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Aventures d'un Gentilhomme Breton aux îles Philippines

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Sur la géologie et la nature du sol des îles Philippines; sur ses habitants; sur le règne minéral, le règne végétal et le règne animal; sur l’agriculture, l’industrie et le commerce de cet archipel.

§ I.—Nature du sol.

L’île de Luçon, la principale de l’archipel des Philippines, est située entre les 123º 22′ et les 127° 53′ 30″ de longitude, et par les 12° 10′ et 15° 43′ de latitude du méridien de Madrid.

C’est la plus grande de l’archipel.

A l’est, ses côtes sont baignées par l’océan Pacifique, et à l’ouest par la mer de Chine.

Dans toute sa longueur du nord au sud, elle est divisée par une haute chaîne de montagnes, dont de grandes ramifications s’étendent à l’est et à l’ouest.

Son sol est essentiellement volcanique. On y remarque encore quelques volcans en combustion, de nombreux cratères éteints, et de grands bouleversements produits par des feux souterrains. Ses montagnes doivent leur origine à de grands soulèvements du sol.

Le volcan de Taal, au milieu du lac de Bombon, dans la province de Batangas, est toujours à l’état d’ignition; et, bien que depuis 1754 il n’ait pas fait de grandes éruptions, d’énormes colonnes de fumée s’échappent continuellement de son vaste cratère, qui n’a pas moins de quatre kilomètres de circonférence. L’éruption de 1754 fut si terrible, qu’à une distance de trente à quarante lieues la clarté du jour était obscurcie par l’immense quantité de cendres qu’il avait projetée dans l’air. A Manille, éloignée de vingt lieues, on entendit plusieurs détonations semblables à celles de la grosse artillerie. Les bourgs de Sala, Lipa, Tanaban et Taal, situés sur les bords du lac de Bombon, furent entièrement détruits.

Il est probable que ce volcan a des communications souterraines avec la haute montagne de Mainit, située au nord-est, à une distance de quatre à cinq lieues du lac de Bombon. Peut-être à une époque prochaine cette haute montagne se transformera-t-elle en un énorme volcan: elle menace continuellement de faire éruption; à son sommet, plusieurs crevasses laissent parfois échapper une épaisse fumée et souvent des flammes. A sa base, dans la partie baignée par les eaux du lac de Bay, surgissent de nombreuses sources thermales, à la température de l’eau bouillante. Toutes ces sources vont se jeter dans les eaux froides de Bay, et dégagent une si grande quantité de vapeur, qu’à une petite distance cette partie du lac paraît dans une ébullition continuelle. C’est dans ces sources que quelques auteurs ont prétendu que des poissons vivaient et que des plantes croissaient. Je puis assurer que c’est là une erreur.

L’île de Socolme, dont j’ai parlé, éloignée de quatre à cinq kilomètres des sources thermales, est un ancien cratère.

Dans les provinces de la Lagune et de Tayabas, plus à l’est de Mainit, la montagne de Majayjay, une des plus élevées de l’île de Luçon, a probablement été formée par un volcan dont le cratère, qui occupait le sommet, est maintenant un lac circulaire; sa profondeur n’a jamais pu être mesurée. A l’époque où ce volcan était en ignition, la lave qui coulait du sommet vers la base, dans la direction du bourg de Nacarlang, a probablement recouvert d’immenses cavités dans une grande étendue. Souvent, à la suite d’inondations ou de tremblements de terre, la couche volcanique qui recouvre ces cavités vient à se rompre, et laisse à découvert d’énormes profondeurs que les Indiens nomment bouches de l’enfer.

Entre Mainit et Majayjay, sur tout le territoire du bourg de San-Pablo, on trouve de distance en distance des petits lacs circulaires qui étaient autant de volcans. Les amas de pierre ponce et de laves de diverses natures qu’on remarque aux alentours de ces lacs ne laissent aucun doute sur leur première nature.

Le volcan de Mayon, qui, le 23 octobre 1766, fit une si terrible éruption, est situé tout à l’extrémité de Luçon, dans la province d’Albay. En 1814, une nouvelle éruption détruisit complétement le bourg de ce nom.

Tout le territoire de cette province est volcanique. On y trouve un grand nombre de cratères éteints, d’où l’on retire une grande quantité de soufre pour le commerce.

Tout à fait au nord de Luçon, les îles Babuyanes sont entièrement volcaniques. Dans ce groupe, celles nommées Camiguin, Dalapury et Fuya fournissent une grande quantité de soufre.

Comme on vient de le voir, au centre de l’île de Luçon, et à ses deux extrémités, le sol est essentiellement volcanique. Il serait superflu de donner dans ce court aperçu plus de détails sur les autres parties, qui sont absolument de la même nature, et qui prouvent évidemment que les Philippines ont été bouleversées par des feux souterrains et de fréquents tremblements de terre.

Ceux de ces tremblements de terre qui font époque ont eu lieu en 1627, 1645, 1675, le 24 septembre 1716, le 20 juin 1767, 1796, 1824, 1828 et 1852.

Celui de 1627 engloutit une des plus hautes montagnes de la province de Cagayan.

Celui de 1675 sépara, dans l’île de Mindanao, une haute montagne. Les eaux de la mer se précipitèrent par cette ouverture, et inondèrent une immense étendue de terres cultivées.

Le dernier qu’a éprouvé Luçon commença le 16 septembre 1852, à six heures trente minutes du soir. Les premières oscillations, accompagnées d’un fort bruit souterrain, firent varier le pendule de 43 degrés; elles se répétèrent, moins fortes, d’intervalles en intervalles plus ou moins éloignés, jusqu’au 12 octobre.

Il causa la ruine de tous les grands édifices; la montagne d’Uba-Uba, située dans la baie de Subic, province de Zembales, fut complétement engloutie.

Dans plusieurs parties de Luçon, la terre s’entr’ouvrit pour rejeter des masses d’eau, de vase et de sable. Non-seulement ce cataclysme fit sentir ses terribles effets dans toute l’île de Luçon, mais aussi dans les îles voisines. A Mindanao, les édifices et les ponts s’écroulèrent, et la terre, comme à Luçon, s’ouvrit dans plusieurs endroits pour vomir des masses d’eau, de vase et de sable.

§ II.—Climat.

La position topographique de l’île de Luçon et la haute chaîne de montagnes qui la divise du nord au sud, nommée Caravallo, procurent à ces belles contrées un printemps perpétuel. Cependant deux saisons bien distinctes y régnent en même temps: celle des pluies ou l’hivernage, celle des sécheresses ou l’été.

Pendant six mois, depuis juin jusqu’à la fin de novembre, le vent souffle du sud-ouest, et, pendant les autres six mois, du nord-est.—On distingue ces deux époques par mousson de sud-ouest et mousson de nord-est.

Pendant la durée de la mousson de sud-ouest, toute la partie de l’île située à l’ouest est dans la saison de l’hivernage, tandis que la partie opposée, à l’est, est dans la saison d’été, et vice versa, lorsque c’est le vent de nord-est qui règne. Celui qui voudrait éviter l’hivernage pourrait employer le même moyen que les Négritos ou Ajetas, lesquels, ainsi que je l’ai dit, changent de localité avec la mousson.

Le vent, dans une mousson ou dans l’autre, vient toujours de la mer. Il est arrêté par la haute chaîne de montagnes. Les nuages qu’il apporte, retenus par cette barrière, grossissent et s’accumulent jusqu’à ce qu’un orage vienne à se former. Alors le tonnerre gronde, la foudre sillonne l’air, la pluie tombe comme si le ciel avait ouvert ses cataractes; les rivières et les torrents grossis se précipitent dans la plaine, qu’ils fertilisent de tous les détritus et des terres limoneuses qu’ils ont arrachés au flanc des montagnes couvertes de hautes forêts. Mais bientôt le calme se rétablit, les nuages se dissipent, et le soleil luit de tout son éclat. Alors l’air est rafraîchi non-seulement pour les habitants de la région de l’hivernage, mais aussi pour ceux qui, de l’autre côté des montagnes, se trouvent dans la saison des sécheresses, car la brise qu’ils reçoivent a lamé cette fraîcheur dans la région humide qu’elle a parcourue.

Les orages, qui se répètent continuellement pendant la saison de l’hivernage, ne se passent pas toujours comme je viens de l’indiquer: souvent le tonnerre se fait à peine entendre, et la pluie tombe à torrents pendant cinq à six jours sans interruption; ou bien le vent ne suit pas son cours naturel. Dans moins de vingt-quatre heures, il parcourt tous les points de la boussole; il se déclare alors des ouragans ou tay-foungs, tels que je les ai décrits au commencement de ce livre.

Généralement, ces grands bouleversements de l’atmosphère arrivent au changement de mousson, pendant la lutte qui se livre entre le vent de nord-est et celui de sud-ouest. A cette époque aussi il survient des calmes de plusieurs jours, pendant lesquels les plus fortes et les plus accablantes chaleurs de l’année se font sentir.

§ III.—Regne minéral.

Le règne minéral est très-riche dans les Philippines.

L’or s’y trouve en paillettes et en grains dans presque toutes les rivières et les torrents.

Dans l’île de Luçon, les provinces de Tondoc, Nueva-Ecija, Camarines-Nord, en fournissent abondamment.

M. Oudan de Virly, Parisien d’origine, a longtemps exploité une mine en filon dans les montagnes nommées Caragas, dans l’île de Mindanao.

On trouve aussi à Luçon plusieurs mines de fer hydraté et d’aimant qui pourraient fournir à des exploitations gigantesques.

Dans la province de Boulacan, les montagnes d’Angat sont presque entièrement formées de ce minéral.

Dans la province de la Laguna, sur le territoire de Moron, il existe une grande étendue couverte de blocs séparés de minerai de fer, dont le rendement à la fonte n’est pas moindre de 80 p. 100. Ces blocs, disséminés sur le sol, paraissent avoir été rejetés du sein de la terre par une éruption volcanique.

On trouve aussi des mines de cuivre dans les provinces de Batangas et de Panpanga; leurs échantillons indiquent qu’elles sont d’une grande richesse.

Les Igorrotès et les Tinguianès connaissent, sans aucun doute, sur leur territoire, des mines vraisemblablement très-riches de ce métal; car ils fabriquent pour leurs usages des ustensiles grossiers qui paraissent avoir été faits avec un seul bloc de cuivre, tiré de la mine à l’état natif.

Le soufre, le charbon de terre y sont aussi très-abondants.

Enfin les roches basaltiques, le porphyre, le cristal de roche et les agates se trouvent en abondance, ainsi que des marbres de diverses couleurs.

Le granit y est peu connu; celui dont on se sert à Manille pour les trottoirs est apporté de la Chine.

La pierre la plus utile, celle que l’on emploie pour la construction des édifices, est une espèce de tuf volcanique très-solide, et aussi facile à tailler que le tuf ordinaire.

La province de la Laguna renferme une quantité considérable de sources thermales et minérales.

On trouve les premières à des températures différentes: elles ont de 80 à 90 degrés aux environs du bourg de Mainit, et de 28 à 30 degrés à Pagsanjan et à Jala-Jala.

Cette dernière localité renferme une grande variété de sources minérales, ferrugineuses, acides et sulfureuses.

Dans un des ravins de Jala-Jala on trouve du sulfate de fer en grande quantité. C’est sans doute la dissolution de ce sulfate de fer qui donne à quelques sources le goût acide.

Dans diverses autres parties de Luçon, aux environs de Manille entre autres, il y a aussi plusieurs sources d’eaux minérales ferrugineuses.

§ IV.—Règne végétal.

C’est dans le règne végétal que la nature a déployé aux Philippines toute sa magnificence.

Les hautes montagnes s’étendant du nord au sud dans tout l’archipel, qui, à une époque reculée, ont éprouvé de si grands bouleversements où les feux souterrains ont joué un si grand rôle, sont actuellement le plus grand, le plus puissant auxiliaire qui puisse aider cette luxuriante végétation.

Ainsi que je l’ai fait remarquer lorsque j’ai parlé du climat, ces montagnes divisent l’année en saison des pluies et en saison des sécheresses.

Leurs versants est et ouest, chacun à son tour, pendant six mois, reçoivent abondamment les eaux du ciel.

Les vallées qui se trouvent entre les montagnes, les inégalités du sol, les crevasses, les cratères éteints, sont autant de réservoirs où, pendant ces six mois, se réunissent les eaux pluviales pour s’échapper, pendant la saison des sécheresses, en sources et en ruisseaux limpides qui vont serpenter dans les plaines et y porter la fertilité et l’abondance.

Presque sans exception, toutes les montagnes sont recouvertes d’une forte couche de terre végétale, et revêtues de la plus splendide végétation qu’il y ait au monde.

Sur leurs versants se déroulent d’immenses forêts d’arbres gigantesques de diverses essences, où se mêlent des palmiers, des fougères hautes comme des arbres, des bambous, des rotins, des pandanus et des lianes de mille espèces, qui semblent avoir été créées pour former, d’un arbre à l’autre, des décors de guirlandes de verdure, de fleurs et de fruits.

La nature a pourvu à tout aux Philippines.

Ces hautes montagnes couvertes de bois précieux ont généralement un de leurs versants (celui qui se trouve le plus exposé aux pluies) garni de magnifiques et gras pâturages, où croissent diverses graminées, particulièrement le talaje, espèce de canne à sucre sauvage, le cogon, long et flexible, d’un usage précieux pour la couverture des cases indiennes.

Dans ces beaux pâturages s’engraissent, sans aucun soin, d’innombrables troupeaux de buffles, de bœufs, de chevaux et de timides cerfs, qui, la nuit, sortent en troupes des sombres forêts pour y venir prendre leur pâture.

Les bois les plus remarquables par leur emploi dans l’industrie sont les suivants:

Le molauin ou molave, vitex (didynamie de Linné). Son bois, de la couleur du buis, est incorruptible et inattaquable par les insectes; il est employé dans toutes les constructions exposées aux intempéries, et particulièrement pour la membrure des vaisseaux.

Le banaba, mouchausia speciosa (polyadelphie de Linné). Le bois, de couleur rose, sert pour toutes espèces de construction, et il donne de belles fleurs couleur violette.

Le palomaria, calophyllum, inophyllum (polyadelphie de Linné), fournit une gomme résine employée dans la médecine indienne; son bois, léger et flexible, est d’une grande solidité, et il est employé particulièrement pour la mâture.

Le mangachapoi, mocanera (polyandrie de Linné), et le guio, de la même espèce, parviennent tous deux à une hauteur prodigieuse. Il n’est pas rare d’en trouver de 30 à 40 mètres sur un équarrissage de 70 à 90 centimètres sur toute leur longueur. Leur bois, compact, serré, et d’une grande solidité, est employé pour les grandes pièces de charpente, et notamment pour la mâture des jonques chinoises.

Le dongon, helicteres apelata (décandrie de Linné), est aussi un arbre gigantesque, dont le bois solide est propre aux constructions.

L’anobin, arctocarpus maxima (monoécie de Linné), acquiert des dimensions colossales; son bois, jaune, léger, et inaltérable dans l’eau, est employé aux constructions navales, et particulièrement pour faire des pirogues. Cet arbre est de la même famille que celui connu sous le nom d’arbre à pain: en faisant des incisions à l’écorce, il en découle une gomme dont les Indiens se servent pour prendre des oiseaux, comme avec la glu.

La narra, ou asana, pterocarpus palidus (diadelphie de Linné). Le bois est semblable à l’acajou pour la couleur. Cet arbre acquiert des dimensions énormes; un seul tronc est souvent employé à faire une embarcation qui peut charger plusieurs tonneaux; il est généralement employé à faire des meubles, et particulièrement des tables d’une seule pièce, qui peuvent contenir vingt et trente couverts.

Le calantas, cedrela odorata (pentandrie de Linné), est une espèce de cèdre dont le bois a la couleur, l’odeur et toutes les propriétés du cèdre du Liban; il est généralement employé pour les constructions navales.

Le baleté, ficus indius (monoécie de Linné), est un arbre dont le bois blanc et spongieux est peu employé; il parvient à une élévation prodigieuse, et son tronc acquiert des dimensions colossales: c’est avec son écorce que les sauvages font leurs vêtements et les cordes de leurs arcs. J’ai déjà parlé de cet arbre dans le cours de mon livre.

Dans les espèces propres à l’ébénisterie, on trouve une grande variété:

L’ébène ordinaire; puis le camagon, ou mabolo, diospyros koki (octandrie de Linné), qui donne un fruit savoureux, de la grosseur et de la couleur de la pêche, et dont le bois est veiné de noir et de blanc.

Le malatapai, diospyros pilosanthera (octandrie de Linné), donne une ébène veinée de noir et de rouge.

Le lanotan, uvaria lanotan (polyandrie de Linné), dont le bois blanc et compacte ressemble beaucoup à l’ivoire.

On trouve aussi aux Philippines des citronniers d’une dimension prodigieuse, ayant plusieurs mètres de circonférence; et enfin pour le commerce une grande variété de bois de teinture.

Il serait trop long de donner ici la nomenclature de tous les arbres qui croissent dans les forêts des Philippines. La province d’Ilocos Nord en produit à elle seule cent seize espèces différentes, toutes utiles et propres à l’industrie.

Auprès de ces arbres gigantesques et dont le bois est précieux, il s’en trouve une multitude qui fournissent aux habitants des fruits savoureux et d’excellents aliments.

Le manguier, manga mangifera india (pentandrie de Linné). Dans aucun pays du monde cet arbre, qui atteint la taille de nos plus grands chênes, ne fournit des fruits aussi savoureux et aussi variés qu’aux Philippines.

Le lanzones, ekebergia de Jus. (ennéandrie de Linné), est un arbre propre aux Philippines; il fournit un excellent fruit, qui a beaucoup de rapport avec le lechi.

Le chicos, achras sapota (hexandrie de Linné), est un arbre dont cinq ou six espèces donnent des fruits délicieux.

Le macupa, eugenia iambos (icosandrie de Linné), produit des fruits d’une belle couleur rose et très-savoureux, ayant l’odeur de la rose.

Le lumboi, calyptrantes jambolana (icosandrie de Linné), se trouve dans toutes les forêts; son fruit, de couleur violette, est rafraîchissant et d’un goût agréable.

Le santol, sandoricum ternatum (décandrie de Linné), est un grand arbre qui donne une prodigieuse abondance de fruits de la grosseur d’une pomme.

Le camias, averrhoa bilimbi (décandrie de Linné), est un arbuste qui produit un gros fruit, remarquable par sa propriété rafraîchissante.

Le tamarinier, le papayer, le goyavier, les diverses espèces d’orangers et citronniers, les pamplemousses, fournissent tous des fruits aussi savoureux que variés, ainsi que les bananiers de tant d’espèces dont j’ai déjà parlé.

Il y a aussi dans les forêts des Philippines une grande variété de palmiers, parmi lesquels on en trouve qui servent d’aliment, tel que celui qui donne le sagou; d’autres, d’où découle une liqueur douce et agréable à boire; et enfin une grande quantité de rotins, dont quelques-uns produisent un fruit agréable au goût et très-rafraîchissant.

Le rima, arctocarpus maxima (monoécie de Linné), connu vulgairement sous le nom d’arbre à pain, est aussi très-abondant aux Philippines.

Les plantes et les arbustes cultivés dans l’île de Luçon, et qui font la richesse du pays, sont:

Le caféier,

Le cacaotier,

L’indigo,

Le poivre,

Le tabac,

Le riz, de diverses espèces;

Le froment,

Le maïs;

Une grande variété de plantes légumineuses;

La canne à sucre,

L’abaca, espèce de bananier qui croît presque naturellement dans la province d’Albay;

Diverses espèces de cotonniers.

J’aurai à entretenir le lecteur de ces diverses plantes lorsque je parlerai de l’agriculture.

On cultive aussi des patates de diverses espèces.

Dans les forêts on trouve plusieurs genres de tubercules très-abondants, et excellents comme nourriture.

Parmi les palmiers de diverses espèces, on trouve celui (dont j’ai déjà parlé) qui produit le sagou, et celui dont la sève, d’une saveur agréable, donne, lorsqu’elle est réduite au feu, une espèce de sucre très-recherchée comme assaisonnement pour le riz.

Un pays aussi riche dans le règne végétal fournit également, à l’état sauvage, les plus belles, les plus brillantes fleurs que l’on puisse voir.

§ V.—Des habitants des Philippines.

Avant de m’occuper du règne animal, sur lequel je suis obligé de m’étendre plus que je ne me l’étais proposé, je vais passer rapidement en revue les diverses races d’hommes qui habitent les Philippines, et chercher à établir, par des calculs et des rapprochements approximatifs, l’origine probable de celles de ces races qui ne sont pas connues.

Des Espagnols.

Il est remarquable que quelques milliers d’hommes puissent gouverner et maintenir en paix une population de plus de trois millions d’habitants, composée d’êtres si divers, braves et belliqueux, souvent cruels envers leurs ennemis. Ce n’est ni par l’oppression ni par la force brutale qu’ils les dominent, mais par une justice bien entendue, scrupuleusement administrée, par un gouvernement tout paternel, et par la plus juste indépendance dont puisse jouir l’homme en société. Si, dans cette vaste administration, il se commet quelques abus, ce sont des faits isolés, provenant d’employés subalternes, contre la volonté du pouvoir.

Il y aurait une grande étude à faire, une belle page à écrire sur la conquête des Philippines, et sur cette maxime sublime du conquérant disant à des peuples presque à l’état sauvage: «Vous êtes mes enfants; mon Dieu m’envoie vers vous: fiez-vous à moi. Je vous offre l’appui et l’indulgence qu’un père doit à la faible créature que la Providence lui a confiée.»

Tous ces bienfaits, si justement appréciés par les peuples auxquels ils étaient offerts, et qui ont eu de si grands résultats pour leur bonheur, ne valent-ils pas l’or et les richesses conquis par le fer et la destruction? L’Espagne, en exécutant scrupuleusement le programme qu’elle avait offert, en remplissant religieusement sa noble mission, ne doit-elle pas s’enorgueillir de sa belle conquête?

Je serais heureux que cette page, écrite avec toute l’impartialité d’un observateur consciencieux, pût inspirer à mon lecteur une partie de l’admiration dont je suis pénétré pour cette noble nation, et détruire les préventions qu’ont pu donner quelques fragments écrits par des voyageurs de passage, qui saisissent avec avidité une faute exceptionnelle, un abus inévitable dans une grande administration, sans se rendre compte de l’organisation toute paternelle qui gouverne un peuple encore dans l’enfance.

Il est un fait positif: c’est que l’Espagne a fait le bonheur de la population indienne. Il serait trop long d’entrer ici dans tous les détails de son administration; quelques lignes suffiront à démontrer sa sollicitude pour cette classe d’hommes.

Le capitaine général des Philippines a le pouvoir et les attributions de l’autorité royale en Espagne.

Il a pour adjoint un assesseur, espèce de ministre responsable, qui prépare les décrets et les ordonnances soumis à sa signature.

Il est à la fois le chef civil et militaire, et il préside la cour royale, la seconde autorité de la colonie.

Cette cour se compose d’un régent, de cinq conseillers (oïdores) et de deux fiscaux, l’un pour le civil, l’autre pour le criminel. Ces deux fiscaux sont spécialement chargés de protéger les Indiens.

L’un des membres de la cour royale est nommé juge contre l’esclavage. Il n’y a pas d’esclaves aux Philippines. Cependant, comme cet abus pourrait se présenter, le magistrat dont il s’agit est spécialement chargé de le surveiller et de le réprimer au besoin.

L’archipel est divisé en provinces. Chaque province est gouvernée par un alcade. Comme souvent il est, dans sa province, le seul et unique Espagnol, il a droit à une garde de vingt à trente indigènes.

Chaque province est divisée par bourgs, et chaque bourg est administré par un gobernadorcillo et son conseil municipal, indigènes élus d’après le mode que j’ai indiqué.

Le capitaine général gouverne, promulgue des lois, rend des décrets.

La cour royale fait exécuter les lois, rend la justice, et protége la classe indienne contre les abus.

L’alcade, dans la province, remplit les fonctions du gouverneur, fait exécuter les décrets, et reçoit des percepteurs les fonds provenant de l’impôt.

Le gobernadorcillo, dans son bourg et avec le conseil municipal, administre la commune et exécute les ordres de l’alcade.

Des Indiens convertis au christianisme.

La population indienne soumise au christianisme s’élève à 3,304,742 âmes. A l’époque de la conquête, elle était fort inférieure à ce chiffre. Elle était divisée en grandes peuplades qui se gouvernaient elles-mêmes, et qui parlaient chacune un idiome différent. Ces idiomes paraissent dériver du tagaloc, lequel a lui-même une certaine analogie avec la langue malaise.

Les noms de ces diverses peuplades et leurs idiomes se sont conservés; ils ont servi aux Espagnols dans la division de l’archipel en provinces.

En commençant par le nord de Luçon, on trouve les provinces de Cagayan, habitées par les Cagayanès, qui ont une langue particulière;

En descendant vers le sud, les provinces d’Ilocos, qui ont aussi un idiome particulier, l’ilocano;

Celles de Pangasinan et de Panpanga, où l’on parle le panpango;

Les provinces de Zembales, Nueva-Exija, Bulacan, Tondoc, la Laguna, Tayabas et Batangas, habitées par les Tagalocs, qui parlent la langue tagale;

En allant toujours vers le sud, les provinces de Camarinès, Albay, et tout le groupe des îles que l’on nomme Bisayas, où l’on parle le bisayo.

Les habitants de ces diverses provinces, dont la langue varie, présentent aussi une différence marquée dans leur type et leur physionomie. Doit-on attribuer cette différence à la variété des races? ou n’est-ce pas des hommes de même origine qui, sous l’influence du climat et des habitudes, auraient subi un changement dans leurs formes et leurs couleurs primitives?

Quoi qu’il en soit, il est un fait certain, c’est que de toute cette diversité d’hommes, Cagayanès, Ilocanos, Panpangos, Tagalocs et Bisayos, aucune n’est originaire des Philippines.

Il est probable qu’elles sont un mélange d’hommes de différentes nations, que des circonstances fortuites ont amenés dans une partie de l’archipel.

Que l’on jette un coup d’œil sur la carte, et l’on verra les Philippines entourées, d’un côté, par le Japon, la Chine, la Cochinchine, Siam, Sumatra, Bornéo, Java, les Célèbes, et, de l’autre côté, par toutes les îles dont est semé l’océan Pacifique.

On peut supposer, de ce voisinage, que les premiers conquérants, établis dans cet archipel contre la volonté des Ajetas, véritables aborigènes dont je parlerai bientôt, auront eu des relations, soit par le commerce, soit par des naufrages, avec les divers peuples qui les environnaient, et avec les Ajetas eux-mêmes. De ces relations il est sans doute résulté un si grand mélange de races, que les types primitifs se sont presque entièrement effacés.

A l’appui de cette opinion, je puis citer un fait dont j’ai déjà parlé: mon curé de Jala-Jala, le père Miguel, naturel de la province de Tayabas, connaissait exactement l’origine de sa famille; il descendait du mariage d’un Japonais avec une femme tagaloc, et on remarquait chez lui tous les traits japonais.

Cependant le type malais est le plus généralement répandu, et celui qui est demeuré le plus apparent.

Il est probable que les Malais furent les premiers qui occupèrent les côtes de l’archipel des Philippines, et qu’à ceux-ci se mêlèrent successivement quelques Ajetas, des Japonais, des Chinois, et des habitants si variés de la Polynésie.

Les Indiens soumis aux Espagnols diffèrent fort peu, dans leurs coutumes et leur caractère, des Tagalocs que j’ai décrits et fait connaître.

De la langue tagale.

On a recherché l’origine des divers idiomes en usage aux Philippines. Quelques personnes les font provenir du chinois et du japonais; d’autres, de l’hébreu ou du malais. Cette dernière opinion paraît la plus vraisemblable, si l’on considère la langue malaya comme primitive.

Dans le bisayo et le tagaloc, d’où dérivent tous les idiomes parlés aux Philippines, on trouve un grand nombre de mots malayos, et qui ont la même signification dans les deux langues. On en trouve aussi d’exactement semblables, mais qui ont une signification différente.

Ainsi, Olo, tête;

Puti, blanc;

Languit, ciel;

Mata, yeux;

Susu, saint;

battu, pierre, sont les mêmes en togaloc: bisayo et malayo.

Beaucoup d’autres mots varient fort peu. Ainsi, en malayo, lina veut dire langue; babi, porc; en tagaloc, dila signifie langue; babui, porc.

Il faut considérer que les idiomes des Philippines ont été singulièrement altérés par les divers dialectes qui s’y sont mêlés. La langue espagnole a fourni les caractères qui lui sont propres aux idiomes des races placées sous la domination de cette nation.

On ne retrouve plus de documents écrits avec les premiers caractères de la langue tagale. Les anciens Tagalacs écrivaient sur les feuilles d’un arbre nommé banava; ils traçaient leurs caractères sur ces feuilles au moyen de la pointe d’un bambou.

La langue tagale est claire, riche, élégante, métaphorique et poétique. Elle prête beaucoup à l’improvisation, pour laquelle le Tagaloc a un goût prononcé.

L’écriture, avant l’adoption des caractères espagnols, allait de droite à gauche, à la manière orientale.

L’alphabet tagaloc ne possédait que dix-sept lettres, dont trois voyelles ayant la même valeur que les voyelles de notre langue.

A et E ont le même son que I, et un autre son qui équivaut à O et U. De là vient une grande diversité dans la prononciation. Ainsi le mot tubi (qui signifie permettez-moi) se prononce tobe; olo se prononce ulu.

Les consonnes sont au nombre de quatorze; elles se prononcent toujours avec la finale A. Ainsi les lettres C, M se prononcent CA, MA. Mais en plaçant un point au-dessus, cette prononciation se change en E ou en I. Le même point mis au bas, la finale se change en O ou en U. Les lettres C et S ont la même valeur. Le D se prononce souvent comme R: ainsi madali se prononce marali. F se change en P. Souvent le C se change en M, le G en Y.

Dans la poésie, les syllabes Ge-Ji se prononcent quelquefois comme guy.

H se prononce d’une manière gutturale, comme la J espagnole; Q comme K, et U comme ou.

La langue tagale a ses noms, qui se déclinent en six genres; elle a aussi ses conjonctions: de telle sorte que l’on peut écrire le tagaloc et le bisayo comme nos langues européennes.

On a publié à Manille, en langue tagale, divers ouvrages en vers et en prose, par exemple, une traduction de l’Écriture sainte, diverses tragédies, des odes, etc.

Métis espagnols-indiens, chinois-indiens, et métis chinois-espagnols.

Les métis espagnols-indiens sont au nombre de 8,584. Les métis chinois-indiens et les métis chinois-espagnols sont les plus nombreux: on en compte 180,000. Ils sont répandus dans tout l’archipel, et gouvernés par les mêmes lois que celles qui régissent les Indiens, sans différence de priviléges.

Des Chinois aux Philippines.

A l’époque du dernier recensement, en 1845, on comptait dans toutes les Philippines 9,901 Chinois.

Depuis, la cour de Madrid ayant accordé de nouveaux priviléges aux naturels du Céleste Empire afin d’encourager l’immigration, leur nombre a dû augmenter considérablement.

Ce sont, en général, des hommes laborieux, s’occupant, avec une remarquable aptitude, d’agriculture, d’industrie, et particulièrement de commerce. Aussi économes qu’habiles, ils sont peut-être les premiers commerçants du monde. Lorsqu’ils ont amassé une fortune assez considérable pour que le tiers puisse satisfaire la cupidité de leur mandarin, le second tiers celle de leur famille, et leur dernier tiers leur suffire à eux-mêmes, ils retournent volontiers dans leur patrie.

Comme c’est uniquement l’intérêt matériel qui les amène aux Philippines, ils s’y marient et y changent facilement de religion; mais s’ils y trouvent leur compte, lorsqu’ils rentrent en Chine ils reprennent leur ancienne religion, et souvent même la femme qu’ils y avaient laissée.

Les Chinois ont à Manille une juridiction à part, mais à peu près semblable à celle des Tagalocs, c’est-à-dire qu’ils nomment entre eux leur gobernadorcillo, ainsi que les collecteurs de l’impôt qu’ils sont tenus de payer au gouvernement espagnol.

Ainsi qu’on vient de le voir, la population de l’archipel des Philippines, gouvernée par les lois espagnoles, se compose:

1º De la population blanche. 4,050 habitants.

2º Métis espagnols-indiens. 8,584 habitants.

3º Métis chinois-espagnols et chinois-indiens. 180,000 habitants.

4º Indiens. 3,304,742 habitants.

5º Chinois. 9,901 habitants.

Ensemble. 3,507,277 habitants.

Des infidèles.

Au centre de l’île de Luçon se trouve une étendue de terres de quatre cent cinquante lieues carrées, que les Espagnols nomment le pays des infidèles.

Cette partie de l’île est habitée par des peuples insoumis, vivant plus ou moins à l’état sauvage, mais en grandes réunions, se garantissant des intempéries des saisons sous un toit dans le genre des cases indiennes, vivant de chasse, d’un peu d’agriculture, et empruntant aux arbres de la forêt l’écorce qui leur sert de vêtement.

Les Tinguianès et les Igorrotès sont ceux chez lesquels j’ai le plus voyagé. J’ai donné dans ce livre d’assez longs détails sur leurs coutumes et leurs mœurs; je crois inutile de me répéter.

Il serait difficile d’indiquer d’une manière exacte l’origine des Tinguianès, de même que celle des peuplades qui les avoisinent. Il paraît cependant certain qu’ils ne sont point aborigènes des Philippines.

Les Tinguianès, par leur couleur, leurs belles formes, leurs cheveux longs, leurs yeux bridés, le prix qu’ils attachent aux vases en porcelaine, leur musique, par l’ensemble de leurs habitudes enfin, pourraient bien descendre des Japonais. Peut-être, à une époque sans doute bien reculée, des jonques japonaises, poussées par la tempête, auront-elles fait naufrage sur la côte nord-est de Luçon. Les équipages, dans l’impossibilité de retourner dans leur pays, pour se soustraire aux Ajetas ou aux habitants des côtes, se seront réfugiés dans l’intérieur des montagnes, dans des lieux où la difficulté de pénétrer aura pu les mettre à l’abri des poursuites de leurs ennemis.

Les marins japonais, dont la navigation est généralement limitée au simple cabotage sur leurs côtes, embarquent ordinairement leurs femmes avec eux. J’ai eu l’occasion de m’en assurer à bord de deux jonques de cette nation qui avaient été poussées par une tempête, et s’étaient abritées sur la côte est de Luçon. Elles y séjournèrent quatre mois, pour attendre avec la mousson du nord-ouest qu’un vent favorable leur permît de retourner dans leur pays. Si elles n’avaient pas trouvé un gouvernement protecteur, leurs équipages auraient été obligés, comme je suppose qu’ont dû le faire les premiers Tinguianès, de se réfugier dans les montagnes. Ces derniers ayant quelques femmes, s’en seront procuré d’autres, soit des Ajetas ou des populations environnantes. De ce mélange, de l’influence du climat, il sera résulté des types différant du primitif, et, sous ce beau ciel, dans ce magnifique pays, leur nombre se sera rapidement accru.

Ne seraient-ils pas encore descendants des Dajacks, que l’on croit être les habitants primitifs de Bornéo?

Comme les Tinguianès, les Dajacks ont la coutume de couper la tête de leurs ennemis, et de les emporter comme trophée de victoire. De même qu’eux également, ils attachent un grand prix aux vases, qui sont une marque de noblesse et de richesse pour celui qui les possède. Dans leurs fêtes, d’après M. Temminck, ils font des libations de docok-katan, boisson enivrante préparée avec du riz fermenté qui lui donne la couleur laiteuse que prend le bassi des Tinguianès, lorsqu’ils y ont dissous les cervelles de leurs ennemis. Enfin, comme ces derniers, les Dajacks portent une espèce de turban et une ceinture faits avec la seconde écorce d’une espèce de figuier.

Les Igorrotès, que j’ai eu bien moins l’occasion d’étudier, paraissent être, et on le croit généralement, les descendants de la grande armée navale du Chinois Lima-on, qui, après avoir attaqué Manille le 30 novembre 1574, s’était réfugié avec son armée dans le golfe de Lingayan, province de Pangasinan. Là il fut de nouveau attaqué et battu. Sa flotte, complétement détruite, une grande partie des équipages prit la fuite, et se sauva dans les montagnes, où les Espagnols ne purent les poursuivre.

Les Igorrotès sont de petite stature; ils ont les cheveux longs, les yeux à la chinoise, le nez un peu gros, les lèvres épaisses, les pommettes prononcées, de larges épaules, les membres gros et nerveux, et la couleur fortement cuivrée. Ils ressemblent beaucoup aux Chinois des provinces avoisinant la Cochinchine.

Je n’émets ici qu’une opinion basée sur des probabilités. On ne connaîtra sûrement jamais d’une manière exacte l’origine des Tinguianès et des Igorrotès, pas plus que celle des Guinanès, des Buriks, Busaos, Ibréis, Apayoos, Gadanos, Caluas, Ifugos et Ibilaos.

Toutes ces populations, si différentes entre elles, habitent la terre des infidèles. On ne peut que supposer qu’ils descendent des Chinois, des Japonais, des Malais et des naturels de la Polynésie.

Des Ajetas ou Négritos.

Si on se perd en conjectures sur l’origine des habitants de la terre des infidèles, il n’en est pas de même des Ajetas. Toutes les traditions indiennes s’accordent à dire qu’ils sont les véritables aborigènes et les anciens possesseurs des Philippines.

A certaine époque ils étaient si nombreux, si puissants, que beaucoup de villages tagalocs les reconnaissaient pour maîtres et seigneurs du sol, et leur payaient un tribut annuel en riz, en patates, ou en maïs.

Ainsi que j’ai déjà eu occasion de le dire, tous les ans, à une époque déterminée, ils descendaient de leurs montagnes, sortaient de leurs forêts, et obligeaient les Tagals à payer le tribut. Si ces derniers refusaient, ils leur déclaraient la guerre, et ne retournaient dans leurs forets qu’après avoir coupé quelques têtes à leurs vassaux. Ils emportaient ces têtes comme trophées et comme preuves de leur domination.

Après la conquête des Philippines, les Espagnols prirent la défense des Tagalocs; et les Ajetas, éprouvant pour la première fois l’effet des armes à feu, furent saisis d’effroi, obligés de demeurer dans leurs forêts et de renoncer à l’exercice de leurs droits de suzeraineté.

J’ai déjà eu l’occasion, lorsque j’ai raconté mon voyage chez les Ajetas, de parler longuement de cette race d’hommes, la seule qui vit, aux Philippines, à l’état de nature primitive. C’est la plus nombreuse, la plus répandue.—Elle n’est susceptible d’aucune civilisation, et a donné, dans plus d’une occasion, la preuve irrécusable qu’elle préfère sa vie nomade, l’ombre des bois pour abri, l’écorce des arbres pour vêtements, la terre nue pour reposer ses membres, la poursuite de sa proie pour assouvir sa faim, aux douceurs et au confortable de la vie civilisée. Elle peut être comparée à certains animaux sauvages qu’on n’a jamais pu réduire à l’état de domesticité.

Un archevêque de Manille avait pu se procurer un Ajetas tout à fait en bas âge. Il le fit élever avec une sollicitude toute paternelle. Après lui avoir fait donner une instruction solide, il le destina à l’état ecclésiastique; mais lorsqu’il fut devenu vicaire, et par conséquent entièrement libre, pouvant mener une existence paisible et heureuse, il se rappela son enfance, sa vie nomade d’autrefois, ses montagnes et ses forets. Tout à coup il se dépouille de sa soutane, reprend le vêtement primitif de ses parents, s’enfuit, et va les rejoindre. Toutes les tentatives qu’on a pu faire pour le ramener à la vie civilisée furent inutiles.

On pourrait citer bien des exemples de ce genre.

Il serait impossible de déterminer, même approximativement, la population des Ajetas. Elle a dû considérablement diminuer depuis la conquête des Philippines; elle finira par disparaître entièrement.

§ VI.—Règne animal.

Mammifères.

Les animaux domestiques que possédaient les habitants des Philippines avant l’époque de la conquête, et ceux qui peuplaient leurs forêts, ont conservé leurs noms tagals; ainsi:

Cambin, chèvre;

Babui, porc;

Asso, chien;

Poussa, chat;

Oussa, cerf;

Carabajo, buffle;

Les animaux domestiques apportés par les Espagnols ont conservé, ou à peu près, les mêmes noms qu’en Espagne:

Caballo, cheval;

Vaca, vache;

Carnero, mouton, etc., etc.

Des quadrumanes, en langue Tagaloc, matchin.

Les singes sont peu variés aux Philippines. A Mindanao on en remarque qui sont albinos, tout à fait blancs, ayant les yeux rouges et la peau d’un joli rose. Cette variété est recherchée par les Chinois, qui les élèvent à l’état de domesticité comme animaux curieux.

Les deux espèces que l’on trouve dans l’île de Luçon, connus sous le nom de bonnets-chinois, macacus niger, que les Tagalocs nomment matschin, vivent par petites familles dans les grands bois, et de préférence aux environs des champs cultivés. L’étude de leurs mœurs serait assez curieuse; mais je crains d’abuser de la patience de mon lecteur, et je me bornerai à faire connaître qu’ils ont l’instinct le plus intelligent pour satisfaire leur appétit vorace et se défendre de leurs ennemis.

J’ai souvent vu autour d’une cage, espèce de piége pour les prendre, toute une petite famille. Celui qui paraissait le plus âgé se donnait tous les soins qu’aurait pu prendre un grand’père pour ses petits-enfants; il semblait les empêcher de s’approcher de la cage; lorsqu’il les avait placés à une certaine distance, il s’en approchait seul, prenait un morceau de bois, le fourrait à l’intérieur de la cage, à travers les barreaux, et en retirait adroitement et sans danger les épis de riz qui y avaient été mis comme appât. Lorsque les Indiens voyaient tant de précautions, ils disaient: «Nous n’en prendrons point de cette famille, car les écoliers ont un vieux maître avec eux.»

Des quadrupèdes.

Il y a peu de variétés dans les quadrupèdes. La nature, qui a prodigué tous ses bienfaits aux Philippines, n’y a point fait naître d’animaux féroces, et dans le genre carnassier on ne compte qu’une petite espèce, peu nuisible, comme on le verra.

Les chevaux, les bœufs et les moutons, comme je l’ai déjà fait savoir, ont été apportés par les conquérants. Dans ce beau pays, dans ces gras pâturages, où ils vivent presque en liberté, ils ont prospéré d’une manière si extraordinaire, qu’un bœuf gras rendu à Manille ne se vend pas plus de 60 à 70 francs; un beau cheval, depuis 50 jusqu’à 100 francs. Les moutons n’ont pas de valeur; les Indiens ne se donnent pas la peine d’en conduire au marché.

Le porc paraît de la même race que celui de Chine. Il est très-abondant; sa chair est l’aliment préféré des Indiens, qui ne manquent jamais d’en pourvoir abondamment leur table dans les grands festins.

Le chien et le chat sont des animaux qui se trouvaient aux Philippines lors de la conquête. Une espèce de chien paraît particulière à Luçon: c’est un dogue d’une taille monstrueuse et d’une férocité remarquable; il a le poil court, d’une couleur jaunâtre, un peu plus foncé que celui du lion. Cette belle race tend à disparaître; lors de mon séjour aux Philippines, il était fort difficile de s’en procurer.

1. Le buffle sauvage (carabajo-bondoc).

Le buffle sauvage est de la taille de nos plus grands bœufs. Sa couleur est noire, et sa peau, semblable à celle de l’éléphant, peu couverte de poil. Il est armé de deux magnifiques cornes qui, à leur base, se réunissent presque sur le front, et dont les extrémités sont très-aiguës. Il s’en sert avec une remarquable adresse. Il ressemble beaucoup au buffle domestique pour les formes. Cependant il est à observer que jamais il n’a été possible de le réduire à l’état de domesticité, pas même à l’âge le plus jeune; ce qui ferait supposer que cette espèce est différente de celle du buffle domestique, qui sans doute est originaire de la Chine ou des îles de la Sonde.

Cet animal est aussi féroce que sauvage. Le jour, il habite l’intérieur des forêts les plus sombres, particulièrement les lieux marécageux; la nuit, il sort dans la plaine pour y chercher sa pâture. Son instinct le conduit à faire une guerre acharnée à l’homme, son seul ennemi. Lorsqu’il peut le surprendre, il se plaît à mettre son corps en lambeaux avec ses cornes aiguës. Aussi, dès qu’un Indien aperçoit un buffle, il se hâte de grimper sur un arbre, où cependant il n’est pas encore à l’abri du danger. L’animal demeure souvent des journées entières au pied de l’arbre pour y attendre sa proie à la descente. Dans ce cas de persistance, le seul moyen de s’en débarrasser est de lui jeter les vêtements que l’on a sur soi. Il les met en morceaux, et lorsqu’il croit avoir fait beaucoup de mal à celui qu’il attendait, il se retire dans la forêt la plus voisine.

Sa chasse, comme on l’a vu, est remplie de dangers, pleine d’émotions. Aussi est-ce celle que préfèrent les grands chasseurs indiens; elle est pour eux une véritable fête.

Sa chair, composée de fibres beaucoup plus fortes que celle des bœufs, est très-bonne à manger. Sa peau, d’une ténacité et d’une force incroyables, coupée en petites lanières, sert à faire des lacets et des courroies qui résistent à un attelage de trente à quarante buffles. De ses longues cornes, les Indiens font de jolies cannes, des boîtes, des peignes et des tabatières.

2. Le buffle domestique (carabajo).

Le buffle domestique est presque entièrement noir; seulement il a les genoux blancs, et une raie de la même couleur sous le poitrail.

On en voit cependant quelquefois qui sont entièrement blancs, dont la peau est rose et les yeux rouges: ce n’est point une variété, mais bien un accident de la nature.

De tous les animaux domestiques, c’est celui qui rend le plus de services à l’homme. Il est plus doux, plus fort, et a plus d’instinct que le bœuf.

Jusqu’à l’âge de quatre à cinq ans, il vit en liberté dans les montagnes et les forêts. C’est à cet âge que les Indiens le prennent pour le dompter. Il est alors comme un animal sauvage, qu’il faut poursuivre avec de bons chevaux et de forts lacets. On ne se rend maître de lui qu’après l’avoir assujetti, au moyen de fortes cordes, au tronc d’un arbre, et lié de tous côtés. Il faut encore prendre des précautions pour l’approcher. Il n’est entièrement vaincu que lorsqu’on lui a percé la cloison qui sépare les deux naseaux, et qu’on y a passé un anneau en fer ou en rotin. A cet anneau on attache la longe pour le conduire, comme la bride sert à diriger le cheval.

Après cette dernière opération, il devient tout à fait inoffensif. Il a reconnu son impuissance, et il se laisse facilement conduire. Cependant, s’il est méchant ou rétif, on lui donne pour gardien un enfant: son instinct lui fait comprendre qu’il n’a pas de mauvais traitement à craindre de la part d’une faible créature; aussi jamais ne lui fait-il aucun mal.

Sa nourriture est des plus faciles. Il mange toute espèce d’herbes, celles délaissées par les animaux les moins dégoûtés. Il va chercher sa pâture dans les plaines, dans les ravins, dans les sombres forêts, sur les montagnes les plus escarpées, et au fond des eaux, où il broute pendant les heures de chaleur avec la même facilité que dans les lieux secs.

C’est le seul animal que les caïmans n’osent pas attaquer. Lorsque plusieurs femelles, pendant la chaleur, sont plongées avec leurs petits dans le lac où se trouvent des caïmans, elles ont soin de former un cercle au milieu duquel elles les placent, pour les préserver de la surprise du caïman. Celui-ci n’ose pas attaquer les grands, mais il pourrait fort bien enlever un des petits.

L’Indien associe le buffle à tous ses travaux. C’est avec lui qu’il laboure ses champs, son jardin, les terrains secs et ceux couverts d’eau jusqu’à mi-jambe, destinés aux plantations de riz. C’est aussi avec lui qu’il fait ses charrois, ses transports à dos dans les montagnes, par des routes presque impraticables. Il lui sert également de monture, comme le cheval, pour faire de longs trajets. Sa force permet au buffle de porter à la fois trois ou quatre hommes.

L’Indien se sert aussi de cet utile animal pour traverser de larges et profondes rivières et des étendues d’eaux considérables. La bride à la main pour le diriger et l’empêcher de plonger, il se place debout sur son large dos, et le patient animal nage en suivant la direction que son maître lui indique; souvent il traîne en même temps sa charrette, qui flotte derrière lui.

De tous les herbivores, c’est assurément le plus patient, celui dont l’instinct est le plus développé. Il sait quand il commet un dommage quelconque. Lorsqu’il est dans un champ cultivé, s’il y est surpris, il se cache; et s’il s’aperçoit qu’il a été découvert, il se sauve comme un voleur pris en flagrant délit.

J’ai souvent vu des bûcherons, travaillant dans la forêt à une grande distance de leur demeure, atteler leurs buffles à une pièce de bois, et leur dire: Va à la maison. Les patients animaux partaient, sans guide, marchaient, suivaient leur route en évitant avec précaution les mauvais pas et ce qui aurait pu entraver leur marche, et arrivaient à l’habitation de leur maître.

Son attelage est des plus simples et des plus commodes: il consiste en un morceau de bois courbé naturellement, de la forme du garot (voyez fig. B). Ce collier prend le col, et descend jusqu’au milieu des épaules; il est attaché au-dessous du col avec une corde ou une liane, et les traits sont fixés aux deux extrémités.

La femelle, peu employée aux travaux, produit beaucoup de lait, et aussi bon que la meilleure crème. On en fait du beurre d’un goût agréable et d’excellents fromages.

La chair du buffle est presque aussi bonne que celle du bœuf; mais on en fait peu d’usage aux Philippines.

C’est un animal tellement utile à l’agriculture, que, malgré la modicité de son prix (40 à 60 fr. pour un beau buffle de travail, et 20 à 25 fr. pour un jeune buffle venant d’être dompté), les Espagnols ont fait une loi pour protéger sa vie. Ainsi, un Indien n’a le droit d’abattre son buffle que lorsqu’un jury spécial l’a autorisé, et a déclaré qu’il n’est plus en état de servir à l’agriculture.

Je considère que cet animal serait de la plus grande utilité pour nos colonies d’Afrique, et aussi pour la Corse. Il détruirait les herbes qui poussent dans les marais et sur leurs berges, les nombreux insectes qui y prennent naissance, et contribuerait ainsi à faire disparaître les émanations qui produisent le mauvais air.

3. Le cerf (oussa).—Cervus Philippinensis.

De tous les mammifères, le cerf des Philippines est le plus nombreux. Il habite les montagnes, les forêts, et se cache dans les hautes herbes.

Le mâle a un bois beaucoup plus petit que nos cerfs d’Europe. Jamais il ne porte plus de trois andouillers.

Sa chasse est un des plus grands amusements des Indiens, qui le poursuivent souvent avec de bons chiens jusqu’à le mettre aux abois; ou bien, armés d’une longue lance et montés sur de bons chevaux, ils le suivent de toute la vitesse de leur monture, jusqu’au moment où ils peuvent l’atteindre. Ils le prennent aussi avec des filets ingénieusement fabriqués; mais cette dernière chasse, exigeant beaucoup moins d’adresse et d’exercice, est à la fois trop facile et trop abondante pour leur procurer le même plaisir que les deux premières.

Sa chair est d’un goût savoureux, bien meilleure que celle de nos cerfs d’Europe, préférable même à nos meilleures viandes de boucherie.

Les Chinois attribuent une grande vertu médicinale au jeune bois lorsqu’il est encore recouvert de sa peau. Ils payent jusqu’à 30 et 40 fr. une paire de jeunes bois. Ils les font sécher pour les conserver et les administrer en poudre dans certaines maladies.

Ils attribuent aussi une grande vertu aphrodisiaque aux tendons, et tous les ans ils en exportent pour la Chine une quantité considérable.

4. Le sanglier (babui-damon).

Le sanglier que les Indiens nomment babui-damon (cochon d’herbes) est presque semblable au porc domestique des Philippines. Le mâle seulement en diffère par deux énormes glandes garnies de soies longues et dures, placées des deux côtés du cou, près des os maxillaires.

Il habite les lieux les plus sombres et les plus fourrés des forêts, où il trouve abondamment, pour sa nourriture, des fruits et des racines, ainsi que de gros bulimes, espèce de limaçon dont il est très-friand.

On le chasse avec des chiens, des filets, et avec la lance. On lui fait, avec cette arme, une chasse particulière aux Philippines, et assez singulière pour mériter une description.

A l’époque des pluies, les sangliers qui habitent les grands bois situés sur le sommet des montagnes souffrent du froid. Pour s’en garantir, ils coupent avec leurs dents une énorme quantité d’herbes et de jeunes plantes. Ils en font un immense tas, et se blottissent dessous quelquefois au nombre de douze. Les chasseurs sont armés de lances préparées pour cette chasse, dont le fer tient faiblement par sa douille à la hampe, et qui cependant y est attaché par un bout de corde; de façon que le fer se détachant de la hampe y reste fixé, et forme une espèce de crochet qui s’embarrasse dans les broussailles et arrête l’animal dans sa fuite.

Ces dispositions faites, les chasseurs parcourent la forêt, et lorsqu’ils aperçoivent un de ces grands tas d’herbes, ils s’en approchent avec précaution. S’ils voient se dégager au-dessus de ce monticule une vapeur comme celle que produit notre haleine par un temps froid, c’est pour eux l’indication certaine que des sangliers y sont couchés. Alors, à un signal convenu, ils envoient tous leurs lances comme des javelots, dans la direction où ils croient devoir atteindre leurs proies. Les sangliers s’enfuient précipitamment. Ceux qui ont été blessés emportent la lance; mais au moindre mouvement la hampe se détache du fer, s’accroche dans les broussailles, arrête l’animal, et les chasseurs achèvent de le tuer avec une autre lance.

Comme le sanglier d’Europe, le mâle est armé de deux fortes défenses. Sa chasse doit toujours se faire avec précaution; car, ainsi qu’on l’a vu, il ne ménage pas le chasseur lorsqu’il tombe en son pouvoir.

Sa chair est d’un goût exquis, délicat, préférable à celle de toute espèce d’animaux sauvages.

5. La civette (moussan et alimous).

Deux espèces de civettes sont connues aux Philippines: l’une, d’une couleur grise, mouchetée et rayée de noir, de la grosseur d’un chat, nommée par les Indiens moussan; l’autre, plus petite, couleur de tabac, nommée alimous. Ces deux espèces ont les mêmes habitudes; elles se tiennent dans les bois, et font la chasse aux petits oiseaux, aux rats, aux reptiles et aux insectes.

C’est de la civette nommée moussan que les Indiens retirent le musc. Ils les enferment, les élèvent dans des cages, et les nourrissent de poisson. Tous les matins, à travers les barreaux de la cage, ils leur saisissent la queue pour les rendre furieuses, et, après les avoir tourmentées pendant un quart d’heure, ils retirent, avec une petite spatule en argent, l’humeur qui a été sécrétée entre les deux glandes qui produisent le musc.

A l’époque où les belles Liméniennes se servaient avec profusion de cette substance pour leur toilette, le musc se vendait de 80 à 100 francs l’once. Depuis qu’elles en font moins d’usage, ce prix a beaucoup diminué.

6. Plæmis Cumingii (parret).

Le plus gros mammifère après la civette est le plæmis Cumingii, nommé par les Indiens parret. Il est de l’espèce des rongeurs, de la grosseur d’un petit chat. Sa fourrure est d’un gris blanchâtre. On le trouve particulièrement dans la province de Nueva-Ecija, où il vit, dans les bois, de fruits et de racines.

J’en ai remis deux sujets au musée du Jardin des Plantes.

7. La roussette (paniquet).—Pteropus.

Les roussettes, nommées par les Indiens paniquet, dont j’ai déjà eu l’occasion de parler ainsi que de leur chasse, sont des chauves-souris de la grosseur d’une petite poule. Elles vivent en grandes familles. Le jour, elles se tiennent accrochées dans les arbres qu’elles ont adoptés pour demeure, et dont elles ont détruit toutes les feuilles. Elles y sont en si grand nombre, que les arbres paraissent recouverts de grandes feuilles noires, et qu’il n’est pas rare d’en abattre douze ou quinze d’un seul coup de fusil.

La nuit, elles prennent leur vol, et vont à plusieurs lieues chercher leur pâture.

Elles se nourrissent de fruits, dont elles sucent le jus sans avaler la pulpe. Elles sont aussi carnivores, et sucent le sang des petits animaux qu’elles peuvent prendre, ce qui leur a fait donner le nom de vampires.

La femelle n’a jamais qu’un petit à la fois. Elle l’allaite, le tient accroché à sa poitrine, et le transporte partout où elle va, jusqu’à ce qu’il ait la force de voler.

L’instinct des roussettes leur fait distinguer la différence des moussons. Elles font exactement comme les Ajetas: lorsqu’elles sont à l’ouest des montagnes et que cette mousson remplace celle de l’est, elles quittent leur refuge, partent toutes ensemble, et vont chercher à l’est le même lieu qu’elles avaient abandonné six mois avant pour la même cause.

La chair de la roussette est très-bonne à manger. Les Indiens en font un ragoût particulier qui n’est point à dédaigner.

8. Le galéopithèque (guiga).

Le galéopithèque, nommé guiga par les Indiens, est un joli petit animal de la grosseur d’un lapin de garenne. Sa fourrure, fine et soyeuse, varie beaucoup dans sa couleur. Ainsi, il y en a de tout à fait noirs, de gris de diverses nuances, de jaune nankin, de noirs tachetés de blanc, de gris tachetés de blanc, etc. Il est extraordinaire qu’un animal à l’état sauvage présente une aussi grande variété dans la couleur de sa robe.

Le guiga porte des membranes comme les écureuils volants; il s’en sert pour sauter d’un arbre à l’autre. Il ne se trouve que dans les Bisayas.

Le jour, il demeure caché dans les arbres sur lesquels il peut trouver un trou pour se blottir. Il en sort la nuit pour se nourrir de fruits et d’insectes.

Les Indiens ont une habileté particulière pour préparer leurs peaux, qu’ils vendent généralement aux Américains du Nord.

Comme on vient de le voir, le nombre des mammifères aux îles Philippines est réduit à quelques individus. Ses grandes forêts n’abritent point d’animaux féroces comme Java, Bornéo et Sumatra, leurs voisines.

§ VII.—Oiseaux.

Les oiseaux sont si nombreux aux Philippines, que plusieurs volumes suffiraient à peine pour dépeindre toutes leurs variétés de forme et de plumage, leurs habitudes, et l’instinct que la prévoyante nature a donné à plusieurs espèces pour se reproduire, se garantir de leurs ennemis, et pourvoir à leur subsistance.

Ne pouvant pas faire un cours d’ornithologie, je vais me borner à décrire quelques individus dans les familles les plus remarquables, et donner le catalogue de tous ceux qui sont connus.

Dans les rapaces, où se trouve le monarque des habitants de l’air, on remarque l’haliateus blagrus, l’aigle-pêcheur, que les Indiens nomment laouyn. Il habite les bois situés près des bords de la mer, des lacs ou des grandes rivières. Son plumage est varié de noir et de blanc; il est armé d’un bec crochu et tranchant; il a des pattes nerveuses couvertes d’écailles, des serres aiguës, l’œil étincelant; il frappe l’air de ses puissantes ailes, plane dans les nuages, d’où il se précipite sur sa proie avec la rapidité d’une flèche; il la saisit dans ses serres, s’élève de nouveau, puis, suspendant son vol rapide, plane majestueusement pendant qu’il déchire sa victime. Lorsqu’elle est sans vie, il reprend son vol, et va se percher sur un arbre élevé qu’il a choisi pour le lieu de ses festins.

A l’époque de la reproduction, le mâle aide sa femelle à construire son aire. Celle-ci y dépose deux ou trois œufs, et, pendant tout le temps qu’elle passe à les couver, le mâle, sur une branche voisine, veille sur elle, et ne s’en éloigne que pour chercher sa pâture. Lorsque les aiglons sont éclos, il partage avec sa compagne le soin de les nourrir.

Le plus petit individu connu de cette famille, l’irax siriceus, auquel quelques naturalistes ont donné le nom de gironieri, est un joli faucon de la grosseur du moineau. Son ventre et sa gorge sont blanc argenté, et le reste de son corps d’un beau noir bronzé.

On pourrait le prendre pour le symbole de la fidélité: le mâle ne quitte jamais sa femelle; il est toujours perché près d’elle, sur une branche morte, d’où il plane de son œil perçant sur le sommet des arbres voisins; lorsqu’il aperçoit voler un insecte, il s’élance à tire-d’aile, le saisit, et revient partager sa proie avec sa compagne.

Dans les perroquets, famille si variée par la diversité du plumage, on remarque plusieurs espèces de jolies perruches, dont la couleur dispute aux feuilles leur verdure, à l’écarlate, au jaune et au bleu leur éclat. Ces jolis oiseaux, qui flattent si agréablement la vue, n’ont qu’un cri discordant et désagréable. Ils vivent ordinairement par couples, font leur nid dans des trous d’arbres, et se nourrissent de fruits.

Dans cette même famille se trouvent les cacatois au blanc plumage, à la huppe couleur de soufre. A certaines époques de l’année, ils sont réunis en grandes bandes, font retentir la lisière des bois de leurs cris aigus et discordants, et ne s’interrompent qu’après avoir placé des sentinelles de distance en distance, pour avertir de l’approche de l’ennemi, pendant que la bande entière s’est abattue sur un champ de riz ou de maïs, qu’elle dévaste.

Plusieurs espèces de gallinacés méritent l’attention du naturaliste. L’une est le labouyo des Indiens, le bankiva des naturalistes, ou le coq sauvage, le coq primitif qui a fourni son espèce à toutes nos basses-cours.

Dans les champs, en liberté, loin de l’esclavage, le bankiva a conservé son beau plumage noir bronzé et rouge doré, et sa femelle celui de noir, mêlé d’un peu de gris et de jaune.

Dans l’état de nature, il est étranger aux vices contractés dans la civilisation par les esclaves de son espèce; il a conservé intactes les lois qu’il a reçues de la nature; ainsi il ne remplit jamais le rôle de nos sultans de basses-cours, auxquels il faut tout un harem de jeunes poules. Pendant la saison des amours, il choisit une seule compagne, qu’il aide assidûment dans tous ses soins maternels.

Le coq sauvage a plus de fierté et de bravoure que le coq domestique. Les Indiens profitent de son courage pour le faire succomber dans un combat inégal, et se régaler ensuite de sa chair délicate.

Le matin, lorsque la sentinelle vigilante des hôtes des bosquets annonce l’aube du jour, l’Indien aux aguets lui envoie un de ses semblables qu’il a apprivoisé et armé de deux éperons en acier tranchant. Dès que les deux champions se rencontrent, il s’engage entre eux un combat acharné. L’habitant des bois, avec ses armes naturelles, ne fait que de légères blessures à son ennemi, tandis que celui-ci, fort de celles que lui a données son maître, le blesse mortellement, fait couler son sang jusqu’à ce que, trahi par ses forces et son intrépidité, le loyal habitant des bois succombe aux pieds de son déloyal vainqueur.

La seconde espèce du même genre présente, dans sa reproduction, des particularités qui font admirer l’art et l’intelligence que le Créateur a donnés à tous les êtres qui peuplent notre globe.

Ces oiseaux vivent ordinairement en troupe dans les grands bois. A la saison de la ponte, ils se séparent par couples. Le mâle et sa femelle cherchent aux environs des lacs ou des rivières de grands amas de sable. La femelle s’y introduit à une profondeur de huit à dix pieds; elle y dépose un œuf et le recouvre soigneusement. Le lendemain, elle revient à la même place, fait la même opération, et dépose un second œuf à côté du premier. Elle continue ainsi tous les jours, jusqu’à ce que sa ponte, qui se compose de huit à dix œufs, soit terminée.

Ces œufs, entièrement blancs ou de couleur rosée, sont d’une grosseur plus que double de celle des œufs de nos poules.

L’œuvre de l’incubation est abandonnée à la chaleur du sable. Pendant tout le temps qu’elle s’opère, le mâle et la femelle se tiennent éloignés de leur précieux dépôt, de crainte que leur présence ne le fasse découvrir à leurs ennemis.

A une époque fixe, que la nature sans doute leur indique, ils reviennent. La femelle s’introduit de nouveau dans le sable, casse le premier œuf qu’elle a pondu, et il en sort un petit qui a toute la force nécessaire pour suivre sa mère. Elle recouvre le reste de la couvée, revient le lendemain, et ainsi de suite tous les jours, jusqu’à ce qu’elle ait cassé un par un tous les œufs dans le même ordre qu’elle les avait pondus. Toute la famille retourne alors habiter les bois et vit en commun jusqu’au retour de la saison de l’accouplement.

L’éperonnier (polyplectron bicalcaratum), qui se trouve aux îles Bisayas, est aussi de la famille des gallinacés. C’est un bel oiseau, de la taille d’un petit faisan, et dont le plumage est à peu près semblable à celui du paon.

On compte aux Philippines trois espèces de calaos. Le grand, le plus remarquable (buceros hydrocorax), est brun et blanc, et porte, sur son énorme bec rouge, une monstrueuse protubérance osseuse, de la même couleur que le bec; elle est entièrement vide, et sa cavité communique par des ouvertures à l’intérieur du bec. C’est un vrai diapason, qui donne au cri de cet oiseau une telle sonorité, que ce cri s’entend à des distances considérables; il imite parfaitement le nom de l’oiseau: calao.

La nature a refusé au calao la faculté de se poser à terre. Les arbres lui servent de demeure, les fruits qu’ils produisent de nourriture; et les feuilles qui conservent la rosée du ciel lui fournissent l’eau nécessaire pour étancher sa soif.

L’une des deux autres espèces, noire et blanche, porte sur le bec une moins grosse protubérance, d’une couleur blanchâtre.

La troisième espèce, beaucoup plus petite, que les Indiens nomment talictic, a le dos verdâtre, le ventre blanc, et une très-petite protubérance noirâtre, bariolée de jaune.

Tous ces oiseaux se nourrissent de fruits, et particulièrement de celui que produit le balète-ficus.

Aucun pays n’offre plus de variétés de colombes que les Philippines. Pour orner leur beau plumage, la nature semble avoir mis à contribution toutes les combinaisons possibles.

C’est dans les Bisayas que se trouve ce beau pigeon (calœnas nicobarina) d’un vert d’émeraude resplendissant, et qui porte à la naissance du cou de légères plumes d’un brillant métallique, longues et flottantes, et qui forment au-dessus des ailes et sur sa poitrine la plus jolie collerette qu’il soit possible d’inventer.

C’est aussi à la même espèce qu’appartient la jolie colombe coup de poignard (calœnas luzonica). Elle a le dos couleur d’ardoise, le ventre et le cou d’un blanc parfait, et à la poitrine une tache de sang si naturelle, que celui qui la voit pour la première fois a peine à ne pas la prendre pour une blessure.

Cette espèce se trouve dans l’île de Luçon, habite sous les grands bois, et fait son nid sur la terre.

Parmi les hirondelles, on trouve deux espèces de salangans: l’une, l’esculenta, et l’autre, le nidifica. Les habitudes de ces oiseaux, au vol léger, sont bien différentes de celles des oiseaux de la même famille habitant nos pays.

L’esculenta et le nidifica vivent presque toujours sur les eaux de la mer. Ils s’éloignent des plages à plusieurs centaines de lieues, planent continuellement entre les vagues, et pendant les plus terribles tempêtes ils caressent l’onde du bout de leurs ailes sans paraître y toucher; et cependant, dans leur vol rapide, ils recueillent, sur la surface de l’eau, une gomme blanche et diaphane. Ils l’apportent dans des cavernes, sur les rochers les plus arides, les plus escarpés, pour y construire artistement leur nid. Ces nids sont recherchés avec avidité par les Indiens; ils les vendent au poids de l’or aux opulents Chinois, qui, après leur avoir fait subir une préparation culinaire, les considèrent comme l’aliment le plus riche et le plus recherché qu’ils puissent servir dans leurs splendides festins.

La famille des palmipèdes est aussi très-abondante et très-variée. Sur les eaux des lacs et des grandes rivières on voit continuellement se jouer des millions de canards, de sarcelles, de plongeons, de poules d’eau, de cormorans et de monstrueux pélicans blancs, auxquels la nature a donné, sous leur long bec, une énorme poche membraneuse où ils conservent tout vivants, comme dans un vivier, les poissons qu’ils ont pris pendant le calme, et dont ils se nourrissent à loisir lorsque l’onde trop agitée ne leur permet pas de pourvoir à leur subsistance.

Sur les plages des lacs et des rivières, on voit se promener majestueusement des troupeaux d’échassiers, parmi lesquels on distingue la belle aigrette aux plumes blanches comme neige, qui donne une partie de sa parure pour orner la tête de nos dames et la coiffure de nos officiers.

Enfin, la famille la plus nombreuse, la plus variée, celle qui offre dans le plumage tant de couleurs différentes, est celle des passereaux. Bien que l’on dise généralement qu’entre les tropiques les oiseaux ne chantent pas, aux Philippines ils sont les véritables orphéonistes du ciel. Le matin surtout, lorsque de leurs chants harmonieux ils célèbrent la naissance d’un beau jour, chaque bosquet semble une académie de musique, où une troupe de jeunes artistes fait assaut d’harmonie. Mais ces doux ramages sont interrompus par intervalle par les pics, les coucous et les martins, plus brillants par leur plumage que par leur chant, et qui font retentir les bois de leurs cris aigus et discords.

Je dois à MM. Édouard et Jules Verreaux la nomenclature scientifique des oiseaux des Philippines.

A une époque où les trois frères Jules, Alexis et Édouard Verreaux avaient un grand établissement d’histoire naturelle au cap de Bonne-Espérance, Édouard, le plus jeune, interrompit ses périlleuses excursions dans l’intérieur de l’Afrique, pour visiter les contrées asiatiques. Sa vie aventureuse l’amena à Jala-Jala. Pendant les quelques mois de son séjour chez moi, il se livra particulièrement à l’étude de l’ornithologie, et il recueillit une belle collection qui figure maintenant dans le grand établissement que son frère Jules et lui ont créé à Paris, place Royale, 9.

Les curieux et les savants qui désireraient consulter MM. Verreaux sur les particularités que j’ai pu omettre dans mon aperçu sur l’histoire naturelle, peuvent le faire en toute confiance. Ils trouveront en eux, avec l’obligeance la plus bienveillante, une profonde et solide instruction sur toutes les branches de l’histoire naturelle.

C’est avec plaisir que j’insère ici cette note, qui n’est qu’un faible témoignage de ma reconnaissance pour le concours qu’ils m’ont donné dans mon travail sur l’ornithologie.

Ornithologie des Philippines.

Numéros. Noms scientifiques. Noms Tagalocs.

1 Psittacula loxia (Less.) Boubouctouc.

2 Loriculus Coulaci (Bonap.) Coulacissi.

3 Tanygnatus marginatus (Wagl.)

4 Prioniturus platurus (Bonap.)

5 Cacatua Philippinarum (Bourj.) Cacatoua.

6 Haliætus blagrus (Smith.) Laouin.

7 Haliastur ponticerianus (Selby.) Id.

8 Aviceda magnirostris (Bonap.) Id.

9 Ierax sericeus (Gray), ou falco Gironieri (Eydoux) Laouin-monti.

10 Spizætus lanceolatus (Tem.) Laouin.

11 Astur trivirgatus (Cuv.) Id.

12 Accipiter virgatur (Gray) Id.

13 Jeraglaux philippensis (Bonap.)

14 Otus philippensis (Gray.)

15 Syrnium philippense (Gray.)

16 Caprimulgus macrotis (Dig.)

17 Acanthylis giganteus (Bonap.)

18 Cypselus sinensis (Cuv.)

19 Dendrochelidon comatus (Boie.)

20 Buceros hydrocorax (Lin.) Calao.

21 Buceros antracinus (Tem.) Id.

22 Tockus sulcatus (Bonap.) Talictik.

23 Tockus sulsirostris (Bonap.) Id.

24 Dasylophus supersiliosus (Swains.) Sabucot-pula.

25 Dasylophus Cumingi (Fraser.) Id.

26 Eudynamis australis (Swains.) Saboucot.

27 Centropus viridis (Pueher.) Id.

28 Centropus Molkenboeri (Bonap.) Id.

29 Cacomantis flavus (Bonap.) Id.

30 Chrysocolaptes hæmatribon (Bonap.) Manounuctouc.

31 Id. palalaca (Bonap.) Id.

32 Id. menstruus (Bonap.) Id.

33 Picus moluccensis (Lin.) Id.

34 Megalaima philippensis (Gray.) Aso.

35 Harpactes ardens (Gould.)

36 Halcyon fusca (Gray.) Salacsac.

37 Id. collaris (Gray.) Id.

38 Id. Lindsayi (Gray.) Id.

39 Ceyx melanura (Kaup.) Id.

40 Alcyone cyanipectus (Bonap.) Id.

41 Merops badius (Gm.) Pirit.

42 Do javanicus (Horsf.) Id.

43 Kitta speciola (Bonap.)

44 Eurystomus orientalis (Bonap.) Ouackuackean.

45 Parus quadrivittatus (Lafres.)

46 Motacilla luzoniensis (Scopol.)

47 Brachyurus atricapillus (Bonap.)

48 Id. erythogastra (Bonap.)

49 Hypsypetes philippensis (Strickl.)

50 Microscelis philippensis (Gray)

51 Ixos chrysorrhæus (Tem.)

52 Id. sinensis (Bonap.)

53 Copsychus luzoniensis (Kittl.) Dominico.

54 Megalurus palustris (Horf.)

55 Calliope camtschatkensis (Bonap.)

56 Petrocincla eremita (Gray)

57 Petrocossypha manillensis (Bonap.)

58 Pratincola caprata (Bonap.) Tainbabouii.

59 Cyornis elegans (Bonap.)

60 Myiagra manadensis (Bonap.)

61 Rhipidura nigritoryques (Bonap.) Maria-Cafra.

62 Muscipeta rufa (Bonap.)

63 Collocalia nidifica (Bonap.) Salangan.

64 Id. esculenta (Bonap.) Id.

65 Artamus leucorhynchus (Vieill.) Palacpat.

66 Oriolus acrorhynchus (Vig.) Couliaouan.

67 Irena cyanogastra (Vig.)

68 Dicrourus balicassicus (Vieill.) Balicassiao.

69 Ceblepyris cærulescens (Blyth.)

70 Graucalus lagunensis (Bonap.)

71 Lalage orientalis (Boie.) Balac-angin.

72 Enneoctonus superciliosus (Bonap.)

73 Lanius sach. (Lin)

74 Crypsirhina varians (Vieill.)

75 Corvus inca (Horsf.) Couac.

76 Meliphaga mystacalis (Tem.) Coulanga.

77 Jora scapularis (Horsf.)

78 Zosterops meyeni (Bonap.)

79 Dicæum trigonostigma (Gray.)

80 Cinnyris pectoralis (Vieill.) Pipi.

81 Id. ruber (Vieill.) Id.

82 Lamprotornis insidiator (Caban.) Tordo.

83 Id. columbianus (Bonap.) Id.

84 Heterornis ruficollis (Bonap.) Id.

85 Acridotheres philippensis (Bonap.) Id.

86 Gymnops calvus (Cuv.) Coulin.

87 Ploceus philippensis (Bonap.)

88 Munia oryzivora (Bonap.) Maya.

89 Id. minuta (Bonap.) Id.

90 Estrelda amandava (Gray) Id.

91 Passer jugiferus (Tem.) Maya-pakin.

92 Ptilinopus roseicollis (Gray) Batu-batu punay.

93 Ramphiculus occipitalis (Bonap.) Batu-batu.

94 Treron psittacea (Gray) Id.

95 Id. vernans (Steph.) Id.

96 Phapitreron leucotis (Bonap.)

97 Carpophaga chalybura (Bonap.)

98 Ptilocolpa griseipectus (Bonap.)

99 Id. carola (Bonap.)

100 Macropygia phasianella (Bonap.) Batu-batutabacuan.

101 Tutur chinensis (Scopol.)

102 Streptopelia humilis (Bonap.) Batu-batu monti.

103 Phlegænas cruenta (Bonap.)

104 Chalcophaps indica (Gould.) Lipagin.

105 Calœnas nicobarica (Gray) Batu-batu dougou.

106 Megapodius rubripes (Tem.) Tavon.

107 Id. Forstenii (Müll.)

108 Polyplectron Napoleonis (Less.)

109 Gallus bankiva (Tem.) Labouio.

110 Coturnix chinensis (Gould.) Pogo.

111 Turnix pugnax (Steph.) Id.

112 Id. ocellata (Gray) Pogo-malaquit.

113 Melanopelargus leucocephalus (Bonap.)

114 Typhon robusta (Müll.)

115 Ardea purpurea (Lin.)

116 Herodias sacra (Bonap.)

117 Buphus malaccensis (Bonap.)

118 Butorides javanica (Bonap.)

119 Ardeola cinnamomea (Bonap.)

120 Nycticorax manillensis (Vig.)

121 Id. caledonicus (Steph.)

122 Id. Goisagi (Gray)

123 Platalea luzoniensis (Scopol.)

124 Plegadis bengaleusis (Bonap.)

125 Totanus glareolus (Gray)

126 Id. ochropus (Tem.)

127 Id. hypoleucus (Gray)

128 Rallus torquatus (Lin.) Ticline.

129 Id. philippensis (Lin.) Id.

130 Ortygometra ocularis (Gray) Id.

131 Porphyrio pulverulentus (Tem.) Abab.

132 Gallinula cristata (Lath.) Id.

133 Gallinula olivacea (Meyer) Abab.

134 Dendrocygna vagans (Eyton.) Itic.

135 Id. arcuata (Swains.) Id.

136 Id. viduata (Swains.) Id.

137 Anas luzonica (Fraser.) Id.

138 Id. gibbifrons (Müll.) Id.

139 Id. superciliosa (Gm.) Id.

140 Spatula rhynchotis (Gould ) Id.

141 Querquedula crecca (Steph.) Id.

142 Id. circia (Steph.) Id.

143 Podiceps gularis (Gould.) Coulisi.

144 Id. australis (Gould.) Id.

145 Plotus Novæ-Hollandiæ (Gould.) Cassili.

146 Phalacrocorax sinensis (Gray.) Id.

147 Carbo javanicus (Horsf.) Id.

148 Pelecanus philippensis (Gm.) Pagala.

149 Fregata ariel (Gould.)

150 Larus pacificus (Lath.)

151 Xema Jamesonii (Gould.)

152 Sylochelidon strenuus (Gould.)

153 Thalasseus poliocercus (Gould.)

154 Sterna melanauchen (Tem.)

155 Onychoprion fuliginosa (Swains.)

156 Anous melanops (Gould.)

157 Diomedea exulans (Lin.)

158 Id. chlororhynchos (Lath.)

159 Id. culminata (Gould.)

160 Id. fuliginosa (Lath.)

161 Procellaria gigantea (Lath.)

162 Id. atlantica (Gould.)

163 Id. hasitata (Kuhl.)

164 Procellaria glacialoides (Smith.)

165 Puffinus æquinoctialis (Less.)

166 Prion turtur (Forst.)

167 Id. ariel (Gould.)

168 Thalassidroma marina (Less.)

169 Id. leucogastra (Gould.)

170 Id. nereis (Gould.)

171 Id. Wilsonii (Bonap.)

172 Spheniscus minor. (Tem.)

§ VIII.—Poissons.

Les lacs et les rivières abondent en excellents poissons. J’ai déjà fait connaître les espèces qui habitent le lac de Bay. J’ai cependant omis de parler de l’espèce la plus abondante, celle qui se distingue par les particularités qui lui méritent une place spéciale: je veux parler du machoirin, nommé par les Indiens candolé.

Le candolé est un poisson sans écailles, dont la longueur ne dépasse jamais deux pieds à deux pieds et demi; il est bleu sur le dos, et blanc argenté sous le ventre. Il a une grosse tête en proportion de son corps. Il porte trois fortes défenses, l’une sur le dos à la naissance de la nageoire, et les deux autres de chaque côté du thorax. Ces défenses sont longues d’un pouce à un pouce et demi, selon la grosseur du poisson, très-aiguës, et sont dentelées en scie le long des bords. Lorsque ce poisson est menacé par un ennemi, il dresse ses trois défenses, et aucune force, à moins de les rompre, ne peut leur faire reprendre leur position naturelle.

La piqûre de cette arme est très-dangereuse, et produit une douleur atroce. Un individu qui serait blessé en même temps par plusieurs de ces poissons en mourrait. Lorsque les Indiens en sont piqués, ils se guérissent en faisant tomber dans la blessure quelques gouttes d’huile enflammée. Pour cette petite opération, ils se servent d’une mèche de coton fortement imbibée d’huile, allument l’une de ses extrémités, et, en l’inclinant au-dessus de la blessure, quelques gouttes s’en détachent et tombent dans la plaie. Cette manière de cautérisation fait immédiatement cesser la douleur.

Il est de la famille des vivipares. A l’époque de la reproduction, on trouve dans l’intérieur des femelles un long chapelet d’œufs globuleux, de la grosseur d’un gros pois. Ces œufs renferment un germe à un état plus ou moins parfait de création. Quelques-uns ne présentent à l’intérieur qu’une substance laiteuse, tandis que d’autres contiennent un fœtus tout formé, et si plein de vie, qu’il suffit de rompre l’enveloppe et de le mettre dans l’eau pour le voir nager aussi bien que s’il était né naturellement.

La chair du candolé se mange surtout fumée ou séchée au soleil.

Avec son estomac on fait de la colle de poisson.

On trouve aussi, et particulièrement dans le lac de Bay et la baie de Manille, une espèce de serpent d’eau, dont les plus forts ne dépassent pas une longueur de trois à quatre pieds. Il est gris, bariolé de noir et de jaune. Il est plus répugnant que dangereux; il est même inoffensif. Dans les grandes crues les Indiens pêchent ce serpent pour en faire de l’huile à brûler. Les aigles-pêcheurs lui font une chasse acharnée.

La mer fournit aux habitants des plages une quantité considérable de bons et excellents poissons. Ceux que nous avons en Europe, et qui se trouvent dans les mers de Luçon, sont les sardines, les mulets, les maquereaux, les soles, les thons, les dorades et les anguilles.

On prend dans la baie de Manille, avec des lignes de fond, une espèce de serpent de mer, d’une longueur de dix à douze pieds, d’une couleur verdâtre mêlée de jaune. Les pêcheurs prétendent que sa morsure est mortelle; aussitôt qu’ils en prennent un, ils lui coupent la tête.

C’est un animal dégoûtant et hideux. Cependant les Indiens le font figurer dans leurs repas.

Les Indiens pêchent une grande quantité de trépangs; des requins, dont ils prennent les ailerons pour les vendre aux Chinois; des tortues, qui fournissent un bon aliment et de l’écaille, et des huîtres perlières.

Parmi ces huîtres il en est une espèce très-abondante dans la baie de Manille, dont les écailles sont très-plates, minces et transparentes. On taille ces écailles en petits carrés, pour servir aux vitraux des maisons de Manille. Ces vitraux ont sur le verre l’avantage de ne donner aux appartements qu’un clair-obscur, et de ne pas laisser pénétrer les rayons du soleil.

La mer produit encore une grande quantité et une variété infinie de crustacés, des mollusques, des coquillages de toute espèce, et notamment d’excellentes huîtres.

§ IX.—Reptiles.

Il ne manque pas de reptiles aux Philippines; mais, n’ayant pas l’intention de faire un cours d’histoire naturelle qui serait au-dessus de mes forces, je vais seulement, ainsi que je l’ai fait pour les poissons, m’occuper des espèces qui ont fixé mon attention par leur particularité.

Dans le genre des sauriens j’ai déjà décrit l’aligator, le plus monstrueux de tous les reptiles.

On trouve dans la même famille plusieurs espèces d’iguanas. La plus grande a souvent sept à huit pieds de longueur. C’est un énorme lézard couleur gris verdâtre, mêlé de points jaunes. Il vit sur le bord des lacs, des rivières, dans des lieux humides, et souvent dans les maisons. Il est presque amphibie, se nourrit de poissons, de rats, de volatiles, et il est tout à fait inoffensif pour les hommes. Sa chair blanche ressemble beaucoup à celle du poulet; elle est très-bonne à manger. Les Indiens n’en font pas usage; ils sont seulement très-friands de leurs œufs, de la dimension de grosses noix, et, comme ceux de la tortue, sans enveloppe solide.

Une petite espèce d’iguana, d’une couleur fauve, dont la longueur ne dépasse pas un pied et demi à deux pieds, porte une crête ou carenne qui se prolonge de la tête jusqu’au milieu de l’épine dorsale. Elle habite toujours le bord des rivières et des lacs; elle se tient ordinairement au soleil, sur les arbres qui avoisinent les bords de l’eau.

Dans toutes les maisons de Manille, il y a toujours une grande quantité de petits lézards qui ne se montrent que lorsque les lumières sont allumées. Ils sont de couleur grise. Ils ont sous les pattes une membrane qui les fait adhérer au sol, et leur facilite la faculté de se promener au plafond, sur les murs, et même sur les glaces. Ils se nourrissent de mouches et de moustiques.

Les tacons ou tchacons, espèce bien plus grande que la dernière, habitent aussi les maisons. Ils ont la longueur d’un pied; ils sont de couleur grise mêlée de jaune, de bleu et de rouge. Leur tête est énorme, et leur gueule d’une grandeur disproportionnée à tout le corps. Ils ont aussi, comme les petits lézards dont je viens de parler, une membrane sous les pattes. Ils adhèrent avec tant de force où ils se posent, que lorsque c’est sur une partie du corps d’une personne, on ne peut leur faire lâcher prise qu’en leur présentant un miroir; la vue de leur semblable les fait se jeter sur lui pour le combattre.

Ce sont, du reste, des animaux inoffensifs. Ils se nourrissent de cancrelats, espèce de scarabée. La nuit, ils font entendre par intervalle un cri qui se répète sans interruption sept à huit fois: tcha-con, ce qui leur a fait donner ce nom.

Les Indiens considèrent les maisons où ils habitent comme favorisées du sort. Cette croyance les empêche de les détruire.

Dans les bois on voit voler d’un arbre à l’autre des petits dragons. Ce sont aussi des lézards d’une longueur de sept à huit pouces. Ils ont le corps mince et la queue très-déliée. La nature leur a donné, comme aux chauves-souris, des ailes membraneuses, et de plus, sous la mâchoire inférieure, une longue poche qui se termine en pointe. Ils remplissent cette poche d’air pour se rendre plus légers, et prolonger leur vol lorsqu’ils ont une longue distance à parcourir.

Ils sont inoffensifs, et se nourrissent d’insectes.

On trouve plusieurs espèces de serpents. Les plus connus, que j’ai déjà décrits, sont le monstrueux boa; et dans ceux dont la morsure est mortelle, l’alin-morani; puis une espèce de vipère nommée dajou-palay (feuille de riz).

Beaucoup d’autres sont aussi très-dangereux, mais leurs noms ne me sont pas connus.

§ X.—Des insectes.

Plusieurs espèces d’insectes sont un tourment et même, on peut le dire, une véritable calamité pour les habitants des Philippines.

Telles sont les innombrables sauterelles qui, ainsi qu’un gros nuage et un foudroyant orage, s’abattent sur les récoltes et les moissonnent en quelques heures; et sur les montagnes, les petites sangsues, qui ne laissent pas un instant de repos au voyageur.

Une troisième famille dont je n’ai pas parlé, celle des fourmis, vient aussi apporter son contingent d’incommodité et de destruction: ouvrières diligentes, nuit et jour en mouvement, elles s’introduisent partout, dévorent les provisions, montent dans les lits lorsqu’on n’a pas la précaution de placer les pieds dans des vases remplis d’eau, détruisent les récoltes avant de naître, font crouler les édifices sans qu’on s’y attende; et enfin, lorsqu’on les trouble sans précaution dans leurs travaux, elles vous enfoncent leur aiguillon dans les chairs, et vous causent une vive douleur.

Cette famille mérite, pour chacune de ses espèces, une description particulière.

1. Fourmi rouge (langam).

2. Fourmi des bois (lanteck).

La fourmi des bois, que les Indiens nomment lanteck, est d’un beau noir, de la grosseur et plus longue qu’une mouche ordinaire. Elle n’habite que les bois, où elle construit des fourmilières, et elle y renferme ses provisions. Elle n’est nuisible que si on l’attaque; alors elle saisit son ennemi avec deux fortes pinces qu’elle porte près des antennes, se replie sur elle-même et lui enfonce dans les chairs l’aiguillon dont elle est armée à l’extrémité du corps. La douleur que produit sa piqûre est si vive, qu’elle se fait sentir comme une étincelle électrique. J’ai vu des étrangers piqués par un seul de ces insectes, et qui ont cru avoir été mordus par un serpent. La douleur vive se passe très-vite, mais l’enflure et la démangeaison durent plusieurs heures.

3. Petite fourmi noire (couitis).

Cette petite fourmi, nommée couitis par les Indiens, habite les bois, n’établit pas de fourmilières, et se tient généralement sur le tronc des arbres. Elle est presque imperceptible; cependant, lorsqu’on la touche, elle pique, et occasionne une douleur plus vive que toutes les autres, mais qui se passe instantanément, sans laisser de traces.

4. Des termites ou fourmis blanches (anay).

Les termites ou fourmis blanches, nommées par les Indiens anay, sont divisées en trois classes: les travailleuses, celles qui les dirigent ou les commandent, et les reines.

Les travailleuses ont généralement le corps blanc, plus gros et plus court que les fourmis ordinaires, les pattes très-courtes, le corselet et la tête un peu jaunes. Elles sont armées de deux mandibules, capables d’entamer et de broyer les bois les plus durs.

Les secondes, celles qui commandent, diffèrent des premières par une petite corne placée à l’extrémité de la tête, comme celle du rhinocéros.

Les reines ont la tête et le corselet absolument semblables à ceux des travailleuses; mais, à partir du corselet, le corps est d’une grosseur démesurée; il est ordinairement long de 1 à 2 pouces, et il a 8 à 10 lignes de circonférence.

La demeure habituelle des termites est dans les champs qui ne sont pas exposés à de fortes inondations. Dans les campagnes on aperçoit, de distance en distance, de petits monticules de terre de forme conique, qui s’élèvent de 5 à 6 pieds au-dessus du sol, et se terminent en pointe. La base de ces monticules, appuyée au sol, a de 12 à 15 pieds de circonférence.

C’est dans l’intérieur de ces meules ou monticules que réside tout un gouvernement, composé d’individus de divers grades, et une seule et unique reine, dont la mission est de reproduire les générations qui s’éteignent. C’est là aussi que se fait un travail continu, digne de l’étude de l’observateur qui cherche à pénétrer les admirables secrets de la nature.

Chaque demeure ou monticule a plusieurs ouvertures extérieures pour pénétrer dans l’intérieur, et pour la sortie de celles qui vont parcourir les champs environnants, où elles dévorent et rongent toutes les plantes, tous les bois morts qu’elles rencontrent.

Les termites ne font pas, comme nos fourmis d’Europe, des amas de provisions pour l’hiver. Sous le beau climat des Philippines, rien ne les oblige à se confiner dans leur demeure une partie de l’année. Elles recueillent seulement une espèce de gomme dont elles tapissent les nombreux compartiments qui composent leur habitation souterraine. Cet enduit, autant que j’ai pu m’en rendre compte, sert à alimenter la reine et les jeunes termites, depuis le premier âge jusqu’à l’époque où elles ont la force de pourvoir elles-mêmes à leur subsistance. Il est probable que cette gomme est appropriée aux divers âges, et qu’elle est plus parfaite là où se trouvent la reine et ses derniers nés, que vers l’extérieur, où se tiennent celles qui ont déjà toute leur force.

Comme je viens de le dire, l’intérieur des petits monticules est divisé en une foule de compartiments, de chambres et de galeries artistement construits avec de la terre tellement dure, qu’elle semble avoir été pétrie pour en faire de la poterie.

Lorsqu’on pénètre avec la pioche dans cet asile, on trouve les compartiments tapissés de petites fourmis qui n’ont pas la force de sortir; et plus on pénètre à la partie la plus profonde, qui se trouve généralement à 3 ou 4 pieds au-dessous du sol, ou à 9 ou 10 du sommet du cône, on remarque qu’elles sont plus petites. Près la demeure de la reine, celles qui viennent de naître sont presque imperceptibles à l’œil nu.

La reine occupe la chambre la plus profonde. Là elle est renfermée, sans pouvoir sortir par les petites ouvertures qui communiquent de sa demeure aux autres compartiments. Sa mission est de travailler continuellement à la reproduction de ses sujets.

Lorsqu’on veut détruire un de ces essaims, il faut pénétrer à l’intérieur jusqu’à ce qu’on puisse s’emparer de la reine. Si on néglige cette précaution, si on se contente d’aplanir le monticule et de remettre le terrain au niveau du sol, les fourmis recommencent leur travail, et le rétablissent en peu de mois dans son état primitif.

Elles font souvent, pour se garantir de la pluie ou pour monter au sommet d’un arbre, de longues galeries couvertes qui les conduisent de leur demeure au lieu de leur travail. Ces galeries sont ordinairement à deux voies, l’une pour aller, l’autre pour revenir.

Lorsqu’on veut bien examiner leurs habitudes et leurs travaux, il faut démolir une partie de ces galeries. On voit aussitôt arriver les commandeurs; ils semblent examiner le dommage fait à leurs travaux, partent tous pour revenir, un instant après, avec un bon nombre d’ouvrières qui se mettent immédiatement à l’œuvre; chacune va chercher un globule de terre, et le place artistement pour rétablir la galerie.

Les chefs ou commandeurs qui accompagnent les ouvrières poussent, avec leur petite corne, celles qui marchent trop lentement, et paraissent animer toute la bande laborieuse.

Les termites ne se bornent pas à habiter la campagne, elles s’introduisent souvent dans les maisons; et comme elles le font toujours par des ouvertures souterraines et cachées, elles produisent des dégâts considérables. Par exemple, si la maison n’est pas construite avec des bois qu’elles n’attaquent pas, elles s’introduisent par les extrémités des charpentes, laissent parfaitement intact l’extérieur du bois, et dévorent tout l’intérieur. Si, par malheur, on ne s’en aperçoit pas, la maison s’écroule sans qu’on s’y attende.

Elles attaquent aussi les meubles et les vêtements en réserve, et il leur faut peu de jours pour occasionner des dégâts considérables; mais elles n’attaquent jamais les matières animales.

On connaît encore, dans le genre termite, une variété beaucoup plus grosse et entièrement noire; mais est-ce une variété, ou le même insecte à une époque différente de son existence? C’est ce que je ne saurais déterminer.

Cette variété, nommée par les Indiens anay-maitim, n’habite point sous terre; elle court dans les forêts et se nourrit des bois en décomposition; elle ne cause pas les mêmes ravages que les blanches.

A une certaine époque, sans doute la dernière de leur existence, il leur pousse quatre grandes ailes, et elles prennent leur vol.

Lorsque, la nuit, on s’aperçoit que ces insectes, attirés par les lumières, s’introduisent dans les maisons, il est indispensable de fermer immédiatement toutes les fenêtres, si on ne veut pas rester dans les ténèbres. Sans cette précaution, ils arrivent en si grand nombre qu’ils ont bientôt éteint les lumières, et le lendemain le sol est jonché de leurs cadavres.

Ainsi que je l’ai dit, elles ont l’avantage sur les blanches de ne causer aucun dégât.

5. Le cancrelat (blatte).

Un autre insecte habite aussi l’intérieur des maisons: c’est une espèce de scarabée nommé cancrelat, animal dégoûtant, qui répand une odeur désagréable, attaque toutes les provisions, vole pendant la nuit, surtout dans les temps d’orage, se repose partout, souvent sur les personnes, et leur enfonce ses ongles aigus dans l’épiderme.

Si tous ces insectes sont un véritable fléau pour les habitants des Philippines, il en est aussi une innombrable quantité que je ne peux pas décrire, et qui embellissent les campagnes: une variété infinie de beaux, de magnifiques papillons aux couleurs resplendissantes, qui, dans les beaux jours, sillonnent l’air et caressent toutes les fleurs; les mouches phosphorescentes, qui, la nuit, se jouent dans les feuilles des arbres, et les font paraître émaillés de pierres précieuses; enfin les buprestes, aux ailes de couleur métallique, qui, encadrés dans l’or et l’argent, servent à faire de charmants bijoux: leur brillant est plus éclatant que les émaux les plus beaux.

§ XI.—De l’agriculture aux Philippines.

Aucune terre n’est plus féconde, plus riche que celle des Philippines, et ne rémunère plus largement les travaux et les soins du cultivateur; ce qui fait dire aux habitants de Manille: «Gratter la terre, faire de la boue, y jeter de la semence, suffit pour remplir son grenier.»

La végétation est d’une si grande vigueur dans ce beau pays, que des champs abandonnés quelques années sans culture se couvrent de végétaux et deviennent des bois impénétrables. Certaines espèces de plantes s’élèvent si spontanément, que quelques jours suffisent pour une croissance de plusieurs mètres.

Cette grande fertilité est due à plusieurs causes, dont le concours réuni contribue puissamment à la fécondité et au développement de la végétation.

La première de ces causes, et sans doute la plus puissante, doit être attribuée à la formation volcanique de toutes les îles de ce vaste archipel.

La seconde est due aux hautes montagnes généralement recouvertes d’une forte couche de terre végétale, d’où s’élève une gigantesque végétation qui restitue continuellement au sol les parties nutritives qu’elle lui emprunte. A l’époque de l’hivernage, les pluies torrentielles enlèvent du versant de ces montagnes les terres limoneuses et les détritus des végétaux qui s’y sont amassés pendant la saison des sécheresses, et les précipite vers les plaines, engrais naturel qui les vient fertiliser.

La troisième est due à ce que, pendant la même saison des pluies, les sources, les réservoirs se remplissent et sont abondamment pourvus pour fournir, pendant la saison des sécheresses, l’eau nécessaire aux irrigations, et pour entretenir le sol inférieur dans un état d’humidité constante.

La quatrième cause doit être attribuée à ces longues nuits des tropiques, rafraîchies par la brise qui souffle constamment de la partie où règne l’hivernage. Ces brises apportent d’abondantes rosées qui conservent cette fraîcheur et cette souplesse aux feuilles, si nécessaire pour absorber l’air et faciliter la végétation.

La cinquième cause enfin, l’électricité, n’est-elle pas aussi un puissant moyen qu’emploie la nature pour la splendeur du règne végétal? De nombreuses observations m’amènent à constater ici un fait qui semble venir à l’appui de cette opinion.

A une époque de l’année, au moment du changement de mousson, pendant un mois ou plus, il se forme journellement des orages; le tonnerre gronde sourdement; l’air se charge d’électricité; de gros nuages parcourent l’atmosphère, et sont bientôt dissipés sans pluie; le soleil brille de tout son éclat, ses rayons brûlants dardent sur une terre qui, privée d’eau pendant six mois, paraît calcinée. Cependant c’est alors que les grands végétaux semblent prendre une vie nouvelle, et se couvrent de bourgeons qui se développent presque instantanément, et donnent de belles et larges feuilles qui ont toute la fraîcheur de celles qui naissent pendant la saison humide.

On doit comprendre qu’avec tous ces éléments de fécondité, le sol des Philippines est largement privilégié de la nature, et qu’une culture qui ne serait pas dans l’enfance donnerait à l’agronome des résultats presque incalculables.

Je vais donner maintenant quelques détails sur la propriété, sur la culture en général, et décrire ensuite celle de chacun des produits qui font la richesse des cultivateurs.

Les Espagnols sont les maîtres suzerains de tout le territoire des Philippines; mais les lois qu’ils ont établies sur la propriété protégent autant qu’il est possible le cultivateur laborieux, et lui assurent à perpétuité la possession du champ qu’il a défriché. Il peut le vendre ou le transmettre à ses héritiers; seulement il perd ses droits, et le gouvernement reprend les siens, lorsque, par paresse ou négligence, il a laissé, pendant plusieurs années, ses terres sans aucune espèce de culture. Dans ce cas encore, les autorités espagnoles n’agissent jamais qu’avec la plus indulgente réserve.

Presque tous les bourgs avoisinent des terres incultes et des forêts. Jusqu’à une certaine distance du bourg, les habitants possèdent en communauté ces terres incultes et ces forêts, et chacun d’eux peut devenir le propriétaire exclusif de la portion qu’il lui convient de défricher.

Les terres et les forêts en dehors des limites du bourg, et que les Espagnols nomment realengas (terres incultes), appartiennent à l’État. Il les vend aux personnes qui veulent acquérir de grands domaines. Le prix est de une à cinq piastres (5 à 25 fr.) le quiñon, mesure qui représente une superficie de 810,000 pieds espagnols.

Voici la mesure des terres aux Philippines:

Le quiñon est un carré de 100 brasses sur toutes ses faces;

La balita représente 10 brasses en largeur sur 100 brasses de longueur;

Le lucan représente une brasse en largeur sur 100 brasses de longueur;

La brasse espagnole est de trois varas castillanes, et la vara castillane, de trois pieds espagnols.

Notes in this chapter

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