconnoissance que la liberté puisse admettre; nous devrions même les défendre contre l’intérêt particulier, et leur accorder la protection des loix. C’est ainsi que de nos jours on protège la cigogne en Espagne et en Hollande, le merle couleur de rose en Barbarie, et le martin dans l’Inde; mais il est important sur-tout d’accorder toute faveur aux animaux utiles, dans les lieux où les hommes commencent à établir des cultures sociales, sur des terres encore à demi-sauvages, et dans des climats où la nature, encore vierge, se refuse à des semences inaccoutumées.

C’est d’après ces principes que le Rounoir trouve toute sûreté auprès des colons du Cap de Bonne-Espérance, par qui il est désigné sous le nom de jakals-vogel (oiseau jacal), par rapport à son cri qui imite celui de ce renard d’Afrique: on lui donne aussi celui de rotte-vanger (preneur de rats). On trouve cette buse autour de presque toutes les habitations; elle y est familière, et, pour ainsi dire, domestique; elle passe le jour dans les terres labourées, où elle se tient perchée sur la motte la plus élevée ou sur quelque buisson, s’il s’en trouve dans le champ; et c’est de là qu’elle guette tous les petits quadrupèdes qui lui servent de pâture. Quand la nuit approche, elle revient se percher auprès de la maison, sur les arbres ou sur les haies qui entourent le parc où on enferme les bestiaux. C’est sur les arbres ou au milieu des buissons les plus épais qu’elle fait son nid, qui est composé de menu bois et de mousse, et qu’elle garnit très-douillettement de laine et de plumes. La ponte n’est que de trois œufs, rarement de quatre, quelquefois même de deux seulement; et, comme on ne fait aucun mal à la nichée, l’espèce de cet oiseau est très-multipliée, malgré sa foible ponte.

Indépendamment des terres de la colonie, le Rounoir habite aussi toute la partie de l’Afrique que j’ai parcourue, et je l’ai vu sur-tout dans le voisinage des hordes de Sauvages.

Cet oiseau, qui se laisse facilement approcher par l’homme, est cependant d’un naturel foible et craintif, et si lâche que la pie-grièche que j’ai nommée le fiscal lui donne la chasse et le met en fuite.

Le Rounoir est de la taille de notre buse, quant à la grosseur; mais elle est plus ramassée; sa queue est aussi moins longue. Ses aîles ployées s’étendent presque jusqu’au bout de la queue, qui est coupée carrément.

Le nom que j’ai donné à cet oiseau peint ses principales couleurs, qui sont le roux et le noir-brun; cette dernière domine sur la tête, le cou et le manteau. La gorge est égayée par un mélange de blanc, qui prend une teinte roussâtre à mesure qu’il s’approche de la poitrine, qui est entièrement d’un roux ferrugineux, flambé de quelques traits noirâtres. Le dessous du corps est varié de noir et d’un blanc sale; les couvertures du dessous de la queue sont noires, mêlées de roux. Les grandes pennes de l’aîle sont noirâtres, avec des bandes d’une couleur plus claire vers leur origine; les barbes intérieures sont blanchâtres; les autres pennes sont noirâtres par le bout, et comme marbrées dans leurs barbes extérieures, et dans toute la partie cachée quand l’aîle est en repos: elles sont de plus rayées transversalement de blanc et de noirâtre. Toute la queue est en dessus d’un roux foncé, avec une tache noire vers le bout de chaque plume; les deux extérieures seules ont des bandes noirâtres: en dessous, elle est d’un gris roussâtre. La base du bec, les pieds et les doigts sont d’un jaune terne; le bec et les serres sont presque noires. L’œil, qui est très-grand, est d’un brun foncé.

Le mâle et la femelle du Rounoir se trouvent presque toujours l’un avec l’autre et ne se quittent que très-rarement. Le soir, avant de venir se percher pour passer la nuit, on les voit tournoyer ensemble à peu d’élevation dans l’air: c’est dans ce moment sur-tout qu’ils font entendre ces cris aigus et rauques qui leur ont fait donner, par les habitans, le nom d’oiseau jacal.

Dans cette espèce, le mâle est moins fort dans toutes ses dimensions que la femelle; son noir est moins lavé, et le roux de sa poitrine plus foncé et plus mélangé de flammes noires.

LE ROUGRI, No. 17.

Illustration from Histoire naturelle des oiseaux d'Afrique, t. 1
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Les mêmes raisons qui m’ont engagé à nommer la buse précédente rounoir, m’ont déterminé à donner à celle de cet article le nom de Rougri; parce qu’il nous peint d’un seul mot les deux principales couleurs du plumage de cet oiseau, qu’un roux ferrugineux, plus ou moins foncé, teint par-tout en général, à l’exception pourtant des grandes pennes de l’aîle, dont la couleur est noire, et des plumes du cou par devant, ainsi que celles de la poitrine et les couvertures du dessous de la queue qui sont d’un gris blanchâtre: la queue elle-même qui, en dessus, est entièrement rousse, porte, par dessous, cette même teinte de gris, rayée par quelques bandes transversales peu apparentes. Le roux du ventre est plus clair que celui du manteau; il est aussi flambé de quelques traits noirâtres. Le bec et les pieds sont d’un beau jaune citron; les ongles sont noires; l’œil est d’une couleur rougeâtre.

Cette buse est sédentaire comme la précédente; on pourroit la regarder, en la comparant au rounoir, comme la buse sauvage du Cap, et la première comme la buse domestique. Il est même probable que le Rougri, étant plus petit et moins fort que le rounoir, l’espèce aura été contrainte d’abandonner les terres cultivées de la colonie, dont se seront emparés ces derniers, qui, par le puissant droit du plus fort, les en auront peu à peu chassés entièrement; les Rougris, comme tous les êtres qui tiennent de plus près à la nature, auront été contraints de faire, dans cette lutte, ce que font encore tous les jours les hommes sauvages de ces contrées, qui, pour éviter les cruautés des Blancs, et même de leurs concitoyens civilisés, se reculent de plus en plus dans les déserts, et diminuent leur population à mesure que celle de leurs persécuteurs semble s’augmenter. C’est par la même raison sans doute que le Rougri se trouve si rarement dans la colonie, où il ne fréquente même que les cantons arides et abandonnés.

Quoique la ponte du Rougri soit aussi de trois et quelquefois de quatre œufs, l’espèce en est cependant beaucoup plus rare et moins nombreuse que celle du rounoir. Cet oiseau vit de taupes, de rats, de souris et même d’insectes; et son cri approche beaucoup de celui de notre buse d’Europe.

En comparant le Rougri au rounoir, on le trouve plus alongé et moins trapu; sa queue est aussi plus longue et son bec visiblement plus foible. Moins accoutumé à la société de l’homme, il est plus craintif et se laisse difficilement approcher. Dans cette espèce, la femelle est un peu plus forte que son mâle, et lui ressemble d’ailleurs totalement, à l’exception de la teinte de son plumage, qui est d’un roux plus foible. Le mâle et la femelle ne se séparent que rarement; et c’est dans les buissons qu’ils construisent leur nid, qui est composé des mêmes matières que celui du rounoir.

LA BUSE GANTÉE, No. 18.

Illustration from Histoire naturelle des oiseaux d'Afrique, t. 1
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Cette buse porte un caractère facile à saisir, et qui la distingue des autres buses africaines: elle est gantée, c’est-à-dire, que son tarse est entièrement couvert de plumes qui descendent jusque sur les doigts. Ses culottes, très-amples, pendent si bas qu’elles touchent l’ongle postérieur et le dépassent même souvent. Cette espèce a tant de rapport avec un oiseau de proie du même genre, qui n’a point été décrit encore, et qui se rencontre pourtant assez communément dans la Lorraine, que je suis tenté de croire qu’ils ne font, l’un et l’autre, qu’une seule et même espèce; car ils ont effectivement les mêmes caractères, et diffèrent simplement par les couleurs plus ou moins nuancées de blanc; différence qui n’est pas, à beaucoup près, suffisante pour les séparer; d’autant plus que les buses varient généralement beaucoup en Europe, et tellement même qu’il est très-difficile d’y en rencontrer deux dont le plumage soit entièrement semblable pour les couleurs.

La Buse gantée fréquente, en Afrique, les pays couverts d’arbres; plus farouche que les autres espèces, elle a fui les cantons habités, et vit isolée. Ses mœurs sont plus sauvages que celles du rounoir et du rougri. Plus adonnée à la chasse, elle est aussi moins timide qu’eux, et ne se laisse pas chasser lâchement, ni par les pie-grièches, ni même par les corbeaux. Elle vole fort lestement, et attrape souvent des perdrix, qu’elle guette de dessus les arbres, et les saisit lorsqu’elles passent près de son embuscade.

Cet oiseau habite les forêts d’Auteniquoi, seul canton de l’Afrique où je l’ai trouvé. Il se perche ordinairement sur le sommet des arbres, où il est très-difficile de l’appercevoir; mais s’il se trouve dans le canton qu’il fréquente quelques grands arbres morts, il ne manque pas de s’y retirer de préférence, sur-tout quand il est repu: et en s’y tenant aux aguets, il est alors facile de le tuer au moment de son arrivée.

Cette buse est à peu près de la taille et de la forme de notre buse commune d’Europe; elle ressemble même tellement, pour son plumage, à plusieurs variétés de cette même espèce, qu’on la prendroit facilement, au premier coup-d’œil, pour être aussi une de ces variétés, si elle n’en étoit distinguée par le caractère du tarse, garni de plumes dans toute sa longueur, et par son bec plus délié et ses serres plus effilées; sa queue est aussi plus longue; la base du bec et les doigts sont jaunes. Le bec est bleuâtre; les ongles sont noirs et les yeux d’un brun noisette.

Tout le plumage de la Buse gantée est varié plus ou moins de brun, sur un fond blanc roussâtre, plus pur cependant sur la poitrine et la queue. Sur le flanc de chaque côté, le brun est répandu plus largement, et forme deux grandes taches de cette couleur; sur les culottes, les taches sont semi-circulaires et rangées symmétriquement dans la longueur des plumes. La queue est blanche en dessous, et porte vers son extrémité une bande noire; en dessus, elle est blanche, jusqu’à la moitié de sa longueur, où elle prend une légère teinte roussâtre, qui devient plus foncée à mesure qu’elle approche du bout, où elle est d’un brun-noir, et finit enfin par une bande blanche, formée par une tache de cette couleur, qui termine chaque plume de la queue. Le manteau et les aîles sont d’un brun foncé, varié d’une teinte plus foible. L’aîle ployée s’étend jusqu’au bout de la queue, qui est tant soit peu étagée.

LE TACHARD, No. 19.

Illustration from Histoire naturelle des oiseaux d'Afrique, t. 1
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J’ignore absolument tout, jusqu’à la plus petite particularité, de ce qui peut avoir rapport aux mœurs de cet oiseau de proie, que j’ai nommé Tachard, parce qu’il est l’unique de son espèce que j’ai été à portée de voir dans mes voyages, et qu’en outre je ne l’ai pas tué moi-même; car c’est mon fidèle Klaas qui le tira au moment où il passoit au-dessus de sa tête, et qui me l’apporta avec cette satisfaction qu’il avoit toujours à me procurer quelques oiseaux nouveaux et rares. Nous étions alors campés sur les bords de la rivière des Lions, dans le pays des giraffes, et depuis nous n’avons jamais apperçu un autre individu de la même espèce. Plusieurs Kaminouquois qui étoient présens quand Klaas me le remit, ne purent le nommer, et paroissoient ne pas le connoître. Il est donc probable que l’espèce habite un canton plus reculé, et que l’oiseau qui venoit d’être tué étoit un individu égaré et éloigné de son pays natal.

Le Tachard, par sa forme, approche beaucoup des autres buses africaines; cette espèce a seulement la queue plus longue qu’aucune des trois précédentes dont j’ai parlé, et elle est cependant la plus petite de toutes, quant à l’épaisseur du corps. Son bec est aussi foible que celui du rougri; mais en revanche ses serres sont plus grandes et plus arquées; ce qui prouveroit qu’elle chasse mieux: d’ailleurs, sa longue queue et ses aîles, dont la pointe s’étend jusqu’à son extrémité, doivent lui faciliter les moyens de poursuivre sa proie avec succès. Cette quatrième espèce de buse d’Afrique se distingue facilement du rounoir et du rougri, non-seulement par le caractère de sa queue plus longue, son corps plus svelte et ses couleurs différemment distribuées; mais encore parce que son tarse est couvert de plumes jusque passé le milieu de sa longueur: caractère qui suffira aussi pour la reconnoître d’avec la buse gantée, qui l’est entièrement jusque sur les doigts. Le Tachard est aussi moins culotté. Quant à ses couleurs, la tête est d’un brun-gris, égayé par quelques traits blancs de l’intérieur des plumes qui se montrent, et qui est la couleur générale du dessous de tout le plumage de cet oiseau. La gorge et la poitrine sont blanchâtres et parsemées de quelques taches brunes, répandues le long des plumes. Tout le dessous du corps, sur un fond blanc roussâtre, porte de larges taches brunes; les scapulaires et les couvertures des aîles sont d’un brun foncé; mais chacune des plumes étant bordée d’une couleur plus foible, elles se détachent et se dessinent séparément sur le fond. La queue, en dessus, est d’un brun foncé, et porte de larges bandes noirâtres; en dessous, elle est d’un gris-blanc, ondé d’un léger gris-brun, et les bandes y sont aussi moins apparentes. La base du bec est jaunâtre, la mandibule supérieure noire, et l’inférieure presqu’entièrement jaune jusqu’à sa pointe, qui seulement est noire. La partie nue du tarse est jaunâtre, ainsi que les doigts. Les ongles sont d’un brun-canelle. L’œil étoit d’un brun foncé rougeâtre. La queue est terminée carrément, c’est-à-dire, que toutes ses pennes sont d’une égale longueur.

LE BUSERAI, No. 20.

Illustration from Histoire naturelle des oiseaux d'Afrique, t. 1
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Cette espèce de buse est très-rare, et n’a point encore été figurée, que je sache: je l’ai trouvée dans un envoi d’oiseaux venant de Cayenne; mais sans la plus légère indication, soit sur ses mœurs, soit sur ses habitudes naturelles. Elle est d’une petite espèce, et approche de la taille de notre busard de marais. Les aîles ployées s’étendent jusqu’au bout de la queue, dont toutes les pennes sont d’égale longueur.

Cet oiseau n’est point culotté, et les plumes des jambes descendent un peu sur le tarse par devant. Le bec et les ongles sont noirs, et la base du bec m’a paru bleuâtre. La tête, le cou et la poitrine sont d’un blanc-roux, marqué de brun; mais ce brun prend une teinte plus noire sur le sommet de la tête, et s’étend en larges coups de pinceau sur le derrière du bas du cou. Les grandes pennes de l’aîle sont noirâtres; les moyennes, ainsi que les scapulaires et toutes les petites couvertures des aîles, sont d’un brun-roux, couleur de chataigne, plus ou moins taché ou rayé de noir-brun. La queue elle-même, sur un fond roux plus jaunâtre, porte des rayures noires en zigzag, et elle est d’un brun-noir à son extrémité. Le ventre et les jambes sont d’un roux-clair, rayé transversalement de noir-brun.

Le Buserai me paroît être le même oiseau que celui dont Mauduit a parlé, dans l’Encyclopédie méthodique, sous le nom de busard roux de Cayenne; il est cependant facile de voir que cette espèce n’est point un busard, ses pieds étant beaucoup plus courts que ceux de cette sorte d’oiseaux de proie.

LE BUSON, No. 21.

Illustration from Histoire naturelle des oiseaux d'Afrique, t. 1
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Cette espèce nouvelle, que j’ai reçue de Cayenne, me paroît approcher de très-près du genre des buses; oiseaux avec lesquels je lui trouve plus de ressemblance qu’avec tout autre oiseau de proie. Je lui ai donné le nom de Buson, en attendant que nous connoissions celui qu’il porte dans son pays natal, ou que nous soyons instruits de ses habitudes et de sa manière de vivre, sur lesquelles je n’ai pu avoir aucun renseignement quelconque: instructions sans lesquelles, je le répète, il sera toujours très-difficile de rapporter les espèces à leur vraie place, à celle enfin qu’elles tiennent dans l’ordre de la nature.

Le Buson est de la taille à peu près de notre petite buse; celle que Buffon a désignée par le nom de soubuse: il a les pieds et les griffes d’un noir de corne, ainsi que le bec, dont la base est jaune. La tête et le cou sont couverts de plumes noires à leurs extrémités et blanches dans la partie qui est cachée lorsqu’elles sont couchées naturellement les unes sur les autres. Les grandes pennes de l’aîle sont noires dans leur plus grande étendue, et comme marbrées de blanc et de roux dans leurs barbes intérieures; les suivantes sont d’un roux-canelle, flambé de noir, et toutes ont leurs extrémités d’un noir-brun. Le manteau, les scapulaires et les petits recouvremens des aîles, tant en dessus qu’en dessous, sont d’un noir-brun, plus ou moins mélangé et bordé de roux. Les pennes de la queue, qui toutes ont la même grandeur, sont noires, et portent chacune une bande transversale blanche vers le milieu de leur longueur; elles sont aussi terminées par un liséré blanc, et légèrement nuancées de roux dans la partie cachée par les recouvremens du dessous de la queue. Toutes les parties inférieures du corps, ainsi que les plumes des jambes, portent une rayure noire sur un fond roussâtre. Cet oiseau n’est pas culotté, et sa tête est petite: deux caractères qui le distinguent de nos buses européennes. Les aîles ployées ne s’étendent pas plus loin que la moitié de la longueur de la queue.

Les ressemblances dans les couleurs sont très-grandes entre cet oiseau et celui de l’article précédent; ce qui pourroit induire en erreur, et les faire prendre pour être de la même espèce, si on ne faisoit attention aux caractères que je vais indiquer, et qui les séparent certainement. Les aîles du buserai atteignent l’extrémité de la queue; tandis que dans le Buson elles n’arrivent que vers le milieu de sa longueur; il a encore une partie du tarse couverte de plumes; ce que n’a pas le dernier. Enfin, le Buson a le tour des narines jaune, et son bec est plus large et moins long que celui du buserai.

DES MILANS.

LE PARASITE, No. 22.

Illustration from Histoire naturelle des oiseaux d'Afrique, t. 1
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Le milan se caractérise, parmi les races nombreuses et difficiles à reconnoître des oiseaux de proie, par sa queue fourchue et par ses longues aîles, lesquelles atteignent l’extrémité de cette queue, qui elle-même est fort alongée. C’est d’après ces caractères réunis que je rapporte au genre du milan d’Europe, l’oiseau que j’ai fait représenter planche 22. L’ensemble des différens traits de la conformation des animaux, éclaire le travail qu’on fait pour les classer, et prévient l’erreur dans laquelle induiroit souvent la considération d’un seul caractère: non-seulement ceux énoncés ci-dessus conviennent parfaitement au Parasite; mais la forme totale du corps de cet oiseau, son port et ses habitudes, tout se rapporte pour le placer naturellement à côté de notre milan[9]. Il en diffère par sa queue, beaucoup moins fourchue, et par sa taille, car le Parasite n’est pas plus fort que notre soubuse; par son bec, qui est jaune au lieu d’être noirâtre comme dans notre milan; par la base du bec, bleuâtre au lieu de jaune. Ils ont de commun les pieds jaunâtres et les serres noires. Une courte description des couleurs du Parasite, jointe à un simple coup-d’œil de comparaison sur les figures qui représentent ces deux oiseaux, suffiront maintenant pour les faire distinguer l’un de l’autre.

La partie supérieure de la tête, le cou, les scapulaires et tout le manteau en général, sont, dans le Parasite, d’une couleur brune de tan; la tige de chacune des plumes de toutes ces parties a une teinte noirâtre; et toutes sont lisérées d’une nuance moins foncée. Les plus grandes couvertures du dessus des aîles ont leurs bords encore plus lavés. Les grandes pennes de l’aîle sont noires, les moyennes moins foncées et les dernières brunes. Les joues et la gorge sont blanchâtres; la poitrine est de la même couleur que le manteau. Le ventre, les jambes et les recouvremens du dessous de la queue, sont d’une belle couleur de canelle ou de bois d’acajou; et généralement toutes les plumes de cet oiseau ont une ligne noirâtre le long de leurs tiges. La queue est brune, elle est de plus rayée transversalement d’une couleur plus foncée; et à l’exception des deux premières de chaque côté, le bout de chacune des pennes qui la composent est d’un fauve léger; l’iris est d’un brun-noisette.

Dans cette espèce, la femelle est un peu plus forte que le mâle, et ses couleurs sont plus ternes.

J’ai trouvé le Parasite répandu dans toute la partie de l’Afrique que j’ai visitée; je l’ai rencontré plus communément dans les cantons les plus fournis de menu gibier, et notamment chez les Caffres et dans le pays des Grands Namaquois. Dans la colonie du Cap, les habitans nomment cet oiseau kuyken-dief, qui signifie voleur de poulets; c’est le nom hollandois du milan, et non pas kuken-duf, comme l’a écrit Buffon d’après Aldrovande. Il n’est pas étonnant que les premiers Hollandois qui vinrent s’établir au Cap, ayant reconnu dans cet oiseau une espèce aussi analogue à leur milan, lui aient donné le même nom.

Le Parasite a, dans le caractère, plus de hardiesse que notre milan; la vue des hommes ne l’empêche pas de fondre sur les jeunes oiseaux domestiques; il n’y a point d’habitation où il ne paroisse, à certaine heure du jour, quelques-uns de ces oiseaux voleurs. Dans mes voyages, lorsque j’étois campé, il ne manquoit jamais d’en arriver plusieurs, qui se posoient sur mes charriots, d’où ils nous enlevoient souvent quelques morceaux de viande. Chassés par mes Hottentots, ils revenoient à l’instant avec une voracité et une hardiesse toujours incommodes; les coups de fusils ne nous débarrassoient point de ces Parasites; ils reparoissoient quoique blessés. Invinciblement attirés par la chair qu’ils nous voyoient préparer, et qu’ils nous arrachoient, pour ainsi dire, des mains, notre cuisine, à l’air et sous la voûte du ciel, les nourrissoit malgré nous. Sur les bords des rivières, j’ai vu ce milan s’abattre du haut des airs, et se plonger dans l’eau, comme le nôtre, pour en tirer un poisson, nourriture dont il est très-friand. Il chasse d’ailleurs toutes sortes de menu gibier. Les restes des grands quadrupèdes que je tuois pour mon usage et celui de mes gens, étoient fort de son goût. Il se rabat aussi sur les charognes, dont il disputoit même courageusement, et avec succès, les lambeaux aux corbeaux, ses mortels ennemis: ces oiseaux fuyoient en vain avec leur proie, le Parasite s’acharnoit à leur poursuite et les forçoit à la lui abandonner. Il se battoit courageusement aussi contre les buses et les autres oiseaux de proie, ou plus foibles ou plus poltrons; et dans ces combats il étoit bien servi par l’habilité de son vol et la légéreté de ses mouvemens, qui l’élèvent au besoin à des hauteurs prodigieuses, d’où on l’entend pousser un cri perçant, mais rare.

Quand une fois ces oiseaux avoient apperçu mon camp, j’étois persuadé de les voir revenir tous les jours à la même heure, et chaque visite en augmentoit le nombre, au point que quelquefois nous en étions obsédé d’une douzaine. J’en ai remarqué un, étant campé à la rivière Gamtoos, où je suis resté fort long-tems, qui est venu fidèlement tous les jours me visiter, à onze heures du matin et à quatre heures de l’après-midi: j’étois très-persuadé que c’étoit le même, car il lui manquoit, à une des aîles, quatre ou cinq des moyennes pennes, que j’avois abattues d’un coup de fusil; ce qui produisoit un vide qu’il étoit facile de remarquer, et me le faisoit toujours reconnoître. Le passage de ces oiseaux dans les mêmes cantons, et toujours à peu près à la même heure, est une observation que j’ai généralement trouvée vraie durant tout le cours de mes voyages, il paroît même que c’est une habitude particulière de ces milans d’Afrique et de ceux d’Europe; car j’ai remarqué à ces derniers la même coutume de passer à certaines heures par les mêmes endroits, et jamais je n’ai manqué de tuer un milan dont j’avois envie, quand je l’attendois à l’heure et dans le lieu où je l’avois vu une fois roder.

Le Parasite fait son nid sur les arbres ou dans les rochers; mais s’il se trouve quelque marais dans les environs du pays qu’il habite, il le fréquente de préférence, et place son nid sur quelque buisson entre les roseaux. La ponte est de quatre œufs, qui sont tachetés de roux. Dans le premier âge, le Parasite est couvert d’un duvet grisâtre. Au sortir du nid, ses couleurs sont d’un brun plus sombre que par la suite. Sa queue est alors presque carrément coupée. Ce caractère d’avoir, dans son jeune âge, la queue moins fourchue, est conforme à celui du milan d’Europe. Le milan noir[10], dont les naturalistes ont fait une seconde espèce, n’est autre chose que le jeune milan d’Europe qui n’a point encore subi sa seconde mue. Ceci est un fait dont je suis très-certain, ayant élevé plusieurs de ces prétendus milans noirs, que j’avois enlevés du nid après avoir tué le père et la mère, que je reconnoissois pour être de l’espèce du milan ordinaire; tandis que ces mêmes petits étoient exactement conformes aux descriptions du milan noir, qui, au reste, soit dit en passant, n’a pas un atôme de noir dans son plumage, comme il est facile de s’en convaincre. Des gardes-chasse m’ont souvent apporté de ces mêmes prétendus milans noirs, que j’ai toujours reconnus, à la mollesse des os de leurs crânes, pour n’être que des jeunes oiseaux; et Buffon a eu d’ailleurs grande raison, comme on le voit, de ne considérer le milan royal et ce milan noir, que comme deux espèces très-voisines, puisqu’ils ne sont en effet qu’une seule et même espèce dans deux âges différens.

Le Parasite est donc une seconde espèce de milan à ajouter à celui d’Europe. Quant au milan de la Caroline de Brisson[11], ou l’épervier à queue d’hirondelle de Catesby[12], il est certain que ce n’est que par rapport à sa queue fourchue, que cet oiseau a été indiqué comme un milan; car par tous les autres caractères il s’en éloigne absolument. Il est indubitable que si la forme du bec et des pieds sont les principaux caractères d’après lesquels ces méthodistes ont cherché à différencier les genres, l’oiseau dont il est question n’est point un milan, car sa mandibule supérieure est unie de chaque côté, et non cranée comme celle de cet oiseau et comme l’ont généralement tous les oiseaux de proie. Si nous considérons maintenant la forme des pieds de ce prétendu milan de la Caroline, nous trouverons qu’il a le tarse proportionnellement moitié aussi long que notre milan, qui l’a déja plus court même que les buses, et par conséquent que les éperviers, qui, de tous les oiseaux de rapine, les ont les plus longs; ainsi le nom d’épervier à queue d’hirondelle, que lui donne Catesby, ne lui convient pas plus que celui de milan que lui a appliqué Brisson; et si, en effet, cet oiseau a la queue fourchue, elle l’est, comme on peut le remarquer, bien différemment que celle du milan; car elle se trouve entièrement évidée, presque dès son origine; tandis que l’enfourchure de la queue du milan ne commence que vers sa pointe. D’ailleurs, si nous voulions prendre pour caractère générique les formes de la queue, on seroit, d’un côté, obligé d’admettre, dans le même genre, quantité d’espèces qui n’ont nul rapport entre elles; et, d’un autre côté, d’en faire plusieurs de différentes espèces qui très-certainement sont du même genre, malgré les différentes formes de leur queue. La seule famille des gobes-mouches nous offre une variété étonnante dans la conformation de leurs queues.

Il se trouve au Sénégal un oiseau de proie auquel les François ont donné le nom d’écouffe. Si, en effet, c’est un milan, il est probable qu’il est de la même espèce que le Parasite; puisque tout ce qu’en dit l’auteur qui en parle s’y rapporte parfaitement. «Toute nourriture convient, dit-il, à sa faim dévorante; il n’est point épouvanté des armes à feu; la chair cuite ou crue le tente si vivement qu’il enlève aux matelots leurs morceaux dans le tems qu’ils les portent à leurs bouches.» Tout ceci revient bien à ce que j’ai dit de la voracité du Parasite. D’ailleurs, comme j’ai trouvé ces oiseaux en plus grande quantité chez les Grands Namaquois et vers le tropique que près du Cap, il n’y auroit rien d’étonnant que l’espèce se retrouvât dans les mêmes latitudes de l’autre côté de la ligne; et cela est même plus que probable.

DES BUSARDS.

LE GRENOUILLARD, No. 23.

Illustration from Histoire naturelle des oiseaux d'Afrique, t. 1
Illustration from Histoire naturelle des oiseaux d'Afrique, t. 1

Cet oiseau de proie, que j’ai nommé Grenouillard, nous présente à peu près les mêmes dimensions, et précisément les mœurs de notre busard[13], à côté duquel il peut être placé. Il ressemble à cet oiseau par son corps svelte et par la longueur de ses tarses; il en diffère par le bec qu’il a plus alongé et moins épais à sa base. On le distingue encore facilement par ses couleurs, qui en diffèrent totalement. Tout le dessus du corps est d’un brun de terre d’ombre lavé, du moins c’est la couleur des plumes dans leur partie visible; celle qui est cachée est souvent blanche d’un seul côté, et pour l’ordinaire inégalement des deux côtés de la tige. La gorge et les joues sont couvertes de plumes foibles à barbes désunies, d’une couleur blanchâtre, et portent une bande longitudinale brune; le dessous du corps est d’un brun clair, légérement varié de blanc sur la poitrine et le bas-ventre; sur les jambes, la couleur blanchâtre borde toutes les plumes, qui sont d’un roux ferrugineux, ainsi que le dessous de la queue. Les aîles sont brunes; en dessous, elles portent des bandes transversales de blanc et de brun clair. La queue, qui est coupée carrément au bout, est de la même couleur que les pennes de l’aîle. Elle est rayée en travers d’un brun plus foncé, sur-tout dans le milieu de chaque plume, les bords étant d’une teinte plus claire. Le haut du cou et le poignet de l’aîle sont parsemés de taches blanches. Les pieds et les doigts sont jaunâtres; la base du bec est d’un bleu pâle, le bout en est noir, ainsi que les serres. Les aîles ployées s’étendent aux deux tiers de la longueur de la queue. L’œil est d’un gris-brun.

Les colons du Cap et les Hottentots, voyant continuellement ce busard planer sur les marais et se percher sur les buissons ou sur les arbres qui les avoisinent, d’où il fond sur les grenouilles qu’il apperçoit et qu’il dévore dans l’épaisseur des roseaux, lui ont donné le nom de kikvors-vanger (attrapeur de grenouilles), d’où j’ai tiré celui de Grenouillard. Cet oiseau ne se contente pas seulement de la chasse des grenouilles, car il fait la guerre à tous les oiseaux aquatiques, particulièrement quand ils sont encore jeunes.

C’est en planant avec grace et adresse au-dessus des marais, que son œil, toujours attentif, guette sa proie, sur laquelle il fond impétueusement. S’il sort des roseaux à l’instant même qu’il s’y est abattu, c’est une preuve qu’il a manqué son coup; sinon il ne reparoît que quand il a mangé sa proie, qu’il dévore sur la place même où il l’a saisie. J’ai trouvé dans l’estomac de ce busard des débris de poisson; ainsi il pêche aussi bien qu’il chasse. C’est dans les marais et parmi les roseaux que le Grenouillard établit son nid, qu’il construit avec des tiges et des feuilles amoncelées de ces plantes aquatiques. J’ai trouvé plusieurs fois leurs couvées, où j’ai vu trois ou quatre œufs entièrement blancs.

Cet oiseau est généralement répandu dans toute l’Afrique, depuis le Cap des Aiguilles jusqu’à chez les Caffres, c’est-à-dire, le long de la côte est, où j’en ai tué plusieurs. Je n’assurerai point qu’il se trouve sur la côte opposée et notamment dans l’intérieur des terres, quoiqu’il me semble en avoir apperçu plusieurs voler au-dessus de quelques marais; mais comme il ne m’a point été possible d’en tuer un dans ces cantons, pour vérifier le fait par la comparaison, je n’affirmerai point qu’ils étoient de la même espèce. En tout cas, si c’est la même, elle y est au moins infiniment plus rare; et la raison en est simple, car dans l’intérieur des déserts, et le long de la côte ouest, les terres étant sablonneuses, sèches et arides, offrent peu de marais; et ces oiseaux, les recherchant de préférence, doivent naturellement fréquenter les lieux les plus arrosés et les plus humides. C’est sur les bords du Duyven-Hock, du Gaurits, du Brak, et dans les marais d’Auteniquoi, où j’ai le plus rencontré le Grenouillard. La femelle, dans cette espèce, est plus forte que son mâle d’un quart tout au plus, et elle n’en diffère que par quelques légères teintes plus foibles dans son plumage.

Etant campé dans les environs de la baie Lagoa, mon fidèle Klaas m’apporta un jour un busard qu’il venoit de tuer dans un marais situé près de nous, entre le Queur-Boom et le Witte-Dreeft. C’étoit dans le moment où je fus attaqué d’une forte dissenterie. Ma maladie m’ayant empêché de préparer cet oiseau, et Klaas remarquant le plaisir qu’il m’avoit fait, imagina, n’étant point encore adroit à les écorcher à ma manière, de le faire tout au moins sécher avec sa chair; opération qui fut cause de sa destruction totale, et qui prive le public du portrait d’une espèce que je n’ai pu me procurer une seconde fois; mais j’y supplérai par la courte description que j’en ai faite d’après l’oiseau même, ce qui suffira pour l’indiquer. Il est de la même taille à peu près que le Grenouillard; son plumage est en général par-tout d’un brun sombre, très-approchant de la couleur de notre busard d’Europe. La plus grande partie de sa tête et ses joues sont d’un blanc sali de roussâtre. Presque toutes les petites couvertures des aîles étoient de cette même couleur; les pieds et la base du bec avoient une teinte jaunâtre. Je n’ai pas beaucoup examiné cet oiseau; par conséquent il m’est impossible de décider s’il est simplement une variété du Grenouillard, ou peut-être de notre busard européen, qui a aussi la tête blanchâtre; mais ce dernier n’a pas, comme celui que j’ai indiqué, les petites couvertures des aîles de cette même teinte de blanc-roux. Je ne me rappelle point si la queue étoit étagée, ou carrément coupée, comme celle du Grenouillard: ce caractère seul m’auroit éclairci le doute; mais, comme je l’ai dit, mon attention n’a point été très-scrupuleuse sur l’individu: car il étoit naturel de supposer que je tuerois un autre oiseau de la même espèce. Ceci prouve combien il est essentiel de ne pas négliger les plus petites occasions d’observer; car par fois nous en laissons échapper une qui ne se présente plus; aussi un voyageur ne doit point rebuter l’objet qui lui paroît le moins bien conservé; puisque souvent on ne les retrouve pas une seconde fois. Il m’est arrivé mainte fois, dans le commencement de mon voyage, de rejeter un oiseau parce qu’il étoit trop mutilé du coup de fusil, et de le regretter par la suite. Aussi faut-il conserver soigneusement, même les objets les plus défectueux, au moins jusqu’au moment où l’on se trouve à même de les remplacer mieux.

En passant dans le Lange-Kloof ou Vallée Longue, et longeant la rivière Krom, j’ai vu, à plusieurs reprises, planer au-dessus d’un marais, un oiseau de proie, qui, à toute son allure, m’a semblé aussi être une espèce de busard. Je l’ai vainement guetté tout un après-dîner, et l’ai malheureusement tiré d’un peu trop loin, dans un moment où il passoit à une certaine distance de moi; mais, ne l’ayant que légérement blessé, il s’en fut, et ne se montra plus après. Le plumage de celui-ci m’a paru être tout noir; mais son croupion étoit entièrement blanc.

OISEAUX DE PROIE

DONT NOUS NE CONNOISSONS POINT

EN EUROPE LES ANALOGUES.

LE TACHIRO, No. 24.

Illustration from Histoire naturelle des oiseaux d'Afrique, t. 1
Illustration from Histoire naturelle des oiseaux d'Afrique, t. 1

C’est dans l’épaisseur des forêts majestueuses de la partie la plus reculée du pays d’Auteniquoi où j’ai, pour la première fois, rencontré l’oiseau de rapine que j’ai nommé Tachiro. C’est dans le silence de ces bois, à l’ombre de ces arbres antiques, vrais colosses de végétation, qu’ont vieilli plusieurs générations d’hommes, et qu’un être sensible n’approche jamais sans éprouver ce sentiment sublime que produit l’admiration; c’est-là, dis-je, où, pour la première fois, parmi les chants harmonieux et tendres d’une multitude d’oiseaux différens, les cris pinchards et discordans du Tachiro frappèrent mon oreille. Cet oiseau de carnage, vrai fléau de tous les petits oiseaux de son domaine, fait la guerre à tous indistinctement. Il est un peu inférieur, pour la taille, à notre autour.

J’aurois rangé le Tachiro parmi les éperviers, si je ne lui avois trouvé le tarse plus court; et les aîles plus alongées et coupées différemment que celles de ces oiseaux. Les aîles en repos s’étendent au-delà de la moitié de la longueur de la queue, qui elle-même est à peu près aussi longue que le corps. La tête, ainsi que le cou, sont variés de blanc, de roux et tachés d’un brun-noir. La gorge est blanche, mêlée de roussâtre; le manteau est d’un brun sombre, ainsi que les couvertures des aîles, dont chaque plume est lisérée d’une teinte plus lavée. Toutes les pennes de l’aîle sont terminées de blanc. Le dessous de la queue est blanc et barré de larges bandes d’un noir lavé; en dessus elle est brune, et les bandes sont plus foncées. Tout le dessous du corps porte, sur un fond blanc nué de roussâtre, des taches brunes plus ou moins foncées; ces taches sont rondes ou semi-circulaires, et sur les jambes elles ont précisément la forme d’un cœur. Le bec est bleuâtre; les ongles sont noirs, et les pieds jaunes. L’iris est de la couleur d’une topase. Dans cette espèce, la femelle est aussi plus grosse que le mâle; son plumage est généralement plus mêlé d’une teinte roussâtre; le blanc est plus sali, et les taches moins bien dessinées.

Ces oiseaux bâtissent leurs nids dans l’enfourchure des plus grands arbres; ce sont de petites branches souples et de la mousse qui en forment l’extérieur; en dedans ils sont fournis de beaucoup de plumes. Je n’ai trouvé qu’un seul de ces nids, dans lequel il y avoit trois petits entièrement couverts d’un duvet roussâtre: voulant les laisser élever par le père et la mère pour les prendre quand ils seroient assez forts, je les leurs abandonnai. J’allois tous les trois ou quatre jours visiter ma nichée, à qui même j’apportois plusieurs oiseaux dont j’avois conservé la dépouille; je les posois sur le bord du nid, et les trouvois dévorés à la visite suivante; mais je crois que les vieux les mangeoient eux-mêmes; car je voyois, sur les branches et sur le nid même, une quantité prodigieuse d’aîles de mantes et de sauterelles; insectes qui, je crois, faisoient la principale nourriture des petits. J’entendois continuellement, pendant le jour, les vieux jeter des cris très-perçans, cri-cri—cri-cri-cri—cri-cri; en approchant des jeunes, ils venoient tous les deux jusque sur l’arbre où j’étois, et m’approchoient de si près, pour les défendre, que j’aurois pu facilement les tuer avec un bâton.

Ayant trop tardé de m’emparer de la couvée, un jour qu’à mon ordinaire j’allai la visiter, je ne trouvai plus que le nid: les vieux et les jeunes tout étoit disparu; je leur sus très-mauvais gré d’avoir été plus diligens que moi. A en juger par quelques débris des coquilles d’œufs que je vis encore dans le nid, ils étoient blancs et portoient quelques taches roussâtres.

Je n’ai jamais apperçu le Tachiro dans la plaine, et ne l’ai vu que dans les énormes bois qui bordent le Queur-boom et dans les forêts d’Auteniquoi.

LE MANGEUR DE SERPENS, No. 25.

Illustration from Histoire naturelle des oiseaux d'Afrique, t. 1
Illustration from Histoire naturelle des oiseaux d'Afrique, t. 1

Le défaut d’observations exactes, les rapports incertains des voyageurs, et bien plus encore l’inexpérience et le peu de connoissance des auteurs qui ont parlé de cet oiseau, sous les différentes dénominations de secrétaire, sagitaire ou messager, ont empêché, jusqu’à ce moment, les naturalistes de voir dans cette espèce un vrai oiseau de rapine, et non-seulement le destructeur des serpens, mais encore de tous les quadrupèdes ovipares; enfin, un oiseau de combat vorace et intrépide; en un mot, un véritable oiseau de proie, armé d’un bec épais et crochu, et dont le corps massif et robuste est de plus muni d’aîles meurtrières, qui lui servent à frapper et assommer sa proie, comme avec une massue, à défaut de serres aigues et fortes dont il ne feroit point usage.

Cet oiseau tient donc aux autres oiseaux de proie par la forme de son bec, par celle de son corps, et par ses mœurs sanguinaires et sauvages; mais il est modifié comme devoit l’être un oiseau de rapine fait pour combattre les serpens et s’en nourrir. Une course continuelle et utile émousse ses ongles, et lui interdit un vol qui ne lui est pas nécessaire, et dont il fait en effet peu d’usage. Le Mangeur de serpens est enfin, dans tout son ensemble, ce que devoit être un oiseau de proie terrestre, destiné, par la nature, à purger les déserts d’Afrique des reptiles les plus dangereux; afin, sans doute, d’y maintenir l’équilibre entre ces espèces redoutables et les autres animaux: équilibre si généralement nécessaire au grand ouvrage du Créateur, et sans lequel la terre ne seroit bientôt plus peuplée que d’êtres malfaisans. Triste exemple de ce qui se passe parmi les hommes, quand les méchans ont acquis par leur nombre, ou par la lâcheté des autres hommes, le droit de tout oser impunément.

Le Mangeur de serpens a la jambe et le tarse très-longs; ce qui élève son corps de terre et le garantit encore plus facilement de la morsure des reptiles venimeux qu’il combat. Ses doigts courts et ses ongles émoussés, ne lui servent point à presser et à enlever sa proie; ses pieds sont destinés et se bornent seulement à poursuivre les serpens avec plus de vîtesse, ou à se dérober à leurs morsures envenimées, par des sauts et des bonds reitérés. La nature a suppléé, dans cette espèce, au défaut de serres, si utiles aux autres oiseaux de rapine; elle a muni ses aîles de proéminences osseuses, qui, quoiqu’émoussées et arrondies, sont propres à cet usage.

Armé de la sorte, il ose attaquer un ennemi aussi redoutable que le serpent; fuit-il, l’oiseau le poursuit; on diroit qu’il vole en rasant la terre; il ne développe cependant point ses aîles, pour s’aider dans sa course, comme on l’a dit de l’autruche; il les réserve pour le combat, et elles deviennent alors ses armes offensives et défensives. Le reptile surpris, s’il est loin de son trou, s’arrête, se redresse et cherche à intimider l’oiseau, par le gonflement extraordinaire de sa tête et par son sifflement aigu. C’est dans cet instant que l’oiseau de proie, développant l’une de ses aîles, la ramène devant lui, et en couvre, comme d’une égide, ses jambes, ainsi que la partie inférieure de son corps. Le serpent attaqué, s’élance; l’oiseau bondit, frappe, recule, se jette en arrière, saute en tous sens, d’une manière vraiment comique pour le spectateur, et revient au combat en présentant toujours à la dent venimeuse de son adversaire, le bout de son aîle défensive; et pendant que celui-ci épuise, sans succès, son venin à mordre ses pennes insensibles, il lui détache, avec l’autre aîle, des coups vigoureux, dont l’énergie est puissamment augmentée par les proéminences et les duretés dont j’ai parlé plus haut. Enfin, le reptile étourdi d’un coup d’aîle, chancèle, roule dans la poussière, où il est saisi avec adresse, et lancé en l’air à plusieurs reprises, jusqu’au moment où, épuisé et sans force, l’oiseau lui brise le crâne à coups de bec, et l’avale tout entier, à moins qu’il ne soit trop gros; dans ce cas, il le dépèce en l’assujettissant sous ses doigts. Des piquans aigus, comme ceux du jacana ou du camichi, seroient sans effet sur la peau lisse et le corps arrondi des serpens; des nœuds durs sont bien plus utiles à l’oiseau dont nous parlons; leurs coups réitérés, donnés avec force, étourdissent le reptile, et lui cassent souvent l’épine vertébrale du premier coup qu’il reçoit.

Le Mangeur de serpens se nourrit également de lésards, moins dangereux à combattre; il ajoute à cette nourriture tout ce qu’il peut trouver de petites tortues, qu’il avale toutes entières, après leur avoir, ainsi qu’aux serpens et aux lésards, brisé le crâne. Il fait aussi un grand dégat d’insectes et de sauterelles.

Dans l’état de domesticité, cet oiseau se nourrit de toute espèce de viandes, crues ou cuites, et mange des poissons. Je l’ai vu mainte fois avaler des jeunes poulets et des petits oiseaux entiers, avec toutes leurs plumes; mais j’ai remarqué que toujours il avoit soin de les faire entrer dans son bec la tête la première. Je ne crois pas que, dans l’état de nature, il attaque les oiseaux; du moins je n’en ai jamais vu d’exemple.

L’un des Mangeurs de serpens que j’ai tués, et qui étoit un mâle, avoit dans son jabot vingt-une petites tortues entières, dont plusieurs avoient près de deux pouces de diamètre; onze lésards de sept à huit pouces de long, et trois serpens de la longueur du bras et d’un pouce d’épaisseur. Outre ces animaux, j’y trouvai encore une multitude de sauterelles et d’autres insectes, dont plusieurs étoient même si entières que je les plaçai dans ma suite de cette classe; les serpens, les lésards et les tortues avoient tous chacun un trou dans la tête. Je trouvai aussi dans l’estomac très-ample de cet oiseau, une pelote grosse comme un œuf d’oie: elle n’étoit composée que de vertèbres de serpens et de lésards, d’écailles de tortues, d’aîles et de pattes de sauterelles, et enfin d’élitres de plusieurs scarabées. Cet oiseau rejette, par le bec, toutes ces dépouilles, ainsi que le font plusieurs autres oiseaux de proie.

Comme tant d’autres êtres puissans de la nature, le Mangeur de serpens abuse de sa force; les moyens offensifs qui lui ont été donnés pour conserver son espèce, tournent souvent contre lui-même. L’amour excitant entre les mâles des combats longs et opiniâtres, ils se frappent mutuellement de leurs aîles, pour se disputer une femelle, qui se rend toujours au vainqueur, et c’est vers le mois de juillet qu’ils entrent en amour. Ces oiseaux construisent un nid plat, en forme d’aire, comme celui de l’aigle, et le placent dans le buisson le plus haut et le plus touffu du canton, qu’ils se sont choisis pour leur domaine: ce nid est garni intérieurement de laine et de plumes; sa dimension est au moins de trois pieds de diamètre; il est arrangé dans le milieu d’un buisson, dont ils ont l’art d’écarter si artistement les branches qu’elles servent de fondement à tout l’édifice; ces mêmes branches, poussant sur les côtés des jets qui montent après plus haut que le nid, forment tout autour une espèce de rempart, qui le dérobe à la vue et le met à même de n’être découvert que très-difficilement.

Au reste, cette manière de nicher sur les buissons est relative au local; on l’observe dans les environs du Cap, dans toutes les plaines arides et brûlées et généralement dépourvues de grands arbres: vers la côte de Natal, où l’on trouve encore ces oiseaux, j’ai vu leur aire placé sur les arbres les plus élevés, où ils se retiroient aussi le soir pour se coucher. Le même nid sert long-tems au même couple, qui, comme chez les aigles, habite seul un domaine assez étendu. La ponte de cet oiseau est de deux et souvent de trois œufs; ils sont entièrement blancs, ponctués de roussâtre, et de la grosseur de ceux d’une oie, mais un peu moins alongés. Les petits sont long-tems hors d’état de prendre leur essor; leurs longs pieds frêles, sur lesquels ils ont d’abord beaucoup de peine à se soutenir, sont la cause de ce retard; et on les trouve encore dans le nid quoiqu’ils aient tout le développement et toute la grandeur propre à leur espèce. Ils ne peuvent enfin bien courir qu’à l’âge de quatre ou cinq mois, et jusqu’à ce moment ils marchent sur le tarse en s’appuyant sur le talon; ce qui leur donne fort mauvaise grace. En revanche, dans l’état parfait, cet oiseau a la démarche aisée, le port noble et les mouvemens pleins de dignité; tranquille, il marche avec une assurance lente et agréable; mais, au besoin, il court d’une vîtesse extrême. Lorsqu’il se voit poursuivi, il préfère de fuir plutôt par la course que de prendre son vol; et, dans ce cas, il fait des pas d’une grandeur démesurée. Il faut, pour obliger cet oiseau à s’envoler, ou le surprendre d’une manière brusque et inopinée, ou le poursuivre à cheval au grand galop; mais alors il s’élève peu, et redescent aussitôt qu’il se voit hors de danger, pour se remettre à courir de plus belle.

Le Mangeur de serpens est très-méfiant et singulièrement rusé; on l’approche difficilement à la portée, pour le tirer avec succès: et comme on ne le rencontre guère que dans les plaines les plus arides et les plus découvertes, lieux que fréquentent de préférence les animaux dont il fait sa proie, il y est en sûreté, étant à même de voir tout ce qui se passe au loin. Aussi, le chasseur, une fois qu’il a été remarqué par lui, doit renoncer au projet de le joindre d’assez près pour être sûr de l’abattre; mais il peut y suppléer par la ruse; car cet oiseau, revenant toujours dans les mêmes cantons, lorsqu’on en aura observé un qu’il fréquente d’ordinaire, il faudra s’y rendre avant le jour, se cacher dans un buisson bien touffu, et y rester jusqu’à ce qu’il se présente convenablement pour être tué. Il faut, dans cette chasse, s’armer de beaucoup de patience, ne pas faire le moindre mouvement, et le buisson dans lequel on se cachera doit même être tellement ombragé qu’on ne puisse voir le jour à travers; sans quoi l’oiseau, très-clairvoyant, y aura bientôt découvert le chasseur. Le canon du fusil, ainsi que les batteries, doivent aussi avoir été frotté avec du sang chaud de quelque animal, afin qu’ils aient le moins d’éclat possible[14]. Voilà la seule manière qui m’ait réussi pour parvenir à me procurer ces oiseaux, et encore n’en ai-je pu tuer que cinq pendant tout le séjour que j’ai fait en Afrique.

Dans cette espèce, le mâle et la femelle se séparent rarement, et toujours on les trouve ensemble. Pris jeune, cet oiseau s’apprivoise facilement, et se nourrit aisément. Il s’habitue avec la volaille, et si on a soin de le bien nourrir, il ne lui fait aucun mal; mais si, au contraire, on le laisse jeûner, les petits poulets et les jeunes canards deviennent bientôt sa proie: c’est donc le besoin seul qui l’invite à mal faire, si toutefois c’est un mal que de pourvoir à sa subsistance. Il n’est pas de son naturel d’être méchant; au contraire, il semble aimer la paix; car s’il y a quelque bataille parmi les animaux de la basse-cour, on le voit aussitôt accourir pour séparer les combattans. Beaucoup de personnes, au Cap de Bonne-Espérance, élèvent de ces oiseaux dans leurs basse-cours; autant pour y maintenir la paix que pour détruire les lésards, les serpens et les rats, qui souvent s’y introduisent pour dévorer la volaille et les œufs.

Le Mangeur de serpens se trouve dans toutes les plaines arides des environs du Cap, et notamment dans le Swart-Land. Je l’ai vu très-fréquemment sur toute la côte de l’est, même jusque chez les Caffres, et dans l’intérieur des terres; mais à la côte de l’ouest, et sur-tout vers le pays des Namaquois, je ne l’ai pas, à beaucoup près, rencontré autant.

Plusieurs naturalistes ont parlé de ce destructeur de serpens, et l’ont décrit; mais peu l’ont, à ce qu’il paroît, bien examiné. Buffon lui donne la dimension d’une grande grue; il s’en faut pourtant de beaucoup qu’il ait la hauteur des grandes espèces de ce genre; il est même inférieur de taille à notre grue européenne, et n’a enfin tout au plus que trois pieds deux à trois pouces de hauteur. Quand à ses longs pieds, que l’auteur compare à ceux des oiseaux de rivage, il n’est pas le seul oiseau de proie dont le tarse soit aussi long, car les éperviers, proportionnellement à leur taille, l’ont au moins de la même longueur; et il est absolument faux que la jambe de cet oiseau soit dégarnie de plumes un peu au-dessus du genou[15]. Tout au contraire, les plumes des jambes descendent un peu sur le devant du tarse. Au reste, cet oiseau est si mal figuré dans les planches enluminées de Buffon, No. 721, qu’il est impossible de le reconnoître dans ce portrait peu fidèle, tant pour ses couleurs que pour sa forme totale. La peau nue qui entoure son œil et la base du bec, n’est pas rouge, comme dans la figure que nous avons citée, mais d’un jaune, plus ou moins orangé; il n’a pas non plus le cou de cigogne qu’on lui prête, et encore moins un bec de gallinacée; et ce n’est pas un vautour, comme le prétend Forster. Il n’a pas enfin la queue fourchue que lui donne Sonnerat, qui en a publié une figure vraiment grotesque dans son Voyage à la nouvelle Guinée, planche 50; on n’a pas oublié dans ce portrait, le caractère du bas de la jambe dégarni de plumes.

Kolbe a confondu cet oiseau avec le pélican: le nom de slang-vreeter (mangeur de serpens), qu’il applique au pélican, est le nom que porte au Cap, dans toute la colonie et chez les Hottentots, l’oiseau dont nous parlons. Les Hollandois l’ont nommé ensuite secretaris (secrétaire), par comparaison avec leurs écrivains de bureau, qui généralement ont l’habitude de ficher leurs plumes dans leur perruque derrière l’oreille, et dont celles de la huppe de cet oiseau rappellent l’idée. Vosmaer l’a nommé sagitaire, et d’autres enfin messager, par rapport à la vîtesse de sa course. Quant à moi, je lui conserverai son véritable nom, qui lui convient mieux; car enfin ce n’est pas un secrétaire, ni un sagitaire, et encore moins un messager; mais c’est un mangeur de serpens.

Cet oiseau est caractérisé, par un bec crochu et fort comme celui des aigles; par un long tarse; par une touffe de plumes inégales, qui lui forme, sur le derrière du cou, une espèce de crinière pendante, qu’il peut hérisser à volonté; et enfin par une queue très-étagée, dont les deux plumes du milieu sont du double plus longues que les deux suivantes, et traînent à terre pour peu que l’oiseau les tienne obliquement. L’œil est d’une couleur grisâtre; il est très-ouvert et garni d’un sourcil de cils noirs. La bouche est grande et fendue jusque passé les yeux; la gorge, fort ample, est susceptible d’une très-grande extension, ainsi que la peau du cou. Le jabot est d’une ampleur considérable, et contient une quantité prodigieuse de nourriture.

Le plumage du Mangeur de serpens mâle, lorsqu’il est parvenu dans son état parfait, est, sur la tête, le cou, la poitrine et généralement tout le manteau, d’une couleur gris bleuâtre, nuée plus ou moins d’une légère teinte de brun-roux sur les couvertures des aîles; les grandes pennes sont noires. La gorge, ainsi que les plumes qui couvrent le sternum, sont blanches, et celles du dessous de la queue sont d’un blanc sali de roussâtre; le bas-ventre est noir, mêlé et comme rayé de roux ou de blanc; les jambes, enfin, sont couvertes de plumes d’un beau noir, rayé imperceptiblement de brun; vers le talon, cette rayure prend un ton plus blanchâtre. La base du bec et la peau nue des yeux sont d’une couleur jaune, plus orangée au-dessus de l’œil. Le bec est couleur de corne noirâtre, ainsi que les ongles, qui sont courts et émoussés. Les doigts, très-épais, sont, ainsi que le tarse, couverts de larges écailles d’un brun jaunâtre. La queue est, comme je l’ai dit, très-étagée; les pennes qui la composent sont, en partie, noires, et prennent toujours plus de gris à mesure qu’elles s’alongent; elles sont de plus toutes terminées de blanc: les deux du milieu, qui dépassent de beaucoup toutes les autres, sont entièrement d’un gris-bleu, nuées de brun vers le bout, où elles portent une tache noire et sont aussi terminées de blanc; mais il arrive quelquefois que ce bout blanc disparoît entièrement, par le frottement qu’elles éprouvent en traînant souvent à terre. J’ai remarqué encore que ces deux longues plumes se rétrécissoient depuis le croupion jusqu’au milieu de leur longueur, et que de-là elles prennent, au contraire, toujours plus de largeur jusqu’au bout. La huppe de cet oiseau est composée de dix plumes très-apparentes; elles ne naissent point sans ordre, mais sont implantées deux à deux: les plus courtes étant placées sur le haut du cou et les longues plus bas; elles occupent ensemble un espace de plus de quatre pouces: les plus grandes sont noires, principalement à leurs extrémités extérieures; d’autres sont mélangées de gris et de noir; toutes sont étroitement ébarbées à leur naissance, et s’élargissent toujours davantage; enfin, elles ont absolument la forme d’une massue, et jouent au gré des vents et au moindre mouvement que fait l’oiseau, qui a aussi la faculté de les redresser à volonté.

La femelle diffère du mâle par sa couleur grise, moins nuancée de brun; par sa huppe moins longue et plus mêlée de gris; par son bas-ventre, qui est blanc, et par les plumes de ses jambes qui sont plus traversées de rayures brunes ou blanches, et enfin par les deux plumes moins longues du milieu de la queue.

Dans le premier âge, le gris est nuancé d’une forte teinte roussâtre; chaque plume des jambes est terminée par un liséré blanc, et le bas-ventre est entièrement blanc. La huppe est non-seulement courte, mais tout à fait d’un gris roussâtre, et les deux plumes du milieu de la queue ne s’étendent pas plus loin que les autres. Les proéminences osseuses des aîles ne paroissent pas du tout dans le jeune âge. Dans l’oiseau adulte, il faut soulever l’aîle pour les sentir, et elles ne sont absolument que des apophises du métacarpe.

DES AUTOURS.

L’AUTOUR HUPPÉ, No. 26.

Illustration from Histoire naturelle des oiseaux d'Afrique, t. 1
Illustration from Histoire naturelle des oiseaux d'Afrique, t. 1

Cet oiseau de Cayenne qui, par ses aîles courtes, sa grande queue et ses longues jambes, se rapproche beaucoup du genre de l’épervier et de l’autour, me paroît être un véritable autour d’une espèce nouvelle, à ajouter à celui que nous connoissions déja, et qui se trouve dans les différentes parties de l’Europe. Quant au prétendu petit autour de Cayenne, décrit par Buffon, et figuré dans ses planches enluminées, No. 473, ce n’est certainement point un autour. Pour avoir également une idée exacte de la forme de notre autour d’Europe, il faut bien se garder de consulter les planches enluminées de Buffon, No. 461 et No. 418, qui représentent fort mal le port de cet oiseau. L’autour blond des naturalistes n’est rien autre que notre autour dans son enfance, nommé busard dans les planches de Buffon, No. 423. Ce même autour, dans son jeune âge, est aussi décrit par Brisson, comme un gros busard: erreur dont Buffon s’est apperçu. Je ne connois absolument encore que deux espèces d’autours; savoir, notre autour européen et celui de cet article, que je donne dans les planches coloriées de cet ouvrage, No. 26. Celui-ci diffère de notre autour non-seulement par des couleurs totalement différentes, mais encore par sa taille, qui est d’un bon tiers plus forte. Il est caractérisé par une touffe de plumes inégales, qui prennent naissance sur l’occiput et retombent sur le cou par derrière; ses tarses sont aussi entièrement emplumés: caractères bien suffisans pour distinguer ces deux espèces l’une de l’autre. Le dessus de la tête de cet autour américain est couvert de plumes noires, mais elles n’ont cette couleur que dans toute la partie qui se remarque quand elles sont naturellement couchées les unes sur les autres; car le dessous en est blanc, et souvent ce blanc s’apperçoit pour peu que les plumes se dérangent. La huppe est également noire et blanche. Tout le derrière du cou est d’un roux foncé, et le devant d’un blanc sali de roussâtre; une ligne noire qui descend du coin de la bouche sur les côtés du cou, sépare le roux de la nuque et le blanc de la gorge. Toute la partie antérieure du corps, sur un fond blanc plus ou moins roussâtre, porte de larges taches noires; les jambes sont barrées transversalement de noir et de blanc; sur le tarse cette rayure est plus fine. Les aîles et le manteau, sur un fond brun sombre, sont nués d’une couleur noirâtre. Les petites couvertures du poignet de l’aîle se détachent l’une de l’autre par une bordure blanche, et la queue porte de larges bandes noires, disposées sur la couleur brune de ses pennes. Le bec est bleuâtre, les doigts jaunâtres et les serres d’un noir de corne. La base du bec m’a paru roussâtre.

J’ai été à même de comparer cinq individus de cette espèce, dont l’un est au Cabinet National de Paris; un autre chez le citoyen Holthuysen, à Amsterdam; j’ai vu le troisième dans le cabinet de feu Mauduit, qui l’a décrit pour un aigle; un autre chez le citoyen Gaillard, marchand d’histoire naturelle, et enfin le cinquième est dans ma collection: je n’ai pas remarqué de différence sensible dans aucun de ces cinq oiseaux.

Les habitudes de cet autour ne nous sont pas connues; mais si nous pouvons en juger par son bec qui est très-fort, ainsi que par ses grandes serres, il doit être un terrible destructeur de gibier, et seroit certainement bien propre à figurer dans une fauconnerie.

On trouve dans l’Encyclopédie méthodique la description de deux oiseaux de proie nouveaux, donné chacun sous le nom d’autour; je ne les ai jamais vu en nature, ainsi je ne puis en parler; mais Mauduit, qui a donné celui de cet article pour un aigle, peut également s’être trompé à l’égard de ces prétendus autours. Sonnerat a publié aussi la description d’un oiseau de proie de Madagascar, auquel il a très-mal à propos donné le nom d’autour. Dans le nombre des oiseaux carnivores que j’ai vu en Afrique, je n’en ai trouvé aucun qu’on puisse rapporter à ce genre d’oiseaux.

DES FAUCONS.

LE FAUCON CHANTEUR, No. 27.

Illustration from Histoire naturelle des oiseaux d'Afrique, t. 1
Illustration from Histoire naturelle des oiseaux d'Afrique, t. 1

Le jaune de la base du bec ainsi que des pieds, des couleurs élégantes, et un chant soutenu, caractérisent un des plus beaux oiseaux de proie d’Afrique, celui que j’ai nommé Faucon chanteur. Un organe dont il paroît doué seul, exclusivement à tous les autres oiseaux de rapine, si nous en exceptons pourtant le vocifer[16], mérite bien de jouir d’une dénomination particulière, comme privilégié à cet égard; puisqu’en dénommant les objets d’histoire naturelle, on doit, autant qu’il est possible, chercher à les peindre par leur nom; cependant ce nom ne porte pas sur la configuration seule; mais nous pensons aussi pouvoir nommer les animaux d’après leurs facultés, par la raison que l’histoire naturelle ne consiste pas seulement dans la partie descriptive, mais dans la somme des formes, des mœurs et des facultés. L’étude de ces rapports réunis devant être le but de tout naturaliste, il doit chercher à fixer les espèces par le trait le plus frappant de leur signalement physique ou moral, pendant que le nomenclateur ne s’attachera qu’à la description des couleurs; ce qui nous importe le moins de connoître avec autant de détails; car il est rare que deux oiseaux du même genre, et qui se ressemblent le plus par leurs plumages, n’aient pas quelque caractère différent, qu’il soit aisé de saisir pour les distinguer l’un de l’autre; et c’est à quoi le vrai naturaliste doit s’attacher le plus, pour éviter cette confusion qui ne règne déja que trop dans les différens ouvrages sur les oiseaux.

Au premier coup-d’œil, le Faucon chanteur pourroit être pris pour une grande espèce d’épervier; cependant on ne peut le ranger parmi ces oiseaux, car il a les aîles proportionnellement plus longues, la queue plus courte et le corps plus épais; mais, comme eux, il a le tarse fort long, ce qui l’éloigne un peu des faucons. Sa queue est étagée, les plumes extérieures étant d’un tiers plus courtes que celles du milieu. La tête, le cou, la poitrine et tout le dessus du corps, sont d’un gris de perle, plus foncé sur le sommet de la tête, les joues et sur une partie des plumes scapulaires, où elles prennent un ton brunâtre; les couvertures du dessus de la queue sont blanches; sur les côtés, elles sont rayées de gris-brun et ponctuées de la même couleur. Le ventre, sur un fond blanchâtre, est rayé très-finement de gris-bleu clair; les rayures du reste du plumage sont plus séparées les unes des autres, et elles sont d’un joli gris-bleu sur les jambes. Les grandes pennes de l’aîle sont noires; chacune des plumes de la queue est terminée de blanc, celles du milieu sont noirâtres, les autres ajoutent à cette couleur de larges bandes blanches. L’iris est d’un rouge-brun foncé. Le bec et les ongles sont noirs.

Cet oiseau est de la grosseur de notre faucon. La femelle diffère du mâle par sa taille, qui est d’un tiers plus forte; la base de son bec et ses pieds sont d’un jaune plus foible encore, et c’est principalement dans le tems des amours que ces mêmes parties, dans le mâle, prennent une couleur plus vive ou plus orangée; c’est alors aussi qu’il chante, ainsi que la plupart des autres espèces d’oiseaux chanteurs. Perché sur le sommet d’un arbre, auprès de sa femelle, qu’il ne quitte pas de toute l’année, ou bien dans le voisinage du nid où elle couve, il chante des heures entières, et d’une manière particulière; comme notre rossignol, on l’entend le matin au lever du soleil, le soir au déclin du jour, et quelquefois durant toute la nuit. C’est pendant le tems qu’il chante d’une voix forte qu’on peut facilement l’approcher pour le tirer; mais il faut que le chasseur, qui s’avance sur lui, s’arrête, demeure immobile, et ne fasse aucun mouvement dans l’instant où l’oiseau se tait pour reprendre haleine, parce que dans ces intervalles, il part et s’éloigne au moindre bruit; mais, comme tous les oiseaux chanteurs, il semble s’écouter avec une sorte de complaisance, et n’entend plus ce qui se passe autour de lui; toute sa sûreté étant alors confiée à ses yeux, qui sont très-clairvoyans. Assez généralement cet oiseau se perche sur un arbre isolé, où il est impossible de l’approcher; dans ce cas, le mieux est de l’attendre à la passade, dans un endroit où il soit accoutumé d’aller; car c’est en vain que l’on tenteroit de le surprendre, puisqu’il part aussitôt qu’il voit le chasseur s’avancer vers lui.

Le Faucon chanteur fait une guerre cruelle et sanglante aux lièvres, aux perdrix, aux cailles, et généralement à tout le menu gibier; il prend aussi les taupes, les souris et les rats. La rapine et le carnage sont des fonctions nécessitées chez lui par le besoin de satisfaire un appétit démesuré: j’en ai élevé un jeune que nous ne pouvions rassasier que difficilement.

La femelle construit son nid dans l’enfourchure des arbres ou dans les gros buissons touffus; sa ponte est de quatre œufs entièrement blancs et presque ronds. Dans des voyages tels que ceux que j’ai faits, on goûte de tout; j’ai mangé ces œufs, fraichement pondus, et je leur ai trouvé un petit goût de sauvaigne; cuits, le blanc conserve une grande transparence et une teinte bleuâtre; le jaune est d’une belle couleur rouge de safran, et le dedans de la coquille d’une couleur verte. Dans son jeune âge, le plumage du Faucon chanteur est mélangé de beaucoup de roussâtre.

Cette belle espèce d’oiseau se trouve dans la Caffrerie et dans tout le pays qui l’avoisine; je l’ai rencontré aussi dans le Karrow et le Camdeboo. La saison des amours est le seul tems où le mâle fasse entendre son chant, dont chaque phrase dure près d’une minute. Je n’ai jamais entendu chanter la femelle. Lorsque j’appercevois une couple de ces oiseaux, s’il m’arrivoit de tuer le mâle le premier, j’étois certain d’avoir bientôt la femelle, qui, par attachement pour son mâle, et le cherchant par-tout, l’appeloit sans discontinuer, d’une voix triste et lamentable, dont les accens m’indiquoient à chaque instant les lieux par où elle passoit et repassoit sans cesse en vain, et où il suffisoit de l’attendre; car, faisant peu d’attention à moi, elle sembloit s’offrir volontairement à la mort. Si, au contraire, j’avois tué la femelle la première, le mâle n’en devenoit que plus méfiant; il se retiroit sur le sommet des arbres les plus isolés, où il chantoit non-seulement tout le jour, mais pendant la nuit entière; et si je cherchois à le poursuivre, il quittoit tout à fait le canton et n’y rentroit plus.

LE FAUCON HUPPÉ, No. 28.

Illustration from Histoire naturelle des oiseaux d'Afrique, t. 1
Illustration from Histoire naturelle des oiseaux d'Afrique, t. 1

Cet oiseau me paroît approcher beaucoup de celui qu’Adanson a rapporté du Sénégal, et que les Nègres de ces contrées nomment tanas; il est également huppé et son plumage ressemble infiniment aussi, tant par ses couleurs que par leurs distributions, à celui de notre faucon d’Europe; mais il diffère cependant du tanas par la grandeur, puisqu’on lui donne une taille un peu moindre seulement que celle du faucon, tandis que mon Faucon huppé est beaucoup plus petit. Ce dernier a encore un caractère très-remarquable, et dont Buffon ne fait pas mention dans la description du tanas: c’est la mandibule inférieure du bec, qui non-seulement est garnie, comme dans le tanas, d’un crochet très-apparent de chaque côté, mais de plus est tronquée net à son extrémité et coupée carrément. La figure que j’ai donnée indique très-bien ce caractère; qui, s’il est le même dans l’oiseau du Sénégal, n’aura point été saisi ni par le dessinateur, ni par Buffon. La huppe, dont il est aussi question dans la description du tanas, manque absolument dans la figure qu’on en a donnée; et en tout, ce portrait ne se rapporte nullement à la description de cet oiseau, tandis qu’elle convient, au contraire, parfaitement à mon Faucon huppé, à la grandeur près; mais nous savons qu’il arrive souvent que, dans le même pays, les oiseaux varient beaucoup dans leurs tailles, à plus forte raison la même chose peut avoir lieu dans deux contrées aussi éloignées l’une de l’autre, que le sont le Sénégal et le Cap de Bonne-Espérance. Il est donc probable que le tanas, ou faucon pêcheur du Sénégal, est de la même espèce que le Faucon huppé du Cap; et que la figure des planches enluminées de Buffon, No. 478, qui est censée représenter le tanas, est celle d’un autre oiseau de proie. Nous allons voir encore que les mœurs du Faucon huppé sont aussi les mêmes que celles du tanas: raison qui vient à l’appui de mes soupçons sur l’unité d’espèce de ces deux oiseaux africains. Mais comme la description du tanas n’est point assez détaillée, et que deux oiseaux peuvent bien se ressembler, et ressembler encore à un troisième, sans être cependant de la même espèce, nous remettrons à prononcer plus affirmativement, jusqu’au moment où nous aurons vu en nature le tanas du Sénégal; en attendant, nous laisserons à cet oiseau de proie du Cap le nom particulier que je lui ai donné.

La huppe de ce petit faucon est très-apparente; elle part du front et s’étend jusque passé le derrière de la tête, quand l’oiseau la couche; il la relève souvent, et particulièrement quand il est animé, soit par la colère, ou par un sentiment plus doux, celui de l’amour: c’est dans ce moment sur-tout qu’il l’épanouit et l’étale pour plaire à sa femelle, à laquelle il paroît très-attaché. Dans cette espèce, le mâle est de la grosseur d’un pigeon ordinaire; sa femelle est d’un grand quart plus forte, et sa huppe est moins longue; du reste, ils se ressemblent beaucoup pour la teinte et la distribution des couleurs, qui sont, sur tout le dessus du corps, d’un gris-bleu ardoisé; la huppe est brunâtre. La gorge, le cou et la poitrine sont d’un blanc sali; tout le dessous du corps, sur ce même fond, porte des bandes transversales; la queue est également rayée en travers. Les pieds et les doigts sont jaunes; la base du bec est bleuâtre et la pointe en est noire, ainsi que les griffes qui sont très-effilées et fortes. De chaque côté de la bouche descend une balafre brune; les aîles ployées s’étendent au-delà du bout de la queue; l’œil est d’un jaune orangé.

Le Faucon huppé fréquente les lacs, les bords de la mer et les rivières poissonneuses; il ne chasse point, mais pêche, et se nourrit de tous les petits poissons et crabes qu’il peut attraper; il s’accommode aussi d’oursins, de moules et d’autres coquillages, dont il brise l’enveloppe avec son bec qui est très-fort. Je l’ai vu poursuivre, avec acharnement, les mouettes, les hirondelles de mer, et même les albatros et les pélicans, oiseaux dont la grosseur et la force auroient dû lui en imposer; mais tous le fuyoient également; les hirondelles de mer paroissoient même moins le redouter que ces grands et lâches palmipèdes. Quand ce Faucon huppé s’est adonné à vivre sur les bords de la mer, c’est sur les rochers qu’il fait alors son nid; dans les terres, il le construit sur les arbres qui bordent les rivières qu’il fréquente et qui lui procurent le plus abondamment sa nourriture. La ponte est de quatre œufs entièrement d’un blanc roussâtre. Le mâle partage les soins de l’incubation et ne quitte point sa femelle, dont il prend le plus grand soin, ayant l’attention de lui apporter amplement les fruits de sa pêche. Toute la petite famille vit long-tems ensemble, et les jeunes ne se séparent que pour donner eux-mêmes leurs soins à une nouvelle postérité.

Les très-longues aîles du Faucon huppé paroîtroient devoir lui faciliter les moyens de chasser, car il a le vol très-rapide; mais jamais je ne l’ai vu prendre les oiseaux auxquels il donnoit la chasse; ce qu’il auroit pu faire facilement, puisqu’il les abordoit d’assez près pour leur donner des coups de bec et les faire crier; mais il m’a paru que c’étoit simplement pour les écarter du canton qu’il s’étoit choisi et dont il s’éloignoit très-peu lui-même.

Les jeunes diffèrent des vieux par une teinte fauve répandue sur tout leur plumage, et par le blanc sale de la gorge, du cou et de la poitrine qui est varié de roux et de gris-brun; et leur huppe ne paroît aussi que quelques mois après qu’ils ont pris l’essor.

LE FAUCON A CULOTTE NOIRE, No. 29.

Illustration from Histoire naturelle des oiseaux d'Afrique, t. 1
Illustration from Histoire naturelle des oiseaux d'Afrique, t. 1

L’oiseau dont il est question dans cet article est encore un faucon d’Afrique, dont la taille est intermédiaire entre celles des deux faucons précédens. Ses aîles, moins amples que celles du faucon huppé, ne s’étendent pas plus loin que les deux tiers de la longueur de la queue. Le dessus de la tête et les plumes des jambes sont d’un noir-brun; les pennes des aîles et celles de la queue ajoutent, à cette même teinte, une bordure blanchâtre, qui dessine les contours extérieurs, et les détachent les unes des autres. La gorge est blanche; le manteau, ainsi que les couvertures des aîles, sont d’un gris-brun, et marquées de quelques traits plus foncés le long du milieu de chaque plume. Toute la partie antérieure du corps est d’un léger roussâtre, sur lequel sont répandues des taches brunes, formées en coups de pinceau. Le bas-ventre et les recouvremens du dessous de la queue sont de la même couleur et tachés de même; mais les traits bruns qui s’y trouvent également sont plus déliés. Le bec, qui offre absolument les mêmes caractères que celui du faucon huppé, est jaune à sa base, et couleur de corne dans le reste. Les doigts, très-forts, portent des griffes noires; ils sont jaunes, ainsi que les tarses, qui se trouvent emplumés un peu au-dessous du talon. L’œil, très-vif, est d’un brun-noisette. La queue est un peu arrondie.

J’ai tué ce faucon dans le pays des Grands Namaquois; lorsque je l’apperçus il étoit posé sur un rocher et en train de dévorer un jeune lièvre, qu’il venoit sans doute de prendre à l’instant même; ce que je jugeai à la chaleur du petit animal, dont les membres étoient encore palpitans. Très-occupé à son repas, l’oiseau se laissa approcher, et je le tuai sur sa proie. Mon coup de fusil fit partir, à quelque distance de là, un autre oiseau de rapine, qui me parut un peu plus gros que celui que je venois d’abattre, et que je crus d’autant plus être sa femelle, que nous étions dans la saison où tous les oiseaux du canton étoient en amour, et que celui que j’avois tué étoit un mâle. Je guettai en vain cette femelle, que je vis passer et repasser à plusieurs reprises, évitant toujours de m’approcher; j’avois cependant laissé le levreau sur la place où le mâle s’étoit fait tuer, espérant qu’elle s’y abattroit aussi en l’appercevant. Toutes mes ruses n’aboutirent à rien, ne voyant plus reparoître son mâle, elle disparut entièrement. Je n’ai pas vu depuis un autre individu de cette même espèce.

Mon vieux gardien Swanepoel m’a assuré cependant que cet oiseau étoit assez commun sur les Sneeuw-bergen (Montagnes de neige), et qu’on le nommoit, dans ce canton, klyne-berg-haan (petit coq de montagne). Nous avons déja vu que ce nom de coq de montagne est celui que les colons du Cap donnent généralement à tous les oiseaux de proie un peu grands, et qu’ils ne regardent pas comme des vautours (aas-voogel). Quant aux plus petits, ils les désignent généralement par le nom de valk (faucon).

Nous allons, après avoir parlé d’un petit faucon indien, passer à des espèces plus petites d’oiseaux de proie d’Afrique, lesquelles, n’étant pas si robustes que les faucons, semblent destinées à remplacer, dans ces contrées éloignées, nos éperviers, nos cresserelles et nos hobereaux, enfin, tous ces oiseaux de proie de race moins noble, pour me servir de l’expression des fauconniers.

LE CHICQUERA, No. 30.

Illustration from Histoire naturelle des oiseaux d'Afrique, t. 1
Illustration from Histoire naturelle des oiseaux d'Afrique, t. 1

Voici un petit oiseau de proie dont la mandibule inférieure du bec est absolument de la même forme que celle des deux faucons des articles précédens; il ressemble beaucoup au faucon huppé par les couleurs générales du corps; mais il n’est pas huppé. Cette espèce, que je regarde aussi comme un véritable faucon, n’a point encore été décrite ni figurée dans aucun ouvrage sur les oiseaux. Je l’ai trouvée dans une collection que j’ai achetée, et que tout m’assure avoir été faite au Bengal. Chicquera est le nom indien que cet oiseau portoit dans la note qui m’a été remise avec toute la collection: j’ignore ce qu’il signifie; je sais seulement que c’est celui que les habitans de Chandernagor, où il a été tué, donnent à ce petit faucon, dont je n’ai vu que ce seul individu, qui a également servi à cette description et de modèle à mon dessinateur, qui l’a parfaitement rendu de grandeur naturelle, et tel enfin que je le fais colorier ici dans les planches enluminées, No. 30.

La mandibule supérieure du bec porte, dans le Chicquera, deux crans très-marqués; ses aîles, dans leur situation naturelle, ne passent pas les deux tiers de la longueur de la queue, et cette queue est un peu étagée et arrondie. Ces trois caractères sont plus que suffisans pour ne pas faire prendre cet oiseau pour une variété de celui dont nous avons parlé sous le nom de faucon huppé. Il a le dessus de la tête et le derrière du cou d’un roux ferrugineux très-foncé. Une foible teinte de cette même couleur se trouve répandue sur le blanc de la gorge, aux environs du bec, sur le devant du cou et sur le poignet de l’aîle. Tout le dessous du corps, sur un fond blanc, porte une légère rayûre gris-noir. Le manteau est d’un joli gris-bleu, dont la teinte forme aussi la base de la couleur de toutes les plumes des aîles et de la queue, qui sont de plus rayées transversalement. La queue est traversée, à son extrémité, d’une large bande noire, et elle se termine enfin par un blanc roussâtre. Le bec, si on en excepte sa pointe noirâtre, est du reste entièrement d’un jaune pâle. Les pieds et les yeux sont d’un beau jaune.

La note dont j’ai parlé n’indiquoit absolument rien sur la manière de vivre de cet oiseau, et ne faisoit pas mention non plus de son sexe.

L’ACOLI, No. 31.

Illustration from Histoire naturelle des oiseaux d'Afrique, t. 1
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L’acoli est un oiseau de proie qui peut tenir sa place à côté de l’oiseau saint-martin[17], avec lequel il a infiniment de rapport: même taille, mêmes proportions, et les couleurs à peu près aussi les mêmes, feroient prendre cet oiseau pour n’être qu’une variété de l’oiseau saint-martin; mais une particularité qui les distingue l’un de l’autre, c’est que l’Acoli a la base du bec d’un beau rouge, particulièrement dans le tems des amours, et qu’il a le ventre rayé.

L’Acoli, comme l’oiseau saint-martin, a le corps alongé et svelte, les jambes et les tarses longs, ainsi que la queue: caractères qui conviennent également aux éperviers. Ceux-ci n’ont point les aîles longues, comme les oiseaux du genre de l’Acoli; ils sont, au contraire, de tous les oiseaux de proie, ceux qui ont les pennes de l’aîle les plus courtes, si nous en exceptons pourtant les autours qui ont également les aîles très-petites, et qui se distinguent à leur tour des éperviers, par les tarses qui ne sont pas si longs que les leurs.

La couleur principale de l’Acoli est un beau gris-bleu pâle, répandu sur la tête, le cou et le manteau. Cet oiseau est très-culotté; c’est-à-dire, que les plumes qui recouvrent les jambes descendent fort bas, quoique le tarse ne soit point emplumé par lui-même. Toute la partie inférieure du corps est blanchâtre, et finement rayée, comme celle du faucon chanteur, avec lequel il ne faut point non plus le confondre. Ce dernier est beaucoup plus gros: d’ailleurs, sa queue étagée le distingue de l’autre. Il est encore à remarquer que dans les cantons où ces deux espèces se trouvent en même tems, jamais ils ne se mêlent ensemble, et que l’Acoli n’a qu’un cri aigre et ne chante point.

Dans la Colonie, cet oiseau fréquente les terres labourées; dans les déserts, il habite les terres sablonneuses; et c’est sur une taupinière, une motte de terre ou sur une de ces voûtes que bâtissent les fourmis, qu’il se perche pour guetter les souris, les mulots et les taupes, ainsi que tous les petits oiseaux, dont il fait également sa proie. Cet oiseau vole très-bien et avec une grande vîtesse; mais son vol est toujours bas. Il est peu farouche, et se laisse assez facilement approcher. Il suit le chasseur et vient de lui-même tourner autour de l’homme qu’il voit dans la plaine, afin de se jeter sur les alouettes qu’il fait lever sur son passage, ce qui facilite beaucoup le moyen de le tirer. Satisfait de sa chasse, l’Acoli se retire sur un buisson pour se reposer.

On voit communément le mâle et la femelle ensemble. Ils construisent leur nid dans les buissons. La ponte est de quatre œufs, d’un blanc sale; ils sont ovales, tandis que ceux du faucon chanteur sont presque ronds. C’est principalement dans le Swart-land, le Rooye-sand et les Vingt-quatre-rivières, que j’ai vu le plus communément l’Acoli: pays où je n’ai jamais trouvé le faucon chanteur. Dans l’intérieur des terres, ce n’est que vers les rivières de Swarte-kop et le Sondag où j’ai vu l’Acoli: à la vérité bien plus rarement que dans la Colonie, où il paroît que les défrichemens l’ont attiré.

Les colons du Swart-land nomment l’Acoli Witte-valk (faucon blanc); dans d’autres endroits, on le nommoit encore Leeuwerk-vanger (attrapeur d’alouettes). Il a le bec bleuâtre, et le tour du nez d’un beau rouge très-vif; les yeux sont d’un jaune orangé, qui est aussi la couleur des pieds. Les ongles sont noirs, ainsi que le bout du bec. La femelle est d’un bon tiers plus forte que le mâle, la base de son bec est d’un rouge plus terne que celui du mâle.

LE TCHOUG, No. 32.

Illustration from Histoire naturelle des oiseaux d'Afrique, t. 1
Illustration from Histoire naturelle des oiseaux d'Afrique, t. 1

L’oiseau nommé ainsi au Bengale, qui est son pays natal, est une seconde espèce étrangère d’oiseau saint-martin, dont aucun naturaliste n’a encore fait mention, et qui tiendra naturellement sa place à côté de l’acoli d’Afrique. Il suffira de jeter un coup-d’œil sur la figure exacte que j’ai donnée de ce bel oiseau de proie, pour être convaincu que je ne me suis pas trompé sur son genre. Il est absolument de la taille de notre oiseau saint-martin. Son bec est entièrement noir et fort luisant, particulièrement à sa base, d’où partent des poils roides de la même couleur, qui tous sont dirigés en avant et se recourbent après en l’air, en recouvrant les narines; on remarque aussi des poils autour de la mandibule inférieure. Le Tchoug a la tête, le cou et tout le manteau d’un brun très-foncé, que l’on pourroit même appeler noir tant il est sombre et approche de cette dernière couleur, qui cependant, sur les plus grandes scapulaires, s’éclaircit tout à fait en un brun ordinaire. Cette dernière teinte est aussi répandue sur une partie des recouvremens des aîles, tandis que les autres sont d’un blanc-gris; plusieurs d’entre elles sont même à demi-blanches et brunes. Sur le derrière de la tête, on remarque un espace où le noir, le blanc et le brun forment un mélange agréablement varié. Les grandes pennes des aîles sont noires, et les moyennes d’un joli gris de perle. Cette bigarrure de l’aîle fait un effet vraiment flatteur à l’œil. Le croupion, ainsi que tout le dessous du corps y compris les plumes des jambes qui pendent fort bas, et les recouvremens du dessous de la queue, sont du blanc le plus pur. La queue, dont toutes les pennes sont d’égale longueur, est généralement par-tout d’un beau gris-blanc roussâtre; les deux seules plumes du milieu portent chacune à leur bout une tache brune formant un croissant. Les tarses, grêles et longs, de cet oiseau, sont d’un jaune pâle; les doigts ont la même couleur, et sont armés de griffes noires. Je ne connois pas la couleur des yeux; la note qui m’indiquoit le nom et le pays de cette charmante espèce n’apprenoit absolument rien de plus sur son compte. J’observerai pourtant, d’après les connoissances que l’expérience m’a données sur les oiseaux, que je crois l’individu que je viens de décrire un oiseau encore dans son jeune âge, et dont la seconde mue n’étoit point achevée. Je fonde mes soupçons: premièrement, sur cette bigarrure de l’aîle, dont plusieurs des moyennes pennes et des recouvremens étoient mélangés d’autant de plumes brunes que de noires et de blanches; secondement, les deux aîles ne portoient point absolument les mêmes distributions de couleurs: d’un côté il y avoit, par exemple, plus de plumes noires, tandis que de l’autre, il y en avoit, au contraire, davantage de blanches et de grises: indice bien certain d’un oiseau en mue. Il s’agit de savoir maintenant laquelle des deux couleurs, du gris de perle ou du noir-brun, est la couleur de l’oiseau lorsqu’il est parvenu dans son état parfait. Je hasarderai encore mon idée sur cet article: l’oiseau pendant sa mue, devant en même tems et perdre et refaire des plumés, quelles sont celles qui tombent en mue? Tout le monde sait que ce sont toujours les vieilles; c’est-à-dire, celles qui sont déja formées et dont le tuyau est par conséquent solide et dur. Or, toutes les pennes grises et les recouvremens blancs de l’aîle étoient dans cet état, tandis que la plupart des noires et des brunes étoient, au contraire, des plumes qui sortoient de leur tuyau, et dont une partie des barbes étoit encore enveloppée dans une petite pellicule blanchâtre. Je crois donc pouvoir assurer que le Tchoug du Bengale, dans son état parfait, doit avoir la tête, le cou, le manteau et les aîles entièrement noirs et le reste blanc. Quelques voyageurs nous apprendront un jour si je me suis trompé dans ma conjecture.

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