LE VIEUX COFFRET
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I SONGE
Je voudrais t’emporter dans un monde nouveau Parmi d’autres maisons et d’autres paysages Et là, baisant tes mains, contemplant ton visage, T’enseigner un amour délicieux et nouveau, Un amour de silence, d’art et de paix profonde : Notre vie serait lente et pleine de pensées, Puis, par hasard, nos mains un instant rapprochées Inclineraient nos cœurs aux caresses profondes. Et les jours passeraient, aussi beaux que des songes, Dans la demi-clarté d’une soirée d’automne, Et nous dirions tout bas, car le bonheur étonne : Les jours d’amour sont doux quand la vie est un songe.
II BERCEUSE
Viens vers moi quand tu chantes, amie, j’ai des secrets Que tu liras toi-même au reflet de mes yeux. Viens, entoure mon cou dans tes bras, viens tout près Et ton cœur entendra des mots silencieux. Viens vers moi quand tu rêves, amie, j’ai des paroles Dont le murmure seul est comme une douceur. Elles imposent l’oubli, le doute, elles désolent, Et pourtant leur musique enchante la douleur. Viens vers moi quand tu ris, amie, j’ai des regards Très longs qui vont porter la peur au fond de l’âme. Viens, ils transperceront ton cœur de part en part Et tu sentiras naître en toi une autre femme. Viens vers moi quand tu pleures, amie, j’ai des caresses Qui captent les sanglots amers au bord des lèvres. Je ferai tressaillir la chair de ta jeunesse Amie, viens boire une âme nouvelle sur mes lèvres.
III IN UNA SELVA OSCURA
La lumière est plus pure et les fleurs sont plus douces, Le vent qui passe apporte des roses lointaines, Les pavés sous nos poids deviennent de la mousse, Nous aspirons l’odeur des herbes et des fontaines. Un printemps nous enveloppe de son sourire, Entre nous et le bruit un rideau de verdure Tremble et chatoie, nous protège et soupire, Cependant que notre âme s’exalte et se rassure. O vie ! Fais que ce léger rideau de verdure Devienne une forêt impénétrable aux hommes Où nos cœurs, enfermés dans sa fraîcheur obscure, Soient oubliés du monde, sans plus penser au monde !
IV LES FOUGÈRES
O Forêt, toi qui vis passer bien des amants Le long de tes sentiers, sous tes profonds feuillages, Confidente des jeux, des cris et des serments, Témoin à qui les âmes avouaient leurs orages. O Forêt, souviens-toi de ceux qui sont venus Un jour d’été fouler tes mousses et tes herbes, Car ils ont trouvé là des baisers ingénus Couleur de feuilles, couleur d’écorces, couleur de rêves. O Forêt, tu fus bonne, en laissant le désir Fleurir, ardente fleur, au sein de ta verdure. L’ombre devint plus fraîche : un frisson de plaisir Enchanta les deux cœurs et toute la nature. O Forêt, souviens-toi de ceux qui sont venus Un jour d’été fouler tes herbes solitaires Et contempler, distraits, tes arbres ingénus Et le pâle océan de tes vertes fougères.
V L’ÉCRIN
LE COLLIER
Voici le beau collier des tendres souvenirs Pour le cou blanc aux veines de verveine. Le premier rang est fait de mes désirs Et le second, des perles de mes peines ; Le troisième, où les grains sont plus purs et plus lourds, Représente la joie de mes heures d’amour.
LES BRACELETS
Je referme mes mains autour de tes poignets, J’arrête sans pitié le cours de tes artères Et je mets pour fermoirs à ces deux bracelets Deux rubis embrasés.
LES BAGUES
Pour bagues, j’ai mordu la phalange De chacun de tes doigts menus et doux, Et j’ai serti dans ces bijoux étranges Des baisers jaloux, des baisers fous.
LA MONTRE
Penche-toi sur mon cœur et incline ta joue Sur le rideau de chair. C’est la montre. Ainsi sont ordonnées ses aiguilles et ses roues Qu’elles marquent toujours l’heure de l’amour et du songe.
LA CHAINE
Que la chaîne de tes pensées Soit toujours à mon cou passée.
VI LA MAIN
A NA…. S
I
Main qui chantais, main qui parlais, Main qui étais comme une personne, Main amoureuse qui savais Comment on prend, comment on donne ; Main sur laquelle on a pleuré Comme d’une fontaine fraîche, Main sur laquelle on a crié D’amour, de joie ou de détresse ; Main qui reçus les confidences Que la peur fait à la volupté, Main de calme et d’impatience, Main de grâce et de volupté ; Main que des dents ont mordue Et que des ongles ont déchirée Dans leur frénésie ingénue, Main que des lèvres ont pansée ; Main des rêves, main des caresses, Main des frissons, main des tendresses, Main de la ruse et de l’adresse, O main, maîtresse des maîtresses ; Main qui donnas tant de joies A tant de chairs éperdues, O main comme de la soie Sur les belles poitrines nues ; O main, toi qui avais une âme Pour l’heure douce du désir, Et qui avais encore une âme A l’heure âpre du plaisir, O main, tu trembles encore aux souvenirs charnels !
II
Afin que tu éprouves des tendresses nouvelles, Je te donne à l’amie qui régit mon destin : Ses yeux sont des fleurs vives, ses cheveux sont des ailes, Son esprit se promène, songeur et incertain, Sois sage, ô main trop tendre, et cache le passé Sous tes ongles, aux replis secrets de tes jointures, Comme je cache au fond de mon vieux cœur blessé Le souvenir sacré des belles meurtrissures. O main, je te regarde avec mélancolie.