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Constantinople de Byzance à Stamboul

PREMIÈRE PARTIE A TRAVERS BYZANCE (continued 2)

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IV.—LES MURS ET LES TOURS

Constantin avait entouré Constantinople d’une enceinte qui enfermait seulement les cinq collines de la ville. Ces murs commençaient à proximité de Psamatia et arrivaient à l’ancienne porte Dorée, près de la mosquée Essé-Kapoussou, dont le nom fut plus tard donné à la porte Dorée de la ville. Ils passaient près du monastère de Dius, traversaient la vallée du Lycus et, après avoir gravi la colline qui partait de l’église des Saints-Apôtres, descendaient à la porte de Platea Mesa (Oun Kapani).

Aujourd’hui, on ne rencontre que quelques fondations en ruines de cette muraille. La construction et la garde de ces murs avaient été confiés à 40.000 Goths.

Plus tard, sous Théodose II, il fallut élargir cette enceinte, et protéger les nouveaux quartiers qui s’étaient formés en dehors des murs constantiniens. Le préfet Anthémius bâtit d’abord en 412 un premier mur intérieur, puis en 447, Cyrus Constantin, un autre préfet, doubla la nouvelle muraille qui avait souffert d’un tremblement de terre, et porta le fossé plus loin. Ce sont ces murs que l’on voit encore aujourd’hui. «Ce rempart, dit M. Schlumberger, est bien plus grandiose que celui de Rome, plus poétique et plus sauvage que celui d’Avignon, infiniment plus étendu et plus important que ceux de Carcassonne ou d’Aigues-Mortes.»

L’ensemble de tous les murs qui défendaient la ville formait un triangle. Les murs maritimes ne comportaient qu’une rangée de murs consolidés par des tours, tandis que ceux du côté de la terre étaient les plus importants. Ils consistaient en trois lignes de défense, protégées par des tours octogonales, carrées et hexagonales et par un vaste fossé rempli d’eau.

Les eaux de la Propontide pénétraient dans le fossé jusqu’à la porte de Pigi, et celles de la Corne d’Or jusqu’à un certain point près des Blaquernes. A partir de ces deux points, le terrain était en effet plus élevé que le niveau de la mer, et le fossé n’était plus rempli que par les eaux de pluie. Des diataphrismata (murs, digues) arrêtaient l’eau aux points inclinés, en sorte que la ville se trouvait entourée de tous côtés par les eaux. Des ponts en bois reliaient les rives entre elles. On les détruisait en temps de guerre. Les portes militaires n’avaient pas de ponts. Les ponts en pierre qu’on voit actuellement sont d’une construction postérieure à la conquête de Constantinople.

Les murs théodosiens s’étendaient depuis la côte de la Propontide jusqu’au palais de Blaquernes. La partie située entre Tekfour-Séraï et la Corne d’Or était plus fortifiée que les autres. Le palais des Blaquernes était entouré par quatre rangées de murs. Le mur de l’intérieur avait été construit par Anastase, lors de la reconstruction du palais ou plus probablement par Héraclius, quand il arma la ville en prévision de l’agression des Avares. La quatrième ligne de défense était formée par des murs solidement construits qui touchaient d’un côté au fossé du tribunal et de l’autre à la tour d’Isaac l’Ange.

La colline des Blaquernes était divisée en deux parties par un mur: l’une, avec le palais et le quartier des Caligaria et l’autre, la partie basse de la colline, qui touchait à la Corne d’Or. Cette dernière, comprenant les églises de Notre-Dame des Blaquernes, des Saints-Nicolas et Priscus et de Saint-Pierre et Saint-Marc, n’était défendue que par deux rangées de murs construits sous Héraclius.

Léon V l’Arménien y avait ajouté un second mur destiné à protéger l’église des Saints-Nicolas et Priscus restée hors des murs d’Héraclius. Ce petit quadrilatère, qui contient aujourd’hui un ayasma, est appelé d’après les topographes modernes Pentapyrgion, tandis que d’après les historiens byzantins, le bâtiment de ce nom faisait partie du grand palais bâti sur la Propontide. Les murs avaient 16 kilomètres de longueur et étaient renforcés par plus de 400 grandes tours de formes différentes. La plupart de ces tours sont carrées; quelques-unes sont de forme hexagonale, octogonale ou ronde. Elles avaient à l’intérieur plusieurs étages, auxquels on accédait par des escaliers en pierre, pris dans l’épaisseur des murs. Chaque tour était munie de canons, de grosses pierres et d’autres engins de guerre.

Ces murs, souvent ébranlés par les tremblements de terre et par les assauts des armées ennemies, tombèrent plus d’une fois en ruine et furent réparés au cours des siècles par les différents empereurs byzantins, et principalement par Théophile, qui les reconstruisit de fond en comble, ainsi que l’indiquent plusieurs inscriptions gravées sur les tours. Les murs et les tours ont été à différentes reprises consolidés par les Turcs après la prise de Constantinople. Ce serait donc une erreur de voir dans ces ruines les effets de la guerre. En les observant avec soin, on constate qu’elles proviennent surtout des ravages du temps et des tremblements de terre.

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Illustration from Constantinople de Byzance à Stamboul.

Église Saints Serge et Bacchus.

—Chapiteaux et frise.

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Mosquée de Kahrié.—Intérieur de la chapelle latérale. (Parekklesion.) [↔]

Illustration from Constantinople de Byzance à Stamboul.

Parmi les tours les plus remarquables, plusieurs sont célèbres par le rôle qu’elles ont joué dans l’histoire. Les tours du Cyclobion, Yedi-Koulé (les sept tours), appelées aussi par les Grecs Pentapyrgion, car le château n’avait alors que cinq tours, furent réparées et reconstruites successivement par les sultans turcs, et servirent longtemps de prison aux ambassadeurs étrangers. Deux de ces tours furent ajoutées en 1470 par Mehmet II. Les deux tours carrées qui protègent la porte Dorée consistent simplement en des blocs de marbre posés les uns sur les autres.

Les prisonniers des légations européennes étaient jusqu’en 1768 enfermés dans les cachots de ces tours. A cette date, M. Obreskow, chargé d’affaires de Russie, qui était en prison, tomba malade et les autres ambassadeurs obtinrent du Sultan que les prisonniers pussent habiter une des maisons qui se trouvaient dans l’enceinte du château fort. Il y avait une dizaine de maisons et une mosquée destinées aux troupes de la garnison, qui comportait l’agha (commandant), le kahia (lieutenant), 6 beuluks bachi (officiers) et environ 50 soldats. Dans la suite, le général Sébastiani, alors ambassadeur de France à Constantinople, amena le Sultan à autoriser M. Obreskow à retourner dans son pays.

Le plan de ce château fort qui figure dans l’ouvrage de Melling, a été dessiné d’après les renseignements fournis par M. Pouqueville aîné, consul général de Janina, qui a été longtemps enfermé dans cette prison. Il nous donne une idée exacte de la disposition des maisons qui existaient alors dans son enceinte.

Près de la porte de Selymbria, on trouve la tour dite de Constantin; on y voit six colonnes de marbre rouge encastrées dans les murs. Un peu plus loin, la tour de Saint-Romain.

A l’endroit où les eaux de la vallée du Lycus pénètrent dans la ville, s’élève une tour appelée par les Ottomans Soulou Koulé (tour mouillée); vient ensuite la tour d’Andronic et la tour de Basile. Puis, sur les murs de Manuel, se trouvent la tour d’Isaac l’Ange et la tour d’Anémas. Cette dernière servait de prison. Son nom provenait, dit-on, de Michel Anémas, fils d’un roi de Candie, qui y fut enfermé sous Alexis Comnène.

La tour d’Isaac l’Ange avait trois fenêtres sur la façade extérieure et un balcon. Les trois autres façades n’avaient qu’une seule fenêtre chacune. De ces fenêtres, celle du sud faisait communiquer l’intérieur de la tour avec la plate-forme des murs, celle du nord servait de communication avec le chemin de ronde de la tour d’Anémas. Tout près de cette tour on voit aujourd’hui les substructions d’un mur qui séparait jadis le palais du quartier des Blanquernes. La tour a servi au dernier empereur de Byzance d’observatoire pour étudier les mouvements de l’ennemi pendant le siège.

A côté des murs maritimes de la Propontide, une des tours les plus célèbres était celle de Marmara Koulé, la tour de marbre, dont le pied est baigné par les eaux de la Propontide. Elle servait de prison aux Byzantins. Son origine remonte au temps de la dynastie macédonienne. Dans cette tour, on peut voir la prison des Byzantins mentionnée par Nicétas Acominate. On y voit encore l’ouverture par laquelle on jetait les corps des suppliciés dans la mer. Près de cette tour, il en existait une autre appelée par les Turcs Arab Koulessi et qui servait jadis d’hôtel des monnaies. A l’ouest de cette porte, une échelle nommée tach iskellessi était autrefois utilisée pour le débarquement des empereurs quand ils se rendaient du Grand Palais à Pigi par voie de mer.

La tour des Manganes est souvent citée également par les historiens. Il est assez difficile aujourd’hui d’indiquer d’une façon exacte son emplacement, qui était voisin de l’Acropole.

Parmi les tours qui garnissaient l’enceinte de Galata, il faut citer la tour du Christ qu’on voit encore aujourd’hui, Galata Koulessi, et qui avait probablement été construite par Anastase Ier ou par Zénon au Ve siècle. Cette tour, qui est actuellement la plus élevée, avait 40 mètres de hauteur et atteignait une altitude de 150 mètres au-dessus du niveau de la mer. Elle était recouverte d’un toit conique très original. On y montait par un escalier de 140 marches adossées contre le mur de la tour, et divisé en huit paliers. On l’appelait aussi tour des Génois. D’après Melling, elle servait encore en 1751 de corps de garde pour les officiers préposés au maintien de l’ordre public. Au premier signe d’incendie, ou dès qu’un événement extraordinaire se produisait, l’alarme était donnée de la tour, au moyen d’un énorme tambour et, s’il faisait nuit, au moyen de feux allumés au sommet de la tour. La tour exhaussée et réparée plusieurs fois par les Turcs a perdu sa forme primitive. A l’époque où Melling l’a décrite (1703-1730) elle possédait encore son toit conique qui lui donnait un aspect moyenâgeux. Ce toit ayant été brûlé en 1794 fut remplacé par un toit d’une autre forme.

V.—LES PORTES

Parmi les nombreuses portes, on distinguait les portes civiles et les portes militaires. Les premières servaient de passage aux habitants et facilitaient la communication avec les quartiers situés hors de la ville. C’est à elles qu’aboutissaient les routes venant des environs et celles partant des portes de la première muraille constantinienne, qui n’avait pas été rasée, comme on l’a prétendu à tort. Les portes civiles étaient reliées avec l’extérieur par de larges ponts jetés sur le fossé. En temps de guerre, on détruisait ces ponts et on murait la baie des portes.

Les portes militaires, protégées stratégiquement par des tours et d’autres dispositifs, restaient toujours fermées par de lourdes et doubles portes en fer et ne s’ouvraient que pour les contre-attaques ou pour permettre l’entrée des secours. Plusieurs de ces portes militaires, ouvertes pendant la guerre, étaient murées ensuite. Les portes civiles de la muraille théodosienne eurent les mêmes noms que celles de Constantin. On les distinguait seulement entre elles par l’attribut de Vieille et de Nouvelle. Cette appellation a subsisté jusqu’à nos jours et plusieurs portes sont qualifiées de «Nouvelles» (Yeni), bien qu’elles soient couvertes d’inscriptions très anciennes. Il est facile aujourd’hui de retrouver l’emplacement de ces portes, qui sont encore fort bien conservées. Mais il est plus malaisé de les désigner exactement par leur nom, car les plans et ouvrages, édités au cours des siècles, ne s’accordent pas sur les noms. Cette confusion a induit en erreur plusieurs auteurs, pour ce qui touche, entre autres, les portes de Charisios et de Caligaria, qui ont été le théâtre de grands événements historiques et qui ont par la suite fait l’objet de longues discussions. Les portes murées, en effet, désorientèrent beaucoup les topographes, qui ne savaient pas au juste quel emplacement assigner à chacune des portes citées par séries dans les ouvrages historiques.

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Illustration from Constantinople de Byzance à Stamboul.

Sainte-Sophie.—Porte en bronze. [↔] Mosquée de Kahrié.—Chapiteau avec croix de l’église Khora. [↔]

Du côté de la terre ferme les portes avaient les situations suivantes:

1o Aurea Porta (Porte Dorée), (Yaldizli Kapou):

Cette porte, percée dans le mur de Théodose, avait autrefois la forme d’un arc de triomphe à trois arcades; celle du centre, destinée au passage du cortège triomphal de l’Empereur, était monumentale. L’entrée de cette porte était ornée de statues parmi lesquelles on remarquait la statue d’Hercule, le supplice de Prométhée et un bas-relief représentant une victoire sur Maxime. La grande rue triomphale qui traversait la ville pour conduire à l’Augustéon, partait de cette porte.

A leur retour de campagne, les empereurs y passaient en triomphe pour pénétrer dans la ville. Exclusivement réservée aux entrées solennelles des empereurs, elle n’était point accessible au peuple, qui traversait le passage ouvert à quelques pas au nord, et qu’on nommait la Petite Porte, tandis que pour l’en distinguer, on appelait Grande Porte la porte comprise dans le château des Sept-Tours.

«D’après les topographes modernes, dit le Dr Mordtmann, la petite porte dorée aurait été ouverte après la conquête ottomane. Mais l’insertion de l’arc construit en briques, au niveau des briques des murs anthémiens, est un témoignage irrécusable de son origine byzantine.

De plus, au-dessous de la voûte se trouve l’aigle byzantine en marbre, emblème que les Turcs n’auraient certainement pas fait figurer là, mais qu’ils ont laissé subsister, de même qu’ils ont respecté les images dans les églises converties en mosquées.»

2o Porta Pentapyrgii (Porte des Cinq-Tours), (Yedi Koulé Kapoussou):

Cette porte était la porte civile du château du Pentapyrgion; elle fut appelée plus tard Heptapyrgion (Sept-Tours), après qu’un des Cantacuzène eut ajouté deux autres tours en 1350. Le château des Sept-Tours répond à peu près au style de l’époque byzantine; il était connu alors sous le nom de Cyclobion. La forme actuelle remonte à l’époque du Sultan conquérant.

Au-dessus de la porte, à l’intérieur, on aperçoit une aigle byzantine sculptée sur une plaque et enclavée dans le mur.

3o Porta Pegana (porte de Pigi), (Silivri Kapoussou):

Sur la façade Est de la tour méridionale anthémienne de cette porte, on voit l’inscription suivante:

«Cette porte de la fontaine vivifiante, protégée par Dieu, fut réparée avec le concours et aux frais de Manuel Bryenne Leontaris, le loyal serviteur de l’empire des très pieux empereurs, Jean et Marie Paléologue, au mois de mai 6946 = 1438.»

4o Porta Melandisia (Mevlevi Hané Kapoussou):

Les nombreuses inscriptions qui la garnissent l’identifient avec l’ancienne porte de Rhegium; on l’a aussi nommée porte de la Faction Rouge ou Porta Roussii. A l’intérieur de la porte, on voit quelques inscriptions, desquelles le nom de la faction a été enlevé au moyen du ciseau.

«Victoire à la fortune de Constantin, notre seigneur protégé par Dieu et par la [faction rouge].»

C’est la même porte, dit M. Dethier, à laquelle Igor fixa son bouclier en 912, comme signe que les Rhos (Moscovites) reçus hospitalièrement à Eyoub comme mécréants, auraient le droit d’entrer dans la cité.

5o Porta Ayos Romanos (Porte Saint-Romain), (Top Kapou):

Cette porte, surtout, est célèbre dans l’histoire; elle a été appelée Top Kapou par les Turcs, parce que le Conquérant avait installé son grand canon en face d’elle.

6o Porta Aya Kiriaky (Porte des Avares), (Soulou Koulé Kapoussou):

Cette porte actuellement murée était ainsi appelée du fait que les Avares s’en étaient servis pour entrer dans la ville.

7o Porta Charisii ou Porta Myriandrii ou Polyandrii (porte d’Andrinople), (Edirné Kapoussou):

L’emplacement de cette porte a toujours fait l’objet des plus vives controverses. Quelques-uns ont cru qu’elle devait se trouver à la place de la porte d’Egri Kapou. Mais plusieurs topographes nous démontrent que cet emplacement est loin d’être correct. Le Dr Mordtmann ayant étudié les différentes inscriptions qui ornent cette porte, la situe au lieu dit aujourd’hui, Edirne Kapoussou.

8o Porte de Constantin:

Actuellement murée. Elle se trouve à environ quarante pas vers le sud du point où les murs prennent la perpendiculaire, après avoir formé un angle près du palais de Constantin.

Cerca Porta (porte du cirque). Selon quelques chroniqueurs, les Ottomans seraient entrés pour la première fois dans la ville par cette porte, négligée pendant le siège. «Les savants, dit M. Dethier, qui prennent pour paroles d’évangile tout ce que les auteurs contemporains racontent, se sont évertués à trouver cette porte, l’un par-ci, l’autre par-là, sans réfléchir que chaque tour offrait de petites portes de sortie, sans parler d’une quantité de pylidia dans les murailles. Ce n’est pas là le seul récit que de tous temps, même de nos jours, on raconte pour se placer comme invincibles et pour ne pas convenir que l’ennemi a été le vainqueur en règle.» Mais si, selon les topographes modernes, il existait deux portes de Constantin, l’une appelée porte A et l’autre porte B, il faut chercher la porte du cirque ailleurs qu’à l’endroit indiqué sur la carte.

9o Porta Caligaria ou Ayos Yannis (porte de Saint-Jean), (Egri Kapou):

Cette porte donnait accès au quartier de Caligaria.

10o Xylina Porta (Aïvan Seraï Kapoussou):

Cette porte, qui est la dernière sur les murs terrestres, ne conduisait pas directement dans la ville. Elle ne servait qu’aux communications de la partie littorale de la ville avec la route arrivant du Cosmidion. Elle fut détruite dernièrement, en même temps qu’une tour et une partie des murs qui reliaient le mur héracléen à la mer. Le quartier qui était situé dans la partie du littoral de la ville, entre la mer et les murailles, était appelé τὸ μέροσ τοῦ Κυνηγοῦ, mais il faut bien distinguer cette appellation de celle du théâtre des combats de bêtes fauves situé sur la pointe du Seraï.

11o Poterne de Saint-Callinique:

Était célèbre du temps des Byzantins comme lieu d’exécution des condamnés.

A côté de la Xylo Porta, il y a une porte qui mène directement à l’Ayasma des Blaquernes. Cette porte n’a été ouverte que lorsque la porte des Blaquernes eut été définitivement close.

Pl. 16.

Illustration from Constantinople de Byzance à Stamboul.

Mosquée de Kahrié.

—(Ancienne église de Khora.)

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VI.—LES PORTES DES MURS MARITIMES DE LA CORNE D’OR

Les murs de la Corne d’Or ne se trouvaient pas tout à fait au bord de la mer. Un assez large espace les séparait du rivage.

En partant de Xylo Porta, les portes de la Corne d’Or étaient situées comme suit:

12o Porta Palati ou Cynegii (porte du palais des Blaquernes), (Balat Kapoussou):

Cette porte était appelée jadis Basilica Porta ou Porte impériale. Pendant la conquête, c’était Lucas Notaras qui la défendait. Hamza, amiral Turc, passa par cette porte pour entrer dans la ville.

13o Porta phari (Fener Kapoussou):

Sur le promontoire où se trouvait cette porte, s’élevait jadis le phare de la Corne d’Or. C’est à cet endroit seulement que les murs maritimes étaient doublés.

14o Porta Petrii ou Sidero Porta (Petri Kapoussou):

Cette porte est mentionnée pour la première fois par l’Alexiade sous le nom de porte de Fer. Les croisés, ainsi qu’une partie des Turcs, pénétrèrent dans la ville par cette porte. De là jusqu’à la porte du Phare, un second mur s’étendait, formant une enceinte intérieure appelée le château de Petrion.

Cette enceinte renfermait de nombreux couvents et églises. Il faut bien distinguer le Petrion ou Petria, qui doit son nom à l’église de Saint-Pierre, du quartier de Palea Petra (ancien Petra) siège de nombreuses églises et qui se trouve près de Balat dans le quartier de Kesmé Kaya (rocher argileux).

15o Porta Aya Teodosi (ancienne porte de Sainte-Théodosie), (Eski Aya Kapoussou):

Le nom de cette porte vient d’une église qui s’appelait Aya Theodosia (actuellement Gul Djami). Là reposent les restes du seïd Mehmed, Segban-Bachi du Conquérant.

16o Yeni Aya Kapoussou:

Cette porte fut ouverte par les Turcs après la prise de Constantinople. On voit encore non loin d’elle les ruines d’une ancienne église byzantine.

17o Porta Puteae (Djubali Kapoussou):

Appelée ainsi par les Turcs, du nom d’un chef de l’armée arabe nommé Ali, qui fut fait prisonnier pendant l’invasion arabe.

18o Porta Platea Mesa ou Farina (Oun Kapan Kapoussou):

Ainsi appelée à cause de la disposition du terrain des quartiers qui se trouvaient derrière elle, Plateia (plaine). Quant à l’appellation de Mesa (milieu) elle vient de ce que cette porte se trouvait à égale distance des extrémités des murailles de la Corne d’Or.

19o Porta Drungarii (Odoun Kapoussou):

D’après M. Diehl, la Porta Drungarii correspondait à Zindan Kapoussou, mais c’est à la place d’Odoun Kapoussou qu’il faut la chercher. Derrière cette porte se trouvait le quartier des Vénitiens, renfermant les églises de Saint-Marc et de Sainte-Marie.

20o Porta juxta quam est ecclesia Precursoris (Zindan Kapoussou).

21o Porta Peramatis (Balik Bazar Kapoussou).

22o Porta Ebraiki (porte des Juifs), (Tchifut Kapoussou ou Yeni Djami Kapoussou):

La partie du littoral qui se trouvait derrière cette porte était appelée Zeugma (trajet), parce que le trajet de Galata s’accomplissait par là. Ce nom a été remplacé plus tard par celui de Pérama.

23o Porta Neorii ou Porta Eugenii (Eugène), (Bagtché Kapoussou):

Cette porte séparait le quartier des Vénitiens de celui des Pisans. Son nom provenait, dit-on, d’Eugénius, un des sénateurs qui y avait son palais. C’est par elle que toutes les marchandises entraient dans la ville et elle était une des plus importantes de la Corne d’Or. Une des extrémités de la grande chaîne qui barrait la Corne d’Or était attachée[31] à une des tours, voisine de cette porte. Là se trouvait aussi le quartier des Arabes, qui correspond actuellement aux environs de la station de chemin de fer de Sirkedji.

24o Porta Aya Barbara, (porte de Sainte-Barbe), (Top Kapoussou):

Cette porte se trouvait sur la pointe du Séraï près de Saint-Démétrius.

VII.—LES PORTES DES MURS MARITIMES DE LA PROPONTIDE

25o Après la porte d’Aya Barbara venait une autre porte appelée par les Turcs Deïrmen Kapoussou, qui conduisait au couvent de Saint-Georges. La tour des Manganes se trouvait au nord de cette porte. Cette tour était le point d’attache de la chaîne qui barrait jadis le Bosphore. Elle était située en face du rocher de Damalis. D’après Nicétas, Manuel Comnène avait fait construire sur ce rocher une tour appelée alors Arcla.

26o Porta Ayos Lazaros:

Cette porte était appelée aussi porte de l’Hodigitria. C’est par là qu’on montait vers Sainte-Irène.

27o Porta Palatii Imperialis.

28o Porta marina (Tchadladi Kapou):

Cette porte, qui se trouve près du port de Julien, est appelée par les Turcs Tchadladi-Kapou (porte fendue); elle fut en effet fendue par un tremblement de terre en 1532. A quelques pas sur la mer, subsistent des ruines qu’on suppose être celles de l’ancienne maison de Justinien. On y rencontre des substructions de voûtes et un large mur qui formait la limite occidentale du grand palais.

Tout près de cette porte, à l’entrée d’un égout, on voit actuellement deux colonnes. Les inscriptions qui y sont gravées permettent de rattacher ces piliers au piédestal qui portait jadis la statue de Justinien à l’Augustéon.

29o Porta Contoscali. Ici le mur tourne vers l’intérieur et, après avoir formé un rectangle, arrive de nouveau à la mer.

30o Porta Vlanga (Vlanga Kapoussou).

31o Porta Ayos Emilianos.

32o Porta Psamathia (Samathia Kapoussou):

Ainsi appelée à cause du rivage sablonneux.

33o Porta Ayos Yannis (Narli Kapou):

Son nom provenait du couvent de Saint-Jean-Baptiste du Stoudion (Imrahor djamissi); on l’appelle actuellement Porte aux grenades, à cause des grenadiers qui y poussaient en abondance.

L’inscription qu’on peut lire sur la tour octogonale de cette porte témoigne qu’elle a été construite par Manuel Comnène Porphyrogénète.

CHAPITRE III L’ART ET LES ÉDIFICES BYZANTINS

I.—L’ART BYZANTIN

Lorsque la capitale de l’Empire romain eut été transférée à Byzance, les artistes byzantins, inspirés par l’art gréco-romain et par les styles locaux, créèrent un art possédant son originalité propre et qui s’appelle l’art byzantin. Cet art, que l’on fait remonter à la construction de Sainte-Sophie, est plus ancien encore. Sainte-Sophie ne contribua qu’à fixer le type classique de l’architecture byzantine[32].

Bien avant l’époque de Justinien, Byzance avait créé un art propre, qui peut être considéré comme un mélange des arts mésopotamien, sassanide et gréco-romain. Toutefois jusqu’au VIe siècle, c’est-à-dire jusqu’à la construction de Sainte-Sophie, cet art présente surtout l’aspect d’un art gréco-romain d’Orient. En effet, les artistes byzantins, imbus des idées de l’époque classique, guidés par les modèles païens de l’ancien art grec, traitaient tous les sujets d’après l’antique. Toutes les œuvres qui nous ont été conservées attestent cette influence. D’ailleurs, les chefs-d’œuvre apportés par Constantin le Grand et ses successeurs pouvaient alors offrir aux artistes byzantins les plus parfaits modèles de l’art grec. Ces chefs-d’œuvre furent, jusqu’à la conquête des Latins, la source d’une inspiration féconde[33]. Les Latins eurent tôt fait de les détruire.

Dès le temps de Septime-Sévère, les Romains avaient renoncé aux plates-bandes d’origine grecque pour adopter l’emploi de l’arcade et des coupoles assyriennes, qui étaient en usage en Perse depuis plus de trente siècles. Jusqu’à Dioclétien, l’arcade sur colonne n’était employée que dans un but purement décoratif. On appliqua, pour la première fois, l’arcade sur colonnes à la construction monumentale dans le palais bâti à Spalato par Dioclétien. Plus tard, à Byzance, les lignes droites des basiliques romaines furent remplacées par des lignes courbes et l’on commença à construire des églises circulaires avec quelques naïfs essais de coupoles à pendentifs. La forme circulaire répondait mieux à l’emploi de la coupole, mais elle ne permettait pas aux édifices de recevoir les fidèles en assez grand nombre.

Pour remédier à cet inconvénient, les architectes byzantins, s’inspirant des basiliques romaines, firent porter la coupole sur un plan carré à pendentifs sphériques et donnèrent ainsi à la coupe de l’ensemble la forme d’une croix à branches égales (croix grecque). L’usage des briques avait beaucoup facilité la construction des coupoles. Le désir de propager le christianisme poussa les empereurs byzantins à construire des églises en grand nombre. Tous les efforts artistiques se portèrent alors vers l’architecture, ce qui contribua beaucoup au développement de l’art byzantin.

Vers le VIe siècle, Justinien qui disait: Non multum inter se differunt sacerdotium et imperium, et qui n’avait en effet d’autre but que celui d’unir l’Église et l’État, désireux de réaliser son rêve, fit bâtir par Anthémius de Tralles et ensuite par Isidore de Milet, l’église de Sainte-Sophie. Cette œuvre géniale consacre d’une façon définitive le type classique de l’art byzantin, qui recevait ainsi, après deux siècles de tâtonnements, sa forme caractérisée:

1o Par le plan en forme de croix grecque;

2o Par l’usage de la coupole sur pendentifs;

3o Par des chapiteaux cubiques à dosseret;

4o Par un large emploi des mosaïques. Les murs intérieurs des églises étaient tapissés en outre de plaques de marbre, dont les veines multicolores fournissaient des motifs décoratifs.

D’autres types furent créés dans l’église des Saints-Apôtres à Constantinople, et dans celle de Saint-Vital à Ravenne, où la coupole centrale reposait sur un plan octogonal. On peut voir aujourd’hui plusieurs de ces églises byzantines à Constantinople, à Salonique et en Grèce. Elles offrent des modèles classiques de l’architecture byzantine.

Mais cette architecture n’a jamais atteint son apogée, quoi qu’en disent certains auteurs qui, exagérant son importance, n’hésitent pas à considérer les moindres chapelles comme équivalentes à Sainte-Sophie.

D’après tous ces modèles, il est permis d’affirmer que l’art byzantin n’atteignit jamais au même degré de perfection que l’art grec ancien; la faute en est à ce que les artistes byzantins se laissaient guider par l’amour et la recherche du luxe, plus que par l’amour du beau.

Ce serait une autre erreur de penser comme Lamartine qui dit, parlant de Sainte-Sophie: «On sent à la barbarie qui a présidé à cette masse de pierre, qu’elle fut l’œuvre d’un temps de corruption et de décadence. C’est le souvenir confus et grossier d’un goût qui n’est plus, c’est l’ébauche informe d’un art qui s’essaie.» Toutefois l’art byzantin contenait en son principe même le germe de sa décadence: les artistes, en cherchant toujours de nouvelles formes et en donnant une trop grande importance au luxe dans ses détails, tombèrent rapidement dans le maniérisme.

Comme toutes les autres branches de l’art, l’architecture a subi cette décadence, pour ne se relever que vers le Xe siècle. Grâce aux efforts très louables des empereurs macédoniens, une école s’était formée en vue de sauver cet art en péril. On y étudia les modèles antiques et l’on parvint ainsi à donner un nouvel éclat à l’art byzantin. Pendant cette renaissance, les architectes portèrent leur attention sur l’extérieur des églises qui était jusqu’alors loin d’égaler en beauté et en luxe l’intérieur des édifices. Toutefois, leurs œuvres gardèrent toujours cette naïve physionomie propre à l’art byzantin. La sculpture ayant été de bonne heure délaissée par l’église, les artistes se livrèrent plutôt à l’art ornemental et aux travaux de l’ivoire. C’est pourquoi il n’y a pu avoir à Byzance de belles œuvres plastiques; toutes les œuvres gardaient la gaucherie des temps primitifs.

Les peintres exerçant leur talent dans les images des mosaïques et dans les miniatures des manuscrits, et reproduisant toujours des scènes religieuses ou des victoires impériales, avaient négligé le culte du beau et l’amour de la nature. Ils donnaient à toute figure une forme fantastique et préféraient souvent à la beauté le luxe et la richesse. Cet amour du luxe les avait même amenés à représenter le Christ sous les traits d’un monarque oriental, revêtu de riches habits et de la pourpre impériale. Au temps des iconoclastes, les peintres durent renoncer aux sujets religieux et s’adonnèrent à des travaux plus courants, comme les émaux, les étoffes historiées, que portait alors la classe riche. Mais quand cette hérésie eut cédé, la nécessité de refaire les mosaïques abîmées ou détruites par les iconoclastes donna un nouvel essor à la peinture religieuse. On se trouve alors en présence de deux écoles: l’une qui retourne à l’étude des traditions artistiques antiques et l’autre qui se soumet à l’influence monastique et à celle de l’Église. Vers le XIe siècle, l’influence monastique l’emporte sur la première, et dès lors c’est l’église qui guide la main de l’artiste en lui offrant des sujets religieux. Peu à peu l’iconographie occupe la plus grande place dans l’art, et l’empreinte de l’idée religieuse apparaît dans tous les travaux de l’époque. Les dessins des mosaïques deviennent plus corrects, les plis des habits plus gracieusement disposés, les couleurs des miniatures plus délicates, mais les principes de perspective et d’anatomie restent toujours ignorés.

Pl. 17.

Illustration from Constantinople de Byzance à Stamboul.

Mosquée de Kahrié.

—Narthex.

[↔]

L’importance donnée par les artistes byzantins à la richesse et au luxe des détails les fait encore une fois tomber dans un maniérisme qui prépare une nouvelle décadence de l’art. La fondation de l’empire latin à Byzance fut la cause presque immédiate de cette décadence, les Latins y ayant presque anéanti toute œuvre d’art, ainsi que le dit la chronique. Les quatre chevaux de Lysippe furent expédiés à Venise; la colonne de Constantin Porphyrogénète fut dépouillée de ses plaques de bronze, qui servirent à la frappe de la monnaie noire. C’est donc aux Latins, s’accordent à affirmer les auteurs, qu’il faut attribuer la destruction de la ville, destruction qui, de l’aveu même des Européens, ne peut être considérée comme l’œuvre des Turcs.

Au temps des Comnènes et des Paléologues apparaît une dernière renaissance, qui n’a jamais pu perdre son caractère naïf. C’est une vaine tentative de rajeunissement. Les artistes commencèrent alors à s’inspirer, dans les œuvres d’art, de l’école italienne qui prenait son essor. Mais pendant que l’Empire, bien avant la conquête des Turcs, s’écroulait, politiquement, économiquement et socialement, l’art, lui aussi, agonisait d’une façon générale.

Après la prise de Constantinople par les Turcs, grâce aux privilèges et aux avantages accordés par le conquérant aux habitants, les ouvriers qui n’avaient pas quitté la ville contribuèrent, en travaillant à la construction des édifices turcs, à accentuer l’influence de l’art byzantin sur l’art ottoman, qui depuis longtemps déjà en avait subi le contact.

Constantinople, ville située aux portes de l’Asie, recevait de la Perse une civilisation formée de toutes les civilisations asiatiques. Byzance fut ainsi, au moyen âge, une capitale dont la culture faisait affluer de partout les curieux, les élèves et les admirateurs, et d’où se répandait à travers le monde, l’influence bienfaisante du progrès et du christianisme. Les Slaves, Russes, Bulgares et Serbes, tirant leur religion de l’Église d’Orient, ont subi davantage cette influence, qui se manifeste dans toutes les branches de l’art et surtout dans l’architecture, et qui témoigne d’une forte empreinte byzantine. En Russie, Sainte-Sophie de Kiew n’est qu’une église byzantine. L’Arménie et la Géorgie renferment de nombreux édifices de style byzantin. Au mont Athos, l’art byzantin conserve encore de nos jours sa physionomie propre. Il avait été introduit à Ravenne dès le Ve siècle et n’y disparut qu’avec la domination byzantine. On voit par là que l’influence de cet art sur tout l’Occident est indéniable. Elle cessa au XIIe siècle, laissant pourtant sa marque sur les différents styles propres à chaque pays. Cette question artistique a été longuement discutée de nos jours par maints savants et archéologues, sous le nom de question byzantine.

«L’Italie du Sud, dit M. Diehl, dont Byzance a fait une nouvelle Grande Grèce, a gardé jusqu’au XIVe et au XVe siècle la langue, la religion, les mœurs et les traditions artistiques de Byzance, et le rayonnement que de là, comme de Venise, l’art byzantin exerça par toute la péninsule, permet de croire que les plus anciens maîtres de la Toscane, un Cimabué, un Duccio, ont dû bien des enseignements à cette influence. Sans doute, de notre temps, des amours-propres susceptibles ont tenté de nier cette influence.» Pourtant, il ressort des faits que l’influence de l’art byzantin sur l’art occidental est parfaitement justifiée et démontrée: Saint-Marc de Venise, les mosaïques de la basilique de Torcello et de Cefalù, celles de la chapelle palatine et de Monreale (XIe et XIIe siècle) manifestent clairement cette influence en Italie. L’art byzantin donna naissance en Italie à la renaissance italienne; on le reconnaît également dans l’ornementation de certains édifices du sud de la France et de l’Allemagne.

L’art byzantin fleurit également en Asie Mineure, où les églises de Sardes, d’Ephèse, de Philadelphie (Ve siècle) et bien d’autres, gardent encore le précieux souvenir de ses enseignements. Il y eut un art byzantin de Syrie, où les architectes de Justinien appliquèrent dans leur plénitude les méthodes nouvelles. Il y eut aussi un art byzantin d’Égypte. Les Arabes, qui avaient leur art propre, ne sont pas restés à l’abri de l’influence byzantine. Procope cite[34] les monuments élevés dans le nord de l’Afrique sous Justinien, lesquels introduisirent plus tard chez les Arabes du Magreb la connaissance et l’influence de l’art byzantin. Quand les Arabes eurent assiégé Byzance au VIIe siècle, ils y construisirent une première mosquée et, ainsi en contact perpétuel avec les Byzantins, ils empruntèrent à ceux-ci certains caractères de leur art. Les Byzantins de leur côté influencèrent forcément les Arabes et leur apportèrent certains éléments de leur conception artistique propre. Cette influence se manifesta surtout en Syrie. Ainsi de fécondes combinaisons naquirent. L’art arabe s’introduisit dans l’art byzantin par le sud de l’Italie, par Venise et par la Syrie. Il se mêla en Sicile aux éléments romano-byzantins. Et ainsi cet art composite fut un intermédiaire entre la renaissance de l’Italie et l’art gréco-romain.

Pl. 18.

Illustration from Constantinople de Byzance à Stamboul.

Mosquée de Kahrié.—Partie latérale. [↔] Mosquée de Kahrié.—Coupole du Narthex (mosaïques). Les patriarches et les représentants des tribus d’Israël autour de la Sainte Vierge. [↔]

II.—LES ÉGLISES BYZANTINES

SAINTE-SOPHIE

Sainte-Sophie offre, au point de vue artistique, le type classique de l’architecture byzantine. La première construction remonte au IVe siècle. Elle a été bâtie d’abord par Constantin le Grand en même temps que les murs et les premiers palais de la seconde Rome. Cette église dédiée à sainte Sophie—à la Sagesse Divine—(en grec, Hagia Sophia) avait alors la forme d’une longue basilique couverte en bois. Constantin, qui tolérait le paganisme, avait construit trois églises: l’une à la Paix Divine (Irène), l’autre à la Sagesse Divine (Hagia Sophia) et la troisième à la Divine Résurrection (Anastasis).

Sous Arcadius (404) Sainte-Sophie fut la proie des flammes; Théodose le jeune la fit reconstruire en 415, mais elle fut de nouveau incendiée en 532 pendant les troubles de l’Hippodrome, qui sont restés célèbres sous le nom de sédition Nika. Immédiatement après, Justinien conçut l’idée de la réédification grandiose de ce monument, et quarante jours après l’incendie, on en posait la première pierre. Anthémius de Tralles et Isidore de Milet, architectes originaires de l’Asie, et les plus habiles techniciens de l’époque, guidèrent les travaux d’après les méthodes persanes. Justinien voulut que cet édifice fût le plus beau et le plus imposant des monuments du monde. Dans ce but, il épuisa presque toutes les ressources de son empire.

Le terrain de l’ancienne église étant insuffisant pour la nouvelle construction, on dut exproprier, à grands frais, tout un quartier environnant. Les travaux absorbèrent une somme immense. D’après Codinus, cet édifice aurait coûté la somme énorme de 361 millions.

Le temple de Diane à Ephèse dut fournir ses huit colonnes de porphyre, enlevées jadis par Aurélien au temple du Soleil d’Héliopolis (Égypte), ou, au dire de quelques chroniqueurs, à Baalbek. Athènes, Délos, Cyzique, l’Égypte et toutes les grandes villes de l’antiquité fameuses par leurs monuments, furent dépouillées de tout ce qu’elles avaient de plus riche en métaux, marbres, etc.; l’or, l’argent, l’ivoire, les pierres les plus précieuses furent employés à profusion pour l’embellissement de l’intérieur.

Après cinq ans de travaux exécutés avec la plus grande activité et présidés par Justinien lui-même, l’église put être inaugurée. L’Empereur, traîné par un équipage de quatorze chevaux et entouré des dignitaires de l’État et de la Cour, accomplit le trajet solennel du Palais jusqu’à la porte de Sainte-Sophie où, reçu par le Patriarche Ménas, il fit son entrée officielle dans l’église. Puis, courant depuis la grande porte d’entrée jusqu’à l’ambon, il étendit ses bras vers le ciel et s’écria d’une voix émue: «Béni soit Dieu qui m’a choisi pour exécuter une telle œuvre; Salomon, je t’ai vaincu.»

L’église est bâtie sur un plan carré de 75 mètres de côté, orienté vers Jérusalem. L’édifice étant placé sur un terrain d’une résistance inégale, les fondations durent être jetées sur un réseau de voûtes recouvert d’une couche de béton homogène de 25 pieds d’épaisseur. Les dessous des fondations n’ont pas encore été explorés.

Illustration from Constantinople de Byzance à Stamboul.

Plan de Sainte-Sophie. [↔]

Constructions ajoutées de 563 jusqu’à 1453.

Illustration from Constantinople de Byzance à Stamboul.

Contreforts.

Illustration from Constantinople de Byzance à Stamboul.

Constructions appartenant à l’époque de Justinien.

Illustration from Constantinople de Byzance à Stamboul.

Comme l’indiquent les ouvertures pratiquées dans les dallages de la nef et du bas côté méridional, ce sous-sol est formé d’une grande citerne centrale et de voûtes immenses. Les piliers furent bâtis avec d’énormes pierres calcaires; la brique fut employée pour les murs. On dit que, pour la construction de la coupole on fit spécialement fabriquer à Rhodes des briques très légères portant chacune l’inscription suivante: «C’est Dieu qui l’a fondée, Dieu lui portera secours». Mais toutes les briques qui se sont détachées jusqu’à présent, dit M. Dethier, n’offraient rien de pareil. Toutes ces briques ont été disposées par assises régulières. De douze en douze assises, on enfermait, dit-on, dans la maçonnerie des reliques sacrées, pendant que les prêtres récitaient des prières.

Illustration from Constantinople de Byzance à Stamboul.

Sainte-Sophie: coupe longitudinale. [↔]

Illustration from Constantinople de Byzance à Stamboul.

Sainte-Sophie: coupe transversale. [↔]

La coupole, au centre du plan, s’élève à une hauteur de 65 mètres au-dessus du sol. Elle a un diamètre de 31 mètres au niveau du tambour et de 32 mètres jusqu’au point de voûte extrême.

La coupole possède seulement quarante fenêtres cintrées, tout autour de sa base. Elle est supportée par quatre pendentifs formés par quatre grands arcs qui reposent sur quatre grands piliers. La coupole est flanquée de deux autres demi-coupoles, qui se continuent elles-mêmes par d’autres petites coupoles, donnant au spectateur l’illusion d’un ciel suspendu sous le dôme. La colombe représentant le Saint-Esprit y était suspendue; dans son corps étaient conservées les hosties. De même, en représentant à l’intérieur de cette coupole les figures des saints, on avait voulu donner l’impression d’un ciel d’une sublime beauté vers lequel devait s’élever la prière.

Les architectes byzantins portaient toute leur attention sur les parties intérieures de l’église où le peuple était réuni pour la prière. Ils agissaient ainsi contrairement à l’habitude des architectes grecs, qui donnaient la plus grande importance à l’extérieur des temples, en négligeant complètement l’intérieur où le peuple n’était pas reçu. C’est pourquoi l’extérieur de Sainte-Sophie est très simple, quelque peu lourd et, dans tous les cas, loin d’égaler la richesse et la beauté de l’intérieur. Les visiteurs qui n’auraient vu l’église que du dehors ne pourraient jamais se figurer la féérique impression que l’on ressent à l’intérieur.

Pl. 19.

Illustration from Constantinople de Byzance à Stamboul.

Mosquée de Kahrié.

—Mosaïque.

Métochite, premier ministre de l’Empereur, présente au Christ Pantocrator le modèle de l’église. [↔]

Illustration from Constantinople de Byzance à Stamboul.

Mosquée de Kahrié.

—Mosaïque.

Distribution aux jeunes filles de la laine pour filer le voile du Temple, le sort attribue à Marie la pourpre. [↔]

Les parois des murs intérieurs furent revêtus de marbres précieux de toutes sortes de couleurs. Les chapiteaux et les corniches furent dorés et la coupole décorée d’une mosaïque intérieure à fond d’or.

L’église compte 108 colonnes dont 40 à l’étage inférieur, 60 aux galeries du gynécée, et 8 soutenant les quatre petits segments de coupoles qui se trouvent aux quatre angles de la grande nef. Ces colonnes, toutes surmontées de chapiteaux, sont en porphyre, en granit, en brèche verte et autres espèces de marbres colorés.

L’ambon était une grande tribune circulaire, surmontée d’un dôme, supporté par 8 colonnes en marbre et surmonté d’une croix en or d’un poids de cent livres. «Cette magnifique construction fut écrasée, dit M. Labarte, sous les décombres de la grande coupole, dont la partie orientale s’écroula à la suite d’un tremblement de terre dans la trente-deuxième année du règne de Justinien. Elle fut réédifiée, mais d’une façon moins splendide.»

Le sanctuaire était séparé du reste de l’église par une cloison en argent munie de 12 colonnes; sur les parties qui séparaient ces colonnes se détachaient des images en médaillons.

L’autel était en or serti de pierres précieuses. Au-dessus, et en forme de ciborium, il y avait un dôme supporté par 4 colonnes en argent doré et surmonté d’une croix en or.

Durant les fêtes de nuit, l’intérieur de l’église était un véritable éblouissement. Six mille candélabres dorés brillaient à la fois, éclairant les immenses panneaux décoratifs en mosaïque qui tapissaient les parois.

Patènes, clefs, vases, bassins, tout était en or, orné de pierres précieuses. Les livres de l’Ancien et du Nouveau Testament pesaient, avec leurs montures d’or, deux quintaux chacun. Selon Procope, il y avait dans le sanctuaire 40.000 livres pesant d’argent. Les portes étaient en bois de cèdre orné d’ambre et d’ivoire, et le portail en argent doré.

La nef communique avec le narthex par trois grandes arches reposant chacune sur une colonne double et dont l’ensemble supporte la grande fenêtre demi-circulaire qui clôt l’arcade ouest du milieu.

L’Empereur entrait dans l’église par une galerie qui communiquait avec le palais. C’est seulement aux grandes cérémonies qu’il entrait par le vestibule du narthex.

Le narthex (galerie voûtée), avait 60 mètres de longueur sur 10 de large. Les parois en étaient ornées, comme l’intérieur de la nef, de marbres multicolores couverts de taches symétriquement disposées. Cela donnait l’idée qu’ils étaient extraits d’un même bloc et formait un dessin décoratif d’une réelle beauté[35]. Deux portes latérales s’ouvraient sur un porche aboutissant à l’escalier de la galerie et neuf portes en airain s’ouvraient du narthex sur l’église. L’encadrement des trois portes du milieu, qui communiquent encore maintenant avec la nef, est en bronze tandis que les autres sont en marbre.

Dans l’épaisseur des contreforts massifs, sont ménagées des pentes inclinées par lesquelles les femmes nobles montaient dans des chaises à porteurs jusqu’au gynécée. Là, chacune avait sa place fixe (à en juger par les inscriptions où on lit: «place d’une telle»).

L’exo-narthex de l’église était précédé d’un atrium à portiques, formé par des voûtes en berceau, supporté par des colonnes en marbre alternant de deux en deux avec des piliers carrés. Les murs en briques de cet atrium étaient percés de plusieurs entrées s’ouvrant sur la place de l’Augustéon.

Au milieu de ce parvis existait un bassin de jaspe avec des lions lançant de l’eau. Ce bassin servait aux ablutions qu’on avait coutume de faire avant d’entrer dans les lieux sacrés; les musulmans ont de nos jours conservé la même coutume. Un vaisseau de marbre placé dans l’église, était affecté au même usage. Il portait l’inscription suivante: «νίψον ἀνομήματα μὴ μόναν ὄψιν», qui pouvait être lue de la même façon du commencement à la fin et de la fin au commencement et qui signifiait: «lavez-vous de vos péchés et non pas seulement de la figure».

Cette immense église s’est conservée jusqu’à nos jours, mais elle a eu beaucoup à souffrir de la précipitation avec laquelle elle fut construite. Elle a subi une destruction partielle pendant le tremblement de terre qui eut lieu vingt ans après son érection par Justinien. Toute une partie du dôme se détacha et fut précipitée sur la table sacrée du ciborium et sur l’ambon qu’elle détruisit. Les musulmans virent dans ce tremblement de terre un véritable prodige, car il se produisit à la date anniversaire de la naissance du prophète Mahomet.

Justinien fit réédifier la coupole par Isidore le Jeune qui renforça les aboutissements, les arcs et les contreforts, et rehaussa la nouvelle coupole de 25 pieds.

Cette fois, les échafaudages furent laissés en place pendant une année entière. La deuxième consécration de l’église eut lieu en 558.

Plus tard, au IXe siècle, Basile le Macédonien fit réparer une des grandes archivoltes de la coupole qui avait été endommagée, et, en même temps, y fit placer des mosaïques.

En 987, cette même arcade fut de nouveau réparée par Basile II le Bulgaroctone. Jusqu’au XIVe siècle, on se soucia peu de remédier aux dégâts causés par le temps ou par des accidents divers. L’un des derniers restaurateurs fut Andronic II Paléologue l’Aîné, qui, vers le XIVe siècle, fit élever des contreforts du côté est.

Sous le sultan Abdul Medjid, on confia à Fossati une restauration générale de la mosquée; il consolida la coupole à l’aide d’un cercle en fer et redressa plusieurs colonnes qui avaient perdu leur position verticale primitive.

Autour de l’édifice se trouvaient des annexes, telles que le puits sacré, l’horologion, le Metatorion et le Triclinium de Thomaïtès; ce dernier qui était une dépendance des appartements du Patriarche, renfermait une bibliothèque et un baptistère construit par Justinien et existant encore aujourd’hui.

Ce baptistère (actuellement turbé du sultan Moustafa Ier et d’Ibrahim I) fut d’abord transformé en magasin pour les huiles servant à l’éclairage de la mosquée. Il s’ouvrait au nord par une porte qui donnait sur une petite cour à portique; de là, on gagnait un escalier menant à une petite chapelle installée à la hauteur du gynécée. Cette chapelle communiquait, à son tour, avec le gynécée par une porte qui, murée probablement par les Turcs lors de la conquête, n’a été ouverte que beaucoup plus tard par l’architecte Fossati au moment où il réparait la mosquée.

État actuel de Sainte-Sophie.—Après la prise de Constantinople par les Turcs, le sultan Mehmed II convertit l’église en mosquée et y ajouta un minaret ainsi que les deux contreforts du sud-est. Bayazid II fit construire un autre minaret au coin de la porte du palais. Selim II éleva, en 1569 deux autres minarets et plusieurs murs de soutènement. Murad III fit placer à l’intérieur de Sainte-Sophie les tribunes en marbre et les deux grandes urnes d’albâtre provenant de Pergame et qui peuvent contenir chacune 1.200 litres d’eau. L’Alem, croissant en bronze doré, est venu surmonter le dôme par les soins de Mehmed pacha, grand vizir. Les mosaïques qui représentaient les images des saints ont été recouvertes, soit par des inscriptions, soit par une forte toile sur laquelle on passa le badigeon, car la religion musulmane ne permet pas d’avoir des icônes dans les mosquées. Seuls, les quatre anges aux six ailes déployées qui ornaient les quatre pendentifs de la coupole sont encore visibles aujourd’hui, mais sur les visages on a peint de grandes étoiles dorées. Les mosaïques des bas côtés et de la galerie supérieure n’ont subi aucune altération; la nuit, quand l’intérieur de la mosquée est illuminé par des milliers de candélabres, on aperçoit par un effet de lumière les croix encastrées dans ces mosaïques.

L’autel fut remplacé par le Mihrab, tourné un peu plus au sud vers la Kaaba[36] (la Mecque). Les tapis qui recouvrent les dallages sont également disposés de façon à ce que ceux qui prient aient le visage tourné vers la Kaaba[37], ce qui leur donne une direction légèrement oblique par rapport aux lignes architecturales de l’ancienne église. Les deux grands candélabres du Mihrab ont été offerts par Suleiman le magnifique en 981 de l’hégire.

A droite du Mihrab se trouve le Mimber (chaire), où tous les vendredis on fait la prière solennelle et le Khotba[38]. Le Mimber consiste en une chaire, surmontée d’un dôme pointu, où l’on accède par un escalier très raide, et orné d’une magnifique balustrade. En face du Mimber et à gauche du Mihrab se trouve une tribune supportée par des colonnes et munie d’un grillage doré. Cette tribune, qui est réservée au Sultan, s’appelle Hunkian Mahfili. Elle a été construite par Ahmed III. Avant cette époque, la tribune était adossée au mur.

On voit aussi dans la mosquée plusieurs plates-formes à grandes estrades, dites muezzine mahfili, uniquement réservées aux muezzines (chantres). A la hauteur du gynécée sont suspendus, le long de la Mosquée, d’immenses disques portant les noms des Sahabés (les compagnons du prophète). Ils sont l’œuvre du calligraphe Teknédji Zadé Ibrahim effendi[39] (1060).

Les anciens lustres-candélabres en argent sont remplacés aujourd’hui par des lustres en fer, supportés très probablement par les chaînes mêmes qui étaient déjà en usage au temps des Byzantins. A l’extrémité de tous ces lustres pendent des œufs d’autruche et des houppes de soie qui en complètent la décoration; le candélabre qui descend du centre du dôme et qui s’appelle Top Kandili a été placé par Ahmed III; une grande boule en or y était suspendue[40].

Parmi les curiosités de cet édifice, on montre aux visiteurs la fenêtre froide où souffle toujours un vent glacé. Cette fenêtre est située à l’entrée, près de la porte réservée aux sultans. Sur la galerie supérieure du côté sud se trouvent également deux portes sculptées; l’une est appelée porte de l’enfer et l’autre porte du paradis. Du côté de l’ouest se trouve la pierre luisante, qui restitue pendant la nuit la lumière absorbée pendant le jour. En entrant dans la mosquée par la porte nord du narthex, on aperçoit une colonne revêtue de bronze, qui suinte continuellement. Les visiteurs souffrant de quelque maladie introduisent leur doigt par un trou pratiqué dans le revêtement de bronze et touchent avec ce doigt leurs deux yeux. Le peuple attribue à cette colonne des cures merveilleuses.

Tout près d’une fenêtre de la mosquée, sur le sol de la galerie, on lit sur une pierre Henricus Dandolo. C’est le nom du doge qui mourut le 1er juin 1205 et qui fut inhumé à cet endroit. La cuirasse et les armes d’Henri Dandolo, trouvées dans le sarcophage, ont été offertes par le sultan conquérant au peintre Gentile Bellini, qu’il avait appelé à Constantinople[41].

Suivant la coutume qu’ont les Musulmans de construire près des mosquées des turbés (sépultures) pour y déposer les corps des Evlia (saints) et des grands personnages, on voit, dans la cour de Sainte-Sophie, des chapelles mortuaires situées à côté du mimber. Elles renferment les corps de plusieurs sultans, des membres de leur famille, et sont enfouies dans le sol, au-dessus duquel une caisse vide en forme de cercueil (Sandouka) est disposée, recouverte de châles extrêmement précieux et d’étoffes brodées d’écritures. A l’extrémité qui correspond à la tête se trouve la coiffure que portait le défunt.

Dans les quatre turbés de Sainte-Sophie reposent les dépouilles mortelles de Selim II, de ses épouses et de ses enfants, le corps de Murad III (1595), de ses femmes et de ses fils qui moururent étranglés; enfin, les restes de Mehmed III, d’Ibrahim, de Moustafa I, de sa mère et de sa femme, de Mehmed IV, de Moustafa II, et d’une centaine de princes et de princesses.

ÉGLISE DE SAINTE-IRÈNE

Un peu au nord de Sainte-Sophie, dans l’enceinte du Sérail, sur les hauteurs où se trouvait jadis l’ancienne petite ville de Byzas, se dresse l’église de Sainte-Irène. Cette église, transformée par les Turcs en un musée d’armes, est encore fort bien conservée.

Construite d’abord par Constantin le Grand au IVe siècle, elle fut la proie des flammes en même temps que Sainte-Sophie pendant la sédition Nika. Rebâtie par Justinien, puis détruite au VIIIe siècle par un tremblement de terre, elle fut restaurée par Léon l’Isaurien. Elle est construite sur un rectangle terminé par une abside dont le centre est surmonté d’une coupole qui repose sur un haut tambour percé de vingt fenêtres. L’église a trois nefs: la nef centrale est soutenue par des points d’appui qui sont unis et recouverts par de grands arcs en plein cintre. Chacun de ces arcs est orné de trois rangées de fenêtres. Un gynécée est disposé à l’intérieur; la voûte de l’abside est revêtue de mosaïques; les colonnes et les corniches sont en marbre blanc.

Parmi les armes antiques que renferme ce musée[42], il faut citer l’épée du sultan Mehmed II le conquérant, celle de Skender bey, le héros albanais, un brassard de Tamerlan, des casques, les clefs des villes conquises, les marmites des Janissaires, des lances, des arcs, de vieux canons datant des Croisés et une partie de la chaîne historique qui servait aux Byzantins pour barrer la Corne d’Or.

A l’intérieur de l’église on voit plusieurs tombeaux byzantins en marbre; ce sont les tombeaux des empereurs provenant de l’église des Saints-Apôtres.

Pl. 20.

Illustration from Constantinople de Byzance à Stamboul.

Palais de l’Hebdomon.

—Vue de l’intérieur.

[↔]

Palais de l’Hebdomon.—Façade. [↔]

Illustration from Constantinople de Byzance à Stamboul.

ÉGLISE DES GRANDS MARTYRS SERGE ET BACCHUS

Cette église, transformée en mosquée par Hussein aga à l’époque de Bayazid et appelée Kutchuk aya Sophia, c’est-à-dire petite Sainte-Sophie, fut bâtie, d’après l’inscription grecque finement sculptée sur la frise, par Théodora, femme de Justinien, près du palais d’Hormisdas. Elle a été appelée petite Sainte-Sophie à cause des similitudes que présente son plan avec celui de la grande basilique de Sainte-Sophie.

La coupole de cette église est soutenue par huit piliers placés aux points angulaires d’un octogone renfermé dans un carré: huit pendentifs soutiennent la base circulaire de la coupole. Les côtés communiquent avec la nef par des rangées de colonnes ioniques qui relient les arceaux. Plusieurs de ces colonnes sont tachetées de vert et de blanc et surmontées de chapiteaux à corbeilles. Sur la corniche qui fait le tour de l’édifice on remarque une guirlande ornée de grappes de raisins et de feuilles de vigne. Une longue inscription, gravée sur la même corniche, fait l’éloge de l’empereur Justinien et de l’impératrice Théodora. Cette église était attenante à une autre appelée église des apôtres Pierre et Paul et qui a disparu sans laisser de traces. Salzenberg reconnut, en examinant les murs de clôture, que l’église de Saint-Pierre et Saint-Paul s’appuyait à celle des saints Serge et Bacchus du côté du sud. La hauteur de la coupole dépasse 19 mètres et les côtés du plan sont respectivement de 34 mètres et 30 mètres.

ÉGLISE DE SAINT-JEAN DU STOUDION

Cette église fut construite sous Léon le Grand pour l’ordre des Acémètes (sans-sommeil). De nombreux moines se relayaient pour y chanter jour et nuit. Elle fut endommagée sous la domination latine et restaurée plus tard, vers la fin du XIIIe siècle, par l’empereur Andronic Paléologue.

Le trésor du monastère contenait de précieuses reliques que Bayazid II envoya au pape Innocent et parmi lesquelles se trouvait la sainte lance. Actuellement convertie en mosquée (Emir Akhor Djamissi), elle possède encore d’élégantes colonnes et des chapiteaux.

ÉGLISE DE CHORA

Tout près de la porte d’Andrinople s’élève la mosquée de Kahrié. C’est l’ancienne église de Chora, édifice à nef centrale et à deux narthex. Le dôme central est supporté par un tambour cylindrique percé de fenêtres. De petites coupoles, également posées sur des tambours cylindriques et percés de fenêtres, éclairent le narthex.

L’origine de la fondation de l’église de Chora n’est pas clairement établie. D’abord sanctuaire assez modeste, Justinien l’agrandit et l’embellit après le tremblement de terre de 557, et il devint un des plus beaux monuments de la ville.

L’église formait le centre d’un vaste monastère qui se trouvait hors de la première enceinte de la nouvelle Rome. C’est pour cela qu’on l’appelait τῆς χώρας (de la campagne). Plus tard quand Théodose II, pour agrandir la ville, jugea nécessaire de faire construire une deuxième enceinte dont on voit aujourd’hui les ruines, son nom lui resta. Mais les byzantins du XIVe siècle, poussés par leur amour de la rhétorique et des étymologies mystiques, trouvèrent un rapport ingénieux entre le nom du Christ, source de vie et protecteur des vivants (χώρα τῶν ξώντων) et celui de la basilique de Chora; et le mot fut en conséquence inscrit à côté des images en mosaïque du Christ et de la Vierge.

L’édifice qu’on voit aujourd’hui n’est pas le même que celui du VIe siècle. Déjà au XIIe siècle, l’église menaçait ruine. Marie Ducas, la belle-mère de l’empereur Alexis Comnène, la fit rebâtir en la transformant selon les plans des églises de ce temps. L’intérieur en fut décoré de marbres en couleur et de belles mosaïques.

Depuis Manuel Comnène, les empereurs avaient abandonné le grand palais pour venir habiter le château des Blaquernes. C’est pourquoi l’église de Chora, qui en était voisine et qui sous les Latins était tombée dans un grand délabrement, devint l’objet de la sollicitude impériale. Sous le règne des Paléologues, Théodore Métochite, ministre favori d’Andronic II, la fit restaurer complètement et ordonna d’ajouter une galerie latérale, destinée peut-être à servir de lieu de sépulture. Il fit renouveler également la décoration intérieure, excepté celle de la partie centrale qui est demeurée la même.

Malgré les ravages subis par la Chora, les mosaïques se sont conservées jusqu’à nos jours dans un parfait état: elles sont les œuvres les plus remarquables de la dernière renaissance de l’art byzantin et occupent aujourd’hui une place très estimée dans l’histoire de l’art[43].

Les mosaïques qui se trouvent sur les deux côtés de la porte centrale sont recouvertes de volets en bois, que demande la religion musulmane, mais qu’on peut ouvrir à volonté pour voir les images; les murs sont tapissés jusqu’aux bases des voûtes par de grandes plaques de marbre gris encadrées par des bandes vertes. De fines bordures sont sculptées au pourtour des marbres.

Illustration from Constantinople de Byzance à Stamboul.

Plan de la mosquée Kahrié. [↔]

A l’intérieur du second narthex, sur la porte du milieu qui donne accès dans l’église, une mosaïque représente le Christ assis sur un trône, à qui Métochite, agenouillé, présente un modèle en réduction de l’église. Métochite est coiffé d’un haut bonnet blanc garni de bandes rouges et vêtu d’une tunique dorée recouverte d’un manteau vert brodé de fleurettes rouges.

Métochite, né à Nicée, arriva à l’âge de vingt ans à Constantinople où, par son talent d’orateur et son érudition en littérature et en philosophie, il attira l’attention d’Andronic II. Il commença sa carrière dans les ambassades, devint ensuite logothète de la liste civile, ministre du trésor, puis premier ministre de l’Empereur pendant vingt ans. Il fut en même temps philosophe, diplomate et administrateur.

Il avait toute la confiance de l’Empereur son maître, qui ne lui cachait aucun secret, et fit épouser à son propre neveu Irène, la fille de Métochite, très intelligente et très instruite. Toutefois Métochite, malgré les hautes satisfactions qui lui étaient accordées, pensait toujours aux dangers dont les querelles philosophiques et religieuses menaçaient le pays. Il attirait à chaque instant l’attention de l’Empereur sur le péril turc, qui lui paraissait devoir causer un jour la ruine complète de l’État. Il prévoyait la décadence et la chute inévitable de l’empire.

Pl. 21.

Illustration from Constantinople de Byzance à Stamboul.

Hippodrome, Palais impérial et Sainte-Sophie au

X

e

siècle.

(Restitution de l’auteur d’après le plan de Labarte.) [↔]

Les troubles à l’intérieur augmentaient de jour en jour. L’Empereur et son favori se trouvaient dans une situation très difficile. Pendant les guerres civiles qui durèrent de 1321 à 1328, Métochite fut un habile négociateur entre Andronic II et son ambitieux petit-fils, Andronic le Jeune, qui prétendait au trône.

Métochite, pour ne pas s’attirer la haine des deux factions, s’entremit d’abord impartialement entre les deux princes ennemis. Mais, quand la rupture entre les deux adversaires éclata, il se rangea du côté de son ancien maître et refusa toutes les avances d’Andronic le Jeune. Sentant gronder l’émeute dans la ville, il se retira dans le palais. Lorsque pendant la nuit du 22 mai 1328, le prétendant pénétra dans la ville, grâce à la trahison des gardes de l’Empereur, le ministre fut la première victime. Sa maison fut livrée au pillage et démolie complètement. Il fut jeté d’abord en prison et ensuite exilé. Cependant il put obtenir son rappel et vint terminer ses jours au monastère de Chora, où il vécut jusqu’au 13 mars 1332, portant en religion le nom de Théoleptos.

Toute une série de tableaux en mosaïques, retraçant des scènes religieuses variées, décorent les murs et les voûtes du narthex.

De nombreux médaillons garnissent le sommet des arcades. Au-dessus de la porte d’entrée se trouve le buste du Christ. En face, entre deux grandes arcades, c’est la Vierge tenant contre sa poitrine un médaillon qui renferme l’Enfant Jésus, puis des saints en costume de cour, saint Pierre et saint Paul aux deux côtés de la porte royale.

Parmi les séries de mosaïques qui décorent les coupoles et les voûtes du narthex intérieur, les deux plus intéressantes sont celles qui retracent les épisodes de la vie de Jésus et ceux de la vie de la sainte Vierge tirés des Évangiles apocryphes[44].

Illustration from Constantinople de Byzance à Stamboul.

Plan explicatif des mosaïques de Kahrié-Djami. [↔]

MOSAIQUES DU NARTHEX

PANNEAUX

A. Anne faisant la prière.

B. Nativité de la sainte Vierge, la jeune fille berçant l’enfant.

C. On distribue aux jeunes filles de la laine pour filer le voile du temple, le sort attribue à Marie la pourpre.

D. Le grand prêtre donne Marie à Joseph dont le bâton a fleuri.

E. A gauche, Joseph part pour le travail; à droite, il s’aperçoit que Marie est enceinte et lui fait des reproches.

F. Disparu.

1. Le grand prêtre repousse les offrandes de Joachim et d’Anne.

2. (Disparu.) Probablement Joachim et Anne.

3. Joachim au milieu des bergers.

4 (Arc.) Joachim et Anne se rencontrent devant la porte dorée et s’embrassent.

5. La Vierge caressée par son père et sa mère.

6. Sainte Vierge bénie par les prêtres.

7. (Arc.) Sainte Vierge faisant les sept premiers pas.

8. (Travée.) Présentation de la Vierge au temple.

9. (Arc.) La Vierge demeurant dans le temple, et nourrie par un ange.

10. (Arc.) La Vierge y est instruite (disparu en grande partie).

11. (Arc.) Le grand prêtre prie devant l’autel où sont déposés les bâtons des prétendants à la main de Marie.

12. Joseph emmène Marie.

13. (Pendentif.) Annonciation au puits.

EXONARTHEX

PANNEAUX

G. A gauche, Joseph averti par un ange; Marie se rend chez Elisabeth; à droite, Joseph conduit la Vierge à Bethléem.

H. Le recensement à Bethléem.

I. Nativité du Christ.

J. Hérode recevant les trois Mages.

K. Hérode convoque les grands prêtres et les scribes (détruit en grande partie).

L. (Détruit.) Probablement adoration des Mages.

M. Les Mages retournant chez eux.

N. Fuite en Égypte.

O. Hérode ordonne le massacre des innocents.

P. Massacre des innocents.

Q. Lamentation des mères.

R. Elisabeth poursuivie par un soldat se réfugie dans une grotte.

S. Retour à Nazareth.

T. Voyage à Jérusalem.

14. Jésus au milieu des docteurs.

15. Saint-Jean-Baptiste baptisant.

16. Jésus vient se faire baptiser.

17. Jésus tenté par Satan.

18. Noces de Cana.

19. Multiplication des pains.

20. Jésus et la Samaritaine.

21. Guérison du paralytique.

22. Guérison de l’hydropique.

23. Rinceau, autre guérison de paralytique.

Le Christ est figuré au centre sur l’une des coupoles du second narthex; tout autour, dans les segments concaves qui forment la coupole sont rangées les images des patriarches et des représentants des tribus d’Israël. Dans le centre de l’autre coupole, autour de la Vierge, sont groupés les prophètes et les rois d’Israël.

On voit dans ces mosaïques toute une série des miracles de Jésus-Christ. Dans le narthex intérieur: guérison du lépreux, de l’homme à la main desséchée, la guérison des aveugles. Enfin des malades, des boiteux, des bossus et des enfants sont rangés autour du Christ, attendant leur guérison.

Métochite cite parmi les ouvrages qui décoraient son église les représentations de la Crucifixion, de la Descente de croix, de l’Ascension et une quantité d’autres. Mais on ne rencontre plus ces images, qui devaient orner les places d’honneur de l’église et qui ont été complètement détruites; il est probable qu’on en trouvera un jour quelques restes sous l’enduit qui recouvre les murs et la coupole du sanctuaire même.

La chapelle latérale est décorée tout entière de fresques représentant la sainte Vierge, les saints et des scènes empruntées à l’Ancien Testament.

On y voit deux grandes arcades sculptées, dont l’une porte une longue inscription, indiquant que les arcades proviennent du monument funéraire de Tornikès, haut personnage de l’État, parent par sa mère de l’empereur Andronic II et de Métochite. Lui aussi s’était retiré dans ce monastère pour y finir ses jours. Il y fut enseveli. Quand, avant 1453, une restauration fut entreprise dans le monastère, on démolit probablement le monument de Tornikès et l’on plaça les arcades au-dessus des passages s’ouvrant entre l’église et la chapelle latérale (Parekklesion).

Les mosaïques de Kahrié-Djami font l’objet de longues discussions entre les byzantinologues. Plusieurs d’entre eux ont voulu démontrer que la plus grande partie de ces mosaïques appartenait au XIIe siècle. D’après M. Kondakof, qui a une grande autorité en la matière, ce sont seulement les fresques du Parekklesion et les mosaïques représentant les saints Pierre et Paul, le Christ fondateur, la décoration du second narthex, qui appartiennent au temps de Métochite, c’est-à-dire au XIVe siècle. Tout le reste daterait du XIIe siècle. «Mais si haute que soit l’autorité du savant qui a proposé cette thèse, dit M. Diehl, il ne paraît point que ses arguments suffisent à l’établir. La différence de coloris, sur laquelle il s’appuie pour distinguer deux époques, tient tout simplement à l’insuffisant nettoyage qui a laissé subsister un ton grisâtre sur certaines mosaïques.»

Pl. 22.

Illustration from Constantinople de Byzance à Stamboul.

Obélisque de Théodose

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[↔]

Il est vrai que l’ordre dans lequel se succèdent les épisodes, le système de l’ornementation, la manière de représenter les personnages et la tonalité des couleurs prouvent que ces compositions sont l’œuvre d’un même art appartenant à une même époque. D’un autre côté, il n’y a aucune ressemblance entre les mêmes sujets représentés par les œuvres authentiques du XIIe siècle et les mosaïques de Chora. Donc il est plus juste de les attribuer au XIVe siècle.

Une des causes de la discussion soulevée sur l’origine de ces mosaïques, est que l’Occident, voulant s’approprier l’honneur de ces travaux, véritables chefs-d’œuvre, les attribua d’abord aux primitifs italiens et surtout à Giotto, qui vivait justement à l’époque où ces mosaïques furent exécutées. Mais au XIVe siècle, il y avait déjà à Byzance des œuvres authentiques qui témoignent suffisamment de la capacité des artistes byzantins de ce temps.

«S’il y a eu contact entre les deux civilisations, continue M. Diehl, ce n’est point la renaissance de l’époque des Paléologues qui ne doit rien à l’Occident; c’est plutôt l’Italie qui devrait quelque chose à l’évolution qui s’accomplit alors dans l’art byzantin.»

Les mosaïques de Chora sont certainement des œuvres de la dernière renaissance de l’art byzantin.

ÉGLISE DES BLAQUERNES

Après la grande église de Sainte-Sophie, aucun édifice religieux ne tient une si grande place dans l’histoire byzantine que celui de la Vierge des Blaquernes. Cette église était la chapelle de l’Empereur. C’est là qu’était conservée la sainte image protectrice de Byzance, qui avait miraculeusement repoussé, à maintes reprises, les ennemis de la capitale. Les Latins transformèrent cette église en une église latine, et en enlevèrent plusieurs reliques qui, aujourd’hui encore, font partie du trésor de Venise.

Avant la conquête turque, sous le règne de Jean V Paléologue, un immense incendie la détruisit, ce qui, dit l’historien Phrantzès, fut considéré comme un sinistre présage. Quatre-vingts ans après la chute de la ville, Gyllius vit les ruines de l’église encore debout. Il n’en reste rien aujourd’hui que la source sainte, l’ayasma, abritée sous un misérable toit. C’est là que trois fois par an le Basileus allait, après les cérémonies d’usage, se plonger dans la piscine.

Sous la voûte, existait une image de la sainte Vierge des mains de laquelle coulait l’eau bénite. Les détails suivants, extraits du livre des Cérémonies écrit par l’empereur Constantin Porphyrogénète et cités dans les Esquisses byzantines publiées par M. A. Marrast, sont très intéressants.

«Après diverses cérémonies, après avoir adoré la robe de la Vierge, baisé l’autel, fait maintes stations, l’Empereur gagnait une chambre haute où les baigneurs officiels lui enlevaient ses vêtements et lui mettaient le lentium, en présence des seuls eunuques; les gens à barbe n’étaient pas admis à cette partie de la cérémonie. Alors l’Empereur était conduit dans la salle même du bain sacré, il y adorait les Icones, puis entrait dans le natatorium dont le protembataire, ou chef des baigneurs, avait préalablement béni l’eau; après trois immersions, le prince sortait du bain et, rhabillé par les chambellans ou cubiculaires, quittait l’église.»

Illustration from Constantinople de Byzance à Stamboul.

Plan de Constantinople, en 1422, par Buondelmonte. [↔]

Porte du palais des Blaquernes.

Porte de Messi.

Porte de Pescaria.

Saint-Georges in Manganis.

Saint-Démétrius.

Colonne supportant la statue équestre de Justinien.

Hippodrome.

Église du Pantocrator.

Statue de l’empereur Michel VIII Paléologue à genoux devant la statue de l’archange Michel.

Saint Johannis de Petra.

Palais impérial.

Saint Marc.

Porte de Saint Johannis.

Porte de Lamidi.

Porte Dorée.

Saint Johannes studio.

Saint-Andréas.

Périblepte.

Port.

Condoscale.

Domus Justiniani «Palais de Justinien».

Palais Hormisdas.

Port du Bucoléon.

Chantier naval.

Tour de Léandre.

Tour du Christ.

La table suivante indique par ordre alphabétique, les noms des églises byzantines citées souvent dans l’histoire. Si la plupart de ces églises ont été transformées en mosquées, au lendemain de la conquête, il ne faut point voir là un effet de la persécution religieuse; mais les Byzantins s’étaient retirés dans le faubourg et avaient abandonné ces monuments; il est donc tout naturel que les Turcs les aient utilisés comme édifices sacrés, puisque leur religion admet la prière dans tous les lieux saints.

L’église de Sainte-Anastasie. Mosquée de Mehmed-pacha, à Kadirga, construite, d’après M. Paspati, au VIIIe siècle, transformée en mosquée en 1571.

L’église de Saint-André. Mosquée Hodja Moustapha pacha.

L’église de Sainte-Anne. L’emplacement de cette église, qui se trouvait près de la porte de Selymbria, n’est pas exactement connu.

L’église de l’Archange Michel. Bâtie par Justinien II, se trouvait à Kadirga.

L’église des Saints-Apôtres. Sur l’emplacement de cette église se trouve, actuellement, la mosquée du sultan Mehmed II le Conquérant.

L’église des Blaquernes.

L’église de Constantin Lips. Mosquée de Demirdjilar-mesdjidi.

L’église de Gastria. Sandjakdar Mesdjidi.

L’église des Saintes Chrysanthe et Euphémie. Sur son emplacement se trouve aujourd’hui l’église arménienne à Koum-Kapou.

L’église Saint-Démétrius. Sur l’emplacement de l’École de médecine.

L’église de Saint-Diomède. Cette église doit se trouver, d’après le Dr Mordtmann, dans un jardin tout près de l’usine à gaz d’éclairage de Yedi Koulé, là où on trouva, il y a une dizaine d’années, deux colonnes de marbre.

Monastère de Dius. Près de l’ancienne porte de Jésus, au quartier actuel d’Et-Yemez, consacré comme mosquée par Mirza Baba, un des soldats du conquérant.

La chapelle de Saint-Emilien. Il faut la chercher près de la porte actuelle de Daoud-pacha.

L’église de Saint-Eutychius-Christo-Camera, à Psamatia. Elle joua un rôle important dans les troubles ecclésiastiques pendant le règne d’Andronic II Paléologue, et était située à l’est du couvent de Myréléon.

L’église de Gorgopikoos. C’est encore une petite église grecque du quartier Alti Mermer (Exokionon).

L’église de Saint-Jean du Stoudion. Mosquée d’Emir-Akhor.

L’église de Saint-Jean-Baptiste à Petra Paléa. Kesmé Kaya.

L’église de Saint-Jean-Baptiste in Trullo. Ahmed pacha mesdjidi.

L’église de Saint-Jean le Perse. Mosquée de Hekim oglou Ali pacha.

L’église de Saint-Julien. Sur les collines du port Sophien.

L’église de Kyra Martha. Bâtie par Marie Ducas, sœur de Michel Paléologue. D’après le Dr Mordtmann, sur l’emplacement de cette église se trouve actuellement la mosquée de Chaaban Aga. Marie Cléopé et Saint-Jean le Guerrier reposent ici.

L’église de Kodjouma ou Pantepopte. Mosquée Eski Imaret. Elle a servi d’abord comme Imaret (cantine) aux élèves qui étudiaient dans la mosquée du Conquérant.

L’église de Saint-Pierre et Saint-Marc. Mosquée d’Atik Moustapha pacha. Elle possède une petite piscine baptismale, datant de 458.

Monastère d’Emmanuel. Mosquée Kéfeli.

Monastère de la Pammacaristos. Mosquée Féthié, dépendance de l’ancien monastère de femmes fondé à la fin du XIIIe siècle par Michel Tarchaniote et Marie Comnène, son épouse. Après la prise de Constantinople par les Turcs, l’église fut pour quelque temps le siège du Patriarcat orthodoxe; elle possède encore quelques images en mosaïque représentant les prophètes et le Christ.

L’église de la Panachrantos. Fenari Isa Djamissi (inscription découverte par le Dr Paspati).

L’église de Saint Pantéleïmon. Cette église, qui se trouvait dans la IXe région, contenait les reliques de deux saints, Pantéleïmon et Marius. Elle a été bâtie par Constantin le Grand sous le nom de Homona.

L’église du Pantepopte. Fondée par la mère d’Alexis Ier Comnène, vers le commencement du XIIe siècle, transformée en hospice et puis en mosquée, Eski Imaret Djami.

L’église de la Peribleptos. Église arménienne à Soulou Monastir dans l’ancien quartier appelé Heleniana.

L’église du Pantocrator. Cette église, Zeïrek-Klissé Djamissi, fut bâtie en 1125 par Irène, épouse de Jean Comnène. Le tombeau de l’empereur se trouve dans une crypte à côté des sépultures d’autres Comnènes. C’est dans cette église que fut aussi inhumée Berthe, qui avait pris le nom d’Irène et qui était épouse de Manuel, fille du comte allemand de Sulzbach et belle-sœur de l’empereur Conrad. Cette église ayant été endommagée par les tremblements de terre, fut reconstruite et transformée en mosquée (Zeïrek-Djami). L’édifice se compose de trois églises contiguës.

L’église Saint-Philippe. Denis Abdal près de Top-Kapou.

L’église des Quarante Martyrs. Près de Saradjhané-Bachi (ancien Philadelphium).

L’église de Saint-Romain. Il est probable que sur son emplacement se trouve aujourd’hui le Monastir Mesdjidi auprès de la porte Saint-Romain, Top-Kapou.

L’église des Saints-Serge et Bacchus. Mosquée Kutchuk Aya Sophia (petite Sainte-Sophie).

L’église de Saint-Théodore Tiron. Klissé Djamissi. Construite vers le XIe siècle.

L’église de Sainte-Théodosie. Gul Djami. Elle a servi d’abord de dépôt pour les matériaux de l’arsenal. Ce n’est que sous Selim III qu’elle fut transformée en mosquée.

L’église Théotocos au quartier de Sigma.

L’église de tous les Saints. Près des Saints-Apôtres.

L’église de la Sainte-Vierge. Mosquée de Kalender.

L’église de Saint-Thomas apôtre. Se trouvait à l’extrémité occidentale du port Sophien.

Illustration from Constantinople de Byzance à Stamboul.

L’église de Saint-Théodore de Tyron. Klissé Djamissi. [↔]

L’église du Christ Miséricordieux. Construite par Alexis Comnène, près du couvent Saint-Georges des Manganes.

L’église de Saint-Georges des Manganes. Couvent qui se trouvait sur la pente méridionale du rocher de l’Acropole où était le Cynegion, construit par Irène, et qui servait jadis de lieu de spectacle.

L’église de Saint-Lazare (Topoïs). Sanctuaire de la Sainte-Vierge Hodigitria. Elle se trouvait dans la plaine qui s’étendait depuis le Cynégion jusqu’au Tzycanisterion.

III.—LES PALAIS BYZANTINS

PALAIS IMPÉRIAL

Il ne nous reste plus que quelques ruines de ces palais byzantins dans lesquels étaient accumulées des richesses considérables et qui furent le théâtre des faits les plus fantastiques et les plus extraordinaires que l’histoire ait peut-être jamais mentionnés.

Parmi ces palais, il faut citer d’abord le grand palais impérial qui s’étendait, d’après M. Labarte, sur un immense emplacement occupant une surface de 400.000 mètres carrés à côté de Sainte-Sophie. Construit d’abord par Constantin, probablement sur le modèle du palais de Spalato, il a été embelli et agrandi par les empereurs Justinien, Théophile, Basile le Macédonien. Dans ce palais, au IXe et au Xe siècle, la splendeur de la décoration byzantine brillait de tout son éclat.

M. Labarte, en s’aidant des auteurs anciens, est parvenu à reconstituer ce palais dont les ruines mêmes ont disparu. Dans son ouvrage classique, M. Labarte nous en donne la description détaillée. «Le Kremlin, dit-il, peut seul en donner une faible idée. Il se composait de sept péristyles ou vestibules, huit cours intérieures, quatre églises, neuf chapelles, neuf oratoires ou baptistères, quatre salles des gardes, trois grandes galeries, cinq salles d’audience et de réception, trois salles pour les repas, dix appartements réservés à l’habitation particulière des princes, sept galeries secondaires, trois allées destinées à relier entre elles les diverses parties du palais, une bibliothèque, une salle d’armes, des terrasses à ciel ouvert, un manège, deux bains, huit palais particuliers au milieu des jardins et un port.»

Pl. 23.

Illustration from Constantinople de Byzance à Stamboul.

Colonne de Constantin Porphyrogénète

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Illustration from Constantinople de Byzance à Stamboul.

GRAND PALAIS DE CONSTANTINOPLE, au Xe Siècle. d’après J. Labarte [↔]

Toutes les pièces étaient disposées de façon que l’Empereur, sans sortir de chez lui, pût assister aux offices, aux réceptions des grands personnages dans les salles d’apparat, et même aux jeux de l’hippodrome, dans le Kathisma, qui se trouvait en communication avec le palais. La salle d’audience, le trône, le triclinium, toutes ces pièces étaient décorées de sujets profanes ou de scènes religieuses et légendaires. Comme dans toutes les cérémonies officielles, on attachait une grande importance à la richesse et aux attributs de l’ornementation, chaque pièce avait reçu une décoration spéciale répondant à sa destination particulière. Au lieu d’avoir, comme les palais modernes, une façade monumentale, le palais impérial était composé d’une multitude de petits bâtiments portant les noms suivants: triclinium (salle à trois lits ou salle à manger, pouvant aussi comprendre plusieurs pièces); Coubouclion (cubiculum) corps de logis formant un appartement de grande importance; Coiton (chambre à coucher appelée aussi Métatorion); Diabatica (galerie servant de communication entre les différentes parties du palais); Phiale (emplacement à ciel ouvert, dallé de marbre et ayant souvent en son milieu un bassin ou une fontaine); Péripatos (galeries ouvertes), etc...

Le palais se divisait en trois parties principales: la Chalcé, Daphné et le palais sacré.

La Chalcé comprenait toute une série de pièces. On accédait au palais du côté de l’Augustéon par la porte en fer qui ouvrait sur un des vestibules de la Chalcé. Ce vestibule, couvert de tuiles en bronze doré, se composait d’une cour en forme d’hémicycle surmontée d’une voûte en cul-de-four faisant face à l’entrée d’un bâtiment carré à coupole tout orné de mosaïques.

On comptait dans la Chalcé trois salles des gardes, les noumera, les courtines, les tricliniums des scolaires, des excubiteurs, des candidats, en enfilade. Venaient ensuite une salle de justice, (tribunal de Lychnos), une salle de réception, une salle à manger d’apparat, le grand consistorium et plusieurs édifices religieux (l’oratoire du Sauveur et la chapelle des Saints-Apôtres). Le grand consistoire était convoqué dans la salle de réception. Trois portes en ivoire y donnaient accès. Au fond de la salle, un des trônes de l’Empereur était dressé sur une estrade.

Entre la Chalcé et Daphné se trouvait le triclinium (salle à manger à dix-neufs lits), où se donnaient les banquets officiels. Cette salle était précédée d’une cour ou atrium, puis d’un portique formant porche. Elle était divisée en deux; une partie était réservée aux invités, et l’autre à l’Empereur. Toutes deux étaient éclairées par le haut. La première pouvait contenir trois cents convives. Aux grands jours de fête, par exemple à Noël, on y mangeait, couché à la mode antique. D’après le récit de Luitprand, évêque de Crémone, qui assista en 943 à un des festins donné dans ce palais, on y mangeait, à demi couché, le service étant fait uniquement dans de la vaisselle d’or; les fruits étaient servis dans de grands vases en or qui, à cause de leur poids, étaient transportés sur des chariots couverts de pourpre. On les enlevait au moyen d’une poulie établie au plafond, sur laquelle roulaient trois cordes enveloppées de peau dorée. Les bouts des cordes étaient munis d’anneaux en or engagés dans les anses des vases; plusieurs serviteurs placés en bas étaient chargés de faire fonctionner ces appareils pour le service de la table.

La partie du palais appelée Daphné commençait par une grande galerie couverte, précédée d’un porche à arcades qui conduisait à une salle octogone. Cette partie du palais comprenait plusieurs édifices religieux et des salles pour les réunions officielles. Une galerie courant sur les étages supérieurs menait à un petit palais occupant la place d’honneur de l’hippodrome. Cet édifice contenait plusieurs pièces et l’Empereur y revêtait son costume officiel avant d’entrer dans sa loge pour assister aux jeux. Les fonctionnaires qui se rendaient au palais laissaient leurs chaises à porteurs et leurs chevaux dans un manège spécialement disposé à cet effet dans les dépendances.

Le palais sacré comprenait le palais impérial proprement dit, contenant dans son enceinte le péristyle du Sigma, le Triconque, et différents appartements privés de l’Empereur.

A l’entrée du palais sacré, se trouvait un vaste atrium ou Sigma qui avait la forme de la lettre grecque appelée Sigma. C’est là que les courtisans et les hauts fonctionnaires attendaient l’Empereur. Au centre de cet atrium, était placé un bassin aux bords d’argent, au milieu duquel se trouvait un vase d’or en forme de coquille. Ce vase était rempli des fruits les plus rares où puisaient les invités.

Après l’atrium, on entrait dans un péristyle formé de quinze colonnes en marbre de Phrygie. Au centre, s’élevait un dôme soutenu par quatre colonnes en marbre vert dominant le trône où l’Empereur s’asseyait pendant les fêtes.

On y trouvait aussi un palais à deux étages, construit par Théophile au IXe siècle sur le modèle du palais du khalife de Bagdad.

Une des parties les plus intéressantes du palais sacré était le Chrysotriclinium (triclinium d’or), bâti par l’empereur Justin II le Curopalate, embelli ensuite par Tibère son successeur. C’était une salle octogonale couverte d’une coupole à seize fenêtres; sur les huit côtés se trouvaient huit absides qui communiquaient entre elles. Celle qui était en face de l’entrée était fermée par deux portes argentées, sur lesquelles étaient figurées les images de Jésus-Christ et de la sainte Vierge. Pendant les réceptions, ces portes restaient d’abord closes, tandis que la foule entrait dans la salle. Une fois le calme rétabli, elles s’ouvraient, et on voyait, au fond de l’abside, l’Empereur vêtu d’un manteau de pourpre orné de pierres précieuses, ayant à hauteur de sa tête l’image du Sauveur et entouré de toutes sortes d’objets précieux. La foule se prosternait de suite devant l’Empereur pour lui rendre hommage. Tout était calculé pour donner à ces réceptions un aspect féérique. Toutes les grandes cérémonies telles que le couronnement, le mariage impérial et les réceptions officielles se faisaient dans cette splendide salle de fête. Ces cérémonies avaient beaucoup de ressemblance avec celles des Persans: «La salle du trône, dit M. Gayet, ouvrait directement sur la cour du palais, sans qu’aucune barrière en interceptât l’entrée: un rideau immense dérobait seul le monarque aux regards de ses sujets. Lorsqu’il daignait se montrer à eux et prenait place sur l’estrade, entouré des princes du sang, des ministres, des courtisans et de la garde, le voile se levait soudain à un signal donné. Le Roi des rois surgissait alors dans le cadre d’un luxe inoubliable.»

Pl. 24.

Illustration from Constantinople de Byzance à Stamboul.

Colonne de Théodose.

—Bas-reliefs du piédestal.

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Derrière cette salle, s’étendaient les nombreux appartements privés de l’Empereur, orientés de façon à être aussi confortables en été qu’en hiver.

Constantin Porphyrogénète, décrivant une de ces salles du palais nommé Cenourgion, bâti par Basile le Macédonien, raconte qu’elle était soutenue par 16 colonnes dont 8 en marbre vert et 6 en onychite, ornées de rameaux de vignes qui s’entrelaçaient au fût et de différentes figures d’animaux. Deux autres colonnes, également en onychite, portaient des cannelures en spirales. La partie supérieure au-dessus des colonnes jusqu’à la voûte était ornée de mosaïques sur fond d’or. On y voyait Basile entouré de guerriers qui lui présentaient les clefs des villes conquises. A la naissance de la coupole, une large corniche formait une galerie à balustrade qui faisait le tour de la salle. Un lustre était suspendu au centre.

L’appartement d’été de l’empereur Théophile se composait d’un rez-de-chaussée et d’un premier étage comprenant une chambre à coucher et un salon. Un chroniqueur de l’époque nous donne d’assez nombreux détails sur la décoration d’une chambre à coucher impériale: «Le pavage est en mosaïque, au centre s’étale un paon enfermé dans un cercle de marbre. De ce cercle partent des rayons qui vont aboutir à un autre cercle, plus grand, en dehors duquel sont des marbres verts imitant des fleuves. Dans chaque coin se trouvent appliqués des aigles en mosaïque faits de petits cubes de différentes couleurs. Les parois de la pièce sont ornées de plaques de verre polychrome. Une bande d’or sépare les mosaïques qui ornent la partie supérieure des parois, sur lesquelles se détachent sur fond d’or les figures de Basile et de sa femme Eudoxie. Tous deux sont assis sur des trônes et portent les couronnes et les costumes impériaux. Sur les autres murs de la pièce sont représentés leurs enfants vêtus du même costume, et tenant entre les mains des livres de piété. Le plafond resplendissant d’or porte au milieu le signe victorieux de la croix en verres de couleur; tout près, se trouvent encore les images de l’Empereur, de l’Impératrice et de leurs enfants, levant tous la main vers la croix.»

Cet immense palais, habité si longtemps par les empereurs byzantins, fut abandonné vers le XIIe siècle, quand leurs successeurs allèrent résider au palais des Blaquernes.

Bien avant la prise de Constantinople par les Turcs, ce palais menaçait déjà ruine et ses débris étaient utilisés pour de nouvelles constructions. Buondelmonte, qui visita la capitale trente ans avant la conquête, n’avait plus rien trouvé sur l’emplacement de ce grand palais que quelques pierres provenant des ruines. Et quand Pierre Gylles visita Constantinople, il ne vit sur son emplacement que quelques traces de ruines[45].

PALAIS DE BOUCOLÉON

Ce palais se trouve sur les bords de la Propontide, dans l’enceinte du grand palais byzantin. Il a été appelé d’abord château de Hormisdas, du nom d’un prince sassanide qui s’était réfugié à Constantinople et avait habité ce palais au temps de Constantin. Il fut reconstruit par Justinien et, plus tard, agrandi et embelli par Constantin Porphyrogénète[46] qui y ajouta des statues et un groupe d’animaux sculptés en pierre, un lion luttant avec un bœuf.

Il paraît que de là vient son nom de Boucoléon[47]. Tout près de ce palais se trouvait un port appelé du même nom. Nicéphore Phocas qui habitait presque toujours ce palais où il fut tué par Jean Tzimizès son rival, l’avait fortifié en l’entourant de murs.

PALAIS DE LA MAGNAURE

Le triclinium de la Magnaure ou Magna-aula (magna, grande, aula, cour) se trouvait au nord du palais impérial entre la Chalcé et Sainte-Sophie; les Empereurs y donnaient audience aux ambassadeurs. Ce triclinium, bâti par Constantin, n’était qu’une basilique à nef centrale et à bas côtés. Au fond, sur une estrade qui occupait toute la largeur de l’édifice et qui recouvrait un hémicycle, se trouvait le trône impérial. De chaque côté de l’abside, deux colonnes soutenaient des draperies et des rideaux. Au-dessus du bas côté s’élevaient les galeries réservées aux dames de la cour. Au pied de l’estrade, on apercevait deux lions artificiels dressés sur leurs pattes et qui poussaient des rugissements comme des lions vivants. Sur des arbres d’or, des oiseaux de toutes sortes, artistement imités et perchés sur les branches, faisaient retentir la salle de leurs chants joyeux.

Pour donner plus de vie à cette scène du passé, il faut écouter Luitprand, envoyé extraordinaire du roi d’Italie à la cour de Byzance, au Xe siècle. «L’Empereur, dit-il, étant assis sur son trône, des lions automatiques commencent à rugir, les oiseaux chantent. Je me prosterne devant lui, et, après être resté quelque temps dans cette position, selon le cérémonial, je lève les yeux et aperçois l’Empereur enlevé par une machine à une hauteur considérable.»

Sur l’emplacement du palais de la Magnaure, se trouve actuellement le ministère de la Justice, qui dernièrement devint le siège du Parlement, et devait primitivement servir d’université, mais il ne fut jamais affecté à cette destination. En creusant les fondations de cet édifice en 1847, on trouva, à une profondeur de trois mètres, l’ancien pavé et la base de la célèbre statue argentée d’Eudoxie la Gauloise, objet de la haine de Chrysostome. Elle portait l’inscription suivante en langue grecque: «Voici la statue argentée où les souverains président aux tribunaux de la capitale[48].» A côté de ce palais se trouvait le Sénat ou basilique. Un portique orné de six grandes colonnes de marbre blanc s’ouvrait, d’après M. Labarte, sur le forum Augustéon.

PALAIS DES BLAQUERNES

Lorsque Théodose II avait construit la grande muraille pour agrandir la ville, le quartier des Blaquernes, qui était situé à l’extrémité nord-ouest de la ville, près de la Corne d’Or, et qui renfermait alors l’église de ce nom ainsi qu’une résidence impériale, ne fut pas compris dans l’enceinte des murs. Ce n’est que deux siècles plus tard que l’empereur Héraclius fit construire de nouveaux remparts devant les Blaquernes, qui, devenus très peuplés, avaient besoin d’être protégés contre les attaques ennemies. D’après M. Schlumberger, la partie des murs théodosiens restés en arrière des nouveaux murs et qui étaient devenus inutiles furent détruits. Le palais qui se trouvait dans ce quartier avait été bâti d’abord par Anastase (491-518). Il servit pendant plusieurs siècles de maison de plaisance aux Empereurs. Puis il s’étendit et couvrit de ses nombreux bâtiments un espace de 300.000 mètres carrés (l’espace compris entre Egri-Kapou et l’Ayasma des Blaquernes).

Pl. 25.

Illustration from Constantinople de Byzance à Stamboul.

Colonne de Constantin et Mesè

[↔]

Illustration from Constantinople de Byzance à Stamboul.

Ancienne rue de «Mesè» et colonne de Constantin au

X

e

siècle

(D’après la restitution de l’auteur.) [↔]

C’est Manuel Comnène Ier qui, négligeant complètement le grand palais, élut pour résidence le palais des Blaquernes (1143).

L’enceinte fortifiée du palais comprenait de vastes jardins, des cours à portiques, différentes habitations pour le Basileus, sa famille, ses grands officiers et ses gardes, des églises, des chapelles et d’autres édifices religieux. Le Portique carien, érigé par l’empereur Maurice en 586 et dont on retrouve actuellement les substructions à l’est de la porte d’Eïvan Seraï, consistait en une cour entourée de portiques et qui conduisait au palais. L’ensemble de ces monuments formait un quartier que les historiens grecs appelaient palais au toit doré. Actuellement on ne voit plus que la portion de l’enceinte commune à la grande muraille de la ville, et quelques pans de murs ensevelis sous terre.

Le terrain étant disposé suivant des pentes très abruptes, d’immenses voûtes et des murailles épaisses durent être construites pour supporter les nombreuses terrasses dont on reconnaît parfaitement aujourd’hui les ruines. Ces terrassements dominaient une vallée assez profonde qui existe encore.

Une partie du palais était adossée à la grande muraille sur laquelle s’ouvraient des fenêtres et des balcons dominant la campagne. C’est dans ce palais qu’Isaac l’Ange, en 1204, reçut les croisés. Ces derniers furent émerveillés de la splendeur des jardins, de l’ampleur des voûtes, et de la magnificence des parois toutes tapissées de mosaïques à fond d’or, des cours pavées de marbre précieux, des ruisseaux d’eau courante coulant dans des canaux d’albâtre. Les seigneurs Francs, quand ils furent reçus dans ce palais par Alexis, furent éblouis par les richesses prodigieuses étalées non sans intention: la vaisselle d’or, les innombrables vêtements de cérémonies, les étoffes brodées de soie.

Illustration from Constantinople de Byzance à Stamboul.

Palais des Blachernes

d’après A. van Milligen. [↔]

Les empereurs latins de Constantinople habitèrent aussi ce palais et y tinrent leur cour. Nicéphore Grégoras et Pachymère racontent que Michel Paléologue, après avoir reconquis Byzance, dut aller demeurer au grand palais, les Blaquernes étant dans le plus affreux délabrement, toutes noircies de fumée et pleines d’immondices et d’ordures. Après sa réparation, le palais des Blaquernes redevint et resta l’unique résidence des Paléologues jusqu’à la chute de Constantinople.

Ce qui subsiste aujourd’hui des fondations montre suffisamment l’étendue occupée par ce palais, dont les proportions et la magnificence ont toujours fait l’admiration des historiens.

Pulchérie, épouse de Marcien, y avait fait construire la célèbre église des Blaquernes. Cette église touchait au mur du palais même et sa porte ouvrait dans l’enceinte du palais.

«La porte de l’enceinte de l’église des Blaquernes, dit M. Schlumberger, vaudrait bien comme intérêt l’escalier de Versailles! Aujourd’hui, c’est l’Empereur en litière, entouré, tantôt de ses fameux Vaerings, tantôt d’un cortège d’eunuques ou d’une longue chaîne de prêtres et de caloyers, jetant un regard inquiet sur la foule des dignitaires où il cherche à tout instant le meurtrier de l’heure qui vient et le successeur heureux qui fera jeter au cirque son cadavre mutilé; demain c’est le patriarche à la longue barbe blanche, qui accourt tremblant sous ses vêtements d’or; il sait qu’un basileus tout enfiévré d’un sombre esprit théologique l’a fait mander au palais pour lui donner le choix entre l’option d’une hérésie qui damnera son âme ou l’exil mortel sur quelque affreux rocher de Marmara. Aujourd’hui ce sont des princesses, mères, femmes ou filles de quelque empereur assassiné ou déposé, qu’on entraîne à la hâte vers l’église pour raser leur chevelure, arracher leur tunique de pourpre brodée de perles et les jeter ensuite, sous la robe brune des religieuses, dans quelque couvent devenu leur demeure pour le reste de leurs jours.»

Près du palais on avait construit un cirque qui servait à l’amusement des Empereurs. Non loin de là, on voit encore aujourd’hui deux grandes tours, la tour d’Isaac l’Ange et la tour d’Anémas. La tour d’Isaac l’Ange fut construite en 1188 pour servir de défense au palais des Blaquernes qui se trouve derrière elle. On y pénétrait par la cour du palais impérial. Un des murs de la tour d’Isaac l’Ange était percé de trois fenêtres cintrées. Au-dessus de ces fenêtres, une rangée de pierres saillantes semble avoir dû porter un balcon disparu. Les trois autres murs n’ont chacun qu’une fenêtre; celle du côté sud sert de communication entre la plate-forme des murs et l’intérieur de la tour. Celle du côté du port conduit sur le toit de la tour basse d’Anémas, ainsi nommée d’après Michel Anémas, fils d’un roi de Candie, qui y fut enfermé sous Alexis Comnène. Ces tours furent plus tard reliées entre elles intérieurement.

Illustration from Constantinople de Byzance à Stamboul.

Prisons d’

Anémas

(D’après Van Millingen: Byzantine Constantinople.) [↔]

Sous la tour d’Anémas se trouvent les fameuses prisons d’Anémas découvertes dernièrement par le Dr Paspati. Ces prisons, très curieuses, sont dans un meilleur état de conservation que d’autres cachots similaires; mais la visite en est rendue très dangereuse par les cavités dans lesquelles on risque de se précipiter. Outre ce danger réel, les ordures jetées par les habitants des quartiers voisins rendent l’abord de la place des plus désagréables.

On y accède par une petite ouverture cintrée percée dans un pan de mur au pied de la tour d’Anémas. Un passage de dix mètres de long, très bas et très étroit, conduit à une petite salle voûtée, humide et qui ne reçoit par cette même entrée qu’une faible lumière. En passant à droite par une petite ouverture, on arrive à une autre salle faiblement éclairée par un trou pratiqué dans la voûte. Sur le passage s’ouvre un puits béant qui coupe le cachot dans toute sa largeur. En face de l’entrée, un autre passage menant à droite communique avec une autre galerie.

On monte par un escalier à l’étage supérieur de la tour, où se trouve une salle mesurant 7 mètres de haut sur 12 mètres de long et 10 mètres de large. Elle ne prend jour que par un mince filet de lumière passant par un trou pratiqué dans une fenêtre cintrée. On peut alors voir le trou rond qui éclaire l’étage inférieur. L’escalier continue jusqu’au sommet de la tour. Dans la petite salle d’entrée, une ouverture à gauche conduisait aux cellules des prisonniers. Aujourd’hui, on n’aperçoit qu’un grand bâtiment d’une soixantaine de mètres de longueur, plein de décombres. Jadis cette grande salle était divisée en deux étages, contenant chacun une enfilade de petites chambres séparées les unes des autres par des murs de 1m, 50, percés de grandes ouvertures cintrées. Un corridor de 1m, 75 de large courait tout le long des chambres.

PALAIS DE CONSTANTIN PORPHYROGÉNÈTE

Ce palais, appelé aussi palais de Bélisaire[49], ou palais de l’Hebdomon et nommé Tekfour Serail par les Turcs, se trouve enclavé dans les murs de Théodose. D’après Gyllius, il faisait partie du palais de Constantin à l’Hebdomon hors des murs. Le nom d’«Hebdomon» lui venait du septième quartier des auxiliaires Goths qui, en leur qualité d’ariens, campaient hors des murs sur l’emplacement qu’on appelait Hebdomon. Ce palais, restauré par Justinien, a été appelé aussi Palatium Justiniani.

Notes in this chapter

Note 1 · L’autre extrémité de la chaîne était attachée en face, sur les rives de Galata, à une autre tour située près d’un castel que l’on surnomme aNote 2 · Choisy. L’art de bâtir chez les Byzantins, page 152.Note 3 · Bayet. L’art byzantin.Note 4 · De Aedificiis Justiniani.Note 5 · M. Antoniatis, dans l’intéressant ouvrage qu’il vient de publier sur Sainte-Sophie, nous montre qu’on pouvait, aidé d’un peu de mysticisme, Note 6 · Les musulmans donnent à cette direction le nom de Kiblé.Note 7 · Cette disposition oblique permet de reconnaître les mosquées qui furent primitivement des églises. Les mosquées dont le mihrab est droit ne Note 8 · Discours adressé au peuple.Note 9 · Hadikatu-I-djevami.Note 10 · La place occupée par le Top Kandili (candélabre du milieu), est considérée par les dévots comme un lieu saint où on peut rencontrer Hidir, uNote 11 · Hist. de Bello Const. p. 214.Note 12 · L’entrée de ce Musée n’est accordée que sur autorisation spéciale.Note 13 · Pulgher, Les anciennes églises de Constantinople, 1880. Diehl, Etudes byzantines, 1905, p. 392-431.Note 14 · Pour compléter les récits de l’Évangile, dès le IIe siècle on voulut détailler les épisodes de la vie du Sauveur, et pour donner à ces récitNote 15 · Banduri. Topogr. Constantin.Note 16 · Constantin Porphyrogénète—Vie de Basile.Note 17 · Bous (Bœuf), Léon (lion). Il nous paraît plus vraisemblable de croire que l’étymologie du mot de boucoléon vient de bucca leonis, entrée desNote 18 · Cette base est conservée au Musée.Note 19 · Dans le plan de Melling, dessiné en 1815, nous voyons les ruines d’un autre palais de Bélisaire à côté du forum de Constantin, là où se trou
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