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Félicité

PIÈCES A LIRE[57]

Reading edition

PIÈCES A LIRE[57]

(Édition Lemerre)

Pages Tomes

Les roses de Saadi 273 II

La prière perdue 45 I

Croyance 11 II

La vie et la mort du ramier 198 I

Les cloches et les larmes 267 II

Pour endormir l’enfant 97 III

Dormeuse 70 III

Le nuage et l’enfant 109 III

L’enfant et la foi 206 III

Les enfants à la communion 201 III

Prière des orphelins 262 III

Au soleil 204 III

Prison et printemps 105 II

Refuge 336 II

Renoncement 354 II

La couronne effeuillée 350 II

LA VIE ET LA MORT DU RAMIER De la colombe au bois c’est le ramier fidèle; S’il vole sans repos, c’est qu’il vole auprès d’elle; Il ne peut s’appuyer qu’au nid de ses amours, Car des ailes de feu l’y réchauffent toujours! Laissez battre et brûler deux cœurs si bien ensemble; Leur vie est un fil d’or qu’un nœud secret assemble, Il traverse le monde et ce qu’il fait souffrir: Ne le déliez pas! Vous les feriez mourir! Ils ne veulent à deux qu’un peu d’air, un peu d’ombre, Une place au ruisseau qui rafraîchit le cœur; Seuls, entre ciel et terre, un nid suave et sombre, Pour s’entre-aider à vivre, ou cacher leur bonheur! Quand vous ne verrez plus passer par ce rivage Cette blanche moitié de la colombe aux bois, N’allez pas croire au moins que l’un d’eux soit volage: Bien qu’ils aiment toujours, ils n’aiment qu’une fois! Laissez-vous entraîner sur leurs traces perdues Vers le nid, doux sépulcre alors silencieux, Et vous y trouverez quatre ailes détendues Sur deux cœurs mal éteints rallumés dans les cieux!

DORMEUSE Si l’enfant sommeille, Il verra l’abeille, Quand elle aura fait son miel, Danser entre terre et ciel, Si l’enfant repose, Un ange tout rose, Que la nuit seule on peut voir, Viendra lui dire: «Bonsoir!» Si l’enfant est sage, Sur son doux visage La Vierge se penchera, Et longtemps lui parlera, Si mon enfant m’aime, Dieu dira lui-même: «J’aime cet enfant qui dort; Qu’on lui porte un rêve d’or! «Fermez ses paupières, Et sur ses prières, De mes jardins pleins de fleurs, Faites glisser les couleurs. «Ourlez-lui des langes Avec vos doigts d’anges, Et laissez sur son chevet Pleuvoir votre blanc duvet. «Mettez-lui des ailes Comme aux tourterelles, Pour venir dans mon soleil Danser jusqu’à son réveil! «Qu’il fasse un voyage Aux bras d’un nuage, Et laissez-le, s’il lui plaît, Boire à mes ruisseaux de lait! «Donnez-lui la chambre De perles et d’ambre, Et qu’il partage en dormant, Nos gâteaux de diamant! «Brodez-lui des voiles Avec mes étoiles, Pour qu’il navigue en bateau Sur mon lac d’azur et d’eau! «Que la lune éclaire L’eau pour lui plus claire, Et qu’il prenne au lac changeant Mes plus fins poissons d’argent! «Mais je veux qu’il dorme Et qu’il se conforme Au silence des oiseaux Dans leurs maisons de roseaux! «Car si l’enfant pleure, On entendra l’heure Tinter partout qu’un enfant A fait ce que Dieu défend! «L’écho de la rue Au bruit accourue, Quand l’heure aura soupiré, Dira: «L’enfant a pleuré!» «Et sa tendre mère, Dans sa nuit amère, Pour son ingrat nourrisson Ne saura plus de chanson! «S’il brame, s’il crie, Par l’aube en furie Ce cher agneau révolté Sera peut-être emporté! «Un si petit être Par le toit, peut-être, Tout en criant, s’en ira, Et jamais ne reviendra! «Qu’il rôde en ce monde, Sans qu’on lui réponde! Jamais l’enfant que je dis, Ne verra mon paradis! «Oui! mais s’il est sage Sur son doux visage La Vierge se penchera, Et longtemps lui parlera.»

RENONCEMENT Pardonnez-moi, Seigneur, mon visage attristé, Vous qui l’aviez formé de sourire et de charmes; Mais sous le front joyeux vous aviez mis les larmes, Et de vos dons, Seigneur, ce don seul m’est resté. C’est le moins envié, c’est le meilleur peut-être. Je n’ai plus à mourir à mes liens de fleurs; Ils vous sont tous rendus, cher auteur de mon être, Et je n’ai plus à moi que le sel de mes pleurs. Les fleurs sont pour l’enfant; le sel est pour la femme: Faites-en l’innocence et trempez-y mes jours, Seigneur! quand tout ce sel aura lavé mon âme, Vous me rendrez un cœur pour vous aimer toujours! Tous mes étonnements sont finis sur la terre, Tous mes adieux sont faits, l’âme est prête à jaillir Pour atteindre à ses fruits protégés de mystère Que la pudique mort a seule osé cueillir. O Sauveur! soyez tendre au moins à d’autres mères, Par amour pour la vôtre et par pitié pour nous! Baptisez leurs enfants de nos larmes amères, Et relevez les miens tombés à vos genoux!

LA COURONNE EFFEUILLÉE J’irai, j’irai porter ma couronne effeuillée Au jardin de mon père où revit toute fleur; J’y répandrai longtemps mon âme agenouillée: Mon père a des secrets pour vaincre sa douleur. J’irai, j’irai lui dire, au moins avec mes larmes: «Regardez, j’ai souffert...» Il me regardera, Et, sous mes jours changés, sous ma pâleur sans charmes, Parce qu’il est mon père il me reconnaîtra. Il dira: «C’est donc vous, chère âme désolée, La terre manque-t-elle à vos pas égarés? Chère âme, je suis Dieu: ne soyez plus troublée; Voici votre maison, voici mon cœur, entrez!...» O clémence! ô douceur! ô saint refuge! ô Père! Votre enfant qui pleurait vous l’avez entendu! Je vous obtiens déjà puisque je vous espère Et que vous possédez tout ce que j’ai perdu. Vous ne rejetez pas la fleur qui n’est plus belle; Ce crime de la terre au ciel est pardonné. Vous ne maudirez pas votre enfant infidèle, Non d’avoir rien vendu, mais d’avoir tout donné!

ERRATA

Pages Au lieu de: Lisez:

51 souvent pleines d’envol parfois pleines d’envol

62 le froid ton poids

68 complot sanglot

71 préférais préférerais

72 Gauthier Gautier

99 pour quoi pourquoi

153 prends prend

186 C’est vrai C’est vrai pourtant

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