Le faubourg Saint-Germain [96].
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Le faubourg Saint-Germain [96].
L'abbaye Saint-Germain a été l'origine du quartier célèbre qui porte vulgairement son nom et qui ne se compose pas, comme les faubourgs Saint-Jacques, Saint-Antoine, Saint-Martin, d'une seule grande rue populeuse, sur laquelle s'embranchent de plus petites rues, mais d'un vaste quartier formé de trois grandes rues parallèles entre elles et à la Seine, ayant leur origine soit à l'enclos de la vieille abbaye, soit aux rues qui en étaient voisines. Ces grandes voies de communication sont les rues de l'Université, Saint-Dominique, de Grenelle, lesquelles vont, en traversant l'esplanade des Invalides, former les artères du quartier du Gros-Caillou et finir au Champ-de-Mars. Nous y ajouterons les rues de Lille et de Varennes, qui leur sont parallèles, ont la même origine et sont beaucoup moins longues.
I. Rue de Lille.--Elle a son origine à la rue des Saints-Pères et finit à la rue de Bourgogne. On l'appelait autrefois de Bourbon et elle a été nommée de Lille en 1792 en l'honneur du siége de cette ville. C'est une rue large et droite, remplie de beaux hôtels, où le commerce commence à prendre pied. On y trouve: l'hôtel de Montmorency, occupé longtemps par l'état-major de la première division militaire; les anciens hôtels de Lauraguais, de Valentinois, d'Ozembray, de Rouault; l'hôtel du maréchal Jourdan, qui y est mort en 1822; l'hôtel de Choiseul-Praslin, bâti en 1721 par le maréchal de Belle-Isle, l'une des plus magnifiques habitations de Paris; l'hôtel d'Eugène de Beauharnais (nº 86), qui fut habité par le roi de Prusse en 1814; l'hôtel qui servit de demeure au maréchal Mortier; l'hôtel Masséna, où est mort en 1817 le vainqueur de Zurich: les nouveaux hôtels de Noailles et de Mortemar; les anciens hôtels de Forcalquier, de Grammont, du Maine, d'Humières, de Bentheim, etc. Dans cette rue ont demeuré: au nº 34, le peintre Carle Vernet; au nº 60, le conventionnel Garnier de l'Aube; au nº 63, mademoiselle Clairon, qui y est morte en 1803; enfin, au nº 75, madame de Tencin: là se tenait ce cercle si redoutable par ses attaques satiriques et que fréquentaient Marmontel, Marivaux, Fontenelle, Helvétius, etc.
Les principales rues qui débouchent dans la rue de Lille sont:
2º Rue du Bac.--Son nom lui vient d'un bac établi vers l'an 1550 à la place où est aujourd'hui le pont des Tuileries. C'est une rue très-fréquentée et aussi commerçante que populeuse. On y trouve:
2º La communauté des sœurs de la Charité, qui occupe l'ancien hôtel de la Vallière. Cette institution, fondée par Saint-Vincent-de-Paul en 1633, est destinée aux soins des malades et des pauvres, et à l'instruction des jeunes filles; il n'en est pas de plus populaire et de plus respectée. Les sœurs de la Charité, au nombre de 2,500, desservent trois cents maisons en France, et, à Paris, douze hôpitaux et trente écoles.
On trouvait jadis dans la rue du Bac: les couvents des Filles de la Visitation, fondé en 1673; de l'Immaculée Conception ou des Récollettes, fondé en 1637; l'hôpital des Convalescents, fondé en 1628 par madame de Bullion et supprimé en 1792. «On y admettait, dit Piganiol, les convalescents sortis de la Charité, excepté les prêtres, les soldats et les laquais, exclusion bien singulière!»
Il serait trop long d'indiquer les grandes maisons de cette rue et les hommes historiques qui les ont habitées: nous dirons seulement qu'au nº 84 est l'hôtel Galiffet, où était le ministère des affaires étrangères sous l'Empire, et que, parmi ses habitants célèbres, on peut citer Lanjuinais, Chateaubriand, Labédoyère, M. Dupin, M. de Montalembert.
Les anciens hôtels de cette rue étaient: hôtels de Guéménée, de Villeroy, d'Aligre, de Mortemart, de Montesquieu, de Soyecourt, de Mailly, de Périgord, qui appartient aujourd'hui au maréchal Soult; de Noailles, aujourd'hui occupé par le Dépôt de la guerre, etc. Au nº 17 demeurait en 1830 le maréchal de Bourmont; au nº 18 demeurait en 1808 Chauveau-Lagarde; au nº 82 a demeuré M. de Lamartine; au nº 90 M. le duc de Broglie, etc. Enfin, dans cette rue demeurait, en 1792, Talleyrand-Périgord, évêque d'Autun, le général Arthur Dillon, le général Montesquiou, etc.
Dans la rue de l'Université aboutit la rue des Petits-Augustins, qu'on appelle aujourd'hui Bonaparte, et qui se prolonge sous ce nom jusqu'à la rue de Vaugirard.
Cette rue, ouverte en 1600 sur l'emplacement du canal de la petite Seine, a pris son nom des Augustins que Marguerite de Valois fit venir pour desservir une chapelle voisine de son palais. Cette princesse leur concéda six arpents de terre qu'elle avait acquis de l'Université dans le grand Pré, et sur lesquels ils bâtirent en 1625, avec le produit des quêtes faites dans Paris, un couvent et une église. Cette église renfermait les tombeaux du peintre Porbus, du favori de Gaston d'Orléans, Puylaurens, de la famille Leboulanger, etc. En 1791, on fit du couvent des Augustins un dépôt d'objets d'art enlevés aux églises détruites, et ce dépôt devint, sous la direction d'Alex. Lenoir, le Musée des monuments français, qui fut ouvert le 1er septembre 1795. Huit grandes salles renfermaient plus de cinq cents monuments, statues, tableaux, bas-reliefs, antiquités, curiosités; l'église, le cloître, les cours, les escaliers, les balcons, les façades, tout était plein de débris disposés avec art et dans l'ordre chronologique; enfin, les jardins, élégamment dessinés, étaient ornés de tombeaux d'hommes illustres, parmi lesquels Abeilard, Descartes, Turenne, Molière, La Fontaine, Boileau, etc. En 1816, on détruisit ce musée précieux, et les monuments qu'il renfermait furent donnés à l'abbaye Saint-Denis, à diverses églises et même à des cimetières; en même temps, l'on ordonna la construction d'un palais pour l'école des Beaux-Arts. Ce palais a été commencé en 1819 sur les dessins de M. Debret et continué par M. Duban. Dans la première cour est la façade du château d'Anet, œuvre de Philibert Delorme; elle sert de frontispice à l'ancienne église des Augustins, transformée en musée où l'on trouve des modèles en plâtre, des chefs-d'œuvre de sculpture et une copie du Jugement dernier de Michel-Ange. La première cour est séparée de la seconde par la porte du château de Gaillon et par d'autres fragments précieux de la sculpture française. La face principale du musée des études est décorée de colonnes, médaillons, fragments antiques, des portraits en relief de Philibert Delorme, Jean Goujon, Poussin et Lesueur. On trouve dans l'intérieur des galeries destinées à des expositions de peinture, de sculpture et d'architecture, une collection des empreintes des sceaux royaux depuis Clovis, des modèles de monuments antiques, un grand amphithéâtre dont l'hémicycle a été peint par Paul Delaroche, etc.
Dans la rue des Petits-Augustins ont demeuré Vicq d'Azyr, le général Beauharnais, le malheureux amiral Dumont d'Urville, etc.
III. Rue Saint-Dominique.--Elle commence à la rue Taranne, qui lui sert de prolongement jusqu'à la rue Saint-Benoît, et finit au Champ-de-Mars. On l'appelait jadis le Chemin aux Vaches, et elle a pris son nom actuel des Dominicains qui s'y établirent en 1632.
Les édifices publics qu'elle renferme sont:
1º L'église Saint-Thomas-d'Aquin, bâtie de 1682 à 1740 pour le couvent-noviciat des dominicains réformés, couvent qui avait été fondé par Richelieu et qui a produit des hommes célèbres, le peintre André, l'architecte du pont des Tuileries, Romain, etc. Cette église, qui est richement ornée, est la paroisse du dixième arrondissement.
2º Le Dépôt central d'artillerie, situé dans les bâtiments du couvent des Dominicains et comprenant des ateliers de précision et de modèles d'armes, des archives, plans et cartes, un musée d'artillerie, etc. Ce musée, fondé le 24 floréal an II, renferme une collection très-précieuse des armes de tous les temps et de tous les pays; il fut dévasté en 1815 par les alliés, et en 1830 par les insurgés parisiens, qui cherchaient des armes; mais ses pertes ont été réparées, et il renferme aujourd'hui plus de quatre mille armes, modèles, machines, etc.
3º Le ministère des travaux publics, établi dans l'ancien hôtel Molé, bâti par le maréchal de Roquelaure.
4º Le ministère de la guerre, établi dans les bâtiments du couvent des Filles Saint-Joseph. Ce couvent avait été fondé en 1640 «pour apprendre aux orphelines pauvres les ouvrages convenables à leur sexe jusqu'à ce qu'elles fussent en état d'être mariées, ou d'entrer en religion, ou de se mettre en service.» Il fut reconstruit en 1684 par les soins de madame de Montespan, qui s'y était réservé un appartement et y habita souvent. Cet appartement fut occupé, dans le siècle suivant, par madame du Deffant.
5º L'hôtel du ministre de la guerre, bâti en 1730 par la duchesse de Mazarin, qui le céda à la princesse de Conti, dont il prit le nom. Il était habité en 1788 par le cardinal de Brienne. Lorsque ce ministre donna sa démission, une foule de jeunes gens se porta devant son hôtel et y brûla un mannequin à son effigie; les troupes cernèrent la rue Saint-Dominique, tirèrent sur cette foule et firent un grand nombre de victimes. Sous l'Empire, cet hôtel fut habité d'abord par Lucien Bonaparte, ensuite par la mère de Napoléon.
6º L'église Sainte-Clotilde, église nouvelle presque achevée, de style gothique, sur la place Belle-Chasse. Cette place a été ouverte sur les jardins du couvent des chanoinesses du Saint-Sépulcre.
7º L'église Saint-Pierre-du-Gros-Caillou, succursale du dixième arrondissement.
8º L'hôpital militaire du Gros-Caillou, fondé en 1765 par le duc de Biron pour les gardes-françaises.
Outre ces monuments, on trouve encore dans cette rue les hôtels de Luynes, bâti par la fameuse duchesse de Chevreuse; de Broglie, au coin de la rue Bellechasse, bâti en 1704 par le comte de Broglie, maréchal de France; de Châtillon, de Guerchy, de Poitiers, de Lignerac, de Comminges, de Seignelay, de Caraman, de Montpensier, etc. Le plus magnifique est l'ancien hôtel Monaco, depuis hôtel de Wagram, transformé récemment par le banquier Hope en un palais qui est l'habitation la plus somptueuse de Paris.
Au coin des rues Taranne et Saint-Benoît a demeuré Diderot pendant trente ans: au nº 12 de la rue Taranne était l'hôtel du baron d'Holbach; au nº 51 de la rue Saint-Dominique est mort en 1807 le baron de Breteuil; au nº 54, le maréchal Kellermann; au nº 105, le maréchal Davout, etc. Au nº 167 demeurait le conventionnel Goujon, qui se tua après les journées de prairial.
IV. Rue de Grenelle, qui commence au carrefour de la Croix-Rouge et finit au Champ-de-Mars. Son nom lui vient, d'une garenne (garanella) qu'y possédait l'abbaye Saint-Germain. «On peut regarder cette rue, dit Jaillot, comme une belle avenue qui conduit aux deux superbes monuments de la piété et de la munificence de Louis XIV et de Louis XV, l'hôtel des Invalides et l'École Militaire.»
Les édifices publics qu'on y trouve sont:
1º La mairie du dixième arrondissement, établie dans l'ancien hôtel de Feuquières. Cet hôtel était, sous Louis XIV, l'hôtel de Beauvais, où logea le doge de Gênes en 1685; on y établit en 1687 le couvent des Petits-Cordeliers, supprimé en 1749.
2º La fontaine de Grenelle, œuvre très-remarquable de Bouchardon, construite en 1739.
3º L'ancienne église de l'abbaye de Panthemont, aujourd'hui consacrée au culte protestant. Cette abbaye avait été fondée en 1672; une partie de ses bâtiments sert de caserne de cavalerie, et, sur ses jardins, qui touchaient à ceux des chanoinesses du Saint-Sépulcre, on a prolongé la rue Belle-chasse.
4º Le ministère de l'instruction publique, établi dans l'ancien hôtel de Brissac.
5º Le ministère de l'intérieur, établi dans l'ancien hôtel Conti.
6º L'école d'état-major, établie dans l'ancien hôtel de Sens, bâti par le duc de Noirmoutier.
Outre les hôtels que nous venons de nommer, on y trouvait encore les hôtels d'Estourmel, de la Mothe-Houdancourt, de Harcourt, de la Salle, de la Marche, du Châtelet. Les plus remarquables historiquement étaient: l'hôtel de Villars, bâti par le président Lecoigneux et qui fut habité par le vainqueur de Denain; l'hôtel de Maurepas, qui fut habité par le ministre de Louis XVI, etc.
V. Rues de la Planche et de Varenne, qui commencent à la rue de la Chaise et finissent au boulevard des Invalides. On y trouvait les hôtels de Novion, de Narbonne-Pelet, du Plessis-Châtillon, de Gouffier, de la Rochefoucauld, de Tingry-Montmorency ou de Matignon, de Castries qui fut dévasté par le peuple en 1790. Les plus remarquables sont: l'hôtel de Rohan-Chabot, qui fut habité par madame Tallien, dont le salon était fréquenté par toutes les célébrités de la révolution et de l'ancien régime, Barras, Bonaparte, Hoche, Talma, Boufflers, Boïeldieu, etc.; et qui plus tard devint l'hôtel de Montebello; l'hôtel de Broglie, habité par Lebrun, troisième consul et duc de Plaisance; l'hôtel de Biron, bâti par Peyrenc de Moras, fils d'un barbier enrichi par le système de Law, et qui passa à sa mort à la duchesse du Maine, puis au maréchal de Biron; il devint une maison de détention sous la révolution, puis des ateliers et forges pour la fabrication des armes; aujourd'hui c'est le couvent du Sacré-Cœur et l'une des plus vastes et des plus magnifiques propriétés de Paris.