← Table of contents
Etudes sur Aristophane

LYSISTRATA.

Reading edition

Cette comédie de Lysistrata est une des meilleures, mais une des plus effrontées. Elle montre jusqu'où pouvait aller la licence de la comédie ancienne, née de l'ivresse bacchique et des phallophories. Mieux que tout autre, elle ferait voir combien on doit se méfier de cette maxime, qu'une œuvre d'art, si elle est parfaite, est morale par cela seul. Lysistrata est une merveille d'art et de verve, mais un prodige d'obscénité. Il y a, dans le Musée secret de Naples, des priapées dont on ne peut contester la beauté plastique; dira-t-on qu'elles sont morales? Évidemment l'impression plus ou moins morale qui peut résulter de la beauté de la forme et de la perfection du style dans ces priapées, est peu de chose en comparaison de l'impression licencieuse qui résulte du sujet même. Il est donc périlleux de prétendre qu'il y ait assez de moralité dans la forme seule de l'art et dans la perfection du style. Mais, d'autre part, il n'y a pas d'idée plus erronée que de confondre l'art avec la morale, et que de vouloir ramener toujours l'idée du beau à l'idée de l'utile. L'art est une chose, et la morale en est une autre.

* * * * *

Au fond, cette comédie, comme les trois précédentes, est encore un plaidoyer pour la paix. Ainsi les quatre comédies politiques du poëte ont toutes le même dessein, le même but.

Le moment, cette fois, semblait mieux choisi que jamais pour faire accueillir enfin des conseils pacifiques. Nicias venait d'être battu en Sicile; toute l'armée athénienne, massacrée; Alcibiade, poursuivi par une haine impolitique peut-être, quoique méritée à certains égards, s'était réfugié à Sparte, et se vengeait de sa patrie en conseillant à ses nouveaux alliés de fortifier Décélie en Attique; d'un autre côté Sparte, victorieuse mais épuisée, ne semblait pas éloignée de souscrire à des conditions équitables, et de laisser à Athènes l'hégémonie de la Grèce centrale et des îles, pourvu qu'elle conservât elle-même sa suprématie dans le Péloponnèse. C'est à cette époque, l'an 412 avant notre ère, que fut représentée Lysistrata[36].

* * * * *

Lysistrata, femme d'un des principaux citoyens d'Athènes, persuade à toutes les autres femmes de sa ville et des autres villes grecques de prendre une résolution désespérée pour forcer leurs maris à conclure la paix: c'est de leur retirer leurs droits conjugaux, de les sevrer de toute caresse. Depuis assez longtemps elles pâtissent de la guerre, ils pâtiront à leur tour! Résolution énergique! Elle a bien quelque peine à les y décider: c'est jouer quitte ou double, et sur un terrible enjeu! La délibération donne lieu déjà à une scène très-joliment développée, mais d'une liberté qu'on ne peut se figurer. Cependant la courageuse et éloquente Lysistrata finit par emporter ce vote redoutable. Quelques femmes, par exemple la jeune Calonice et la jeune Myrrhine, refusent d'abord, et ensuite ne prononcent que d'une voix mal assurée le terrible serment; mais enfin, voilà qui est fait!

Cette situation est à peu près celle qui se retrouve, mais présentée avec plus de modestie, quoique avec assez de vivacité encore, dans une jolie comédie de notre temps, intitulée: Une femme qui se jette par la fenêtre, œuvre de Scribe et de M. Gustave Lemoine. Ici Myrrhine s'appelle Gabrielle. Sa mère lui conseille, comme Lysistrata, de tenir rigueur à son mari, tant qu'il n'aura pas demandé la paix. La guerre dont il s'agit dans la pièce moderne, n'est, à la vérité, qu'une simple querelle de ménage. Et les rôles sont renversés, en ce sens que c'est la jeune femme qui finit par céder à son mari, ne pouvant supporter d'être privée de lui.

Lysistrata, elle, ne cédera pas, et ne permettra ni à Calonice, ni à Myrrhine, ni à aucune autre, de faiblir. Lysistrata porte un nom significatif: cela veut dire, celle qui dissout l'armée! Voyons-la à l'œuvre, elle et ses compagnes.

* * * * *

Pour commencer, les vieilles femmes, sous couleur d'un sacrifice, s'emparent de la citadelle et du trésor qu'elle renferme: ainsi les hommes ne pourront plus subvenir aux frais de la guerre.

Un bataillon de vieux bonshommes survient: ils veulent mettre le feu à l'acropole et enfumer les femmes comme les abeilles d'une ruche. Les jeunes femmes portent secours aux vieilles et engagent la bataille avec les vieux. Figurez-vous cette comique mêlée, les torches et les cruches, le feu et l'eau, les deux sexes et les deux éléments en guerre, et, au milieu de tout cela, plus jaillissant que l'eau, plus brûlant que le feu, un dialogue où étincellent et abondent les plaisanteries de toute sorte, jets et fusées, qui semblent compléter la mêlée et l'incendie et le déluge: tout est inondé, et tout est en feu.

* * * * *

Un officier de police se présente avec son escorte, et se dispose à faire sauter la porte de l'acropole à coups de leviers.

LYSISTRATA, paraissant sur le seuil.

Inutile de faire sauter la porte. Me voici de plein gré. Ce ne sont pas des leviers qu'il vous faut, mais du bon sens[37].

L'OFFICIER DE POLICE.

Ah! c'est toi, coquine! Archer, qu'on me l'arrête, et qu'on lui lie les mains derrière le dos!

LYSISTRATA.

Par Diane! s'il me touche seulement du bout du doigt, tout archer qu'il est, il pleurera.

L'OFFICIER DE POLICE.

Eh bien, archer, as-tu donc peur?… Prends-la à bras-le-corps… Allons! un autre archer! Et à vous deux, garrottez-la.

PREMIÈRE FEMME.

Par Pandrose[38]! si tu portes la main sur elle, tu crèveras sous mes pieds!

L'OFFICIER DE POLICE.

Crever? voyez-vous ça!… Allons, encore un autre archer! qu'on garrotte d'abord celle-là, pour lui apprendre à piailler!

DEUXIÈME FEMME.

Par la déesse au disque lumineux, si tu touches seulement cette femme, tu auras besoin de compresses!

L'OFFICIER DE POLICE.

Eh bien! qu'est-ceci? Où est donc l'archer? Arrêtez-la! Je vous empêcherai bien, moi, de lâcher pied!

TROISIÈME FEMME.

Si tu approches d'elle, par la déesse de Tauride, je t'arrache des crins et des cris!

L'OFFICIER DE POLICE.

Malheureux que je suis! mes archers m'abandonnent!… Mais, c'est une honte de céder à des femmes! Scythes, en avant, serrons les rangs[39]!

LYSISTRATA.

Par les déesses! Nous vous ferons voir que nous avons ici quatre vaillants bataillons de femmes bien armées!

L'OFFICIER DE POLICE.

Scythes, garrottez-les!

LYSISTRATA.

En avant, mes braves compagnes! Fruitières, grainetières, cabaretières, boulangères, marchandes d'œufs et d'ail! Frappez, tirez et déchirez, criez et engueulez! Assez! bon! arrêtez! ne les dépouillez pas!

L'OFFICIER DE POLICE.

Hélas! mes archers en déroute!

LYSISTRATA.

Ah! ah! tu croyais donc n'avoir affaire qu'à des servantes? Ou bien tu pensais que les femmes libres n'avaient pas de sang dans les veines?

Bref, la police est vaincue et battue.

Ainsi, dès ce temps-là, dans la comédie grecque ancienne, comme aujourd'hui encore au théâtre de Guignol et de Polichinelle, il est nécessaire à la joie du peuple, soit athénien, soit parisien, que les commissaires de police et les gendarmes aient toujours le dessous. Le succès de l'Auberge des Adrets et de Robert-Macaire, il y a quelque trente ans, vint en grande partie de ce que, d'un bout à l'autre de ces deux pièces, les gendarmes étaient bernés: on finissait même par en lancer un à travers les airs, aux grands éclats de rire du public, ennemi de l'autorité et ami des révolutions.

* * * * *

L'officier de police, abandonné par ses hommes, essaye de parlementer avec Lysistrata, qui n'a pas, comme on dit, sa langue dans sa poche. (Amis du style noble, voilez-vous la face, ce mot m'est échappé!)

L'OFFICIER DE POLICE, à Lysistrata.

Que prétends-tu faire?

LYSISTRATA.

Tu me le demandes? Nous voulons administrer le trésor.

L'OFFICIER DE POLICE.

Administrer le trésor?

LYSISTRATA.

Oui. Qu'y a-t-il là d'étonnant? N'est-ce pas nous qui administrons la dépense de nos ménages?

L'OFFICIER DE POLICE.

Mais ce n'est pas la même chose.

LYSISTRATA.

Pourquoi, pas la même chose?

L'OFFICIER DE POLICE.

Cet argent est pour faire la guerre.

LYSISTRATA.

Mais d'abord il n'y a pas besoin de faire la guerre.

L'OFFICIER DE POLICE.

Et le salut de la cité?

LYSISTRATA.

Nous nous en chargeons.

L'OFFICIER DE POLICE.

Vous?

LYSISTRATA.

Nous-mêmes!

L'OFFICIER DE POLICE.

Cela fait pitié!

LYSISTRATA.

Nous te sauverons, de gré ou de force!

L'OFFICIER DE POLICE.

Ah! c'est un peu fort!

LYSISTRATA.

Tu te fâches? il te faudra bien pourtant en passer par là.

L'OFFICIER DE POLICE.

Par Cérès! voilà qui est violent!

LYSISTRATA.

On te sauvera, mon ami.

L'OFFICIER DE POLICE.

Et, si je ne veux pas?

LYSISTRATA.

Raison de plus!…

Quelle franchise de dialogue! et quelle vérité! quelle force comique! Et cela continue ainsi pendant plus de cent vers encore. Et les traits tombent dru comme grêle.—Nous avons connu, nous aussi, de ces sauveurs bon gré mal gré. Mais nous sommes de l'avis d'Horace:

Invitum qui servat, idem facit occidenti.

LYSISTRATA.

Durant la dernière guerre nous avons supporté en silence tout ce qu'il vous plaisait de faire: vous ne nous permettiez pas de souffler mot. Nous n'étions guère contentes, car nous savions bien ce qu'il en était; souvent, dans nos maisons, nous vous entendions discuter à tort et à travers sur quelque affaire importante. Alors, le cœur bien triste, mais le sourire aux lèvres, nous vous demandions: «Eh bien! dans l'assemblée d'aujourd'hui, a-t-on voté la paix?—Occupe-toi de tes affaires, disait le mari, tais-toi.»—Et je me taisais.

UNE FEMME.

Ce n'est pas moi qui me serais tue!

L'OFFICIER DE POLICE.

Il t'en aurait cuit, de ne pas te taire!

LYSISTRATA.

Moi, je me taisais. Mais bientôt, apprenant que vous aviez pris quelque autre résolution déplorable: «Ah! mon ami, disais-je, comment pouvez-vous agir si follement?» Il me regardait de travers: «Tisse ta toile, répondait-il, sinon gare à tes joues! La guerre est l'affaire des hommes[40]!»

L'OFFICIER DE POLICE.

Bien dit, par Jupiter!

LYSISTRATA.

Comment, bien dit, imbécile! Ainsi, quand vous ne faites que des bêtises, il ne nous sera pas permis de vous les remontrer?—Lorsqu'enfin nous vous avons entendu dire à haute voix dans les rues: «N'y a-t-il plus un homme dans le pays?—Non, en vérité, il n'y a plus d'hommes!»—alors les femmes ont résolu de se réunir pour travailler toutes au salut de la Grèce. Car pourquoi aurions-nous attendu plus longtemps? Prêtez donc l'oreille à nos sages conseils, gardez le silence à votre tour, et nous pourrons rétablir vos affaires.

L'OFFICIER DE POLICE.

Vous, nos affaires? Une telle folie se peut-elle supporter?

LYSISTRATA.

Silence!

L'OFFICIER DE POLICE.

Comment, silence! je me tairais au commandement d'une carogne qui porte un voile sur la tête!

LYSISTRATA

Si ce n'est que mon voile qui t'offusque, tiens, le voici, mets-le sur ta tête, et tais-toi! Prends aussi ce panier, ceins-toi comme une femme, carde ta laine, et mange tes fèves. La guerre sera l'affaire des femmes!

Comme cela se retourne joliment! Et comme ce commissaire de police travesti en femme tout-à-coup par Lysistrata devait faire rire!

Cependant l'officier public essaye de tenir tête à cette luronne. L'homme se croit plus fort que la femme, surtout en fait de raisonnement. Notre commissaire fait donc à celle-ci des objections, des interrogations; Lysistrata se moque de lui, ou donne à des idées sensées une forme plaisante qu'il ne comprend pas.

L'OFFICIER DE POLICE.

Comment pourrez-vous ramener l'ordre et la paix dans toutes les contrées de la Grèce?

LYSISTRATA.

Le plus facilement du monde.

L'OFFICIER DE POLICE.

Mais comment? Je suis curieux de l'apprendre.

LYSISTRATA.

Comme, quand notre fil est embrouillé, nous faisons passer la bobine à travers l'écheveau et de ci et de là; de même, pour la guerre, nous ferons passer de ci et de là des ambassades qui débrouilleront les affaires.

L'OFFICIER DE POLICE.

Qu'est-ce qu'elle dit? Mettre fin à la guerre avec du fil et des bobines! Pauvre folle!

LYSISTRATA.

Si vous n'étiez pas fous vous-mêmes, vous sauriez faire en politique ce que nous faisons pour nos laines.

L'OFFICIER DE POLICE.

Comment cela? Voyons!

LYSISTRATA.

Nous commençons par laver la laine pour en séparer le suint; vous devriez faire de même; ensuite nous la battons à coups de baguettes; vous devriez aussi, à coups de baguettes, vous débarrasser des gredins et des scélérats. Ceux qui, noués en boules, s'accrochent aux honneurs, il faut les carder brin à brin et leur crêper la boule; et puis, les jeter tous également au panier. Étrangers domiciliés, ou du dehors, pourvu qu'ils soient amis et rapportent au trésor public, je les carderais tous indistinctement. Quant à nos colonies, par Jupiter! qui sont jusqu'à présent des pelotons séparés, je voudrais tirer jusqu'ici le fil de chacune d'elles, et n'en faire qu'un seul, en former une grosse pelote, et en tisser pour le peuple un manteau[41]!

L'OFFICIER DE POLICE.

N'est-il pas étrange qu'elles prétendent battre et pelotonner tout cela, elles qui ne prennent point part à la guerre?

LYSISTRATA.

Eh! misérable, elle pèse sur nous d'un double poids: d'abord nous enfantons des fils qui vont faire la guerre loin du pays…

L'OFFICIER DE POLICE.

Tais-toi, ne rappelle pas nos malheurs[42]!

LYSISTRATA.

Ensuite, au lieu de nous amuser et de jouir de notre jeunesse, nous couchons seules: nos maris sont au camp!… Passons sur ce qui nous regarde; mais les filles qui vieillissent dans leur lit solitaire, je pleure quand j'y pense!

L'OFFICIER DE POLICE.

Et les hommes, ne vieillissent-ils pas?

LYSISTRATA.

Quelle différence! l'homme, à son retour, eût-il des cheveux gris, trouve aisément une jeune femme. Mais la saison d'une femme est courte, et, si elle la laisse passer, elle ne trouve plus de mari, et reste assise, à consulter le sort…

La vérité de ce dialogue et de ces peintures n'est-elle pas admirable?

Battue par le raisonnement comme par les armes, la police se voit forcée de céder. Les femmes chantent victoire. Ensuite, par la bouche de leur coryphée, elles donnent à la ville d'utiles conseils. Et pourquoi pas? «Que je sois née femme, qu'importe? si je sais remédier à vos malheurs! je paye ma part de l'impôt en donnant des hommes à l'État!»

C'est là un argument très-sérieux, quoique jeté dans une comédie. Michelet ne dira pas mieux: «Qui est, plus que les mères, intéressé dans la société, où elles mettent un tel enjeu, l'enfant? Qui, plus qu'elles, est frappé par le désordre ou par la guerre[43]?»

Il a été souvent question en Angleterre et en France de conférer aux femmes le droit électoral. C'est une opinion qui a pour elle de graves partisans.—Le gouvernement de Moravie a décidé récemment que les veuves payant des impôts auraient à l'avenir le droit de voter dans les élections municipales[44].

Mais poursuivons notre analyse.

* * * * *

Vainement les femmes ont vaincu les hommes, elles ne peuvent se vaincre elles-mêmes. La plupart d'entre elles, lorsqu'elles ont prêté le cruel serment exigé par Lysistrata, ne l'ont fait qu'à contre-cœur. L'occasion ne s'est pas encore présentée de le tenir, ce serment redoutable, et déjà elles ont des démangeaisons de se parjurer. Péripétie piquante et naturelle, tirée des caractères et des tempéraments.

Quelques-unes désertent: celle-ci sous prétexte d'aller visiter sa laine, qui se mange aux vers; celle-là, son lin à teiller; une troisième fait semblant d'être sur le point d'accoucher.—«Mais tu n'étais pas enceinte hier!—Je le suis aujourd'hui…»—Leur continence est sur les dents, hors de combat, avant la lutte. Lysistrata, l'intrépide générale, tient bon et ranime les moins défaillantes. «Vous regrettez vos maris! croyez-vous qu'ils ne vous regrettent pas? Je le sais, moi, ils passent des nuits cruelles[45]. Courage, mes braves amies, patientez encore un peu…»

En effet, bientôt, selon les prévisions de Lysistrata, les hommes arrivent, dans un état… que vous dirai-je? pitoyable, ou monstrueux? Comment vous indiquer la chose?… Il y a un ancien ballet, de Noverre, intitulé: l'Enlèvement des Sabines, dont le libretto contient l'indication suivante: «Ici les Romains témoignent par leurs gestes qu'ils manquent de femmes.» Eh bien! dans cette scène d'Aristophane, les hommes témoignent la même chose, mais de la façon la moins ambiguë.

En un mot, cette scène, d'un bout à l'autre, est une véritable phallophorie,—moins le sérieux qui pouvait, sous couleur de religion, faire passer les phallophories proprement dites.—Comme les matassins avec leurs seringues poursuivent M. de Pourceaugnac, les hommes ici, et les vieux tout d'abord, se mettent à poursuivre les femmes; et tous les jeux de scène sont indiqués, et l'on ne sait, des actions ou des paroles, lesquelles sont les plus cyniques.

* * * * *

L'un d'eux se détache du groupe: c'est le pauvre Cinésias, mari de la gentille Myrrhine,—je dis gentille, quoiqu'elle aime le vin;—mais beaucoup de jeunes Anglaises l'aiment aussi, et n'en sont pas moins belles: seulement, au bout de quelques années, leur teint éblouissant se couperose, leur joli nez bourgeonne comme un printemps: le madère, le sherry et le porto s'y épanouissent en boutons; c'est le printemps de la laideur, après celui de la beauté.

Pour le moment, Myrrhine est à croquer.—Son mari est un homme entre deux âges, maigre comme le poëte Philétas de Cos, qui, dit-on, s'attachait des boules de plomb aux jambes, de peur d'être enlevé par le vent.

Ici commence entre le pauvre homme et son espiègle femme, stylée par Lysistrata, une scène très-comique, mais très-indécente. Elle est développée avec beaucoup d'art; mais, que cette scène et la précédente aient jamais été représentées sur un théâtre public, c'est ce qui peut à peine se comprendre, même lorsqu'on se rappelle la sicinnis et le cordax, origines de la comédie, et qu'on se figure ce que pouvaient être les chœurs de Chèvres et de boucs ou les Androgynes de Cratinos.

Voici quelques passages de cette scène capitale, qu'il est aussi difficile de citer que d'omettre, quand on est résolu à ne pas éluder l'étude sincère du grand poëte comique athénien.

CINÉSIAS.

Ah! grands dieux! quel supplice!… je suis sur la roue!…

LYSISTRATA.

Qui vive?

CINÉSIAS.

C'est moi!

LYSISTRATA.

Un homme?

CINÉSIAS.

Eh! oui, un homme!…

Qu'y a-t-il de plus comique et de plus bouffon que ce mot, dans cette situation et dans cette posture?

On veut le chasser, il supplie; et, prenant sa voix la plus douce, il implore sa chère Myrrhine, sa belle petite Myrrhinette! il la fait appeler par son petit garçon. Un enfant, au milieu de cette phallophorie!… Il est vrai qu'on l'emmènera tout à l'heure.

CINÉSIAS.

Petit, appelle ta maman.

L'ENFANT.

Maman, maman, maman!

CINÉSIAS.

Eh bien! n'entends-tu pas, et n'as-tu pas pitié de cet enfant? Voilà six jours qu'il n'est ni lavé ni nourri[46].

MYRRHINE.

Pauvre petit! son père n'en a guère soin!

CINÉSIAS.

Descends, chérie, descends, c'est pour l'enfant!

MYRRHINE.

Ce que c'est que d'être mère! il faut descendre. Comment s'y refuser?…

Cinésias trouve sa femme plus jeune, plus jolie que jamais. Elle embrasse l'enfant avec coquetterie: «Tu es aussi gentil que ton père est méchant! Que je t'embrasse, ô cher trésor de ta maman!»

Le mari entre en pourparlers; mais, comme à l'éloquence des paroles il veut joindre celle des gestes, Myrrhine lui dit: «À bas les mains!» Et elle dicte ses conditions: À moins qu'un bon traité ne termine la guerre, elle n'accordera rien, mais rien!

Il promet de faire conclure la paix; il jurera tout ce qu'elle voudra. Mais il demande, en guise d'arrhes, quelques caresses.

MYRRHINE.

Non pas!… Et cependant… je ne saurais nier que je t'aime.

CINÉSIAS.

Tu m'aimes! Alors pourquoi me refuser, ma Myrrhinette?

MYRRHINE.

Y penses-tu? devant cet enfant!

CINÉSIAS.

Manès, emporte l'enfant à la maison… Là; ton fils ne nous gêne plus. Eh bien! ne veux-tu pas à présent?…

MYRRHINE.

Mais où?…

Cinésias propose la grotte de Pan, située dans le voisinage. Myrrhine fait quelque objection; le mari y répond. Vite elle en fait une autre. C'est une escrime très-bien conduite.

MYRRHINE.

Et mon serment, malheureux! veux-tu donc que je me parjure!

CINÉSIAS.

Je prends la faute sur moi, ne t'inquiète pas!

On se rappelle ici l'objection d'Elmire et la réponse de Tartuffe, dans une situation analogue:

ELMIRE.

Mais comment consentir à ce que vous voulez, Sans offenser le ciel, dont toujours vous parlez?

TARTUFFE.

Si ce n'est que le ciel qu'à mes vœux on oppose, Lever un tel obstacle est pour moi peu de chose… ….. Oui, madame, on s'en charge…

Toutefois il n'y a là qu'une ressemblance de situation, et non une ressemblance de caractère: Cinésias n'est pas un Tartuffe; c'est simplement un homme emporté par la passion sensuelle, mais sans complication d'hypocrisie. Et c'est à sa propre femme qu'il s'adresse, non à la femme d'un ami.

À part ce point, qui a son importance, la situation est pareille,—et des plus hardies chez Aristophane, comme chez Molière. Lorsqu'Elmire feint de consentir à ce que veut Tartuffe et qu'elle le prie de regarder auparavant si son mari n'est pas dans la galerie voisine, lorsque Tartuffe revient, ferme la porte, se débarrasse de son manteau, et s'avance délibérément vers Elmire pour l'embrasser, la scène est aussi osée que possible dans le théâtre moderne; le spectateur, à la vérité, est rassuré par l'honnêteté de la femme, et par la présence du mari caché; toujours est-il que Tartuffe, quand il rentre, se dispose à satisfaire tout de suite sa brutalité, et qu'entre l'intention et l'exécution il ne se passerait pas trois minutes, si tout à coup Orgon et la morale ne le saisissaient au collet.

De même, chez le poëte grec, Cinésias, dont le nom, comme l'action, ne sont que trop significatifs, pousse les choses aussi loin que possible; mais c'est à sa femme qu'il s'adresse, et, d'après la donnée de la pièce, sa femme doit lui résister. Il est vrai que le spectateur n'est pas très-sûr de la résistance obstinée de Myrrhine, qui pourrait bien finir par se prendre elle-même au piége des coquetteries dont elle agace son mari. Elle feint, comme Elmire, de consentir à tout.

MYRRHINE.

Allons! je vais chercher un petit lit.

CINÉSIAS.

Eh non! par terre nous serons bien!

C'est répliquer comme Jupiter à Junon, au XIVe chant de l'Iliade, lorsque la rencontrant dans les bois de l'Ida, ornée de la ceinture de Vénus, irrésistible talisman, il ne prend pas le temps de regagner l'Olympe.

Mais Cinésias n'est pas Jupiter, et n'en vient pas à ses fins comme lui. Chaque fois qu'il croit toucher au but de ses désirs, c'est une chose, c'est une autre, que Myrrhine a oubliée et qu'elle va chercher: après le petit lit, un matelas, et puis un oreiller.

CINÉSIAS.

Mais à quoi bon un matelas? Pour moi, je n'en ai pas besoin!

MYRRHINE.

Par Diane! sur les sangles, ce serait honteux!

CINÉSIAS.

Eh bien! donne-moi d'abord un baiser.

MYRRHINE.

Voilà!

CINÉSIAS.

Hon! que c'est bon! À présent, reviens au plus vite!

MYRRHINE, revenant.

Voici le matelas. Couche-toi, je me déshabille… Mais il n'y a pas d'oreiller.

CINÉSIAS.

Eh! je n'en ai pas besoin!

MYRRHINE.

Mais j'en ai besoin, moi!

Le pauvre bonhomme est haletant: soif de Tantale!… Elle revient avec l'oreiller, elle raccommode. Puis elle se déshabille lentement.

CINÉSIAS.

Enfin, il ne manque plus rien!

MYRRHINE.

Plus rien? Crois-tu?

CINÉSIAS.

Allons, viens, mon bijou!

MYRRHINE.

J'ôte mon corset[47]. Mais n'oublie pas ce que tu m'as promis au sujet de la paix. Tu tiendras ta promesse?

CINÉSIAS.

Oui, que je meure!…

MYRRHINE.

Mais tu n'as pas de couverture!

CINÉSIAS.

Des couvertures! Eh! c'est toi que je veux!…

MYRRHINE.

Patience! je suis à toi dans un instant.

CINÉSIAS.

Cette femme-là[48] me fera mourir avec ses couvertures!

Myrrhine revient avec une couverture… Ah! enfin!…—Mais elle s'aperçoit, fort à propos, qu'elle a oublié… quoi encore? de l'huile, pour parfumer ce cher mari!

MYRRHINE.

Ne veux-tu pas que je te parfume?

CINÉSIAS.

Non, par Apollon! non, de grâce!

MYRRHINE.

Si! par Vénus! que tu le veuilles ou non!

CINÉSIAS.

Tout-puissant Jupiter, fais que nous en finissions avec ces parfums!

MYRRHINE.

Tends la main, que je t'en verse, et frotte-toi.

CINÉSIAS.

Par Apollon! ce parfum-là n'est guère agréable, à moins qu'il ne le devienne en frottant; il ne sent pas la couche nuptiale.

MYRRHINE.

Ah! sotte que je suis! j'ai apporté du parfum de Rhodes.

CINÉSIAS.

C'est bon, laisse, ma chérie!

MYRRHINE.

Es-tu fou?

CINÉSIAS.

Maudit soit le premier qui a distillé des parfums!

Myrrhine sort encore une fois, et revient avec une autre fiole…

«Allons, méchante, couche-toi, et ne va plus chercher rien!

—Me voilà, par Diane! Je me déchausse. Mais, mon chéri, tu voteras la paix?

—Sois tranquille.»

Et l'espiègle femme, étant déshabillée, s'en va, ne revient plus.—«Je suis mort, elle me tue!» s'écrie le malheureux Cinésias. «Dans quel état elle me laisse!… Hélas! qui me soulagera?…»

Le chœur, afin que personne n'en ignore, ajoute ses commentaires et ses descriptions aux exclamations et à la mimique priapesque de Cinésias.

Sur ces entrefaites, arrive de Sparte un héraut qui demande la paix. «À Sparte aussi, tout est en l'air,» et le héraut comme les autres.

Un magistrat survient et le gourmande: «Drôle! dans quel état!…» Le héraut lui explique le complot formé par les femmes, non-seulement d'Athènes, mais de toute la Grèce, pour contraindre les hommes à faire la paix et à abolir la guerre. C'est une conspiration générale, qui embrasse toutes les villes: les hommes, dans tous les pays, sont excédés de cette situation, n'en peuvent plus, demandent grâce, implorent la paix à tout prix: la paix avec les femmes, la paix entre les peuples; la paix au dedans, la paix au dehors; la paix partout et toujours!… Le plan de la courageuse Lysistrata a réussi: elle a fait honneur à son nom, elle a dissous toutes les armées, plus habile à elle seule qu'un Congrès de la Paix.

Les ambassadeurs lacédémoniens arrivent ensuite, dans le même état que le héraut. «La situation, disent-ils, est de plus en plus tendue…»

* * * * *

On appelle Lysistrata. Elle conclut la réconciliation universelle. «Laconiens, approchez-vous; et vous, Athéniens, de ce côté. Écoutez-moi: Je ne suis qu'une femme, mais j'ai quelque bon sens; la nature m'a donné un jugement droit, que j'ai développé encore, en écoutant les sages leçons et de mon père et des vieillards. Permettez que je vous adresse, à tous également, un reproche, hélas! trop fondé! Vous qui, à Olympie, aux Thermopyles, à Delphes (combien d'autres lieux je pourrais nommer, si je ne craignais de m'étendre!) arrosez les autels de la même eau lustrale et ne formez qu'une seule famille, ô Hellènes, vous vous détruisez, les armes à la main, vous et vos villes, quand les Barbares sont là qui vous menacent!…»

Démosthène ne dira pas mieux que cette brave Lysistrata, et ne trouvera pas dans son cœur une plus noble et plus grande éloquence. Cavour ne parlera pas autrement pour réunir les membres dispersés de la patrie italienne, que Garibaldi ressuscitera.

Bref, Péloponnésiennes, Athéniennes, Corinthiennes, Béotiennes, se remettent avec leurs maris. Seuls les vieillards grognent un peu, tout en étant contents au fond; mais ils sont humiliés de se soumettre: «Maudites femmes! sont-elles assez rusées! Ah! qu'on a eu raison de dire: Pas moyen de vivre avec ces coquines, ni sans ces coquines!»

La comédie est couronnée par un festin et par des danses animées, sous l'invocation des dieux, avec un double chant des Athéniens et des Laconiens réconciliés. «Chantons Sparte, disent les Laconiens en terminant, Sparte qui se plaît aux divins chœurs et aux danses retentissantes, quand les jeunes filles, au bord de l'Eurotas, bondissent pareilles à des cavales, et frappent la terre de leurs pieds rapides, secouant leur chevelure, comme les bacchantes qui agitent leurs thyrses en se jouant! la belle et chaste fille de Latone les précède et conduit le chœur.—Allons! noue tes cheveux flottants, joue des mains et des pieds, bondis comme une biche! Que le bruit anime la danse! Et célébrons ensemble la puissante déesse au temple recouvert d'airain[49].»

Pendant ce chœur, chaque mari, Athénien ou Lacédémonien, prend le bras de sa femme, et s'apprête à partir, pour réparer le temps perdu. Cela finit comme la fable des Deux Pigeons; mais il y a ici bien plus de deux pigeons; c'est l'Hellade tout entière qui est le colombier.

Voilà nos gens rejoints, et je laisse à penser De combien de plaisirs ils payèrent leurs peines!

* * * * *

Telle est cette liberté gaillarde dont parle quelque part Fontenelle. Gaillarde est bien modeste. Lysistrata, nous l'avons dit, est tout bonnement une phallophorie, moins la gravité religieuse. Et encore avons-nous omis les énormités de paroles qui accompagnent et qui commentent les énormités d'action.

Cela prouve que, si la morale dans ses principes ne varie pas, la pudeur et les bienséances varient selon les lieux, selon les temps. Quand on lit Rabelais, on est bien étonné; mais les obscénités de Rabelais restent enfermées dans un livre; celles d'Aristophane s'étalaient en paroles et en actions, sur le théâtre, à la face du soleil, devant trente mille spectateurs!

Croirait-on, après cela, qu'Aristophane se vante en maint endroit d'être plus réservé que les autres poëtes comiques de son temps? Vive Bacchus! Quelle réserve!… Le monde moderne ne présente rien d'aussi fort. Lorsque Charles VI fit son entrée dans Paris, des filles nues, placées aux fontaines publiques, représentaient des sirènes; dans le Jugement de Pâris, joué vers le même temps, les trois déesses, dont le berger devait comparer la beauté, paraissaient nues sur le théâtre; ordinairement, le 1er mai, mois de l'amour, des femmes se montraient nues sur la scène, et parcouraient ensuite les rues, en portant des flambeaux; mais la scène de Myrrhine et de Cinésias, sans compter les autres où les hommes figurent dans de si étranges attitudes, c'est bien autre chose vraiment que la nudité pure et simple. Le nu, en lui-même, n'est pas indécent, excepté pour des esprits faux et pour des natures déjà perverties par les sottes idées d'une morale inepte. Ah! si Myrrhine, pour ne parler que d'elle, était simplement nue!… Mais elle se déshabille! Rappelez-vous le tableau de Vanloo, cette grande femme nue, qui va se mettre au lit: elle serait décente, quoique nue, si elle n'avait pas un bonnet de nuit et si elle ne tournait pas la tête pour vous regarder dans ce moment-là. Ce bonnet ôte la pureté du nu, et ce regard tourné vers vous est provoquant. En vain répondrait-on qu'elle est seule dans sa chambre: pour qui donc se retourne-t-elle ainsi? Il faut que ce soit, tout au moins, pour son miroir: la chose est grave. Cette femme n'est donc pas décente, quelque belle qu'elle soit. De même, la rusée Myrrhine, quittant pièce à pièce tout son vêtement, «les spectateurs, comme le remarque Alfred de Musset, devaient partager le tourment de Cinésias.»

Toutefois il importe de remarquer que cette scène et cette comédie tout entière sont plutôt indécentes qu'immorales, ou du moins ne sont immorales que par l'indécence: Le but général de la pièce est honnête, ne l'oublions pas; l'idée fondamentale en est morale et vraie: n'était-ce pas un regret légitime que celui des douceurs du foyer domestique et des joies intimes de la vie de famille, sans cesse troublées et interrompues par cette guerre qui désolait toute l'Hellade? «Plus d'amour, partant plus de joie!» Cette comédie est donc, à proprement parler, la réclamation de la famille contre la guerre. Quoi de plus juste, de plus sensé, de plus moral, au fond?

Mais, dans la forme, quelle licence! quelle effronterie! quelle obscénité! La joyeuse ivresse des fêtes de Bacchus, l'habitude des phallophories, le culte de Priape, les rôles de femmes joués par des hommes; tout cela ensemble peut à peine en rendre raison.

Toujours est-il qu'on ne saurait trop admirer, dans cette pièce comme dans les trois précédentes, l'art de présenter les idées sérieuses sous une forme claire, frappante et populaire. Quelle verve et quel naturel! quelles gradations comiques! quel dialogue abondant et vrai! quel atticisme mêlé à tout ce cynisme! Ah! je comprends que saint Chrysostome voulût toujours avoir sous son chevet les comédies d'Aristophane!

Lorsque notre bon maître, M. Viguier, si artiste et si fin, si érudit et si original, nous faisait lire et nous commentait, à l'École normale, une de ces prodigieuses comédies, quelquefois son admiration allait jusqu'à l'attendrissement; riant et presque pleurant tout ensemble, ou rougissant de quelque énormité qui succédait à des détails exquis, il s'écriait, avec une douceur charmante: «Ah! messieurs, quelles canailles que ces Grecs! mais qu'ils avaient d'esprit!»

Toutefois M. Michelet, dans la Bible de l'humanité, pense qu'ils étaient plus purs en actions qu'en paroles. Soit, mais cela laisse encore une assez grande latitude. C'étaient, avant tout, des artistes. N'oublions pas, cependant, leur grandeur, leur aptitude universelle. «L'Athénien maniait également bien l'épée, la rame et la parole. Il est la guêpe ou l'abeille; il a les ailes et l'aiguillon; non pas seulement l'aiguillon qui perce les Barbares, mais celui qui pénètre les esprits. Sa ville est la citadelle et le marché de la Grèce; elle en est aussi l'école; elle a mis parmi les dieux la Persuasion, et lui fait des sacrifices. Les Athéniens sont les propagateurs ardents et les apôtres de la pensée…[50]»

Moralement, les Athéniens étaient peut-être inférieurs, à nous modernes, mais certes bien supérieurs à tous les autres hommes qui vivaient il y a vingt-deux siècles.

* * * * *

Pour résumer en quelques mots cette première partie de notre étude, Aristophane, dans les pièces où il touche les questions politiques, se montre partout et toujours ennemi de la guerre et ami de la paix. Voilà son dessein immuable. Mais cette idée, toujours la même, vient d'être présentée déjà sous quatre formes différentes, sans compter toutes les pièces perdues pour nous. Ainsi donc, la guerre, qui est toujours si fatale à la démocratie, et vers laquelle, pourtant la démocratie se précipite toujours, voilà le monstre auquel Aristophane, sans être démocrate bien fervent, s'attaque sans cesse, avec toutes les ressources de son courage et de son esprit.

De ce côté-là nous n'avons que des éloges à lui donner. Nous sommes de l'avis d'Aristophane, d'Horace, de Rabelais, de Montaigne, de Johnson, de La Bruyère, de Voltaire, d'Erckmann-Chatrian, et nous considérons la guerre, excepté la guerre défensive et patriotique, comme une barbarie hideuse et une effroyable ineptie, dernier reste de la sauvagerie antique.

* * * * *

À présent que nous avons étudié le poëte grec comme critique politique, nous l'étudierons en second lieu comme critique social, et en troisième lieu comme critique littéraire.

* * * * *

Explore with AITake your curiosity a little further.

Reading settings