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De waarheid over Esperanto en Ido = La vérité sur l'Esperanto et l'Ido

La Vérité sur l’Esperanto et l’Ido.

Reading edition

I.

L’une des raisons dominantes qui m’ont amené à publier les quelques réflexions que l’on va lire est que je me suis trouvé mêlé personnellement aux discussions ardentes soulevées par le problème de la langue internationale. J’ai suivi de près l’évolution des idées sur ce sujet, j’ai connu les angoisses du doute, les alternatives d’espoir et de découragement: c’est donc un témoin oculaire qui vient faire sa déposition devant vous et il la fera avec un désintéressement complet, une sincérité absolue.

Lorsqu’en 1890, j’entendis parler pour la première fois de langue auxiliaire internationale, je m’empressai de répondre à l’appel qui me fut fait et dans la mesure de mes moyens je me fis pionnier de cette heureuse innovation.

Cependant cette langue auxiliaire—c’était le Volapük—ne me donnait pas entière satisfaction, surtout à cause des difficultés de sa prononciation.

C’est pourquoi je me mis à l’ouvrage pour créer moi-même une langue artificielle.

Cette entreprise, dans laquelle je mettais le plus grand espoir, m’imposait des frais considérables, beaucoup de recherches et une étude longue et difficile. Mais j’en prenais assez facilement mon parti en songeant aux avantages énormes que l’adoption d’une langue internationale simple mais complète aurait pu procurer à l’humanité entière.

Je crus naïvement qu’à bref délai tous les peuples civilisés jouiraient des avantages immenses qu’offrirait une telle langue. Mais voilà qu’au beau milieu de mon labeur, j’appris, par hasard, l’existence

En approfondissant l’étude de l’Esperanto j’y rencontrai des points que, pour ma part, j’aurais présentés d’une autre façon; mais en admettant même que mon interprétation fût

J’ai vu lancer, en effet, divers systèmes de langue internationale, mais ce n’étaient plus que des plagiats de l’Esperanto et cette constatation est peut-être la preuve la plus éclatante de la valeur intangible de l’œuvre de Zamenhof.

Certaines de ces langues présentent les modifications les plus arbitraires; on dirait vraiment que leurs auteurs sont des incompétents, dépourvus des connaissances linguistiques suffisantes ou des ambitieux que grise l’espoir de se créer des titres à l’admiration des hommes et de voir leur nom passer à la postérité.

N’oublions jamais que le mieux est souvent l’ennemi du bien. Ceux d’entre les changements proposés qui pourraient à la rigueur être considérés comme des améliorations, n’ont certes pas assez d’importance pour semer la discorde et arrêter le mouvement espérantiste.

D’ailleurs, les réformistes ne sont pas d’accord entre eux; c’est ainsi que l’on a vu paraître successivement les systèmes suivants: Ido (alias Ilo), Reformido, Antido, Europal, Dilpok, Auli, Romanal, Omnez, Pankel, Perfekt, etc.

Je n’ai nullement l’intention de m’arrêter à tous ces essais, mais je voudrais dire quelques mots à propos de l’Ido dont on rencontre des partisans dans notre pays; ils ne sont pas nombreux, en vérité, mais ils mènent grand tapage...! pour faire croire à leur importance.

En 1907, j’ai eu le grand honneur (?!) de représenter quatre sociétés, auprès de la «Délégation pour le choix d’une langue internationale». Fonction de la plus haute importance, pour laquelle il faut des capacités toutes particulières, fonction qui impose un travail

Il m’a suffi de donner mon nom et de payer mes cotisations; mon nom, pour m’engager sans doute à faire le sacrifice de mes propres opinions, et mon argent pour soutenir les auteurs d’un acte... inqualifiable! Oui, le mot n’est pas trop fort!

Si invraisemblable que cela paraisse, cinq personnes (y compris les auteurs de l’Ido) se sont mis en tête de proclamer que la Délégation (dont l’auteur de ces lignes et bien d’autres encore, qu’ils ont eu soin de ne pas consulter à ce sujet) adoptait l’Ido.

Chose ignoble: l’un des auteurs de l’Ido avait à la fois si bien caché son projet aux chefs de l’Esperanto et fait preuve de tant de zèle pour leur cause, que le Dr Zamenhof, auteur de l’Esperanto, le choisit pour défendre (on peut juger comment!...) cette langue devant l’aréopage.

Est-ce de la perfidie, oui ou non?

Voilà les manœuvres de cette fameuse délégation! Quelle importance peut-on attacher à ses décisions? Quelle considération doit-on à ceux qui les inspirèrent?

Animé avant tout du désir sincère de voir le monde doté d’une langue auxiliaire internationale, je n’hésiterais pas, je le proclame bien haut, à me rallier aux Idistes et à délaisser l’Esperanto, comme autrefois j’ai abandonné le Volapük, si je rencontrais des motifs analogues à ceux qui alors ont déterminé ma décision. C’est pourquoi, malgré les tristes origines de cette langue Ido, je n’ai pu m’empêcher de suivre ses évolutions. Eh bien, j’attends encore d’avoir trouvé les raisons pressantes qui pourraient m’amener à cette nouvelle volte-face.

«Laissez-nous choisir une phrase et nous vous ferons condamner»; voilà le principe que suivent en général les propagateurs d’Ido, lorsqu’ils veulent livrer bataille à leurs adversaires.

Ils fabriquent de triste façon un texte espérantiste, souvent rempli d’erreurs (nous en avons eu la preuve à Anvers) et c’est là-dessus qu’ils se basent pour avancer des choses inexactes.

Comme la plupart du temps ils ne connaissent pas eux-mêmes la langue qu’ils critiquent, ils sont peu scrupuleux sur le choix des arguments, et ils réussissent parfois par des arguments erronés à convaincre les personnes peu averties.

Ajoutant la perfidie à la mauvaise foi et dans un but de déprécier l’Esperanto, certains Idistes proclament à grand fracas, qu’il y en a qui soutiennent la propagande espérantiste, dans un but de

En admettant même que ces assertions soient véridiques serait-ce une preuve que leur langue est meilleure? N’est-ce pas là recourir à des procédés mesquins qui devraient ouvrir les yeux de tous sur la faiblesse de leurs arguments linguistiques?

Tout cela ne veut pas dire évidemment que parmi les champions de l’Ido, il n’en est pas qui soient de très bonne foi. Mais ont-ils vu clair eux-mêmes dans les arguments qu’on leur a fait valoir et n’ont-ils pas été éblouis par la notoriété de ceux qui les leur présentaient?

A ceux qui désirent pouvoir se décider en connaissance entre l’Esperanto et l’Ido, je conseillerai de parcourir les ouvrages suivants, qui les édifieront sur la question:

Autour de l’Esperanto, par Camille Aymonier;—édit.: Office Central Espérantiste, 51, rue de Clichy, Paris.—Fr. 0,50.

Réponses à quelques objections, par Rollet de l’Isle;—édit.: 51, rue de Clichy, Paris.—Fr. 0,25.

Le Problème de la Langue Internationale, par Boirac;—édit.: 51, rue de Clichy, Paris.—Fr. 0,25.

Pourquoi je suis devenu espérantiste, par Archdeacon;—édit.: Arthème Fayard, Paris, 18 et 20, Rue du St. Gothard.—Fr. 2,00.

La question de la Langue auxiliaire Internationale, par Gautherot;—édit.: Hachette, Boulevard St. Germain, 79, Paris.—Fr. 3,50.

Faut-il réformer l’Esperanto? par Kolowrat;—édit.: Presa Esperantista Societo, Paris, Rue Lacépède, 33.—Fr. 0,25.

L’Esperanto.—Réponse à des critiques, par C. Aymonier;—édit.: Editions de la Revue du mois, Paris, 2, Boulevard Arago.—Fr. 0,25.

La Langue Internationale auxiliaire Esperanto, par le Général Sebert, membre de l’Institut de France;—édit.: Paris, 51, rue de Clichy.—Fr. 0,50.

Une Langue auxiliaire scientifique, par Carlo Bourlet, Professeur au Conservatoire National des Arts et Métiers à Paris;—édit.: Internacia Scienca Asocio Esperantista, 50, Rue Gauthier de Chatillon, Lille.—Fr. 0,30.

Pour ceux qui n’ont pas le temps d’explorer la situation dans tous ses détails nous nous contenterons de mettre ici en évidence la formation du pluriel dans les deux langues.

Nous choisissons ce point, parce que les Idistes blâment surtout l’Esperanto de faire usage des finales oj, aj, uj, provenant de la

Voyons donc ce qui vaut le mieux:

Esperanto.—Formation du pluriel.—Règle unique, sans exceptions.—On forme le pluriel des substantifs, des adjectifs et des pronoms en ajoutant la semi-voyelle j à la forme du singulier. Bela urbo (belle ville); plur.: Belaj urboj.—Mia fingro (mon doigt); plur.: Miaj fingroj.

Remarque.—La lettre j se prononce toujours[6] comme y dans yeux et forme dans les mots pluriels une seule syllabe avec la voyelle qui précède; elle ne fait donc que prolonger la finale du mot sans en modifier le son et sans déplacer l’accent tonique qui, en Esperanto, tombe toujours[7] sur l’avant-dernière syllabe.

Les terminaisons oj, aj, uj forment, quoiqu’on en dise, une agréable liaison avec le mot qui suit et donnent à la langue un moelleux semblable à celui qu’on vante tant dans la langue grecque[8].

Ido.—Formation du pluriel.—I. Dans les substantifs i se substitue à la terminaison o: homo (homme); plur.: homi.

Exception. Les noms se terminant en io changent i en y avant de prendre la marque du pluriel: studio (étude); plur.: studyi.

2. Quand l’adjectif prend la marque du pluriel, ce qui n’est pas toujours le cas (de là nouvelle difficulté), on ajoute la lettre i à la forme du singulier: bona (bon); plur.: bonai.

3. Les pronoms possessifs suivent le procédé des substantifs: la nia (le notre); plur.: la nii.

Exception.—Les pronoms en u changent u en i: omnu (tout); plur.: omni.

Observation.—On peut laisser l’adjectif invariable et donner la marque du pluriel à l’article[9]: la nia (le nôtre); plur.: la nii ou bien le nia.

D’après ce qui précède il faudrait croire que les mots boai et kakai sont des pluriels d’adjectifs; cependant il n’en est pas ainsi.

Voyez:

boao (boa);plur.:boai(substantif),

kakao (cacao);»kakai».

Voilà, avouez-le, qui n’a pas du tout l’air plus simple que la forme unique de l’Esperanto!

Ce qui complique l’affaire, c’est que dans les manuels populaires, dits cependant «complets», l’élève n’est pas initié à ces horreurs, et il lui serait par conséquent impossible de traduire, guidé seulement par un tel manuel, la brochure «Historio de nia linguo» du Dr Jespersen.

Mais il est temps de conclure.

Si mes préférences se sont portées vers l’Esperanto, il faut y voir non seulement le résultat de mes propres recherches, mais aussi de la conviction que m’ont donnée les études et les arguments de nombreux savants. Voilà pourquoi je ne crains pas de proclamer hautement que l’Esperanto est une langue simple, harmonieuse et suffisamment riche pour servir dans tous les domaines à toutes les relations internationales; à ces divers titres elle est bien supérieure à tous les systèmes présentés jusqu’ici.

A. J. WITTERYCK, Président de la Ligue Espérantiste Belge.

Janvier 1913.

II.

Les 10 Objections de l’Ido contre l’Esperanto réfutées.

Nous donnons ci-après la traduction d’une circulaire, récemment publiée par des espérantistes allemands, en réponse aux allégations d’une circulaire répandue par les idistes allemands.

I. Alphabet.—«Ido emploie l’alphabet international ordinaire, et n’a par conséquent pas de lettres accentuées.»

Par contre, dans l’alphabet Esperanto les règles de la phonétique, exigées par les théoriciens de l’Ido, sont strictement observées. En Esperanto seulement, et non en Ido, chaque son est représenté par un signe et chaque signe correspond à un son. De plus, l’alphabet Esperanto se prête mieux que l’alphabet Ido à la traduction des noms propres et en particulier des noms géographiques. Il est aussi plus pratique et plus court d’écrire ŝ et ĉ au lieu de sh et ch, ces derniers étant d’ailleurs prononcés différemment dans les différentes langues nationales. Le ŝ, ĉ, etc. de l’Esperanto ne peut pas plus être considéré comme un recul par rapport à sh et ch, que l’ö et l’ü allemand par rapport à oe et ue. Par suite du double rôle que joue le j idiste, il se produit des formes non naturelles, telles que jenante, jeneroza, etc. Les inconvénients peu graves qu’offrent les accents pour l’impression, sont faciles à éviter, comme le sait d’ailleurs l’imprimerie de l’Ido, et disparaissent de plus en plus devant l’extension croissante de l’Esperanto.

2. Accent.—«L’Ido a un accent naturel (filio), et non un accent rigide et conventionnel comme en Esperanto (filio).» Ce soi-disant accent naturel impose à celui qui apprend l’Ido une foule de règles et d’exceptions par rapport à l’accentuation et la prononciation, tandis que l’Esperanto n’a qu’une seule règle d’accentuation sans exception. L’accentuation «naturelle» prônée par l’Ido fait le plus souvent défaut (comp. l’allemand «System» etont» et l’angl. «horizon»; l’all. «Komödie» et le français «comédie»), et on la néglige aussitôt qu’une seule syllabe formelle vient s’ajouter au mot. Une règle d’accentuation que l’on peut appliquer sans exception est par conséquent plus simple et plus naturelle, surtout pour ceux qui ne connaissent qu’une seule langue, et ne s’entendent à ses «raffinements» linguistiques. L’accent sur l’avant-dernière syllabe de chaque mot produit en Esperanto un rythme facile et harmonieux, qui manque le plus souvent en Ido.

3. Pluriel.—«L’Ido a la belle forme italienne du pluriel i, et non les formes lourdes en oj, aj et uj.»

L’Esperanto a la «belle forme italienne i» comme terminaison des verbes. D’ailleurs la question de goût est très discutable. Les philologues des langues anciennes vantent en général la beauté de la langue grecque, précisément à cause de l’abondance des formes sonores oï et aï. Ces finales de l’Esperanto sont fort bien choisies pour marquer la séparation des mots, et permettent de comprendre et de distinguer facilement le texte parlé. Les Idistes semblent considérer comme une chose tout à fait accessoire qu’une langue auxiliaire convienne avant tout pour l’usage oral.

4. Adjectif.—«L’Ido a l’adjectif invariable, l’Esperanto le fait varier suivant le nombre et suivant le cas.»

Cette simplicité est autant un désavantage qu’un avantage. Car, il est évident que l’adjectif qui s’accorde en nombre et en cas avec le substantif montre plus clairement son rapport logique que l’adjectif, qui reste invariable, et que par conséquent la signification de la phrase apparaît plus rapidement et qu’une plus grande liberté dans l’ordre des mots devient possible. D’ailleurs, l’adjectif en Ido n’est pas toujours invariable, comme on le prétend; dans plusieurs cas il prend la marque du pluriel et de l’accusatif.

5. Verbe.—«L’Ido a la terminaison internationale r, au lieu de l’i arbitraire de l’Esperanto. L’Ido peut en outre faire concorder les formes de l’infinitif avec les formes du temps.»

Cet r soi-disant international n’est, en règle générale, prononcé comme finale que dans les verbes espagnols; dans la plupart des verbes français il est muet, et en italien les finales verbales sont are, ire, ere; elles renferment donc un r, mais non comme finale. Est-il donc hautement savant ou hautement ridicule, de vouloir choisir une telle finale purement formelle, selon le principe de la plus grande internationalité? Ou n’est-il pas beaucoup plus intelligent

Sous ce rapport l’introduction de la désinence ar en Ido a été une des plus grandes erreurs. Le prétexte qu’elle existe également en espagnol est erroné, car pour une langue naturelle il importe beaucoup moins qu’une finale puisse être distinguée clairement que pour une langue artificielle. Aussi les créateurs de l’Ido remarquèrent bientôt qu’un r final non «roulé» se perçoit à peine à la prononciation. Ils enfreignirent donc la règle de l’accentuation et placèrent l’accent des verbes sur la dernière syllabe. Mais le mal n’en fut pas réparé, bien au contraire d’autres désavantages s’y joignirent: Par l’accentuation de la syllabe purement formelle ar, l’attention, à l’ouie, fut détournée de l’idée principale, c’est-à-dire la racine du mot, vers la chose secondaire, la syllabe formelle. Que l’on veuille comparer:

Ido:tradukar,Esperanto:traduki.

»obediar,»obei.

»punisar,»puni.

»rapecar,»fliki.

Autre conséquence désagréable: la cadence de la phrase est rompue chaque fois que l’infinitif est suivi d’un mot disyllabique; par exemple: Me volas skribar karto, en regard de l’Esperanto si coulant: Mi volas skribi karton.

Laissons donc sans envie à l’Ido son «r international» et conservons notre «i arbitraire»!

Une seconde erreur au point de vue du son est la terminaison ez de l’impératif. Cette consonne finale ne devient également perceptible à l’ouie que lorsqu’on la siffle fortement; ez se confond facilement avec is. Que l’on compare avec cela la désinence sonore et muette de l’Esperanto: u; lernu au lieu de lernez. Les langues nationales ont le plus souvent l’s doux, qui se prononce dans le corps ou au commencement des mots, et rarement à la fin. L’objection que l’impératif français se termine également en ez, est évidemment sans valeur, puisque ce z est muet.

6. Déclinaison.—«L’Ido n’a pas d’accusatif obligatoire, et n’emploie celui-ci qu’en cas de nécessité, dans les inversions,»

.... «pour, finalement, l’oublier précisément en cas de nécessité, comme le montre l’exemple du «vere idana leono» (c’est ainsi que «Idano» nomme M. Peus).[10] Car chaque usage facultatif

7. Vocabulaire.—A. «L’Ido n’emploie pas de mots artificiels comme l’Esperanto.»

Il emploie pourtant des mots empruntés à une langue morte, le latin; et l’on doit en Ido apprendre 24 éléments différents, là où l’Esperanto n’en emploie que 14. En outre, les formes composant le «tableau des mots corrélatifs» ne sont pas purement conventionnelles en Esperanto; tous les mots à sens indéfini commencent par i, ce qui se retrouve dans l’allemand irgend; les mots démonstratifs par ti, ce qui correspond à l’allemand d et à l’anglais th; les mots négatifs ont l’n commun à toutes les langues; les mots interrogatifs ont le ki français (en all. toujours w, en angl. wh).

B. «Les racines de l’Ido ne sont pas choisies arbitrairement, mais bien d’après le principe de la plus grande internationalité.—Exemple: De l’allemand Kavallerie, l’anglais cavalry, le français cavallerie, l’italien cavallo, l’espagnol caballo, le russe kabaleria, l’Ido choisit pour «cheval» le seul mot international kavalo; l’Esperanto prend la forme française déformée ĉevalo.»

Effectivement l’Ido a plus fidèlement que l’Esperanto observé le principe de la plus grande internationalité, qui prédomine d’ailleurs aussi en Esperanto, mais il l’a fait aussi d’une façon plus pédante. Les savants de l’Ido ont trop formellement observé ce principe; ils le considèrent comme une simple question de nombres, et pour eux 1 Espagnol ou 1 Italien équivaut à 1 Allemand, 1 Hollandais, 1 Scandinave. En d’autres termes: ils n’ont pas tenu compte du degré de culture des différentes nationalités, ce qui fait que, grâce à l’espagnol et à l’Italien, l’Ido a une apparence beaucoup plus romane, et bannit un grand nombre de racines germaniques, qui se trouvent en Esperanto, telles que tago, fremda, dika, veti, etc. L’Esperanto accorde à bon droit un peu plus d’influence à l’élément germanique, dans la formation du dictionnaire. Dans l’exemple indiqué ci-dessus, lorsqu’on cite l’allemand Kavallerie en faveur de kavalo (cheval), on peut nommer l’allemand Chevauxlegers et chevaleresk,chivalrous en faveur de ĉevalo, qui par conséquent n’est pas une forme seulement connue des Français. Et si ĉevalo est du français déformé, les mots de l’Ido tuchar, chasar, chapelo, charniro, chanjar, etc., sont également des mots atrophiés.

8. Dérivation.—«La dérivation en Ido est claire, logique et régulière, tandis qu’en Esperanto elle est souvent confuse, illogique et irrégulière. Ido est par conséquent plus clair, plus compréhensible et plus facile à manier.»Ein Fischer kann fischen, ohne Fische zu fangen (un pêcheur peut pêcher sans prendre du poisson). Esperanto: Fiŝkiptisto povas fiŝkapti sen kapti fiŝojn (ou mieux: ne kaptante fiŝojn). Ido: Peskero povas peskar sen kaptar fishi.

Que manque-t-il à la traduction espérantiste? Le jeu de mots et la légère ironie, qui existe en allemand entre les deux propositions, est beaucoup mieux rendue en Esperanto qu’en Ido, où ils disparaissent par suite du mot peskar pour fischen. Ou s’en prend-on à la forme fiŝkapti pour pêcher? Que l’on considère alors les formes de l’Ido: tronsidar (= être assis sur un trône) pour trôner et seglirar (= sigeli) pour sceller. (On remarque encore une fois, lorsqu’on lit la phrase à haute voix, le rythme difficile: kaptar fishi). En outre on peut en Esperanto remplacer fiŝkapti par fiŝreti ou fiŝhoki.

Venons-en aux généralités. La dérivation en Ido prétend être claire, logique et régulière, par suite du principe de réversibilité, un principe qui, pour le commun des mortels, est difficile à comprendre et encore plus difficile à appliquer, surtout pour l’usage oral de la langue; en conséquence de ce principe, Ido surcharge la langue usuelle d’un trop grand nombre de parties composantes et malgré cela n’atteint pas d’uniformité logique. Les principes de nécessité et de suffisance, que de Saussure a fait ressortir pour l’Esperanto, sont au moins tout aussi logiques et en outre beaucoup plus simples, en ce qu’ils laissent aux personnes de culture différente la latitude nécessaire dans l’application.

Suivent alors comme exemples du prétendu manque de logique de l’Esperanto les verbes kroni, plumi, brosi, remi.

Disons d’abord que le verbe plumi, faussement cité, n’existe pas en Esperanto: plumer n’est pas plumi, mais senplumigi.

L’Esperanto fait dériver directement les mots kroni et brosi du mot racine, et suit en ceci l’usage de toutes les langues nationales: allem. Krone - krönen, franç. couronne - couronner, ital. corona - coronare, esp. corona - coronar, angl. crown - to crown; de même: Bürste - bürsten, brosse - brosser, spazzola - spazzolare, cepilo - cepilar, brush - to brush.

Et prétentieusement l’auteur continue à prôner la régularité absolue de la dérivation: «Ido par contre distingue nettement.... brosar per brosilo, remar per remilo....»

Si l’on voulait maintenant se fier à cette dérivation régulière de l’Ido, on verrait bientôt entrer en conflit son propre raisonnement et le vocabulaire Ido. Ainsi l’on ne peut pas traduire:

Marteler avec un marteau,parmartelar per martelilo,

limer avec une lime,»limar per limilo,

cribler avec un crible,»kriblar per kriblilo,

freiner avec un frein,»frenar per frenilo.

Mais il faut dire:

Martelagar per martelo,

limagar per limo,

kriblagar per kriblo,

frenagar per freno, etc.

Et pourtant, entre toutes ces séries de mots, le rapport logique est le même qu’entre les mots ramer et rame. Voilà ce qu’est la «dérivation claire, logique et régulière» de l’Ido!

9. Développement.—«L’Ido se développe avec sûreté et régularité, car l’Académie»

L’Ido n’est pas plus que l’Esperanto prémuni contre la possibilité de voir ses adeptes employer dans leurs textes des mots nouveaux erronés. Mais que ces mots deviennent officiels, l’Esperanto en est aussi bien que l’Ido sauvegardé par son Académie linguistique. Et que l’Académie idiste, au contraire

Que l’Académie espérantiste a également établi des principes rigoureux selon lesquels la langue doit se développer, l’auteur des lignes mentionnées plus haut ne peut pas l’ignorer. Mais à quoi bon le lui rappeler, puisque, d’après lui, les «hommes compétents» ne se rencontrent que dans l’Académie idiste?

10. Stabilité et progrès.—«L’Ido est la»

Lorsque dans la première phrase on remplace le mot Ido par celuistabilité pratique de l’Ido, qui fut seulement introduite dans le courant de cette année, ne dure qu’autant que les «hommes compétents» de son Académie la maintiennent. (Et dans le camp idiste cette stabilité a même rencontré beaucoup d’adversaires). Mais lorsque, comme il est déjà arrivé, ces hommes modifient leur opinion scientifique, ou que d’autres hommes laborieux font leur entrée à l’Académie, cette stabilité de la langue est très menacée. Car au point de vue linguistique on peut aisément défendre «scientifiquement» des théories parfois diamétralement opposées.

Prétendre que l’Esperanto doit conserver tous les défauts et imperfections, n’est rien moins qu’une de ces assertions fallacieuses que les Idistes ne cessent de répandre au sujet de l’Esperanto, et qui se trouvent contredites par la manière dont l’Esperanto s’est développé. D’ailleurs, l’auteur de ces critiques convient dans la suite que cette «sainte intangibilité» du Fundamento n’existe pas, et que les erreurs reconnues en furent éliminées. De la nécessité pratique d’une base fixe, du développement de l’Esperanto, de l’existence de dictionnaires scientifiques en Esperanto, l’auteur semble tout ignorer ou vouloir ignorer.

Et il termine ces «10 avantages» en disant:

«Le fondement intangible de l’Ido est 1o la simplicité de la grammaire, 2o la justesse de la dérivation, 3o l’internationalité des racines», et il oublie en cela que ces trois conceptions, simplicité, exactitude et internationalité, sont des conceptions relatives, qui varient d’après la profession, la nationalité et la culture de ceux qui

A ces 10 soi-disants avantages de l’Ido nous opposons un avantage de l’Esperanto, qui fait plus que leur contre-poids, notamment la mise en pratique de l’Esperanto dans tous les domaines, dans le commerce et l’industrie, la science et l’art, dans les voyages, tant pour l’usage écrit que parlé, et non seulement dans les rapports de personnes scientifiquement instruites, mais aussi de celles dont la culture est tout à fait élémentaire. Une application étendue est la vraie pierre de touche pour une chose aussi éminemment pratique qu’une langue auxiliaire internationale.

NOTES

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