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Gutenberg, pièce historique en 5 actes, 8 tableaux

SIXIÈME TABLEAU

Reading edition

LA PRISE DE MAYENCE

Même décor, mais sans les accessoires.

SCÈNE PREMIÈRE

ANNETTE, FRIÉLO

Au lever du rideau, Annette est agenouillée à droite, devant la fenêtre.—Friélo est au fond, regardant à gauche, à la cantonade.

ANNETTE, priant.

Seigneur! ta colère est terrible! Avec quelle rigueur ton bras s'est abattu sur tes malheureux enfants! Mais tu es aussi le Dieu de clémence et de bonté. Assez de ruines se sont accumulées; assez de sang a coulé de nos veines, assez de larmes sont tombées de nos yeux. Seigneur, suspends les coups dont ta main nous accable. Sauve ce qui reste des personnes et des biens de la pauvre cité de Mayence! (Elle se lève et va à la fenêtre.) Quel affreux spectacle! Le feu est aux quatre coins de la ville. La rue est pleine de fuyards et de soldats, ivres de la victoire, et encore enflammés de la fureur du combat. On n'entend que des cris de douleur et d'épouvante. Partout la désolation, la terreur et la mort!

FRIÉLO, à la porte du fond.

Quel est ce groupe de fuyards?... Ce sont nos ouvriers. Ils sont poursuivis et viennent se réfugier ici...

ANNETTE.

Gutenberg est-il avec eux?

FRIÉLO.

Oui! grâce à Dieu!... Je vois aussi Scheffer!

ANNETTE.

Ah!

FRIÉLO.

Ils ont franchi la porte, ils rentrent! Les voici!

SCÈNE II

ANNETTE, FRIÉLO, Ouvriers, entrant en tumulte par le fond, les habits déchirés, GUTENBERG, SCHEFFER[A]

ANNETTE, courant à Gutenberg.

Dieu soit loué! tu me reviens! Je n'ai pas tout perdu, puisque tu es vivant!

GUTENBERG, tenant son épée nue.

Quelle affreuse journée! La ville a été surprise au milieu de la nuit. Les troupes du comte de Nassau ont franchi les remparts, presque sans résistance, et ont tout envahi, Diether a pu s'enfuir, en franchissant le mur d'enceinte du côté du Rhin, et en prenant une barque. Encore a-t-il failli périr dans le fleuve, au milieu de l'obscurité de la nuit. Cependant il est en sûreté. Par ordre du comte de Nassau, la ville est, depuis ce matin, livrée au pillage, et toutes les horreurs s'y commettent. (Bruit au dehors.) Quels sont ces cris?... (Annette va à la fenêtre, Gutenberg la suit.) Une troupe de volontaires remplit la rue et se dirige vers nous! (Aux ouvriers, à la cantonade.) Barricadez la porte, mes amis...

ANNETTE.

Il serait trop tard! Ils sont là.

NOTES:

SCÈNE III

Les Mêmes, Soldats DE NASSAU, entrant par le fond, ZUM, et LE PETIT ZUM, les précédant

ZUM, entre par le fond, suivi du petit Zum. Au fond, les soldats se battent avec les ouvriers.

Par ici, mes amis, par ici. Je connais la maison et ses habitants; vous y trouverez, j'en réponds, un riche butin[A].

GUTENBERG, à Zum.

Ah! c'est toi! Tu as donc repris la souquenille du reître?

ZUM.

Oui; quand j'ai appris qu'il y avait guerre et promesse de pillage, j'ai demandé à rentrer dans les troupes volontaires du comte de Nassau... et mon petit frère aussi.

GUTENBERG.

Et vous venez, naturellement, faire ici œuvre de pillards et de bandits! Je te reconnais, misérable, c'est toi qui as tué Dritzen, à Strasbourg, et qui as bien manqué, à Paris, de me frapper traîtreusement.

SCHEFFER.

Et voilà les hommes dont nos ennemis invoquent les services! Ils prennent à leur solde des spadassins et des brigands de grande route!

ZUM.

Tu as le verbe bien haut pour un vaincu et un fuyard! Ton sang va payer tes injures!

Il tire son épée.

SCHEFFER, tirant son épée.

Avance donc!

Zum fond sur lui, l'épée à la main. Ils se battent.

LE PETIT ZUM, se battant avec Gutenberg, tandis que Zum se bat avec Scheffer.

Mon grand frère prétend que je ne suis bon à rien... Nous allons voir... (Tout en se battant avec Gutenberg, il frappe, par derrière, avec son poignard, Scheffer, pendant que ce dernier se bat avec Zum. Scheffer tombe mort.) Voilà, je crois, de l'ouvrage assez propre! Qu'en dis-tu, grand frère?

ZUM, regardant le corps de Scheffer.

Oui, ce n'est pas mal travaillé! (À Gutenberg.) À nous deux, maintenant, Gutenberg!

Friélo entre, avec une arquebuse, dont il menace le petit Zum, pour l'empêcher d'attaquer Gutenberg. Zum, attaque Gutenberg, qui a tiré son épée. Ils se battent[B].

NOTES:

SCÈNE IV

Les Mêmes, CONRAD HUMMER

CONRAD HUMMER, il tient un papier à la main. Il a un bras en écharpe.

Que tout combat cesse! Que toute épée rentre au fourreau. Voici l'ordre, que je viens d'obtenir du comte Adolphe de Nassau, d'arrêter le pillage, et de faire rentrer toutes les troupes dans le camp établi sous les remparts. Les hérauts d'armes proclament dans Mayence la cessation des hostilités, et l'on bat la retraite, pour faire rentrer les troupes.

ZUM, remettant l'épée au fourreau.

On ne peut donc pas nous laisser achever notre besogne, et gagner honnêtement notre solde? (Au petit Zum.) Viens, petit... et rentrons au camp, puisque tel est le bon plaisir de notre seigneur et maître, le comte de Nassau.

Ils sortent, les soldats les suivent.

GUTENBERG, à Conrad Hummer.

Ami, tu as sauvé mes jours, merci! Mais peut-être aurais-je autant aimé perdre la vie que de survivre à la défaite et à la ruine de notre cité... Mais tu es blessé.

CONRAD HUMMER.

Oui, mais qu'importe! c'est notre pauvre ville qu'il faut plaindre. C'est elle qu'il faut songer à sauver, si c'est possible encore... Viens, allons relever nos blessés.

Ils sortent par le fond gauche. La scène reste vide.

SCÈNE V

LE PETIT ZUM, il entre par le fond droit; il tient à la main une torche enflammée. Il s'avance au milieu du théâtre, et s'assure qu'il n'y a personne. Il tâte le corps de Scheffer et s'assure qu'il est mort.

Mon grand frère est un grand entêté. Il m'a encore soutenu, tout à l'heure, que je ne suis bon à rien... Je vais lui prouver le contraire! (Il met le feu à gauche, puis à droite, enfin au fond, et s'enfuit par le fond, en brandissant sa torche allumée.) Voilà qui est fait!

L'incendie éclate.—Tableau.

Notes in this chapter

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