DEUXIÈME PARTIE (continued 2)
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Courcieux lança sa cigarette par la fenêtre.
— Que le divorce nous est impossible ; outre qu’il n’est pas admis par nous, il révélerait ce que nous devons tous cacher. Je n’entends être ni un mari ridicule ni un mari tragique. Je vais dire à la marquise de Courcieux, ma femme, que j’ai pour elle la plus profonde, la plus attendrie, la plus apitoyée des estimes ; qu’elle n’a rien à craindre de moi ; que je respecte la liberté de son cœur, mais que j’espère que son cœur ne tardera pas à venir librement à moi ; et que je lui confie, en attendant, l’honneur de mon nom. Je lui dirai encore, monsieur, que je suis votre victime avec elle et comme elle, et que je la plains, elle surtout et avant tout ; qu’elle n’a plus un protecteur en vous, puisque vous l’avez trahie, mais qu’elle en a un, ferme et sûr, en moi, et en moi seul.
La porte s’ouvrit brusquement. Amine parut, précédant sa mère.
— Monsieur le marquis, dit-elle, j’ai entendu vos dernières paroles ; je suis prête à vous suivre. Je me confie à vous.
Courcieux jeta un vif regard sur Guirand dont la mine piteuse le fit tristement sourire.
— Madame, dit Courcieux, en s’inclinant d’un air de profond respect devant sa femme, je vous remercie. J’étais sûr de vous. Mme Guirand voudra bien vous accompagner à l’instant chez vous.
Les deux femmes sortirent. Le soleil n’était pas levé encore.
— Vous devez sans doute tenir beaucoup, dit Courcieux à Guirand, tout en tirant de son étui une de ses fines cigarettes d’Orient, vous devez tenir à savoir quels seront nos rapports à l’avenir ? Rien n’est changé, parce que rien ne doit l’être. Suivez vos intérêts, monsieur, en tâchant de servir les nôtres. Ce sera votre excuse, peut-être votre pardon. Le monde doit ignorer notre drame intime. La nécessité où je suis de protéger l’honneur de mon nom contre le ridicule vous sauve de tout. Servez-nous, si vous pouvez, et je vous y aiderai, mais souvenez-vous que toute patience a des limites.
— Vous me rendez la vie ! s’écria Guirand.
Et il s’avança vers Courcieux, les deux mains tendues.
Courcieux regarda froidement ces deux mains ouvertes qui étaient grosses, larges, courtes, velues ; il parut les juger en chiromancien gouailleur, et prononça, presque gaîment :
— Ah ! ça, non, par exemple !
Il s’éloignait. Guirand regardait ce dos — très expressif, très significatif d’on ne sait quel dédain qui défiait toute épithète.