APPENDICE
Reading edition
I
Montesquieu avait écrit à Solignac en lui envoyant son Lysimaque:
«Monsieur,
«Je crois ne pouvoir mieux faire mes remerciements à la Société littéraire qu'en payant le tribut que je lui dois, avant même qu'elle me le demande, et en fesant mon devoir d'académicien au moment de ma nomination; et comme je fais parler un monarque que des grandes qualités élevèrent au trône de l'Asie, et à qui ces mêmes qualités firent éprouver de grands revers; que je le peins comme le Père de la Patrie, l'amour et les délices de ses sujets, j'ai cru que cet ouvrage convenoit mieux à votre Société qu'à tout autre. Je vous supplie d'ailleurs de vouloir bien lui marquer mon extrême reconnaissance.
«Vous me dites, Monsieur, des choses bien flatteuses, quand vous me parlez d'un voyage en Lorraine; vos paroles ont réveillé en moi toute l'idée de ce bonheur que l'on trouve dans la présence de Sa Majesté.
«Du reste, Monsieur, je me félicite de ce que votre Société a un secrétaire tel que vous, et aussi capable d'entrer dans les grandes vues du Roi et dans l'exécution des belles choses qu'il a projetées.
«Je vous supplie de vouloir bien me conserver l'honneur de votre amitié; il me semble que la mienne s'augmente pour l'historien de la Pologne.
«J'ai l'honneur d'être, Monsieur, avec un attachement respectueux, votre très humble et très obéissant serviteur,
«Montesquieu.
«A Paris, ce 4 avril 1751.» (Inédite.)
II
26 février 1766.
RAPPORT OFFICIEL PAR RÖNNOW, MÉDECIN DU ROI
«Le 5 février à sept heures du matin, le Roi en se levant seul approcha de la cheminée pour se chausser, en robe de chambre d'une étoffe de soie des Indes fort mince et fortement doublée de ouate de coton. Le feu prit au bas de sa robe du côté gauche et s'alluma si promptement que la flamme surpassait la tête avant qu'on vînt à son secours.
«Nous, soussigné, premier médecin et chirurgien du Roi de Pologne, certifions avoir vu, quelques minutes après l'accident, les brûlures de Sa Majesté et avons trouvé toute la main gauche, depuis le poignet jusqu'au bout des ongles en dessus et en dessous, vivement brûlée au point que Sa Majesté ne se plaignit que de sa main et de ses ongles.
«Nous avons en outre trouvé une brûlure sur la partie antérieure de la cuisse gauche d'environ dix à douze pouces de longueur sur deux à trois de largeur dont Sa Majesté ne se plaignit point; une autre sur le bas-ventre qui s'étendait depuis la hanche gauche, jusqu'à trois ou quatre pouces au delà du nombril côté droit, qui avait environ vingt à vingt-trois pouces de largeur sur huit, neuf à dix pouces de hauteur. Comme la flamme avait surpassé la tête et avait mis le feu dans son bonnet de nuit, du même côté, elle avait brûlé la joue, la lèvre inférieure de la bouche, la narine intérieurement et extérieurement, et les cils des paupières et le sourcil de l'œil gauche, de même l'oreille et les cheveux au-dessus. Toutes les brûlures du visage ont été guéries au bout de dix ou douze jours. La main et les doigts après la première exfoliation parurent d'une bonne couleur; mais de jour à autre il se formait de nouvelles escarres gangreneuses, qui firent tomber toute la peau de la main et des doigts; la même chose est arrivée à celle du bas-ventre et de la cuisse, dont la plupart est tombée par elle-même et d'autres qu'il a fallu séparer par les instruments. Malgré tout cela, et l'usage du quinquina intérieurement et extérieurement, dont on avait fait usage dès le commencement des premières taches, conjointement avec d'autres remèdes antiseptiques tant intérieurs qu'extérieurs, les plaies n'ont pas voulu se nettoyer et ont toujours fourni une matière licheneuse et fétide.
«Du quinzième au seizième jour de l'accident, le Roi s'étant couché à huit heures du soir eut un frisson dans son lit à dix heures, au point qu'il a fallu le réchauffer avec des serviettes chaudes; ce frisson fut suivi d'un peu plus de fièvre; néanmoins sans altération. Après ce temps la suppuration des plaies a toujours été en diminuant et l'assoupissement est toujours devenu plus considérable jusqu'au dernier jour que les plaies étaient presque sèches.»
III
PRINCIPAUX PASSAGES DU TESTAMENT DU ROI
30 JANVIER 1761.
«Au nom de la Très Sainte Trinité.
«Ma plus grande satisfaction pendant ma vie étant de rendre heureuses les personnes attachées à mon service, je souhaiterais, après ma mort, pouvoir leur continuer le même bonheur, mais en me réglant sur la possibilité, j'ai tâché de laisser à celles qui en auront le plus besoin quelques ressources en me perdant, et à toutes en général une marque de mon souvenir...
«Je déclare en conséquence par ces présentes... que ma dernière volonté est qu'il soit payé à chacun de mes officiers et domestiques qui sont compris dans l'état général de ma maison et qui seront à ma mort à mon service une année pleine et entière de leurs gages.»
(En dehors de ces libéralités, beaucoup d'officiers et de serviteurs reçurent encore des legs supplémentaires.)
Le tout se montait à 506,462 l. 6 s. 3 d.
Le Roi faisait ensuite des legs particuliers à un grand nombre de personnes et à tous ceux de ses serviteurs qui l'approchaient le plus fréquemment:
«Au comte de Ligniville, grand veneur, pour marque de mon souvenir, 10,000 l.
«A M. de la Galaizière, mon chancelier, pour marque de mon souvenir, un diamant de la valeur de 60,000 l.
«A Alliot, commissaire général de ma maison, pour reconnaître ses services, 60,000 l.
«Au Père Hubermonovitz, mon confesseur, 12,000 l.
«A Rönnov, mon premier médecin, 10,000 l.
«A Solignac, mon secrétaire, 5,000 l.
«Voulant donner à ma chère cousine, la princesse de Talmont, une dernière marque de mon souvenir, je veux qu'il lui soit délivré une somme de 24,000 l.
«Il sera délivré aux Pères Minimes de Bon-Secours, dans l'église desquels je choisis ma sépulture, près du corps de la Reine, ma très chère épouse, une somme de 6,000 l., pour l'exécution de la fondation faite d'un service perpétuel le jour de mon décès, pour le repos de mon âme et de celle de la Reine.
«Je veux qu'incontinent après mon décès il soit célébré deux mille messes pour le repos de mon âme.»
(Suivent encore d'autres legs pieux à des institutions religieuses.
Il lègue à la Reine sa fille une rente de 121,000 livres viagères provenant de ses différentes propriétés.)
«Dans l'espérance où je suis qu'il plaira au Roi d'accorder à la Reine la jouissance du château de Commercy, j'y ai fait à mes frais une dépense considérable pour rendre cette maison commode, utile et agréable et je donne à la Reine tous les meubles et effets mobiliers qui y sont.
«Je laisse à l'absolue disposition du Roi, mon très cher frère et gendre, tous les meubles meublants à moi appartenant dans mon château de Lunéville, de même que ceux de la Malgrange, Einville, Hauviller et Chanteheu.
«Je donne au prince de Beauvau la ménagerie à moi appartenant au bout des bosquets de Lunéville et tout ce qui en dépend.
«Je donne au maréchal comte de Bercheny tous mes chevaux de carrosse, de chaise, de selle, de manège qui sont dans mes écuries, tous mes mulets, tous mes carrosses, berlines, chaises, brancards, chariots, fourgons et tous les harnais et équipages de chevaux...
«Je donne au comte de Ligniville mon équipage de chasse.
«Je donne mon grand service de porcelaine de Saxe à colonnes et tout ce qui le compose en glaces, groupes, vases et figures à Mme la princesse de Beauvau pour marque de mon souvenir.
«Tous mes livres de Lunéville seront remis à ma bibliothèque publique de Nancy, lui en faisant don.
«L'argent qui se trouvera dans ma cassette au moment de mon décès doit être remis à la reine, ma fille, pour acquitter les frais d'exécution du testament [131].»
IV
ÉTAT DES PENSIONS ACCORDÉES PAR LE ROI AU PREMIER DÉCEMBRE 1765 [132].
Savoir:
Mlle Carbonnard dite Bereza 250
Mme la princesse de Talmont 24.000
M. de Vauchout 4.000
M. de Béthune 3.000
M. le comte de Cucé 4.000
M. le marquis de la Vergne 1.000
M. l'abbé Mias Kouski 600
M. le comte de Clermont fils 1.000
M. le comte de Croix 6.000
M. de Saint-Lambert 500
M. de Lubert 1.000
Les quatre fils de feu M. de la Barollière, 600 livres chacun 2.400
M. Dumont 500
Mme la marquise de Boufflers 12.000
Mme la comtesse de Bercheny 3.000
Mme de Marsanne 1.000
Mme de Polignac 1.000
Mme d'Orlick 1.000
Mme de Mennessaire 1.000
Mme de Villaucourt 1.000
Mlle de Saint-Lambert 600
Multzer, valet de chambre tailleur du Roi 100
La veuve Frantz Ney 200
Le sieur Montigny, fils 300
Le sieur Najac, officier 200
Le sieur Bacusheim 150
Mlle d'Ossay de Rieuse 100
Œme, ancien couvreur de table 414
Le sieur Suster, premier valet de chambre 300
Le sieur Montauban, premier valet de chambre 300
Le fils de feu le sieur Lapierre 336
M. Peterson 300
La veuve Bagnol 200
Le fils de feu Frantz Ney 100
Mlle Carbonnard dite Bereza 250
Le sieur Belpré fils 100
La veuve Osseloks 300
Mme Boyard mère 700
Mlle Boyard 700
La veuve Trabouillet 300
Mlle Montauban 200
La veuve George 700
———
74.850
Pensions accordées aux personnes qui étaient au service de feu la Reine:
Mme la marquise de Boufflers 2.000
Mme la marquise de Choiseul 2.000
Mme la marquise Desarmoises 2.000
Mme la marquise de Bassompierre 2.000
Mme la comtesse de Raigecourt 2.000
Mme la marquise de Montrevel 2.000
Mme la marquise de Mauconseil 2.000
M. le marquis de Choiseul 3.000
M. Hurdvansky 2.200
Mme de Beauregard 800
Mlle de Ligniville 500
Mlle Montigny 300
Mlle Marchant 300
Mlle Tournel 500
———
21.600
V
ÉTAT DES OFFICIERS ET DOMESTIQUES COMPOSANT LA MAISON DE FEU S. M. LE ROI DE POLOGNE AU 1er MARS 1766 ET DES APPOINTEMENTS ET GAGES DONT ILS JOUISSAIENT ET POUR LESQUELS ILS ÉTAIENT EMPLOYÉS CHAQUE MOIS SUR LES ÉTATS GÉNÉRAUX ET PARTICULIERS DE LA MAISON DE LADITE MAJESTÉ.
Savoir:
Grands officiers.
M. le prince de Beauvau, grand maître de la maison 24.000
M. le comte de Lomont, grand chambellan 6.000
M. le maréchal de Bercheny, grand écuyer 6.000
M. le comte de Ligniville, grand veneur 4.000
M. le comte de Tressan, grand maréchal des logis 4.000
———
44.000
Premiers gentilshommes de la Chambre.
M. le comte de Brassac 6.000
M. le comte de Croix 6.000
M. le marquis de Mennessaire 4.000
M. le comte de Thianges 4.000
M. le chevalier de Beauvau 4.000
M. le comte de Bassompierre 4.000
M. le marquis d'Amezaga 2.000
M. le chevalier de Marbeuf 4.000
M. le chevalier de Soupire 2.000
M. le chevalier de Lévy 4.000
M. le comte de Bercheny 2.000
M. le comte de Sommièvre 2.000
M. le comte de Cucé 4.000
M. le comte de Choiseul-la-Baume 4.000
M. le marquis de Boesse 4.000
M. le baron de l'Hôpital 4.000
—-——
60.000
Gentilshommes de la Cour.
M. de Valanglart 2.000
M. de Plunkett 2.000
M. de Szitt 2.000
M. Alliot de Serdier 2.000
M. de Lamotte 2.000
———
10.000
Intendants, contrôleurs, trésoriers de la maison, secrétaires et notaires.
M. Alliot, intendant, commissaire général de la maison 5.000
M. Michel, contrôleur général de la maison 3.000
M. Jankovitz, contrôleur ordinaire 1.500
M. Trager, trésorier de l'hôtel 2.400
M. Latran, conseiller et secrétaire du Roi 1.200
M. Georgel, — —— 1.200
Le sieur Febvé, secrétaire 600
Le sieur Febvrel, notaire 400
Chapelle.
Le R. P. Luskina, confesseur du Roi 1.000
M. l'abbé Moreau, aumônier 800
M. l'abbé Porquet, aumônier 800
M. l'abbé George, chanoine régulier, aumônier 800
Diot, sacristain 400
Thirion, sous-sacristain 288
VI
ÉTAT GÉNÉRAL DE MA MAISON ARRÊTÉ ET SIGNÉ DE MOI LE 25 NOVEMBRE DERNIER, DONT JE FAIS RAPPORTER ICI EN GROS CHAQUE ARTICLE DE DÉPARTEMENT [133].
1o
Grands officiers 46.000 livres.
Premiers gentilshommes de la chambre 50.000
Gentilshommes de la Cour 12.000
Intendant, contrôleur et trésorier de la maison et secrétaires des archives 12.700
Chapelle 4.016
Cabinet 8.000
Médecins, chirurgiens, apothicaires 8.740
Valets de chambre et huissiers de la chambre 9.300
Autres domestiques de la chambre 3.876
Premier maître d'hôtel et maîtres d'hôtel ordinaires 7.900
Cuisines 7.950
Dépenses 1.600
Office 3.420
Rôtisserie 1.710
Pâtisserie 1.340
Panneterie et la cave 2.666
Couvreur de table 2.804
Fourrière 3.220
Valets de pied de grande livrée 10.568
Valets de pied de petite livrée 4.680
Coureurs 1.080
Porteurs de chaise 1.242
Suisses 10.500
Hôtel des pages 2.720
Premier écuyer et écuyers 5.800
Sous-écuyers, contrôleurs et domestiques d'écurie 28.683
Heyducs 2.970
Musique 54.036
Premier architecte, architecte, concierge, et autres pour bâtiments et fontaines 8.289 4
Orangerie et jardins 5.015 12 3
Gardes de bosquets 1.377
Compagnie de cadets 23.323 10
Compagnie des gardes du corps 97.392
Trompettes et timballiers des plaisirs 6.048
Vénerie, chasses de Lunéville et chasses de Commercy 13.920
Commercy 5.912
La Malgrange 2.820
Einville 1.100
Jolivet 700
Chanteheu 500