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Histoire de Paris depuis le temps des Gaulois jusqu'à nos jours - II

Note (retour) — Le faubourg Saint-Germain [96].

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Tout ce vaste espace était encore, au XIVe siècle, couvert de prairies, de marais, de vignobles: la plus grande partie s'appelait le petit et le grand Pré-aux-Clercs. Le petit Pré, situé entre la Seine et le mur septentrional de l'abbaye, était borné d'autre part par le mur de la ville, entre les portes de Nesle et de Bucy, et par la petite Seine, canal dérivé de la rivière dans les fossés de l'abbaye, qui occupait l'emplacement de la rue des Petits-Augustins. Au delà de la petite Seine était le grand Pré, qui s'étendait jusqu'à la rue du Bac. Ces deux prés appartenaient à l'Université; mais, comme ils avoisinaient les terres de l'abbaye, ils furent le théâtre de rixes innombrables entre les vassaux des religieux et les écoliers de l'Université. Le petit Pré renfermait d'ailleurs un champ clos pour les combats judiciaires, et il était le lieu d'assemblées populaires qui devinrent surtout fréquentes à l'époque où Charles-le-Mauvais y venait haranguer les Parisiens. En 1540, la petite Seine fut comblée, et le petit Pré concédé à cens et à rentes pour y bâtir. Alors furent ouvertes les rues Jacob et des Marais; mais elle se bâtirent lentement; les protestants seuls vinrent les habiter, et les Parisiens allaient par curiosité les entendre chanter en chœur, dans le petit Pré, les psaumes mis en vers par Marot. Ce lieu devint, pendant la Ligue et sous Henri IV, le rendez-vous des raffinés et des duellistes. En 1600, la reine Marguerite de Valois fit construire, dans la partie voisine de la Seine, un bel hôtel avec de grands jardins, et, vers la même époque, le couvent des Augustins ayant commencé à être bâti au delà de la petite Seine, l'Université vendit successivement ses terres du grand Pré, lesquelles furent acquises par des magistrats, Séguier, Tambonneau, Bérulle, Pithou, Lhuillier. Alors les rues de l'Université, des Saints-Pères, du Bac, etc., furent tracées, et l'on commença à y bâtir; mais elles ne furent d'abord habitées que par des gens de mauvaise vie ou qui fuyaient la justice et trouvaient sûreté dans leur isolement. «Le faubourg Saint-Germain, dit un contemporain, est comme l'égout et la sentine du royaume tout entier. Impies, libertins, athées, tout ce qu'il y a de plus mauvais semble avoir conspiré à y établir son domicile. Les coupables, à raison de leur grand nombre, y vivent dans l'impunité.» Sous le règne de Louis XIV, la noblesse commença à s'y bâtir de belles habitations, mais ce ne fut que sous Louis XV que se multiplièrent dans ce quartier ces maisons d'une architecture toute française, somptueuses et élégantes, imposantes et simples, qui ont un caractère saisissant de noblesse et d'agrément, qu'on ne retrouve nulle part, ni dans les incommodes palais d'Italie, ni dans les lourds châteaux allemands, ni dans les squares glacés de l'Angleterre; dignes demeures de l'aristocratie la plus civilisée, de la société la plus polie, la plus spirituelle qui fut jamais. La révolution n'a que faiblement modifié l'aspect de ce quartier, qui, avec ses rues droites, régulières, bien aérées, peu nombreuses, ne ressemble point aux autres parties de Paris: c'est toujours la ville de l'ancienne noblesse et des couvents, «le dernier boulevard de la vieille aristocratie, disait Napoléon, le refuge encroûté des vieux préjugés [97];» c'est seulement en plus la ville de la bureaucratie, les hôtels des ministères étant presque tous de ce côté de la Seine. Excepté dans la rue du Bac, qui est la grande voie de communication avec la rive droite, il s'y fait peu de commerce. Les révolutions qui ont agité Paris n'ont jamais pris pour théâtre ces rues solennelles et silencieuses, et tous les événements historiques de ce quartier se sont passés dans l'intérieur de ses hôtels et sur le tapis de ses salons.

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