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Barbe-bleue

PREMIÈRE PARTIE (continued 2)

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—Voilà, pensait-elle, en quoi je suis folle; je voudrais trouver les transports d'un amoureux classique dans des missives dictées à un veuf de plus de quarante ans par une touchante et paisible amitié! Pourquoi gâter, en songeant au vin de Malaga, le goût piquant et sucré d'un verre de cidre?

Le mois de mars arriva; les bans étaient publiés, et l'expiration du délai de six semaines, accordé pour la célébration du mariage, tombait le 15 avril.

La correspondance du baron, après avoir été très active, cessa tout à coup pendant la dernière quinzaine de carême et Pauline resta sans nouvelles.

Un jour la femme de chambre lui demanda si elle était au courant de ce qui se passait à Bois-Peillot.

Pauline ignorait qu'il s'y passât quelque chose.

—Comment mademoiselle, reprit la camériste, peut-elle ne pas être au courant?

Pauline insista pour savoir ce dont il s'agissait et la servante lui répondit qu'elle ne saurait le lui expliquer, qu'il fallait le voir pour le croire.

M. de Guermanton, questionné par Pauline et peut-être mieux informé que personne, fit signe qu'il ne s'en doutait pas.

Pauline, aiguillonnée par la curiosité, allait tenter un pèlerinage discret du côté de son futur manoir, au risque d'y sacrifier une robe et une paire de bottines, lorsque le baron lui-même reparut à l'horizon.

Il aborda Guermanton dans un landau à la dernière mode et, chose étrange, le sabot des chevaux et l'essieu des roues étaient aussi nets que s'ils eussent été promenés sur le sable.

Il offrit à la famille une excursion sur ses terres et, à la stupéfaction de ses invités, on trouva toutes les voies rouvertes, alignées et sarclées...

Mais ce fut bien autre chose quand on eut atteint cette fameuse terrasse située devant le château et qui semblait naguère un vrai passage abandonné aux chèvres.

On eût dit que l'élégant Charaintru en personne avait inspiré les courbes moelleuses des pelouses et la composition des corbeilles.

Le château était recrépi à neuf; il y avait des vitres à toutes les fenêtres.

Il n'y avait pas jusqu'aux girouettes qui ne parussent avoir été passées au papier de verre et au tripoli.

Il conduisit ensuite ses hôtes sous un berceau aménagé dans un frais bosquet. Un goûter était servi, dont Pauline fit les honneurs.

—Je m'excuse, dit le baron, de ne pas vous introduire dans le château. Il est malheureusement encore tout entier aux mains des tapissiers qui s'efforcent de le rendre digne de sa future maîtresse.

Telle fut la connaissance que fit Pauline avec sa future habitation. Mais à en juger par les dehors somptueux, ce devait être un manoir féerique... Le luxe de l'intérieur annonçait, pour le moins, des plafonds dorés, des meubles rares et des tapis de Smyrne.

Le baron Pottemain reconduisit la famille de Guermanton, mais il fit halte devant le presbytère de Besson, envahi, ainsi que l'église, par une nuée de maçons et de charpentiers.

On visita le bon curé qui reçut tout radieux ses nouveaux paroissiens et l'on arrêta avec lui la date de la cérémonie.

Quinze jours plus tard, une cloche nouvelle, baptisée le matin sous le nom de «Sophie-Pauline», tintait pour la première fois dans le clocher neuf surmontant le toit de la vieille église romane et annonçait aux populations accourues de toutes parts le mariage de sa marraine Sophie-Pauline Marzet avec M. le baron Alexandre Pottemain, de Bois-Peillot.

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